mercredi 7 novembre 2007

Les 14 Amazones



Dès le début du film, on est mis dans le bain. Le générique en scope de la Shaw Brothers utilise toute sa longueur pour établir la généalogie de la famille Yang. Des bas reliefs illustrent cette histoire quand tout à coup, pour montrer la guerre qui sévit à cette époque troublée où les Chinois étaient attaqués par les Mongoles, l'écran est coupé en son centre par des images de ces combats. Comme une lame qui viendrait briser cette famille respectable. Le reste du scénario des 14 Amazones ne sera que cela : comment les Yang seront détruits les uns après les autres par les hordes barbares. Les nombreuses péripéties qui découleront deux heures durant n'auront pas d'autre but.

Et à commencer par les chef de la tribu, Yang Tsung-pao. Parti combattre avec ses frères l'invasion mongole des Hsiao, il se retrouve pris au piège et exterminé par les soldats. Le roi Hsiao a cinq fils, dont le plus cruel est le dernier. Il prend un plaisir non feint à torturer ses prisonniers et les Yang seront décapités sans pitié au son d'un rire sardonique typique des méchants. Le cinquième Prince, c'est Lo Lieh, toque en fourrure blanche constamment vissé sur la tête et chaussures rouges aux pieds. Il semble prendre beaucoup de plaisir à son rôle de méchant. Il aura l'occasion de faire beaucoup le méchant, de donner des coups de fouet à de pauvres innocents, de bastonner une gentille fille et de décapiter ceux qui ne sont pas de son avis, d'organiser des combats sanglants entre ses hommes, de les autoriser à violer des jeunes filles capturées. Et d'autres horreurs encore. Plus méchant, c'est dur.

Les ennemis des Hsia, ce sont les Chinois, ici symboles de loyauté, de pureté et d'honnêteté. Ses meilleurs représentants en sont la famille Yang. Toute la parentèle nous est présentée en début de film : chaque actrice a son nom en lettres jaunes en bas de l'écran. Comme elles sont nombreuses, on a peu de temps pour vraiment faire connaissance avec elles. Mais, voilà les Yang, famille ô combien estimable en train de faire la fête pour l'anniversaire de Tsung-pao. Or, ce qu'elles ignorent c'est que Tsung-pao vient de mourir précisément ce jour-là. Sous la direction de la Grande Dame, et au grand dam du Ministre de l'Empereur qui voit défier son autorité et qui ne comprend comment des femmes pourraient lutter contre les Hsiao, les femmes décident de partir combattre les barbares et de rétablir l'ordre. Toutes ne reviendront pas.

De nombreux points différencient Les 14 Amazones des autres productions Shaw Brothers de la même époque. On ne trouve pas le héros solitaire et mélancolique de Chang Cheh. Il n'y a pas l'esthétisme des films de Chu Yuan pour qui il était plus important de faire le point sur une rose au premier plan que sur le combat en arrière plan. Les règles pures de combats chères à Liu Chia-liang ne seront pas respectées. C'est sur un tout autre plan que Cheng Kang réussit Les 14 Amazones. Il compte d'abord sur son casting impressionnant, sur ses méchants Lo Lieh et Tien Feng en tête. Et sur ses actrices toutes superbes. Elles ne seront pas assez de quatorze pour venir à bout des pièges tendus par l'ennemi.

Mais ce qui étonne le plus dans Les 14 Amazones reste les combats eux-mêmes. Pas tous, certes, mais certains notamment le dernier, sont filmés caméra à l'épaule, au plus près des personnages. Pour dire vrai on se croirait dans certaines scènes de The Blade. On ressent le chaos, la haine des combattants les uns pour les autres. Le scope permet à des centaines de figurants de se battre. C'est Ching Siu-tung, le fils de Cheng Kang qui avait alors 18 ans, qui a réglé certains combats. On retrouve la frénésie qu'il utilisera dans ses Histoires de fantômes chinois. Les combats, avec en contrepoint une musique qui mélange les genres, prennent une ampleur assez rare pour un Shaw Brothers.

On est du coup très indulgent, devant cet immense effort de rendre réaliste les scènes de sabre, pour les décors en carton pâte (l'attaque de la forteresse ou celle du barrage ou encore les miniatures dans le canyon), pour les chansons mièvres (les paroles sont de Cheng Kang), pour l'esprit puritain qui accompagne le wu xia pian (toujours l'honneur des époux à défendre et surtout pas le féminisme), pour le sang ketchup (Lo Lieh boit le sang de l'esclave qu'il vient de fouetter), pour les grimaces censées exprimer la douleur (et toujours quand une soldate pleure elle met ses yeux dans ses manches). Cheng Kang, qui reçut le Golden Horse du meilleur metteur en scène – récompense méritée – reste un cinéaste qu'on a envie de découvrir.

Les 14 Amazones (The 14 Amazons, 十四女英豪, Hong Kong, 1972) Un film de Cheng Kang avec Lisa Lu, Ivy Ling Po, Li Ching, Lily Ho, Lo Lieh, Yueh Hua, Shu Peipei, Wang Ping, Tina Chin Fei, Ting Pei, Wang Hsieh, Fan Mei-sheng, Chen Yen-yen, Hsia Ping, Lin Ching, Ching Miao, Tien Feng, Huang Chung-hsing

mardi 6 novembre 2007

Super Inframan


D'un côté, il y a les très méchants : la Reine des Glaces et ses monstres sortis de la montagne. De l'autre côté, il y a les gentils : le Professeur et Inframan qui vont sauver le monde des méchants. Au milieu, le spectateur conscient que ce qu'il voit sur son écran est un nanar. Le sachant, il est possible d'admirer la naïveté de l'action sans honte et de voir le film comme une pièce de musée. Pièce unique en son genre : le film de monstres de Hong Kong.


Super Inframan était sorti sur les écrans français le 18 mai 1977. Le voici qui déboule aujourd'hui en dvd sans la version française qui aurait permis de voir comment on doublait à l'époque les films d'actions HK avant de les sortir dans les cinémas de quartier. Cela aurait été très intéressant. Réalisé par Hua Shan et avec dans le rôle titre Daniel Lee, alors débutant – il jouera en 1989 dans The Killer de John Woo – Super Inframan est une production Shaw Brothers destinée au pur divertissement familial.


Il ne s'agit pas de réévaluer un film somme toute assez médiocre, réalisé par un habitué des films de grande consommation. Mais après tout, qui n'a jamais aimé un nanar pour des raisons inavouables ? Voir un Bruce Lee, voir certains Tsui Hark (Mad Mission III, par exemple) a toujours eu sur le spectateur amateur de films asiatiques un effet jubilatoire. On ne parlera pas de mise en scène, de direction d'acteurs, de réalisme ou de politique, mais plutôt des personnages du film, tous hauts en couleur, et du scénario typique des films d'action.


Le générique d'ouverture du film donne le ton. Daniel Lee devient Inframan. Sa combinaison bleue se change en rouge et d'homme ordinaire, il se transforme en super héros. La musique disco (le film date de 1975) scande la métamorphose. Puis arrive l'action. Une sorte de ptérodactyle dégénéré attaque un bus rempli d'enfants. Il crée un tremblement de terre. Puis, c'est la ville entière qui est en feu. Il se passe quelque chose. Quoi, se demandent les gens ? C'est la Reine des Glaces qui a réveillé des monstres plus terrifiants les uns que les autres, répond le Professeur.


La Reine des Glaces (pas celle de Zu de Tsui Hark) veut dominer le monde. Refrain entendu, certes, mais contre lequel le Professeur a une arme absolue : son meilleur homme (Daniel Lee, donc) qu'il va transformer en machine à combats : Super Inframan. La Reine, aidée d'une Démone-Vision dont les paumes des mains ont un œil, va riposter pour que son funeste dessein soit poursuivi. Coiffée d'une longue chevelure blonde peroxydée, vêtue d'une combinaison de cuir que surmonte une cape de tulle rose et tenant un fouet dans la main droite, la Reine des Glaces a, pour combattre, une armée de monstres préhistoriques patibulaires.


De sa cave située dans un volcan, elle dirige ces créatures. Découpe-Montagne, monstre de pierre à qui aucun mur ne résiste. Monstre-Araignée, rouge et qui prend une taille monumentale. Monstre-Plante qui envahit la base du Professeur. Ou encore un monstre tout poilu qui crache des rayons laser. Tous grognent, ricanent, gesticulent dans tous les sens... et laissent presque apparaître leur fermeture éclair. A côté des créatures diaboliques, la Reine possède une armée de soldats, les Squelettors. Ils ont des casques de moto surmontés de cornes blanches. Ça fait peur !


A chacun de découvrir les aventures riches en rebondissements de Super Inframan. Inutile de préciser que les méchants n'auront pas le dernier mot, malgré leurs vilenies particulièrement crasses. Le plaisir, pour autant qu'on goûte à ce genre de divertissements, reste intact


Super Inframan (中國超人, Hong Kong, 1975) Un film de Hua Shan avec Danny Lee, Yuan Man-tzu, Wang Hsia, Terry Liu, Fanny Leung

lundi 5 novembre 2007

Mad Monkey kung-fu


Mad monkey kung-fu sorti à Hong Kong le 5 octobre 1979 est symptomatique de la bataille entre les deux studios, Shaw Brothers et Golden Harvest. Liu Chia-liang interprète en personne le rôle principal. Il est Chen un acteur d’opéra adepte du kung-fu. Il joue avec sa sœur (Kara Hui) l’opéra. Parmi les spectateurs se trouve un homme riche, Maître Duan (Lo Lieh) qui lorgne sur la sœur. Il défie Chen, qui a beaucoup bu (c’est un alcoolique) et le bat. Il fait croire qu’il a violé sa femme et, par respect, la sœur devient la concubine de Duan pour payer la dette de Chen. Duan punie violemment Chen en brisant ses mains. Il ne peut plus pratiquer le kung-fu. On le retrouve deux ans plus tard et fait la rencontre de Petit Singe (Hsiao Hou). Les deux hommes s’allient contre la triade qui terrorise la petite ville où ils résident. Petit Singe devient le disciple de Chen et ira affronter les méchants.

Le scénario est classique des films de kung-fu. Il développe le thème, cher à Liu Chia-liang, de l’apprentissage, de la discipline et de la politesse. D’une certaine manière, Mad monkey kung-fu est un remake non officiel (évidemment) de Drunken master de Yuen Woo-ping avec Jackie Chan. L’idée de choisir le novice Hsiao Hou est de ce point de vue géniale. Son jeu est à l’opposé extrême de celui de Liu Chia-liang et fonctionne à plein régime. Hsiao Hou est un acteur bondissant, toujours souriant, d’une grâce exceptionnelle. Physiquement, il n’a rien à voir avec les acteurs habituels des films de Liu (Lo Lieh le géant, Gordon Liu, ou l’insipide Wong Yu). Constamment torse nu, comme l’était à l’époque Jackie Chan dans ses films, Hsiao Hou est très finement musclé et ressemble à un gamin. Ses facéties face au sérieux du personnage mélancolique de Liu Chia-liang font merveille.

Comme Simon Yuen dans le bien nommé Drunken master, Liu Chia-liang a un petit problème avec la boisson. De la même façon, l’entraînement qu’il fait subir à Hsiao Hou est aussi cruel et difficile que celui que subissait Jackie Chan : des épreuves de forçat. Autre référence au film de Yuen Woo-ping, la parodie de la musique de Wong Fei-hung. Liu Chia-liang et son scénariste habituel Ni Kuang proposnet également un critique frontale et sans ambiguïté de la montée en force des triades. Il va s’en dire que la mise en scène du cinéaste chorégraphe s’est largement améliorée depuis ses premiers films et cette fois il intègre encore mieux les scènes d’humour au milieu de l’action.

Mad Monkey kung-fu (瘋猴, Hong Kong, 1979) Un film de Liu Chia-liang avec Lo Lieh, Kara Hui, Hsiao Hou, Liu Chia-liang

samedi 3 novembre 2007

Kidnap


Le destin de quatre amis qui espéraient s'enrichir en kidnappant le fils de leur patron.

La Shaw Brothers n'a pas produit que des films de kung-fu. On a un peu tendance à l'oublier. Kidnap est un polar à suspense porté par des stars du studio. Le film est mis en scène par un réalisateur maison qui passait d'un genre à un autre sans problème. Cheng Kang est peu connu sous nos latitudes. Seul Les Douze médaillons d'or est sorti en France en 1978. Il est aussi l'auteur d'un Flying guillotine 2 (la suite produite par les Shaw pour concurrencer Jimmy Wang-yu). On va également cette année pouvoir découvrir son Magnificient swordsman. Lo Lieh et Tung Lam, soit les deux acteurs principaux de La Main de fer, sont en haut de l'affiche de Kidnap. On retrouve dans l'équipe du film, Cheng Yung-yu, compositeur de la musique de ce même film, désormais mondialement célèbre grâce à Kill Bill.

Lung Wei (Lo Lieh) est un modeste employé d'une station service. Son patron le méprise et l'humilie constamment. Un soir, il drague Ching Chue (Hi Chun), une jeune femme dans une discothèque. Il se fait passer pour un homme fortuné jusqu'à ce que son patron arrive et révèle le pot aux roses. Ching Chue avait pourtant prévenu Lung Wei " no money, no talk ", dit-elle en anglais dans le texte. Déçue d'avoir été séduite par un pauvre, elle abandonne le sympathique Lung Wei à son sort. Ce dernier décide de se venger et de séquestrer le fils de son patron pour lui réclamer une rançon. Il aura ainsi suffisamment d'argent pour plaire à la belle.

Lung Wei demande à trois de ses amis un bon coup de main. Ting Hsiao-chiang (Lam Wai-tu), le plus jeune, est un joueur professionnel (un gambler), il passe sa vie à tenter de gagner des tournois de domino. Niu Ta-kang (Tung Lam) est un chauffeur routier un peu brutal. Sa mère, très âgée, continue de travailler pour subvenir à ses besoins. Cela le remplit de honte. Enfin, dernier de la bande des quatre, Chao Hai-chuan (Fan Mui-sang) est maquilleur corps dans une boîte de strip tease. Marié, il a deux enfants. Ensemble, ils vont manigancer un plan pour kidnapper le gosse de riche. Le fiston du patron, en l'occurrence, a une bonne trentaine d'années.

Les quatre amis préparent leur plan en rigolant, persuadés de leur future réussite. Ils vont enlever le jeune Wang à la sortie d'une boîte de nuit et l'emmèneront plus loin. Pas de chance, Ching Chue est témoin de toute la scène et tente de faire chanter Lung Wei. Il est à deux doigts d'être très riche et la séduit sans mal, ils couchent ensemble et elle tombera enceinte. L'enlèvement ne se déroule pas les gars l'avaient prévu : le fils Wang reconnaît l'employé de son père. Et ça n'est pas parce que le fils meurt qu'ils ne vont pas continuer à demander leur rançon. Ils envoient une oreille au père. Petit à petit, ils tombent dans un engrenage dont ils ne peuvent plus contrôler le court.

Ils décident d'enlever le père. Deuxième kidnapping qui, cette fois, se solde par un succès. Les voilà riches et prêts à vivre la grande vie. D'ailleurs, c'est ce que s'empresse de faire Chiang, le joueur compulsif. Belle veste, briquet et montre en or, pourboire exorbitant. Chiang donne tous les indices à des hommes plus crapuleux que lui, qu'il est dans le coup de cette bande que la presse surnomme les loups. Le patron du tripot en profite pour faire chanter Chiang et ses amis. Un sale coup de pelle sur la nuque et voilà le maître chanteur hors du coup. Nouveau meurtre. Chiang tente alors d'arnaquer ses trois camarades en s'enfuyant avec le fric et va les dénoncer à la police.

Et le film ne s'arrête pas en si bon chemin. On n'en est qu'à la première heure. Dans la seconde partie, la police traque la bande. Les trois tentent de se cacher et se rendent bien compte qu'ils sont dans une impasse. La police les recherche fructueusement et ils sont condamnés à mort par la justice britannique. On ne se permettra de raconter la fin du film (l'affiche la dévoile avec cette corde de pendu), mais pas son déroulement qui ménage avec une redoutable efficacité un suspense haletant lors de la traque. L'angoisse de Lung Wei, Chao et Ta-kang de trouver une solution à leur problème est admirablement rendue. Il est difficile de ne pas se sentir en empathie avec ces personnages, quels que soient leurs crimes, tant la mise en scène de Cheng Kang tend vers cet effet d'identification.

Kidnap est certes un film moral où les vilains sont châtiés. Le scénario est souvent attendu, mais ce qui fait l'intérêt de ce film est la manière du cinéaste de dynamiter son récit (dont il est le scénariste) par certains procédés assez rares dans le cinéma de Hong Kong. L'introduction du film est à ce titre exemplaire. Un plan nocturne de la ville où un carton nous indique que les faits sont purement fictionnels et que toute ressemblance... Peut-être, mais tout dans le film nous dira le contraire, comme ces journaux où les photos des criminels de la bande des loups ne ressemblent pas aux acteurs du film. Cheng Kang donne, dans le même esprit, une dimension réaliste aux poursuites et un aspect très documenté sur les conditions de vie des otages. Cheng filme la solitude des ces gars sans le sou. La promiscuité des logements est clairement décrite comme leur misère sexuelle. Cheng a eu, pour interpréter ses personnages, des stars du studio, mais ils semblent jouer presque sans fioritures. Maquillage discret, vêtements ordinaires. Difficile de ne pas s'immerger dans le film.

Ce qui tranche singulièrement avec les autres productions Shaw Brothers est l'aspect esthétique de Kidnap. Cheng n'hésite pas non plus à filmer des scènes dans une obscurité presque totale (comme le fait aujourd'hui très souvent Johnnie To dans ses polars réalistes tel PTU ou Election). L'image et le cadre sont très travaillés comme dans la scène de présentation des quatre amis où les morcellements du plan décrivent la désintégration progressive des personnages. Kidnap commence par des cris ("K O M A" : aidez-moi, en cantonais) d'un personnage que l'on ne connaît pas encore. Scène inaugurale en noir et blanc qui tend vers le gris, image renversée, comme pour indiquer que, quoi qu'il en soit, tout ira mal. Cette scène, on ne le comprendra qu'une heure vingt minutes plus tard. Mais la chose la plus étonnante dans ce film de Cheng Kang est qu'il soit parlé en cantonais, chose rarissime dans les films produits par les frères Shaw. Comme si un message devait être délivré directement à la population de Hong Kong qui ne parlait pas le mandarin. Le crime ne paie pas, dit en substance Kidnap. Or, c'est le contraire. Le crime paie puisqu'il permet de réussir un chef d'œuvre noir et funèbre d'une force térébrante.

Kidnap (天網,Hong Kong, 1974) Un film de Cheng Kang avec Lo Lieh, Hu Chin, Fan Mei-sheng, Liu Wu-chi, Tung Lin, Lin Wei-tu, Chin Feng, Liu Tan, Wang Lai, Ching Miao, Chiang Nan, Hsia Ping, Chow Kat

jeudi 1 novembre 2007

Sorties à Hong Kong (novembre 2007)

Triangle (鐵三角)

Un film de Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To avec Louis Koo, Simon Yam, Sun Hong-lei, Lam Ka-tung, KellyLin, Yao Yung, Lam Suet. 93 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 1er novembre 2007.

Site officiel : cliquer ici.




mercredi 31 octobre 2007

Chacun son cinéma (dans les cinémas)

Après un passage sur Canal +, une sortie en DVD, Chacun son cinéma sort aujourd’hui en salles. Etonnant parcours, à rebours de ce qui se fait d’habitude.

Le film est pourtant très moyen, voire médiocre sauf exceptions. Mais, il est déjà mieux que Paris je t'aime.

Voilà ce que j’en disais à l’époque : cliquer ici

mardi 30 octobre 2007

Paris je t'aime


Il faut commencer par préciser que le texte qui va suivre est écrit par un provincial, quelqu’un qui n’a jamais habité Paris. Ça ne l’empêche d’aimer Paris et surtout quelques quartiers et, comme bon nombre de passionnés de cinéma asiatique, le 13ème arrondissement et plus précisément la galerie marchande de l’avenue d’Ivry où se trouvent les magasins de DVD et VCD chinois, japonais et coréens. Là bas, il y a bien du choix et c’est un enchantement des yeux mais une punition pour le porte-monnaie.
Un sketch de Paris je t’aime se déroule dans ce quartier. C’est celui de Christopher Doyle. On ne présente plus cette légende vivante du cinéma de Hong Kong. Il est le chef opérateur des films de Wong Kar-wai depuis Nos années sauvages, des récents films de Peter Chan Ho-sun (Nouvelle cuisine et Perhaps love), entre autres. Doyle a réalisé un film en 1999 Away with words vu à Cannes et inédit en France. Récemment, il a fait partie du casting le plus peuplé (plus de 40 stars au générique) de McDull the alumni, gros succès au box office local.
Son sketch Porte de Choisy n’est pas le plus indispensable mais il est sans doute le plus fou. On y voit un marchand de perruques (Barbet Schroeder, le réalisateur de More, Le Mystère Von Bülow ou encore de Calculs meurtriers) qui cherche à entrer en contact avec Madame Li (Li Xin, folle furieuse irrésistible). On y voit l’escalator en panne (comme toujours), l’élection des 13 Miss Olympiades (toutes asiatiques bien entendu), un temple bouddhiste avec un bonze étrange, une chanson, des couleurs, et plein d’autres choses encore. Quelques minutes de bonheur. Les Chinoises revêtent des perruques blondes qui les font ressembler aux mannequins occidentales. Barbet Schroder s’appelle Monsieur Henny. Ai ni…
Le cinéaste japonais Nobuhiro Suwa a aussi tourné un sketch Place des Victoires. Juliette Binoche et Hyppolite Girardot sont deux parents qui viennent de perdre leur fils d’une dizaine d’années. Binoche sombre peu à peu dans la folie. Dans la nuit, Willem Dafoe apparaît sur un cheval et fait revenir le garçon pour un dernier voyage d’avant paradis. La mort, la vie, le désespoir, le souvenir, la maternité. Suwa recycle ses thèmes sans parvenir à émouvoir. Les derniers mots « merci Dieu » finissent de lasser.
Paris je t’aime est un film cartes postales produit par Claudie Ossard à qui l’on doit les films français de Jean-Pierre Jeunet. C’est donc une habitude chez elle de faire dans le politiquement correct. Paris je t’aime est une merveilleuse publicité pour Paris où les touristes se promènent tranquillement et où les minorités ethniques semblent à peine exister. Gurinder Chadra filme une jeune musulmane voilée, par choix, qui tombe amoureuse d’un joli rouquin qui va l’attendre à la Mosquée. Olivier Schmitz filme un crime Place des Fêtes entre des petites frappes et un Black amoureux d’une Black. Walter Salles et Daniela Thomas (Central do Brasil) réussissent le plus beau sketch où une brésilienne de banlieue doit laisser son nourrisson à la crèche pour s’occuper du bébé d’une bourgeoise du 16ème : économie de moyens, de dialogues mais grande force d’expression.
Au cas où vous voudriez (re)voir ce Paris je t’aime qui dure tout de même deux heures, sachez que les sketchs ne sont pas tous de la meilleure qualité. Ceux q’on aime sont ceux de Gus Van Sant (Le Marais), une histoire de drague entre un Français et un Américain. Celui d’Alexander Payne, auteur de l’alcoolisé et excellent Sideways (14ème arrondissement) où une sympathique Américaine passe cinq jours de tourisme à Paris en solo. Son problème est qu’elle n’a personne à qui dire combien Paris est une belle ville. Et enfin le sketch des frères Coen (Tuileries) avec Steve Buscemi qui lit un guide pour touristes particulièrement farfelu. Pour amateur de court métrage à chute uniquement.
En revanche, on a détesté le sketch de Sylvain Chomet auteur de l’atroce Triplette de Belleville où des mimes nous font nous rappeler la haine d’Alain Chabat pour cette corporation d’artistes dans La Cité de la peur et nous la fait partager. Vincenzo Natali, réalisateur de Cube essaie de nous refaire Sin City avec un Elijah Wood victime d’une vampire. Fichtre, il y a des vampires dans le quartier de la Madeleine. Quant au cinéaste allemand Tom Tykwer, il n’a pas modifié sa mise en scène tape à l’œil depuis son énervant Cours Lola cours. Pauvre Nathalie Portman, elle mérite mieux que ça. Enfin, Olivier Assayas filme Maggie Gyllenhal à la recherche de shit. Passons ! Paris je t’aime est un objet gentil, comme dirait Luc Besson. Pas du tout indispensable. Bien au contraire.
Générique de Paris je t’aime :
MONTMARTRE de Bruno Podalydès. Avec Florence Muller, Bruno Podalydès. QUAIS DE SEINE de Gurinder Chadha. Avec Leila Bekhti, Cyril Descours. LE MARAIS de Gus Van Sant. Avec Marianne Faithfull, Elias McConnell, Gaspard Ulliel. TUILERIES de Joel et Ethan Coen. Avec Steve Buscemi, Julie Bataille, Axel Kiener. LOIN DU 16EME de Walter Salles et Daniela Thomas. Avec Catalina Sandino Moreno. PORTE DE CHOISY de Christopher Doyle avec la collaboration de Gabrielle Keng Peralta et Rain Li. Avec Barbet Schroeder, Li Xin. BASTILLE de Isabel Coixet. Avec Sergio Castellitto, Miranda Richardson, Leonor Watling. PLACE DES VICTOIRES de Nobuhiro Suwa. Avec Juliette Binoche, Willem Dafoe, Hippolyte Girardot. TOUR EIFFEL deSylvain Chomet. Avec Paul Putner, Yolande Moreau. PARC MONCEAU de Alfonso Cuaron. Avec Nick Nolte, Ludivine Sagnier. PIGALLE de Richard LaGravanese. Avec Bob Hoskins, Fanny Ardant. QUARTIER DES ENFANTS ROUGES de Olivier Assayas. Avec Maggie Gyllenhall, Lionel Dray. PLACE DES FETES de Olivier Schmitz. Avec Aissa Maiga, Seydou Boro. QUARTIER DE LA MADELEINE de Vincenzo Natali. Avec Elijah Wood, Olga Kurylenko, Wes Craven. PERE-LACHAISE de Wes Craven. Avec Emily Mortimer, Rufus Sewell, Alexander Payne. FAUBOURG SAINT-DENIS de Tom Tykwer. Avec Natalie Portman, Melchior Beslon. QUARTIER LATIN de Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin. Avec Gérard Depardieu, Gena Rowlands, Ben Gazzara. 14EME ARRONDISSEMENT de Alexander Payne. Avec Margo Martindale.

lundi 29 octobre 2007

Their private lives



Avant John Woo, Chow Yun-fat n'a pas joué que dans des grands films. En 1978, il trouve son premier grand rôle dans Their private lives, un film de charme qui frôle le bon goût sans jamais tomber dedans.

On connaît Chow Yun-fat pour sa brillante carrière devant la caméra de John Woo : Le Syndicat du crime, The Killer ou A toute épreuve. L'acteur a tourné dans pas mal de bons films, il a reçu le Golden Horse Award du meilleur acteur pour Hong Kong 1941. Il a tourné pour Ann Hui, Johnnie To, Ronnie Yu, Tsui Hark et Ringo Lam. En 1989, il joue pour Wong Jing dans God of gamblers et se retrouve numéro un au box office. Bref, pendant une bonne dizaine d'années, entre 1984 et 1994, Chow Yun-fat est le cinéma de Hong Kong. Certes son départ pour Hollywood a plombé sa carrière, mais son aura est intacte auprès des fans.

Reste que l'on ne connaît pas ses premiers films. Ainsi, un jour un de mes amis bien intentionné m'a offert une copie d'un des premiers films avec Chow Yun-fat. Ce film c'est Their private lives. Il est réalisé par un inconnu, un certain Yueng Kuen. C'est le cinquième film de Chow Yun-fat, selon la filmographie établie par Christophe Genet, et le troisième avec ce réalisateur. On trouvera bien peu de renseignements sur Yueng Kuen. Selon l'imdb, son dernier film date de 1995. Sur Their private lives, seuls les noms de Yueng et celui de Chow sont indiqués.

Personne ne semble l'avoir vu depuis 1978, une époque lointaine où Chow Yun-fat débutait et où le jeune acteur était considéré comme un bellâtre issu de la télévision. C'est donc avec une grande joie que j'espère contribuer à la poursuite de l'édification du mythe à l'heure où Chow Yun-fat renoue avec le cinéma avec trois nouveaux films : l'un sous la caméra de Ann Hui, le deuxième avec Gong Li filmé par Zhang Yimou et le dernier étant le troisième volet de Pirates des Caraïbes. Mais revenons à ce chef d'œuvre du cinéma qu'est Their private lives.

Passé le générique où aucun nom ne nous est connu et où l'on voit que notre acteur se faisait appeler Aman Chow Yun-fat, Their private lives commence avec de doux moments bucoliques sur une musique d'un romantisme extrême. Un couple bien assorti batifole dans la nature. Elle est belle, elle a de longs cheveux et un visage très doux. Lui est gras, a des lunettes qui lui bouffent le visage et sourit comme Benny Hill. Mais, ils s'aiment, ça se voit puisqu'ils se regardent dans les yeux, ils se font des papouilles et lui, il fait des ricochets sur l'eau calme et plate. En vérité, c'était un clip vidéo.

La jeune fille est apprentie comédienne (Angelina Lo). Son mari (Louis Lo Yuen) regarde la télévision et voit le clip. Le mari est gras, a des lunettes qui lui bouffent le visage, mais ne sourit jamais. Il zappe et, sur une autre chaîne, regarde le résultat d'un concours où deux nouveaux présentateurs sont élus. Comme on s'en serait douté, la jeune femme gagne. Car c'est elle l'héroïne du film. Et comme on s'en doutait aussi, le garçon qui gagne est Chow Yun-fat. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont dynamiques. Comme ils ont gagné, Siu, la fille fait un gentil bisou sur la joue de Chow, qui lui rend la pareille. Mais, le mari à lunettes est mécontent (on rappelle qu'il ne sourit jamais) et balance sa zappette sur la télé.

Chow Yun-fat est lui aussi marié. On le sait en voyant à chaque plan la photo de mariage sur le mur. Elle a les cheveux courts, avec une coupe qui évoque irrémédiablement notre Mireille Mathieu nationale. C'est une femme riche qui offre à son jeune époux tout ce qu'il faut pour qu'il reste à la maison. Pour leur premier anniversaire de mariage, après avoir soufflé la bougie du gâteau, elle lui donne comme cadeau une voiture. Il est comblé mais ce cadeau va conduire le couple à sa perte. Mais elle ne le sait pas encore.

Jusqu'à présent Chow Yun-fat devait rentrer en taxi après le travail. Après le concours, par exemple, tout le monde boit un pot de bienvenue. Et la fille, pour ne pas se faire draguer par le type au sourire de Benny Hill, préfère partager le taxi avec Chow. Mais après la première émission qu'ils enregistrent (car ce concours était fait pour trouver de nouveaux animateurs télé), elle monte dans la belle voiture neuve. Et qui sait ce qui peut arriver dans une voiture. Les deux jeunes gens comprennent qu'ils se plaisent et qu'ensemble, ils pourraient faire un bout de chemin.

Mais ils sont mariés. Le mari de la fille est jaloux. Il préférerait de toute façon qu'elle reste au foyer. On ne saura jamais quel métier le mari exerce, mais ça doit rapporter parce qu'ils ont une belle maison et une bonne. Il doit être un intello puisqu'il lit Time Magazine. Tandis que Siu lui met ses souliers (c'est ça les femmes soumises), il lui demande d'abandonner sa carrière. Elle ne veut pas. Pour bien accentuer son refus, elle croise les bras et fronce les sourcils. Elle va sans doute se donner à Chow Yun-fat car elle est moderne, elle.

Lors d'une excursion en bateau, Chow caresse le pied de Siu. Discrètement, il lui donne rendez-vous. Ils se retrouvent la nuit tombée et s'embrassent tendrement au son d'un piano si lyrique qu'on le croirait échappé d'un film de Claude Lelouch. Et là c'est le drame ! Le mari de Siu, fou de jalousie, refuse qu'elle remette les pieds au domicile conjugal. Il ne rigole pas le mari. Le sort en est jeté, elle deviendra la dulcinée de Chow Yun-fat dont le sourire illumine chacune de ses apparitions.

Chow voit en chacune des femmes une Siu en puissance. Dans une scène très érotisante, Chow couche avec une femme de petite vertu maquillée comme un camion. Mais, c'est Siu qui l'étreint à ce moment-là. C'est elle qu'il tient dans ses bras. C'est pour elle qu'il a mis ce beau slip rouge qui le rend irrésistiblement sexy. Car Chow Yun-fat est un homme sexy. C'est le George Clooney de Hong Kong. Mais la femme de Chow comprend que quelque chose se passe, que son époux sexy doit avoir une maîtresse et que cette maîtresse ne peut être que Siu. Elle décide d'aller discuter avec sa concurrente, d'autant qu'elles doivent jouer ensemble pour une série télé.

Les deux nouvelles vedettes de la télévision son désormais poursuivies par les paparazzi. Et très vite, on trouve des potins à leur sujet dans les journaux. C'est que l'événement est d'importance. Cela rend fou le mari de Siu qui casse tout dans l'appartement. La femme de Chow conclue avec les paparazzi un arrangement et prennent sur le fait les deux amants. Ils sont découverts nus comme des vers dans une chambre d'hôtel. Ils se font humilier en public. Quelle déveine ! La femme de Chow essaie cependant d'arranger tout, car elle est gentille comme Mireille Mathieu et Siu rentre au bercail chez un mari tout à coup très compréhensif et qui lui pardonne.

Voilà pour l'histoire de ce Their private lives écrit par Liang Li-jen. Le réalisateur Yeung Kuen, quant à lui, a de la suite dans les idées. Il use et abuse du zoom. Il y en a tant qu'on en prend le vertige. Il tente par moment de faire un plan un peu joli : une fleur au premier plan, des reflets sur l'eau, des lumières dans la nuit, des contres plongées, un split screen. Rien ne lui réussit. La musique est sirupeuse et niaise à souhait. Les acteurs font se qu'ils peuvent. On connaît le destin de Chow Yun-fat. Mais qu'ont pu devenir les autres ?

Chow Yun-fat sourit pendant pratiquement tout le film. Il faut dire qu'à l'époque, il était le chéri des jeunes filles et de leurs mamans. Aux antipodes des rôles qu'on lui connaît. C'est aussi pour cette raison que chaque occasion de le mettre torse nu (ou en slip rouge) est bonne. Plusieurs séquences sont dénudées, mais c'est surtout l'actrice qui apparaît dans le plus simple appareil. Le film, bien que montrant des seins et un nu féminin facial intégral, n'a été classé que catégorie II (interdit aux enfants). Et quand les acteurs sont habillés, ce qui leur arrive tout de même, les vêtements rappellent ces merveilleuses années 1970 si dignes et si kitsch.

Their private lives permet de se souvenir que chaque acteur célèbre a eu des débuts. Et qu'ils ont été parfois difficiles. C'est ce que l'on appelle les biographies interdites. Si un jour, un haut lieu saint de la cinéphilie programme une rétrospective sur Chow Yun-fat, peut-être aura-t-on le bonheur de découvrir d'autres fleurons de sa filmographie qui compte plus de soixante dix films. Their private lives irait très bien après la vision de Bullet proof monk. Chow Yun-fat est une star. Il le mérite !

Their private lives (愛慾狂潮, Hong Kong, 1978) Un film de Yeung Kuen avec Chow Yun-fat, Louis Lo, Liu Wing-sun, Chan Choi-lin, David Lo, Angelina Lo.

dimanche 28 octobre 2007

Leave me alone


Deux jumeaux, Man et Kit, respectivement interprétés par Ekin Cheng et Ekin Cheng, dixit le générique inaugural avec une certaine ironie, vont vivre entre la Thaïlande et Hong Kong des aventures où ils se trouvent plongés bien malgré eux.
Les frères Pang travaillent parfois en solo. En 2004, on a pu voir Ab-normal beauty d'Oxide et ce Leave me alone tourné par Danny, comédie sur la gémellité qui plonge dans le film de triade. Les deux films étaient tous les deux sortis en novembre 2004 à Hong Kong à une semaine d'intervalle. C'est un agréable divertissement.
Tout commence à Hong Kong. Kit, qui vit et travaille en Thaïlande, vient voir son frère jumeau Man, qui vit à Hong Kong. L'appartement est cossu, spacieux. Apparemment, les deux frères ne se sont pas retrouvés depuis un certain temps. Danny Pang n'encombre pas le film d'images trafiquées pour montrer Man et Kit dans le même plan. Rapidement la distinction entre les deux personnages se fait. Tout d'abord Man est gay. Et évidemment styliste. Ekin Cheng, qu'on n'a rarement vu très expressif, joue justement de son flegme, pour ne pas surcharger son personnage d'homo. On ne peut que s'en réjouir.
Les jumeaux sont parfaits, et forcément quand Kit a besoin de se déplacer en voiture, il emprunte le permis de conduire de son frère. Pas de chance, Kit a un accident et se retrouve dans le coma à l'hôpital. Man se rend au chevet de son jumeau et ne peut que constater la catastrophe. Il ne révèle pas au personnel soignant qu'il y a eu échange d'identité. Man récupère le portable de Kit qui se met à sonner. A l'autre bout du fil, une jeune femme s'adresse à lui et se plaint qu'il ne soit pas encore rentré en Thaïlande. C'est Jane, la petite amie de Kit. Man lui explique la situation. Jane lui demande de venir à Bangkok pour signer un papier à la banque.
Jane, c'est Charlene Choi. Que dis-je, la géniale Charlene Choi ! Vêtue d'une robe noire ultra courte qu'elle porte sous un imper beige, une paire de lunettes fumées sur le nez, cheveux courts plaqués en arrière, Jane observe, sans mot dire, Man comme une curiosité. Ils ne s'étaient jamais vus. Charlene utilise ses petites mimiques, lui tourne autour pour admirer la ressemblance confondante entre les deux jumeaux. Rassurée, ils filent à la banque signer les papiers pour le prêt. Jane ne donne aucune explication à Man et lui demande de ne répondre que " oui " à toutes les questions du banquier thaïlandais. A la banque, tout commence bien. Man, qui ne parle un mot de thaï, réponde " oui " à quelques questions banales. Mais lorsque le banquier lui demande si cet argent servira à des choses illégales le pauvre Man, avec un sourire idiot, répond " oui ". Nouvelle catastrophe, car l'argent devait servir à rembourser un mafieux local, l'irascible King.
Il faut trouver une solution. Cet âne de Man a oublié les clefs de l'appartement de Kit. Jane et Man filent donc chez le papa de Jane. Elle prévient Man que son père déteste Kit. Le père ouvre la porte de sa maison : c'est une sorte de beauf, short, chemise crade sur un vieux marcel, cheveux longs et sales. Il sort les poubelles. Mais Man est styliste et tout au long du film, il va conseiller le papa d'abord de se faire couper les cheveux (il le fait), puis de mettre des vêtements de couleur (il le fait aussi) et enfin de porter de belles chaussures au lieu de ses habituelles tongs (il s'exécute). Danny Pang prend les clichés de l'homo branché pour les retourner et en faire un fort élément humoristique. Jane dira même à son père à un moment, " vas-y drague-le, il est homo ", et le père, petit sourire en coin, semble apprécier l'idée de sa fille. Le père est joué par Kenny Bee, qu'on avait pu voir récemment dans Shanghai Blues de Tsui Hark. Sa transformation au cours du film est remarquable. Kenny Bee campe un second rôle dont on attend les apparitions avec impatience.
Mais pendant que son jumeau est en Thaïlande pour régler ses problèmes, Kit est resté à Hong Kong cloué au lit. Il se réveille de son coma. Assis à côté de son lit, il découvre Ching-chung (Jan Lamb). C'est le petit ami de Man, aussi mal fagoté que Man est une fashion victim. Il s'avère que Ching est policier. Kit décide donc de jouer le jeu et de continuer d'incarner Man, non sans certaines réactions épidermiques quand Ching veut soigner son amoureux. Ching ne se rend pas compte de la supercherie. Il tente au contraire d'expliquer son désarroi face à l'égoïsme de Man qu'il ressent dans sa vie de couple. Dans une jolie séquence alternée, Jane décrit, elle aussi, son amertume qu'elle éprouve dans sa propre vie de couple avec Kit. Les jumeaux, que l'un soit gay et l'autre hétéro, sont tout à fait semblables.
Mais King le mafieux veille pour faire vivre un enfer à Jane et son mec. King est l'exemple typique du mafieux au mauvais goût certain mais hilarant. Sa maison est kitsch à souhait, ses sapes dénotent une constante volonté d'en mettre plein la vue. Sa vulgarité est aussi grande que son arrogance. Et quand Jane et Man, tentant de négocier de la drogue contre de l'argent, tuent Keith, le frère de King, la colère de ce dernier est immense. Et sa vengeance sera plus grande encore. A ce moment du film, Danny Pang délaisse la comédie de mœurs pour aller vers les cieux plus musclés du film d'action avec cascades, gunfights, poursuites en voitures, carambolages et effets pyrotechniques. On a déjà vu tout ça ailleurs, on en est moins satisfait.
Leave me alone s'avère être une fine comédie. Le cinéma de Hong Kong a rarement produit des films où l'homosexualité est aussi décomplexée. Danny Pang en a fait un élément de comédie et non de moquerie. C'est largement suffisant pour conseiller Leave me alone. Et plutôt deux fois qu'une.
Leave me alone (阿孖有難, Hong Kong, 2004) Un film de Danny Pang avec Ekin Cheng, Ekin Cheng, Charlene Choi, Kenny Bee, Jan Lamb, Lawrence Chou

samedi 27 octobre 2007

Sayuri strip-teaseuse : Désirs humides


En avril 2000, on avait pu voir cinq films de Tatsumi Kumashiro dans les sallles. Les titres étaient superbes et je me rappelle avoir vu Le Rideau de Fusuma à l’Action Christine. Une femme faisait sortir de sa chatte un œuf. On n’en revenait pas !


Sayuri strip-teaseuse : Désirs humides faisait partie de cette découverte bien avant celle de l’œuvre de Masumura. Sauf erreur, ces films ne sont jamais sortis en DVD mais il vient de passer sur Arte et est disponible en VOD.


Ça se passe à Osaka et on suit le parcours, non de Sayuri Ichijo (dans son propre rôle) mais celui de Harumi une apprentie strip-teaseuse qui œuvre dans le même club. Sayuri a quelques soucis avec la justice et décide de se recycler dans une activité plus légale et moins dénudée. Harumi rêve de prendre sa place. Sans aller trop loin, on pourrait voir dans Sayuri strip-teaseuse : Désirs humides un remake inavoué de All about Eve de Mankiewicz.


Harumi donc, avec ses minijupes oranges et les mecs qu’elle traîne avec elle. Les mecs eux doivent traîner la lourde valise de la dame. Elle change au cours du film d’amant et tout cela ne se passe pas dans la joie.


Harumi veut piquer le numéro vedette de Sayuri, celui où elle se fait couler de la cire sur les seins. Les spectateurs sont tout excités, les petits cochons. Bien entendu, la vedette du strip-tease ne l’entend pas de cette oreille. La bataille sera feutrée en apparence comme chez Mankiewicz, mais il s’agit bien d’une lutte de générations.


Sayuri strip-teaseuse : Désirs humides est filmé en cinémascope et beaucoup de scènes sont filmées en extérieur ce qui permet de découvrir l’Osaka du début des années 1970. Kumashiro aime faire se promener son actrice dans les rues et apparemment le tournage a été sauvage et de nombreux quidams observent avec curiosité les interprètes.


Tout au long du film, on entend sur la bande sonore, des chants étranges et peut-être traditionnels qui semblent faire le chœur antique de ce drame théâtral. Quant aux scènes de cul, puisqu’on est dans un pinku, elles sont comme dans les autres films.


Sayuri strip-teaseuse : Désirs humides (一条さゆり 濡れた欲情, Japon, 1972) Un film de Tatsumi Kumashiro.