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mercredi 5 février 2014

Wu Ma, 1942 - 2014


Wu Ma dans Mr. Vampire

Wu Ma (午馬) est décédé le 4 février 2014 à l’âge de 72 ans. Acteur depuis 1964 dans près de 300 films, Wu Ma a commencé sa carrière d’artiste martial à la Shaw Brothers. Une soixantaine de films en dix ans où il a rarement le premier rôle (il n’avait pas le physique pour cela). Il incarnait plutôt les traites, les seconds couteaux ou les bouffons. On le retrouve fréquemment chez Chang Cheh notamment dans la suite de L’Hirondelle d’or qu’il a tournée et dans Le Bras de la vengeance, le deuxième épisode des aventures du sabreur manchot. Peu de films marquants, cependant.

Il s’épanouit totalement dans les films produits par Raymond Chow pour la Golden Harvest à partir du milieu des années 1970, souvent dans des petits rôles marquants à effet comique (Le Moine d’acier, Prodigal son puis dans la série des Mr. Vampire). Son physique maigrelet, son visage qui semble toujours sourire et sa voix immédiatement reconnaissable en font l’un des piliers du cinéma cantonais jusqu’à tout récemment. Il s’est fait un spécialiste de la comédie ghost kung-fu, il a d’ailleurs réalisé l’un des meilleurs films du genre La Fureur du revenant en 1982. Il a tourné dans de nombreux films des Lucky stars (Jackie Chan, Sammo Hung, Richard Ng et compagnie). Il a également réalisé 49 films dont Just heroes avec John Woo.

mardi 7 janvier 2014

Sir Run Run Shaw, 1907-2014


Run Run Shaw (邵逸夫) est mort ce mardi 7 janvier 2014 à l’âge de 106 ans. Il était né le 19 septembre 1907. Sur l’hkmdb, il est crédité en tant que producteur de pas moins de 324 films entre 1958 et 1983 avant de laisser à son épouse Mona Fong le soin de produire pour la compagnie Shaw Brothers. Dire que c’est une page du cinéma de Hong Kong qui se tourne est un doux euphémisme tant la Shaw Brothers, plus que n’importe quelle autre société dans l’ancienne colonie britannique, a marqué l’histoire de son pays d’adoption.

L’aventure au cinéma commence pour Run Run Shaw dès les années 1930 à Singpour « où en 1928, il n’y avait qu’un seul cinéma. En 1939, il y en avait 136 », expliquait-il dans l’entretien express accordé aux Cahiers du Cinéma pour leur numéro « Made in Hong Kong » (N°362-363, septembre 1984). Puis, à la fin de la guerre, il crée des salles de cinéma en Malaisie avant de s’installer à Hong Kong en 1958. Il décide de tourner des films en couleurs et le succès est là.

Ensuite, c’est la création de studios pour tourner des films avec ses frères Run Me (269 films produits) Run De et Run Je, puis dans les années 1970 d’une chaine de télé. Le système est simple : créer de toutes pièces une industrie avec ses acteurs et actrices stars (les plus connus seront Ti Lung, David Chiang, Jimmy Wang Yu, Cheng Pei-pei, Betty Ting) et ses réalisateurs sous contrat (Chang Cheh, Chu Yuan, Ho Meng-hua), qui marnaient du matin au soir pour produire un très grand nombre de films. Je n’ai écrit que sur une grosse cinquantaine de films de la Shaw Brothers, il m’en reste encore beaucoup à voir.

Les studios avaient ses propres décors, donnant cet aspect parfois très kitsch aux films de kung-fu ou aux wu xia pian. Mais, la Shaw Brothers ne s’est pas contentée de produire des films d’art martiaux, c’est tous les genres (comme le montre la photo du producteur devant sa Rolls Royce et entouré de ses vedettes en 1960) qui seront exploités : l’opéra chinois, le film de fantômes, la comédie musicale, le mélodrame, la comédie, le polar et le film érotique. Les films ont longtemps été parlé en mandarin puis, concurrence oblige, au milieu des années 1970 de passer au cantonais. Au début des années 1980, le système Shaw Brothers a été dépassé par d’autres sociétés de production pour se consacrer à la télévision.


dimanche 3 novembre 2013

My name ain't Suzie


L’intérêt principal de My name ain’t Suzie est de voir Anthony Wong dans son tout premier rôle au cinéma. L’acteur, qui n’avait fait que de la télé, est crédité, dans cette production Shaw Brothers, sous le nom d’Anthony Perry. A cela il y a une raison scénaristique. Il faut admirer ses cheveux ondulants et ses chemises occidentales qui contrastent avec les autres acteurs chinois, il incarne Jimmy un jeune métisse à la recherche de son père américain qu’il n’a jamais connu. Nous sommes au milieu des années 1950.

Jimmy traine la plupart du temps dans le Lucky Bar tenu par Lin Yuk (Angela Yu), surnommée Little Lady. Une main de fer dans un gant de velours. Il est devenu son amant bien qu’elle puisse être sa mère. Il ne l’aime pas vraiment, regarde toujours les jeunes femmes qui travaillent dans le bar. S’il traine là, c’est parce que le lieu est fréquenté par des marins à qui Jimmy demande s’ils connaissent son père. Il montre une photo de son père qui jouxte celle de James Dean, son idole.

Parmi toutes les filles qui servent à faire cracher leur argent à ces marins américains, Chiu-mei (Pat Ha) est celle qui intéresse le plus Jimmy. Elle vient de la campagne sans vraiment comprendre qu’elle serait son métier à Hong Kong. Elle pensait juste se faire un peu d’argent et revenir aider sa famille. C’est Monie (Betty Ting) qui l’a convaincu de venir travailler au Lucky Star. Monie était de son village et elle a réussi dans la vie, comme on dit. Chiu-mei veut, comme Monie, avoir de belles robes.

La première partie de My name ain’t Suzie est consacrée à l’apprentissage de Chiu-mei qui adopte le pseudonyme de Mary. On découvre les jeunes recrues toutes naïves devant le maquillage qui sent mauvais selon leur critères, le dédain des employées déjà blasées alors qu’elles ne doivent avoir que quelques mois d’ancienneté et l’apprentissage de la séduction avec un slogan imparable à sortir aux marins « no money, no horny », soit pas d’argent, pas de plaisir. Le film en reste aux clichés sur le changement des jeunes filles qui passent de le tenue traditionnelle aux belles robes colorées et sexy.

Quand Jimmy et Chiu-mei commencent à flirter, Little Lady voit rouge. La patronne se sent vexée d’être mise sur le banc. Puis Jimmy quitte le film quand il retrouve son père. Avec sa cousine Leung, Chiu-mei décide de quitter la boite à marins pour fonder sa propre entreprise avec les risques du métier. En l’occurrence, le poids des triades qui commencent à sévir. Elles vont se faire aider par Wong Ying (Deannie Yip, la future grand-mère de A simple life d’Ann Hui), personnage androgyne qui porte le pantalon et fume le cigare. Leur duo est croustillant.

Le film d’Angela Chan joue sur plusieurs tableaux. C’est d’abord un film d’époque qui se déroule sur une vingtaine d’années. Elle montre la transformation de Hong Kong par le prisme de l’évolution des mœurs en se concentrant sur un quartier unique. Mei-li était une jeune fille innocente, elle deviendra une proxénète aguerrie. C’est surtout une romance contrariée parfois un peu poussive. La conclusion, un peu moralisante, se veut plus mélancolique quand Mei-li se rend compte qu’elle a raté sa vie amoureuse.

My name ain’t Suzie (花街時代, Hong Kong, 1985) Un film d’Angela Chan avec Pat Ha, Angela Yu, Betty Ting, Anthony Wong, Deannie Yip, Kwan Yik-nam, Lee Sze-ping, Colette Goo, Kelvin Wong, Wong Wai, Che Fong.

samedi 31 août 2013

The Bare-footed kid


Entre The Heroic trio et The Mad monk, Johnnie To a tourné, pour la Shaw Brothers, The Bare-footed kid. Le rôle titre, Feng-yao est tenu par Aaron Kwok alors en pleine conquête du cinéma cantonais. Jeune orphelin qui débarque en ville sans le sou et sans chaussure. Il a faim mais n’a pas de quoi acheter à manger. Une belle jeune femme, Miss Ho (Maggie Cheung), immédiatement magnifiée par Johnnie To au milieu de tous les pouilleux qui grouillent dans le village, lui donne deux galettes pour son repas. Son bonté est également montrée quand elle donne des pièces à des pauvres qui empêchent un palanquin de mariage de passer. Miss Ho aime résoudre les problèmes.

Feng-yao n’a qu’une adresse, celle du tisserand des Quatre Saisons. Il l’ignore encore mais la Miss Ho en est la patronne. Les ouvriers travaillent gaiement, ils sont bien payés et font du bon travail. Duan (Ti Lung) est le gérant de l’affaire. Il cache un lourd secret. Avant de devenir tisserand, il était un général rebelle. Il connaissait le père de Feng-yao avec lequel il a fomenté un complot. Désormais en exil, Duan décide d’engager l’orphelin et Miss Ho lui offre l’un des objets qu’il espérait : une paire de chaussures. Feng-yao n’est désormais plus pieds nus et peut enfin manger à sa faim. Duan a gardé pour le jeune homme l’arme fétiche de son défunt père.

Feng-yao est pauvre mais il est aussi illettré. Ne sachant même pas écrire son nom, il rencontre Hua Xiao-lien (Jacklynn Wu) qui enseigne l’écriture aux enfants. Elle est la fille du professeur Hua (Paul Chun), un homme de sagesse. Mais sa fille est moins sage. D’abord vue déguisée en homme pour regarder des estampes érotiques chez un forain, elle se moque ensuite de Feng-yao en lui donnant un papier où elle aurait écrit son nom. En fait, il s’agit du mot « abruti » qu’il parvient à reproduire sous les ricanements. Consciente de la peine causée, elle l’aidera honnêtement et une romance s’esquisse entre Xiao-lien et Feng-yao.

Le scénario de The Bare-footed kid ne s’embarrasse pas avec le manichéisme. Le bien est du côté des Quatre Saisons, le mal est à chercher chez les Fileurs du Dragon, dirigé par Ke Hu Pu (Kenneth Tsang) qui n’a d’autre but dans la vie que de posséder le monopole du marché du tissu. Il veut acheter les Quatre Saisons et tous les moyens sont bons pour lui. Quand Yuan Tien-yu (Eddie Cheung), un nouveau magistrat arrive dans la ville, Ke Hu Du fait tout pour qu’il ne voie pas la corruption qui règne (il supprime les témoins) ou les jeux de hasard qu’il gère malgré l’interdiction. Toute l’échoppe de Miss Ho est brûlée et Feng-yao va la venger en se battant contre les hommes de Ke Hu Pu.

Feng-yao est chassé des Quatre Saisons et devient boxeur pour Ke Hu Du. Seule sa naïveté autorise ce changement de camp, ainsi que l’appât du gain. Ke Hu Du veut en faire son chef de la garde devant sa grande force. Feng-yao est content d’avoir de nouvelles chaussures mais il préfère se battre pieds-nus, laissant l’empreinte de ses pieds poussiéreux sur les visages de ses adversaires. C’est Liu Chia-liang qui chorégraphie des combats virevoltants et tout à fait dans le style de cette époque, montage très rapide, champ-contrechamp sur les coups de poing donnés puis reçus, corps qui tombent violemment en cassant les chaises. Le scénario est plein de rebondissements et de coups de théâtre, loin de la finesse des films suivants de Johnnie To.

The Bare-footed kid (赤腳小子, Hong Kong, 1993) Un film de Johnnie To avec Aaron Kwok, Maggie Cheung, Ti Lung, Jacklynn Wu, Paul Chun, Eddie Cheung, Kenneth Tsang

mercredi 28 août 2013

Les Disciples de la 36ème chambre


Dans le troisième et denier film de la saga de la 36ème chambre de Shaolin, San De est à nouveau incarné par Gordon Liu. Le créateur de l’école d’entrainement aux laïcs part fleurir la tombe de son père quand, encore une fois, il doit faire face à des Mandchous qui célèbrent leurs morts dans un cimetière à part. Le chef des Mandchous (Liu Chia-liang, rarement vu dans le rôle de l’ennemi) pêche dans un étang adjacent, quand le jeune Fong Shi-yu (Hsiao Ho) tente de la lui voler la truite qu’il a au bout du fil. San De parvient à calmer les Mandchous mais Shi-yu pense que ce moine pactise avec l’occupant.

Le véritable personnage principal des Disciples de la 36ème chambre est Fang Shi-yu, alias Fong Sai-yuk que Jet Li interprétera par deux fois dans deux comédies de Corey Yuen (Fong Sai Yuk et Fong Sai Yuk 2). Comme dans tout Shaw Brothers qui se respecte, le générique montre sur fond uni le passé du jeune homme : un adversaire redoutable au kung-fu qui parvient à défaire des plus costauds que lui et notamment Tiger Lie. Voici ce qui fait la réputation de Shi-yu. Hsiao Ho, au corps si frêle, de petite taille ne tient pas en place. Chaque occasion est bonne pour aller donner du coup de poing, pour se vanter et pour répliquer à ses professeurs ou ses parents.

Il est né du deuxième mariage avec Miao Tsui-hua (Lily Li) qui a épousé un riche et vieil homme déjà père de deux fils plus âgés que Shi-yu. Les deux aînés étudient dans l’école des grands mais Shi-yu est cantonné à celle des enfants. On imagine parce qu’il n’a jamais cessé d’apprendre les arts martiaux, il n’a jamais pu apprendre à écrire. Il tient son pinceau comme un gamin, gribouillant sa punition. Pour qu’il ne s’échappe pas, sa mère, qui le couve beaucoup et le défend souvent, l’attache avec une corde que tiennent les aînés. Le personnage a donc d’abord une fonction comique, une sorte d’abruti qui n’est jamais à sa place. Il se conduit comme un enfant et est persuadé d’être très malin.

Ce sale gamin peut vite énerver tant son personnage est immature, prétentieux et impulsif, ce qui le mène à chercher des noises à San De. Il ignore qui il est et reste persuadé qu’il est allié des Mandchous. Il se rend avec ses frères au commandement général, agresse les soldats en grand nombre. Rien ne se passe comme prévu puisque San De n’est pas là mais au monastère de Shaolin. Miao Tsui-hua arrive à temps pour que les enfants ne périssent pas. D’un côté, elle expédie les trois garçons à Shaolin, d’un autre côté, elle promet d’épouser le chef mandchou s’il parvient à séparer ses deux jambes pendant qu’elle prend la position du cheval. Les Mandchous sont doublement humiliés.

Comme dans les deux volets précédents, la discipline de fer ne sied guère au jeune Shi-yu qui prend un malin plaisir à contredire San De lors des exercices quotidiens. A la petite école, il était attaché, là Shi-yu est de corvée de vaisselle avec une assiette coincée entre les jambes. Pire que cela, il brise le règlement en sortant de nuit pour aller regarder la fête des lanternes. Il est vite pris au piège de ses manquements aux lois de Shaolin. San De est obligé de renvoyer le jeune homme qui ne trouve rien de mieux que d’aller faire le vantard chez les Mandchous, menaçant les moins de révéler tous les secrets. La menace gronde sur Shaolin, il est grand temps pour San de d’agir et de rétablir le bon ordre.

La critique n’a pas été tendre avec Les Disciples de Shaolin et le public a largement boudé le film de Liu Chia-liang qui n’a changé aucune de ses méthodes formelles. Le combat final, situé dans le palais des Mandchous, où Gordon Liu et Hsiao Ho (qui a contribué à la mise en scène des chorégraphies) est pourtant un modèle de fluidité des mouvements des corps des très nombreux personnages et figurants qui se battent. Le public était passé à autre chose, préférant le kung-fu urbain de Police story (le plus gros succès critique et public de 1985) ou celui comique et bon enfant du Flic de Hong Kong de Sammo Hung. Pire que cela, la Shaw Brothers mise aussi sur la comédie (surtout celles de Wong Jing, l’un de leur employé) sonnant le glas de la compagnie.

Les Disciples de la 36ème chambre (Disciples of the 36th Chamber, 霹靂十傑, Hong Kong, 1985) Un film de Liu Chia-liang avec Hsio Ho, Gordon Liu, Lily Li, Jason Pai, Liu Chia-liang, Mak Wai-cheung, Cheng Miu, Lee Hoi-sang, Yuen Qiu, Chan Shen, Yeung Chi-hing, Wong Ching-ho, Shum Lo, Lam Fai-wong, King Lee, Wang Han-chen, Lam Hak-ming.

lundi 19 août 2013

Martial club


Deuxième incartade dans l’apprentissage du jeune Wong Fei-hung, après Le Combat des maitres (tourné en 1976), Martial club s’applique à dépeindre quatre disciples de sifu de trois écoles d’arts martiaux. Wong Qi-ying (Ku Feng), maitre de l’école Wu Ben doit réconcilier Maitre Zheng (Wilson Tong) et Maitre Lu (Jue Tit-who) après une sévère dispute lors d’une danse de lion. Les deux écoles se sont battus après quand Lu Shan-hou (King Lee), impétueux fils de Maitre Lu a voulu s’emparer de la lance de Wang Yi-lin (Mak Tak-law).

Ce dernier est un disciple qui aime se donner en spectacle. Il étudie à l’école Zhen mais apprécie montrer sa force sur la place publique, exhiber ses muscles aux jeunes femmes de la maison close et affronter son ami Wong Fei-hung (Gordon Liu). Les deux jeunes hommes ont les mêmes méthodes pour se battre : donner une pièce à un adversaire pour qu’il se couche et paraitre auprès de l’autre le plus fort. Devant les filles, contre quelques caresses et autres bisous, il se fait attacher avec une ceinture et la déchire avec ses muscles.

Ces petites facéties pourraient continuer si un maitre du nord, Shan Xiong (Johnny Wang) n’avait pas grièvement blessé Yi-lin dans une de ses fameuses fausses démonstrations. Venu à Canton apprendre le kung-fu du sud, il est invité chez Maitre Lu. Les intentions de ce dernier ne sont pas aussi bonnes que celles de Maitre Shan. Lu, tout comme son fils, cherche à éliminer les écoles adverses. Les motivations des personnages des « méchants » sont assez banales, le récit du film se contente de cette bataille entre écoles.

Martial club, dans sa séquence de générique classique des Shaw Brothers (démonstration de danse de lion sur un fond blanc), fait intervenir Liu Chia-liang en personne pour expliquer que ce qui compte le plus dans les arts martiaux, est la forme et non le fond. Pour les combattants, il faut garder à l’esprit deux choses : respecter les Maîtres et ne pas enfreindre les règles ancestrales établies depuis toujours, ce que ne feront pas Maitre Lu et son fils, qui ne cesseront de trahir leurs accords, de piéger les concurrents et de se battre en surnombre avec des armes différentes. Les Lu attaquent au sabre Wong Fei-hung qui est mains nues.

De ce point de vue, le personnage de Shan Xiong est le plus intéressant car il a beau être dans le camp des Lu, il entend honorer les règles des arts martiaux et respecter les Maitres. Les enfants et disciples des sifu ne sont pas aussi disciplinés. Si Wong Fei-hung est un fils digne de son père, en revanche, le fils Lu est vicieux et violent, Yi-lin est prétentieux et vantard. Quant à Ju-ying (Kara Hui), la sœur de Yi-lin, elle aussi disciple de l’école Sheng, c’est un personnage qui agit sans réfléchir, réagissant au quart de tour, donnant des coups sans attendre la moindre explication.

Son impulsivité conduit à des conflits entre les écoles. Elle accuse Wong Fei-hung d’avoir blessé son frère et court l’affronter. Les films de Liu Chia-liang sont dénués de personnages féminins et celui de Martial club est particulièrement épuisant. En fin de film, devant son agressivité, Wong Fei-hung demandera à Ju-ying de quitter les lieux afin de combattre loyalement San Xiong. Martial club, face aux deux Wong Fei-hung de Yuen Woo-ping, sortis quelques mois avant, pourtant pas bons (Le Héros magnifique et Tigre blanc), n’arrive jamais à vraiment être à la hauteur du personnage.

Martial club (武館, Hong Kong, 1981) Un film de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, Kara Hui, Ku Feng, Mak Tak-law, King Lee, Johnny Wang, Jue Tit-who, Wilson Tong, Hsiao Ho, Sek Gong, Chow Siu-loi, Lam Hak-ming, Go Lai-ga, Wong Bat-ging.

dimanche 18 août 2013

Retour à la 36ème chambre


Retour à la 36ème chambre n’est pas une suite directe de La 36ème chambre de Shaolin puisque Gordon Liu n’interprète pas San De, le créateur de cette chambre qui a pour but d’initier au kung-fu les laïcs. L’acteur est Jen-jie, jeune charlatan qui se fait passer pour un moine. Sa famille a honte qu’il ne cherche pas un travail honnête. Il demande de l’argent pour restaurer le monastère. Il a le crâne rasé, porte une toge orange mais est incapable de se battre.

Pourtant la teinturerie où travaillent son grand frère Sheng (Wa Lun) et ses amis Chao (Hsiao Ho) et Hung (Kara Hui) aurait besoin d’être défendu. Dans ce second volet, les Mandchous ont fait main basse sur le patronat. Désormais, les ouvriers seront payés 20% de moins. Les rebelles risquent quelques grands coups de bâton donnés par les contremaîtres fort peu commodes. Chao a l’idée de faire passer Jen-jie pour San De pour impressionner les Mandchous.

Ce qui plait dans la première partie de Retour à la 36ème chambre est le recyclage de l’imagerie de Shaolin. Jen-jie joue le moine sans l’être. Des câbles visibles l’aident à voler, les ouvriers simulent leur chute quand Jean-jie lance sa paume contre eux. Liu Chia-liang joue sur les clichés dans un style burlesque qui doit beaucoup aux apports des concurrents de la Shaw Brothers, en l’occurrence la comédie kung-fu de la Golden Harvest. Les gags vont jusqu’au scatologique (le moine qui a la chiasse) et sont agrémentés d’une musique adéquate.

Pour Liu Chia-liang, chantre du combat d’arts martiaux pur et authentique, cette manière de se moquer de Shaolin est intéressante. Il répond, par ce moyen, à Jackie Chan ou Sammo Hung qui employaient dans leurs films des acteurs qui ne faisaient que reproduire les gestes du kung-fu (Leung Kar-yan par exemple dans Le maître intrépide). Mais cette critique est sur un ton jovial. Le cinéaste n’entend jamais faire la leçon aux jeunes acteurs. Il cherche plutôt à prouver qu’il peut jouer sur le même terrain qu’eux.

Les deux parties suivantes se concentrent sur l’apprentissage de Jen-jie puis sur la vengeance sur les Mandchous. Le héros tente de rentrer au monastère de Shaolin, là encore en se déguisant en disciple, se créant les marques de brulure crânienne avec des graines de courge et en volant un uniforme. San De (King Lee, plus rondouillard que Gordon Liu) a bien compris que Jen-jie est rentré dans la 36ème chambre par effraction. Ses premiers pas sont difficiles et pas roublardise, avec de nombreux gags, il parvient finalement à être admis.

Comme dans chaque film de Liu Chia-liang (et d’autres récits d’apprentissage du kung-fu), la discipline passe par de manière déviée. En l’occurrence, San De ordonne à Jean-jie de construire un échafaudage en bambous pour rénover le monastère (finalement, il reprend l’idée que Jen-jie avait lorsqu’il mendiait en début du film). Cette belle idée permet d’édulcorer l’habituel et fastidieux catalogue des épreuves d’apprentissage qui alourdissaient souvent ses précédents films. Jen-jie observe ainsi les moines s’entrainer sur ses bambous.

Retour à la 36ème chambre est l’un des films les plus amusants de Liu Chia-liang. Le retour dans le village natal de Jen-jie suivi de sa vengeance permet de comparer l’imagerie et les clichés avancés en début de film avec l’érudition au combat du héros dans la dernière partie. Il passe en souplesse du burlesque échevelé au sérieux absolu. Les Mandchous croit devoir se battre contre un incapable naïf et prétentieux, ils trouvent en face d’eux un expert. Là aussi, le message s’adresse à ses concurrents tant la fluidité des chorégraphies ravit.

Retour à la 36ème chambre (Return to the 36th chamber, 少林搭棚大師, Hong Kong, 1980) Un film de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, Kara Hui, Hsiao Ho, Dang Wai-ho, Wong Ching-ho, Wa Lun, King Lee, Yau Chui-ling, Chan Si-gaai, Sek Gong, Kwan Yung-moon, Yeung Jing-jing, Johnny Wang, Chiang Tao, Chang Yi-tao.

vendredi 16 août 2013

Shaolin contre Ninja


Après le monastère de Shaolin (La 36ème chambre de Shaolin) et la cour de l’Empereur (La Mante religieuse) le troisième film de Liu Chia-liang sorti en 1978 délaisse la Chine historique pour le début du 20ème siècle. Shaolin contre Ninja est d’abord une comédie sur le mariage entre la Chine et le Japon. Plus précisément, entre He Tao (Gordon Liu), jeune homme moderne, et Yumiko (Mizuno Yuko), fille d’un homme d’affaires qui commerce avec le père de He Tao. Ce dernier n’a pas revu la jeune femme depuis leur enfance, il imagine qu’elle ne doit pas être jolie et est près de refuser ce mariage arrangé depuis des années. Devant la beauté de Yumiko, les noces sont célébrées dans la plus pure tradition chinoise, ou presque car la mariée s’habille en blanc (couleur de la robe de noces au Japon mais celle des funérailles en Chine), ce qui ne manque de provoquer parmi certaines invitées des commentaires acerbes.

Leur vie commune commence et on se croirait à certains moments plongés dans une de ces comédies matrimoniales chères à Ernst Lubitsch où les deux époux, mariés trop vite, ne cesse ensuite de se disputer. En l’occurrence, la jeune japonaise est adepte des arts martiaux de son pays et décide de s’entrainer dans son nouveau foyer. Le film prend rapidement un tour burlesque quand Yumiko détruit les statuts et les murs du jardin. Lau-shun (Chang Kang-yeh), le valet de la famille maladroit et encombrant croit que He Tao bat sa femme, à cause des cris qu’elle pousse pendant son entrainement. Mais c’est Yumiko qui commence à dominer la maisonnée et à affoler ce même serviteur quand sa tunique de karaté laisse entrevoir sa poitrine. Le couple ne se dispute pas en s’envoyant des assiettes, comme dans un film américain des années 1930, mais à coups de sabres, lances et de poing, le tout non sans une bonne pointe d’humour.

En creux de cette dispute, la comparaison des différents arts martiaux chinois et japonais. Elle pratique le karaté, le judo ou le kendo et les juge supérieurs au kung-fu. Il rétorque que ce qui compte n’est pas la force et la férocité, mais la voie de la sagesse inspirée de Shaolin. Liu Chia-liang se garde bien de prendre parti frontalement renvoyant la plupart du temps ses deux personnages dos à dos. Il les montre à la fois immature et impulsifs, incapables de s’entendre et de comprendre que les différents écoles de combat pourraient s’entendre plutôt que se combattre. Chacun vante ses arts martiaux et dénigre ceux de l’autre. Ces disputes à répétition provoquent le retour au Japon de la jeune mariée. Dépité, car malgré tout amoureux, mais aussi blessé dans son orgueil, He Tao suit les malheureux conseils de son serviteur et lui expédie une lettre de défi. Il espère ainsi qu’elle reviendra au foyer et que tout reviendra à la normale.

La deuxième partie de Shaolin contre Ninja est plus classique que la comédie matrimoniale et aborde les oppositions entre les arts martiaux chinois et japonais. La lettre de défi provoque la colère de Takeno (Yasuaki Kurata), ninja qui s’est entrainé avec Yumiko depuis leur enfance. Avec son sensei et six autres ninjas, ils partent en Chine affronter He Tao et laver leur honneur. Chacun est spécialiste d’une discipline : karaté, judo, kendo, sabre, nunchaku et lance. Comme souvent dans les films de Liu Chia-liang, les combats se suivent de manière un peu monotone. Ici, il les ponctue d’un peu d’humour (un combattant a un tic visuel), de trouvailles visuelles (les épouvantails dans le dernier combat). Le meilleur consiste en l’apparition de Liu Chia-liang du maitre du kung-fu ivre où He Tao imite chacun de ses gestes. Encore une fois, Liu Chia-liang souligne que le kung-fu et les arts martiaux chinois sont avant tout une histoire de transmission entre le sifu et le disciple.

Shaolin contre Ninja (Heroes of the East, 中華丈夫, Hong Kong, 1978) Un film de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, Mizuno Yuko, Cheng Kang-yeh, Cheng Miu, Yasuaki Kurata, Kato Naozo, Harada Riki, Sumi Tetsu, Shirai Manabu, Yana Nobuo, Nakazaki Yasutaka, Omae Hitoshi, Liu Chia-liang, Norman Chu, Wong Bat-ging, Ou-yang Sha-fei, Simon Yuen, Chow Siu-loi.

lundi 12 août 2013

La 36ème chambre de Shaolin


Avant l’arrivée au monastère de Shaolin, la première demi-heure de La 36ème chambre de Shaolin expose le contexte dans lequel Liu Yu-de (Gordon Liu) vivait. L’action commence à Canton (Chine du sud) où la domination mandchoue (Chine du nord) se fait cruellement ressentir sur la population locale. Tian (Loh Lie), le gouverneur dirige d’une main de fer et élimine tous ses opposants. Le film débute sur l’exécution de six résistants en place publique.

Le professeur Ho mène la résistance et il convainc trois de ses étudiants, dont Liu Yu-de, de transporter des messages secrets dissimulés dans divers cachettes : un poisson salé, un abalone, produits qui entrent et sortent des enceintes de la ville. Le gouverneur et ses deux fidèles sbires s’en aperçoivent vite. Les trois étudiants, pas toujours très discrets, se font prendre sur le fait. Pour eux, une seule solution s’impose : la fuite.

Liu Yu-de, qui revêt encore ses longs cheveux en natte, et l’un de ses camarades tombent sur l’un des sbires du gouverneur. Son ami est tué mais il parvient à s’enfuir, très blessé à la jambe. Il veut rejoindre Shaolin pour apprendre le kung-fu, puis pour ensuite enseigner les arts martiaux aux cantonais soumis aux Mandchous, afin qu’ils se défendent. Un aubergiste, le voyant déliquescent, le cache sur la charrette des moines venus acheter légumes et riz. A Shaolin, il aura le crâne rasé surmonté de six marques rondes.

Liu parvient à convaincre le moine supérieur de rester à Shaolin, lieu entièrement peuplé d’hommes. Il se voit donner le nom de San De. La première année, il se contente de balayer inlassablement les feuilles qui jonchent le sol. Puis, il ose un jour demander quand il pourra apprendre le kung-fu. Un moine lui répond ironiquement qu’il n’avait jamais demandé à apprendre les arts martiaux depuis son arrivée. L’apprentissage peut enfin commencer. Et bien entendu, San De, toujours trop pressé, veut débuter par le niveau supérieur. Il échoue et doit commencer au bas de l’échelle, par la 35ème chambre.

Plus de quarante minutes de La 36ème chambre de Shaolin sont consacrées à cet apprentissage. Pour aller à la cantine, les moines doivent enjamber un bassin d’eau sans y tomber pour apprendre l’équilibre. Pour avoir de bons bras, ils doivent porter des baquets d’eau. Pour sculpter leurs poignets, ils tiennent un marteau pour frapper un gong au rythme des prières des moines. Evidemment, San De brille d’abord par son incompétence, sa maladresse et son impatience développées sur un mode comique. Ces gestes qu’il va répéter pendant des années vont faire de lui l’un des meilleurs disciples du monastère.

Tous les autres disciples resteront à l’état de simples figurants, le film se contente de suivre San De dans son apprentissage. Seuls quelques moines se détachent dans les seconds rôles. Le film passe d’une chambre de Shaolin à l’autre, c'est-à-dire d’une discipline à une autre. L’enseignant de chaque discipline constate d’abord la nullité de San De. Il pousse le disciple à se surpasser et, avec un sourire complice, remarque qu’il a la maitrise de l’art martial. L’impression globale est un peu celle d’un long catalogue répétitif. Quand il arrive à la première chambre, plus aucun autre élève ne se trouve avec San De.

L’apprentissage est progressif, chaque aptitude acquise pour se battre sera utilisée dans sa vengeance contre le gouverneur mandchoue, une fois revenue dans sa ville d’origine. Ce n’est que dans cette partie que Liu Chia-liang met en scène des combats filmés en longs plans où la caméra suit les adversaires. Cette vengeance, à laquelle participe quelques jeunes gens qu’il recrute pour la bonne cause, est la plus réussie du film. San De peut ensuite enfin fonder sa propre chambre de Shaolin où il enseignera le kung-fu, ce sera la 36ème chambre.

La 36ème chambe de Shaolin (The 36th chamber of Shaolin, 少林卅六房, Hong Kong, 1978) Un film de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, Lo Lieh, John Cheung, Wilson Tong, Wa Lun, Hon Gwok-choi, Lau Kar-wing, Wai Wang, Chan Si-gaai, Wong Ching-ho, Woo Wang-daat, Lee Hoi-sang, Henry Yu, Ng Hong-sang, Norman Chu, Wong Yu, Wong Bat-ging.

mercredi 7 août 2013

Young lovers on flying wheels


Parmi les centaines de films produits ou distribués par la Shaw Brothers, on trouve des films sociaux censés causer de la jeunesse de Hong Kong. En 1974, l’acteur Ti Lung a réalisé Young lovers on flying wheels. Il incarne le premier rôle, Song Da, un jeune homme qui a trois passions : les filles, le kung-fu et la moto. Sa petite amie Ye Wei (Got Dik-wa) en a plus qu’assez de se déplacer dans les bus bondés pour aller retrouver Song Da ; la promiscuité, l’impolitesse des passagers, les hommes qui la regardent de trop près, la dégoûtent. Faut dire que Ye Wei est plutôt une jolie fille qui s’habille à la mode.

La solution serait que son mec achète une moto. Mais une moto ça coûte très cher et il n’a pas de boulot stable. Song Da vit seul dans un appartement dont les murs sont couverts de posters de moto. Chaque jour il passe devant le concessionnaire de motos tandis qu’il se rend à ses leçons de kung-fu. Parce que Ti Lung était une star de la compagnie à l’époque, il se met en valeur dans son propre film, apparaissant torse nu lors des entrainements de kung-fu (mis en scène par Liu Chia-liang et Law Kar-wing). Il s’agit de s’attirer non seulement le public masculin alléché par cette histoire de moto et féminin venu voir le corps sculptural de Ti Lung.

L’espoir renait quand un concours de kung-fu est lancé. Premier prix : une moto. Il s’inscrit parce qu’il est sûr de gagner. Mais il arrive deuxième et ne remporte qu’un casque. C’est déjà un début mais pas suffisant. Solution : travailler dur. Au bout de quelques semaines de boulot dans une banque et après avoir emprunté de l’argent à un usurier, il réussit à avoir la moitié de la somme. Il peut acheter à crédit sa moto. Sa copine est ravie. Le bus, c’est fini. Sang Do peut enfin frimer sur sa moto sauf qu’il ne sait pas encore la conduire et il se plante dans le décor. La jeunesse est tellement impatiente et impétueuse.

Tout était trop beau pour être vrai. Lors de son premier trajet, Song Da est pris à partie par une bande de motards qui le défie. Il se fait tabasser. Sa copine le quitte pour un autre motard. Enfin, comble du malheur, deux voleurs (Dean Shek et Lee Hoi-sang) lui piquent sa moto. La police ne fait pas beaucoup d’efforts pour retrouver les truands. Du coup, Song Da fait seul des recherches, s’absente de son travail et manque de se faire virer. Conclusion, il n’a plus assez d’argent pour rembourser l’usurier qui devient menaçant. Ça fait beaucoup pour un seul et beaucoup pour un seul film.

Toute la dernière partie de Young lovers on flying wheels sera consacrée à la résolution des soucis du héros qui a le cœur sur la main. Cette plongée en enfer, ultra caricaturale, va s’améliorer avec la rencontre de Yumei (Ching Hoh-wai), une gentille jeune femme qui est à l’opposé de son ex : modeste, simple et aimable. Mais un douloureux souvenir plombe sa relation : sa grande sœur est morte dans un accident de moto. Mais la rédemption est proche et le message global du film est de ne pas brûler les chandelles par les deux bouts. Il vaut mieux rester soi-même plutôt que chercher à en mettre plein la vue. Un bien beau message pour la jeunesse

Young lovers on flying wheels (Hong Kong, 電單車, 1974) Un film de Ti Lung avec Ti Lung, Ching Hoh-wai, Got Dik-wa, Chiang Nan, Dean Shek, Lee Hoi-sang, Lam Fai-wong, Wong Ching, Lee Man-tai, Lau Mei-fung, Gam Lau, Man Sau, Law Keung, Wong Chi-keung, Yuen Shun-yi.

dimanche 4 août 2013

Les Sept vampires d'or


« Entièrement tourné en décors à Hong Kong », annonce fièrement le générique des Sept vampires d’or. Le film commence pourtant en Transylvanie, en toute logique. En 1804, un moine chinois (Chan Shen) se rend au château du comte Dracula pour lui demander de l’aide. Dracula (John Forbes-Robertson) sort de son cercueil en se levant tel Nosferatu, sa cape bien repassée et le visage vert comme un déterré. Le moine souhaite faire revenir sept vampires chinois. Il raconte en cantonais que seul Dracula peut faire revivre cette légende ancestrale des vampires d’or. C’est alors que le comte, dans un effet spécial d’une beauté étourdissante (un peu de fumée qui sort du sol et deux chauves souris en plastic qui volent), intègre le corps du moine pour accomplir cette mission funeste.


Un siècle plus tard, en Chine, le professeur Van Helsing (Peter Cushing, car le film est une co-production entre la Hammer et la Shaw Brothers) fait une conférence devant des étudiants chinois. Tous se moquent de lui après qu’il ait raconté une histoire située bien des décennies auparavant. Flashback qui débute avec l’image qui se floute. Dans un village chinois, sept vampires portant un masque d’or et un pendentif en forme de chauve souris qui leur descend au nombril font des razzias de jeunes filles qu’ils sacrifient. Attachées nues (ce qui permet de faire un soupçon d’érotisme à peu de frais), les vampires boivent leur sang. Seul un villageois a tenté de s’opposer à eux, tue un vampire, s’empare de son pendentif et le dépose sur une statue de Bouddha.


Aucun étudiant n’apporte son aide sauf Hsi Ching (David Chiang, à l’anglais un peu difficile, car tout le film parle anglais) lui viendra en aide. Il se trouve, par le plus grand des hasards, être le petit-fils de ce villageois. Eliminer les vampires d’or est sa mission. Il veut se venger. Une équipe est formée pour partir dans le village. Hsi Ching sera entouré de six hommes forts qui sauront se battre (dont Lau Kar-wing, le frère de Liu Chia-liang, par ailleurs chorégraphe des combats et que l’on aperçoit dans le flashback situé dans le village. Aucun de ces acteurs hongkongais n’aura la moindre ligne de dialogue) et de la belle Mai (Shih Szu), la sœur de Ching. Le fils de Van Helsing (Robin Stewart), tombera amoureux de Mai, car il ne faut pas oublier de faire un peu de romance, sera de la partie ainsi que Vanessa Buren (Julie Ege), une mondaine suédoise. Elle tombera amoureuse de Hsi Ching.


Le scénario des Sept vampires d’or est truffé de poncifs sur les vampires et d’incohérences narratives. Van Helsing affirme qu’en occident, Dracula a peur des crucifix et qu’en orient, les vampires seront, logiquement, effrayés par des statues de Bouddha. Le film adopte un ton européen qui sera, quelques années plus tard, largement démenti et contredit par la vogue des kung fu ghost comedies chères à Sammo Hung et Wu Ma. Là, se seront les prêtres taoïstes armés de talismans qui feront reculer les vampires. Dans Les Sept vampires d’or, les revenants, tous squelettiques quand ils sortent de terre, ne sautent pas encore comme dans L’Exorciste chinois ou Mr. Vampire. Le film n’invente jamais une forme chinoise des vampires, il ne fait que reproduire la forme européenne.


Ce qui fait le grain de sel du film, ce sont donc ces revenants. Ils sont incarnés par des acteurs grimés avec un épais maquillage et porte un masque doré qui leur couvre les yeux. Ils grognent quand ils se battent. Et ils se battent tels des pratiquants de kung-fu, ce qui n’est pas vraiment le cas des acteurs anglais Quand ils sont éliminés avec un pieu dans le cœur, ils se transforment en une sorte de flasque visqueuse qui se repend sur le sol. Les effets spéciaux sont très bricolés, souvent image par image, donnant au film une facture bricolée plutôt agréable à regarder. Quant à l’armée des morts que réveille le moine Dracula grâce à un gong, elle est composée de figurants déguisés en squelettes qui sortent des tombeaux. Rien de tout cela n’est vraiment effrayant et l’ensemble est déclamé avec le plus grand sérieux, ce qui autorise quelques moments décalés où l’on peut sourire avec bienveillance.

Les Sept Vampires d'or (The Legend of the Seven Golden Vampires, 七金屍, Grande-Bretagne – Hong Kong, 1974) Un film de Roy Ward Baker avec Peter Cushing, David Chiang, Robin Stewart, John Forbes-Robertson, Robert Hanna, Chan Shen, James Ma, Lau Kar-wing, Feng Ko-an, Chen Tien-lung, Julie Ege, Shih Szu, Wong Han Chan.

samedi 3 août 2013

La Rage du tigre


Exit Jimmy Wang Yu, bonjour David Chiang qui devient le nouveau sabreur manchot de la Shaw Brothers, comme le titre original le signale. En France, The New one-armed swordsman est sorti sous le titre La Rage du tigre au tout début de la vague de films « karaté  soja», comme le disait la critique de l’époque non sans un gros mépris, soit le 5 juillet 1973, tout juste un mois avant La Fureur de vaincre de Lo Wei. David Chiang n’est pas Fang Gang, le personnage de Jimmy Wang Yu, mais Lei Li. Le générique, fameux, voit Lei Li sur un cheval, sabres aux mains, en train de trancher toute une horde d’ennemis. L’ouverture combine les sons des sabres, des sabots des chevaux sur une musique jouée par une guitare saturée.

Car en début de film, tout comme dans Un seul bras les tua tous, Lei Li a ses deux bras. C’est un bretteur redouté et réputé mais son sourire arrogant n’impressionne en aucune manière Long Yi-zhi (Ku Feng), maître des lieux qui profite des guerres de clans pour voler les convois d’or. Lei Li accepte un défi du chevalier Long. Le perdant se tranchera le bras droit. Lei Li, malgré son habileté, sera défait grâce au bâton rétractable de Long, sorte de nunchaku en trois parties. Lei Li décide d’abandonner les arts martiaux. Pour montrer avec simplicité le temps qui passe, Chang Cheh avec un travelling aller retour montre le bras planté sur un arbre puis le bras devenu squelette.

Deux ans se sont passés. Lei Li est devenu l’homme à tout faire d’un aubergiste et le sujet de la moquerie de certains clients, des soldats à la solde de Long et de son allié Chen (Chan Sing), chef du clan du tigre (donnant là l’explication du titre français avec un beau contresens). Il reste de beau reste à l’ancien sabreur. On lui demande de laver une table, il fait se soulever les assiettes et les bols et nettoie pendant qu’ils sont en l’air, il fait de même pour servir le vin. Mais quand on l’agresse, il ne répond pas, il se laisse frapper par les deux soldats, recevant des coups de pieds, de mains, se laissant briser la main gauche sous les bottes des agresseurs. Le sourire arrogant qu’il arborait en début de film n’est plus là.

La Rage du tigre se poursuit avec l’arrivée de Feng (Ti Lung), un autre sabreur qui débarque au village. Il manie également deux sabres. Puis, Ba Jiao (Li Ching), la fille du forgeron, est enlevée par les deux soldats qui veulent la violer. Elle vient souvent acheter du vin à l’auberge. C’est Feng qui ira la sauver des griffes des soldats. Feng se voit défié par Long et Chan. Lei Li a beau le prévenir de la botte secrète de Long, Feng n’a pas peur. Il est aussi arrogant et sûr de lui que l’était Lei Li deux ans auparavant. Feng veut défendre son nouvel ami devant les soldats si agressifs, il incité Lei Li à reprendre le sabre et les arts martiaux. D’une certaine manière, ce sont deux âmes sœurs.

On a souvent parlé au sujet des films de Chang Cheh qu’ils recélaient une part d’homosexualité latente dans les rapports entre les hommes. Dans La Rage du tigre, c’est précisément cela. Les deux hommes sympathisent, se sourient longuement, puis, sous le regard compréhensif de Ba Jiao, se soutiennent mutuellement, au sens propre comme au sens figuré. Puis, une fois qu’ils auront été débarrassés de leur ennemis, ils pourront partir vivre en semble et travailler la terre tous les deux. Bien sûr, Feng mentionne que Ba Jiao sera l’épouse de Lei Li, mais ce projet de vie commune reste prépondérant. C’est parce que Feng est tué par Long que Lei Li reprend les armes, alors qu’il ne les a pas prises pour aider Ba Jiao. Sa rage n’en sera que plus grande pour le final devant le palais où Lei Li va affronter Long.

La Rage du Tigre (The New one-armed swordsman, 新獨臂刀, Hong Kong, 1971) Un film de Chang Cheh avec David Chiang, Ti Lung, Ku Feng, Li Ching, Cheng Lei, Cheng Kang-ye, Chen Sing, Wang Chung, Wang Ching-ho, Liu Kang, Shen Lao, Wang Kuang-yu, Yasuaki Kurata, Yang Sze.

vendredi 2 août 2013

Le Bras de la vengeance


Je consacre une partie de ce mois d’août aux décors en carton-pâte et au paysage peints sur toile avec un petit hommage à Liu Chia-liang. Et pour commencer Le Bras de la vengeance, deuxième volet de la trilogie que Chang Cheh a consacré au sabreur manchot pour la Shaw Brothers. J’avais décrit comment Fang Gang (Jimmy Wang Yu) a perdu son bras droit dans Un seul bras les tua tous. Trois ans plus tard, Fang a épousé Xiao-man (Lisa Chiao) à qui il a promis de ne plus utiliser son sabre pour se battre. Il est désormais un honnête paysan dans la campagne chinoise.

C’était sans compter sans le Roi Sans Forme (Tien Feng), potentat local qui terrorise tous les maîtres des différentes écoles d’arts martiaux, qui défie Fang Gang pour savoir qui est le maître du sabre. Il envoie deux missionnaires (Wu Ma et Fong Yau), l’un vêtu de blanc, l’autre de noir, pour le convoquer sous la menace. Tenant à sa parole, il refuse tout net. Devant l’insistance guerrière des deux frères, il utilise son sabre pour laminer leurs tenues et les chasse. Il décline la demande d’aide venant des frères Lu, eux aussi défiés par le Roi.

Seulement voilà, les maîtres des écoles d’arts martiaux ont également été convoqués. Ils veulent la paix et pensent, bien naïvement qu’aller à ce défi leur permettra de vivre hors du joug du Roi Sans Forme. Ce dernier vit dans une forteresse avec sept autres chefs autoproclamés rois, six hommes et une femme. Le film les montre dans une rapide démonstration de leurs bottes secrètes. L’un fait tourner des roues équipées de lames, un autre envoie du poison, la reine jette des couteaux, quant à Liu Chia-liang, par ailleurs chorégraphe des combats, il lance une chaine munie d’une serpe. Seule l’arme du Rois Sans Forme est inconnue car il n’a jamais laissé de survivants.

Chacun a un nom de guerre très évocateur : Roi Grande Force, Roi Long Bras, Reine aux Mille Doigts, Roi Illusion Céleste, Roi Bouddha de l’Enfer, Roi Dragon Venimeux, Roi Roue Tranchante. Je donne ici leurs noms tels qu’ils sont donnés dans les sous-titres du DVD édité par Wild Side. Ils sont tous cruels et ne font pas de prisonniers, d’ailleurs le nombre de morts dans Le Bras de la vengeance est énorme. Les cadavres s’amoncellement sur le sol au fur et à mesure que les gentils (tous habillés en blanc) rencontrent les méchants (en tenues noires). Cela est très commode pour se repérer dans les affrontements et pour se rendre compte du nombre de survivants dans chaque camp.

Un ultimatum du Roi Sans Forme demande aux fils des maîtres de se couper le bras droit s’ils veulent que leurs pères soient libérés. Ils ont été pris en otage. Fang Gang prend la tête d’une expédition avec les disciples des écoles. Xiao-man, son épouse est contrainte de les accompagner, retardant l’annonce heureuse qu’elle veut faire à son mari. Sur le chemin vers la forteresse, comme dans un catalogue, ils vont rencontrer chaque roi, l’un après l’autre, qu’ils vont affronter et défaire. Mais c’est la Reine aux Mille Doigts qui est la plus vicieuse puisqu’elle se fait passer pour une jeune femme égarée et infiltrer la troupe menée par Fang Gang.

Pour faire durer son suspense, Chang Cheh mise d’abord sur les dialogues entre les disciples et Fang Gang. Chaque renseignement, chaque information est annoncée par un vigile à l’avant-garde aux disciples puis donnée une deuxième fois à Fang Gang. Ces répétitions sont à la longue fastidieuses. Les disciples sont à la fois naïfs, se laissant embobiner par le charme de la Reine, et débordent d’énergie les poussant à partir au combat mal préparés. Jimmy Wang Yu, avec son fin collier de barbe, joue avec le plus grand sérieux, sans décrocher le moindre sourire, son personnage de redresseur de torts. Ce sera son dernier rôle marquant pour la Shaw Brothers, préférant quitter la compagnie l’année suivante pour divergences artistiques.

Le Bras de la vengeance (Return of the one-armed swordsman, (獨臂刀王, Hong Kong, 1969) Un film de Chang Cheh avec Jimmy Wang Yu, Lisa Chiao, Chung Wa, Cheng Lui, Hoh Ban, Tien Feng, Essie Lin, Ku Feng, Tung Li, Tong Gai, Lau Kar-wing, Liu Chia-liang, Yuen Cheung-yan, Ti Lung, Wang Kuang-yu, Wu Ma, Fong Yau.

mardi 25 juin 2013

RIP Liu Chia-liang


On a appris aujourd’hui la mort de Liu Chia-liang (ou Lau Kar-leung) à l’âge de 77 ans. Reconnaissable à son grain de beauté planté au milieu du front, Liu Chia-liang a chorégraphié les combats d’arts martiaux de plus de 160 films, a joué dans près de 200 films et en a réalisé 25. Pilier de la Shaw Brothers à la grande époque, il est surtout connu pour sa trilogie des 36ème chambre de Shaolin où son frère adoptif Gordon Liu tenait le premier rôle, pour ses mises en scène des combats d’une autre trilogie, celle du sabreur manchot de Chang Cheh. Je reviendrai sur ces films en juillet.
La force des films qu’il a réalisés est de mettre le kung-fu au service d’une authenticité, paradoxe puisque le cinéma Shaw Brothers est le summum du factice. Cela passait notamment par des nombreux plans larges permettant de voir la scène dans son entier, y compris la chute sur le sol des adversaires, et qui fait de Sammo Hung son héritier direct et unique. Liu Chai-liang prenait également soin de montrer avec précision le maniement des différents, rendant certains de ses films un aspect « catalogue » pas toujours très digeste. Les 18 armes légendaires du kung-fu en est l’exemple le plus frappant. La plupart des films réalisés par Liu Chia-liang sont disponibles dans de bonnes éditions DVD chez Wild Side.
Après la fin de la Shaw Brothers au début des années 1980 suite au changement radical de la production du film d’arts martiaux (Bruce Lee d'abord puis Jackie Chan et Sammo Hung avaient totalement réinventé le genre et étaient devenues des stars), Liu Chia-liang a sombré dans le cinéma commercial. Il a tenu son dernier rôle dans Seven swords en 2005.

lundi 17 septembre 2012

Women


Le premier film de Stanley Kwan, sobrement titré Women, début sur une demande de divorce. Bao-yee (Cora Miao) ne veut être mariée avec Derek (Chow Yun-fat), son époux depuis plusieurs années avec lequel elle a eu un fils Dang-dang (Leung Hoi-leung). On découvre cette famille pleine de vie (le père et le fils ont le sourire), plutôt bourgeoise (grand appartement) lors d’un retour de week-end. Chacun se bat, avec amusement, pour arriver le premier aux toilettes. Pendant que le père et le fils se douchent, la mère range sur le lit les sous-vêtements de Derek, comme le ferait une maman à son fiston. C’est donc en enfilant son caleçon qu’il apprend cette rupture à laquelle il ne semblait pas s’attendre.

Le divorce est le sujet de conversation favori de Bao-yee et de ses amies, toutes célibataires, c’est-à-dire divorcées, à l’exception d’une veuve. Et maintenant que Bao-yee est seule, le sujet est encore plus d’actualité. Les amies sont comme un panel de la société hongkongaise, telle que la Shaw Brothers peut les imaginer. Outre la veuve un peu excentrique qui draguera plus tard dans le film Eric Tsang, on trouve la lesbienne qui tente de faire virer sa cuti à Bao-yee, la dépressive suicidaire qui porte constamment des lunettes noires. Les six amies se racontent leurs vies, chantent ensemble, plaisantent ensemble. Les conversations filmées en courts travellings occupent une bonne partie du film. Elles permettent, telles des chœurs antiques, de faire le point sur la situation.

Bao-yee n’a pas l’intention de retourner vivre chez sa mère, veuve. Bao-yee est la première de la famille à divorcer dans une culture centrée sur le mariage souvent arrangé et qui durait toute la vie. Le film inscrit fortement cette différence générationnelle et donne le divorce comme un nouveau mode de vie, comparable à l’irruption des ordinateurs dans la vie quotidienne. On voit Derek acheter puis installer pour Dang-dang un ordinateur puis jouer aux jeux vidéo. D’une certaine manière, le divorce est un nouveau mode de vie dans la culture chinoise. Le lien familial n’est d’ailleurs pas brisé puisque Derek passe de temps en temps dans l’appartement que Bao-yee décore à sa façon. Elle fait installer un nouveau canapé sans savoir où le placer (hésitation sur sa nouvelle vie).

Assez vite, le film se concentre sur le ressenti du fils. Il passe du temps avec son père qui le gâte un peu. Sa mère réussit à lui tirer les vers du nez et apprend que Derek a une nouvelle petite amie, plus jeune que lui. Sha-niu (Cherie Cheung) est une bourrasque dans la vie du nouveau divorcé. Jeune, impétueuse, imprévisible, il l’aime pour ça. Le film évite l’écueil de voir les deux femmes se disputer, elles s’entendront même plutôt bien une fois qu’elles se sont rencontrées, après la scène chez l’avocat où Sha-niu fait des remarques sur l’avenir du gamin. Ce dernier fait tout pour que ses parents se remettent ensemble et, une fois le divorce prononcé, Derek envisage un retour au foyer. Le petit aime bien la nouvelle copine de son père mais ne supporte pas qu’elle lui donne un surnom de bébé (Ding-dang).

Le film avance par petites touches, Stanley Kwan refusant les grands moments d’engueulade entre les personnages pour les permettre d’évoluer en douceur. Le personnage de la mère de Bao-yee, qui garde régulièrement Dang-dang, apporte beaucoup de douceur et se révèle bien meilleure conseillère que ses amies. Enfin, le personnage de Chang, le gamin voisin, fils des restaurateurs qui habitent au rez de chaussée, apporte un contrepoint comique à la vie amoureuse de Derek. Ce dernier est persuadé que Chang est le nouveau compagnon de Bao-yee. En effet, Chang apprend le piano à Dang-dang, apporte des courses et s’occupe d’un mini jardin botanique. Il devient un exemple pour le petit. Quand Derek comprend que c’est un ado, il demande à Bao-yee d’à nouveau former un couple et une famille. Le reste du film cherchera à replacer un esprit franchement moralisateur dans cette famille.

Women (女人心, Hong Kong, 1985) Un film de Stanley Kwan avec Cora Miao, Chow Yun-fat, Cherie Chung, Elaine Kam, Maggie Li, Yam Choi-bo, Lee Mak, Leung Hoi-leung, Cheung Yin-gwan, Lee Ngan, Eric Tsang, Freddie Wong, Calvin Poon, Terrence Howard.

mercredi 5 septembre 2012

The Happiest moment


Avant de lancer dans la réalisation, en 1974 avec Game gamblers play, Michael Hui a tourné dans quatre films produits par la Shaw Brothers et mis en scène par Li Han-hsiang. Dans The Happiest moment, films à sketches, le comique joue quatre personnages d’une petite ville de la Chine du nord pendant la seconde guerre mondiale. Les quatre histoires sont censées se dérouler sur une seule journée, des pendules, montres et horloges apparaissent régulièrement à l’écran pour rappeler cette coïncidence temporelle. The Happiest moment est une variété de film choral où les personnages différents sont incarnés par les mêmes acteurs. La première histoire débute dans les bains publics réservés aux hommes qui prennent des bains chauds, se font masser et passer du temps hors de chez eux. Leur tranquillité va être troublée par l’arrivée de femmes japonaises qui, elles aussi, ont très envie de prendre du bon temps. C’est surtout l’occasion de montrer de nombreuses actrices au large sourire qui apparaissent seins nus, peu habillés. Le spectateur, comme les clients su sauna, peuvent admirer leurs fesses et leur minois. Aucun de ces personnages n’aura un rôle à jouer, elles sont là pour faire joli, un point c’est tout.

Le premier personnage, un notable aux cheveux et moustache blancs, sur les conseils d’un mai, va rencontrer une femme avec qui il va commettre l’adultère. Ils font tellement l’amour que l’orgasme réveille toute la ville et que le pauvre homme en meure. La femme (Tanny Tien) fait l’objet d’une enquête de police et l’inspecteur est également interprété par Michael Hui dans ce deuxième sketch  où il décide, séduit par la belle, de fausser les résultats de l’enquête. L’histoire se poursuit, on inaugure un nouvel hôpital. L’occasion à nouveau de faire des dépistages sur des patientes nues. Dans cette histoire Tanny Tien est infirmière et Michael Hui joue une vieille patiente avec une dent en moins (le visage de l’acteur est peu habillement maquillé, la dent est juste peinte en noir). La vieille dame passe son temps à manger, l’opération chirurgicale commence. Une fois achevée, l’infirmière constate qu’il manque une pince. Rebelote et encore une deuxième fois. La malade finit le sketch en disant qu’ils devraient peut être lui coudre une fermeture éclair.

Le dernier sketch s’articule autour d’un barbier et de son apprenti, incarné par Michel Hui, qui est l’homme à tout faire, surtout les taches ingrates, et souffre douleur de son patron. Cette dernière partie illustre peut-être le mieux ce que sera l’humour de Michael Hui : faire subir aux autres ce que l’on ne voudrait pas subir. Ainsi le patron prend momentanément la place de l’apprenti mais du coup doit endurer chaque remontrance. L’humour de la cruauté était déjà un peu présent dans la première partie quand Michael Hui en riche homme d’affaire refusait de donner un pourboire aux employés des bains publics, ou quand aux conducteurs de pousse-pousse il demande lequel est moins cher et que chacun baisse ses prix alors qu’ils sont très pauvres. Mais l’essentiel de l’humour de ce film reste dans des situations convenues, avec des gags poussifs. Exemple typique : Michael Hui joue au mahjong dans une chambre funéraire (quelle idée saugrenue), tellement pris par la partie, il ne sent pas compte qu’un fantôme est derrière lui. Ses trois camarades tentent de lui faire signe pour qu’il quitte la pièce. La scène dure bien trop longtemps, les visages des amis sont trop expressifs et celui de Michael Hui trop impavide pour que le gag fonctionne vraiment. Le film est souvent à l’image de ce gag, un peu mou et étiré sans raison.

The Happiest moment (一樂也, Hong Kong, 1973) Un film de Li Han-hsiang avec Michael Hui, Tanny Tien, Woo Gam, Ku Feng, Chan Shen, Shum Lo, Chiang Nan, Wang Han-chen, Gam Yam, Hao Li-jen, Wong Sam, Wang Hsieh, Chu Mu.

lundi 9 juillet 2012

Lifeline



Bienvenue à la caserne de pompiers du quartier de Tsi Wan Shan commue à Hong Kong pour être la plus malchanceuse du territoire. On découvre ainsi que toute l’équipe a été victime d’une intoxication alimentaire. On apprend que les soldats du feu ne connaissent pas vraiment leur matériel. Finalement on se rend compte de leur incompétence chronique. Raymond Cheung Man-kit (Alex Fong Chung-sun) le nouveau capitaine est là pour remettre de l’ordre dans cette caserne. C’est un homme à la solide réputation, comme on dit sévère mais juste. Le film montre la vie quotidienne dans cette unité de manière documentaire, caméra portée à l’épaule au plus près des acteurs quand ils partent en mission, enregistrant le jargon propre au métier. Puis, il s’agit de faire de la fiction.

La première partie de Lifeline présente les personnages principaux. Raymond est un homme strict, au visage fermé. Son épouse a immigré depuis des années aux Etats-Unis (le film se situe clairement dans cette idée de l’angoisse de la rétrocession) et elle revient à Hong Kong avec leur fille Sandy qui, parce qu’elle n’a jamais vécu à Hong Kong, ne parle qu’anglais. Si l’épouse revient, c’est parce qu’un mal la ronge (elle est alcoolo). Les rapports ne sont pas faciles entre eux deux faisant progresser le film vers le mélo, comme d’ailleurs dans tous les rapports entre les différents protagonistes à l’exception du jeune pompier Ho-yin (Raymond Wong Ho-yin), nouveau dans la caserner et plein d’espoirs qui apparait en début du film sous un mode comique. Il invite son vieux père à venir préparer un repas sain pour ses collègues. Son personnage sera un peu sacrifié.

Lo Ka-wai (Ruby Wong) est l’unique femme pompier de la station mais Johnnie To et son scénariste attitré Yau Nai-hoi ne s’appesantissent pas sur les différences de sexe. Ka-wai a des soucis avec son mari (Dang Chi-fung) avec qui elle refuse d’avoir des rapports sexuels pour ne pas tomber enceinte. Elle aime son métier mais doit subir la tradition sociale qu’une femme, avant son travail, est une mère. Enfin, Yau Sui (Lau Ching-wan), le héros de Lifeline est une tête brûlée, un soldat du feu qui reste persuadé qu’il faut sauver des vies au mépris du danger. Il va d’ailleurs à l’encontre de ses supérieurs et surtout de Raymond, ce qui n’est pas sans causer quelques tensions entre eux. Yau Sui tombe amoureux de Annie Chan (Carman Lee), la médecin qui a soigné la brigade après leur intoxication. Elle déprime parce que son copain flirte avec d’autres filles. Elle menace de sauter de son balcon et Yau Sui va la sauver. Malgré son air rugueux d’ours mal léché, elle tombe amoureuse de lui assurant au film un trio de couples en crise.

Voilà pour la partie romance nécessaire puisque c’est un film Shaw Brothers. A ce stade de sa carrière, Johnnie To n’est pas encore indépendant. Ses scénarios sont encore très conformistes, balisés par des effets scénaristiques un peu grossiers. Il est possible cependant de sentir les prémisses de ce qu’il fera plus tard dans la partie finale quand la brigade est envoyée, malgré son incompétence, aider à circonscrire un important incendie dans une usine. Là, scénaristiquement le film se contente de montrer comment l’équipe se soude, comment elle doit faire face aux moqueries et sauver deux personnes. Dans cette partie, Johnnie To joue aussi sur le suspense simple autour du danger qu’encourent les pompiers avec lesquels le spectateur a désormais de la sympathie. Visuellement, ce finale de Lifeline est l’ébauche de l’abstraction telle que Johnnie To la pratique dans ses polars avec son apogée dans Exilé. Filmé dans l’obscurité, il insère son cadre d’éléments qui sature la vision du plan détournant ainsi l’idée de film d’action, de suspense et de tension, comme dans The Mission, Exilé ou Sparrow, il cherche à travailler sur le sur-place des personnages, sur la répétition des gestes et la poétique du mouvement.

Lifeline (十萬火急, Hong Kong, 1997) Un film de Johnnie To avec Lau Ching-wan, Alex Fong Chung-sun, Carman Lee, Damian Lau, Ruby Wong, Raymond Wong Ho-yin, Chan Man-lei, Yuen Bun, Lam Suet, Kenneth Chan, Dang Chi-fung, Yeow Ying-ying, Annabelle Lau, Yuen Ling-to.