vendredi 13 septembre 2013

Anna in Kungfu-land


Pour lancer une boisson énergisante appelée Mighty Force (la force suprême), un jeune et dynamique publicitaire propose d’organiser un championnat d’arts martiaux à son client, Monsieur Hung (Lee Lik-chi, qui en fait des tonnes en homme d’affaires arrogant). Grand amateur de bédés de kung-fu, Ken (Ekin Cheng) doit d’abord convaincre le grand maître de Shaolin, aimablement interprété par Law Kar-wing affublé de lunettes sur sa toge orange, de patronner l’événement à la seule condition que l’un de ses anciens élèves participe à la compétition.

L’ancien élève est Shek (Yasuaki Kurata) et vit au Japon. Trente ans auparavant, il avait été chassé de Shaolin pour avoir eu une aventure avec une des disciples. Ken n’est pas accueilli à bras ouverts parce qu’il est pris pour un yakuza venu défier Shek. Ken se ramasse un coup de poing de la part d’Anna (Miriam Yeung), l’énergique fille de Shek aux mèches de cheveux rouges. Quand elle ne pratique pas le kung-fu, elle exerce la profession de policier. C’est en mettant un PV qu’elle échange un fougueux baiser avec Ken.

Direction Hong Kong pour la compétition. Anna est, depuis ce baiser, amoureuse de Ken. Ce qu’il n’a pas dit, c’est qu’il a déjà une fiancée, Zoe (Denise Ho), elle aussi dans la police. Et que son beau-père (Hui Siu-hung) est son patron. Pour couronner le tout, Ken partage un appartement avec son frère Sam (Wong Yau-nam), un impénitent dragueur. Le récit se lance dans une série de quiproquos dans l’appartement où Ken doit cacher à Anna qu’il sort avec Zoe et inversement. Il met Sam dans la confidence qui doit, devant Zoe, jouer le petit ami d’Anna et inversement.

La partie romantique d’Anna in kungfu-land se lance sur l’idée du mensonge. Ken manque chaque fois de se faire prendre notamment quand les deux filles deviennent amies. Elles préparent un repas pour les deux garçons, repas calamiteux où les plats sont brûlés, et chacune veut servir Ken. Dans la chambre à coucher, tout se complique puisque Zoe donne des conseils à Anna pour sa première fois. Ces quiproquos sont amusants, bien qu’un peu répétitifs, et une fois révélé le mensonge, la déception et la frustration s’emparent d’Anna.

L’une des raisons pour laquelle Anna aime Ken est qu’il lui a promis monts et merveilles. Il a réussi à la convaincre de participer à la compétition en vantant les récompenses : gagner plusieurs millions de dollars, débuter une carrière à Hollywood et devenir l’égérie de la boisson énergisante. Ces fantasmes de gloire sont illustrés avec de courtes saynètes sur un ton de bédé, images pop et flashy. La réalité est toute autre, Anna doit se contenter de faire la mascotte ridicule et se prendre des coups. Son combat est double : conquérir Ken et le titre de meilleure artiste martiale.

Les scènes de combat sont filmées comme des dessins animés, à grand renfort d’effets spéciaux clinquants et sur un mode comique. Les différents combattants sont caricaturés à l’extrême. Shaolin envoie trois enfants obèses. Tats Lau, comme à son habitude, joue l’idiot à l’air constamment hébété qui adopte la position de la grue. Un Américain (Charles Ingram) qui clame que le kung-fu chinois c’est ringard. C’est l’atmosphère potache de cette compétition qui fait sourire où les concurrents sont habillés grotesquement, sont vaniteux et semblent incompétents. A la fin, les amoureux seront réunis et Shaolin l’emporte sur le combattant américain. On l’avait deviné assez vite.

Anna in Kungfu-land (安娜與武林, Hong Kong, 2003) Un film de Raymond Yip avec Miriam Yeung, Ekin Cheng, Wong Yau-nam, Denise Ho, Cheung Tat-ming, Lee Lik-chi, Tats Lau, Lau Kar-wing, Hui Siu-hung, Charles Ingram, Yasuaki Kurata, Chloe Chiu, Shi Xiao-hu, Poon Lung-kwan, Lee Kwan-lung, Lo Meng, Maggie Lau, Mandy Chiang, Cha Chuen-yee, Michael Clements, Johnnie Guy.

jeudi 12 septembre 2013

Sorties à Hong Kong (septembre 2013) A secret between us


A secret between us (第一次不是你, Hong Kong, 2013)
Un film de Patrick Kong avec Chiang Ka-man, Edward Ma, Lo Hoi-pang, Elena Kong, Seung Tin-ngo, Goo Ming-wa, Sharon Chan, Jason Chung, Mak Cheung-ching, Amanda Lee, Chong Si-man, Ho Hou-man, Ng Yeuk-hei, Lin Si-nga, Lam Shing-pun, Kathy Yuen, Lai Chi-saan. 95 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 12 septembre 2013.

Sorties à Hong Kong (septembre 2013) The Stolen years


The Stolen years (走的那五, Hong Kong – Chine, 2013)
Un film de Barbara Wong avec Bai Baihe, Joseph Chang, Ken Lin, Amber An, Tse Kwan-ho, Queenie Tai, Deng Ziyi, Christine Fan, Wu Si-kai, Fan Kuang-yao. 112 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 12 septembre 2013.

mercredi 11 septembre 2013

La Lame diabolique


Tout comme Tuer, La Lame diabolique est une adaptation d’un roman de Renzaburô Shibata. Les deux films sont liés par des figures et thèmes similaires : le Mal qui ronge les personnages, les complots politiques, les ellipses narratives, un enfant bâtard adopte et Raizô Ichikawa. L’acteur incarne cette fois Hanpei (ce qui se traduit par le « tacheté »), jardinier de 23 ans qui travaille pour un suzerain à l’époque féodale.

Son nom, il le tient de sa naissance que Kenji Misumi filme avec poésie. Kin, sa mère, était la première suivante de la mère du suzerain. Kin est morte peu de temps après sa maîtresse en promettant de garder son chien. Quand son enfant nait, des mauvaises langues l’accusent d’avoir forniqué avec le chien. Pendant toute sa vie, que le cinéaste résume à une phrase, Hanpei a été surnommé le « fils du chien ».

Sujet des moqueries des autres vassaux, Hanpei cultive dans son lopin de terre des fleurs. Son père adoptif décédé, il vit désormais seul. Il mène une vie modeste. Les saisons passent, là encore de manière très elliptique, et un Kanbei (Kei Satô), le capitaine du seigneur, l’engage pour s’occuper du jardin du château. Le jeune homme fait un bon travail, les chrysanthèmes s’épanouissent dans la cour.

Les guerres se sont tues (à cause du manque d’argent dit un vassal) mais le suzerain est menacé dans son pouvoir. Ses lieutenants les plus proches se rendent compte qu’il devient fou. Dans le jardin, il est pris de panique devant des abeilles et lacère les fleurs de son épée. Hanpei, observant caché, jette une pierre sur l’épée du suzerain qui fulmine de rage. Kanbei, pour le calmer, lui dit que ce caillou a du tomber du ciel. Il n’en faut pas plus pour rassurer le fou.

La folie ne doit pas être divulguée au shogun qui risquerait de s’emparer des terres du suzerain. Le capitaine Kanbei, qui a bien observé le jardinier, va employer Hanpei comme tueur. Pour deux raisons, Hanpei a le pas rapide, il ne doit pas son surnom de fils de chien pour rien. Il court plus vite que tout le monde et rattrape même les chevaux. Il est aussi un fin sabreur. Il a fait son éducation auprès d’un rônin dans une scène d’à peine une minute, sens de l’ellipse oblige.

La Lame diabolique passe constamment entre les deux tempéraments d’Hanpei. D’un côté, c’est un tueur accompli qui d’un coup de lame tue tous les espions qui pourraient mettre en péril l’autorité du suzerain. De l’autre, c’est un jardinier hors pair qui ne vit que pour ses fleurs. Sa douceur et sa candeur sont accentuées par sa rencontre avec Osaki (Michiko Sugata), la fille d’un paysan qui vient livrer des légumes chez lui.

Comme dans Tuer, le destin et la fatalité détermine la vie du héros de La Lame diabolique. Jamais Hanpei n’aura l’occasion de choisir son avenir. Sa naissance le conduit à la pauvreté, sa loyauté au suzerain le pousse à augmenter le nombre de ses ennemis qui veulent en découdre, son habileté au sabre le rend un tueur imbattable. Le sabre qui lui sert d’arme est maudit, Hanpei le sait et choisit de décider, pour la seule fois de sa vie, le destin funeste que ce sabre lui promet.

La Lame diabolique (剣鬼, Japon, 1965) Un film de Kenji Misumi avec Raizô Ichikawa, Michiko Sugata, Kei Satô, Ryûtarô Gomi, Gorô Mutsumi, Kentarô Kudô, Asao Uchida, Ryûzô Shimada, Koichi Mizuhara.

mardi 10 septembre 2013

Ken le sabre


Le fracas des sabres en bois, les bordées de hurlement, le crissement des pieds nus sur le sol. Ken le sabre, c’est d’abord le son des entrainements des pratiquants de kendo. Sous la tenue, ils se ressemblent tous. Une armure sur le torse, un masque sur les têtes, des gants aux mains et une longue robe noire ne permettent pas de distinguer qui que ce soit. C’est pourtant Jiro Kokubun (Raizô Ichikawa, son acteur fétiche à cette époque) qui est choisi par les maîtres pour être le capitaine de l’université de Towa au détriment de Kagawa (Yûsuke Kawazu). Le film se déroule en 1963 mais est pourtant filmé en noir et blanc alors que Kenji Misumi tournait en couleurs depuis Tuer.

Les deux étudiants s’affrontaient pour être le leader et ils s’opposent dans leur tempérament comme dans leurs vêtements de tous les jours. L’uniforme d’étudiant pour l’un et pantalon chemise pour l’autre. Kagawa est un bon vivant, il aime fumer, jouer au mah-jong et draguer les filles. Kokubun semble ne jamais avoir vécu que pour pratiquer le kendo. Il est puceau, ne se divertit jamais et pratique une discipline de vie très stricte. Il essuie d’ailleurs les critiques de Kagawa à ce sujet. Devant des amis, Kagawa estime que l’attitude du capitaine est remplie d’orgueil. En privé, il exprime à la fois sa haine et son admiration.

Ce que cette opposition reflète est deux visions de vie totalement différente. Inspiré d’un livre de Mishima, Ken le sabre explore l’idéal de Jiro qui ne regarde que vers le passé et qui entend conserver toute la pureté de sa jeunesse. Aucune corruption ne doit entamer son aptitude au kendo. On découvre sa mère qui joue au mah-jong et qui ne le regarde même pas quand il passe la voir. On rencontre son père, directeur d’une usine, qui l’encourage à profiter de la vie et aller flirter avec les filles. Pour eux, le kendo est un symbole d’un Japon désuet et révolu. Ces symboles de la modernité, Jiro les rejette avec calme et détermination.

Au sein de son équipe, Jiro a un grand admirateur. Mubi (Akio Hasegawa) est un cadet, un étudiant qui débute dans le kendo. Il n’a pas encore le droit de s’entrainer avec les aînés. Mubi, au visage poupon, est moqué à la fois par sa sœur quand elle le surprend en train de se raser et par les autres qui jugent son engagement auprès de Jiro. Il écoute les critiques de Kagawa et entend faire réprimander l’insolent. Lors d’un bain, Mubi frappe un de ses comparses ce qui leur vaut à tous deux une punition (rester assis 40 minutes face à un mur). Seul Mubi accepte avec abnégation la punition.

Les rapports que le cadet entretient avec Jiro sont emplis d’admiration mutuelle pour la discipline et la justesse du combat. Le film glisse ici ou là des allusions sexuelles entre eux, notamment lors d’une scène de bain où Mubi choisit de laver Jiro plutôt que Kagawa, ce qui accentue la jalousie de ce dernier. Ces bains, certes rituels après l’entrainement, prennent une tournure érotique d’autant plus accentuée par le fait que Jiro refuse les avances d’Itami (Fuji Yukiko), l’une des amies modernes (elle sort des mots en anglais) de Kagawa. Ils se rencontrent dans une belle scène où il hésite à sauver un pigeon.

Jiro ne supporte pas la faiblesse. Ni celle du pigeon blessé qu’il veut étrangler, ni celle de ses parents banals, ni celle de ces jeunes Japonais qu’il punit et humilie dans un bar en les forçant à quitter les lieux. La première partie du film décrit avec minutie la lutte de Jiro contre le Japon de 1964, lutte vaine qu’il cherche à transformer en victoire dans la deuxième partie où l’équipe s’entraine sous ses ordres. Le visage de Raizô Ichikawa impavide reflète tous ses espoirs. Mais la faiblesse de Jiro est justement cette force qu’il n’arrive pas à rendre émouvante pour ses camarades. Le film prend un tour tragique quand il constate que son utopie s’effondre.

Ken le sabre (KEN , Japon, 1964) Un film de Kenji Misumi avec Raizô Ichikawa, Yûsuke Kawazu, Akio Hasegawa, Yoshio Inaba, Fuji Yukiko, Takeshi Kawano.

dimanche 8 septembre 2013

Tuer


La très courte durée de Tuer (71 minutes) n’empêche pas le film de Kenji Misumi de se dérouler sur une très longue période, de la naissance de Shingo Takakura (Raizô Ichikawa) à sa mort près de trente ans plus tard. Le récit, qui commence en 1833, est une suite de morts au sabre. Dès le générique, Fujiko (Shiho Fujimura) tue de plusieurs coups de poignard la maîtresse d’un seigneur qui risque de nuire au clan Iida. Elle sera exécutée au sabre, son regard calme se portant sur son bourreau. Cette femme est la mère de Shingo et le nourrisson est emmené loin du clan Iida pour être adopté par le samouraï Takakura du clan Komoro.

L’idée maîtresse de Tuer repose sur la dilatation et la compression du temps. Entre la scène primitive et l’âge adulte de Shingo, aucune information n’est donnée. On récupère l’histoire au bout de vingt ans. Takakura est veuf et Shingo a une petite sœur. Cette ellipse narrative évoque cependant le fait que l’enfant adoptif n’est pas au courant de son ascendance. Il est persuadé que Takakura est son père naturel. Adulte, il décide de découvrir le monde et part en voyage, seul. Il ne revient que trois ans plus tard, là encore au prix d’une ellipse du récit. En moins de dix minutes, il s’est déroulé 25 ans de film, mais sans aucune action ou presque.

Shingo est convaincu par son père qu’il doit participer à un défi au sabre. Ne serait-ce que parce que le voisin a inscrit son fils, par ailleurs amoureux de la jeune sœur. Un fameux bretteur est venu rendre visite au château du seigneur. Si le fils du voisin se fait humilier au combat, Shingo impressionne par une botte secrète qu’il a ramenée de son voyage. Le déshonneur du voisin, dont le fils se voit refuser la main de la fille de Takakura, décide de se venger et révèle le secret de la naissance de Shingo à tous les autres samouraïs. Seulement voilà, le jeune homme entend tout.

Ce secret, que nie d’abord farouchement le père de Shingo, sera ensuite entièrement décrit dans un flash-back où l’histoire de Fujiko est totalement racontée. La scène primitive de Tuer n’était que partielle voire mensongère. Kenji Misumi donne des informations essentielles sur le passé des parents naturels de Shingo, sur leur amour prochain et révèle l’identité de son père. Ce passé funeste sous-tend la fatalité du destin de Shingo, né à cause d’un meurtre, toute sa vie sera placée sous le signe des cadavres tués au sabre. En tout premier lieu sa sœur et son père, qui délivre ce secret agonisant après la vengeance du voisin.

Shingo est convaincu qu’il ne peut pas protéger les gens et une preuve supplémentaire lui est apportée lors d’une rixe entre samouraïs. Une femme et son frère lui demande de l’aide, la femme meurt sous les coups des sabres. C’est la troisième femme qui meurt par sa faute, pense-t-il. Il confesse à son nouvel employeur, un conseiller shôgunal d’âge mur, qu’il ne voudra jamais se marier. Pour Shingo, protéger cet homme qui a l’âge de son père est un moyen de retrouver une famille et de conjurer le sort qui s’acharne sur lui. C’était sans compter sur les guerres de clan.

Pour créer une tension narrative de son récit, Kenji Misumi et Kaneto Shindo, le scénariste de Tuer, opposent ces longues ellipses avec des séquences de combat très courtes où en plan séquence avec un simple travelling Shingo décime tous ses adversaires. Pour accentuer encore la détresse de Shingo, il plonge le personnage dans une demeure immense et labyrinthique où il ne trouve aucun adversaire tandis qu’il cherche son patron. Le film symbolise ici le vide de sa vie et la perte de ses repères familiaux qui ne peuvent mener qu’à sa fin aussi tragique que solitaire.

Tuer (斬る, Japon, 1962) Un film de Kenji Misumi avec Raizô Ichikawa, Shigeru Amachi, Masayo Banri, Shiho Fujimura, Mayumi Nagisa, Junichirô Narita, Matasaburo Tamba, Teru Tomota, Eijirô Yanagi.

jeudi 5 septembre 2013

Sorties à Hong Kong (septembre 2013) The Midas touch


The Midas touch (超級經理人, Hong Kong, 2013)
Un film de Fung Chih-chiang avec Chapman To, Charlene Choi, Wong Cho-lam, Jenny Lau, Gao Yun-xiang, Gillian Chung, He Jiong, Nicholas Tse, Vincy Chan, Fok Man-hei, Louis Cheung, Deep Ng, Lo Hoi-pang, Yumiko Cheng, 6 Wing, Stephanie Che, Steven Cheung, Zhuang Jie-meng, Xie Jiayu, Ryan Lam, Johnny Choi, Masaki Heung. 98 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 5 septembre 2013.


mercredi 4 septembre 2013

Ilo Ilo

Caméra d'or au festival de Cannes 2013, une première pour un film de Singapour, le très joli Ilo Ilo suit quelques mois de la vie de la famille Lim, couple de la classe moyenne qui élève leur garçon de dix ans. Teck Lim (Chen Tianwen), le père, est représentant de commerce. Les affaires ne sont pas florissantes d'autant qu'il vend de la camelote. Leng (Yeo Yann Yann), la mère, est secrétaire dans une entreprise qui doit taper des lettres de licenciement de ses collègues. Le film, où l'anglais, le cantonais, le tagalog et le mandarin se mêlent, se déroule au beau milieu de la crise boursière de 1998 quand l'expansion économique des dragons asiatiques vacille.

La famille Lim pour l'instant a d'autres soucis. La mère est enceinte et décide d'embaucher une nounou pour garder Jiale (Koh Jia Ler), leur fils. Ce dernier n'est pas un garçon très calme ni très gentil. Il répond aux parents qui l'ont sans aucun doute trop gâté. Il est très indiscipliné à l'école, ce qui à Singapour n'est pas du meilleur effet. Il passe son temps à jouer au tamagotchi ce qui a le don d’énerver son père. Jiale ne fait que ce qu'il veut quand il le veut. La présentation du fils fait craindre une caricature d'ado pré-pubère qui en fait voir des vertes et des pas mûres à tout le monde. Pour tout dire, ses caprices peuvent rapidement gonfler.

C'est donc une des raisons pour laquelle les parents engage cette nounou. Teresa (Angeli Bayani) est philippine. Elle veut qu'on l'appelle Terry. Immédiatement, la mère lui confisque son passeport « pour qu'elle ne s'enfuit pas ». Elle fait la même taille que Jiale, c'est donc une femme frêle et timide que le garçon prend immédiatement en grippe. Il fait tout pour faire craquer la nounou. Ils doivent dormir dans la même chambre mais il sort du lit au milieu de la nuit pour aller avec ses parents. Il fuit à la sortie de l'école quand elle vient le chercher. Il refuse de manger les plats qu'elle prépare. Le parfait petit crétin fait payer à sa mère le manque de confiance qu'il place en lui.

Un incident va changer le court des choses. Le gamin se casse un bras et Terry est obligée de s'occuper intimement de Jiale. L'enfant va se mettre littéralement à nu devant la nounou. Mais également figurativement, et cela provoque un changement. De la même manière, la situation se modifie pour Terry. On apprend au court d'un discret dialogue qu'elle est une jeune maman et qu'elle a laissé son fils aux Philippines pour gagner un peu d'argent qu'elle compte envoyer régulièrement. D'une certaine manière, la situation est symétrique : Jiale se sent abandonné par sa mère et Terry, qui a quitté son fils s'occupe, par procuration, de Jiale. Petit à petit, on change totalement d'avis sur l'enfant qui énervait d'abord et pour lequel on éprouve ensuite de la tendresse.

Ilo Ilo aborde avec une grande pudeur les rapports entre les enfants et les parents, ces derniers étant convaincus que Jiale ne comprend rien à leurs histoires d'adultes, comme le chômage, l'absence d'argent, le poids de la famille. Anthony Chen, par fines touches (et sans aucune musique, en filmant quelques regards entre les personnages. Les gros yeux de cette mère, parfois un peu raciste, jalouse de l'amitié entre son fils et la nounou. Le regard constamment triste de Teresa. La colère sourde du père épuisé par les galères continuelles au boulot comme dans la famille. L es yeux moqueurs et parfois inquiets pour l'avenir de ce garçon qui en une année aura grandi plus vite que les autres.

Ilo Ilo (爸妈不在家, Singapour, 2013) Un film d'Anthony Chen avec Yeo Yann Yann, Chen Tianwen, Angeli Bayani, Jo Kukathas.

mardi 3 septembre 2013

La Légende de Zatoïchi continue : le secret


Sorti six mois après le premier film, La Légende de Zatoichi continue : le secret se déroule un an après. Le masseur aveugle (Shintaro Katsu) exerce son métier là où on veut bien l’engager. En l’occurrence, il doit masser un seigneur qui s’avère être fou. Les samouraïs ne peuvent pas laisser Zatoichi propager ce secret qui pourrait mettre en péril. Plutôt que discuter avec lui, le clan cherche à tuer notre héros. Zatoichi ne comptait pas révéler la folie du seigneur. L’intransigeance des samouraïs va se retourner contre eux, le masseur va se défendre avec son sabre. Les combats sont réduits à leur plus stricte expression : en plan large, Zatoichi laisse s’approcher les ennemis, il lève son sabre, les frappe et ils tombent dans un cri perçant. Pas de grands mouvements d’armes.

Suite à une promesse faite à la fin de La Légende de Zatoichi, le masseur aveugle, Zatoichi va se recueillir sur la tombe d’un de ses anciens adversaires. Adversaire certes, mais un homme pour lequel il avait le plus grand respect. Dans un dialogue intérieur en voix off, Zatoichi confesse sa solitude et l’amitié sincère qui le liait à ce sabreur hors pair qui était son égal. Il retourne dans ce village et retrouve Otane (Masayo Banri). Cette dernière, veuve depuis la guerre Iioki - Sasagawa doit épouser un charpentier mais les sentiments qu’elle a eu, un an auparavant, pour Zatoichi sont toujours vifs. Pourrait-elle le convaincre de refaire sa vie avec elle au lieu de voyager en soliture.

Le film développe alors le deuxième secret de Zatoichi. Celui de sa vie passée et de son épouse Chyio qui l’a quittée. La rencontre de Zatoichi avec une jeune femme qui porte ce prénom lui rappelle de douloureux souvenirs. La belle demoiselle est également remarquée par un détrousseur de bourses. Yoshiro (Tomisaburo Wakayama, le propre frère de Shintaro Katsu, qui incarnera le rôle principal des Baby Cart dix ans plus tard) remarque également Chyio. Lui aussi a aimé jadis une femme portant ce prénom. On comprend sans peine et sans dialogue (tout passe par les silences et les poses des deux acteurs) que Yoshiro a volé l’épouse de Zatoichi. Comble du destin, Yoshiro a été quitté par cette épouse quand il a perdu son bras gauche lors d’un combat.

La mise en scène de cette deuxième aventure est plus sobre et moins flamboyante que celle de Kenji Misumi. La psychologie de Zatoichi est soutenue par une musique mélancolique et l’utilisation de nombreux plans séquences. Zatoichi utilise à peine ses fabuleux atouts sensoriels (ouïe, odorat), le récit du film de Kazuo Mori se concentre sur le passé du masseur aveugle et explique l’une des raisons pour lesquelles il refuse de s’engager avec une femme. Les deux personnages féminins constatant son bon cœur et sa force morale aimeraient que Zatoichi soit leur compagnon. Mais le voyageur solitaire va poursuivre ses pérégrinations une fois ses adversaires éliminés.

La Légende de Zatoïchi continue : le secret (The tale of Zatoichi continues, 続・座頭市物語, Japon, 1962) Un film de Kazuo Mori avec Shintaro Katsu, Yaeko Mizutani, Masayo Banri, Tomisaburo Wakayama, Yutaka Nakamura, Sonosuke Sawamura, Eijirō Yanagi, Saburo Date.

lundi 2 septembre 2013

Zatoichi, le masseur aveugle


Ce voyageur solitaire qu’est Zatoichi (Shintaro Katsu) rend visite au parrain du clan Iioka dans ce premier épisode des aventures du masseur aveugle (il s’en compte 25 films tournés entre 1962 et 1973). Zatoichi le masseur aveugle présente d’abord les grandes facultés du personnage. Arrivé dans la demeure du maître du clan, il ne se fait pas tout de suite connaitre. Il joue aux dés avec les samouraïs présents. Il se moque de leur puanteur, sueur et crasse, après avoir senti le doux parfum des fleurs printanières dans le jardin. Croyant pouvoir l’arnaquer, Zatoichi les prend à leur propre piège. Les dés sont découverts, ils pensent gagner, parient tous sur le nombre annoncé. Mais ces dés étaient les siens, tombés bien malencontreusement de sa manche. Les dés du pari étaient bien couverts. Il récolte leur argent.

Son premier sens bien développé est donc l’odeur. Son ouïe l’est encore plus. A coups de gros plans sur son oreille alternant avec une image de pieds foulant l’herbe, il parvient à savoir à l’avance l’arrivée de quelqu’un. Ses deux sens cumulés lui permettent également de manier l’épée avec dextérité. C’est ce qui fait sa réputation, comme le souligne le parrain Iioka qui demande une démonstration devant ses samouraïs. Non sans malice, Zatoichi refuse d’obéir à cet ordre (« je ne suis pas une bête de foire », dit-il). Personne ne dicte sa conduite, pas même un chef de clan. Avec un certain sens comique, Zatoichi préfère se faire masser par Tatekichi (Michirō Minami), un samouraï mis à sa disposition (« un masseur aveugle qui se fait masser par un voyant, c’est le comble », hurle le chef de clan).

Cette présentation du personnage faite, Zatoichi le masseur aveugle doit développer son scénario au sein des Iioka. Tatekichi a une sœur, Otane (Masayo Banri). Elle travaille dans l’auberge du village. Leurs rapports sont houleux depuis qu’elle sait que Tatekichi a mis enceinte l’une de ses amies. Il refuse d’aller voir sa maitresse et d’envisager d’être père. Otane, femme au fort tempérament, a décidé de quitter son époux Masakichi (Toshio Chiba), par lassitude du monde des samouraïs. Zatoichi comprend toute l’histoire en glissant son oreille de temps en temps, faisant mine de n’avoir rien entendu. Ses arrivés impromptues montrent l’ironie de son personnage qui n’est jamais dupe de la bêtise des deux samouraïs. Il prend le parti d’Otane qui souhaite quitter le clan avec lui.

Le clan Iioka, et son chef en premier lieu, a une grande soif de pouvoir mais se montre radin pour payer Zatoichi (l’argent a une grande importance dans le film). Le clan ennemi est celui des Sasagawa qui se vante d’avoir en son sein un grand sabreur, Hirate (Shigeru Amachi). Bien qu’hébergé par les Iioka, Zatoichi se lie d’amitié avec Hirate. Ils se rencontrent au bord d’un étang où tous deux sont venus pécher. Ils vont boire du saké ensemble. Leur point commun est leur handicap. Hirate est tuberculeux et Zatoichi l’a senti tout de suite. Mais la guerre entre les deux clans approche. Les relations entre les deux hommes sont les plus saines de tout le film. Sur un pied d’égalité, ils sont tous les deux manipulés et utilisés comme chair à canon par leur chef respectif.

Cette amitié sincère est le cœur du film de Kenji Misumi et contraste avec le traitement des personnages des deux clans. Zatoichi démontre à plusieurs reprises la stupidité du chef Iioka en l’humiliant devant ses hommes. Les deux chefs Iioka et Sasagawa sont désignés comme des hommes belliqueux et avides de pouvoir. La scène de bataille les montre pleutres (ils se cachent derrière leurs hommes). Les villageois sont terrorisés par ces guerres de clan et les samouraïs ne se soucient pas d’eux. Les combats ne sont pas particulièrement bien chorégraphiés et rapidement expédiés mais la photographie du film est superbe avec un noir et blanc contrasté. En fin de film, Zatoichi part, seul, vers une nouvelle aventure.

Zatoichi, le masseur aveugle (座頭市物語, Japon, 1962) Un film de Kenji Misumi avec Shintaro Katsu, Masayo Banri, Ryuzo Shimada, Hajime Mitamura, Shigeru Amachi, Chitose Maki, Ikuko Mōri, Michirō Minami, Eijirō Yanagi, Toshio Chiba, Manabu Morita, Yoichi Funaki, Kinya Ichikawa, Eigoro Onoe, Yoshito Yamaji.