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mardi 6 mai 2014

Vampire hunters


Comme chaque fois qu’il est en crise artistique et commerciale (bref qu’il produit ou tourne des mauvais films qui n’attirent pas le public), Tsui Hark reprend ses vieilles recettes. Ça arrive à peu près tous les dix ans. En 1991, avec Il était une fois en Chine, ça avait bien marché, en 2002 après son effroyable carrière à Hollywood, les épouvantables Legend of Zu et Black Mask 2, le cinéaste engage Wellson Chin, tâcheron responsable des Top squad pour tourner Vampire hunters, revival des kung-fu ghost comédies, genre fécond des années 1980 mais terriblement abâtardi au fil des années. Le film n'est jamais sorti à Hong Kong.

Soit, au 17ème siècle, un maitre taoïste et ses quatre disciples, chasseurs de vampires. Ils s’appellent Thunder (Ken Cheung), Rain (Michael Chow), Wind (Lam Suet) et Lightning (Danny Chan). Ils sont tous très inexpérimentés pour affronter le zombie / vampire qu’ils ont en face d’eux. Visage à la chair décomposée, fumée qui sort de sa gueule et tunique en lambeaux, le démon en encore beaucoup de force pour briser les chaines que les chasseurs de vampire lui lancent pour l’attraper. Le monstre s’échappe dans une immense explosion non sans laisser les quatre chasseurs sans leur maître.

Trois mois plus tard, le feu éteint, ils repartent à la recherche de leur maitre en espérant qu’il ne soit pas devenu un vampire. Ils se font embaucher par Monsieur Jiang (Yu Rong-guang) qui s’apprête à marier son fils, un célibataire pas très malin et mal dégrossi, à la très belle Sa-sa (Anya). Mais rien ne se passe comme prévu avec l’attaque du démon qui aspire la substance vitale du fiston mais aussi celle de nombreux de ses domestiques. Une fumée sort de la bouche du démon et rentre dans la gorge de sa victime qui meurt dans d’atroces souffrances.

Le film joue sur plusieurs tableaux en complexifiant les rapports entre les personnages. Le vampire au visage dégoûtant n’est pas le seul méchant du film. Le frère de Sa-sa, Dragon Tang (Horace Lee), porte la traitrise sur son visage. Il veut s’accaparer la fortune des Jiang en lançant une bande de mercenaires contre le riche homme d’affaires. Le visage de l’acteur évoque d’ailleurs celui de Dean Shek, qui a souvent joué les salauds ou les traitres. Quant à Sa-sa, elle tombe amoureuse de Thunder et réciproquement, romance de pure convention et sans grand intérêt pour la narration.

Tsui Hark, qui a écrit le scénario, cherche à renouveler la peur, ou au moins l’effroi. La profession de Jiang est le commerce de la cire, ainsi, il momifie tous les morts de sa demeure, sa femme en premier lieu, puis son fils. Toutes ces momies sont autant de vampires en puissance tandis que le démon s’empare de leurs corps. Et plus le nombre de vampires s’accroit plus celui des vivants diminue. Il ne restera bientôt plus que les quatre chasseurs (renommés Kung, Hei, Fat et Choi par le contremaître) pour sauver tout le monde

C’est ce décor immense et vide de la demeure Jiang qui est censé créer du mystère et de l’angoisse. Mais comme parfois chez Tsui Hark, le mouvement et la vitesse s’emballent. Le spectateur n’a pas le temps de s’acclimater à une tension naissante qu’on passe à la suivante. C’était certes déjà le cas dans les Histoires de fantômes chinois de Ching Siu-tung (auxquels sont empruntées les lumières bleues si caractéristiques). Mais dans Vampire hunters, tout est déjà vu, revu et rerevu, montrant que le cinéaste, surtout avec Wellson Chin, n’était pas encore capable de se renouveler.

Vampire hunters (殭屍大時代, Hong Kong – Etats-Unis, 2002) Un film de Wellson Chin avec Lam Suet, Ken Cheung, Michael Chow, Danny Chan, Yu Rong-guang, Anya, Horace Lee, Ji Chun-hua, Chen Kuan-tai, Lee Kin-yan, Lee Lik-chi, Wong Yat-fei, Shut Mei-yee, Zou Na.

lundi 5 mai 2014

Xanda


Le « xanda » est un dérivé de différentes écoles d’arts martiaux et a émergé dans les années 1970 en Chine. Depuis quelques années, c’est devenu une attraction populaire avec des championnats. C’est sur ces explications ainsi que les règles du combat que commence Xanda, production de Tsui Hark, dans sa période la moins féconde, sur Qiang (Sang Wei-lin), jeune Chinois qui quitte son pays désertique où un pont semble ne jamais être fini d’être pour la grande ville, en l’occurrence, Shenzhen et une nouvelle vie.

Depuis tout petit (flash-back sur l’enfance du héros), Qiang s’entraine. Devenu adulte, il a acquis une grosse masse musculaire contrairement à son meilleur ami Shrimp (Li Tie), l’intello du duo puisqu’il porte des lunettes et parait fluet. La force et l’esprit vont s’allier. Qiang entraine ses camarades du village mais décide de tout quitter. La vie à la ville n’est pas facile, les deux amis se comportent encore comme des paysans, tellement éblouis par les merveilles de la ville. Le film traite ces courts moments de comédie sur un mode grotesque.

Shrimp trouve enfin un boulot de vigile dans une boite de transport. C’est l’occasion pour Qiang de montrer sa dextérité. Les collègues de Shrimp parient sur son endurance à rester sur les toits des camions qui sortent de l’entrepôt. Assez vite, Qiang se dit qu’il pourrait combattre dans les tournois de xanda qui s’organisent dans la ville. Il se bagarre contre Wei (Teng Jun, autre acteur bodybuildé, mais aux cheveux blonds), champion qui lui met la pâté en l’humiliant et en les envoyant à l’hôpital.

Comme tout film d’art martial qui se respecte, Xanda mise sur l’arrogance de l’apprenti qui veut en découdre avant même d’avoir appris ses leçons. Qiang rencontre Lung (Zhao-Zi-long) qui lui suggère de venir s’entrainer dans l’école du coach Tieh (Zhang Hong-jun). Qiang ne comprend pas pourquoi Tieh lui donne des tâches ingrates à faire. Le jeune homme n’a apparemment jamais vu La 36ème chambre de Shaolin. Le film s’inspire de ces leçons du quotidien, sans jamais parvenir à renouveler le genre. L’autre souci vient de l’absence de charisme des acteurs.

Evidemment, Qiang veut brûler les étapes. Lung lui apprend, en cachette du coach, des rudiments. Il va s’inscrire à un combat où Si (Guo Hui) l’écrasera comme de la bouillie. Les acteurs choisis pour combattre semblent tous avoir été élevés aux hormones tellement ils sont baraqués. Les combats sur le ring sont filmés dans un montage très haché, quasiment comme un clip avec une musique très appuyée pour ménager du suspense. Seulement voilà, on se doute bien de ce qui va arriver à Qiang. Ce costaud va se faire battre pour revenir s’entrainer puis enfin retourner sur le ring.

Face à ce scénario sans surprise vu dans de nombreux films de kung-fu, les personnages féminins n’apportent pas non plus de nouveauté. Yu (Lu Yi), est une fille du passé de Qiang. Handicapée, elle apporte la raison dans la vie agitée du garçon. Son personnage est censé apporter de l’émotion. Ning (Ni Jing-wan) est au contraire l’incarnation d’un esprit rebelle. Qiang la rencontre à Shenzhen. Le schéma romantique basique est appliqué : coup de foudre, rupture puis réconciliation. De tous les points de vue, Xanda est balisé par un scénario et des personnages caricaturaux.

Xanda (散打, Hong Kong – Chine, 2003) Un film de Marco Mak avec Sang Wei-lin, Zhao Zi-long, Teng Jun, Ni Jing-yang, Zhang Hong-jun, Li Tie, Lu Yi, Guo Hui, Qian Wei, Yang Yu-chao. 

lundi 14 octobre 2013

I love Maria


Pendant la période de trois ans (septembre 1986 et octobre 1989) où Tsui Hark n’a réalisé (officiellement) aucun film pour se consacrer entièrement à la production au sein de la Film Workshop (une dizaine de films), on trouve I love Maria, parfois appelé Roboforce. A côté des prestigieux Syndicat du crime et Histoires de fantômes chinois, I love Maria fait figure de parent pauvre, comme si Tsui Hark, à l’instar de la Cinema City, cherchait à tourner des films à petit budget pour tester le public cantonais avec un film de robots.

Dans cette bizarrerie de science fiction, où il n’y a guère de science, Tsui Hark incarne Whisky (parce qu’il boit beaucoup dans les bars) et John Sham est Curly (parce qu’il a les cheveux bouclés). Ce dernier est un inventeur d’armes d’assaut qui essaye de vendre ses brevets sans grand succès, vu se tête d’hurluberlu. Ils ne sont pas amis et se rencontrent par hasard dans un bar où chacun est venu se souler pour oublier leur vie médiocre. C’est peu de dire que les deux hommes, également producteurs du film, ne font pas dans la dentelle dans leur interprétation.

Ils vont être confrontés à une bande d’apprentis maîtres du monde menée par Maria (Sally Yeh) et son frère (Ben Lam). Elle tient en otage des savants qu’elle n’hésite pas à tuer en cas de résistance, histoire de bien montrer combien la bande de méchants est impitoyable. Cela permet aussi de placer quelques scènes de violence dans le récit. Ils ont créé un robot géant nommé Pionneer I, de forme vaguement humaine dont chaque morceau est une arme. Le robot attaque Hong Kong laissant la police sans qu’elle ne puisse réagir.

Un deuxième robot, Pioneer II est en court de fabrication. Contrairement au précédent, il a une forme tout à fait humaine, et même féminine puisque que Sally Yeh joue ce robot sexy aux formes évocatrices de la créature de Metropolis de Fritz Lang. Curly reprogramme le robot pour qu’elle leur obéisse. La majorité des gags de I love Maria consiste à donner des ordres à Maria le robot, les deux hommes se disputant les faveurs de la créature de métal dont ils sont tombés amoureux.

Le film a un budget tellement minuscule, que plus de la moitié du film est tourné avec les trois personnages, Curly, Whisky et Maria le robot dans une maison en ruines, sans que l’on sache réellement la raison pour laquelle ils se sont réfugiés là. Les murs composés de briques en carton se détruisent très rapidement sous les corps des deux hommes qui se disputent, Maria traverse les plafonds. Les effets spéciaux, conçus par la Film Worshop et Tsui Hark, sont tous mécaniques (on voit parfois les fils tirer les pièces des robots) ou créés avec un simple montage d’images.

A cela il faut ajouter la présence d’un journaliste photographe interprété par Tony Leung Chiu-wai dans un de ses premiers rôles. Il passe son temps à faire tomber son appareil photo et se trouve bien maladroit. Le maître du gang des méchants est incarné par Lam Ching-ying. Il a la charge des scènes sérieuses d’action (mises en place par Ching Siu-tung) notamment contre Ben Lam devenu mégalomane qui veut prendre sa place. Le film peut parfois faire sourire compte tenu de ses incohérences scénaristiques, ses gags médiocres et ses combats bâclés. La plupart du temps I love Maria demeure un navet assez fastidieux et indigent.

I love Maria (鐵甲無敵瑪利亞, Hong Kong, 1988) Un film de David Chung avec Tsui Hark, John Sham, Sally Yeh, Tony Leung Chiu-wai, Lam Ching-ying, Paul Chun, Ben Lam.

dimanche 3 mars 2013

Gunmen


Démobilisé pendant la guerre civile (au milieu des années 1930), Ding Jun-bi (Tony Leung Ka-fai) dit adieu à ses trois camarades d’armée pour retrouver sa femme Chu-chiao (Carrie Ng) et leur petite fille Sze-sze (Hoh Leng-leng) qui ne le reconnait pas. Recommencer une nouvelle vie, il ne l’espérait pas tant la dernière bataille à laquelle lui et ses amis ont participé a été rude. Gunmen s’ouvre sur des scènes de guerre où un officier ennemi les fait prisonniers et menace de les torturer avant que ne sonne la fin de la guerre. Cet officier, Ting (Adam Cheng) a un regard d’une telle cruauté que Ding ne va jamais l’oublier. Il va le retrouver quelques temps plus tard à Shanghai où Ding et sa famille se sont désormais installés. Loin d’atteindre une vie enchanteresse, Ding subit la pauvreté de plein fouet. Il peine à se payer un bol de nouilles.

Il décide alors de s’engager dans la police. La priorité est la lutte contre le trafic d’opium. Avec le capitaine Kiang (Yuen Bun), il suit la piste d’un trafiquant notable amateur de jolies femmes. Ce suspect loue les services de Mona (Elisabeth Lee), pauvre comme Ding. Tous deux s’étaient rencontrés par hasard et avaient partagé un peu de nourriture. Mona va devenir l’indic de Ding, elle va pouvoir écouter tout ce qui se dit. Mais Ting et son oncle Liang (Andrew Kam) sont devenus les rois de l’opium. Une descente de police se solde par un massacre des deux côtés. Kiang est blessé mortellement. Les autorités coloniales (le film se déroule dans la concession française) décident de nommer Tian (Elvis Tsui) pour faire le ménage, reprendre en main le quartier mais également contrôler l’éventuelle corruption de policiers. Ce que veulent les Européens, dit en substance le film, c’est pouvoir continuer tranquillement de faire de l’argent à Shanghai.

L’idée de Tsui Hark est de faire de Gunmen une variation des Incorruptibles de Brian De Palma. L’époque est la même et le contexte d’une pègre qui fait régner sa loi est similaire. Comme Elliott Ness, Ding Jun-bi va recruter ses hommes de confiance. En l’occurrence ses anciens comparses de l’armée : Tou (Waise Lee), Fan (David Wu) et Kwong (Mark Cheng). Ils se retrouvent par hasard dans les rues bondées. Ils sont devenus tireurs de pousse-pousse et Ding les prend pour des voleurs. En vérité, ils sont victimes du racket d’un policier. Seulement voilà, les méthodes expéditives de Ding et de sa bande ne sont pas compatibles avec celles, autoritaires, du nouveau chef Tian. Le film joue sur le sentiment de loyauté qui unit les quatre hommes l’opposant avec l’obéissance absolue du chef avec un pouvoir corrompu. Le manichéisme est de mise, comme souvent dans les productions de Tsui Hark, avec une petite dose de xénophobie, vu que le pouvoir est tenu par les Européens.

Le nombre d’ennemis ou d’adversaires de Ding Jun-bi ne cesse d’augmenter. Après son chef qui vire comme des malpropres ses trois compagnons d’arme et qui demande sa démission à Ding – ou sa soumission totale, c’est Ting, son ancien ennemi de guerre qui s’en prend à lui. Chacun cherche à venger un proche. Gunmen fait dans la surenchère macabre. Les morts se comptent par dizaines toutes plus violentes les unes que les autres : des sbires aspergés d’essence qui crament, du sang qui gicle dans des gunfights au montage très sec, des exécutions sommaires, des membres tranchés à la hache et un peu de torture. Les figurants cadavres s’amoncèlement sur le sol dans des décors détruits à force de coups de feu. Il faut reconnaitre l’énergie folle déployée dans ces scènes à la fois rythmées et lisibles.

A côté de cette brutalité destinée à retranscrire une époque violente, le film fait dans le sentimentalisme niais. Ding est un homme à la vie amoureuse contrariée. Certes il aime son épouse mais une liaison avec Mona, son indic, le taraude. La jalousie s’immisce dans le couple quand elle découvre l’adresse de la concurrente. Ding voudra les faire quitter Shanghai pour que son ennemi ne s’en prenne pas à elles. Les deux femmes finiront par s’aider mais seule l’une d’elle survivra. Le film fait preuve de plus de lourdeur dans le traitement du personnage de la fillette. Elle ne veut pas appeler son père « papa », tient une vieille photo jaunie de lui mais refuse tout contact. Dans un geste ultime d’amour filial, l’enfant va joindre la violence et le sentimentalisme en aidant son père dans une situation bien difficile. Le résultat donne un film assez bancal rempli de superbes fulgurances comme de mièvreries, résultat sans doute causé par la bataille entre Tsui Hark et Kirk Wong pour le contrôle de Gunmen.

Gunmen (天羅地網, 1988) Un film de Kirk Wong avec Tony Leung Ka-fai, Carrie Ng, Elisabeth Lee, Mark Cheng, Waise Lee, David Wu, Adam Cheng, Elvis Tsui, Hoh Leng-leng, Andrew Kam, Yuen Bun, 

lundi 19 novembre 2012

Swordsman 2 + Swordsman 3


L’éminent sabreur Chung Ling-wu (Jet Li) et son condisciple (Michelle Reis) qu’il surnomme « le gamin » ont décidé d’abandonner les arts martiaux et de se retirer loin des querelles claniques. Guerres de pouvoir mais aussi guerres ethniques. D’un côté les Miaos et de l’autre les Han. Et au milieu de cette année 1594, des Japonais menés par Waise Lee qui débarquent pour devenir pirates et décident de soutenir la farouche Invincible Asia (Brigitte Lin) de l’ethnie Miao. Dans une bataille, elle rencontre Chung (lui est Han). Elle, perchée sur le sommet d’un arbre, volant sur les sommets avec un masque pour dissimuler son visage. Sa voix est masculine, comme les démons d’Histoires de fantômes chinois, une habitude pour désigner les super méchants de ses films.

Les deux personnages féminins de Swordsman 2 questionnent la question du genre sous deux modes opposés. Asia ne sait pas qui est Chung et ce qu’il vient faire ici. Par un concours de circonstance, Chung va être amené à la rencontrer à nouveau, persuadé qu’elle est attaquée par des ennemis, il l’embarque avec lui, volant jusqu’à une colline pour admirer la lune. Elle ne parle pas pour ne pas dévoiler sa voix et ne pas révéler qu’elle est Invincible Asia. Ce qui les unit est l’alcool qu’ils boivent au goulot de la gourde. La romance entre Chung et Asia est forcément tragique puisqu’ils sont ennemis et quand il comprendra qu’elle est sa vraie nature, il la combattra. D’autant, que par erreur il couchera avec Xi-xi, la favorite d’Asia.

Quant au « gamin », elle vit au milieu des hommes depuis toujours, s’habille comme eux, se comporte comme eux en artiste martial. Amoureuse de Chung, elle voudra se vêtir en femme sous les moqueries des compagnons d’armes de Chung. Elle veut se maquiller mais ils ont, par mégarde, remplacer son rouge à lèvres par du piment. Son personnage est avant tout comique. Elle est aussi l’archétype du disciple fidèle mais maladroit qui manque de tout faire échouer à cause des sentiments qui l’animent. C’est un personnage sensible qui se soucie des autres, tout l’inverse d’Asia, froide et calculatrice. Ceci étant, cette confusion des genres, mélange d’androgynie et d’homosexualité refoulée rappelle les classiques du wu xia pian où les hommes étaient joués par des femmes.

Le parchemin du Canon du tournesol, comme dans Swordsman, est au centre de toutes les batailles. Asia l’a utilisé pour acquérir cette grande force et a emprisonné son frère Yam Wo-hang (Yen Shi-kwan) en plantant dans ses rotules de crocs. La mission de Chung sera de le délivrer. C’est la fille de Yam, Ying-ying (Rosamund Kwan), un personnage un peu fâlot, qui se charge de lui fournir des mercenaires. La botte secrète d’Asia est la technique des aiguilles volantes qu’elle lance à ses adversaires pour les enlacer. Les aiguilles pénètrent dans la chair, les fils qui y sont accrochés enserrent les proies. Une fois Yam libéré, il veut posséder le Canon du tournesol et aspire les forces vives de ses adversaires.


Swordsman 3 commence avec les scènes finales de Swordsman 2, une grande bataille dans les quartiers généraux d’Asia. Celle-ci est vaincue mais le Canon du tournesol est encore l’objet de toutes les convoitises. Cette fois d’Espagnols guidés sur les lieux par Koo Cheung-fung (Yu Rong-guang) et ses deux bras droits. Mais des Japonais mené par un samouraï, Raizô, sont aussi à sa recherche. Chacun a un navire qui harponnera l’autre, livrera bataille à grands coups de canons avec un avantage certain pour la bâteau japonais qui peut se transformer en sous-marin. Avec force maquettes, les batailles navales sont un peu minables et terriblement statiques. C’est une grande déception et parfois d’un ennui total.

Koo Cheung-fung fait ressurgir Invincible Asia (encore et toujours Brigitte Lin). Cette dernière apparait d’abord sous le visage de l’acteur Lau Shun, en vieillard aux longs cheveux blancs, qui retirera son masque. Le masque et le déguisement sera l’une des forces du récit. Asia veut reprendre sa place de démon maître du monde et décide de chasser tous ceux qui se font passer pour elle. D’abord le chef d’une secte paganiste. Puis Neige (Joey Wong) une pirate qui pratique la technique des aiguilles volantes. Neige est l’ancienne concubine d’Asia et se fait passer pour elle. Masque également pour elle avec sa favorite qui se révélera un ninja à la solde de Raizô, ce dernier apparaissant toujours masqué et dont la combinaison de samouraï enferme un corps inhabituel. Puis, finalement Asia se déguisera en prostituée, finira par porter l’uniforme de Raizô.

Ce qui est à retenir de cette trilogie des Swordsman, malgré quelques beaux moments, c’est son caractère bancal avec des récits abrupts qui partent dans les sens sans cohérence, des combats gore mais mous sans la beauté formelle à laquelle Ching Siu-tung avait habitué le spectateur et un érotisme de pacotille. Ces beaux moments, c’est la fuite dans les bois entre Asia et Chung, les larmes de Neige sur son bateau, pour une fois des moments de calme.Sans doute Tsui Hark, producteur et scénariste, était allé trop vite en besogne et ne cherchant qu’à faire des films pour gagner de l’argent, avec une production faible, en oubliant l’éblouissement du spectacle.

Swordsman 2 (笑傲江湖II東方不敗, Hong Kong, 1992) Un film de Ching Siu-tung avec  Brigitte Lin, Jet Li, Rosamund Kwan, Michelle Reis, Waise Lee, Candice Yu, Fennie Yuen, Lau Shun, Yen Shi-kwan, Chin Ka-lok.

Swordsman 3 : The East is red (東方不敗風雲再起, Hong Kong, 1992) Un film de Ching Siu-tung et Raymond Lee avec Brigitte Lin, Joey Wong, Jean Wang, Yu Rong-guang, Lau Shun, Eddy Ko, Lee Ka-ting, Kingdom Yuen, Yen Shi-kwan.

mercredi 14 novembre 2012

Histoires de fantômes chinois 2


Tsui Hark aura mis trois ans avant d’entreprendre Histoires de fantômes chinois 2 à cause du succès mitigé auprès du public du premier film (15ème au box office 1987). L’ouverture se fait sur un mode « précédemment dans Histoires de fantômes chinois » en résumant sur trois minutes le scénario au cas où certains spectateurs auraient oublié les aventures du lettré Tai-shen (Leslie Cheung) qui, en début de film, se sépare de son maitre Yan (Wu Ma) qui décide de partir méditer en ermite dans un temple éloigné. Tai-shen se retrouve seul dans un village et rentre dans une auberge où les patrons servent de la chair humaine aux clients. Les malheurs continuent de s’abattre pour lui quand la police le prend pour un bandit et l’arrête.

En prison, il fait la connaissance de son compagnon de cellule, Chu Er-long (Ku Feng), un philosophe emprisonné depuis des années à cause de ses livres et poèmes. Barbu, le vieux sage se nourrit de cafards au grand dégoût de Tai-shen. Les semaines passent, la barbe pousse au menton de notre jeune héros quand il comprend qu’il va être exécuté dans la nuit. Un bon repas lui a été apporté, le repas des condamnés. Chu Er-long lui explique tout de go qu’il pourrait s’évader car il avait construit un tunnel. Tai-sheng emporte avec lui un manuel du vieillard et son sceau. Dehors, il saute sur un cheval qui l’attendait là, comme si Chu Er-long avait tout prévu. En vérité, il s’agit de celui de Zhi Tsao (Jacky Cheung). Ce dernier, moine taoïste, poursuit son voleur en creusant un tunnel sous la terre.

Tous deux terminent dans une demeure en ruine où huit cercueils les glacent d’effroi. Tai-shen en profite quand même pour prendre un bain (et il chante pour faire taire sa peur). Dehors, des fantômes commencent à se manifester. C’est la première séquence choc d’Histoires de fantômes chinois 2. Pour déconcerter le public et donner un aspect surnaturel, les revenants descendent verticalement dans le cadre en scope au milieu de la forêt, les étoffes colorées contrastent fortement avec la luminosité nocturne, la musique appuie le sentiment de malaise. La scène poétique est typique de la mise en scène de Ching Siu-tung et se démarque de l’univers comique jusque là abordé dans le film. En vérité, il ne s’agit pas de fantômes mais du clan de Chin-fan (Joey Wong) et Yue-chin (Michelle Reis), qui partent libérer leur père, le Seigneur Fu (Lau Siu-ming), injustement arrêté.

Chin-fan à cause du sceau qu’a Tai-shen le prend pour Chu Er-long et lui demande un oracle. Le jeune lettré, quant à lui, est frappé par la ressemblance entre Chin-fan et Hsiao Ting, le fantôme dont il était tombé amoureux dans le premier film. Une romance va s’amorcer entre les deux, encore une fois basée sur l’illusion. Tai-shen peut revivre son amour perdu tandis que Chin-fan le prend pour un autre. La tension sexuelle va se développer dans une scène de bain (comme dans Histoires de fantômes chinois) où il va perdre connaissance, elle va le déshabiller pour faire sécher ses vêtements, puis enlever les siens pour finalement se coucher nue sur lui pour le réchauffer. Bien entendu, tout cela reste très pudique. Seulement voilà, Chin-fan est promise depuis son enfance à un autre. La romance se corse avec sa sœur qui a aussi un faible pour Tai-shen.

Parlons maintenant des démons qui arpentent le film. Le premier est un monstre dégoûtant, sorte d’ectoplasme gluant armé de piques. La rencontre se fait dans la demeure en ruine et se déroule sur un mode burlesque. Zhi Tsao, en tant que taoïste, inscrit sur la paume de sa main un sortilège pour immobiliser le monstre mais la maladresse de Tai-shen manque de les faire se tuer. Finalement, il tranchera au sabre le monstre, ce dernier contaminera Chin-fan qui se transformera en démon. Le deuxième monstre est un prêtre bouddhiste impérial (Lau Shun). Avec son cortège, il arpente les lieux. Le vieux prêtre parle avec une voix de vieille sorcière. Sa force semble indépassable. Il jette sur ses adversaires des torrents de flammes, se transforme en bouddha d’or et entonne des chants qui hypnotisent. Il faudra que toute la troupe soit solidaire, que le sabreur Hu (Waise Lee) qui escorte le Seigneur Fu – donc un ennemi a priori – vienne les aider et que maître Yan sorte de son temple d’ermite pour en venir à bout, dans un sublime déferlement d’images bariolées comme seule, en cette époque bénie, la compagnie Film Workshop savait en offrir aux spectateurs charmés.

Histoires de fantômes chinois 2 (A Chinese ghost story II, Hong Kong, 1990) Un film de Ching Siu-tung avec Leslie Cheung, Joey Wong, Jacky Cheung, Wu Ma, Waise Lee, Michelle Reis, Lau Shun, Lau Siu-ming, Yeung Jing-jing, Lee Fai, Lau Siu-hung, Wong Yue-chun, Ku Feng, Do Siu-chun, Johnny Koo, Fei Sing, Wong Hung, Fung Yuen-chi, Ng Kwok-kin, Tenky Tin.

lundi 30 avril 2012

Dragon Gate, la légende des sabres volants



Pour son premier film en 3D, Tsui Hark s’est appuyé sur des bases connues de tous. Dès le générique d’ouverture de Dragon Gate, la légende des sabres volants, on reconnait la musique déjà présente dès Dragon Inn de King Hu et que Tsui Hark avait reprise pour son Auberge du dragon en 1992. Evidemment, le titre du film indiquait bien vers où le spectateur va et comme toujours vers l’eunuque impérial qui, dans sa soif de pouvoir absolu, élimine ses ennemis au sein du pouvoir. Du haut de sa balustrade, il condamne sans appel ceux qui avaient osé critiquer sa politique. Quand en plus cet eunuque, forcément apprêté, forcément très caricatural est incarné par Gordon Liu et que c’est Jet Li, qui n’avait pas tourné avec Tsui Hark depuis Dr. Wong en Amérique, qui vient rétablir la justice et botter le train de Gordon Liu, on se dit qu’il y a des chances que le spectacle soit beau.

Zhao (Jet Li) combat la corruption au sein du pouvoir et ce dernier va chercher à éliminer ce redresseur de tort. Un autre eunuque, Yu Huatian (Aloys Chen), par ailleurs favori de l’impératrice part à la chasse de Zhao. Puis, c’est toute une foule de personnages qui vont se donner rendez-vous dans l’auberge du Dragon au beau milieu du désert. Une servante qui s’est échappée du palais, porteuse d’un secret et enceinte (Mavis Fan) sera sauvé de la brutalité de Yu par une experte en arts martiaux. Jade (Zhou Xun) se fait d’abord passer pour Zhao car ils se connaissent, leur vie a un passé commun. Jade va protéger la servante apeurée et on apprendra qu’elle connait tous les recoins de l’auberge puisqu’elle ouvre une trappe qui permet de se cacher dans une grotte. De là, Jade pourra espionner les autres, c'est-à-dire à la fois les aubergistes et les clients.

En fait de clients, ce sont des mercenaires ou des soldats qui occupent la place. On rencontre une bande de Mongoles tatoués et costauds menés par une chef tatouée (Kwai Lun-mei). Face à eux, des hommes de Yu Huatian dirigés par Tan Luzi (Sheng Jian) et Ma Jinliang (Fan Siu-wong) et son œil de verre, tous deux d’habiles sabreurs. Entre les deux, un couple Gu Shaotang (Li Yuchun) et Wing Blade (Aloys Chen), le sosie de Yu Huatian, qui va servir justement à semer le trouble – et accessoirement à fournir au film son unique personnage comique. Il faut s’accrocher pour suivre tous les personnages nombreux et qui parfois se dédoublent. Les femmes sont les personnages les plus forts, comme souvent dans son cinéma. Tsui Hark organise un scénario à la densité qui rappelle celle de Zu les guerriers de la montagne magique. Cette idée de confusion est plaisante parce qu’elle rappelle de bons souvenirs quand le cinéaste n’avait pas peur de la profusion, d’aller loin le montage effréné, les plans biscornus et les effets spéciaux grandiloquents. Au programme de Dragon Gate, la légende des sabres volants, on trouve beaucoup de combats virevoltants entre tous les personnages. C’est dire si chaque spectateur aura à boire et à manger.

Comme il y a trente ans avec Zu, les effets spéciaux sont au cœur du cinéma de Tsui Hark. La 3D sert à faire voler tous les lames, sabres et autres objets contendants à travers l’écran, vers le visage du spectateur (vertu désormais classique de la 3D) ou à l’inverse en caméra subjective. Effectivement les sabres volent, le titre anglais ne ment pas. C’est la variété qui est jouissive plus que l’abondance. Cela sonne parfois comme un gadget mais peut aussi donner de belles choses comme ce vol de corbeaux qui forme un nuage puis qui foncent sur Jade et la servante. Il est en revanche plus compliqué d’être convaincu par la tempête de sable qui s’abat sur l’auberge avec un étage qui se détache en tournant dans le ciel tandis que Jet Li et Aloys Chen se battent. Comme dans DetectiveDee, Tsui Hark prend un malin plaisir à détruire son décor, ici moins imposant, il ne s’agit que d’un simple bâtiment de pierre et de sable. Il s’amuse beaucoup mais il manque quelque chose au film, une scène d’anthologie digne du strip tease de L’Auberge du dragon par exemple. Il manque quelques moments de calme entre les sommets de l’action, histoire de se reposer quelques minutes avant l’explosion visuelle.

Dragon Gate, la légende des sabres volants (Flying swords of Dragon Gate, 龍門飛甲, Hong Kong – Chine, 2011) Un film de Tsui Hark avec Jet Li, Zhou Xun, Aloys Chen, Kwai Lun-mei, Mavis Fan, Fan Siu-wong, Li Yuchun, Du Yi-hengn, Dillon Wu, Zhang Xin-yu, Sheng Jian, Gordon Liu, Sun Jian-Kui.

mardi 7 février 2012

L'Auberge du dragon


Vingt-cinq ans après le classique de King Hu, Tsui Hark met en place la production d’un remake réalisé par un de ses fidèles, Raymond Lee avec l’aide de Ching Siu-tung pour les chorégraphies des combats. L’Auberge du dragon reprend la plupart des éléments scénaristiques de Dragon Inn. Le générique reprend la musique originale et la forme de parchemin qui défile. L’ouverture se déroule avec l’eunuque Zhao (Donnie Yen), toujours aussi cruel, qui usurpe le pouvoir et liquide tous ses ennemis. Il est dépeint comme un homme aux manières efféminées, maquillé, se tapotant le coin des lèvres avec un mouchoir. Son regard vicieux admire le travail de torture produit sur Yang, le ministre des armées, qu’il accuse de traitrise. Il sera exécuté et ses enfants, bien plus jeunes que dans Dragon Inn, seront exilés.

La stratégie de l’eunuque est simple. Il suppose que les fidèles de Yang, notamment le général Chow Wai-on (Tony Leung Ka-fai) va venir délivrer les enfants du ministre. Ainsi, il pourra les capturer et les éliminer. Du haut d’une falaise donnant sur un canyon, Zhao, bien assis sur son fauteuil, longue-vue rivée sur l’œil, va observer la scène. Chow ne vient pas en personne, au grand dam de l’eunuque, il a envoyé libérer les enfants par Mo-yan (Brigitte Lin) accompagnée de quelques mercenaires. Très vite, on voit la différence avec le film de King Hu. La chorégraphie du combat se place d’emblée dans la lignée de ce que Ching Siu-tung avait donné dans ses films précédents, un défi à l’apesanteur, des acteurs virevoltant les uns au dessus des autres, un rythme et un montage effréné proche de l’abstraction. Le réalisme est effacé au profit d’un art poétique bariolé et purement cinématographique.

Il y a encore mieux avec le personnage de Maggie Cheung. Elle est Jade, la taulière de l’auberge du dragon où le récit va désormais se tenir. Dès sa première apparition, Jade est montrée comme une nymphomane, sautant sur tous les hommes. Elle est sans doute la maitresse du capitaine de la frontière (Elvis Tsui), soldat rustre mais dont elle abuse de la naïveté et de la bêtise. Des perles de sueur coulent sur sa poitrine à peine cachée par sa tunique tandis qu’elle caresse un client, client qu’elle va tuer et qui va servir de chair à saucisse. Cette sensualité sera présente pendant tout le film et atteindra son point culminant proche de l’érotisme dans une scène entre Jade et Mo-yan. Cette dernière se lave quand Jade entre dans se chambre. Elles vont se battre à coups de vêtements, les drapés vont circuler dans toute la pièce, elles seront alternativement nues puis habillées échangeant des dialogues sarcastiques.

Jade ne le sait pas encore, mais Mo-yan attend Chow Wai-on, son amant. Il arrive fièrement à dos de chameau (l’auberge est au milieu du désert) au son de la flûte de son aimée. Jade va chercher à séduire Chow par tous les moyens. Les minauderies de Maggie Cheung ont un pouvoir comique et contrastent avec la figure sévère de Brigitte Lin qui voit d’un mauvais œil les manigances de l’aubergiste. Il faut dire que l’enjeu se corse avec l’arrivée des hommes de Zhao menés par Cha Ting (Lau Shun) et ses seconds dont Hung Yan-yan en combattant féroce. Comme dans le film de King Hu, les deux ennemis font semblant de sympathiser, chacun élaborant un plan pour piéger l’autre. Au milieu, Jade vend son soutien au plus offrant dans un concours de mensonges qui provoque des retournements de veste de sa part. Elle accentue la jalousie de Mo-yan à obligeant Chow à l’épouser en échange de la révélation d’un secret.

Tout le monde attend désormais l’eunuque Zhao qui s’approche avec son armée de féroces soldats. Dans une tempête de sable, puis au milieu du désert, alors qu’ils cherchent encore à évacuer les enfants, Mo-yan, Chow et Jade, tous experts dans le maniement du sabre, vont affronter Zhao dans un combat dont la mise en scène devient un sommet de tension tout en travellings latéraux qui tentent de capturer les personnages qui déboulent dans le plan en contre-sens. Au final, L’Auberge du dragon ne ressemble que superficiellement à Dragon Inn de King Hu. Le film de Tsui Hark, Ching Siu-tung et Raymond Lee demeure un modèle indépassable du wu xia pian.

L’Auberge du dragon (Dragon Inn, 新龍門客棧, Hong Kong, 1992) Un film de Raymond Lee avec Brigitte Lin, Maggie Cheung, Tony Leung Ka-fai, Donnie Yen, Lau Shun, Hung Yan-yan, Elvis Tsui, Lawrence Ng.

mardi 4 octobre 2011

King of chess


L’histoire dit que Tsui Hark, producteur via la Film Workshop de King of chess, aurait trouvé que le récit de Yim Ho trop complaisant dans sa manière de dépeindre la Révolution Culturelle. L’histoire dit que Tsui Hark aurait tourné une deuxième histoire contemporaine et utilisé le reste en tant que flash-back. Cela explique en tout cas pourquoi le film a mis si longtemps à sortir à Hong Kong. Il explique surtout sa relative médiocrité mais qui d’une certaine manière trouve sa justification dans le chaos qu’il décrit. Mais qu’en est-il vraiment de la « censure » de Tsui Hark et de ses réelles modifications, je ne le sais pas.

Ce chaos, c’est celui des débuts de la Révolution Culturelle en 1967. King of chess commence sur des images d’archives de grands défilés populaires où les leaders chinois (Mao Tsé-tung, Zhou En-lai) haranguent la foule en brandissant le petit livre rouge. Ces archives sont accompagnées d’une chanson rock aux paroles emphatiques. Cela donne dès le départ un certain décalage critique et exprime que le film ne va pas défendre la Révolution Culturelle. Un petit groupe va se détacher de la masse. Direction la campagne pour la rééducation par le travail. Au sein de ce groupe Wong Yat-sun (Tony Leung Ka-fai), Chung (Yim Ho), Ngai (Chin Shih-chieh), ce dernier étant accompagné de son neveu hongkongais venu en vacances (quelle drôle d’idée !).

Chacun a de quoi être rééduqué. Chung est un intellectuel, d’ailleurs il porte des lunettes. Wong n’a qu’une passion : jouer aux échecs. Dans le train, il joue seul. Il se prend également à rêver de mets fins d’autant que le nourriture se fait rare et que les portions sont congrues. Lui aussi porte des lunettes, un signe qu’il doit être rééduqué. Ngai est catholique, il porte un crucifix autour du cou. La responsable de la brigade prendra grand soin de l’humilier chaque jour. Elle le traite de contre-révolutionnaire parce qu’il porte des lunettes (lui aussi) et l’oblige à jouer dans l’équipe de baskets parce qu’il est grand même s’il ne sait pas jouer. Et pendant ce temps-là, le neveu observe tout. Je me demande encore pourquoi il est venu passer ses vacances pendant la RévoCul.

Ce neveu sera joué adulte par John Sham. C’est un publicitaire qui veut sauver une émission de télé où des enfants viennent faire des tours. Et là, il pense avoir trouvé un petit génie doué de deviner l’avenir. C’est de John Sham que proviennent les flash-backes. Un parallèle se produit entre les deux époques. Tsui Hark compare le chaos idéologique à celui de l’argent dans la partie contemporaine. Car tout le monde est persuadé que le gamin pourra le rendre riche. Le vrai souci, c’est que cette partie est faite de manière si caricaturale, sans finesse qu’elle tombe complètement à plat. Il a cru bon d’ajouter une histoire d’amour tout à fait superflue. La partie Révolution Culturelle parait du coup plus réaliste, d’autant que Yim Ho s’emploie à décrire le désarroi de ces hommes, leur humiliation quotidienne, l’angoisse de se faire critiquer et pire encore la faim. On ne saura jamais ce que le film aurait pu être, mais une chose est certaine, seule la partie d’époque fonctionne, et encore, sur un mode assez faible.

King of chess (棋王, Hong Kong, 1992) Un film de Yim Ho avec Tony Leung Ka-fai, John Sham, Yim Ho, Yang Lin, Wong Sing-fong, Chin Shih-chieh, John Chan.

vendredi 3 juin 2011

The Big heat


Les mains de l’inspecteur Wong (Waise Lee) ont beaucoup de mal à tenir son révolver. Il devient maladroit et manque de tirer sur son co-équipier. Il propose sa démission à son chef qui la refuse en lui donnant une nouvelle affaire. Tse, son ancien collègue a été abattu en Malaisie. Wong serait l’homme idéal pour résoudre cette affaire et apprendre quel trafic a lieu. Le flic déchire sa lettre de démission en se rappelant, via quelques flashbacks, l’amitié qui les unissait. Il se sent responsable de l’accident qui a de son collègue un estropié. Maggie (Betty Mal), la copine de Wong n’arrive pas à calmer son angoisse et sa douleur.

Pour enquêter, Wong a besoin d’une équipe. Il a avec lui son fidèle Kam (Philip Kwok), flic ultra nerveux qui réagit au quart de tour, champion pour courir après les criminels dans les poursuites et qui n’hésite jamais à sa battre. Mais, c’est un tendre malgré tout, proche de sa maman comme le montrera une scène plutôt drôle. Wong engage le jeune Lun (Mathew Wong), un bleu dans les forces de police. On le découvre maladroit mais dragueur. Il donne son numéro de téléphone à une jeune infirmière Ada (Joey Wong) quand il se rend à l’hôpital pour découvrir le corps calciné de Tse. Lun a toujours le sourire, il est plein d’enthousiasme mais reste trop le nez collé dans les manuels. Wong et Kam vont lui apprendre que le terrain avec ses fous furieux est bien différent de la théorie.

Le cadavre de Tse a été amené par Ong (Lionel Lo), un flic de Malaisie qui ne quittera jamais ses lunettes noires. C’est le personnage énigmatique de The Big heat, celui dont on ne saura jamais rien. Parfois, lors d’un gunfight, il lance un « cari mati », ce qui en malais veut dire « va crever ». Il fera volontiers équipe avec Kam avec lequel il se disputera pourtant sans cesse. Les quatre hommes sont prêts à affronter le mafieux Han Ching (Paul Chu) qui fait chanter un homme d’affaires homo : des photos compromettantes circulent où on le voit avec un autre homme. A cela il faut ajouter qu’un supérieur hiérarchique de Wong est un policier corrompu qui accepte les pots de vin de Han Ching.

Tsui Hark a donc rassemblé tous les éléments d’un film d’action typique des années 1980. Le thème de la corruption des flics avec cette idée que d’ici la rétrocession, personne ne dira rien. Le quartet de flics incorruptibles, complémentaires et si différents. La violence se fait de plus en plus brutale : têtes coupées, doigts arrachés, corps démembrés. Poursuites et gunfights en abondance. Scène d’assaut dans un hôpital. Deux personnages d’Anglais pas nets (le chef de la police et une infirmière qui tente de tuer le businessman). Le film ne semble guère devoir aux deux cinéastes d’autant que Tsui Hark apparait quelques secondes à la fin du film comme pour mieux signer son œuvre. Rétrospectivement, on peut y voir parfois de beaux plans sans doute créés par Johnnie To, mais Tsui Hark, en tant que producteur, semble avoir voulu faire un film d’action à la manière de John Woo.

The Big heat (城市特警, Hong Kong, 1988) Un film d’Andrew Kam et Johnnie To avec Waise Lee, Joey Wong, Matthew Wong, Phillip Kwok, Lionel Lo, Paul Chu, Stuart Ong, Peter Lai, Kirk Wong, Michael Chow, Roy Cheung, Betty Mak, Tsui Hark.

dimanche 16 janvier 2011

Jeu d'espion




Il est arrivé que Tsui Hark produise des films qui sont des grands n’importe quoi. Jeu d’espion fait partie de cette catégorie de navets qui voudrait faire passer les mouvements scénaristiques pour du suspense et les pitreries des acteurs pour de la comédie. Tout est filmé dans un style très bédé qui rappelle les heures glorieuses, mais nanardesques, des films de la Cinéma City & Films Company.
Takako (Izumoto Noriko) est une chanteuse japonaise dont les amis veulent fêter l’anniversaire. Sa manager préfèrerait qu’elle répète les morceaux et lui interdit de faire la fête. Les amis de Takako et Kudo (Tokito Saburo), qui est amoureux d’elle, en tête inventent un subterfuge pour la faire venir. Ils lui font croire que des espions en veulent à son père et menacent de l’exécuter si elle ne délivre pas quelques informations. Affolée, Takako prend peur, s’enfuit avec sa guitare et décide partir à Hong Kong où elle est persuadée que son père (qu’elle n’a jamais connu) habite.
A Hong Kong, Takako qui ne parle pas un mot de cantonais est vite perdue. Elle prend un type avec un bandeau sur l’œil pour un espion, appelle la police qui informe la télévision que quelque chose de pas net se passe à l’aéroport. Deux reporters de deux chaines de télévision concurrentes arrivent en même temps pour avoir le scoop. Mais notre charmante Japonaise a peur de ce qui lui arrive et s’enfuit. Le reste du film est une suite de catastrophes qui arrivent aux deux personnages principaux.
Ken (Kenny Bee) est pris dans la spirale des événements auxquels Takako le mêle et personne ne veut croire qu’il est innocent. En premier lieu son beau-frère Lee (Waise Lee), l’autre présentateur vedette de la télé, et avec qui il est fâché depuis qu’il est concurrent à l’audimat. Jeunes, ils étaient dans un groupe de musique. Petit à petit, ils vont renouer leur amitié jusqu’à chanter ensemble et avec l’inspecteur Lau (Michael Chan), dans une scène de comédie musicale.
Les déboires s’accumulent mais les romances commencent. L’inspectrice Wong (Joey Wong) arrive en scène avec son lot de glamour. Elle devient une séductrice potentielle pour une amie de Kudo qui a des visées sur lui. A vrai dire, elle n’est dans le film que pour sa beauté. Wong est une femme d’action et comparée à Takako, montrée comme une idiote qui détruit tout ce qu’elle trouve sur son passage, elle incarne le bon sens. Ce qui n’empêche pas Jeu d’espion d’être particulièrement misogyne.
Dans ce genre de comédie bas de gamme, quelques gags surnagent. Il faut dire qu’il y en a tellement. Les acteurs Japonais jouent comme des patates, sans doute bloqués par la barrière de la langue et par leurs rôles stéréotypés. C’est finalement le duo Kenny Bee Waise Lee qui emporte le morceau dans le numéro de haine réciproque où chacun cherche des noises à l’autre. Mais ça ne vole pas bien haut et l’histoire d’espionnage est vraiment tarte, superficiel et superflu.
Jeu d’espion (Spy games, 中日南北和, Hong Kong, 1989) Un film de David Wu avec Kenny Bee, Waise Lee, Izumoto Noriko, Tokito Saburo, Joey Wong, Liu Wai-hung, Phillip Chan, Michael Chan, Lam Chung, Wong San, Maggie Cheung Hoh-yee, Lee Ka-ting, Yoshikawa Asami.

mardi 23 novembre 2010

The Killer


Avec un film tel que The Killer, il n’est pas facile pour moi de trouver de nouvelles choses à dire. Le film de John Woo a plus de vingt ans, il est considéré comme un classique depuis des années (depuis le début ?), il a inspiré plusieurs cinéastes qui, à leur tour, sont considérés comme des grands. Pour ma part, j’ai mis près de quinze ans avant de regarder à nouveau The Killer. Je ne l’aimais pas. J’ai un peu changé mon avis.

Le pivot central du film est évidemment Jeff, le personnage de Chow Yun-fat que John Woo iconise très vite en débutant le film dans une église, à côté des statues de saints. On lui demande de remplir un contrat puisqu’il est tueur à gages. L’assassinat aura lieu dans une boite de nuit où Jeff remarque Jenny (Sally Yeh, qui interprète les chansons elle-même), chanteuse qui assure l’animation. Jeff tire sur sa cible et dans la confusion Jenny est blessée par les tirs des hommes de la victime. Elle devient pratiquement aveugle. Jeff a juste le temps de mettre son écharpe blanche sur ses yeux pour la protéger.

Jeff culpabilise et va rencontrer, sans dévoiler son identité, Jenny. Il veut l’aider à trouver de l’argent pour se soigner. Il va accepter un gros contrat où il doit tuer un parrain de la mafia. Ce parrain doit assister à la fête du dragon et c’est l’inspecteur Li (Danny Lee), flic incorruptible et droit dans ses bottes qui est chargé, avec son collègue Tsang (Kenneth Tsang) de la protection de l’homme. Ce qui dégoûte Li. Quand Jeff tue le parrain, Li part à sa poursuite. Mais c’était un piège. Jeff est attendu et on tente de l’abattre. Dans la fusillade, une petite fille est blessée. Bien que poursuivi par la police, il va la conduire à l’hôpital.

Le tueur est un type bien, se dit Li. Sa hiérarchie ne l’entend pas de cette oreille. Elle veut l’abattre. Tout comme Wong (Shing Fui-on) veut l’abattre alors que c’est lui qui a commandité l’assassinat de son oncle pour prendre sa place. Bref, tout le monde veut la peau de Jeff. John Woo parvient très bien à rendre l’ambivalence de sa position. Tueur à gages, il est aussi protecteur de Jenny puis s’approche de Li dans une belle scène où ils s’appellent Dumbo et Mickey, tout sourire, en se pointant avec leurs révolvers devant Jenny qui n’imagine pas une seconde qu’ils sont ennemis. Cette séquence est devenue la marque de fabrique du cinéaste, son image de marque. Elle est devenue identifiable au premier moment faisant souvent oublier le reste du film.

The Killer n’est pas seulement un film d’action policier avec sa longue scène finale de gunfight, chose classique chez John Woo déjà présente (avec des sabres ou du kung-fu) dans ses films des années 1970. Dans cette séquence finale, le blanc (Jeff, Li et Jenny sont vêtus de blanc) s’oppose au noir (les hommes de Wong). The Killer est aussi un mélodrame où l’on voit Jenny progressivement tomber amoureuse de Jeff tandis qu’il lui fait espérer une guérison prochaine. Li est là pour contrecarrer les plans de ce couple tandis qu’il va se prendre de sympathie pour eux deux et devenir ami avec Jeff. Le mouvement circulaire des relations entre le trio n’amène aucune échappatoire. Il n’est question que de morale dans le film.

Le film brasse son lot d’émotion, d’action violente et de suspense. Il offre des images qui ont fait l’histoire. Chow Yun-fat qui est submergé par le sang quand Jenny se rappelle le moment où elle perd la vue. John Woo travaille aussi beaucoup sur le son pour rendre plus efficace son suspense. Lors d’une poursuite, Li prend en chasse un membre des triades qui se réfugie dans un bus. Le son intradiégétique disparait progressivement pour ne donner à entendre que le clic du révolver qui s’arme. Il travaille son montage lors de la fête du dragon où les plans du tambour qui va jouer de la musique alternent avec la préparation de l’exécution du parrain. Ensuite, tout est une question de croyance. Je trouvais il y a quinze ans le mélodrame simpliste et le suspense convenu, l’idée de film culte au sujet de The Killer me révulsait. Aujourd’hui, je me rends compte des qualités de mise en scène de John Woo.

The Killer (喋血雙雄, Hong Kong, 1989) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Danny Lee, Sally Yeh, Paul Chu, Kenneth Tsang, Shing Fui-on, James Ha, Tommy Wong, Ricky Yi, Barry Wong, Parkman Wong, Teddy Yip.

dimanche 17 octobre 2010

Detective Dee le mystère de la flamme fantôme


Pour marquer d’un grand sceau son intronisation, la future impératrice Wu (Carina Lau) – la première et unique femme à accéder au pouvoir au Chine – décide de faire construire un Bouddha géant. Les travaux suivent leur cours mais d’étranges morts vont menacer la poursuite de la construction. Le maître d’ouvrage se met à brûler de l’intérieur comme dans une combustion spontanée. Il ne reste de son corps que des cendres éparpillées au sol. Une enquête va être menée car le couronnement approche à grand pas.

Pei Donglai (Deng Chao), le ministre de la justice, dont les cheveux sont teints en blanc, est chargé de mener les investigations. Il va vite en besogne et accuse immédiatement Shatuo (Tony Leung Ka-fai) qui a confectionné les plans du Bouddha d’être l’auteur de ses meurtres. Shatuo a été un temps l’ennemi de la couronne et sa main gauche a été coupée. Depuis il porte un crochet. Il est le suspect idéal puisque l’ennemi de l’impératrice. L’oracle, sous forme de daim, clame à la souveraine qu’elle devrait faire appel à au détective Dee (Andy Lee).

Il a été accusé de trahison et Dee purge sa peine dans un coin du palais. Sa condamnation est désormais de brûler les archives de l’empire. Il les lit avant de les détruire et n’ignore rien des affaires du palais comme de la Chine. Il travaille avec un vieil aveugle et comme lui porte une longue barbe et a l’air hirsute. Tandis que l’intendante de l’impératrice, la jeune et énigmatique Waner (Li Bing-bing) vient chercher Dee, des mercenaires les attaquent pour les assassiner. Dee va mener l’enquête malgré les réticences de Pei et celle de Waner.

Detective Dee and the mystery of the Phantom Flame se transforme en film policier où l’enquête va avancer à coup de rebondissements. Il faut s’accrocher pour les suivre tous. Les informations n’arrêtent pas de tomber sur les tenants et aboutissants de ces crimes étranges. Tsui Hark place Dee dans la même situation que le spectateur qui découvre les indices en même que lui. Indices qui vont le mener dans les bas-fonds de l’empire, dans ses secrets de lutte de pouvoirs les plus sordides, puisque telle était l’époque. Il revisite cette période de complots où l’accession à la couronne d’une femme est vu par les notables comme la gangrène.

Il n’y aura guère que Dee et l’impératrice Wu à conserver leur noblesse d’esprit. Les autres personnages sont placés sous le signe de l’ubiquité. Pei avec sa chevelure blanche hésite entre servir loyalement Wu ou obéir aux ordres de Dee. Le personnage Waner est très ambigu. Elle n’hésitera pas à se donner à Dee dans une scène de prélude sexuelle peu torride, mais s’avèrera une manipulatrice dans les indices. Son existence même est sous le signe du masque et de la double personnalité. Dee lors de son enquête rencontre un mage exilé dans les bas-fonds. Donkey Wang, qui donnera une partie de l’explication des meurtres, est joué par deux acteurs Richard Ng puis Teddy Robin, qui fait, après Gallants, un joli come-back. Quant au personnage de Shatuo…

Après deux films contemporains (Missing, thriller mou et All about women comédie urbaine), Tsui Hark retrouve avec Detective Dee les costumes de cette Chine ancienne et mystérieuse qu’il a tant filmée. L’opposition très nette entre les deux mondes, celui du palais avec ses beaux drapés, son luxe et son apparat filmé de jour dans une lumière éclatante, contre celui des bas-fonds remplis de personnages sales, habillés de haillons et filmés dans une quasi obscurité, offre un panorama éclatant de son art de la mise en scène. Cette opposition permet également d’inverser les valeurs des personnages, de manière assez simple mais fonctionnelle.

Certes, Detective Dee ne renoue pas avec la force de certains de ses films précédents. Certains effets spéciaux demeurent encore visuellement indigestes. Mais parfois de beaux souvenirs reviennent en mémoire et l’on se dit que Tsui Hark est encore là. Comme dans cette scène où Dee et Waner, accompagnés de Donkey wang, doivent combattre un démon au visage caché. Des poutres sortent de l’eau pour les attaquer. Leurs lancées verticales viennent briser le cadre su cinémascope. Les personnages, en se battant, défient les lois de l’attraction. L’actrice Li Bing-bing du haut des statues des daims rappelle Brigitte Lin et le souvenir de Zu les guerriers de la montagne magique reviennent vite. Pour ces séquences, très belles chorégraphiées par Sammo Hung, on se dit que Tsui Hark n’est pas fini. Et cela donne de l’espoir.

Detective Dee, le mystère de la flamme fantôme (Detective Dee and the mystery of the Phantom Flame, 狄仁傑之通天帝國, Hong Kong – Chine, 2010) Un film de Tsui Hark avec Andy Lau, Li Bing-bing, Tony Leung Ka-fai, Deng Chao, Carina Lau, Du Yiheng, Richard Ng, Teddy Robin.

mercredi 13 octobre 2010

Shanghai Grand


Le Shanghai des années 1930 a toujours fasciné Tsui Hark qui a su décrire l’atmosphère de la ville pendant cette période de crise que fût l’occupation par les étrangers de la ville chinoise. Shanghai Grand n’est, officiellement, qu’une production du cinéaste. Il a confié la réalisation du film à Poon Man-kit pour ce qui est le chant du cygne de la compagnie Film Workshop avant que Tsui Hark ne parte travailler pour Hollywood et que la société n’interrompe ses activités.

Trois personnages, trois chapitres annoncés dans un carton comme à l’époque du cinéma muet. Poon Man-kit jouera souvent sur cette imagerie en coloriant ses images d’un filtre sépia. C’est avec beaucoup de luxe que la ville de Shanghai est reconstituée même si les scènes en extérieur sont rares. Cela coûte moins cher de tourner en studio. On aperçoit une affiche d’Autant en emporte le vent, ce qui permet de dater précisément l’époque (fin des années 1930) et ce film, Fung Ching-ching va le voir tous les jours.

Ding Lik (Andy Lau) sait que Ching-ching se rend souvent au cinéma et fait tout ce qu’il peut pour la rencontrer. Ils viennent de deux mondes différents. Lik est un petit commerçant sans envergure qui se fait martyrisé par un petit chef local. Mais il est amoureux de Ching-ching et cherche à la voir. Elle est la fille unique d’un des pontes de la ville, une sorte de parrain à qui on ne peut rien refuser. Mais il va bien falloir lui trouver un mari. Lik est dans la liste des candidats.

Sa rencontre avec Hui Man-keung (Leslie Cheung) se fait par hasard. Shanghai Grand commence avec lui dans une scène d’une grande violence où lui et ses compagnons taïwanais sont torturés sur un bateau. Hui parvient à s’échapper. A bout de course, Lik le recueille et un concours de circonstances leur permet de rentrer dans le clan de Fung. Lik va pouvoir grimper les échelons et parvenir à son rêve de mariage avec la fille du parrain. Mais évidemment, tous ses beaux plans de carrière vont être contrecarrés par la réalité.

Le film, divisé en trois chapitres de longueurs inégales, propose le point de vue de chacun des trois personnages. Après l’ascension sociale de Ding Lik, c’est le passé de Ching-ching et la parcours de Hui avant sa rencontre avec Lik qui est évoqué. Chaque flashback offre un élément du puzzle qui permet de recomposer une histoire morcelée. Shanghai Grand devient plus qu’un simple film de triades mais une grande tragédie amoureuse où la femme sépare les hommes.

Shanghai Grand (新上海灘, Hong Kong, 1996) Un film de Poon Man-kit avec Andy Lau, Leslie Cheung, Ning Jing, Amanda Lee, Almen Wong, Wu Hsing-guo, Lau Shun.

mardi 2 mars 2010

Histoires de fantômes chinois en animation


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Tsui Hark adapte en dessin animé sa production phare des Histoires de fantômes chinois. Le film est clairement à destination des enfants compte tenu du graphisme doux des personnages. Des corps et des visages ronds et graciles inspirés de l’animation japonaise. Tous les personnages sont en animation classique dessinée sur celluloïd. Les décors sont conçus par ordinateur, ce qui donne parfois un aspect contradictoire entre les deux formats. Cela fonctionne puisque le scénario se déroule dans un monde de fantômes.

Le jeune lettré Ning (doublé par Jan Lamb qui fera plus tard la voix de McDull) s’abrite un jour de pluie dans un temple où de nombreux esprits fantomatiques se trouvent. Deux moines boudhistes Nuage Blanc (Raymond Wong Bak-ming) et son apprenti (Eric Kot) viennent chasser les âmes perdues. Ils sont un peu violents et intransigeants dans leur chasse. Un autre chasseur de fantômes, un Taoïste nommé Barberousse (James Wong) qui se déplace sur une machine, s’oppose constamment aux moines. Ning et son chien Lingot d’or prennent leurs jambes à leurs cous et filent dans un village voisin.

Pas de chance pour Ning, il atterrit en plein nid de fantômes et ils adorent la chair fraiche. Sin (Anita Yuen) aura comme mission de ramener le jeune homme à sa maîtresse pour qu’elle le croque tout cru, mais c’est sans compter sur le pouvoir de l’amour. Ning commence à tomber amoureux de la belle fantôme mais celle-ci prétend rester fidèle à un démon (incarné par Jordan Chan), une star géante qui fait des concerts de cantopop, un des morceaux d’humour du film qui en recèle beaucoup. Sin et Ning vont tenter de trouver une solution pour s’aimer, en l’occurrence se réincarner.

C’est sans compter sur les embuches que tous les autres personnages vont placer sur leur chemin. A commencer par les deux moines particulièrement intransigeants sur les fantômes. Barberousse va d’ailleurs comprendre le dilemme des deux amoureux et les aider. C’est sans compter sur la maîtresse de Sin, un arbre de cinq siècles qui a pris l’apparence d’une belle femme mais qui a besoin de chair humaine pour conserver son apparence. Le film sera un incessant récit d’aventures qui va très vite et n’arrête jamais.

Histoires de fantômes chinois en animation parle d’amour éternel, un thème cher à Tsui Hark. Pour lui, qui a scénarisé le film et qui le produit, c’est l’aboutissement de l’amour des deux héros qui importe. Tsui Hark double par ailleurs le chien Lingot d’or qui suit son jeune maître dans tous les méandres du film. L’ambition du cinéaste est aussi de concurrencer le studio Ghibli. D’ailleurs, la musique de Ricky Ho ressemble beaucoup à celle de Joe Hisaishi, mais les films de Hayao Miyazaki sont supérieurs, sans doute parce que chez le cinéaste japonais la poésie y est naturelle.

Histoires de fantômes chinois en animation (A Chinese ghost story the Tsui Hark animation, 小倩, Hong Kong, 1997) Un film de Andrew Chen avec les voix de Jan Lamb, Jordan Chan, Ronald Cheng, Kelly Chen, Vivian Lai, Eric Kot, Rene Liu, Raymond Wong Bak-ming, Tsui Hark, James Wong, Charlie Young.