lundi 13 août 2012

L'Exorciste chinois 2


La rivalité amoureuse autour de la jeune Perle (Gung Tse-yan) est le fil conducteur de L’Exorciste chinois 2. Fiancée depuis leur plus tendre enfance à Bo (Sammo Hung), le jeune couple doit d’abord vivre secrètement leur union, d’autant que le père de la jeune femme, M. Chu (Teddy Yip) n’aime guère son futur gendre. Il va d’ailleurs le poursuivre dans leur cachette avec toute une horde de gens armés pour l’attraper et lui faire passer le goût de la vie. Mais le jeune couple s’est réfugié dans une grange où se trouve un couple de vampires qu’ils réveillent. Ils ne sont pas très contents et attaquent Bo et Perle dans un combat où Sammo Hung doit foutre de grands coups de pieds aux macchabées. Le film, qui marque le retour de l’acteur au genre de la kung-fu ghost comedie débute dans l’essence du style de Sammo Hung : un combat violent et précis.

Ce n’était qu’un cauchemar. Hoi (Mang Hoi), son collègue disciple de l’exorciste Jiao (Lam Ching-ying) le réveille en plein délire et le ramène à la réalité. Dans cette vie, Perle habite encore chez son père et elle se fait harceler par Shi (Lam Man-chung), jeune fils de parvenu (ses doigts sont couverts de bagues de jade) qui espère que le père de Perle renoncera à ce mariage afin qu’il puisse l’épouser. Dès que Bo arrive au restaurant, propriété de M. Chu, Shi se moque de lui en disant que ça sent le cochon, puis il l’accuse d’avoir mal servi un plat où se trouve une sauterelle. L’affrontement physique est inévitable. Le maître de Shi est un adepte de la magie noir (Huang Ha), il va donner à son jeune disciple l’agilité d’un singe grâce à un sort. Dans un habile montage parallèle, on voit le singe sautiller et l’acteur Lam Man-chung reproduire cette gestuelle.

Bo gagne ce combat mais la guerre continue. Deux camps sont clairement distincts. Les très méchants, Shi et le sorcier adepte de magie noire d’un côté, avec la complicité passive du restaurateur. Et Bo, Hoi et Jiao, défenseur de la justice d’autre part. Pour gagner le respect de son futur beau-père, Bo décide de monter une boutique de soupes. Mais il n’a aucun client si ce n’est Hong (Wong Man-wan), une femme qui achète une soupe mais paie en monnaie funéraire. Elle est un fantôme mais continue de s’occuper de sa vieille mère aveugle (Tam Sin-hung), dans une partition censée émouvoir le spectateur. Bo se prend de sympathie pour les deux femmes, comme elles, il se sent en marge de la société. Elle deviendra son alliée la plus sûre dans les affrontements suivants avec le sorcier.

Car c’est bien entendu cela qui intéresse le plus dans L’Exorciste chinois 2 : cette magie noire, ces monstres purulents crées à partir de cadavres en décomposition et qui fonctionne grâce à des cafards insérés dans la chair, le corps inerte de Sammo Hung attaqué par des dizaines de blattes et ces zombies au maquillage rudimentaire. L’affreux sorcier pour défaire Bo et anéantir sa force, déplace son âme dans le corps d’un cochon. Le film montre deux belles scènes de transferts de corps. La première est plutôt classique : la jeune fantôme Hong  s’insère dans le corps inopérant de Bo. Les coups portés par le sorcier font sortir avec la grâce de vieux effets spéciaux de surimpression la jeune femme. Plus loin, ce sera un combat à distance entre Jiao et le sorcier où les deux combattants s’affrontent en hologrammes. Dans ces idées, c’est un peu du bricolage poétique que l’on retrouve, on sait pertinemment que les effets spéciaux ne seront pas parfaits, loin de là, mais c’est cet artisanat qui séduit et qui, allié à la totale maitrise des chorégraphies de Sammo Hung, fait de L’Exorciste chinois 2 l’un des plus réussis du genre.

L’Exorciste chinois 2 (Encounter of the spooky kind II, 鬼咬鬼, Hong Kong, 1989) Un film de Ricky Lau avec Sammo Hung, Lam Ching-ying, Gung Tse-yan, Mang Hoi, Wong Man-gwan, Tam Sin-hung, Teddy Yip, Lam Man-chung, Huang Ha, Ngai Sing, Cheung Kwai-cheung, Wan Yuk-fai, Wong Lai-na, Cheung Wing-cheung, Cheung Kwok-keung.

samedi 11 août 2012

Mr. Vampire et les démons de l’enfer


Comme l’indique très bien le titre français, deux récits cohabitent dans Mr. Vampire et les démons de l’enfer. D’une part, une histoire comique de Mr. Vampire où le taoïste chasseur de fantômes est tenu par Richard Ng dans le personnage de Ming, un exorciste qui cherche à profiter de la peur des gens : métaphore de toutes les compagnies concurrentes de la BoHo (Sammo Hung et Leonard Ho) qui ont surfé sur le succès de la franchise sans atteindre la réussite de Ricky Lau. Ming est aidé de deux fantômes, Ta Pao le père (Lui Fong) et Hsi Pao le fils (Hoh Kin-wai), pour s’introduire chez les riches afin de leur soutirer de l’argent. Le taoïste chasse les fantômes complices sauf quand la demeure est réellement hantée et que le plan établi s’écroule face à toute une famille de fantômes mécontents de voir leur tombeau profané (cette vieille et sempiternelle histoire de construction sur les cimetières).

D’une autre part, Oncle Kau (Lam Ching-ying) reprend du service pour cette fois chasser des démons de l’enfer. En l’occurrence une bande de monstres assoiffés de sang menée par une sorcière (Pauline Wong). Le but des démons est de régner sur terre et la bataille sera rude. Les chorégraphies des combats sont violents et lorgnent vers le gore. Kau tranche la tête des démons mais la magie noire de la sorcière leur permet de continuer à survivre : elle sort de sa bouche des vers, les applique sur la plaie et ses créatures repartent à la bataille. Donc, de gentils fantômes qui cette fois parlent et se déplacent sans sautiller et d’affreux démons qui s’expriment en râles et se déplacent en volant. Il est évident que l’influence des Histoires de fantômes chinois de Ching Siu-tung et Tsui Hark sont pour quelque chose dans ce renouveau de la franchise Mr. Vampire qui retourne au début du 20ème siècle.

Comme d’habitude, Kau est aidé de deux assistants dont Chiang (Billy Lau) qui ne cessera pendant tout le film de bien se faire voir de son patron. Chiang est un personnage exaspérant, vaniteux et gênant. Tout ce qu’il entreprend se solde par un échec dont il accuse les autres d’être responsables. Kau devra bien entendu rétablir la situation. Jusqu’à la prochaine gaffe. Il suffit que Kau lui demande de surveiller deux démons féroces, immobilisés grâce à un pinceau talisman sur le front, pour qu’il fasse la farandole, que les pinceaux tombent et qu’il soit dépassé. Ailleurs, il doit surveiller la destruction de ces démons et de la sorcière. Il préfère déléguer à deux sous-fifres et partir flatter son maître au restaurant. Les deux démons auront tôt fait de prendre possession des corps des deux gardiens débutant ainsi une série de catastrophes. Et surtout, Chiang prend en grippe Ming et ses deux fantômes et ne cessent de les harceler.

Ces deux récits devront forcément se mêler, s’interpénétrer et donner une forme à ce troisième épisode, après la nullité du Retour de Mr. Vampire, plus tenu et assez intéressant. Comme les monde des vivants cohabite avec le monde des défunts, la comédie se transforme assez vite en film d’action. L’idée de donner un rôle comique important à Richard Ng face à Lam Ching-ying toujours aussi sérieux fonctionne tout à fait. Les deux personnages s’entendent, se comprennent bien que l’un chasse les fantômes et que l’autre les emploie pour son travail. Le saut qualitatif entre le deuxième épisode et celui-ci est très important notamment dans la séquence finale qui oppose la sorcière et ses deux affreux démons (dont l’un d’eux devient une sorte de monstre purulent) face aux taoïstes et les deux gentils fantômes où, suivant la leçon de Ching Siu-tung et Tsui Hark, les lois de l’attraction volent en éclats.

Mr. Vampire et les démons de l’enfer (Mr. Vampire III, 靈幻先生, Hong Kong, 1987) Un film de Ricky Lau avec Lam Ching-ying, Richard Ng, Lui Fong, Billy Lau, Pauline Wong, Hoh Kin-wai, Baan Yun-sang, Lee Chi-git, Chu Tau, Teddy Yip, Wu Ma, Sammo Hung, Ka Lee, Corey Yuen, Gam Biu, Chow Gam-kong, Cheung Wing-cheung, Pang Yun-cheung, Siu Hung-mooi, Chun Kwai-bo, Tam Yat-ching, Yip So.

vendredi 10 août 2012

Sorties à Hong Kong (août 2012)


The Silent war (聽風者, Hong Kong, 2012) 
Un film d’Alan Mak et Felix Chong avec Tony Leung Chiu-wai, Mavis Fan, Zhou Xun, Wang Xue-bing, Carrie Ng, Gan Ting-ting, Bai Ru, Dong Yong. 119 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 10 août 2012.

jeudi 9 août 2012

L'Empire de la passion


1895, un petit village du Japon. L’ancien soldat Toyoji (Tatsuya Fuji) traine son ennui dans les rues de la petite communauté, son uniforme de l’armée porté nonchalamment sur son torse nu. Jeune homme célibataire, mais viril puisqu’il porte une moustache, il cherche à s’attirer les faveurs sexuelles de Seki (Kazuko Yoshiyuki), mère de famille (elle a une fille adolescente et un nourrisson) et mariée à Gisaburo (Takahiro Tamura), le tireur de pousse-pousse du village. Elle proteste mollement à cause de leur différence d’âge mais elle se laisse séduire par lui. Il pousse le nourrisson endormi à côté d’elle, une après-midi d’été, et se met à téter son sein. C’est la première étape de leur liaison secrète et adultère.

Le jour où il la force à se laisser entièrement raser le pubis, elle deviendra sa propriété, il la possédera toute entière. Seki ne pourra plus se montrer nue devant son époux sans qu’il ne soupçonne l’adultère. La première partie de L’Empire de la passion est consacrée aux jeux amoureux et sexuels des deux amants. Contrairement à L’Empire des sens, l’érotisme est diffus, caché, les sexes sont cachés par les corps des partenaires (elle à genoux devant lui baissant son pantalon pour montrer sa verge en érection quand elle se refuse à lui ; lui à genoux devant elle allongée quand il la rase). Leur passion est réelle, mais doit rester intime car personne dans le village ne doit être au courant. Et surtout pas le mari. La solution est vite trouvée : le tuer.

Ils l’étranglent ensemble, avec une corde. Ils emmènent le corps de Gisaburo en forêt et le jette au fond d’un puits, dans une des plus belles scènes du film où la neige les recouvre presque. La caméra est au fond du puits, point de vue aveugle puisque personne ne s’y trouve, si ce n’est bientôt un cadavre, mais cela fait passer le film dans le champ du fantastique. Seki dira aux villageois que son époux est parti à Tokyo. Au bout de trois ans, personne n’a de ses nouvelles mais cela n’empêche pas les villageois de lancer des rumeurs (le chœur des trois vieilles rombières qui disent tout haut ce que chacun pense tout bas), de se poser des questions et de croire qu’elle a une liaison avec Toyoji. Ce dernier refuse toujours de s’installer avec elle, il veut continuer à maintenir un secret qui ronge la passion amoureuse que lui porte Seki.

Virage vers le fantastique donc, ou plus précisément le film de fantômes japonais. Le mari vient hanter les rêves des villageois. D’abord un voisin qui affirme lui avoir parlé en songe. Puis, la fille de Gisaburo qui évoque un puits. Enfin Seki qui le voit apparaitre chez lui, le visage blanc comme les morts. Il ne parlera jamais, il la fixera. Le fantastique de Nagisa Oshima n’est pas conçu pour effrayer. Il est poétique et métaphorique afin d’exprimer la folie des deux amants. Elle qui cherche à exorciser la culpabilité qui la ronge, lui qui jette chaque jour des feuilles dans le puits comme pour recouvrir un crime qu’il n’assume pas. Ces gestes les rendent coupables à la fois aux yeux des villageois et de l’inspecteur venu enquêter sur la trop longue disparition du mari. Ce que montre L’Empire de la passion est une société malade de ses préjugés bâtis sur des fondements rétrogrades qui contamine et condamne ceux qui voudraient s’en échapper.

L’Empire de la passion (愛の亡霊, Japon – France, 1978) Un film de Nagisa Oshima avec Tatsuya Fuji, Kazuko Yoshiyuki, Takahiro Tamura, Takuzo Kawatani, Akiko Koyama, Taiji Tonoyama, Sumie Sasaki, Eizo Kitamura.

Sorties à Hong Kong (août 2012)


Vulgaria (低俗喜劇, Hong Kong, 2012) 
Un film de Pang Ho-cheung avec Chapman To, Dada Chan, Ronald Cheng, Fiona Sit, Crystal Tin, Siu Yam-yam, Matt Chow, Hayama Hiro, Jim Chim, Lawrence Chou, Mak Ling-ling, Vincent Kok, Simon Loui, Lam Suet, Lawrence Cheng, Miriam Yeung, Nora Miao, Jimmy Wan, Huang Lu, Ray Pang, Fanny Lee, Au Hin-wai. 92 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 9 août 2012.


mardi 7 août 2012

Le Retour de Mr. Vampire


Le récit du Retour de Mr. Vampire se transporte de nos jours (c'est-à-dire en 1986). Un archéologue portant bouc et lunettes demi-lune, le professeur Kwok (Chung Faat) s’affaire à retrouver des objets antiques pour les revendre. Aidés par ses deux assistants, Chicken (Billy Lau) et Sashimi (Ka Lee) aussi incompétents et froussards que ceux de Maitre Kau dans Mr. Vampire, il tombe dans une grotte sur trois sépultures parfaitement conservées. Une famille entière, père, mère et enfant, tous trois en habits mandarins et portant un sort sur le front. Oui, ce sont des vampires et ils vont foutre une sacrée pagaille.

Kwok cherche immédiatement à vendre ses momies et apporte le petit (Hon To-yue) chez un éventuel acheteur laissant Chicken seul avec les adultes. Il enlève le parchemin du front de la mère (Pauline Wong) qui se réveille, sautille sur ses pieds et chercher à le mordre. Puis, c’est le père (Cheung Wing-cheung) qui se réveille. Il est bien plus coriace et le pauvre assistant maladroit et gaffeur a bien du mal à ne pas se laisser croquer. Les deux vampires poussent des râles crépusculaires et l’antre se transforme en champ de batailles burlesque où le pauvre diable cherche à se cacher jusqu’à ce que Kwok et Sashimi reviennent pour maitriser les vampires.

Pendant ce temps, le petit vampire s’est aussi réveillé et apprécie la musique sur l’auto-radio. Il va s’échapper et atterrir chez Monsieur Hu (Wu Fung), un veuf avec deux enfants (un peu grassouillets). Réfugié dans la remise, l’enfant va être accueilli par la petite fille si gentille qu’elle le prend pour un boat people (la télé montre un reportage sur eux). Comme dans ET de Steven Spielberg, elle va cacher la présence du vampire à son père. Cette partie familiale est terriblement mièvre, sans humour et surtout passablement mal jouée (les enfants sont atroces). Le film est clairement à destination du jeune public.

L’arrivée dans l'histoire, au bout d'une bonne demi-heure, de Lam Ching-ying en descendant de Maitre Kau (il porte encore une fois des sourcils d’un seul tenant, signe de sagesse) pour sauver l’archéologue n’y fera rien. Il est aidé de Yen (Yuen Biao) qui aspire à épouser Gigi (Moon Lee), la fille de Lam Ching-ying. La seule séquence de combat s’éternise, et pour cause, dans l’antre de l’archéologue un produit ralentisseur s’échappe de sa fiole. Tous les gestes, dialogues et grognements des acteurs sont filmés comme au ralenti, les interprètes jouant donc en parlant et bougeant lentement, très lentement. Bonne idée mais qui s’éternise trop pour être amusante. Le Retour de Mr. Vampire reprise tout ce qui faisait la saveur de Mr. Vampire sans jamais arriver à ce que cela fonctionne.

Le Retour de Mr. Vampire (Mr. Vampire II, 殭屍家族, Hong Kong, 1986) Un film de Ricky Lau avec Chung Faat, Billy Lau, Ka Lee, Pauline Wong, Cheung Wing-cheung, Hon To-yue, Yuen Biao, Moon Lee, Lam Ching-ying, Hoh Kin-wai, Choi Man-gam, Wu Ma, James Tin, Wu Fung, Walter Tso, Manfred Wong, Stanley Fung.

lundi 6 août 2012

Kaïro


« Tout avait commencé un jour ordinaire », explique Michi (Kumiko Asô), en guise de lancement du récit de Kaïro, alors qu’elle se trouve seule avec un homme plus âgé qu’elle (Kôji Yakusho, l’acteur fétiche de Kiyoshi Kurosawa qui ne fait qu’une très courte apparition) sur un bateau en pleine mer. Ce jour-là, son collègue Taguchi se fait attendre au travail alors qu’elle cherche une disquette qu’il devait préparer. Personne n’a eu de ses nouvelles depuis longtemps. Elle décide donc d’aller chez lui, un appartement mal entretenu. Elle le découvre, mal habillé, l’air hébété dans un coin d’une pièce. Il ramasse une corde pour ranger son studio, elle va fouiller à côté de l’ordinateur pour trouver cette disquette. Une minute plus tard, elle le retrouve pendu dans la chambre sans comprendre ce qui a bien pu se passer. La police qui vient la chercher n’a pas non plus d’explication.

Junko (Kurume Arisaka), la collègue de Michi l’interroge sur ce suicide. Elle s’inquiète surtout pour Michi, et il faut le dire, qu’elle a sacrément peur. Mais cette peur est mêlée de curiosité. Yabé (Masatoshi Matsuo), l’un des collaborateurs de leur boite, ouvre la disquette et il découvre une image énigmatique : on y voit Taguchi devant son ordinateur et sur l’écran de l’ordinateur, cette image démultipliée. Sur un autre écran, il remarque ce qui semble être un visage livide. Yabé retourne dans le logement de Taguchi, fouille un peu, tombe sur une feuille sur laquelle est inscrite « zone interdite », puis aperçoit une tache sombre sur le mur, comme de la fumée, précisément là où le jeune homme s’est donné la mort. Enfin, il voit son collègue, ou pense-t-il le voir. Au bout de quelques jours, le résultat est le même, Yabé se tire une balle dans la tête.

Autre lieu, autres personnages. Kawashima (Haruhiko Katô) est un jeune étudiant aux cheveux colorés qu’on imagine un peu superficiel. Un soit de désœuvrement, il entreprend d’installer internet sur son ordinateur. Il n’y connait pas grand-chose (il faut se rappeler que le film date de 2001, époque où le web n’était pas encore si présent) mais l’ordi se connecte immédiatement sur des vidéos de personnes seules chez elles, le visage trouble. Il va demande à Harué (Koyuki), la fortiche en informatique des conseils. Ils ne vont plus se quitter pour tenter d’expliquer cette vague de disparition des humains et d’apparition de fantômes. Un étudiant leur affirmera que les âmes sont désormais trop nombreuses et qu’elles s’installent à la place des vivants. Et surtout, il conseille de se méfier des lieux entourés de ruban adhésif rouge.

Quand Kaïro est sorti, le cinéma japonais était en pleine mode de Ring et autres films de fantômes chevelus qui se retournait soudain pour faire peur au spectateur. Les fantômes de Kaïro n’existent qu’à l’état de trace sur les murs ou comme entité désarticulée qui prend possession du corps des humains, comme dans la belle scène d’angoisse pure où Yabe rencontre une femme qui se dirige vers lui au ralenti. La méthode de Kiyoshi Kurosawa pour instiller la peur repose sur des effets strictement dramatiques (musique stridente à base d’instruments à corde, voix déformées) sans pour autant chercher à faire sursauter le spectateur. Les pièces cerclées de ruban rouge deviennent des lieux où la mort règne. Les vidéos grisâtres, floues et statiques de fantômes envahissent l’écran.

Le décor dans lequel évoluent les personnages revêt une grande importance dans la montée de l’effroi. Au fur et à mesure que le film avance, la population disparait, les rues se vident, plus personne ne répond au téléphone, l’université de Kawashima n’a plus d’étudiants et Michi perd tous ses collègues. Le récit se déplace dans une zone industrielle froide et déshumanisée où la solitude est le seul moyen de survie. La photographie du film adopte une teinte de plus en plus grise, adoptant pratiquement des tons sépia où la couleur rouge est désormais symbole de danger. Kaïro ne fait pas vraiment peur mais instaure un malaise profond, un désespoir sur l’état du monde qui est la marque de fabrique de Kiyoshi Kurosawa dans une vision poétique plus proche de celle de Jean Cocteau que de John Carpenter.

Kaïro (回路, Japon, 2001) Un film de Kiyoshi Kurosawa avec Haruhiko Katô, Kumiko Asô, Koyuki, Kurume Arisaka, Masatoshi Matsuo, Shinji Takeda, Jun Fubuki, Shun Sugata, Shô Aikawa, Kôji Yakusho, Kenji Mizuhashi.

dimanche 5 août 2012

Mr. Vampire


C’est fort des succès de L’Exorciste chinois puis de La Fureur du revenant que Sammo Hung se lance dans la production de Mr. Vampire. Lam Ching-ying reprend son personnage de moine taoïste du début du 20ème siècle, Oncle Kau. Il est engagé par monsieur Yam (Huang Fu) pour déplacer la sépulture de son père afin que son feng shui s’améliore. Il découvre que le cercueil a été enterré à la verticale et quand il l’ouvre, Oncle Kau constate, très étonné, que le corps est extrêmement bien conservé. Cela ne lui semble pas un bon signe. En tant que spécialiste des fantômes, morts-vivants et autres vampires, il décide de déplacer ce cercueil chez lui afin de veiller à ce que le macchabée ne se transforme pas en zombie.

C’était sans compter sur ses deux assistants aussi dévoués qu’incompétents. Le premier est Wen-tsai (Ricky Hui) qui ouvre le film. On le découvre en train de nourrir les cadavres avec trois bâtons d’encens quand il se rend compte que l’un d’eux avale les bâtons trop rapidement à son goût. C’est en fait son collègue Shen (Chin Siu-ho) qui s’est caché dans la sépulture pour lui faire une blague. Mal lui en a pris, les deux hommes en se disputant font tomber les talismans de papier sur le front des morts qui se mettent à les poursuivre. Il faudra l’aide de Kau et d’un autre moine (Anthony Chan dans une courte apparition) pour en venir à bout. Dès l’ouverture, la puissance de ces morts-vivants est montrée : une puissance phénoménale que seul un expert peut contrer. Mais les zombies sont aussi rigolos quand ils se déplacent en sautillant à pieds joints dans leur habit de mandarin.

Cet expert qu’est Oncle Kau va expliquer par le menu toutes les manières de défaire un zombie et enseigner son savoir taoïste à ces deux apprentis qui sont ignorants, tout comme le spectateur de Mr. Vampire. Comme on l’a vu, il faut les nourrir mais aussi veiller à ce que la flamme répandant une huile spéciale ne cesse jamais de brûler. Les morts-vivants ont peur de leur reflet et un miroir à huit côtés sert de répulsif. Une épée de bois permet de transpercer leur cœur pour les éliminer. Sinon, les brûler, ça marche aussi. Le riz glutineux permet de les repousser et les consument à petit feu. Encore faut-il que le marchand en vende de bonne qualité, ce qui n’est pas le cas du marchand de la ville (Wu Ma) qui refourgue par cupidité du riz simple à Kau, ce qui provoque une énième catastrophe quand l’ancêtre de Yam (Yuen Wah) se révèle un vampire particulièrement féroce.

Kau pourrait combattre le vieux Yam si ces deux assistants ne l’accablaient pas de leur maladresse. Wen-tsai, grièvement blessé, se transforme en vampire. Il devra être soigné grâce au riz glutineux évoqué plus haut, faire bouger ses bras et jambes pour que le poison ne se répande pas. La partie comique que développe Ricky Hui est ici, comme souvent, basée sur le grotesque, remuant son corps pataud. Shen est possédé par un démon féminin. La belle Jade (Pauline Wong) attire Chun dans son antre. Selon Kau, une romance entre un humain et un fantôme est interdite, les deux mondes ne peuvent pas se rejoindre. Jade n’est pas avare de mauvais coups et de sorts lancés contre le gentil Chun qui se met à combattre son maître.

Kau doit également protéger l’autre personnage féminin du film, Yam Ting-ting (Moon Lee) la fille de monsieur Yam. Ce sera sans compter sur le policier Wai (Billy Lau) aussi incompétent et gaffeur que les deux assistants. Il accuse d’abord le taoïste d’un crime dont il est innocent aggravant la menace des vampires. Wai se dispute les faveurs de Ting-ting avec Wen-tsai bien que les deux rivaux n’ont aucune chance avec la belle demoiselle. Wen-tsai , dans une des scènes les plus drôles, jette un sort à Wai et prend possession de son corps et le ridiculise devant Ting-ting. Mr. Vampire se tourne vers la bouffonnerie avec ces trois personnages tellement stupides qu’ils en deviennent drôles. Le film étant produit par Sammo Hung, il se termine par un énergique combat d’arts martiaux entre Yuen Wah, Lam Ching-ying et Chin Siu-ho.

Mr. Vampire (殭屍先生, Hong Kong, 1985) Un film de Ricky Lau avec Lam Ching-ying, Ricky Hui, Chin Siu-ho, Moon Lee, Huang Ha, Yuen Wah, Pauline Wong, Billy Lau, Anthony Chan, Ka Lee, Wu Ma, Wong Wan-si, Tenky Tin, Ho Pak-kwong.

jeudi 2 août 2012

When fortune smiles



Quand le patriarche de la famille s’apprête à mourir, toute la parentèle est présente pour connaitre le nom de l’héritier, attentive aux derniers mots du moribond. Son frère (Lau Kau) à son chevet entend bien faire respecter son testament : que sa fille Fei-fei hérite de toute sa fortune. Mais il faut la retrouver, personne ne sait où elle se trouve depuis qu’elle est partie étudier en France. Le but du jeu de When fortune smiles est de piquer l’héritage avant elle et tous les coups sont bons.

Le neveu du défunt, Lung (Shing Fui-on) aurait bien aimé profiter de l’héritage mais son père n’est pas d’accord. En secret, il va engager un jeune cambrioleur Vincent (Stephen Chow) pour s’introduire chez lui et dérober le testament. Il sera aidé par le détective privé Wong (Anthony Chan, le réalisateur du film), grand gars effilé à lunettes franchement pas adroit de ses mains : dans l’un des gags du film, on le retrouve la tête dans la cuvette des WC, histoire de bien montrer quel genre d’humour le film privilégie. Le style de Stephen Chow est ici à l’état brut. Dans une longue scène face à Lung, son personnage doit essayer de le faire rire. S’il réussit, il aura la vie sauve. C’est l’occasion pour l’acteur de faire de nombreuses mimiques et de tordre son corps burlesque dans tous les sens. En revanche, quand l’humour se fait scatologique, il devient paradoxalement plus fin. Vincent est en prison et doit se taire mais Stephen Chow mime son envie d’aller aux WC à quelqu’un qui ne comprend rien.

Face à Lung, le fils du patriarche, Wei (Anthony Wong) n’entend pas se laisser voler le magot par une sœur disparue depuis des années. Wei est un fou furieux, ultra violent, un personnage qu’Anthony Wong joue sans aucune retenue. Son idée est de trouver un sosie qui sera incarné par la mendiante Feng (Sandra Ng), une obsédée des cannettes de soda qu’elle écrase d’un bon coup de pied pour mieux ensuite les revendre. Feng se fera passer pour Fei-fei. Wei, pour la première rencontre avec l’oncle et Lung, lui donne un émetteur dans l’oreille et lui dicte son dialogue. Très vite, elle perd son oreillette et doit improviser. Pour corser le tout, elle rencontre Vincent qui est justement venu ce soir-là voler les dernières volontés. Ils se rendent vite compte qu’ils sont dans la même galère. Il se déguisera en servante (gags un peu misogynes) et elle l’aidera à s’en sortir dans une série de quiproquos.

Le reste du film développe ce simulacre où les deux personnages jouent eux-mêmes deux personnages qui vont, forcément, tomber amoureux l’un de l’autre. C’est la règle du jeu. Le sujet du film, l’héritage et ses contraintes, les rancœurs des spoliés et les cœurs purs des deux fantoches, était un thème largement développé par Wong Jing (Perfect girls ou Prince charming) mais surtout très normatif. Anthony Chan, spécialiste de la comédie du mariage, comprend assez vite que l’attraction majeure de son film est Stephen Chow. Alors qu’il commençait en duo comique, son propre personnage s’efface progressivement. Je retiendrai deux autres gags en dehors de ceux déjà évoqués (celui sur le mime du caca étant le meilleur du film) : dans le premier Stephen Chow fait de la boxe en imitant le cri de Bruce Lee, le match est arrangé, il défonce tout le monde puis devient le punching-ball humain d’un adversaire ignorant l’arrangement. Dans cette scène, ses changements de regard, d’abord arrogant puis angoissé, donnent déjà l’étendue du pouvoir comique de son visage. L’autre gag est typiquement visuel : c’est un combat en cuisine avec des poêles comme armes : la taille des ustensiles augmentent au fur et à mesure du combat : là, c’est l’esprit non-sensique qui officie.

When fortune smiles (無敵幸運星, Hong Kong, 1990) Un film d’Anthony Chan avec Stephen Chow, Sandra Ng, Anthony Chan, Anthony Wong, Cutie Mui, Shing Fui-on, Lam Kau, Hui Ying-sau, Mai Kei, Billy Chow, Stuart Ong, Sai Gwa-pau, Billy Ching, Lui Tat, Gam Lau.

Sorties à Hong Kong (août 2012)

Lacuna (醉后一夜, Chine – Hong Kong, 2012) 
Un film de Derek Tsang et Jimmy Wan avec Shawn Yue, Zhang Jing-chu, Lawrence Chou, Yoga Lin, Zhu Yu-chen, Mia Yam, Wang Yi, Yu Na, Wang Jun-jia, Sun Cong, Cheung Lam, Shuang Zi, Zhang Chao, Lin Zi-luo, Wang Mei-qian, Guan Zheng-nan, Chen Yi-sha, Du Ming-hua, Zhang You-you, Hei Yun, Leva Liang. 97 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 2 août 2012.