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lundi 26 mai 2014

Once upon a time in Shanghai


Avant d’être amis à la vie, à la mort, Ma Zhong-zhen (Philip Ng) et Long Qi (Andy On) ont été des adversaires. L’histoire des deux hommes est celle de Once upon a time in Shanghai, la nouvelle adaptation de la vie dans les bas-fonds des triades d’un héros populaire du Shanghai des années 1930 produite et scénarisée par Wong Jing qui s’adjoint à la chorégraphie des combats Yuen Woo-ping et à la réalisation Wong Ching-po.

Ma Zhong-zhen quitte sa campagne natale avec sa petite sœur et son jeune frère (qui disparaitront assez vite du film) avec un cadeau de sa maman : un bracelet de jade qu’il doit porter au poignet droit. Car ainsi, il ne l’utilisera pour pratiquer son kung-fu. En effet, Ma est un homme si fort qu’il pourrait tuer un homme avec un seul coup. Notre héros est présenté comme un homme serrein mais qui pourrait se défendre contre n’importe qui.

Dans ce Shanghai des années 1930, aux rues quasi désertes, la gentillesse et la bonté ne paient pas de repas. C’est ce qu’ils vont vite comprendre. L’aide de leur grand frère, qu’ils ont rejoint, va les amener dans un quartier tenu par Frère Bing (Sammo Hung). Il les nourrit et les héberge dans une maison à la population pauvre toute droit sortie de celle de Crazy kung-fu, la folie furieuse de la propriétaire en moins. Pour survivre, il fait des petits boulots.

La vie de Long Qi est toute différente. Dans son beau costume trois pièces, arborant un joli nœud papillon et fumer des cigarettes, il tient un cabaret de luxe (le « Paradise ») qu’il a volé à un membre des triades. Long Qi a les dents longues, ce qui n’est pas du tout du goût des trois vétérans des triades incarnés par Yuen Cheung-yan, Fung Hak-on and Chen Kuan-tai, ce dernier interprétait d’ailleurs le personnage de Ma Zhong-zhen dans Le Justicier de Shanghai de Chang Cheh en 1972.

Ils se rencontrent quand Long Qi organise une vente d’opium avec des japonais qui commencent à envahir Shanghai et veulent contrôler le trafic. Ma Zhong-zhen, tout à sa quête de justice, défie dans un long combat Long Qi. Ce dernier, lui aussi expert en art martial, lui offre la cargaison de drogue si Ma réussit à le battre d’ici ce que sa cigarette finisse de se consumer. Ma gagne son combat mais aussi une amitié indéfectible et devient vite son bras droit au cabaret.

Les deux hommes sont l’antithèse l’un de l’autre et le film ne cesse de le répéter. Ma est toujours calme et posé, Long Qi constamment excité et violent. L’effet de l’un va agir sur l’autre. Contrairement aux précédentes versions, et peut-être à cause de la coproduction avec la Chine, Ma ne va pas sombrer dans les triades et devenir un criminel mais au contraire adoucir le caractère violent de Long Qi, montré pour illustrer son tempérament avec un tigre qu’il élève dans son salon.

Leur amitié est poussée dans le film jusqu’à devenir un quasi histoire d’amour. Ils se battent désormais pour le plaisir, y compris dans la grande salle du cabaret, où les chorégraphies aériennes les font voler à travers la pièce pour se retrouver tous les deux, se lançant des grands regards amoureux au clair de lune en mangeant un hot-dog au sommet d’un pont. Ces scènes homo-érotiques sont des grands moments involontaires d’humour mais plutôt réjouissants.

Le film laissait craindre dans sa première partie un ratage assez fatal. La mise en scène de Wong Ching-po est loin de la sobriété. Le cinéaste abuse de ralentis dans les scènes de combat filmés dans une lumière sépia qui donne par moment des aspects de film noir et blanc. Puis, petit à petit, on s’intéresse au destin de ces deux amis, à leur histoire d’amour respective pourtant très conformiste. Ma Zhong-zhen tombe amoureux de la fille de Sammo Hung et Long Qi de la chanteuse du cabaret.

La ressemblance du personnage de Ma avec celui de Bruce Lee dans La Fureur de vaincre (même coupe au bol, vêtements traditionnels, musculature très fine dans le combat final quand il se met torse nu) est assez frappante. Le film a la bonne idée de ne pas faire durer les combats et de ne pas les hacher avec un montage épileptique. Rien que pour cela, le film vaut d’être célébré. Comme quoi, quand Wong Jing s’en donne un peu la peine, il peut encore produire des films intéressants.

Once upon a time in Shanghai (惡戰, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Wong Ching-po avec Philip Ng, Andy On, Sammo Hung, Jiang Lu-xia, Chen Kuan-tai, Michelle Hu, Mao Jun-jie, Yuen Cheung-yan, Fung Hak-on.

samedi 22 mars 2014

The Last tycoon


La musique, largement pompée sur celle de Nino Rota pour Le Parrain, qui ouvre The Last tycoon met immédiatement l’ambiance. Un homme de dos (Chow Yun-fat, qu’on reconnait tout de même), regarde assis sur son siège de vieilles photos accrochées au mur de son bureau. Son visage est impassible mais on comprendra par la place qu’il occupe dans l’opéra (seul en haut, loin du bas peuple) qu’il est le patron des triades. La caméra qui s’approche de ses yeux lance un flash-back pour se retrouver en 1913 à Shanghai.

Autant le dire tout de suite, The Last tycoon est le meilleur film de Wong Jing depuis des années. La reconstitution des deux époques, celle du milieu des années 1910 montrant l’accession au pouvoir de Cheng Daqi (Huang Xiao-ming) puis en 1937 où le personnage a atteint sa gloire (cette fois incarné par Chow Yun-fat) est fastueuse. Le soin apportés aux costumes et aux décors de Shanghai (le film a reçu un Hong Kong Award), l’abondance des figurants montrent que cette fois, le cinéaste a eu un budget conséquent.

1914, c’est l’époque des premiers choix de vie et des premières rencontres. Avec son meilleur ami, il quitte son village et part pour Shanghai où il se promet de devenir le patron du plus grand cabaret de la ville. Jeune homme droit dans ses bottes, Daqi va se retrouver en prison à cause d’un policier corrompu. Il y rencontre Mao Zai (Francis Ng), un général nationaliste qui va le libérer et le prendre sous son aile. On suit sa progression dans les bas-fonds jusqu’à se rencontre avec Hong (Sammo Hung), le grand patron qui l’embauche.

L’ascension de Daqi est fulgurante. Hong en fait vite son bras droit. Il prend le contrôle d’un quartier de Shanghai, celui de la concession française et promet de respecter les dix commandements de la triade. Cette montée au pouvoir est montrée dans une alternance de courtes scènes où il élimine ses adversaires (il a un révolver contrairement aux autres) tandis qu’à genoux, il récite les préceptes de son parrain, sous les yeux de Hong et de son épouse (Yuan Lin) qui semble avoir autant de pouvoir que lui.

La fascination de Wong Jing pour les triades est toujours aussi forte. Le producteur des Young and dangerous dans les années 1990, revient donc à son thème de prédilection avec cette fois plus de subtilité. Il lorgne cependant clairement du côté des films de John Woo, ne serait que parce que Chow Yun-fat est présent (il n’avait tourné pour Wong Jing depuis 1994) mais surtout parce que les scènes de gunfights sont filmées à grand renfort de ralentis dans un romantisme que l’auteur de The Killer n’aurait pas renié. Qui plus est, l’un des grands moments se déroule dans une église. Il ne manque que des colombes.

1937, c’est l’année de l’entrée en guerre de la Chine et du Japon. C’est aussi pour Daqi le retour devant ses yeux de son amour de jeunesse. Zhiqiu (Feng Wenjiuan en 1914 puis Yolanda Yuan en 1937) et Daqi ont toujours été amoureux l’un de l’autre mais le destin les a séparés. Elle est devenue une grande chanteuse d’opéra chinoise installée à Pékin. Lui s’est marié à Bao (Monica Mok), également chanteuse, ce qui montre qu’il n’a jamais oublié son amour de jeunesse et qu’il l’a seulement remplacée par une autre.

Le passage entre les deux époques se fait harmonieusement. Le romantisme des histoires d’amour de Daqi est souvent trop appuyé, parfois mièvre avec ses petites notes de piano et violon en fond sonore. En revanche, la dernière demi-heure sur fond d’occupation japonaise de Shanghai, qui provoque la chute de Daqi, est largement plus caricaturale. Il faut reconnaitre que le film donne du plaisir à retrouver les vieilles gloires du cinéma de Hong Kong, Francis Ng, Chow Yun-fat, Sammo Hung et Yasuaki Kurata en général japonais. On se croirait presque revenu à l’âge d’or du cinéma cantonais.

The Last tycoon (大上海, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Wong Jing avec Chow Yun-fat, Sammo Hung, Huang Xiao-ming, Yolanda Yuan, Yuan Li, Francis Ng, Mo Xiao-qi, Kimmy Tong, Zheng Yi-tong, Gao Hu, Xin Bai-qing, Jiang Lu-xia, Feng Wenjuan, Yasuaki Kurata.

mercredi 26 février 2014

Touch and go


Gentil gars un peu naïf, Fasto (Sammo Hung) est témoin du meurtre d’un policier par trois gangsters. Pas de chance pour lui, il se fait repérer et poursuivre par les tueurs dans la rue. L’un des trois malfrats le menace d’un révolver, Fatso se défend et parvient à s’échapper à l’arrivée de la police. L’inspecteur Pitt (Vincent Wan) est plutôt content d’avoir un témoin oculaire fiable mais c’est sans compter sur le chef de la police qui veut diligenter l’enquête à sa place. Avec ironie, Pitt l’accuse toujours d’être trop lent pour arriver sur les lieux du crime, et effectivement, son chef a constamment un train de retard, l’occasion pour Pitt d’agir avant lui.

Le problème est que Fatso a peur que les truands viennent l’assassiner chez lui pour qu’il ne puisse pas témoigner. Ainsi, quand Pitt vient le chercher chez lui, Fatso le prend pour un tueur (ils ne se sont pas vus) et se bagarrent dans l’appartement. La confusion dissoute, ils partent au poste de police. Ils sont suivis par le chef des tueurs, Lam (Tommy Wong), un homme au regard de fou surnommé, le « Dieu de l’enfer ». Tommy Wong, au corps démesuré, surtout à côté de Sammo Hung, fait peur, jouant à fond la caricature du méchant vicieux et violent.

Fatso a beau lui proposer de faire la paix, d’oublier l’incident, rien n’y fait, Lam Lam veut le tuer et il le clame haut et fort. Ringo Lam sous-entend là que la police est parfois inefficace. Pitt, après s’être battu dans la rue, parvient à arrêter Lam mais son avocat le fait libérer aussi sec. Fatso se sent alors menacé d’autant que la police ne semble pas vouloir le protéger. Il a de la rancœur contre la police et Pitt en particulier qu’il accuse de se servir de lui, d’autant que le policier tué était l’un de ses amis très proches. Il rentre chez lui. Lam le menace par téléphone et immédiatement lance un projectile dans son appartement qui brûle.

Sans domicile, Fatso est accueilli par Angel (Teresa Mo), sœur de Pitt et journaliste qui compte écrire un papier sur les témoins bafoués par la police. Angel, Pitt et Fatso vont mener l’enquête, traquer le « Dieu de l’enfer » qui fait preuve de plus en plus de détermination pour éliminer tous ceux qui se trouveront sur son passage, y compris sa petite amie Mei (Irene Wan) qu’il malmène et qui va se rebeller. Elle est la victime d’un réseau de prostitution que Pitt va vouloir démanteler. Touch and go traite sans nuances ni conviction le drame des réfugiées du Continent venues chercher, en vain, le bonheur à Hong Kong.

Le film s’aventure parfois dans le burlesque avec le personnage de la maman de Fatso (Helena Law), vieille dame loufoque qui débride la maison de retraite où elle vit ou le personnage de Lulu (Ann Mui), la voisine vénale de Fatso qui profite de sa trop grande gentillesse. La grand-mère d’ailleurs pense que Lulu ne vaut rien mais trouve qu’Angel est une fille très bien pour son fils, qui ne demandait rien. Film un peu mineur de Ringo Lam, Touch and go vaut surtout pour ses scènes d’action énergiques, notamment les combats contre Tommy Wong auxquels se livrent Sammo Hung et Vincent Wan.

Touch and go (一觸即發, Hong Kong, 1991) Un film de Ringo Lam avec sammo Hung, Teresa Mo, Vincent Wan, Tommy Wong, Ann Mui, Irene Wan, Lau Kong, Helena Law, Lam Chung.

jeudi 16 janvier 2014

Sorties à Hong Kong (janvier 2014) Once upon a time in Shanghai


Once upon a time in Shanghai (惡戰, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Wong Ching-po avec Philip Ng, Andy On, Sammo Hung, Jiang Lu-xia, Chen Kuan-tai, Michelle Hu, Mao Jun-jie, Yuen Cheung-yan, Fung Hak-on. 94 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 16 janvier 2014.

dimanche 25 août 2013

Tai chi hero


Après Tai chi zero, voici que sort en DVD, toujours chez Wild Side, Tai chi hero. Le premier film avait laissé le village des Chen au moment du mariage de Lu-chan (Jayden Yuan) avec Chen Yu-niang (AngelaBaby). Mariage forcé pour permettre à jeune homme de ne pas être un étranger au village. Forte tête, la mariée ne compte pas laisser son époux profiter de son charme ni de son lit. Il doit dormir par terre et l’appeler « maître » lorsqu’elle lui enseigne le kung-fu. Ses leçons sont rudes laissant peu de répit au jeune marié. Pile au moment de l’échange des vœux du mariage, le fils aîné du grand maître Chen Chang-xing (Tony Leung Ka-fai) revient au village. Le grand maître, fâché avec son fils depuis des années, refuse de lui parler et quitte les lieux sans dire un seul mot.

Zai-yang (William Feng), ce fils indigne et prodigue vient mettre en garde contre Lu-chan et rappeler une vieille légende centenaire qui affirme qu’un étranger ne peut pas apprendre le kung-fu des Chen sous peine de destruction du village. Le trouble est semé parmi les habitants comme dans la famille Chen. Les deux frères cadets veulent chasser leur nouveau beau-frère. Ils ont bien peu de foi dans les conseils de leur père. La malédiction doit s’accomplir lorsque la cloche située dans le temple se mettre à sonner. Un flash-back avec Daniel Wu (dans un personnage de moine violent et colérique) et Patrick Tse (dans le rôle de l’ancêtre des Chen), permet de découvrir l’origine de cette malédiction qui va, selon tous sauf Chen Chang-xing, les anéantir.

De la même manière que dans le premier volet, Tai chi hero a son lot de grosses machines de guerres. Celles de Fang Zi-jing (Eddie Peng) sont meurtrières, encore une fois. Après l’explosion de sa machine de guerre du premier épisode, il est défiguré par des cicatrices. Devenu gouverneur, l’ancien fiancée de Yu-niang, souhaite prendre sa revanche quel qu’en soit le prix. Ce prix est celui de la corruption. Pour obtenir ce poste il a payé un mandarin. Pour trahir la famille Chen, il a passé un accord de dupes avec Zai-ying qui avait pour mission de destituer son père et de prendre sa place. Les gros canons automatiques de l’armée lancent leur obus au milieu des centaines de soldats de l’armée impériale avec leurs uniformes traditionnels, reprenant l’idée de Tai chi zero sur l’opposition entre moderne et ancien, sur un mode mineur.

En revanche, les machines rédemptrices de Zai-yang sont là pour sauver les villageois des canons de Fan Zi-jing. Là, il s’agit moins du combat entre l’ancien et le moderne que d’approfondir les complexes rapports familiaux. Le fils du grand maître Chen est un inventeur de génie qui, dès son plus jeune âge créait des mécanismes complexes. Génie de l’invention mais ignorant des arts martiaux, au grand dam de son père. Là encore, un flashback un peu trop explicatif montre ce lourd passé. L’alliance entre le fils choisi, Lu-chang, et Zai-yang est donc primordial car c’est la seule solution pour sauver le village. Stephen Fung filme au ralenti (dommage) les chorégraphies de Sammo Hung où les personnages défient toutes les lois de la gravitation pour abattre l’armée.

Moins vif que Tai chi zero, ce second volet abandonne l’esprit comics, l’humour burlesque et les effets spectaculaires pour explorer les rapports entre Lu-chan et Yu-niang. Le romantisme prend le dessus non sans émouvoir. On ne peut pas reprocher à Stephen Fung de changer de style entre les deux volets de son récit, de passer d’un épisode foisonnant et foutraque à un autre plus calme et psychologique. Pour le cinéaste, les amours entre le jeune couple sont aussi complexes à mettre en scène que la superbe chorégraphie finale, qui permet à Lu-chan de devenir l’homme qui a toujours voulu être. Tout ce joue dans les regards que s’échangent les mariés. Ce combat, mis en scène dans la cuisine du prince impérial, est un morceau de bravoure qui conclue ce diptyque sur le tai chi tout en promettant un troisième épisode où Fan Zi-jing pourrait poursuivre sa vengeance.

Taichi hero (太極2:英雄崛起, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Stephen Fung avec Tony Leung Ka-fai, AngelaBaby, Jayden Yuan, Eddie Peng, William Feng, Fung Shiu-fung, Shu Qi, Stanley Fung, Ying Da, Chen Sicheng, Xiong Naijin, Yuan Wen-kang, Nikki Hsieh, Daniel Wu, Patrick Tse.

samedi 20 juillet 2013

Opération dragon


Les célébrations des quarante ans de la disparition de Bruce Lee (le 20 juillet 1973) sont l’occasion de revenir sur son dernier film complet. Opération dragon est le plus gros succès populaire de l’acteur (en France, cinquième meilleur score au box office en 1974). Succès qu’il n’a jamais pu savourer, le film étant sorti après sa mort. Après une vingtaine de films à Hong Kong alors qu’il était enfant (par exemple The Kid en 1950) puis adolescent (difficile de les voir) et après ses trois films en cantonais pour la Golden Harvest (The Big boss, La Fureur de vaincre et La Fureur du dragon), il s’agissait pour Bruce Lee d’étendre sa notoriété en dehors de l’Asie. Mais surtout de prendre sa revanche sur son rôle de larbin dans Le Frelon vert, son unique incartade aux Etats-Unis en 1966, rôle pour lequel il avait une haine féroce.

Pour faire ses preuves au public occidental (puisque le public asiatique est déjà conquis), il faut à Bruce Lee commencer son film par une démonstration de son art martial. Le public dans le film est un parterre de moines Shaolin L’adversaire contre lequel Lee se bat est Sammo Hung. Ils sont tous les deux en slip noir, les rendant un peu ridicules. Puis, Lee s’entretient longuement (en anglais, car le film est entièrement en anglais) avec son sifu (Roy Chiao). Ils causent philosophie tandis qu’ils marchent lentement dans un jardin. Enfin, Lee donne un cours à un apprenti. En faisant suivre ces trois scènes, il s’agit de montrer que le personnage de Lee, et donc l’acteur Bruce Lee, possède une force mentale et physique indépassables, que l’une ne va pas sans l’autre et que la première force aide la deuxième à vaincre les adversaires.

Après avoir combattu loyalement son condisciple, Lee va relever le défi de se battre contre d’autres adversaires dans une compétition organisée sur une ile par Han (Shih Kien), ancien moine renégat. Lee s’y rend comme agent infiltré pour la police de Hong Kong. Là, le film tente de prendre un versant de récit d’espionnage à la James Bond. Lee doit enquêter sur un éventuel trafic de drogue dont Han serait à la tête. Pour tout dire, cette partie d’Opération dragon a considérablement mal vieillie tant les enjeux restent superficiels. Au récit s’ajoute un désir de vengeance. Lee a appris que l’un des gardes du corps de Han est responsable de la mort de sa petite sœur. On découvre son calvaire dans un flash-back tandis que Lee se rend en bateau sur l’île. Là, il aura comme agent de liaison la belle Mei-lin (Betty Chung), agent infiltré.

Chaque combattant a sa propre raison d’aller remporter le tournoi. Williams (Jim Kelly) est victime du racisme ordinaire. Roper (John Saxon) a des dettes d’argent. Parsons (Peter Archer) aime se battre et humilier les Chinois. Le premier combat oppose Parsons et Williams. Le deuxième Roper et un chinois. Elaborés sur un mode humoristique où Roper et Williams parient sur le vainqueur, les combats restent de simples démonstrations de boxe. Le lendemain, Han veut punir ses vigiles qui ont manqué à leur devoir, l’ultra musclé Bolo Yeung les laminera. La violence commence à gagner le film puis à envahir les affrontements. Han, qui a une main de fer (au sens figuré comme au sens propre) se battra contre Williams. Ce dernier n’en sortira pas vainqueur.

Ce n’est finalement qu’au bout d’une heure de film que Lee commencera à entrer dans le tournoi. Son adversaire est O’Hara (Robert Wall), le sbire balafré de Han qui a tué sa sœur. Sa vengeance peut enfin s’accomplir. Le combat est relativement court, environ trois minutes. Bruce Lee donne ses coups avec précision en poussant ses petits cris tandis qu’O’Hara déshonore son patron en cherchant à piéger Lee, notamment en voulant l’attaquer avec des tessons de bouteille. Enfin, il reste à Lee à mener sa mission anti-drogue. Il pénètre dans les sous-sols de la demeure, se met torse nu, actionne son nunchaku et frappe les gardiens (dont Jackie Chan qu’on peine à reconnaitre). Il rentre alors en transe bandant tous les muscles de son corps et de son visage. Opération dragon va crescendo dans les combats et le dernier est le plus beau. Lee se bat contre Han dans une salle aux murs en miroir. L’image de Bruce Lee se démultiplie à l’infini et, avec elle, les blessures au sang que la main griffée de Han lui assène.

Les décors ont une grande importance dans le film. On passe des bidonvilles de la baie de Hong Kong au riche palais de Han, ultra kitsch saturé de couleurs vives. La scène de repas, où l’on aperçoit Wong Tin-lam et Yuen Wah, où tous les invités se bâfrent avec à leurs pieds des jeunes femmes tandis que deux sumotori s’affrontent, est là pour contraster avec la rigueur de Shaolin présentée en début de film. Han, outre sa pièce tout en miroir, possède un musée de la torture et une pièce mauve où ses filles se font tatouer. Il faut ajouter que la musique de Lalo Schifrin permet à la fois de faire passer quelques scènes poussives et de magnifier certains combats. Robert Clouse a utilisé les images tournées par Bruce Lee pour Le Jeu de la mort et tenté, en vain, de renouveler le succès d’Opération dragon avec Jackie Chan dans Le Chinois.

Opération dragon (Enter the Dragon, 龍爭虎鬥, Etats-Unis – Hong Kong, 1973) Un film de Robert Clouse avec Bruce Lee, John Saxon, Jim Kelly, Betty Chung, Ahna Capri, Robert Wall, Shi Kien, Bolo Yeung, Angela Mao, Hao Li-jen, Roy Chiao, Lau Wing, Tin Mat, Sammo Hung, Jackie Chan, Mars, Cheung Chok-chow, Wong Tin-lam, Yuen Wah, Yuen, Biao, Yuen Bun, Philip Ko.

lundi 1 juillet 2013

Tai chi zero


Concilier l'ancien et le nouveau est l'ambition de Tai chi zero, premier volet du diptyque conçu par Stephen Chow et qui sort cette semaine en dvd chez Wild Side. La deuxième partie, Tai chi hero sortira fin août. L'ancien, c'est cette relecture actuelle de l'histoire de la Chine et de ses personnages emblématique (Ip Man vu au cinéma cinq fois, Chen Zhen, Qiu Jin) et désormais Lu-chan, le développeur de la technique du tai-chi. Il faut d'abord signaler que Tai chi zero n'est pas le remake de Tai chi master de Yuen Woo-ping avec Jet Li. En revanche, on peut constater qu'au début des années 1990, Hong Kong, juste avant la rétrocession revenait aussi sur l'histoire de certains de ces héros, Chen Zhen encore dans Fist of legend, Fong Sai-yuk et Wong Fei-hong dans les Il était une fois en Chine. Il est intéressant de voir que régulièrement le cinéma de Hong Kong et de Chine a besoin de se tourner sur son passé et récrire la légende de ses héros.

L'ouverture du film se fait en plusieurs temps. D'abord, une représentation de l'époque (dynastie Qing finissante, 19ème siècle), où Lu-chan (Jayden Huan) est l'un des soldats engagés dans une bataille de la guerre des clans. L'homme est pourvu d'une corne sur le front que son chef frappe et qui découple ses forces mais l'épuise physiquement. Puis, on continue avec un court flashback sur la naissance et l'enfance du personnage où Shu Qi incarne sa mère. Ce flashback est construit comme un film muet en noir et blanc, avec intertitres qui reprennent les dialogues. Puis, enfin le générique d'ouverture mêlant animation et prise de vues réelles avec Lu-chan adulte qui se rend au village de Chenjiagou. Comme dans un vieux Shaw Brothers, chaque acteur est présenté avec son nom et son personnage inscrit sur l'écran avec, cette fois, une indication aux plus jeunes spectateurs (Fung Hak-on « ancien cascadeur de Jackie Chan » par exemple).

L'idée de la distribution est de mêler jeunes et anciens acteurs. Les anciens : Bruce Leung, le méchant de Crazy kung-fu, film auquel on pense beaucoup, dans une courte apparition. Hung Yan-yan, le Pied-bot des Il était une fois en Chine, ici dans le court rôle du gardien du village des Chen. Car, tout le monde ne peut pas rentrer dans ce village et Lu-chan (incarné par un jeune champion olympique de kung-fu) doit passer quelques obstacles, dont l'ultime sera d'affronter Chen Yu-niang (Angelababy), la fille du chef du village. Plutôt que d'inscrire l'affrontement dans les dialogues, l'une des belles idées du film, à la fois ludique et didactique, est de montrer les mouvements de l'art martial visuellement, en décrivant avec des cercles, mots et flèches. Montrer ainsi la chorégraphie des combats de Sammo Hung est une nouveauté et affirme la volonté d'authenticité en appuyant sur l'aspect cartoonesque des scènes. Lu-chan rencontre alors un vieil artisan (Tony Leung Ka-fai) qui lui conseille d'imiter les gestes des adversaires. Cet homme, mystérieux, que l'on voit grimper obliquement les murs, est en fait le chef du village Chen.

Lu-chan est d'abord un homme innocent et naïf et surtout pas très malin (on a vite compris que l'artisan est le chef Chen) mais il apprend vite. Il affronte la belle Yu-niang par les arts martiaux, mais pour cette dernière, la rencontre avec Lu-chan lui permet un retour aux sources. Tout comme le personnage de Rosamund Kwan dans Il était une fois en Chine, Yu-niang est passionnée par les avancées technologiques occidentales. Passion qu'elle fait découvrir aux villageois (elle leur sert du café, elle allume des lampes, elle fait écouter un phonographe) et qu'elle partage avec Fang Zi-jing (Eddie Peng, acteur taïwanais, ce qui permet de réunir dans un même film des acteurs des trois Chine), son fiancé. L'une des répliques amusantes est sortie par un vieux paysan qui se demande pourquoi le jeune s'est mis un crachoir sur la tête en parlant de son chapeau haut de forme. Zi-jing est mandaté par le gouvernement impérial pour faire passer le train (la Chine commence à développer se chemins de fer) au milieu du village.

Ce qui est plaisant dans cette grosse machine commerciale qu'est Tai chi zero (et on imagine sa deuxième partie) est que précisément Stephen Fung tire les leçons des réussites passées pour faire de son film un habile mélange de nouveauté visuelle tout en rendant hommage au films d'arts martiaux anciens de la Shaw Brothers à Tsui Hark. Il réussit, à l'instar de Stephen Chow avec ses propres films, à combiner différents niveaux de comédie : gags visuels, humour qui joue sur les situations et les quiproquos, dialogues comiques ; et à alterner ces moments de comédie avec des enjeux dramatiques moins intéressants et peu développés. Le personnage de Zi-jing ne sait pas s'il doit obéir aveuglément à son chef et sacrifier son amour pour Yu-niang. L'arrivée de Claire (Mandy Lieu), femme au fort tempérament élevée à Londres va pousser Zi-jing a affronter les Chen, qui le méprisaient, avec la machine infernale conçue par les occidentaux. C'est une métaphore aucunement déguisée du cinéma hollywoodien désormais en concurrence avec justement des films de la trempe du diptyque. Tai chi zero parvient suffisamment à remplir son cahier des charges, à satisfaire ses ambitions et à divertir pendant 90 minutes pour donner envie de voir comment Lu-chan inventera dans Tai chi hero son art martial intérieur.

Tai chi zero (太極1:從零開始, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Stephen Fung avec Tony Leung Ka-fai, AngelaBaby, Jayden Yuan, Eddie Peng, Fung Shiu-fung, Shu Qi, Stanley Fung, Ying Da, Bruce Leung, Fung Hak-on, Chen Sicheng, Xiong Naijin, Hung Yan-yan, Yuan Wen-kang, Andrew Lau.

samedi 18 mai 2013

To err is humane


Le bon gros Ting (Sammo Hung), employé docile et serviable de Madame Chou (Leung San), une marchande deb bijoux, est attaqué après une vente importante de diamants. On lui dérobe la valise pleine de l’argent du marché alors qu’il est en compagnie de son manager (Charlie Cho) qui l’accuse immédiatement d’être le complice du vol. Le pauvre Ting, qui se voit sommer de rembourse la somme, rumine sa rancœur tout haut dans les toilettes de la boite. Cela ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd quand Piu (Kenny Bee) l’écoute discrètement échafauder son plan pour avoir de l’argent : enlever Madame Chou et demander une rançon. Piu se dit qu’il pourra lui aussi récupérer ce pactole d’autant qu’il se fait engueuler pour sa paresse par le manager. Il se voit en super héros vengeur contre ses patrons dans une scène en référence à The Flying Mr. B., l’un des succès de l’époque de Kenny Bee.

Ting fait son kidnapping mais se trompe de personne. Il enlève Jo Chou (Joey Wong), la fille du patron qui portait le manteau de Madame Chou. Il ne s’en aperçoit pas tout de suite, téléphone à Monsieur Chou (Mui Yan) qui lui rétorque que sa femme est devant lui. Puis, il reçoit un appel de Piu qui est allé chez Ting prendre Jo. Piu décide de faire chanter Ting mais ce dernier pense qu’il n’a enlevé personne. Ce que Ting ne comprend pas c’est comment ce maître-chanteur (qui reste anonyme) connait tout de lui, sait ce qu’il a fait et parvient à toujours le retrouver. Pendant ce temps, la police met l’inspecteur Wang (Anthony Chan) sur l’enquête et propose à Ting d’apporter lui-même la rançon au kidnappeur, c'est-à-dire à lui-même. Seulement voilà, Madame Chou n’aime pas trop sa belle-fille et préférerait qu’elle ne réapparaisse plus afin de profiter seule de la fortune de son mari. Elle ne va pas leur faciliter la tache et va même jusqu’à leur proposer de se débarrasser de Jo, à leur grand étonnement.

Les quiproquos vont s’enchainer avec Ting et Piu qui par leur grande incompétence vont aller d’échec en échec dans leur tentative de ramasser le magot des Chou. Séparés, ils étaient maladroits et pas bien malins, à deux ils doubleront leurs erreurs. Chaque situation se termine en catastrophe et produit un nouveau problème qui se retourne contre eux. Car dans la deuxième moitié de To err is humane, les deux kidnappeurs vont unir leur force. Le film joue surtout sur le comique de situations avec certains gags particulièrement bien joués par les deux acteurs qui n’hésitent pas à faire les idiots. Kenny Bee fait croire à Jo Chou qu’il est un docteur mais se trompe de voix puis il se transforme en domestique débile. Sammo Hung montre à Jo comment faire un cri de femme angoissée pour enregistrer un message à son père et propose plusieurs cris à choisir. Les scènes de filature de l’inspecteur Wang où tous ses hommes sont censés passer inaperçus mais sont encore plus visibles montrent que l’incompétence est partout. Les caméos de Wu Ma (en tatoueur fou) et de Bolo Yeung (lors d’une énième tentative d’apporter la rançon) sont également croustillantes.

To err is humane (標錯參, Hong Kong, 1987) Un film d’Alfred Cheung avec Sammo Hung, Kenny Bee, Joey Wong, Anthony Chan, Ng Man-tat, Leung San, Mui Yan, Charlie Cho, Carrie Ng, Wu Ma, Bolo Yeung, Shing Fui-on.

mercredi 8 mai 2013

Sortie en France d'Une vie simple d'Ann Hui

La sortie en salles d'Une vie simple est une bonne nouvelle. Ann Hui, hormis quelques éditions en dvd, a rarement eu la chance de voir ses films distribués. 29 cinémas proposent le film, il ne faut pas hésiter tant la qualité du dernier film de la réalisatrice est grande. Le film a reçu en 2012 les principaux Hong Kong Film Awards. Ann Hui poursuit ainsi son analyse de la vieillesse en Chine et à Hong Kong, après The Postmodern life of my aunt en 2007 et The Way we are en 2008

Mon texte sur Une vie simple.


vendredi 12 avril 2013

Les Cendres du temps


Unique wu xia pian de Wong Kar-wai, Les Cendres du temps possède l'un des castings les plus impressionnants du cinéma de Hong Kong des années 1990 : Leslie Cheung, Jacky Cheung, Tony Leung Chiu-wai, Tony Leung Ka-fai (car pourquoi n'avoir qu'un Tony Leung quand on peut en avoir deux) pour les acteurs, Maggie Cheung, Charlie Young, Carina Lau et Brigitte Lin pour les actrices. Cette dernière prendra sa retraite de cinéma après ses deux films avec Wong Kar-wai. Le budget était l'un des plus importants de tous les temps, le tournage a duré deux ans, période au milieu de laquelle il a tourné Chungking Express, pour se reposer de la lourdeur du tournage des Cendres du temps. A sa sortie, le film est souvent jugé incompréhensible, ce qui peut se comprendre, il a été accusé d'avoir trahi les personnages littéraires créés par Jin Yong dont s'est inspiré, mais le plus souvent le film a été admiré et comparé à Sergio Leone. Les Cendres du temps a ensuite été entièrement remonté par Wong Kar-wai, la musique a été un peu modifiée, Brigitte Lin a retrouvé sa voix originale en mandarin (elle parlait cantonais en 1994 et le doublage était affreux). C'est cette version appelée « redux » et sortie en mai 2008 dont je vais parler.

La Chine représentée dans le film n'est pas celle mise en valeur les années précédentes dans d'autres films inspirés de Jin Yong : pas de beaux costumes, pas de belles demeures, pas de sabres rutilants. La beauté cinégénique, l’ultra capacité à divertir ou le charme des Swordsman, d'Evil cult ou des Royal tramp, tous adaptés de récits de Jin Yong, est à l'opposée de celle des Cendres du temps. C'est à The Blade, sorti un an plus tard, que le film ressemble le plus. Leslie Cheung est Feng, vit seul au beau du désert chinois. Il est habillé de haillons, ses cheveux et sa barbe sont hirsutes et gras, sa demeure est délabrée. Feng est à la fois narrateur (voix off régulière sur un ton monocorde) et personnage autour duquel tous les autres protagonistes tournent. Le film égraine les saisons : printemps puis été jusqu'à un deuxième printemps. Le sable est là, immuable, constant, de couleur ocre. Toutes les scènes du film se dérouleront en plein jour, la lumière intense du soleil sera transformée avec des filtres jaunes (à l'extérieur) et en filtres verts (à l'intérieur). Au cours des cinq saisons les personnages se succéderont pour rencontrer Feng.

Chacun cherche un sabreur pour éliminer un adversaire, pour assouvir une vengeance, pour soulager un amour déçu. Raconter le film comme si tout était narré par Wong Kar-wai de manière linéaire ne correspondrait pas à ce que le spectateur découvre à la vision des Cendres du temps. Mais disons que Yang (Brigitte Lin) qui veut se venger de Yaoshi (Tony Leung Ka-fai) qui s'est promis à Yin (Brigitte Lin, dans un double rôle androgyne). Yaoshi, qui a quitté son épouse (Carina Lau) vient rendre visite chaque printemps à son ami Feng et boit avec lui un peu d’alcool pour oublier sa vie. Un sabreur aveugle (Tony Leung Chiu-wai) vient se battre contre les voleurs de chevaux qui passent régulièrement par là. Lui aussi a été amoureux du personnage de Carina Lau. Une jeune femme (Charlie Young) propose des œufs à Feng. Qi (Jacky Cheung) vient achever l’œuvre entreprise par le sabreur aveugle et a abandonné son épouse (Bai Li). Enfin, Maggie Cheung incarne l’ancienne amoureuse de Feng, mais qui épousé son frère. Certains meurent, certains disparaissent, certains traversent les saisons. Chaque personnage est représenté par un objet, la cage à oiseau de Brigitte Lin, le panier d’œufs de Charlie Young, les chaussures de Jacky Cheung, le foulard de Tony Leung Ka-fai.

Les bribes de scénario, constituées essentiellement de dialogues banals, que filme Wong Kar-wai ne sont rien à côté du morcellement des images concoctées par le toujours fidèle chef opérateur Christopher Doyle. Tous deux expérimentent en triturant les images, poussent le montage à créer des faux raccords (sans que cela ne soit vraiment gênant), produisent des images hypnotiques avec les jeux de la lumière. Le plus frappant est le jeu avec la cage à oiseau qui tourne autour de Brigitte Lin et Leslie Cheung, projetant sur leurs visages des rayons de lumière. Les gros plans en abondance continuent de perdre le regard du spectateur sur les objets comme sur les visages. La décomposition des séquences de combat chorégraphiées par Sammo Hung, séquences filmées au ralenti, crée un flux d’images courtes où la violence le dispute à la poésie. Les Cendres du temps est un film qui ne ressemble à aucun autre, c’est un film jusqu’au-boutiste et assez schizophrène dans sa manière de vouloir offrir au spectateur un wu xia pian classique en n’en respectant aucune des règles auxquelles le public s’attendait : Wong Kar-wai brûlait le cinéma de sabres et en a filmé les cendres.

Les Cendres du temps (Ashes of time, 東邪西毒, Hong Kong, 1994) Un film de Wong Kar-wai avec Leslie Cheung, Tony Leung Ka-fai, Brigitte Lin, Tony Leung Chiu-wai, Maggie Cheung, Jacky Cheung, Carina Lau, Charlie Young, Bai Li.

jeudi 7 mars 2013

Sorties à Hong Kong (mars 2013) Princess and seven kung fu masters


Princess and seven kung fu masters (笑功震武林, Hong Kong, 2013)
Un film de Wong Jing et Venus Keung avec Sammo Hung, Eric Tsang, Sandra Ng, Ronald Cheng, Rose Chan, Timmy Hung, Natalie Meng, Xie Na, Yuen Wah, Xing Yu, Wong Cho-lam, Jiang Lu-xia, Philip Ng, Kimmy Tong, Jo Kuk, Dennis To, Wan Chiu, Xu Ming-hu. 94 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 7 mars 2013.

jeudi 3 janvier 2013

Sorties à Hong Kong (janvier 2013) The Last tycoon


The Last tycoon (大上海, Hong Kong – Chine, 2012) 
Un film de Wong Jing avec Chow Yun-fat, Sammo Hung, Huang Xiao-ming, Yuan Quan, Yuan Li, Francis Ng, Mo Xiao-qi, Kimmy Tong, Zheng Yi-tong, Gao Hu, Xin Bai-qing, Jiang Lu-xia, Feng Wenjuan. 119 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 3 janvier 2013.


lundi 22 octobre 2012

Daddy, father and papa


Les rapports du jeune Benny (Siu Ban-ban), dix ans, avec ses parents (Teresa Mo est la mère et Li Wai-hung le père) sont loin d’être tranquilles. C’est une famille aisée mais le gamin est solitaire et n’a aucun camarade à l’école où les autres se moquent de lui et lui jouent des mauvais tours. Son père ne pense qu’au travail et engueule son fils qui regarde Mon voisin Tororo au lieu de faire ses devoirs. Les parents se disputent au sujet du fils qui décide de changer d’air dans une salle d’arcade où avec seulement un dollar, Benny passe la journée à jouer aux jeux vidéo, ce qui énerve le propriétaire de la salle qui le vire. Dernier espoir : aller chez son ami inventeur Pierre (Gabriel Wong). Là, il se fait encore virer pour avoir trop joué avec les robots. Il part faire un tour de vélo quand il tombe sur deux malfrats qui menacent un homme. Ils veulent récupérer des photos compromettantes. Et c’est bien entendu Benny qui attrape la pellicule et qui s’enfuit.

La partie action de Daddy, father and papa commence avec une course poursuite entre Benny sur son vélo et les deux hommes (Tommy Wong et Paul Wong) en voiture. Le gamin est kidnappé par la bande de méchants. Les parents inquiets de ne pas le voir rappliquer vont à la police pour signaler sa disparition. Puis, ils commencent eux-mêmes une enquête en interrogeant le patron de l’arcade (Teddy Yip) qui laisse échapper son exaspération au sujet de Benny. Sans en parler à son époux, la mère rencontre séparément Hung (Sammo Hung) puis Wong (Raymond Wong Pak-ming), deux de ses anciens amants. On découvre leur passé dans un court flashback en mode sépia. Elle les convainc de partir à la recherche de Benny en sortant un gros mensonge : il serait leur fils.

Le film joue alors sur deux ressorts comiques éculés. Les quiproquos entre les deux papas putatifs qui ne se connaissent pas, qui suivent les mêmes pistes (encore une fois le patron d’arcade) puis à l’école où les vilains garnements que sont les camarades de Benny leur lancent, avec des pistolets factices, des balles de plastic sur les fesses des deux hommes. C’est à cette occasion qu’ils se rencontrent, chacun étant persuadé d’être le vrai père de Benny. L’autre matière comique est l’homosexualité latente qui se développe quand ils récupèrent enfin le petit et qu’ils logent tous les trois et s’occupent de lui. La petite amie hystérique de Wong (Kingdom Yuen, dans un rôle bien ingrat) découvre Hung enveloppé d’une simple serviette de bain et comprend, en comparant leur poitrine, que Wong est devenu gay à cause des seins de Sammo Hung. Il faut ajouter à cet humour crypto-gay que le personnage de Gabriel Wong, le créateur de jouets, est présenté comme une folle.

La cible est clairement le public enfantin et le film s’inspire de Maman j’ai raté l’avion quand Benny mène ses ravisseurs sur de fausses pistes et leur mène la vie dure. Les kidnappeurs se retrouvent à déterrer un mort, il prétend avoir caché la pellicule dans une sépulture, ou électrifie Tommy Wong. Les gags, plutôt tous gentils, sont donc adaptés aux enfants et ne volent pas très haut. Comme il se doit, le gamin est plus malin que tous les adultes réunis (surtout le vrai père complètement dépassé) et tout se finira bien. L’un des malfrats s’avérera au final un gentil garçon qui va se repentir (la morale est sauve) et Benny aura trois papas pour le prix d’un, Benny faisant croire à Hung puis à Wong qu’il est son père mais qu’il doit garder le secret. Tout est bien qui finit bien.

Daddy, father and papa (老豆唔怕多, Hong Kong, 1991) Un film de Clifton Ko avec Siu Ban-ban, Teresa Mo, Liu Wai-hung, Raymond Wong Pak-ming, Sammo Hung, Tommy Wong, Paul Wong, Gabriel Wong, Tam Sin-hung, Simon Yip, Teddy Yip, James Tin, Kingdom Yuen, Yiu Shui-taai, Catherine Lau, Lau Leung-fat, Chiu Sek-man.

jeudi 23 août 2012

Sorties à Hong Kong (août 2012)

Naked soldier (赤裸戰士, Hong Kong, 2012) 
Un film de Marco Mak avec Jennifer Tse, Sammo Hung, Jiang Lu-xia, Philip Ng, Andy On, Ian Powers, Ankie Beilke, Ellen Chan, Lena Lam, Timmy Hung, Anthony Wong, Wilson Tong. 92 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 23 août 2012.


lundi 13 août 2012

L'Exorciste chinois 2


La rivalité amoureuse autour de la jeune Perle (Gung Tse-yan) est le fil conducteur de L’Exorciste chinois 2. Fiancée depuis leur plus tendre enfance à Bo (Sammo Hung), le jeune couple doit d’abord vivre secrètement leur union, d’autant que le père de la jeune femme, M. Chu (Teddy Yip) n’aime guère son futur gendre. Il va d’ailleurs le poursuivre dans leur cachette avec toute une horde de gens armés pour l’attraper et lui faire passer le goût de la vie. Mais le jeune couple s’est réfugié dans une grange où se trouve un couple de vampires qu’ils réveillent. Ils ne sont pas très contents et attaquent Bo et Perle dans un combat où Sammo Hung doit foutre de grands coups de pieds aux macchabées. Le film, qui marque le retour de l’acteur au genre de la kung-fu ghost comedie débute dans l’essence du style de Sammo Hung : un combat violent et précis.

Ce n’était qu’un cauchemar. Hoi (Mang Hoi), son collègue disciple de l’exorciste Jiao (Lam Ching-ying) le réveille en plein délire et le ramène à la réalité. Dans cette vie, Perle habite encore chez son père et elle se fait harceler par Shi (Lam Man-chung), jeune fils de parvenu (ses doigts sont couverts de bagues de jade) qui espère que le père de Perle renoncera à ce mariage afin qu’il puisse l’épouser. Dès que Bo arrive au restaurant, propriété de M. Chu, Shi se moque de lui en disant que ça sent le cochon, puis il l’accuse d’avoir mal servi un plat où se trouve une sauterelle. L’affrontement physique est inévitable. Le maître de Shi est un adepte de la magie noir (Huang Ha), il va donner à son jeune disciple l’agilité d’un singe grâce à un sort. Dans un habile montage parallèle, on voit le singe sautiller et l’acteur Lam Man-chung reproduire cette gestuelle.

Bo gagne ce combat mais la guerre continue. Deux camps sont clairement distincts. Les très méchants, Shi et le sorcier adepte de magie noire d’un côté, avec la complicité passive du restaurateur. Et Bo, Hoi et Jiao, défenseur de la justice d’autre part. Pour gagner le respect de son futur beau-père, Bo décide de monter une boutique de soupes. Mais il n’a aucun client si ce n’est Hong (Wong Man-wan), une femme qui achète une soupe mais paie en monnaie funéraire. Elle est un fantôme mais continue de s’occuper de sa vieille mère aveugle (Tam Sin-hung), dans une partition censée émouvoir le spectateur. Bo se prend de sympathie pour les deux femmes, comme elles, il se sent en marge de la société. Elle deviendra son alliée la plus sûre dans les affrontements suivants avec le sorcier.

Car c’est bien entendu cela qui intéresse le plus dans L’Exorciste chinois 2 : cette magie noire, ces monstres purulents crées à partir de cadavres en décomposition et qui fonctionne grâce à des cafards insérés dans la chair, le corps inerte de Sammo Hung attaqué par des dizaines de blattes et ces zombies au maquillage rudimentaire. L’affreux sorcier pour défaire Bo et anéantir sa force, déplace son âme dans le corps d’un cochon. Le film montre deux belles scènes de transferts de corps. La première est plutôt classique : la jeune fantôme Hong  s’insère dans le corps inopérant de Bo. Les coups portés par le sorcier font sortir avec la grâce de vieux effets spéciaux de surimpression la jeune femme. Plus loin, ce sera un combat à distance entre Jiao et le sorcier où les deux combattants s’affrontent en hologrammes. Dans ces idées, c’est un peu du bricolage poétique que l’on retrouve, on sait pertinemment que les effets spéciaux ne seront pas parfaits, loin de là, mais c’est cet artisanat qui séduit et qui, allié à la totale maitrise des chorégraphies de Sammo Hung, fait de L’Exorciste chinois 2 l’un des plus réussis du genre.

L’Exorciste chinois 2 (Encounter of the spooky kind II, 鬼咬鬼, Hong Kong, 1989) Un film de Ricky Lau avec Sammo Hung, Lam Ching-ying, Gung Tse-yan, Mang Hoi, Wong Man-gwan, Tam Sin-hung, Teddy Yip, Lam Man-chung, Huang Ha, Ngai Sing, Cheung Kwai-cheung, Wan Yuk-fai, Wong Lai-na, Cheung Wing-cheung, Cheung Kwok-keung.

samedi 11 août 2012

Mr. Vampire et les démons de l’enfer


Comme l’indique très bien le titre français, deux récits cohabitent dans Mr. Vampire et les démons de l’enfer. D’une part, une histoire comique de Mr. Vampire où le taoïste chasseur de fantômes est tenu par Richard Ng dans le personnage de Ming, un exorciste qui cherche à profiter de la peur des gens : métaphore de toutes les compagnies concurrentes de la BoHo (Sammo Hung et Leonard Ho) qui ont surfé sur le succès de la franchise sans atteindre la réussite de Ricky Lau. Ming est aidé de deux fantômes, Ta Pao le père (Lui Fong) et Hsi Pao le fils (Hoh Kin-wai), pour s’introduire chez les riches afin de leur soutirer de l’argent. Le taoïste chasse les fantômes complices sauf quand la demeure est réellement hantée et que le plan établi s’écroule face à toute une famille de fantômes mécontents de voir leur tombeau profané (cette vieille et sempiternelle histoire de construction sur les cimetières).

D’une autre part, Oncle Kau (Lam Ching-ying) reprend du service pour cette fois chasser des démons de l’enfer. En l’occurrence une bande de monstres assoiffés de sang menée par une sorcière (Pauline Wong). Le but des démons est de régner sur terre et la bataille sera rude. Les chorégraphies des combats sont violents et lorgnent vers le gore. Kau tranche la tête des démons mais la magie noire de la sorcière leur permet de continuer à survivre : elle sort de sa bouche des vers, les applique sur la plaie et ses créatures repartent à la bataille. Donc, de gentils fantômes qui cette fois parlent et se déplacent sans sautiller et d’affreux démons qui s’expriment en râles et se déplacent en volant. Il est évident que l’influence des Histoires de fantômes chinois de Ching Siu-tung et Tsui Hark sont pour quelque chose dans ce renouveau de la franchise Mr. Vampire qui retourne au début du 20ème siècle.

Comme d’habitude, Kau est aidé de deux assistants dont Chiang (Billy Lau) qui ne cessera pendant tout le film de bien se faire voir de son patron. Chiang est un personnage exaspérant, vaniteux et gênant. Tout ce qu’il entreprend se solde par un échec dont il accuse les autres d’être responsables. Kau devra bien entendu rétablir la situation. Jusqu’à la prochaine gaffe. Il suffit que Kau lui demande de surveiller deux démons féroces, immobilisés grâce à un pinceau talisman sur le front, pour qu’il fasse la farandole, que les pinceaux tombent et qu’il soit dépassé. Ailleurs, il doit surveiller la destruction de ces démons et de la sorcière. Il préfère déléguer à deux sous-fifres et partir flatter son maître au restaurant. Les deux démons auront tôt fait de prendre possession des corps des deux gardiens débutant ainsi une série de catastrophes. Et surtout, Chiang prend en grippe Ming et ses deux fantômes et ne cessent de les harceler.

Ces deux récits devront forcément se mêler, s’interpénétrer et donner une forme à ce troisième épisode, après la nullité du Retour de Mr. Vampire, plus tenu et assez intéressant. Comme les monde des vivants cohabite avec le monde des défunts, la comédie se transforme assez vite en film d’action. L’idée de donner un rôle comique important à Richard Ng face à Lam Ching-ying toujours aussi sérieux fonctionne tout à fait. Les deux personnages s’entendent, se comprennent bien que l’un chasse les fantômes et que l’autre les emploie pour son travail. Le saut qualitatif entre le deuxième épisode et celui-ci est très important notamment dans la séquence finale qui oppose la sorcière et ses deux affreux démons (dont l’un d’eux devient une sorte de monstre purulent) face aux taoïstes et les deux gentils fantômes où, suivant la leçon de Ching Siu-tung et Tsui Hark, les lois de l’attraction volent en éclats.

Mr. Vampire et les démons de l’enfer (Mr. Vampire III, 靈幻先生, Hong Kong, 1987) Un film de Ricky Lau avec Lam Ching-ying, Richard Ng, Lui Fong, Billy Lau, Pauline Wong, Hoh Kin-wai, Baan Yun-sang, Lee Chi-git, Chu Tau, Teddy Yip, Wu Ma, Sammo Hung, Ka Lee, Corey Yuen, Gam Biu, Chow Gam-kong, Cheung Wing-cheung, Pang Yun-cheung, Siu Hung-mooi, Chun Kwai-bo, Tam Yat-ching, Yip So.

mardi 7 août 2012

Le Retour de Mr. Vampire


Le récit du Retour de Mr. Vampire se transporte de nos jours (c'est-à-dire en 1986). Un archéologue portant bouc et lunettes demi-lune, le professeur Kwok (Chung Faat) s’affaire à retrouver des objets antiques pour les revendre. Aidés par ses deux assistants, Chicken (Billy Lau) et Sashimi (Ka Lee) aussi incompétents et froussards que ceux de Maitre Kau dans Mr. Vampire, il tombe dans une grotte sur trois sépultures parfaitement conservées. Une famille entière, père, mère et enfant, tous trois en habits mandarins et portant un sort sur le front. Oui, ce sont des vampires et ils vont foutre une sacrée pagaille.

Kwok cherche immédiatement à vendre ses momies et apporte le petit (Hon To-yue) chez un éventuel acheteur laissant Chicken seul avec les adultes. Il enlève le parchemin du front de la mère (Pauline Wong) qui se réveille, sautille sur ses pieds et chercher à le mordre. Puis, c’est le père (Cheung Wing-cheung) qui se réveille. Il est bien plus coriace et le pauvre assistant maladroit et gaffeur a bien du mal à ne pas se laisser croquer. Les deux vampires poussent des râles crépusculaires et l’antre se transforme en champ de batailles burlesque où le pauvre diable cherche à se cacher jusqu’à ce que Kwok et Sashimi reviennent pour maitriser les vampires.

Pendant ce temps, le petit vampire s’est aussi réveillé et apprécie la musique sur l’auto-radio. Il va s’échapper et atterrir chez Monsieur Hu (Wu Fung), un veuf avec deux enfants (un peu grassouillets). Réfugié dans la remise, l’enfant va être accueilli par la petite fille si gentille qu’elle le prend pour un boat people (la télé montre un reportage sur eux). Comme dans ET de Steven Spielberg, elle va cacher la présence du vampire à son père. Cette partie familiale est terriblement mièvre, sans humour et surtout passablement mal jouée (les enfants sont atroces). Le film est clairement à destination du jeune public.

L’arrivée dans l'histoire, au bout d'une bonne demi-heure, de Lam Ching-ying en descendant de Maitre Kau (il porte encore une fois des sourcils d’un seul tenant, signe de sagesse) pour sauver l’archéologue n’y fera rien. Il est aidé de Yen (Yuen Biao) qui aspire à épouser Gigi (Moon Lee), la fille de Lam Ching-ying. La seule séquence de combat s’éternise, et pour cause, dans l’antre de l’archéologue un produit ralentisseur s’échappe de sa fiole. Tous les gestes, dialogues et grognements des acteurs sont filmés comme au ralenti, les interprètes jouant donc en parlant et bougeant lentement, très lentement. Bonne idée mais qui s’éternise trop pour être amusante. Le Retour de Mr. Vampire reprise tout ce qui faisait la saveur de Mr. Vampire sans jamais arriver à ce que cela fonctionne.

Le Retour de Mr. Vampire (Mr. Vampire II, 殭屍家族, Hong Kong, 1986) Un film de Ricky Lau avec Chung Faat, Billy Lau, Ka Lee, Pauline Wong, Cheung Wing-cheung, Hon To-yue, Yuen Biao, Moon Lee, Lam Ching-ying, Hoh Kin-wai, Choi Man-gam, Wu Ma, James Tin, Wu Fung, Walter Tso, Manfred Wong, Stanley Fung.

dimanche 5 août 2012

Mr. Vampire


C’est fort des succès de L’Exorciste chinois puis de La Fureur du revenant que Sammo Hung se lance dans la production de Mr. Vampire. Lam Ching-ying reprend son personnage de moine taoïste du début du 20ème siècle, Oncle Kau. Il est engagé par monsieur Yam (Huang Fu) pour déplacer la sépulture de son père afin que son feng shui s’améliore. Il découvre que le cercueil a été enterré à la verticale et quand il l’ouvre, Oncle Kau constate, très étonné, que le corps est extrêmement bien conservé. Cela ne lui semble pas un bon signe. En tant que spécialiste des fantômes, morts-vivants et autres vampires, il décide de déplacer ce cercueil chez lui afin de veiller à ce que le macchabée ne se transforme pas en zombie.

C’était sans compter sur ses deux assistants aussi dévoués qu’incompétents. Le premier est Wen-tsai (Ricky Hui) qui ouvre le film. On le découvre en train de nourrir les cadavres avec trois bâtons d’encens quand il se rend compte que l’un d’eux avale les bâtons trop rapidement à son goût. C’est en fait son collègue Shen (Chin Siu-ho) qui s’est caché dans la sépulture pour lui faire une blague. Mal lui en a pris, les deux hommes en se disputant font tomber les talismans de papier sur le front des morts qui se mettent à les poursuivre. Il faudra l’aide de Kau et d’un autre moine (Anthony Chan dans une courte apparition) pour en venir à bout. Dès l’ouverture, la puissance de ces morts-vivants est montrée : une puissance phénoménale que seul un expert peut contrer. Mais les zombies sont aussi rigolos quand ils se déplacent en sautillant à pieds joints dans leur habit de mandarin.

Cet expert qu’est Oncle Kau va expliquer par le menu toutes les manières de défaire un zombie et enseigner son savoir taoïste à ces deux apprentis qui sont ignorants, tout comme le spectateur de Mr. Vampire. Comme on l’a vu, il faut les nourrir mais aussi veiller à ce que la flamme répandant une huile spéciale ne cesse jamais de brûler. Les morts-vivants ont peur de leur reflet et un miroir à huit côtés sert de répulsif. Une épée de bois permet de transpercer leur cœur pour les éliminer. Sinon, les brûler, ça marche aussi. Le riz glutineux permet de les repousser et les consument à petit feu. Encore faut-il que le marchand en vende de bonne qualité, ce qui n’est pas le cas du marchand de la ville (Wu Ma) qui refourgue par cupidité du riz simple à Kau, ce qui provoque une énième catastrophe quand l’ancêtre de Yam (Yuen Wah) se révèle un vampire particulièrement féroce.

Kau pourrait combattre le vieux Yam si ces deux assistants ne l’accablaient pas de leur maladresse. Wen-tsai, grièvement blessé, se transforme en vampire. Il devra être soigné grâce au riz glutineux évoqué plus haut, faire bouger ses bras et jambes pour que le poison ne se répande pas. La partie comique que développe Ricky Hui est ici, comme souvent, basée sur le grotesque, remuant son corps pataud. Shen est possédé par un démon féminin. La belle Jade (Pauline Wong) attire Chun dans son antre. Selon Kau, une romance entre un humain et un fantôme est interdite, les deux mondes ne peuvent pas se rejoindre. Jade n’est pas avare de mauvais coups et de sorts lancés contre le gentil Chun qui se met à combattre son maître.

Kau doit également protéger l’autre personnage féminin du film, Yam Ting-ting (Moon Lee) la fille de monsieur Yam. Ce sera sans compter sur le policier Wai (Billy Lau) aussi incompétent et gaffeur que les deux assistants. Il accuse d’abord le taoïste d’un crime dont il est innocent aggravant la menace des vampires. Wai se dispute les faveurs de Ting-ting avec Wen-tsai bien que les deux rivaux n’ont aucune chance avec la belle demoiselle. Wen-tsai , dans une des scènes les plus drôles, jette un sort à Wai et prend possession de son corps et le ridiculise devant Ting-ting. Mr. Vampire se tourne vers la bouffonnerie avec ces trois personnages tellement stupides qu’ils en deviennent drôles. Le film étant produit par Sammo Hung, il se termine par un énergique combat d’arts martiaux entre Yuen Wah, Lam Ching-ying et Chin Siu-ho.

Mr. Vampire (殭屍先生, Hong Kong, 1985) Un film de Ricky Lau avec Lam Ching-ying, Ricky Hui, Chin Siu-ho, Moon Lee, Huang Ha, Yuen Wah, Pauline Wong, Billy Lau, Anthony Chan, Ka Lee, Wu Ma, Wong Wan-si, Tenky Tin, Ho Pak-kwong.

samedi 7 juillet 2012

Une vie simple



Avec A simple life (présenté au Festival de Venise 2011 où Deannie Yip reçut le prix d’interprétation féminine), Ann Hui poursuit son approche de la vieillesse des habitants de Hong Kong après The Way we are. Deannie Yip est Chung Chun-tao, que tout le monde appelle Ah Tao. Célibataire, elle a passé toute sa vie a été la bonne à tout faire, la femme de ménage et la nurse de la famille de Roger Leung (Andy Lau). Il a été élevé, ainsi que sa sœur et son frère, par Tao qui a été au service des Leung pendant soixante ans. Le pré-générique du film indique que Tao a été « adoptée » à l’âge de dix ans par le grand-père de Roger. C’était alors la guerre et son destin de fille de personne la condamnait sans cela.

La fin de l’autonomie pour la vieille dame est arrivée. Elle est victime d’une crise cardiaque. Roger a décidé de s’occuper d’elle. Elle a lui tant donné et veut l’en remercier en retour. Il est producteur de cinéma ce qui permet de le mettre en scène avec Tsui Hark et Sammo Hung, ses deux partenaires de Detective Dee, pour un moment humoristique où ils sont censés concevoir un film ensemble en Chine et qu’ils tentent (avec succès) de faire cracher au bassinet un producteur chinois. Plus tard dans le film, Roger et Tao assistent à l’avant première de ce film (dont Roger dira qu’il est mauvais) et on voit dans l’assistance Raymond Chow, Andrew Lau, John Shum ou le réalisateur chinois Ning Hao, poulain de la société Focus d’Andy Lau. Un peu de pub ne fait pas de mal.

Tao reste handicapée. Son côté gauche ne fonctionne plus. Roger cherche une maison de repos, un hospice de vieux où elle pourra être soignée. Cette recherche n’est pas simple, son interlocutrice lui fait clairement comprendre que plus il pourra payer, mieux elle sera soignée. On pense d’abord qu’Ann Hui cherche à faire un film pamphlet sur les mauvais traitements que subissent les vieux, sur leur abandon par la nouvelle génération. Mais elle parvient à déjouer les écueils du film social. Roger parvient à magouiller une place pour sa vieille nourrice grâce à sa rencontre avec Grasshopper (Anthony Wong), un homme un peu étrange qui porte un bandeau sur l’œil. Ils semblent être amis depuis longtemps. Tao sera soignée par l’infirmière Choi (Qin Hailu).

La majorité du film se déroulera dans cet hospice de vieux. Tao a d’abord un peu de mal à s’y faire puis elle rencontre ses coturnes. Beaucoup de vieilles dames avec leurs soucis de sante et aussi monsieur Kin (Paul Chun) qui vient bousculer tout en proposant de donner des cours de danse, en faisant des blagues et surtout en demandant régulièrement 300 HK$ pour ses « besoins » personnels. La belle idée de A simple life est de s’adapter au rythme de son personnage principal, d’y montrer une vie lente mais qui vibre encore beaucoup. L’énergie de Deannie Yip, son jeu fort, son regard perçant sont pour beaucoup dans la réussite du film qui se veut le plus réaliste possible sans tomber à aucun moment dans le moindre misérabilisme.

Le film montre aussi une société chinoise qui a radicalement changé dans se hiérarchisation de ses classes sociales. Tao a toujours fait partie des gens qui servent les riches. Elle refuse de se faire soigner les dents par un dentiste incarné par Chapman To. Or, ces gens riches sont aujourd’hui devenus banals comme le montre cette scène où Roger, parce qu’il s’habille simplement, sans luxe, est pris par une secrétaire pour le plombier. Mais pour Tao, il faut continuer de perpétuer cette manière en restant obséquieuse devant la mère de Roger, en refusant cet argent dont elle pourtant bien besoin. Pas seulement un portrait sur la vieillesse, A simple life est un beau film sur l’amitié entre les âges qui parvient à donner la dose juste de l’émotion et de du sourire comme dans cette belle scène où Roger et ses anciens copains d’enfance parlent à Tao au téléphone et qu’elle les reconnait tous.

Une vie simple (A simple life, 桃姐, Hong Kong, 2011) Un film d’Ann Hui avec Andy Lau, Deannie Yip, Wang Fu-li, Qin Hailu, Lam Yi-man, Paul Chun, Hui Pik-kei, Elena Kong, Anthony Wong, Yu Man-si, Don Yu Dong, Helena Law, Sammo Hung, Tsui Hark, Chapman To, Ning Hao, John Shum, Raymond Chow, AngelaBaby, Leung Tin, Hui Siu-ying, Tam Bing-man, Andrew Lau, Gung Suet-fa, Joe Cheung.