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lundi 14 octobre 2013

I love Maria


Pendant la période de trois ans (septembre 1986 et octobre 1989) où Tsui Hark n’a réalisé (officiellement) aucun film pour se consacrer entièrement à la production au sein de la Film Workshop (une dizaine de films), on trouve I love Maria, parfois appelé Roboforce. A côté des prestigieux Syndicat du crime et Histoires de fantômes chinois, I love Maria fait figure de parent pauvre, comme si Tsui Hark, à l’instar de la Cinema City, cherchait à tourner des films à petit budget pour tester le public cantonais avec un film de robots.

Dans cette bizarrerie de science fiction, où il n’y a guère de science, Tsui Hark incarne Whisky (parce qu’il boit beaucoup dans les bars) et John Sham est Curly (parce qu’il a les cheveux bouclés). Ce dernier est un inventeur d’armes d’assaut qui essaye de vendre ses brevets sans grand succès, vu se tête d’hurluberlu. Ils ne sont pas amis et se rencontrent par hasard dans un bar où chacun est venu se souler pour oublier leur vie médiocre. C’est peu de dire que les deux hommes, également producteurs du film, ne font pas dans la dentelle dans leur interprétation.

Ils vont être confrontés à une bande d’apprentis maîtres du monde menée par Maria (Sally Yeh) et son frère (Ben Lam). Elle tient en otage des savants qu’elle n’hésite pas à tuer en cas de résistance, histoire de bien montrer combien la bande de méchants est impitoyable. Cela permet aussi de placer quelques scènes de violence dans le récit. Ils ont créé un robot géant nommé Pionneer I, de forme vaguement humaine dont chaque morceau est une arme. Le robot attaque Hong Kong laissant la police sans qu’elle ne puisse réagir.

Un deuxième robot, Pioneer II est en court de fabrication. Contrairement au précédent, il a une forme tout à fait humaine, et même féminine puisque que Sally Yeh joue ce robot sexy aux formes évocatrices de la créature de Metropolis de Fritz Lang. Curly reprogramme le robot pour qu’elle leur obéisse. La majorité des gags de I love Maria consiste à donner des ordres à Maria le robot, les deux hommes se disputant les faveurs de la créature de métal dont ils sont tombés amoureux.

Le film a un budget tellement minuscule, que plus de la moitié du film est tourné avec les trois personnages, Curly, Whisky et Maria le robot dans une maison en ruines, sans que l’on sache réellement la raison pour laquelle ils se sont réfugiés là. Les murs composés de briques en carton se détruisent très rapidement sous les corps des deux hommes qui se disputent, Maria traverse les plafonds. Les effets spéciaux, conçus par la Film Worshop et Tsui Hark, sont tous mécaniques (on voit parfois les fils tirer les pièces des robots) ou créés avec un simple montage d’images.

A cela il faut ajouter la présence d’un journaliste photographe interprété par Tony Leung Chiu-wai dans un de ses premiers rôles. Il passe son temps à faire tomber son appareil photo et se trouve bien maladroit. Le maître du gang des méchants est incarné par Lam Ching-ying. Il a la charge des scènes sérieuses d’action (mises en place par Ching Siu-tung) notamment contre Ben Lam devenu mégalomane qui veut prendre sa place. Le film peut parfois faire sourire compte tenu de ses incohérences scénaristiques, ses gags médiocres et ses combats bâclés. La plupart du temps I love Maria demeure un navet assez fastidieux et indigent.

I love Maria (鐵甲無敵瑪利亞, Hong Kong, 1988) Un film de David Chung avec Tsui Hark, John Sham, Sally Yeh, Tony Leung Chiu-wai, Lam Ching-ying, Paul Chun, Ben Lam.

vendredi 30 novembre 2012

Filmographie : Ching Siu-tung



Films réalisés et chorégraphie des scènes d’action de Ching Siu-tung, 程小東.

Les 14 amazones (The Fourteen amazons, 十四女英豪, 1972) Un film de Cheng Kang. Sortie à Hong Kong le 27 juillet 1972
The Shaolin Boxer (福建少林拳, 1974) Un film de Huang Ta. Sortie à Hong Long le 14 juin 1974.
Kidnap (天網, 1974) Un film de Cheng Kang.Sortie à Hong Kong le 28 novembre 1974.
Monkey kung fu (出籠馬騮, 1979) Un film de John Law. Sortie à Hong Kong le 5 mai 1979.
The Sword (名劍, 1980) Un film de Patrick Tam. Sortie à Hong Kong le 14 août 1980.
L’Enfer des armes (Dangerous encounter - 1st kind, 第一類型危險, 1980) Un film de Tsui Hark. Sortie à Hong Kong le 4 décembre 1980
Return of the deadly blade (飛刀又見飛刀, 1981) Un film de Manfred Wong. Sortie à Hong Kong le 2 avril 1981.
The Story of Woo Viet (胡越的故事, 1981) Un film d’Ann Hui. Sortie à Hong Kong le 24 avril 1981.
Gambler's delight (流氓千王, 1981) Un film de Ching Kong. Sortie à Hong Kong le 18 juin 1981.
Duel to the death (生死決, 1982) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 12 février 1983.
Cherie (雪兒, 1984) Un film de Patrick Tam. Sortie à Hong Kong le 22 décembre 1984.
Le Sorcier du Népal (奇緣, Nepal affair, 1985) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 22 février 1986.
Happy ghost III (開心鬼撞鬼, 1986) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong le 6 mars 1986
Peking Opera Blues (刀馬旦, 1986) Un film de Tsui Hark. Sortie à Hong Kong le 6 septembre 1986
Histoires de fantômes chinois (A Chinese ghost story, 倩女幽魂, 1987) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 18 juillet 1987
Le Syndicat du crime 2 (A better tomorrow II, 英雄本色 II, 1987) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 17 décembre 1987
I love Maria (鐵甲無敵瑪莉亞, Hong Kong, 1988). Un film de David Chung. Sortie à Hong Kong le 10 mars 1988.
The Eighth happiness (八星報喜, 1988) Sortie à Hong Kong le 2 novembre 1988.
All about Ah Long (阿郎的故事, 1989) Sortie à Hong Kong le 16 mars 1989.
The Killer (喋血雙雄, 1989) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 7 juillet 1989.
Terracotta warrior (秦俑, 1989) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 12 avril 1990.
The Fun, the luck and the tycoon (吉星拱照, 1990) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong le 18 janvier 1990.
Swordsman (笑傲江湖, 1990) Un film de King Hu tourné par Ching Siu-tung, Raymond Lee & Tsui Hark. Sortie à Hong Kong le 5 avril 1990.
Histoires de fantômes chinois 2 (A Chinese ghost story II, 倩女幽魂 II 人間道, 1990) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 13 juillet 1990.
Casino raiders II (至尊無上 II:永霸天下, 1991) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong le 13 juin 1991.
Son on the run (帶子洪郎, 1991) Un film de Benny Chan. Sortie à Hong Kong le 24 octobre 1991.
The Raid (财叔之横扫千军, 1991) Un film de Ching Siu-tung & Tsui Hark. Sortie à Hong Kong le 23 mars 1991.
Histoires de fantômes chinois 3 (A Chinese ghost story III, 倩女幽魂 III 道道道, 1991) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 18 juillet 1991.
Lucky encounter (踢到寶, 1992) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong le 11 juin 1992.
Swordsman II (笑傲江湖 II东方不败, 1992) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 26 juin 1992.
Justice, my foot! (审死官, 1992) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong le 2 juillet 1992.
Royal tramp (鹿鼎記) Sortie à Hong Kong : 30 juillet 1992. Un film de Wong Jing.
L’Auberge du dragon (Dragon inn, 新龍門客棧, 1992) Un film de Raymond Lee. Sortie à Hong Kong le 27 août 1992.
Royal tramp II (鹿鼎記II神龍教) Sortie à Hong Kong : 24 septembre 1992. Un film de Wong Jing.
Moon warriors (战神传说, Hong Kong, 1992) Un film de Sammo Hung. Sortie à Hong Kong le 19 décembre 1992.
Executioners (現代豪俠傳, 1993) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong le 30 septembre 1993.
The Heroic trio (東方三俠, 1993) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong le 12 février 1993.
Holy weapon (武俠七公主, 1993) Un film de Wong Jing. Sortie à Hong Kong le 3 juillet 1993.
Niky Larson (City Hunter, 城市獵人, 1993) Un film de Wong Jing. Sortie à Hong Kong le 16 janvier 1993.
Swordsman III The east is red (東方不敗 II之風雲再起, 1993) Un film de Raymond Lee & Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 21 janvier 1993.
Flying dagger (神經刀與飛天貓, 1993) Un film de Chu Yen-ping. Sortie à Hong Kong le 6 mai 1993.
The Mad monk (濟公) Un film de Johnnie To. Sortie à Hong Kong : 29 septembre 1993.
Future cops (超級學校霸王, 1993) Un film de Wong Jing. Sortie à Hong Kong le 15 juillet 1993.
Butterfly sword (新流星蝴蝶劍, 1992) Un film de Michael Mak. Sortie à Hong Kong le 16 janvier 1993.
Wonder seven (1994) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le
Love on delivery (破壞之王, 1993) Un film de Lee Lik-chi. Sortie à Hong Kong : 3 février 1994.
Le Roi Singe : La Boîte de Pandore (A Chinese odyssey Part one – Pandora's box, 西遊記第壹佰零壹回之月光寶盒, 1994) Un film de Jeff Lau.Sortie à Hong Kong : 21 janvier 1995.
Le Roi Singe : Cendrillon (A Chinese odyssey Part two – Cinderella, 西遊記完結篇仙履奇緣, 1994) Un film de Jeff Lau. Sortie à Hong Kong : 4 février 1995.
Stunt woman (Ah Kam, 阿金, 1996) Un film d’Ann Hui. Sortie à Hong Kong le 10 octobre 1996.
Dr. Wai (The Scripture with no words, 冒險王, Hong Kong, 1996) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 14 mars 1996.
The Blacksheep affair (碧血藍天, 1998) Un film de Lam Wai-lun. Sortie à Hong Kong le 14 février 1998.
Conman in Tokyo (中華賭俠, 2000) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 31 août 2000.
The Duel (決戰紫禁之2000) Un film d’Andrew Lau. Sortie à Hong Kong le 3 février 2000.
My school mate, the barbarian (我的野蠻同學, 2001) Un film de Wong Jing & Billy Chun. Sortie à Hong Kong le 24 août 2001.
Shaolin soccer (少林足球, 2001) Un film de Stephen Chow. Sortie à Hong Kong : 5 juillet 2001.
Naked weapon (赤裸特工, 2002) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 14 novembre 2002.
Hero (英雄, 2002) Un film de Zhang Yimou. Sortie à Hong Kong le 19 décembre 2002.
Le Secret des poignards volants (House of flying daggers, 十面埋伏2004) Un film de Zhang Yimou. Sortie à Hong Kong le 15 juillet 2004.
La Cité interdite (Curse of the Golden Flower, 滿城盡帶黃金甲, 2006) Un film de Zhang Yimou. Sortie à Hong Kong le 21 décembre 2006.
Les Seigneurs de la guerre (The Warlords, 投名狀) Un film de Peter Chan. Sortie à Hong Kong le 13 décembre 2007.
Shaolin basket (Kung fu dunk, 功夫灌籃, 2008) Un film de Chu Yen-ping. Sortie à Hong Kong le 6 février 2008.
Butterfly lovers (武俠梁祝, Hong Kong, 2008) Un film de Jingle Ma. Sortie à Hong Kong le 9 octobre 2008.
An Empress and the Warriors (江山美人, 2008) Un film de Ching Siu-tung. Sortie à Hong Kong le 20 mars 2008.
The Treasure hunter (刺陵, 2009) Un film de Chu Yen-ping. Sortie à Hong Kong le 9 décembre 2009.
Time warriors : la révolte des mutants (Future X Cops, 未來警察, Hong Kong, 2010) Un film de Wong Jing. Sortie à Hong Kong le 15 avril 2010.
Just call me Nobody (大笑江湖, 2010) Un film de Chu Yen-ping. Sortie à Hong Kong le 3 décembre 2010.
Le Sorcier et le serpent blanc (The Sorcerer and the White Snake, 白蛇傳, 2011) Un film de Ching Siu-tun. Sortie à Hong Kong le 29 septembre 2011.

mardi 27 novembre 2012

Conman in Tokyo


Après quatre ans de chômage (Dr. Wai était son précédent film), Ching Siu-tung est engagé par Wong Jing pour mettre en scène Conman in Tokyo, fausse suite de The Conman. Nick Cheung rempile dans le rôle de Jersy, grand amateur de jeux qui ne rêve que d’une chose : défier Cool (Louis Koo) dont tout le monde a perdu la trace depuis des années. En attendant de le retrouver, la séquence d’ouverture voit Jersy affronter au bowling puis au billard Turkey (Leung Kar-yam), à la coupe affro et au  caractère de teigne. On remarque aussitôt que le style de Ching Siu-tung est intact, malgré la commande. Nick Cheung se bat avec des mouvements secs puis lors de la partie de billard, les boules volent à travers la pièce avant que Turkey ne l’attaque avec la queue, comme s’ils avaient des sabres.

L’idée de Conman in Tokyo est donc simple : appliquer les arts martiaux au poker. La vraie question est de savoir si cela n’est pas une nouvelle idée aberrante de Wong Jing ou si elle peut fonctionner. Le personnage de Cool est celui qui va mettre en œuvre ce concept. Wong Tin-lam, dans une courte apparition, va raconter le passé de Cool. C’était un joueur impénitent qui avec sa petite amie Karen (Athena Chu, rescapée elle aussi du casting de The Conman) et son pote Yeung Kwong (Ben Lam) écument les lieux les plus luxueux pour jouer au poker. Et bien entendu, ils gagnèrent beaucoup. Jusqu’à ce que tout s’arrête et qu’il s’exile à Tokyo. Il n’en faut pas plus à Jersy et à sa copine Banana (Christy Chung dans le rôle un peu ingrat de la comique de service, bonne fille mais un peu gourde) pour partir à la recherche de Cool.

Ils le retrouveront par un pur hasard car, après tout, Wong Jing ne s’est jamais embarrassé pour simplifier ses scénarios au maximum quitte à tomber dans le ridicule. Parce qu’ils ont faim, ils vont dans un restaurant chinois et là, ô surprise, c’est Cool qui en est le patron. Jersy doit d’abord le convaincre de jouer contre lui. Il refuse, il a définitivement abandonné le poker. A cela, il y a une raison très simple : il vit dans un traumatisme ancien (là, lancement d’un flashback) où il vit Karen devenir paraplégique. Tout y est raconté : une soirée de beuverie où Cool couche avec une autre, le mariage entre Yeung Kwong et Karen puis un coup de fusil dans le dos de cette dernière. Sauf que cette balle était destinée à Cool. Depuis chaque jour, il va espionner dans la demeure cossue du couple sa bien-aimée qu’il n’a jamais oubliée mais qu’il ne peut reconquérir.

Ce que le spectateur découvre est que Yeung Kwong est devenu son pire ennemi et qu’il torture Karen (qui ne dira pas un mot pendant presque tout le film). Oui, Yeung Kwok est vraiment l’un de ses sales traitres sans pitié ni foi qui abondent dans les polars hongkongais. Il s’est allié avec Tetsuo (Kurata Yasuaki) qui veut défier Cool, car on ne défie que les meilleurs. Après quelques retournements de situations grotesques et sur lesquels je ferai l’impasse, l’affrontement peut enfin commencer. Jersy se met en tête d’affronter Tetsuo. La fameuse scène des dés avec une japonaise à l’épaule tatouée dénudée est rejouée sur un mode burlesque. Jersy se dénude l’épaule et il arbore un tatouage de Mickey et de Pikachu. La partition comique de Nick Cheung, l’énergie de l’acteur et son duo burlesque avec Christy Cheung sont les seules choses à sauver dans le film.

Finalement, Cool accepte de jouer contre Tetsuo le soir de la finale de la coupe d’Europe de football, France Italie, sans que cela ne crée des gags contrairement à The Conman. Cette scène finale fait dans la surenchère. Elle se déroule sur un porte-avion militaire plutôt que sur un yatch comme dans les autres films de gambling. Cool a une arme secrète : la technique de la carte volante. Il les utilise comme des lames pour tuer ses ennemis et il faut bien dire que le nombre de morts est très important et que les explosions abondent. La scène finale se veut sans doute monumentale et digne des films d’action américains, mais Wong Jing a les yeux plus gros que le ventre et cette scène est peu minable. Ching Siu-tung n’a pas sauver son film et tombera encore plus bas avec son film suivant, l’atroce Naked weapon.

Conman in Tokyo (中華賭俠, Hong Kong, 2000) Un film de Ching Siu-tung avec  Louis Koo, Nick Cheung, Athena Chu, Christy Chung, Ben Lam, Leung Kar-yan, Kurata Yasuaki, Joe Cheng, Wong Tin-lam, Mak Wai-cheung, Zuki Lee.

lundi 19 novembre 2012

Swordsman 2 + Swordsman 3


L’éminent sabreur Chung Ling-wu (Jet Li) et son condisciple (Michelle Reis) qu’il surnomme « le gamin » ont décidé d’abandonner les arts martiaux et de se retirer loin des querelles claniques. Guerres de pouvoir mais aussi guerres ethniques. D’un côté les Miaos et de l’autre les Han. Et au milieu de cette année 1594, des Japonais menés par Waise Lee qui débarquent pour devenir pirates et décident de soutenir la farouche Invincible Asia (Brigitte Lin) de l’ethnie Miao. Dans une bataille, elle rencontre Chung (lui est Han). Elle, perchée sur le sommet d’un arbre, volant sur les sommets avec un masque pour dissimuler son visage. Sa voix est masculine, comme les démons d’Histoires de fantômes chinois, une habitude pour désigner les super méchants de ses films.

Les deux personnages féminins de Swordsman 2 questionnent la question du genre sous deux modes opposés. Asia ne sait pas qui est Chung et ce qu’il vient faire ici. Par un concours de circonstance, Chung va être amené à la rencontrer à nouveau, persuadé qu’elle est attaquée par des ennemis, il l’embarque avec lui, volant jusqu’à une colline pour admirer la lune. Elle ne parle pas pour ne pas dévoiler sa voix et ne pas révéler qu’elle est Invincible Asia. Ce qui les unit est l’alcool qu’ils boivent au goulot de la gourde. La romance entre Chung et Asia est forcément tragique puisqu’ils sont ennemis et quand il comprendra qu’elle est sa vraie nature, il la combattra. D’autant, que par erreur il couchera avec Xi-xi, la favorite d’Asia.

Quant au « gamin », elle vit au milieu des hommes depuis toujours, s’habille comme eux, se comporte comme eux en artiste martial. Amoureuse de Chung, elle voudra se vêtir en femme sous les moqueries des compagnons d’armes de Chung. Elle veut se maquiller mais ils ont, par mégarde, remplacer son rouge à lèvres par du piment. Son personnage est avant tout comique. Elle est aussi l’archétype du disciple fidèle mais maladroit qui manque de tout faire échouer à cause des sentiments qui l’animent. C’est un personnage sensible qui se soucie des autres, tout l’inverse d’Asia, froide et calculatrice. Ceci étant, cette confusion des genres, mélange d’androgynie et d’homosexualité refoulée rappelle les classiques du wu xia pian où les hommes étaient joués par des femmes.

Le parchemin du Canon du tournesol, comme dans Swordsman, est au centre de toutes les batailles. Asia l’a utilisé pour acquérir cette grande force et a emprisonné son frère Yam Wo-hang (Yen Shi-kwan) en plantant dans ses rotules de crocs. La mission de Chung sera de le délivrer. C’est la fille de Yam, Ying-ying (Rosamund Kwan), un personnage un peu fâlot, qui se charge de lui fournir des mercenaires. La botte secrète d’Asia est la technique des aiguilles volantes qu’elle lance à ses adversaires pour les enlacer. Les aiguilles pénètrent dans la chair, les fils qui y sont accrochés enserrent les proies. Une fois Yam libéré, il veut posséder le Canon du tournesol et aspire les forces vives de ses adversaires.


Swordsman 3 commence avec les scènes finales de Swordsman 2, une grande bataille dans les quartiers généraux d’Asia. Celle-ci est vaincue mais le Canon du tournesol est encore l’objet de toutes les convoitises. Cette fois d’Espagnols guidés sur les lieux par Koo Cheung-fung (Yu Rong-guang) et ses deux bras droits. Mais des Japonais mené par un samouraï, Raizô, sont aussi à sa recherche. Chacun a un navire qui harponnera l’autre, livrera bataille à grands coups de canons avec un avantage certain pour la bâteau japonais qui peut se transformer en sous-marin. Avec force maquettes, les batailles navales sont un peu minables et terriblement statiques. C’est une grande déception et parfois d’un ennui total.

Koo Cheung-fung fait ressurgir Invincible Asia (encore et toujours Brigitte Lin). Cette dernière apparait d’abord sous le visage de l’acteur Lau Shun, en vieillard aux longs cheveux blancs, qui retirera son masque. Le masque et le déguisement sera l’une des forces du récit. Asia veut reprendre sa place de démon maître du monde et décide de chasser tous ceux qui se font passer pour elle. D’abord le chef d’une secte paganiste. Puis Neige (Joey Wong) une pirate qui pratique la technique des aiguilles volantes. Neige est l’ancienne concubine d’Asia et se fait passer pour elle. Masque également pour elle avec sa favorite qui se révélera un ninja à la solde de Raizô, ce dernier apparaissant toujours masqué et dont la combinaison de samouraï enferme un corps inhabituel. Puis, finalement Asia se déguisera en prostituée, finira par porter l’uniforme de Raizô.

Ce qui est à retenir de cette trilogie des Swordsman, malgré quelques beaux moments, c’est son caractère bancal avec des récits abrupts qui partent dans les sens sans cohérence, des combats gore mais mous sans la beauté formelle à laquelle Ching Siu-tung avait habitué le spectateur et un érotisme de pacotille. Ces beaux moments, c’est la fuite dans les bois entre Asia et Chung, les larmes de Neige sur son bateau, pour une fois des moments de calme.Sans doute Tsui Hark, producteur et scénariste, était allé trop vite en besogne et ne cherchant qu’à faire des films pour gagner de l’argent, avec une production faible, en oubliant l’éblouissement du spectacle.

Swordsman 2 (笑傲江湖II東方不敗, Hong Kong, 1992) Un film de Ching Siu-tung avec  Brigitte Lin, Jet Li, Rosamund Kwan, Michelle Reis, Waise Lee, Candice Yu, Fennie Yuen, Lau Shun, Yen Shi-kwan, Chin Ka-lok.

Swordsman 3 : The East is red (東方不敗風雲再起, Hong Kong, 1992) Un film de Ching Siu-tung et Raymond Lee avec Brigitte Lin, Joey Wong, Jean Wang, Yu Rong-guang, Lau Shun, Eddy Ko, Lee Ka-ting, Kingdom Yuen, Yen Shi-kwan.

dimanche 18 novembre 2012

Histoires de fantômes chinois 3


Adieu Leslie Cheung et Wu Ma, bienvenue Tony Leung Chiu-wai et Lau Shun. Après un court prologue où les deux premiers sont attaqués par Lao Lau (Lau Siu-ming), horrible démon à la voix androgyne (il passe d’une voix féminine à une masculine), Histoires de fantômes chinois 3 démarre cent ans plus tard avec les deux derniers. Tony Leung Chiu-wai est Fong, un jeune moine au crâne rasé et, comme le personnage de Leslie Cheung, pourvu d’une maladresse touchante. Sa maigre pitance ne résiste pas aux assauts du sable, il ne sait pas comment la protéger contrairement son maître. Il accompagne son sifu, un prêtre bouddhiste (Lau Shun) sur les vastes plaines de la Chine. Il a beaucoup été dit que ce troisième épisode était un quasi remake du premier. C’est à la fois vrai et faux. C’est vrai car le récit reste celui d’une romance impossible entre le moinillon et une femme fantôme. Et c’est faux puisque Ching Siu-tung améliore son histoire et peaufine sa mise en scène. Comme pour accentuer l’idée de la réincarnation, Lau Shun incarne cette fois un gentil et Lau Siu-ming le méchant, inversant leurs rôles d’Histoires de fantômes chinois 2. En ouverture du film, ils se réfugient dans la même cabane, cette fois en ruine, que Leslie Cheung. Des voleurs passent par ici. Fong, très froussard, est éclaboussé par une giclée de sang. Les voleurs sont pourchassés par la sabreur Yen (Jacky Cheung) qui lui aussi rempile.

La belle fantôme est pour la troisième fois jouée par Joey Wong qui s’appelle cette fois Lotus. Sa situation n’est pas enviable. Lao Lau la prostitue, la force à aller séduire les humains égarés. On la découvre d’abord avec sa sœur Jade (Tiffany Lau), toutes deux allongées dans une pose lascive. L’une fait un tatouage sur l’épaule de l’autre. Quand un peu de sang coule, la deuxième le lèche avec sa langue. La scène est éminemment érotique, les visages sont filmés dans une lumière orangée, les épaules nues mises en avant, les robes qui volètent accentuent la frivolité. Dans un flot de pétales de fleurs, les deux femmes fantômes traversent avec force minauderies la pièce principale, tournant sur elles-mêmes comme pour hypnotiser les hommes. Elles vont prendre au piège les voleurs qui se sont réfugiés dans cette demeure en ruine pour que Lao Lau aspire leur substantielle moelle. Le démon et son armée de harpies chauves vêtues de vert terrifient les voleurs. Lao Lau est une sorcière armées de tentacules constituées de racines d’arbres. Puis, elle déploie une langue monstrueuse qui enlace violement ses proies. Lotus et Jade sont prisonnières de ce démon. Leurs urnes funéraires ont été confisquées par Lao Lau au bord du vieil arbre qui lui sert de refuge. Elles ne peuvent pas se réincarner.

Lao Lau charge Lotus de la mission de séduire le moinillon au grand dam de sa concurrente Papillon (Nina Li) qui aurait aimé être à sa place. En l’absence du maître de Fong, Lotus se rend dans le temple Lan Jou (là où Yan, le personnage de Wu Ma, était allé en ermitage) où les deux hommes se sont réfugiés. La scène de séduction est l’une des plus longues du film. Fong, dans sa grande naïveté, ne comprend pas immédiatement à qui il a affaire. Lotus se fait d’abord passer pour une femme égarée. La beauté de cette séquence vient du charme de Joey Wang qui tente de déshabiller Fong. Ce dernier la repousse puis à prier ce qui crée chez Lotus une douleur extrême. La lumière jusqu’à alors bleutée se transforme en orangée sous les caresses de Lotus. Les deux protagonistes se livrent à un jeu de cache-cache avec un avantage pour Lotus qui a le pouvoir de se déplacer sans se mouvoir. Elle a donc une avance sur lui mais, encore une fois, les prières la font souffrir. Fong va lui demander de l’aider à chercher le Bouddha d’or qu’il a égaré dans la demeure. Puis, c’est le retour du sifu qui sent l’odeur du fantôme. Cette dernière devra se cacher avant de pouvoir s’enfuir et d’avouer son échec à Lao Lau.

Persuadé qu’il a une mission à accomplir, Fong veut que Lotus puisse enfin se réincarner. Il va devoir convaincre Yen le sabreur de l’aider. Ce dernier est un mercenaire qui vend ses services au plus offrant. On soupçonne qu’il soit le descendant du personnage de Wu Ma, puisqu’il connait l’utilisation des sorts taoïstes pour chasser les démons. Seulement voilà, Fong, en tant que moine, n’a pas d’argent. Personnage comique d’Histoires de fantômes chinois 3, Yen sort régulièrement son boulier pour compter combien le moine lui doit. Armé d’un sabre très long, symbole phallique évident, il trouve Lotus très à son goût et ne résiste pas à la tentation de la séduire. Finalement, il accepte de tendre un piège à Lao Lau pour que Lotus puisse récupérer son urne funéraire mais également pour que libérer le sifu qui a été capturé par le démon. La séquence du combat final contre Lao Lau est d’une beauté à couper le souffle. Froussard et naïf, le personnage de Fong va devenir valeureux et puissant. Histoires de fantômes chinois 3 est peut-être le remake Histoires de fantômes chinois mais il est visuellement le plus abouti des trois. La trilogie est finie, Tsui Hark produira en 1997 Histoires de fantômes chinois en animation.

Histoires de fantômes chinois 3 (A Chinese ghost story III, 倩女幽魂III 道道道, Hong Kong, 1991) Un film de Ching Siu-tung avec Tony Leung Chiu-wai, Jacky Cheung, Joey Wong, Nina Li, Lau Siu-ming, Lau Shun, Tiffany Lau, Tommy Wong, Sam Hoh, Cheung Yiu-sing.

mercredi 14 novembre 2012

Histoires de fantômes chinois 2


Tsui Hark aura mis trois ans avant d’entreprendre Histoires de fantômes chinois 2 à cause du succès mitigé auprès du public du premier film (15ème au box office 1987). L’ouverture se fait sur un mode « précédemment dans Histoires de fantômes chinois » en résumant sur trois minutes le scénario au cas où certains spectateurs auraient oublié les aventures du lettré Tai-shen (Leslie Cheung) qui, en début de film, se sépare de son maitre Yan (Wu Ma) qui décide de partir méditer en ermite dans un temple éloigné. Tai-shen se retrouve seul dans un village et rentre dans une auberge où les patrons servent de la chair humaine aux clients. Les malheurs continuent de s’abattre pour lui quand la police le prend pour un bandit et l’arrête.

En prison, il fait la connaissance de son compagnon de cellule, Chu Er-long (Ku Feng), un philosophe emprisonné depuis des années à cause de ses livres et poèmes. Barbu, le vieux sage se nourrit de cafards au grand dégoût de Tai-shen. Les semaines passent, la barbe pousse au menton de notre jeune héros quand il comprend qu’il va être exécuté dans la nuit. Un bon repas lui a été apporté, le repas des condamnés. Chu Er-long lui explique tout de go qu’il pourrait s’évader car il avait construit un tunnel. Tai-sheng emporte avec lui un manuel du vieillard et son sceau. Dehors, il saute sur un cheval qui l’attendait là, comme si Chu Er-long avait tout prévu. En vérité, il s’agit de celui de Zhi Tsao (Jacky Cheung). Ce dernier, moine taoïste, poursuit son voleur en creusant un tunnel sous la terre.

Tous deux terminent dans une demeure en ruine où huit cercueils les glacent d’effroi. Tai-shen en profite quand même pour prendre un bain (et il chante pour faire taire sa peur). Dehors, des fantômes commencent à se manifester. C’est la première séquence choc d’Histoires de fantômes chinois 2. Pour déconcerter le public et donner un aspect surnaturel, les revenants descendent verticalement dans le cadre en scope au milieu de la forêt, les étoffes colorées contrastent fortement avec la luminosité nocturne, la musique appuie le sentiment de malaise. La scène poétique est typique de la mise en scène de Ching Siu-tung et se démarque de l’univers comique jusque là abordé dans le film. En vérité, il ne s’agit pas de fantômes mais du clan de Chin-fan (Joey Wong) et Yue-chin (Michelle Reis), qui partent libérer leur père, le Seigneur Fu (Lau Siu-ming), injustement arrêté.

Chin-fan à cause du sceau qu’a Tai-shen le prend pour Chu Er-long et lui demande un oracle. Le jeune lettré, quant à lui, est frappé par la ressemblance entre Chin-fan et Hsiao Ting, le fantôme dont il était tombé amoureux dans le premier film. Une romance va s’amorcer entre les deux, encore une fois basée sur l’illusion. Tai-shen peut revivre son amour perdu tandis que Chin-fan le prend pour un autre. La tension sexuelle va se développer dans une scène de bain (comme dans Histoires de fantômes chinois) où il va perdre connaissance, elle va le déshabiller pour faire sécher ses vêtements, puis enlever les siens pour finalement se coucher nue sur lui pour le réchauffer. Bien entendu, tout cela reste très pudique. Seulement voilà, Chin-fan est promise depuis son enfance à un autre. La romance se corse avec sa sœur qui a aussi un faible pour Tai-shen.

Parlons maintenant des démons qui arpentent le film. Le premier est un monstre dégoûtant, sorte d’ectoplasme gluant armé de piques. La rencontre se fait dans la demeure en ruine et se déroule sur un mode burlesque. Zhi Tsao, en tant que taoïste, inscrit sur la paume de sa main un sortilège pour immobiliser le monstre mais la maladresse de Tai-shen manque de les faire se tuer. Finalement, il tranchera au sabre le monstre, ce dernier contaminera Chin-fan qui se transformera en démon. Le deuxième monstre est un prêtre bouddhiste impérial (Lau Shun). Avec son cortège, il arpente les lieux. Le vieux prêtre parle avec une voix de vieille sorcière. Sa force semble indépassable. Il jette sur ses adversaires des torrents de flammes, se transforme en bouddha d’or et entonne des chants qui hypnotisent. Il faudra que toute la troupe soit solidaire, que le sabreur Hu (Waise Lee) qui escorte le Seigneur Fu – donc un ennemi a priori – vienne les aider et que maître Yan sorte de son temple d’ermite pour en venir à bout, dans un sublime déferlement d’images bariolées comme seule, en cette époque bénie, la compagnie Film Workshop savait en offrir aux spectateurs charmés.

Histoires de fantômes chinois 2 (A Chinese ghost story II, Hong Kong, 1990) Un film de Ching Siu-tung avec Leslie Cheung, Joey Wong, Jacky Cheung, Wu Ma, Waise Lee, Michelle Reis, Lau Shun, Lau Siu-ming, Yeung Jing-jing, Lee Fai, Lau Siu-hung, Wong Yue-chun, Ku Feng, Do Siu-chun, Johnny Koo, Fei Sing, Wong Hung, Fung Yuen-chi, Ng Kwok-kin, Tenky Tin.

jeudi 8 novembre 2012

Duel to the death




Un temple Shaolin au milieu d’une forêt est attaqué par une horde de ninjas. La couleur orange affronte le noir dans un enchevêtrement de plans qui, très rapidement, deviennent un défi à la capacité de la perception rétinienne. Pour la première séquence de son premier film, Ching Siu-tung (sans l’aide de Tsui Hark, il faut le rappeler et le préciser) démarre très fort avec un combat au montage saccadé en plans serrés où l’on devine les corps plus qu’on ne les voit. Ces corps traversent l’écran panoramique, défient non seulement les lois de la gravitation en volant dans les airs, y compris pour décoller du sol jusqu’au toit (en montant à l’envers le plan) mais également le réalisme. Les moines Shaolin font exploser littéralement les ninjas.

A l’extérieur du temple, la tempête, à l’intérieur, le plus grand calme. Le vieil abbé (Yeung Chak-lam) mène une prière avec l’un de ses disciples, le sabreur Bo Ching-wan (Damian Lau) qui ronge son frein de ne pas pouvoir quitter la prière et aller se battre contre les ninjas. Finalement, il sera libéré par le moine et sortira défendre le temple. Le deuxième combat de Duel to the death est plus classique, sabre contre sabre, la caméra captant en plan d’ensemble, montrant les adversaires de plein pied. Les sabres cliquettent et les étoffes volettent avec ces sons si particuliers des wu xia pian de Hong Kong. Ching Siu-tung invente un nouveau style à partir des bases classiques qu’il transforme et modernise.

La suprématie du style d’art martial est l’argument central de Duel to the death : le style chinois est-il supérieur au style japonais ? Bo Ching-wan doit affronter le meilleur sabreur japonais, Hashimoto (Norman Chu). Le duel à mort qui déterminera le vainqueur aura lieu dans la demeure de Hsia-hou (Paul Chang), maître de la technique de l’Epée Sacrée, art martial oublié et dépassé par celui de Shaolin. Traditionnellement, le duel se déroule dans son domaine. Sa fille, Sheng Nan (Flora Cheung) rêve de pouvoir se battre mais les combats sont réservés aux hommes. Elle rencontre Bo Ching-wan lors des festivités liées au duel. Dans un village, elle défend un marionnettiste qui brocarde les Japonais. A la différence de nombreux wu xia pian et notamment ceux de King Hu auxquels Ching Siu-tung se réfère, le personnage féminin se veut l’égal de l’homme et pas seulement son imitation.

Logiquement, le film se place sous le signe du double. L’ambition est de faire coïncider deux formes, l’une classique avec un scénario banal autour d’un affrontement entre deux écoles de combat, chacune allant de son nationalisme et Ching Siu-tung les mettant dos à dos, l’autre plus avant-gardiste en proposant des images rarement vues et une mise en scène dynamique, expérimentale et souvent poétique. Les images de ninjas volant dans la forêt transportant des palanquins, une armée de combattants tels des oiseaux, les membres du jury du duel tous ligotés dans une cave sombre pris dans une toile d’araignée, Bo Ching-wan tentant de les sauver et qu’une lumière se pose sur lui après avoir été placé dans le noir complet. Tous ces éléments créent une atmosphère assez proche du chambara tel que Kenji Misumi a pu l’aborder dans la série des Baby Cart.

Les deux adversaires se ressemblent physiquement, les deux acteurs ont des cheveux longs, mais leurs vêtements s’opposent. Bo est en blanc et Hashimoto est en noir. Au fil du film, le Japonais va commencer à porter une tunique blanche tandis qu’il se rend compte que Kenji (Eddy Ko), le moine qui le guide s’avère être un traitre. Hashimoto refuse l’idée de trahison et veut un combat loyal. Les deux adversaires vont s'apprécier jusqu'à se ressembler. Les deux moines s’opposent également moralement. La plus belle dualité de personnalité est celle des maîtres des deux combattants. Celui de Hashimoto est austère, sévère et traditionnel. Il pratique la magie pour son entrainement. Celui de Bo est jovial et loufoque, rappelant le personnage de Simon Yuen dans Drunken master. Avec son perroquet, il glisse de branche en branche tel un singe. C’est une grande bouffée d’humour qui étonne autant qu’elle ravit dans un film qui se plait à retourner tous les clichés du wu xia pian.

Duel to the death (生死決, Hong Kong, 1982) Un film de Ching Siu-tung avec Norman Chu, Damian Lau, Flora Cheung, Paul Chang, Eddy Ko, Yeung Chak-lam, Kwan Yung-moon, Casanova Wong, Hon Gwok-choi.

lundi 5 novembre 2012

Dr. Wai


Il existe deux versions de Dr. Wai, l’une parlée en cantonais destinée au public de Hong Kong, l’autre en mandarin pour le public chinois. Evoquons d’abord la première. Le Dr. Wai (Jet Li) et son fidèle assistant Shing (Takeshi Kaneshiro) errent dans le désert depuis trois jours sans une seule goutte d’eau quand ils tombent sur un énorme char en forme de taureau tiré par des centaines d’hommes. Le char est conduit par un savant, M. Lo (Johnnie Kong) devenu ivre de son pouvoir. La machine s’emballe et commence à écraser les ouvriers qui la tirent. Wai saute sur les rochers, attrape des cordes et immobilise le taureau qui se renverse. Lo est furieux mais on lui jette des pierres.

Fin du rêve. Shing se réveille en sursaut dans son bureau. Son travail comme celui de Chow (Jet Li) est d’écrire des histoires. Or l’inspiration de Chow s’est tarie depuis que Monica (Rosamund Kwan) a demandé le divorce. Tout va mal dans leur couple et une conciliation doit avoir lieu avec leurs avocats. Les papiers du divorce n’attendent qu’à être signés. Pour les producteurs du film, réunir Rosamund Kwan et Jet Li est l’occasion de miser sur le couple de la première trilogie d’Il était une fois en Chine et de donner au spectateur la garantie d’une comédie d’action mêlée de romance. Dans  la partie contemporaine, Jet Li incarne un personnage falot, terne, s’habillant en gris. Il clamera pendant tout le film qu’il est responsable de l’échec du mariage mais refuse l’idée de divorcer.

Dans la partie aventure située dans les années 1930, Wai est un héros bondissant prêt à en découdre avec tous ses ennemis et les Japonais en premier. Enervé d’être quitté par sa femme, Chow prend la plume pour décrire Monica en tant que personnage néfaste. Elle sera Cammy une Japonaise aussi belle que vénéneuse. Dans un laboratoire secret, justement situé à la même adresse que le lieu où ils doivent se rencontrer pour le divorce, on découvre Cammy dans une longue robe noire armée d’un fouet qui dirige des opérations pour créer un gaz mortel. A un autre moment, c’est au tour de Shing et Yvonne (Charlie Young) de reprendre l’écriture en décrivant Cammy, certes comme une femme fatale, mais amoureuse de Wai. Finalement, Monica participera aussi à la rédaction du livre.

Chaque personnage contemporain aura son rôle dans le récit d’aventure au gré des humeurs de celui qui écrit. Law Kar-ying, personnage de gribouille devient le rédacteur en chef d’un journal qui résiste aux Japonais. Yvonne est alors Yan-yan, sa fille, et tombera amoureuse de Shing. Lo, patron de Chai, est le savant fou qui aide Cammy. Le récit ainsi mise en abyme rappelle la narration du Magnifique de Philippe de Broca où Jean-Paul Belmondo à la vie amoureuse compliquée se voyait comme un espion spécialiste de la gent féminine, laissant le récit divaguer au gré de son humeur du jour. L’imbrication du récit de Dr. Wai est parfaitement bien menée.

Les aventures quant à elles sont dans l’esprit des Indiana Jones avec de nombreux ennemis tous vicieux et épouvantables, des trahisons, des animaux dangereux (ici un rat géant) et un temple secret caché sous la muraille de Chine. Wai est chargé d'une mission, pur MacGuffin scénaritique : il doit retrouver un parchemin disparu depuis des lustres et une boite aux pouvoirs aussi magiques que dangereux. De plus, l’humour est constamment présent, un comique à la Jackie Chan (Jet Li bastonne avec un parapluie un adversaire, Wai et Shing se déguise grossièrement en femmes, après des ninjas Wai doit combattre des sumotoris).

La version en mandarin de Dr. Wai ne reprend pas la partie contemporaine. Une voix off narre les aventures de son père. Pour palier le manque de cette partie, d’autres moments sont ajoutés : une scène de bain entre Rosamund Kwan et Jet Li pour faire un peu d’érotisme, la maladresse du personnage de Takeshi Kaneshiro est accentuée (il se retrouve coincé sous un berger allemand à l’ambassade du Japon), le personnage de rédacteur en chef est plus présent (une belle scène où il circule pour faire la typo du journal comme un artiste martial) et d’autres scènes encore. Dans cette version, l’histoire romantique entre Cammy et Wai est mise en avant laissant de côté celle entre Shing et Yan-yan. Sinon, toutes les scènes d’action sont les mêmes. Pour ma part, je préfère la version de Hong Kong pour son travail narratif plus élaboré.

Dr. Wai (The Scripture with no words, 冒險王, Hong Kong, 1996) Un film de Ching Siu-tung avec Jet Li, Rosamund Kwan, Takeshi Kaneshiro, Charlie Young, Law Kar-ying, Ngai Sing, Billy Chow, Johnnie Kong, Liu Tie-lian.

samedi 8 septembre 2012

Le Sorcier et le serpent blanc


Ce sont deux sœurs serpents, nées sous le signe du démon. Serpent blanc (Eva Hung) jette son dévolu sur Xu Xian, un jeune cueilleur d’herbes (Raymond Lam) qui traverse leur territoire. Cet homme tombe à l’eau et elle va le secourir de la noyade et l’embrasse sous l’eau. Elle échange de cette manière un peu de son essence vitale, liant leur destin à jamais. Sa sœur, Serpent vert (Charlene Choi) lui avait fait peur en prenant la forme totale d’un serpent géant. Sinon, la plupart du temps, on les découvre mutante avec la queue qui se balance de branches en branches, rampant pour se déplacer, avec le buste dénudé en écailles, mais qui n’en montre pas trop. Vilain et franchement ridicule. Les deux sœurs sont de caractère opposé, Serpent vert étant taquin, espiègle et ne faisant pas confiance aux humains. Serpent blanc est une indécrottable romantique.

On le sait, les histoires d’amour entre humain et démon sont vouées à l’échec. D’autant plus qu’un abbé taoïste rode dans le coin. Le Sorcier et le serpent blanc démarrait sur le personnage de l’abbé Fahai (Jet Li) et de son fidèle assistant Nengren, un jeune moine (Wen Zhang) encore inexpérimenté qui chassait une femme démon des neiges. Dès l’ouverture, le ton est donné : beaucoup d’effets spéciaux grandiloquents. Intransigeant, l’abbé cherche à éliminer les deux serpents qui rodent en ville pour la fête des lanternes. Xu Xian ne reconnait pas Serpent blanc. Avec la complicité de Serpent vert, elle va réitérer la scène initiale pour qu’il tombe amoureux d’elle. Et le stratagème fonctionne. Xu Xian et Serpent blanc s’aiment désormais d’amour et d’herbes fraiches, puisqu’en tant que cueilleur, il est très pauvre.

Seulement voilà, lors de cette fête, un vampire se pavanait en gondole et le moinillon en voulant le chasser a été contaminé. Serpent vert était parvenu à retenir Nengren, dans l’une des rares scènes comiques réussies du film, où elle testait sa maladresse en cherchant à la séduire. Le film, une fois Nengren transformé en démon (oreilles en pointes, dents de vampires et griffes à la place des doigts) va tout simplement évacuer ce personnage et celui de Serpent vert pour ne se concentrer que sur Xu Xian et Serpent blanc. Les deux récits sont trop semblables pour apporter des contradictions scénaristiques, à moins que ce ne soit que de la paresse. Or ce vampire a contaminé beaucoup d’innocents que Xu Xian s’évertue à soigner. Ainsi, l’abbé Fahai retrouve la piste des deux amoureux et les pourchasse.

Xu Xian ignore tout de la nature de Serpent blanc, jusqu’à ce que Fahai l’oblige à montrer sa forme d’origine. Blessée, elle doit être soignée et une souris (oui, il ya des animaux qui parlent parce que ça doit être mignon et que les enfants doivent sans doute adorer ça, il y a aussi un lapin et une tortue qui causent) conseille à Xu Xian d’aller chercher une herbe magique dans la pagode où l’abbé avait fait prisonnier la plupart des démons qu’il a pu chasser. Evidemment, la plupart des démons sont libérés et l’apocalypse pointe le bout de son nez. C’est le début d’une longue bataille entre Serpent blanc et l’abbé. Et franchement, on avait connu Ching Siu-tung en meilleur forme, mais depuis dix ans, depuis l'épouvantable Hero de Zhang Yimou (dont il signait les chorégraphies) et l'atroce Naked weapon, Ching Siu-tung n'est plus que l'ombre de lui-même. Pour tout dire, Le Sorcier et le serpent blanc est très éloigné de Green snake de Tsui Hark, pourtant pas un chef d’œuvre mais qui avait un charme indéniable.

Le film est avant tout une romance entre deux personnages que tout oppose. Jamais ils n’auraient du s’aimer. Le lyrisme se transforme en mièvrerie : les deux scènes de baiser sous l’eau sont jolies mais vite leur amour passe en mode soap opera avec regard langoureux tellement appuyé qu’on dirait des veaux. Quant aus effets spéciaux qui occupent bien 80% des plans, ils jouent dans la surenchère. Fahai est attaqué par une femme démon qui a l’apparence d’un renard blanc : dix renards attaqueront, puis dix femmes sexy qui sortiront d’un bambou (là aussi un certain public avide de jolies filles est visé). Les deux sœurs se battent à l’épée contre l’abbé, une nuée de sabres seront lancés à son encontre. Plus tard, c’est un ras de marée qui envahit la pagode, et finalement, tout explosera. Aucun charme ne se dégage de ces scènes en numérique. C’était déjà ce qui plombait Legend of Zu, Wu Ji et dans une moindre mesure Green snake. Tant que les producteurs penseront que les décors numériques remplacent les émotions des acteurs, ces films seront irregardables et sans saveur.

Le Sorcier et le serpent blanc (The Sorcerer and the White Snake, 白蛇傳, Chine – Hong Kong, 2011) Un film de Ching Siu-tung avec Jet Li, Eva Huang, Raymond Lam, Charlene Choi, Vivian Hsu, Law Kar-ying, Kwok Sin-nae, Wen Zhang, Song Wenjia et les voix de Jiang Wu, Miriam Yeung, Chapman To, Lam Suet.