samedi 16 mai 2009

The Wicked city


Taki (Leon Lai) et Ken (Jacky Cheung) sont deux agents spéciaux de la police japonaise qui chasse les montres venus coloniser la planète. Ils travaillent en équipe mais leur patron Kayama (Yuen Woo-ping) n’a pas confiance en Ken. Ce dernier est un métis, sa mère était un monstre et la chasse aux monstres risque en conséquence d’être biasée. Mais Ken a du mal à supporter la discrimination et vient toujours en aide à son collègue lorsque le situation est difficile.


Taki mène une enquête qui concerne un riche homme d’affaires Daishu (Tatsyua Nakadai) à la tête d’un trafic de drogues consommée par les monstres, le Bonheur. Enfin, c’est ce qu’il soupçonne car son ancienne amie monstre Gaye (Michelle Reis) lui sert d’indic et pense qu’il est utile d’aller espionner au cœur de la triade. Taki va vite s’apercevoir que Shudo (Roy Cheung), le fils de Daishu est derrière le trafic. Voilà pour le scénario de cette adaptation d’un manga.


The Wicked city est un film de science fiction et il en existe peu à Hong Kong. Tsui Hark est derrière tout ça, histoire de diversifier la Film Workshop. Les monstres peuvent aller dans une autre dimension afin de se battre et également se transformer. Seulement voilà, les effets spéciaux sont bon marché ce qui donne au film un petit goût de nanar. Ça n’est pas désagréable cela étant, ça donne un peu de charme mais l’impression de brouillon dans certaines scènes de transformation sont franchement ratées. Le film regorge de plans tarabiscotés et bizarres. On nage dans le kitsch quand Shudo fait l’amour à un flipper, en fait un monstre femelle qui a la capacité de se transformer en objets.


Un des aspects les plus intéressants du film est dans le rapport entre les Taki et Ken que le réalisateur filme comme un couple qu’une fille étonnamment prénommée Gaye vient constamment séparer. Les deux acteurs sont filmés en gros plans se regardant les yeux dans les yeux. Tous veulent les séparer mais ils n’ont de cesse de se réunir. Mais chaque fois que l’un a un problème avec un monstre, l’autre surgit d’on ne sait où pour lui prêter main forte. Il est difficile de savoir si cette relation crypto gay est volontaire ou non, mais certains dialogues sur les discriminations que subit Ken peuvent le laisser penser.


Leon Lai et Jacky Cheung ont d’ailleurs le même look : costumes simples et lunettes de vue. Leur différence vient de leur rapport avec les monstres. Taki est amoureux de Gaye, ou tout du temps, il a une forte affection pour elle. Mais il pourrait avoir la même affection pour Ken puisqu’il est de sang mêlé. Cette hypothèse donnerait un peu de piment à un film qui dans son dernier tiers prend, comme souvent dans les films de série B à Hong Kong, une tournure un peu ridicule dans ses retournements de situations.


The Wicked city (妖兽都市, Hong Kong, 1992) Un film de Mak Tai-kit avec Leon Lai, Jacky Cheung, Michelle Reis, Tatsyua Nakadai, Yuen Woo-ping, Roy Cheung, Carman Lee.

jeudi 14 mai 2009

dimanche 10 mai 2009

Wu Ji, la légende des cavaliers du vent


Difficile de penser quoi que ce soit du nouveau film de Chen Kaige. En sortant de Wu Ji, on a vraiment l’impression de n’avoir pas vu grand-chose d’autre qu’un immense jeu vidéo qui mêlerait de façon plus ou moins habile des acteurs en live à l’infographie. On ne dira jamais assez tout le mal que peuvent faire les logiciels sur les wu xia pian. Dans Wu Ji, tout est désormais possible : une petite fille peut marcher sur l’eau, l’esclave Kunlun peut s’envoler 100 mètres au dessus du sol dans un travelling ascendant sans que cela n’étonne plus personne. Et n’épate plus personne non plus. Car cette surenchère d’effets spéciaux qui avait pour but d’en mettre plein la vue devient monotone depuis Hero. Mais ce mouvement avait été anticipé par Stormriders d’Andrew Lau, comme par l’atroce Legend of Zu de Tsui Hark, on assiste à une concurrence aberrante. Toujours plus de trucages numériques : on se rappelle les milliers de flèches dans le Zhang Yimou. Dans Wu Ji, l’esclave Kunlun et ses 132 compagnons doivent s’enfuir dans un canyon où les soldats du général ont lâché des buffles.

Les buffles sont tous en numérique, ils courent tous de la même façon, ils ont tous la même taille. Plus rien ne respire la vie là dedans. Et l’esclave court, court, court, toujours plus. Et tout à coup, on se rappelle la poursuite entre Yuen Qiu et Stephen Chow dans Crazy kung fu et on rit devant le ridicule de cette scène où l’esclave porte son maître sur son dos. Filmé en gros plan avec un paysage numérisé derrière lui, on se demande où sont passés les paysages chinois. Le plus navrant dans Wu Ji est que Chen Kaige a voulu en mettre plein la vue. Il est devenu le Monsieur Plus du cinéma chinois. Comme si l’addition de tous les éléments n’allait pas provoquer une indigestion et la nausée chez le spectateur. Décors, costumes, maquillage : toujours plus. Nicholas Tse change de fringue à chacune de ses apparitions. J’espère qu’il a pu garder sa garde robe.

Toujours plus d’intrigue : le scénario du film est encore plus compliqué que celui d’Evil cult, où tout était incompréhensible. Wu Ji frise la démence. Au bout de quelques minutes, on abandonne toute volonté de mettre un sens aux légendes prétendument ancestrales qu’ont inventé les scénaristes du film. Toujours plus de sentiments : jalousie, vengeance, amours déçues, frustration, tromperie, loyauté, trahison, amitié, respect, haine. Cela fait beaucoup de sentiments à exprimer. Pourtant les acteurs jouent exclusivement avec les mimiques faciales, tout engoncés qu’ils sont dans leurs beaux costumes qu’il ne faut surtout pas froisser. Le froncement de sourcils est de rigueur, les yeux écarquillés aussi, les doubleurs hurlent les dialogues.

Wu Ji a une distribution internationale : un acteur coréen dans le rôle de l’esclave, un acteur japonais dans celui du général, deux acteurs hongkongais dans ceux de la princesse et du méchant. Aucun ne parle mandarin, or le film est en mandarin. Leur inexpressivité n’est pas due seulement à l’incohérence du scénario, pas uniquement au fait qu’ils ont tourné tout sur fond bleu pour rajouter les faux décors, mais aussi au fait qu’ils ne savaient pas ce qu’ils disaient. Parce qu’on s’y ennuie mortellement. Parce que les décors en infographie c’est moche. Parce qu’on n’y croit pas. Parce que tout cela sent l’opération marketing à plein nez. Wu Ji est à éviter.

Wu Ji, la légende des cavaliers du vent (The Promise, 无极, Chine – Hong Kong – Corée, 2005) Un film de Chen Kaige avec Jang Dong-kun, Hiroyuki Sanada, Cecilia Cheung, Nicholas Tse, Liu Ye, Chen Hong, Qian Cheng.

samedi 9 mai 2009

Johnny Johnnie

Johnny est en couverture des Cahiers. A la fois Johnny Hallyday et Johnnie To puisque Vengeance du cinéaste hongkongais est le film du mois (sortie française le 20 mai 2009) pour la rédaction. On a même droit à un entretien avec le cinéaste, mais qu’on se rassure pas de choses vraiment intéressantes ont été imprimées. L’Asie est à l’honneur dans ce numéro avec un compte rendu du Festival de Hong Kong où on a la joie d’apprendre qu’Ann Hui a fait son grand retour grâce à Wong Jing. Moi qui croyais qu’elle n’arrêtait pas de tourner (un film par an environ) depuis quinze ans, j’en suis tout marri. Plus passionnant est l’entretien avec Kôji Wakamatsu pour la sortie de son film United Red Army.

vendredi 8 mai 2009

Conte de cinéma


Deux récits se croisent, se répondent, se chevauchent dans Conte de cinéma. Chaque récit est mis en scène de façon très linéaire et l'imbrication du premier dans le deuxième forme une histoire entière, cohérente et complète. Pour être très clair, le récit 1 est celui d'un jeune homme triste et pauvre qui rencontre une jeune fille. Ils ne s'étaient pas vus depuis deux ans. Ils commencent à sortir ensemble, mais il a du mal à produire une érection. Plutôt que de faire l'amour à sa belle, il lui propose de se suicider ensemble en avalant une tonne de somnifères. Le garçon a une maman peu aimante qui apparaît comme une des raisons de son mal être.


Récit 2 : un homme, cinéaste au chômage et sans envergure, sort d'une salle de cinéma où est donnée une rétrospective de l'œuvre d'un de ses anciens camarades de promotion. Une jeune femme était aussi dans la salle. Il s'avère qu'elle est aussi l'actrice principale du film qui vient d'être projeté. Plus personne ne lui offre de rôle. Le réalisateur du court métrage en question est quant à lui agonisant à l'hôpital. Ses anciens collègues de l'école de cinéma se collectent pour payer une opération qui permettrait de le sauver.


Je ne pense pas dévoiler un grand secret en révélant que le récit 1 est le scénario du film que l'homme voit dans le récit 2. Au fur et à mesure de Conte de cinéma, on croit même comprendre que ce récit 1 a été " volé " au cinéaste au chômage. En conséquence de quoi, ce dernier va agir dans le récit 2 comme le personnage qui retraçait sa vie, qui en passant était interprété par le cinéaste moribond en personne. J'espère que tout cela est clair pour vous.


Hong Sang-soo, à ce niveau du film, nous plonge dans Conte de cinéma, dans un récit circulaire où les répétitions, les redites et les variantes forment un puzzle qui compose la vie de ses personnages. On pense à Une sale histoire de Jean Eustache (1977) qui mettait en œuvre deux fois le même récit raconté de deux façons différentes. Dans Conte de cinéma, le récit 1 pourrait faire figure de fiction et le récit 2 de documentaire en tant qu'il reproduit une réalité concrète et divergente du récit 1.


Variantes, redites, répétitions sont les points cardinaux du cinéma de Hong Sang-soo depuis son premier film. On peut citer de nombreuses touches récurrentes qui alourdissent parfois son film. Echarpes que portent la fille et le garçon, cigarettes à fumer ou à ne pas fumer, alcool, magasin de musique, karaoké, scènes de coït. Hong Sang-soo garnit son film d'effets de miroir un peu voyants entre ses deux récits. Comme Conte de cinéma est assez léger et futile, on remarque un peu trop ses petites choses jamais laissées au hasard des yeux des spectateurs mais au contraire données comme très signifiantes. Conte de cinéma est, il faut bien le dire, une sorte de soap opéra filmé avec beaucoup de légèreté et d'ironie (on y rit souvent des malheurs des protagonistes), filmé de manière assez naturaliste comme le tout venant de la production labellisée Art et Essai. Et cette légèreté se transforme petit à petit en vraie lourdeur.


Et c'est là tout le problème du cinéma de Hong Sang-soo. On ne s'ennuie pas, il faut bien le reconnaître, en regardant Conte de cinéma. Le scénario se suit avec clarté. La mise en scène suit ses personnages. Ses mouvements de caméra ne semblent pas injustifiés, y compris les nombreux zooms qui peuplent le récit 1. Mais au bout de six films, je me demande sincèrement de quoi parlent ses films. Les histoires d'amour déçu sont aussi peu neuves que l'idée que le cinéma c'est la réalité, comme l'entendait en substance François Truffaut. Finalement, Hong Sang-soo ne nous parlent peut-être pas de la Corée, mais évoque les cinéastes qui lui sont chers et qui l'ont influencé. A ce titre, on pourrait presque dire que son film est un mélange des films de la Nouvelle Vague française.


Conte de cinéma (극장전, Corée – France, 2005) Un film de Hong Sang-soo avec Kim Myoeng-su, Kim Sang-kyung Kye, Seong-yong, Lee Ki-woo, Uhm Ji-won.

jeudi 7 mai 2009

Sorties à Hong Kong (mai 2009)

Night and fog (天水圍的夜與霧)

Un film de Ann Hui, avec Zhang Jing-chu, Simon Yam, Amy Chum, Law Wai-keung . 122 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 7 mai 2009.






mardi 5 mai 2009

Moon warriors



Fei (Andy Lau) est un gentil pécheur souriant. Quand il ne travaille à ramener du poisson avec les autres villageois, il se promène dans une forêt de bambou qu’il taille pour se faire une flûte dont il est habile joueur. Ce jour-là, les bambous bougent et se déplacent de leurs racines. Ce sont des méchants qui sont là-dessous pour piéger le prince Yan (Kenny Bee) qui se déplace avec son escorte et Mo Xian-er (Maggie Cheung), sa garde du corps. Yan fuit son frère, le 14ème prince (Jie Lin) qui usurpe le pouvoir et fait preuve d’une grande cruauté.

Le prince Yan, par ailleurs plus âgé que son traitre de frère, va sympathiser avec Fei. Ils vont se définir comme des frères d’amitié bousculant le protocole. Yan veut rejoindre sa fiancée, la princesse Croissant-de-lune (Anita Mui), qui vit dans une contrée proche. Ils vont s’y rendre ensemble, mais auparavant ils conviendront d’une cachette dans les grottes. C’est le tombeau de l’Empereur, l’ancêtre du prince Yan, qui se trouve caché de tous mais dont Fei connait toutes les entrées secrètes.


Mais il existe des couples promis et des amours contrariées. La princesse trouve du charme à Fei mais doit combattre ce sentiment car elle doit honorer ce mariage de raison. Il faut signaler maintenant la performance exceptionnelle d’Anita Mui qui en l’espace de quelques minutes passe de l’adolescence (elle joue au cerf volant) à la femme amoureuse (qui aimer ? qui épouser) en passant par la combattante (faut pas l’emmerder quand elle a un sabre dans la main). Le destin sera fatal aux amants. D’ailleurs, Mo Xian-er a également un faible pour le prince Yan mais ses intentions ne sont pas claires.

Sammo Hung, Ching Siu-tung et Corey Yuen ont réglé les chorégraphies des combats de Moon warriors. Tout va très vite, tous les personnages défient les lois de la gravitation et chacun d’eux se bat avec beaucoup de dextérité et pas de mal de blessures ensanglantées. Mais on comprend bien que ce ne sont pas vraiment Lau, Bee, Cheung et Mui qui se battent. Mais tout reste très amusant et le rythme est là pour tenir en haleine jusqu’à une fin inhabituelle pour une comédie d’action et romantique.

En revanche, ce que semble avoir voulu faire Sammo Hung est de rendre hommage au cinéaste Chu Yuan, l’un des cinéastes les plus délicats de la Shaw Brothers. Son style reconnaissable entre tous parmi les cinéastes de la compagnie consiste à filmer au travers de filtres naturels. Sammo Hung fait la même chose. Filet de pèche, cascade d’eau, fleurs, arbres, herbes, statues. Tout est bon pour faire obstacle entre les personnages et notre regard, le tout avec de beaux travellings et parfois des filtres de couleurs (surtout du orange). Esthétiquement, Moon warriors est le film le plus abouti de Sammo Hung même si son scénario est faible.

Moon warriors (战神传说, Hong Kong, 1992) Un film de Sammo Hung avec Andy Lau, Anita Mui, Maggie Cheung, Kenny Bee, Jie Lin.

dimanche 3 mai 2009

Cape No.7


Cape No.7 est le plus succès du cinéma taïwanais dans son propre. Le film a talonné Titanic l’an dernier. C’est devenu ce qu’on appellera un phénomène culturel puisque près d’un habitant de l’île sur cinq a vu le film. Le film a coûté 45 millions de dollars taïwanais et en a rapporté 500 millions. Cela rappellera notre histoire locale à nous avec le film qui se passe dans le Nord.


Dans une petite ville du sud de Taïwan, la vie consiste au train-train quotidien. Aga (Van) revient au bled après avoir tenté une carrière dans la chanson à Taipei. Echec et retour à la case départ. Aga est le fils du député local, un type qui ne se déplace jamais sans ses deux « gardes du corps » et dans sa grosse caisse. Evocation d’un esprit gentiment mafieux de ce député, un parrain plutôt qu’il vaut mieux écouter. Le député, chemise hawaïenne constamment sur le dos, veut trouver du travail pour son fiston.


Et voilà justement le vieux Mao, le facteur du village, qui a un accident de cyclomoteur. Le vieillard grand joueur de guitare traditionnelle à trois cordes est bien obligé de laisser le boulot au jeune rebelle. Le député va faire mieux. Il va imposer à Tomoko (Chie Tanaka), attachée de presse japonaise qui fit ses études à Taïwan mais qui n’en est jamais parti, un groupe de musique locale pour la première partie d’un chanteur japonais qui vient faire un concert dans la ville.


Avec Aga au chant et à la guitare, le groupe va se construire. Il y aura la Grenouille, un homme un peu raté qui drague une mère de famille qui a des triplés très envahissant. Un quinquagénaire et son fils, flic qui agresse Aga lors de sa tournée, qui sont tous deux issus de la communauté aborigène et qui cherchent toujours à interpréter un chant aborigène. Et une gamine au piano qui en joue à l’église locale. Sans oublier le vendeur de Malasun qui hurle pour vanter son produit. Le groupe sera hétéroclite et permettra au film de provoquer quelques sourires lorsque les membres qui se disputent. Jalousie, colère et amateurisme sont au programme des répétitions.


Aga trouve dans le courrier à livrer un colis qui n’a pas trouvé son destinataire. Dans ce colis, des lettres d’un Japonais qui a été amoureux d’une Taïwanaise pendant la guerre. On entend (en japonais) la lettre et là le film passe dans le tournant historique de Taïwan. Les relations de l’île avec le Japon ne sont pas simples. Occupée par l’Empire au début du 20ème siècle, Taïwan a toujours gardé des liens forts avec le Japon une fois l’arrivée de Mao au pouvoir. Le vieux postier parle d’ailleurs japonais. Le film mélange les langues (mandarin, dialectes taïwanais et aborigène, japonais) et les cultures ancestrales et modernes notamment grâce à la musique.


Cape No.7 aborde aussi plusieurs genres, parfois avec une grande maladresse. Les répétitions sont de l’ordre comique. Mais elles permettent de nouer une romance entre Aga et Tomoko, histoire d’amour qui trouve son écho dans les lettres que l’on entend. L’image est souvent très belle. Wei Te-sheng et son chef opérateur filment la ville de Hengchun, très connue pour son paysage très Riviera, sans chromo et avec goût. Le film est un hommage à la culture locale qui veut lui redonner sa fierté. Pas tout à fait abouti mais intéressant.


Cape No.7 (海角七號, Taïwan, 2008) Un film de Wei Te-sheng avec Van, Chie Tanaka, Kousuke Atari, Rachel Liang, Min-hsiung, Mai Tzu, Ma Nien-hsien, Ying Wei-min, Shino Lin, Johnny C.J. Lin, Ma Ju-lung, Bjanav Zenror, Pei Hsiao-lan, Chang Kuei, Lee Pei-chen, Chang Chin-yen, Yukihiko Kageyama.

samedi 2 mai 2009

Wushu the young generation


C’est un peu étonnant que ce film sorte en France, en DVD certes, quelques mois à peine après son exploitation en salles à Hong Kong. Wushu the young generation est produit par Jackie Chan et John Sham, et la présence du premier au générique est sans aucun doute la seule raison valable qu’un tel produite soit exporté chez nous. La présence de Sammo Hung peut rassurer les fans d’arts martiaux. Eventuellement.


Le film suit le parcours de jeunes étudiants d’une école de wushu perdu au fin fond de la campagne chinoise. Sammo Hung amène ses deux jeunes fils dans l’école où la discipline est stricte mais où les meilleurs élèves deviendront des gens droits. Très vite les deux frères se font quelques amis et ensemble ils forment un club secret en espérant gagner de nombreuses médailles d’or lors des tournois. Parce que le film a été tourné dans une vraie école d’arts martiaux, un parfum d’authenticité se dégage des combats. Chacun a sa propre spécialité, qui le bâton, qui la boxe.


Le problème de tout film d’arts martiaux en recherche d’authenticité est que les cascadeurs font rarement des bons acteurs. Et nos sept étudiants virevoltent dans les airs avec aisance et sans fil, mais ont beaucoup de mal à jouer correctement. Pour être gentil, je dirai qu’ils se contentent de sourire et ces sourires mènent à une certaine niaiserie. D’autant plus que le message du film n’est pas d’une subtilité folle : la discipline crée des hommes et des femmes dignes et la violence non contenue crée des mauvais citoyens. Pour bien montrer que nos élèves sont de bons garçons, le réalisateur nous montre une scène édifiante dans une fête foraine où ils aident une fillette à gagner un ours en peluche.


C’est alors qu’arrive le tournant scénaristique. Une bande de méchants kidnappent des enfants dans le but d’en faire des combattants pour des combats clandestins très violents. C’est un ancien de l’école de wushu qui a mal tourné qui mène la clique. La fillette de la fête foraine est enlevée et tous les étudiants vont se démener pour rosser les méchants. A vrai dire, on n’y croit pas du tout tant les personnages des vilains sont caricaturaux. Cela dit, ils ne le sont pas plus que les personnages des étudiants, mais la faiblesse du scénario finit vite par lasser et décevoir. Les scènes d’exhibition des arts martiaux sont jolies mais ne suffisent pas à satisfaire un spectateur qui a déjà vu quelques films d’arts martiaux.


Wushu the young generation (武術之少年行, Hong Kong, 2008) Un film d’Anthony Szeto avec Sammo Hung, Liu Fengchao, Wang Wenjie, Wang Xiaofei, Liu Yongchen, Wang Yachao, Mao Junjie, Wei Dong, Liang Zhicheng, Xin Liu, Yao Shi, Wu Dezhou, Zhang Jin, Nan Tie, Jing He.

vendredi 1 mai 2009

The Equation of love and death



Zhou Xun, la jeune star du cinéma chinois change totalement de registre avec son rôle dans The Equation of love and death. Elle n’est plus la chanteuse romantique de Perhaps love de Peter Chan ou le porte manteau de The Banquet. Dans ce film, modeste mais réussi, elle porte des cheveux longs et gras mal attachés, elle a comme vêtement un jeans et une chemise de routier. Bien loin du glamour, mais ça marche.

Li Mi (Zhou Xun) est chauffeur de taxi. Elle fume clope sur clope et parle toute seule devant ses clients médusés. Elle donne des chiffres, 302, 402 sans en dire la raison, elle prononce des phrases énigmatiques. Elle a un regard très triste, quelque chose ne va pas. Avec une certaine agressivité, elle montre des photos de son petit ami disparu depuis quatre ans et demande aux clients s’ils ne le reconnaissent pas. Or, pour une fois deux clients semblent s’intéresser à son histoire. Ce sont Huo-gui (Wang Yanhui) et Shui-tian (Wang Baoqiang), deux campagnards de passage en ville. La machine scénaristique peut commencer.

Les deux hommes ont rendez-vous avec un troisième à un point donné. Les bouchons de la grande ville coincent le taxi et ils partent à pied. Ils n’ont pas l’appoint pour la course. Li Mi sort du taxi pour chercher de la monnaie à leur rendre. Les deux hommes s’en vont en prenant les photos. Arrivés au rendez-vous, ils voient un homme sauter d’un pont pour se suicider. Il tombe sur la voiture de Ma Bing (Deng Chao). Choqué, Shui-tian fait tomber les photos. Ma Bing les ramasse et se reconnait. Il s’enfuit. Li Mi revient à son taxi. Elle fait le tour du quartier et prend à nouveau en courses Huo-gui et Shui-tian.

Les deux hommes deviennent menaçants. Avec un couteau, ils la forcent à quitter la ville et à aller dans la campagne. Prise en otage, Li Mi ne peut résister. Huo-gui donne les ordres, il cache quelque chose et ne cesse de parler d’argent. A ses côtés, Shui-tian semble plus gentil. Il est un garçon simplet qui ne parle que de sa fiancée Xiao Xiang qui a quitté le village pour vendre ses charmes en ville. Il n’a pas l’air de se rendre compte de la situation, de ce qu’elle a pu devenir, qu’il est en train de s’enfoncer. Petit à petit, le film plonge dans une angoisse sourde.

Toute la première partie se déroule dans le taxi. Il roule, il traverse des lieux sans habitants. Ils sont tous les trois dans un no man’s land émotif et relationnel et la mise en scène précise de cet huis-clos mouvant rend le film passionnant. Puis Li Mi réussit à se débarrasser des ses deux agresseurs. Elle retourne en ville et les rouages scénaristiques commencent à se déployer. Un policier (Zhang Hanyu) tout en calme va tenter de décortiquer les liens entre les différents personnages que nous avons suivi pendant une bonne heure. C’est à lui de résoudre cette équation dont le titre parle.

The Equation of love and death parle de frustrations, de tous ces désagréments quotidiens avec un sens du détail impressionnant. Tous sont prisonniers de leurs conditions et tentent, en vain, d’en sortir. A ce titre, le bruit des clefs que porte Li Mi autour du cou évoquent, sans appel, les chaines des prisonniers. Les deux hommes venus chercher de l’argent facile vont perdre tout sens moral. Li Mi vit dans un passé qui n’existe plus. Même le policier est désabusé. C’est un film qui déploie une mélancolie inspirée. Zhou Xun porte le film à bout de bras et elle est formidablement convaincante.

The Equation of love and death (愛失償, Chine – Hong Kong, 2008) Un film de Cao Baoping avec Zhou Xun, Deng Chao, Wang Ning, Wang Yanhui, Wang Baoqiang, Zhang Hanyu, Yan Bei, Dong Linda.