samedi 4 juillet 2009

Viva erotica


Viva erotica fait partie de ces rares films hongkongais à exploiter le thème du cinéma dans le cinéma. Ici en l’occurrence, c’est la Catégorie III qui intéresse Derek Yee et Law Chi-leung. Il y aura après ce film Those were the days, King of comedy et encore My name is fame. A l’époque de la sortie de Viva erotica, la presse à scandales avait fait ses choux gras du tournage du film. Leslie Cheung avait joué le jeu en disant que le tournage avait été très chaud. Conséquence, le film sur la Categorie III a été classé Catégorie III.


Shing (Leslie Cheung) est un jeune réalisateur frustré. Ses films ne marchent pas au box-office, excuse impardonnable. Son producteur (Law Kar-ying) parvient à trouver un financier, sans doute membre des triades (Paul Chun) pour avoir de l’argent pour un nouveau projet. Mais il impose sa nouvelle protégée Miss Mango (Shu Qi), une actrice pas très maline mais très mignonne. Et il impose également de tourner un film érotique avec des scènes de nu. Shing est effondré mais accepte. Il ne va cependant rien dire à sa copine (Karen Mok).


Le ton du film est celui de la comédie bien enlevée. Le récit débute avec une belle scène érotique entre Leslie Cheung et Karen Mok, histoire de bien donner le la de l’histoire. Pourtant, Shing fantasmait, non pas sur ses ébats sexuels, mais le fait qu’ils soient filmés par une équipe de cinéma. Fantasme, rêve ou cauchemar, Shing va s’atteler, en trainant les pieds, au tournage du film porno. Les déboires vont commencer, le joyeux bordel du tournage ne va pas être de tout repos.


Miss Mango se prend pour la star du film. Shing doit tourner avec elle une scène où elle se fait braquer par un intrus. Pour ne pas laisser tomber sa serviette et apparaître seins nus, elle lève alternativement le bras gauche et le droit, ce qui donne un beau moment de ridicule à sa scène de peur. La pin-up fait des caprices de star, elle veut être considérée comme le centre du monde. Elle est protégée par le chef de la triade et se permet tout. Shu Qi excelle dans ce rôle de ravissante idiote.


Son partenaire masculin est, comme dans Sex & zen 2, le costaud Elvis Tsui. L’acteur à moustache spécialisé dans la Catégorie III a des scènes de sexe avec Shu Qi. On voit ses fesses à lui et ses seins à elle. Présenté d’abord comme un sombre abruti, Viva erotica parvient grâce à son habile scénario à rendre tous les personnages attachants et finalement humains. L’équipe va devenir une vraie famille, unie et quand les bobines du film sont menacées par le feu et détruites, tous vont accepter de rejouer la scène manquante.


Seul Shing passe son temps à rêver. Il rêve sur un éventuel oscar pour son film, car après tout même les films porno ont le droit d’être de qualité. Derek Yee a l’habileté de ne pas faire de différence formelle entre les rêves et la réalité. Il passe de l’une à l’autre de manière réaliste, le film étant tourné souvent en caméra à l’épaule ce qui donne un aspect vériste au scénario. Le cinéaste, ancien acteur de la Shaw Brothers, a vraisemblablement mis beaucoup de lui dans son film.


Il faut voir Viva erotica comme un hommage au cinéma de Hong Kong, à son industrie. Mais c’en est aussi une critique amère. Il se permet même le luxe de faire jouer à Lau Ching-wan un rôle de cinéaste sans succès qui s’appelle Derek Yee et qui va se suicider. Coup du sort, après son suicide, son film attire beaucoup de spectateurs. Anthony Wong, quant à lui, incarne le temps d’une courte scène, un cinéaste appelé Wong qui ressemble à s’y méprendre à Wong Jing. Conscient du mépris qu’inspirent ses films, le cinéaste Wong se justifie avec humour.


Viva erotica (色情男女, Hong Kong, 1996) Un film de Derek Yee et Law Chi-leung avec Leslie Cheung, Karen Mok, Shu Qi, Law Kar-ying, Elvis Tsui, Paul Chun, Allen Ting, Lau Ching-wan, Anthony Wong, Peter Ngor, Arthur Wong, Teddy Chan, Joe Cheung, Vincent Kok, Yuen Bun

dimanche 28 juin 2009

L'Héritier de la violence

C’est toujours étonnant de revenir près de vingt cinq ans dans le passé et de repenser à cette étoile filante du cinéma d’action que fût Bradon Lee. Le fils de Bruce Lee n’a tourné que dans cet unique film de Hong Kong dont le titre rappelle vaguement les titres des films de son père. Il fallait faire illusion pour trouver l’héritier du petit dragon et faire un peu de pub à défaut de faire un bon film.


Produit au sein du studio de la D&B, L’Héritier de la violence joue la vague de films qui a fait son succès à cette époque avec la franchise des Tiger cage : les flics corrompus et la recherche de vengeance d’un innocent. Ici, on va vite le comprendre l’innocent sera Brandon (Brandon Lee), jeune homme gentil comme tout amoureux de sa copine May (Regina Kent). Tous deux travaillent dans une boite de nuit. Un vieux monsieur est séduit par la beauté de May. Les triades commencent à se battre pour le marché de la protection de la boite.


Michael (Michael Wong) est le fils de l’un des parrains de triade. Il s’apprête à prendre la suite de son père malade. Très vite, Michael va s’intéresser à May et faire en sorte d’accuser Brandon d’un crime qu’il na pas connu. Brandon va se retrouver en prison tandis que Michael va prendre la tête de la triade. Mais May lui échappe, elle va quitter Hong Kong pour le Brésil avec le vieil homme qui s’avère plutôt gentil, plus protecteur bienveillant qu’amant. Ce que Brandon ne sait pas c’est que May est enceinte de lui.


En prison, Brandon va faire la rencontre du petit Mang Hoi, qui signe d’ailleurs les chorégraphies des combats. Ils vont se lier d’amitié et Hoi va le protéger notamment contre les gros costauds qui veulent leur faire du mal. Brandon est surtout le bouc émissaire du directeur de la prison interprété par un Ng Man-tat particulièrement retors, loin de ces rôles comiques habituels. Ce que cherche à faire Ronny Yu est un succédané de John Woo, comme en témoigne la scène finale de gunfights où Brandon et Hoi abattent à la mitraillette et au flingue des dizaines d’hommes de main de Michael.


Ce qui est le plus intéressant du film est sans doute l’homoérotisme qui se dégage de la relation entre Brandon Lee et Michael Wong. Tous deux se ressemblent physiquement, ils sont tous deux issus de métissage. Ils sont unis dans leur amitié (au début du film) et leur haine par le personnage féminin de May. Au premier tiers du film, on trouve une scène où les deux acteurs, torse nu, se mettent à tirer au pistolet pour mesurer leur force. Plus tard, en prison (pour hommes), l’amitié entre Hoi et Brandon ne sera pas la même mais la complicité est là. Finalement, c’est moins l’action qui remue dans le film que les corps des acteurs qui se parlent.


L’Héritier de la violence (Legacy of rage, 龙在江湖, Hong Kong, 1986) Un film de Ronny Yu avec Bradon Lee, Mang Hoi, Michael Wong, Regina Kent, Chan Wai-man, Bolo Yeung, Ng Man-tat, Shing Fui-on.

samedi 27 juin 2009

Blood the last vampire


Blood the last vampire de Chris Nahon, avec des acteurs, n’est pas le remake du moyen métrage d’animation de Kitakubo. Je n’ai pas lu le manga d’origine et j’aurais donc du mal à comparer les deux films avec l’œuvre dont ils sont tirés. En revanche, il est tout à fait possible de comparer les deux versions. Premier constat, le film de Nahon fait quarante minutes de plus que l’animé.


Les deux films se déroulent dans une base militaire américaine pendant la guerre du Viet Nam, puisque la base sert aux avions des soldats de lieu de départ vers le front. Nous sommes en 1970 chez Nahon et en 1966 dans l’animé. La guerre du Viet Nam est importante puisque le film se veut une critique feutrée du conflit. Les démons qui attaquent les humains et boivent leur sang sont explicitement comparés aux soldats qui tuent des innocents. En tout cas dans l’animé. Dans le film live, une simple allusion dénote l’esprit anti-guerre.


Le moyen métrage de Kitakubo a un récit très ramassé. Il se déroule entièrement lors de la nuit d’Halloween de 1966. Saya vient au lycée de la base militaire pour chasser les démons. Deux des élèves en sont et elle en tranche une des deux avec son sabre japonais. L’autre s’échappe. Mais tout cela se fait sous le regard de l’infirmière du lycée qui adopte le point de vue du spectateur entre angoisse et incompréhension devant les monstres. Comment les autres pourraient-ils la croire alors que la base est remplie de monstres factices d’Halloween ?


Saya casse son sabre et doit se débrouiller avec les moyens du bord et notamment une pelle qui se trouve dans un hangar. Mais elle montre son humanité en offrant son sang à l’un des démons qu’elle vient de terrasser. Mais Saya reste un vampire au service d’un service secret américain. Dans l’animé, les agents parlent anglais pour ajouter au réalisme. Dans le film de Nahon, ce sont évidemment des acteurs en chair et en os.


Puisque le film de Nahon est plus long, c’est qu’il se distingue du scénario original. Saya devient vite l’amie de la fille du général de la base militaire. La reine des démons va faire son apparition et décapiter un bon nombre d’innocents. Cette reine cherche à supprimer Saya. S’ensuit une course poursuite en camion qui va se terminer au fond d’un précipice. La reine se transforme en horrible monstre mais les effets spéciaux sont assez moche et le monstre bien ridicule.


D’autres scènes vont arriver qui se veulent jolies telle la bataille en costumes traditionnels japonais où les deux femmes se battent. Les costumes flottent au vent dans un décor qui veut évoquer l’œuvre originale. Pour corser le scénario, Nahon propose des guerres internes au sein des agents secrets sans que cela ne paraisse vraiment intéressant ou crédible. Seuls deux agents vaguement inspirés des Dupont égaient un peu l’ennui constant qu’inspire le film.


Blood the last vampire (ブラッド ラスト ヴァンパイア, Japon, 2000) Un film de Hiroyuki Kitakubo avec Yūki Kudō , Saemi Nakamura, Joe Romersa.

Blood the last vampire (France – Japon – Hong Kong – Argentine, 2009) Un film de Chris Nahon avec Gianna Jun, Allison Miller, Liam Cunningham, JJ Feild, Koyuki, Yasuaki Kurata.

vendredi 26 juin 2009

Mr. Boo meets Pom Pom

Michael Hui délaisse ses frères pour poursuivre les aventures de son personnage de détective privé. Dans Mr. Boo meets Pom Pom, l’acteur est désormais accompagné, non pas de pompom girls comme le titre pourrait le laisser croire, mais de deux policiers interprétés par John Sham et Richard Ng. Les deux acteurs rempilent dans leurs rôles de flics (Pom Pom, c’est eux). C’est donc un crossover comme on dit dans le jargon. Le tout est produit par Sammo Hung.


Beethoven (John Sham) est comme d’habitude avec ses cheveux hirsutes, il est tête en l’air, le benêt par excellence qui ne réussit qu’après avoir produit quelques catastrophes. Il est l’archétype du maladroit, qui plus est célibataire. Ah Chou (Richard Ng) est au contraire un flic malin, plutôt lâche et qui profite de la bêtise de son collègue pour lui faire faire des tâches dont il n’a pas envie. Duo classique de burlesque à la Laurel et Hardy, complémentaire et désaccordé.


Michael Hui dans son personnage de Mr. Boo continue sa routine de détective irascible et sûr de lui, mais également rancunier (quand Richard Ng lui fait des crasses, il se venge). Avec ses lunettes, Michael Hui donne à Boo un air sérieux, mais cet accoutrement contredit sa coupe au bol et ses fringues dignes d’un Columbo. Mr. Boo est le tocard par excellence mais qui parvient cependant grâce à un flair hors du commun à aboutir à ses enquêtes.


Les trois hommes se rencontrent lors du casse d’une banque. Beethoven et Ah Chou s’infiltrent dans la banque et maîtrisent les cambrioleurs. Beethoven tombe en admiration devant Mr. Boo ce qui énerve beaucoup Ah Chou qui le traite d’imbécile. Le duo ne se sépare pas mais ils vont être obligés d’enquêter sur un riche homme d’affaires un peu louche. Ce dernier a justement comme maîtresse la femme de Mr. Boo. Notre détective en est très jaloux et va tout faire pour récupérer son épouse volage.


Mr. Boo meets Pom Pom ne présente aucune nouveauté dans les gags. Chaque acteur est dans son rôle de lunatique, de colérique et de lâche. On s’amuse correctement à condition d’aimer les facéties des trois acteurs. Les meilleurs moments sont dus aux effets de voix (ou de sons). Mr. Boo qui arrive sur sa mobylette pétaradante et qui prend le pansement d’un flic (Nat Chan, en l’occurrence) pour colmater le trou de son pot d’échappement. Mr. Boo qui se moque de la voix de canard de John Sham. Et enfin, la scène où le détective prétend dominer sa femme. Il fait croire aux deux flics qu’elle est là. Hors champ, il se met à jouer les deux rôles, il fait les dialogues tout seul et affirme même la battre. Certes, cela est un peu mysogine mais voir et entendre Michael Hui en faire des tonnes est toujours un beau moment de comédie dans un film purement commercial.


Mr. Boo meets Pom Pom (智勇三宝, Hong Kong, 1985) Un film de Wu Ma avec Michael Hui, John Sham, Richard Ng, Wu Ma, Philip Chan, Deannie Yip, Nat Chan.

jeudi 25 juin 2009

Sorties à Hong Kong (juin 2009)

Short of love (矮仔多情)

Un film de James Yuen avec Angelababy, Wong Cho-lam, JJ, Kate Tsui, Race Wong. 106 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 25 juin 2009.







mercredi 24 juin 2009

The Myth


Après tout, Jackie Chan avait bien le droit lui aussi de produire un grand film épique se déroulant dans la Chine antique et de s’attribuer le premier rôle. Tous ses camarades acteurs de Hong Kong l’ont fait avec beaucoup de succès et Jackie Chan s’était contenté de continuer de jouer dans ses comédies policières désuètes à Hong Kong (New Police story) et ses films idiots à Hollywood (la série des Rush hour). The Myth est là pour remettre les pendules à l’heure et redorer le mythe de l’acteur (oh, cette phrase fait très cancre de la critique).


Jackie Chan va jouer deux rôles. Celui de Jack qui habite dans la Chine de 2005, archéologue à la retraite que son vieil ami William (Tony Leung Ka-fai) vient réveiller de sa torpeur pour l’aider dans ses recherches scientifiques sur une matière magique qui permettrait aux objets de ne plus respecter les lois de la gravitation. De voler en quelque sorte. Comme un hasard ne vient jamais seul, Jack rêve toutes les nuits qu’il est un général de la dysnatie Qin. Dans ce second rôle, il doit protéger en tant que Général Meng, une princesse coréenne qui doit épouser l’empereur de Chine. Empereur vieillissant et moribond.


Jack et William partent dans une lointaine contrée de l’Inde où ils ont entendu qu’un gourou parvient à léviter. Ses fidèles sont nombreux mais les deux hommes réussissent à s’introduire dans une cavité où un tombeau flotte dans les airs. William comprend que c’est grâce à un morceau de météorite qu’il s’empresse de dérober. Jack raconte ses rêves de général Meng et William est persuadé qu’il existe un lien avec la météorite. Petit à petit, les pans de l’histoire du général lui reviennent à l’esprit et il comprend que Meng et la princesse sont tombés amoureux. Et cet amour va aller au-delà de la mort et du temps.


Dans The Myth Jackie Chan se dédouble. Les scènes (de flash back) présentent un général épris de loyauté mais amoureux d’une jeune et belle princesse. Ce qui lui est totalement interdit. Ces parties sont empreintes d’une émotion inédite dans le cinéma de Jackie Chan. Il joue les dents serrées, sans sourire, figé comme une statue tandis qu’il est engoncé dans son uniforme de général. Mais les scènes antiques sont aussi les plus violentes notamment l’une des dernières où le général se fait attaquer de toutes parts et qu’il termine sur une montagne de cadavres de soldats. Certes, cela frise à la longue le ridicule tant cette surenchère d’émotion et de violence semble vouloir dépasser celles des films des autres acteurs.


Dans les séquences contemporaines, Jackie Chan retrouve son styles habituel, celui de la comédie d’action avec comme compagnon de rigolade Leung Ka-fai. On est en terrain connu et les facéties du duo pourraient paraître drôles si on y croyait un peu plus. Les deux acteurs ne forment pas un duo idéal, et de toute façon, on ne voit pas assez Tony Leung. Jackie Chan est désormais un peu trop vieux pour ses conneries. Alors que faire quand on a le besoin de jouer dans un film par an pour attirer les spectateurs ? La solution est de faire venir une jeune et belle actrice coréenne, un grand acteur de la même nationalité, pas mal d’acteurs chinois et une star montante sexy et souple du cinéma hindi. Tout cela permet de vendre le film dans toute l’Asie ce qui implique, hélas, un grand nombre de compromis pour fédérer tout le monde et ne léser personne, sauf éventuellement le spectateur.


The Myth (神话, Hong Kong – Chine, 2005) Un film de Stanley Tong avec Jackie Chan, Kim Hee-Sun, Tony Leung Ka-fai, Mallika Sherawat, Yu Rong-guang, Choi Min-soo, Patrick Tam, Ken Wong, Sun Zhou, Shao Bing, Jin Song, Ken Lo, Hayama Hiro.

dimanche 21 juin 2009

Eighth happiness


Le quatrième film de Johnnie To (son prénom au générique en anglais apparaît encore avec un Y) est une comédie du Nouvel An Lunaire dans la plus pure tradition du genre. Trois acteurs fameux et connus, de la romance et des gags qui ne volent pas toujours très hauts. Johnnie To n’avait pas encore à l’époque de faire ce qu’il voulait et comme Happy ghost III, Raymond Wong Bak-ming a produit le film, l’a écrit et s’est attribué l’un des rôles principaux.


Eighth happiness met en scène trois frères célibataires qui vivent dans la même maison et qui cherchent l’amour. Jackie Cheung est un dessinateur de BD très timide qui n’arrive pas à vendre ses planches. Dans le parc il rencontre une jeune femme qui fait son footing. Sa mère ancienne artiste martiale et chanteuse d’opéra le prend pour un violeur. Jackie va vite tomber amoureux de la jeune femme et le hasard consécutif à un problème de téléphone va le mener directement chez elles, ce qui va provoquer la colère de la mère.


Raymond Wong est l’aîné des frères et prend soin de ses cadets. Il leur prépare à manger, leur prête sa voiture et fait tout pour arranger les choses malgré leurs caractères. Il anime une émission culinaire à la télévision. Là encore, le hasard du téléphone va arranger les choses. Il va rencontrer une autre chanteuse d’opéra qui a un jeune garçon. Il va lui aussi tomber amoureux d’elle mais un quiproquo va la persuader qu’il est infidèle.


Enfin Chow Yun-fat est apprenti acteur. C’est un homme à femmes bien qu’il soit très efféminé et narcissique. Il passe son temps à se faire des masques de beauté, il met du gloss sur ses lèvres et est habillé à la toute dernière mode, ce qui à vingt ans de distance montre le ridicule des vêtements de l’époque. Il court deux lièvres à la fois dont une hôtesse de l’air qui se fait draguer par un de ses collègues.


En 90 minutes chrono, les garçons vont séduire chacun à leur manière les filles, ils vont se fourvoyer, faire de nombreux impairs mais tout sera bien qui finira bien. La mise en scène de Johnnie To se contente de filmer le scénario dans un conformisme qui permet à peine de rire au scénario concocté par Raymond Wong. La seule séquence intéressante est à la fin du film quand les trois garçons se déguisent pour participer à l’opéra et déclarer leur flamme à leurs amoureuses. On sent que To a pris un peu plus de soin pour filmer les mouvements choraux.


Mais c’est Chow Yun-fat qui attire le plus l’attention. Dans ce rôle de garçon un peu folle, très efféminé, il dénote de ses autres films. Le film ne dit pas qu’il est homo mais il pourrait bien l’être. D’ailleurs même s’il a deux fiancées à la fois, il hésite souvent à les embrasser. Chow Yun-fat en fait des tonnes, bouge beaucoup les bras, prend des poses appuyés et donne à son personnage toute l’exubérance nécessaire. L’année suivante, Johnnie To offrira à l’acteur un rôle tout à fait opposé dans All about Ah Long.


Eighth happiness (八星報喜, Hong Kong, 1988) Un film de Johnnie To avec Chow Yun-fat, Jacky Cheung, Raymond Wong Bak-ming, Do Do Cheng, Cherie Chung, Bo Bo Fung, Fennie Yuen, Lee Hung-kam, Michael Chow et les apparitions de Teddy Robin, Karl Maka, Ringo Lam, John Sham.

vendredi 19 juin 2009

Les Chinois à Paris


Il est rare de voir un film si unanimement condamné par la critique de l’époque. Tout le monde lui est tombé et cela n’a pas du déplaire à Jean Yanne. Il faut rappeler le contexte dans lequel Les Chinois à Paris est sorti en France. Tout d’abord, La Chine de Michelangelo Antonioni était sorti en salles quelques semaines auparavant défendu avec complaisance par une bonne partie de la critique. Critique qui voyait avec aveuglement et bienveillance la révolution culturelle (« rêve au cul » comme dira plus tard Serge Daney). La presse critique de l’époque c’était bien entendu Positif, de gauche classique sociale démocrate pour parler actuel défendant les films progressistes. C’est aussi une galaxie de revues aujourd’hui disparue Ecran, La Revue du Cinéma, Cinéma 74, Cinéma 9, de gauche plus radicale, plus militante flirtant parfois avec les communistes voire la pensée Mao Tse-toung. Et puis c’est bien sûr les Cahiers du cinéma qui se plongèrent dans l’idéologie maoïste avec délectation jusqu’à faillir disparaitre. Les Cahiers n’ont jamais parlé du film de Jean Yanne, ça devait leur passer au dessus.


En revanche, les autres publications s’en sont donné à cœur joie pour démolir le film. On ne songerait guère à lire cela aujourd’hui dans n’importe quel magazine ou revue de cinéma. Encore une précision : Les Chinois à Paris a été produit, entre autres, par Marcel Dassault, marchand d’armes, membre de l’UDR – l’ancêtre de l’UMP – député maire de Corbeil et homme ultra réactionnaire. Dassault avait déjà produit d’autres films médiocres (la série minable de La Septième compagnie) proposant un humour gras et facile. L’effet que Dassault produise Jean Yanne (dont aucun film n’a jamais été bien aimé de la critique) fait l’effet de repoussoir. La critique part avec des a priori négatifs. Les mêmes que ceux qui entourent une production Jerry Bruckheimer d’un film de Michael Bay. Les Chinois à Paris ne peut être que nul.


Dans Cinéma 74 N°186/avril 1974, Raymond Lefèvre écrit que Jean Yanne est « un chansonnier du poujadisme (un politicien démagogue proche de l’extrême droite, NDR) qui se met au niveau d’un public qu’il juge le plus bête possible ». L’auteur parle de « l’inélégance raciste du postulat » et affirme sans ménagement que « le film aurait été aimé par Goebbels ». Dans Ecran N°24/avril 1974, Guy Hennebelle dénonce un « odieux parallèle que Jean Yanne établit entre l’Allemagne nazie et la Chine populaire » et juge déplorable que Dassault finance ce film. Il trouverait délirant que la magazine d’extrême droite Minute finance un film sur les immigrés et conclue son texte en affirmant qu’il « ne saurait être question de laisser se répandre librement le virus du racisme et du fascisme dans notre pays ». Bref, Les Chinois à Paris fit l’unanimité contre lui.


Je n’ai pas encore évoqué de quoi parle le film et le plus étonnant dans les critiques de l’époque, c’est qu’une fois les jugements à l’emporte pièces donnés, on ne connait rien de l’histoire et de ce que voulait dire Jean Yanne. Tout commence dans un studio de télé. Le président de la république (Bernard Blier) s’apprête à annoncer aux Français que les troupes chinoises ont envahi la nation et que les Français « doivent faire preuve d’abnégation ». Les gens veulent fuir (imitation de la débâcle) mais tout le monde s’entretue tandis que les voitures militaires des Chinois font leur apparition. Le général Pou-yen (Kyozo Nagatsuka) rencontre les forces vives de la Nation représentées dans le film par un journaliste, un général et un évêque qui décide de collaborer activement pour conserver leurs prérogatives. Pou-yen cherche un QG et va s’établir aux Galaries Lafayette.


Le film nous présente quelques personnages principaux. Jean Yanne est un commerçant opportuniste qui navigue sur les modes du moment. Son sex shop va se transformer en restaurant chinois car il y a du fric à se faire dit-il. Nicole Calfan est une petite secrétaire qui entretient une liaison avec son employeur Michel Serrault. Ce dernier va décliner des slogans de l’idéologie maoïste pour conserver son poste ce qui mène à l’absurde. Daniel Prévost et Macha Méril jouent un couple de pique assiette qui bouffe à tous les râteliers tout en dénonçant l’occupation chinoise mais jamais ils n’agiront pour faire la résistance tant ils tiennent à leur position bourgeoise. Paul Préboist est un ancien curé reconverti en garde rouge qui travaille dans un bureau des dénonciations. Enfin Jacques François joue un industriel qui se voit confier le poste de gouverneur général par les forces d’occupation chinoise.


Tout se beau monde composé de lâches, de flatteurs et d’opportunistes montrent une France prompte à profiter d’une situation. Or Jean Yanne ne compare pas les Chinois aux nazis car dans le film les Chinois agissent sans violence mais avec calme. Certes, ils dirigent la France de manière absurde : interdiction de forniquer, obligation d’abandonner les voitures « dangereuses, polluantes et impérialistes » et décident que les Français parce qu’ils sont « fumistes » devront consacrer leur industrie aux tuyaux de poêle. En revanche il compare les bourgeois, ceux qui ont déjà du pouvoir, aux collabos. Il affirme que quelle que soit la situation ces gens-là continueront à défendre leur terrain de pouvoir malgré les contradictions et l’absence de conviction idéologique.


Les Chinois n’existent pas dans le film. En tout cas, il n’y a pas de personnage hormis Pou-yen. Les Chinois tous soldats ou gardes rouges ne sont qu’une masse disciplinée et anonyme. L’opposé même des Français. Les soldats apprennent instinctivement à sortir le petit livre rouge. Les Chinois sont nombreux et pour l’effort de collectivisation ils doivent tous travailler ce qui donne des scènes absurdes de files de Chinois qui se passent les uns aux autres le moindre dossier. In fine, ce que Jean Yanne essaie d’exprimer c’est une critique des maoïstes français (à l’époque il y avait pas mal de monde qui s’en réclamait dont Jean-Luc Godard avec ses films abscons et prétentieux) et de fustiger l’aberration de la pensée Mao Tse-toung, avec un certain succès, je dois dire.


Les exemples les plus frappants qui montrent que le film n’est pas raciste mais critique envers le maoïsme est cette fête de la joie sur le Trocadéro où Chinois et Français sont censés célébrer leur amitié éternelle ou le ballet opéra Carmeng, soit Carmen de Bizet qui aurait rencontré l’ignoble film de propagande Le Détachement féminin rouge. Les Chinois à Paris est bourré de défauts, de mauvais jeux de mots, de facilités, d’interprétations approximatives et de plans mal fouttus. Mais son scénario est plutôt bien écrit montrant le processus d’occupation et de collaboration. En 1974, il était encore difficile de montrer cela. La guerre était encore dans toutes les mémoires et la recréation du schéma français était perçue comme une attaque contre les résistants. Il était aussi difficile de s’attaquer à Mao à une époque où le cinéma militant marxiste-léniniste avait très bonne presse et où l’aveuglement face à la Révolution culturelle était aussi important que celui décrit dans le film. Il est toujours difficile d’avoir un miroir qui renvoie une image antipathique et la critique de gauche de l’époque ne l’a pas supporté.


Les Chinois à Paris (France – Italie, 1974) Un film de Jean Yanne avec Jean Yanne, Nicole Calfan, Macha Méril, Michel Serrault, Kyozo Nagatsuka, Georges Wilson, Jacques François, Fernand Ledoux, Paul Préboist, Daniel Prévost, Bernard Blier.

lundi 15 juin 2009

Institut Lumière : La Chine d'Antonioni


La Chine de Michelangelo Antonioni à l’Institut Lumière, Lyon

En juin 2009, deux soirées consacrées à La Chine de Michelangelo Antonioni. En 1972, au plus fort de la Révolution culturelle, le cinéaste italien part en Chine tourner un documentaire fleuve, voyage à travers les villes campagnes chinoises à un moment clé du 20ème siècle. Un monument du cinéma documentaire en trois parties, présenté en copie neuve.


Projection de la première partie le mercredi 17 juin à 21h en présence de Corrado Neri, maître de conférence à Lyon 3 en cinéma asiatique. Projection des deuxième et troisième parties le vendredi 19 juin à 21h.


En 1972, en pleine Révolution culturelle maoïste, le gouvernement chinois invite Michelangelo Antonioni à réaliser un documentaire sur la Nouvelle Chine. Le cinéaste se rend pendant huit semaines avec une équipe de tournage à Pékin, Nankin, Suzhou, Shanghai, et dans la province du Henan...

Entre deux projets américains, Antonioni réalise ce film fleuve à la demande du parti maoïste dans le but d'en faire un imposant panorama qui valorise les visages épanouis et l'industrie moderne de la Chine nouvelle. Travaillant malgré ou contre le politique, Antonioni cherche simplement à décrire une diversité d'hommes, de gestes et de coutumes, faisant de La Chine un grand récit de voyage, résolument fidèle à I'exploration intime du monde. Le tournage de La Chine dura trois semaines, selon un planning très ferme, établi par les autorités chinoises. Pourtant, la réception du film par les autorités fut catastrophique. Une indignation s'éleva contre le film, menée par Jiang Oing, l'épouse de Mao, ancienne starlette de cinéma et chargée, au sein de la Révolution culturelle, de la "purification" des arts. Le documentaire y fut interdit pendant trente ans - tout en connaissant un large succès en dehors de Chine - et les pamphlets officiels contre le cinéaste se multiplièrent.


Michelangelo Antonioni à propos de La Chine : « La Chine que j'ai vue n'est pas de légende. C'est le Paysage humain, si différent du nôtre, mais si concret et moderne, ce sont les visages qui ont envahi l’écran. Il me semble bon de n’avoir pas voulu insister pour découvrir une Chine imaginée, et de m'en être remis à la réalité visible. D'ailleurs, j'ai presque immédiatement fait le choix de prendre comme protagonistes du film les Chinois plus que leurs réalisations, ou leurs paysages Je me souviens d'avoir demandé à mes hôtes, au premier jour de nos discussions, ce qui d'après eux symbolisait le plus clairement le changement survenu depuis la Libération. « L’homme » m'avaient-ils répondu. Je sais qu'ils voulaient évoquer autre chose que les images de l'homme qui peuvent être saisies par une caméra, ils parlaient de la conscience de l'homme, de sa capacité à penser et à vivre de manière juste. Cet homme a aussi regard, un visage, une façon de parler et de s'habiller, de travailler de marcher dans sa ville ou dans sa campagne. Il a une façon de se cacher et, parfois, de vouloir paraître meilleur ou tout au moins différent de ce qu'il est. »

dimanche 14 juin 2009

The Butterfly murders


Ng See-yuen a permis à Tsui Hark de sortir de l’univers de la télévision en produisant son premier long métrage. Ng ne l’a pas fait parce qu’il pensait que Tsui Hark méritait plus que tout autre d’être révélé, mais parce qu’il a toujours un bon flair pour détecter ce qui pouvait marcher. Ng See-yuen a permis à Jackie Chan de sortir du créneau de sous Bruce Lee mâtiné de kung-fu vieille manière. Même si beaucoup nie aujourd’hui son existence formelle, The Butterfly murders lance la nouvelle vague de Hong Kong.


L’histoire est un peu complexe. C’est une vague histoire de clans qui s’affrontent sans véritable enjeu. Le clan du Fils du Tonnerre veut se débarrasser de Tien Fang. Ce dernier va se rendre dans un château avec Ombre Verte, une jeune femme espiègle, et Fong, un lettré. Mais le château est l’objet de l’attaque d’étranges papillons qui empoisonnent par leurs piqures les gens. Des nuées de papillons peuvent soudainement envahir les lieux et tuer. Tout le monde va dans les grottes sous le château.


Le maître des lieux est là aussi avec son épouse et la servante sourde et muette. Très vite, d’autres mystères semblent apparaître. La servante est-elle vraiment sourde ? Comment les papillons réussissent-ils à pénétrer dans les grottes ? Qui est sous l’armure de cet homme qui tue si violemment ? Toutes ses réponses seront données dans la dernière partie par Fong qui en tant que lettré se transforme en Sherlock Holmes. Mais ça n’est pas cela qui intéresse le plus Tsui Hark et qui fait qu’il existe effectivement une nouvelle vague en 1979 à Hong Kong.


Le scénario est bel et bien raconté mais Tsui Hark, dès son premier film, fait exploser sa mise en scène. Ce qu’il cherche à produire ce sont de belles images les plus étonnantes possibles. Il n’hésite jamais à couper cut dans son montage au risque de la rupture, comme lors du générique avec une chanson disco (alors qu’on est dans un film moyenâgeux) qui est abruptement coupé avec un plan de cascade. Ou encore ce corbeau en gros plan qui vient, regard caméra, troubler la tranquillité.


Les scènes de dialogue sont souvent développées à contre courant. Ainsi deux personnages peuvent discuter, en champ contrechamp, mais en se tournant le dos. Cela crée une tension, une angoisse sourde que ne donnent pas les attaques des papillons bricolées et amateurs. La musique utilisée à bon escient dans le même but de tension est pour une fois particulièrement soignée, ce qui à Hong Kong est exceptionnel.


La lumière du film est aussi l’objet de l’attention de Tsui Hark. La partie dans les grottes est très longue et il se donne à malin plaisir à ne filmer que des visages au beau milieu de l’obscurité la plus totale. Il y a aussi là dedans des questions de budget car il n’y a pas besoin de produire des décors. Tsui Hark brise les règles classiques de la narration et exhausse sa mise en scène et c’est cela qui est, aujourd’hui, le plus visible. Certes The Butterfly murders est très bancal, un peu raté mais il témoigne d’une époque de changement, d’un rejet des formatages proposés à la fois par les films de la Golden Harvest et ceux de la Shaw Brothers. Le film a été un très grand échec commercial mais Ng See-yuen a fait confiance à Tsui Hark en produisant son deuxième film.


The Butterfly murders (蝶变, Hong Kong, 1979) Un film de Tsui Hark avec Lau Siu-ming, Michelle, Wong Shu-tong, Zhang Guozhu, Chen Qiqi, Wang Jiang, Eddy Ko, Xu Xiaoling, Hsia Kuang-li.