vendredi 8 juin 2012

Sorties à Hong Kong (juin 2012)

First time (第一次, Chine – Hong Kong, 2012) 
Un film de Han Yan avec AngelaBaby, Mark Chao, Jiang Shan, Tian Yuan, Huang Xuan, Allen Chao, Cindy Yen, Bai Baihe. 102 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 8 juin 2012.


jeudi 7 juin 2012

Couleur de peau : miel



Après la guerre de Corée, un Américain a eu l’idée de faire adopter des enfants orphelins ou abandonnés par des occidentaux. Comme le dit la voix off, dans le village belge où va se retrouver le gamin de 5 ans, chaque famille a son Coréen. Jung débarque en Europe en 1971. Un policier le découvre accroupi, seul, devant une poubelle. Il ne parle pas et ses souvenirs d’enfance sont estompés, souvent oblitérés. Le dessin animé qui décrit ce passé est composé d’un trait simple, des couleurs justement brunes, miel et sépia, correspondant à une époque un peu oubliée mais qui façonne l’enfant. Cette teinte donne le titre du film Couleur de peau : miel.

Quarante ans après son adoption, Jung revient en Corée. Dans des images réelles, celui qui est devenu depuis un dessinateur cherche des bribes des premières années de sa vie. Il veut reconstituer des choses qui n’existent plus. Il découvre son maigre dossier au centre d’adoption. En dessin animé, il reconstitue : sa tête rasée, son arrivée en Belgique, la bouteille de Coca qu’il boit dès son arrivée dans la famille. Puis, l’animation cède le pas au petit film 8 mm de la famille d’accueil. On la découvre : Jung, qui garde son prénom coréen, a deux sœurs et deux frères. Plus tard, ses parents adopteront une autre enfant coréenne, qui recevra un prénom français.

Le film suit la vie de Jung jusqu’à ses dix sept ans. Enfant, dès son arrivée, il est le chouchou de la famille. C’est un enfant turbulent qui commence à faire quelques bêtises, il envoie notamment une flèche dans l’œil de sa petite sœur. Un jour à l’école, il vole à une camarade ses tickets de repas. Ses parents sont furieux, sa mère surtout qui traite Jung de pomme pourrie qui risque de contaminer « ses enfants ». Ce que montre Jung, c’est qu’il cherche à tout prix, y compris celui d’être puni, à se faire aimer de cette mère peu commode, directe et incapable de déclarer son amour, comme souvent les catholiques de cette époque. Sur ce point de vue, Couleur de peau : miel frôle parfois la mièvrerie, mais la dureté du récit et sa construction qui alterne les époques parviennent au contraire à atteindre l’émotion.

Ce qui intéresse encore plus que ces rapports familiaux, c’est la quête d’une identité propre. A ce titre, sa vague attirance pour sa grande sœur indique bien qu’il ne considère pas cette famille comme naturelle. D’ailleurs, la grand-mère le lui rappelle bien. Les dialogues sur les racines, sur la différence entre asiatiques et européens et sur les adoptés coréens dans ce village sont percutants et drôles. Comme il le dira lui-même, l’Asie rattrapera Jung. D’abord par sa passion du Japon (« l’ennemi de la Corée » lui dira un autre adopté). Le film se transforme en comédie puis va vers la douceur quand il comprend que ses racines coréennes sont toujours là, quand, adolescent, il devient ami avec une jeune d’origine coréenne. Il rencontre un couple d’immigrés. Alors que Jung semble désormais construit, le film atteint une amertume qui accomplit son travail d’émotion tout en délicatesse.

Couleur de peau : miel (France – Belgique, 2012) Un film de Jung et Laurent Boileau avec Jung et les voix de William Coryn, Christelle Cornil, Jean-Luc Couchard, Arthur Dubois, David Macaluso, Maxym Anciaux, David Murgia, Alayin Dubois, Aaricia Dubois, Cathy Boquet, Jazz Marlier, Mahé Collet, Pauline Souren.

mercredi 6 juin 2012

Return of the lucky stars


Pour rappel, les personnages des lucky stars sont cinq amis obsédés par la gent féminine qui sont embarqués dans des histoires policières qui les dépassent complètement. Sammo Hung a tourné les trois meilleurs de la franchise (Le Gagnant puis les deux Flic de Hong Kong) avant que l’équipe de Mad mission ne rencontre celle des lucky stars : Lucky stars go places) pour finalement finir avec ce Return of the lucky stars produit par Wong Jing et tourné et interprété par Stanley Fung. A ces côtés, dans des rôles d’imbéciles heureux, Eric Tsang, Richard Ng et Michael Miu. C’est parti pour 90 minutes d’immaturité.

D’abord draguer les femmes. Quels que soient le lieu et la situation. Les quatre amis tiennent une boutique de vêtements. Mina (Joan Tong) vient s’acheter une robe de mariage. Michael Miu et Eric Tsang se travestissent pour profiter de la vue de Mina nue dans la cabine d’essayage. Mais ils vont comprendre qu’elle est liée à Richard Mao (Wong Ching), un patron de triades. L’autre femme est Banana (Monica Chan) qui vient s’installer chez les garçons (encore et toujours célibataires). Elle prétend leur demander d’aider son frère mais en vérité son frère est Tso, chef de la police (Walter Tso) et il a besoin des lucky stars pour effectuer une mission secrète. Ils vont tenter de la peloter en se faisant passer pour des fantômes chinois

Tso leur demande de s’infiltrer en prison pour faire s’évader Big Dai (Lo Hoi-pang) qui doit témoigner contre Mao. Le film entame la seule partie amusante du récit. Les quatre garçons refusent d’aider la police mais Tso fait tout pour qu’ils soient arrêtés. Ainsi Richard Ng est pris pour un cambrioleur de banques. On trouve des armes et de la drogue dans leur appartement. Michael Miu est suspecté de viol. Bref, on leur colle chacun pas mal d’années de prison. Ce qui est amusant est l’exagération des moyens pour inculper les quatre hommes. Il en sera de même dans la scène d’évasion où le directeur de la prison les aide en les éclairant la cour avec un gros projecteur.

Le principal de l’humour, comme souvent dans les productions de Wong Jing, est de l’ordre de la parodie des succès passés. Prison on fire de Ringo Lam avec ses prisonniers en shorts marrons et ses guerres de gang, ses surveillants complaisants face à la violence entre policiers sont parodiés. Les quatre gars se retrouvent donc souvent à l’infirmerie, créent une révolte à la cantine en criant très mollement que la bouffe est dégueulasse. Le but du jeu est de supprimer tout réalisme dans la prison, alors que l’objectif de Ringo Lam était au contraire d’en faire un enjeu vériste. La séquence finale parodie le gunfight des films de John Woo. Là aussi, il s’agit de montrer des adversaires incapables de tenir un flingue, car on l’aura compris, quoi qu’ils fassent, qu’ils draguent lourdement, qu’ils soient couillons, les lucky stars sont des gars gentils. Par contre le film est assez oubliable.

Return of the lucky stars (福星闖江湖, Hong Kong, 1989) Un film de Stanley Fung avec Eric Tsang, Richard Ng, Stanley Fung, Michael Miu, Carina Lau, Lo Hoi-pang, Joan Tong, Wong Ching, Walter Tso, Kenneth Tsang, Yu Kwok-lok, Elsie Chan, Lee Ka-ting, Kent Cheng, Wong Jing, Nat Chan, Hui Siu-hung, Shing Fu-on, Wellson Chin.            

dimanche 3 juin 2012

Mind game



Amoureux transis quand ils étaient adolescents, Nishi et Myon se retrouvent des années plus tard dans le métro. Myon rentrait en courant dans la rame manquait de se faire coincer le pied. Nishi la reconnait immédiatement. Elle lui propose de venir boire un verre dans le bar que tient son père et sa sœur Yan. Lui l’aime encore, il espère faire enfin aboutir cette amourette qui, alors, ne consistait qu’en l’échange de deux petits mots. Las, arrivé au bar, il découvre qu’elle a un fiancé, un bon gars costaud alors que Nishi est un petit tout maigrichon, dessinateur de manga sans le sou. Sa vie n’est pas une réussite. Mais tout pourrait prendre un nouveau départ.

En guise de nouveau départ, c’est la mort que va rencontrer Nishi. Un yakuza et son homme de main, un ancien footballeur immense et chauve, viennent réclamer au père de Myon de l’argent emprunté depuis longtemps et jamais remboursé. Le footballeur, armé d’un révolver, tente de caresser Myon, son petit ami s’y oppose mais se ramasse un beau coup de poing qui le laisse KO. Nishi tente de s’interposer et se prend une balle qui lui rentre dans le cul et ressort dans le crâne. Direction le paradis ou ses limbes, un fond blanc comme une feuille de papier vide. Après une longue discussion avec Dieu, personnage protéiforme et changeant, il parfvient à s’enfuir et à retourner sur terre pour sauver sa belle.

Là, la situation change du tout au tout. De retour sur terre, Nishi flingue le footballeur, délivre Nishi et Yan et part en trombe dans la voiture des yakuzas. Une longue course-poursuite s’engage. Nishi montre ses talents de conducteur, il faut dire qu’il est très fort aux jeux vidéo. La course poursuite est filmée ainsi, prenant le point de vue de Nishi, puis montrant comme dans un GPS le lieu où il se trouve. Et là, catastrophe. La bagnole au détour d’un pont se fait aspirer par une immense vague de mer. Nishi, Myon et Yan se font alors avaler par une baleine, tels Pinocchio et son père. Dans le ventre de la baleine, un vieil homme, Robinson échoué ici depuis trente ans guide leur premiers pas. La toute dernière heure de Mind game se déroule au sein de l’animal marin.

Le film crée alors une cosmogonie qui ne doit plus rien à la réalité telle qu’on la connait. La baleine est un nouveau monde où il n’existe plus d’ennemis, les yakuzas et autre créanciers ne sont pas là. Les quatre personnages ne souffrent jamais de faim d’autant que le vieil homme est un fin cuisinier qui prépare de délicieux sushis. Et puis Myon n’a pas de fiancé dans ce monde, Nishi peut enfin la séduire comme il en avait toujours rêvé. Il peu accomplir son désir d’ado. Quant à Yan, elle prend du bon temps avec le Robinson. L’espace ne semble avoir aucune limite, la peau de l’animal est si extensible qu’un animal marin préhistorique est leur animal de compagnie, que l’eau avalée par la baleine constitue une mer où ils se baignent. Mais la baleine vieillit. Le vieil homme le sent. Il faut donc partir. Une nouvelle course poursuite se lance dans Mind game : celle qui consiste aux quatre personnages à s’échapper.

Le spectateur est dans la même situation que Nishi. Il est prisonnier d’un monde dont il ne connait pas les règles mais qu’il lui faut contrôler. Le film vise l’épuisement des personnages, des situations comme il cherche à épuiser le spectateur par une profusion d’images qui s’apparente à l’orgie. Les personnages changent régulièrement de graphisme, leur visage est parfois celui de vrais acteurs, parfois simplement constitués de simples traits. Cette profusion extrême provoque deux résultats. Le premier est un plaisir de voir un imaginaire si débridé, un si grand nombre de propositions d’images, une variété si importante de style, de genre (comédie, romance, polar). Logiquement, cette variété constitue l’écueil principal de Mind game qui propose tant de choses qu’il donne l’impression de ne jamais avoir de réelle ligne directrice, de s’éparpiller, de complexifier ad libidum des images comme s’il ne faisait pas confiance à un scénario très basique. Il y aura chez de nombreux spectateurs une évidente volonté de crier au génie, c’est logique : il est toujours plaisant d’être émerveillé dans la perdition des méandres des images, de pouvoir s’affranchir du sens, comme si les images n’avaient de valeur que pour elles-mêmes. D’une certaine manière, Mind game est dans la lignée du cinéma de Tarantino, à la fois totalement immature et complètement abouti.

Mind game (Japon, 2004) Un film de Masaaki Yuasa avec les voix de Kōji Imada, Sayaka Maeda, Takashi Fuji, Seiko Takuma, Rio Sakata, Tomomitsu Yamaguchi.

jeudi 31 mai 2012

Sorties à Hong Kong (mai 2012)

The Cases (, Hong Kong, 2012)
Un film d’Alan de Law avec Edmond Poon, Wylie Chiu, Brandy Akiko, Khloe Chu. 86 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 31 mai 2012.







mercredi 30 mai 2012

The King of pigs



Au Festival de Cannes 2012, tandis que la compétition officielle se contentait de resservir la soupe coréenne habituelle (les deux derniers films d’Im Sang-soo et Hong Sang-soo auxquels personne ne semble s’être intéressé), la Quinzaine des réalisateurs proposait un premier long métrage d’animation parmi sa rare sélection de films asiatiques. The King of pigs n’est pas du tout un film pour les enfants bien que ce soit son sujet principal. Et il y a fort à parier que le récit soit en partie autobiographique tant l’urgence narrative est palpable.

Jeune écrivain, Jong-suk (Yang Ik-june) vient de se faire engueuler par son éditeur après lui avoir fait lire le début de son nouveau roman. C’est justement ce premier chapitre qui ouvre le film. On voit un homme prendre sa douche, s’avancer nu et découvrir dans le reflet son visage transformé en monstre. Cette séquence initiale donne le ton âpre et sombre de tout le film. De retour chez lui, prostré dans l’obscurité, il s’engueule violement avec sa petite amie et quitte furieux l’appartement. Il reçoit alors un coup de téléphone. Kyung-min (Oh Jeong-se) l’appelle après quinze ans sans s’être vus. Il veut lui parler et ils décident de se retrouver.

Un long flashback démarre qui va plonger les deux hommes dans leur adolescence quand ils étaient collégiens. Etonnement, ce sont des actrices (Kim Hye-na et Park Hee-bon) qui donnent leurs voix aux personnages enfants. Jong-suk et Kyung-min ne sont pas très populaires. Le premier est pauvre, ne mange jamais de viande à son repas de midi. Le deuxième, binoclard – ce qui lui vaut des moqueries – est au contraire riche mais son père tient un karaoké (comprendre une maison close). Ils sont les souffre-douleurs du délégué de classe ventripotent qui entend faire régner sa discipline de faire à tous, à se faire respecter et à perpétuer la hiérarchie instituée par les plus grands du lycée.

Les deux ados reçoivent quelques coups et souvent des insultes quand ils ne se font pas palper l’entrejambe par le délégué pour se moquer d’eux. Tout change quand Chul Kim (Kim Kkobbi), qui refuse de se laisser faire, se met à tabasser le délégué qui a découpé l’arrière du pantalon de Jong-suk. Ce dernier, pauvre comme je l’ai expliqué, n’a pas d’argent pour un pantalon et porte donc les vieux pantalons de sa grande sœur. Ce sera un sujet de moquerie. Chul fracasse la tête de plusieurs élèves avec la boucle de sa ceinture et se fera expulsé pour cela. A son retour, les représailles ne cessent pas et c’est l’escalade des coups des deux côtés. Chul Kim ne se laisse pas conter son attitude. C’est une guerre sourde, sans les adultes, qui se prépare au lycée. C'est lui le "roi des cochons" du titre.

Chul Kim devient le meilleur ami des deux laissés pour compte. Ce qui augmente encore les moqueries. L’arrivée d’un nouveau en classe, Park Chan-young (Jo Yeong-bin), qui porte lui aussi des lunettes, offre un nouvel espoir aux deux ados. Peine perdue, le délégué a tôt fait de la mettre sur le droit chemin après l’avoir aspergé de pisse dans les toilettes. Chul Kim espère défaire l’engeance qui veut lui nuire. Il entraine les deux garçons dans une maison désaffectée et tue un chat à coups de couteaux, dans une séquence à la fois forte en émotion et terrible de brutalité rentrée. Les trois garçons vivent cette épreuve comme une catharsis tout en sachant qu’ils ne peuvent pas grand-chose contre l’autorité du délégué.

Le film, grâce à l’animation, permet de découvrir ce passé hyper violent caractérisé ce chat crevé revient comme un fantôme dans l’imaginaire de Jong-suk. Parfois c’est le visage de Chul Kim qui se transforme quand il pense à se venger des autres élèves. L’animation dans The King of pigs est très basique, archaïques, saccadée accentuant le sentiment de malaise des trois personnages. De nombreuses scènes sans musique sont très émouvantes, touchent au cœur par leur simplicité. Le désespoir des ados est parfaitement ressenti. La violence et les humiliations quotidiennes décrivent une Corée qui fabrique des monstres. Le film ménage également un suspense sur le destin de Chul et un finale de grande tenue.


The King of pigs (돼지의 , Corée, 2011) Un film de Yeun Sang-ho avec les voix de Yang Ik-june, Oh Jeong-se, Kim Hye-na, Park Hee-bon, Kim Kkobbi, Jo Yeong-bin.

dimanche 27 mai 2012

Crazy family



En quelques rapides plans, le déménagement de la famille Kobayashi dans sa nouvelle maison en banlieue est fait. Une nouvelle vie de confort va démarrer. Le père (Katsuya Kobayashi), salaryman prend le temps de faire quelques roulades sur le tapis du salon, histoire de bien se rendre compte du grand espace dont il va pouvoir profiter. Puis, le train-train prend le dessus. Il part en vélo avec sa fille sur le porte-bagage. Puis, c’est le métro, coincé contre la vitre, au milieu de la foule de fourmis qui part travailler, un trajet que Sōgo Ishii croque en quelques plans ironiques. Mais, c’est la belle vie, celle dont ce père de famille a toujours rêvée.

Madame Kobayashi (Mitsuko Baishô) est une femme au foyer qui s’occupe de la maison et des deux enfants. Le fils ainé Masaki (Yoshiki Arizono) s’apprête à passer ses examens pour entrer à l’université. Plutôt réservé, il étudie en silence dans sa chambre. Un soir, il découvre un chiot abandonné sous le porche de la maison. Il convainc son père de le garder et déclare qu’il s’en occupera. Cela satisfait finalement les parents qui voient ainsi que Masaki s’ouvrent aux autres. Erika, la fille collégienne (Youki Kudoh) est très expansive au contraire de son frère. Elle hésite à faire carrière dans le catch (elle s’entraine avec ses peluches géantes) ou chanteuse de pop (elle s’exerce devant sa maman et son grand-père).

Justement le grand-père (Hitoshi Ueki). Il leur rend visite un jour mais très vite, la famille comprend qu’il est bien parti pour s’installer. Le papi déborde d’énergie. Il promène le chien mais va jusqu’à l’épuiser. Il invite des amis à venir boire le saké et à faire un karaoké mais ils se couchent à point d’heure. Bref, le grand-père dérange tout le monde et en plus se permet de donner des leçons à son fils. Ils étaient venus s’installer dans une grande maison, mais le père doit dormir avec son père et la mère partage la chambre de sa fille. Déjà, l’unité de la famille craquelle sous le poids de la tradition familiale qui veut que les grands-parents soient accueillis avec respect par les enfants. Cette tradition, Crazy family la brocarde et en montre les limites que le grand-père franchit allégrement.

La tension entre les membres de la famille Kobayashi est déjà mise à rude épreuve sur un rythme trépidant. La mise en scène est portée par le rock sec du groupe 1984 garde la distance entre critique acerbe et ironie comique. Mais tout va se dégrader avec la découverte de termites dans les fondations de la maison. Le père pour mieux accueillir le grand-père décide de construire une chambre dans le sous-sol. C’est bien entendu une idée complètement loufoque qui fait hurler la mère et criser le fils (qui demande le silence). Mais le père perd toute contenance et toute raison quand il voit ces termites. Chasser ces insectes tourne à l’obsession et il va jusqu’à mettre le feu dans le salon. Oppressé par une situation qu’il ne peut contrôler, le père décide de supprimer toute la famille et poursuit avec le marteau-piqueur.

Le film se lance dans un huis-clos familial où chacun devra tenter d’échapper au père et de survivre. Sur un ton comique plus que tragique, Crazy family pointe cependant tous les dysfonctionnements de la famille japonaise. Le père stressé par le boulot et la pression familiale. La mère réduite par la société à un rôle minimal de femme au foyer obéissante. Le fils qui se mutile la jambe gauche devient obsédé par le silence et subit la pression de la réussite à tout prix. Il ne dort plus, s’enferme dans une pyramide lumineuse et se transforme en zombie, au sens figuré. La fille entre chanson pop et catch est esclave de la mode et de cette tendance à vouloir devenir célèbre. Quant au grand-père, il a des renvois du passé guerrier du Japon et menace de tuer tout le monde avec son sabre. Ainsi, sous des apparences de pétages de plomb rigolos, le film se transforme en slasher sociologique avec une double fin surprenante proche de l’onirisme. Car finalement, ce que veut exprimer Sōgo Ishii, c’est qu’il faut tout détruire pour partir sur de nouvelle bases.

Crazy family (逆噴射家族, Japon, 1984) Un film de Sōgo Ishii avec Katsuya Kobayashi, Mitsuko Baishô, Yoshiki Arizono, Youki Kudoh, Hitoshi Ueki.

mercredi 23 mai 2012

The Tigers, the legend of Canton



Après s’être attaqué à Wong Fei-hung, le triturant dans tous les sens, le faisant passer pour un moins que rien dans ses deux parodie Once upon a time a hero in China et Master Wong vs Master Wong, Lee Lik-chi va trouver un autre pan de l’histoire : Sun Yat-sen et la résistance à l’armée japonaise. The Tigers, the legend of Canton est d’abord l’occasion de réunir devant la caméra les cinq membres du groupe The Wynners. Comme dans les deux autres parodies citées plus haut, ces tigres-là n’ont rien de bien vaillant. Au contraire ce sont des incompétents notoires et le titre du film qui parle de légende indique bien dans quelle direction on se dirige.

Comme il se doit, chaque personnage a son caractère. Alan To (Alan Tam) est persuadé d’être un superbe séducteur de femmes. Chung Kwok-yan (Kenny Bee), déguisé en Indiana Jones, chapeau et fouet en bandoulière, aide la veuve et l’orphelin. Avec ses vétements anachroniques, il est censé, dès qu’on le voit, apporter de l’humour. Sum Si-koon (Anthony Chan) est un lettré. Habillé en habits traditionnels, il peut discourir sur tous les sujets et régler tous les problèmes. En revanche, il ne sait pas se battre. Jian (Bennett Pang) est un esprit alerte pourvu d’une grande mémoire. Enfin, Keung (Danny Yip) prétend posséder des dons de divination. A eux cinq, ils semblent donc armés pour affronter les Japonais ennemis. Wah (Nat Chan) les a dépêchés pour les combattre. Ils se reconnaissent au signe sur leur valise : un soleil japonais barré.

Seulement voilà, une fois réunis tous ensemble à Shanghai pour venir en aide à Sun Yat-sen qui a disparu (et qu’on ne verra jamais), ils ne trouvent pas Wah, qui dans des gags qui ponctuent le film, se trouvent toujours dans des situations impossibles où il ne peut pas approcher les cinq sauveurs. Le meilleur gag donne le niveau du film : Wah arrive chez les cinq tigres, il rentre par la fenêtre, rentre dans les toilettes qui sont piégées et se voit expédié, tête la première au beau milieu du marché de la ville. Les héros sont ici des tocards qui trouvent le message laissé à leur intention mais l’interprètent de travers. Ils sont persuadés qu’ils doivent sauver Yuen (Anthony Wong) et arrêter Sun Yat-sen. C’est donc toute une série de quiproquos qui sert de fil conducteur au scénario.

Car Yuen est dans le camp des annemis. Anthony Wong ne fait pas dans la dentelle avec son personnage de renégat à la petite moustache à la Hiro Hito (ou à la Hitler selon ce qu’on y voit), au rire sardonique et au regard torve de l’expert en traitrise. Face aux cinq membres des Wynners, c’est lui qu’on attend à chaque scène. L’allié japonais de Yuen est le redoutable général japonais surnommé « le poing invisible » (Leung Kar-yan), c’est à lui que sont dévolues les scènes d’arts martiaux. Et les femmes sont au nombre de deux : Alan et Yan vont tous les deux tomber amoureux de Lam (Monica Chan) et ne même pas regarder sa copine Siu Yuen (Kingdom Yuen). Une romance nunuche destinée à créer un suspense entre les deux hommes : leur amour ne va-t-il pas troubler leur mission. Mais à ce niveau du film, on a déjà capitulé devant le scénario balourd et la pauvreté des gags. Après avoir bine travaillé avec Alan Tam, Lee Lik-chi est allé vers d’autres cieux et a travaillé avec Stephen Chow pour Flirting scholar. Et franchement, on voit la différence.

The Tigers, the legend of Canton (廣東五虎之鐵拳無敵孫中山, Hong Kong, 1993) Un film de Lee Lik-chi avec Alan Tam, Kenny Bee, Anthony Chan, Bennett Pang, Danny Yip, Anthony Wong, Monica Chan, Kingdom Yuen, Nat Chan, Leung Kar-yan, Ku Feng, Gabriel Wong, Joey Leung.

mardi 22 mai 2012

Master Wong vs Master Wong


La comédie parodique était l’un des genres dégénérés du cinéma cantonais les plus féconds. J’utilise l’imparfait car, aujourd’hui, il ne se produit plus guère de parodie de grands succès populaires, tout juste certains films reprennent la scène la plus référencée et reconnaissable. A ce jour Ip Man de Wilson Yip est le film le plus parodié. Il y a vingt ans, c’était Il était une fois en Chine qui offrait tout un panel de parodies, comme ce film de Lee Lik-chi. Le récit de Master Wong vs Master Wong est lancé par Ah So (Ng Man-tat), disciple de Wong Fei-hung, qui, devenu vieillard, raconte de belles histoires à ses petits enfants. Il fait suite à Once upon a time a hero in China parodie des deux premiers films de la saga de Tsui Hark et Jet Li.

Le légendaire courage de Wong Fei-hung (Alan Tam) est montré dès l’ouverture en quelques saynètes où le héros chinois affronte des ennemis, rend la justice ou délivre un enfant d’un feu. Filmées comme un reportage télé, ces courtes scènes décrivent l’homme comme débordé, peureux et faible. C’est dans ce décalage que se place la parodie de Lee Lik-chi. Ainsi, les dents d’Ah So sont exagérément grandes, déformant le visage de l’acteur. L’autre disciple Ah Wing (Eric Tsang) aide son maître à prouver à la population la force exceptionnelle de Wong Fei-hung : il se déguise en occidental et avec Tante Yee (Teresa Mo) font les bonimenteurs pour vendre leur camelote. On est très loin de l’image donnée par Tsui Hark. Au contraire, ce Wong Fei-hung n’est jamais le maître chez lui, il est soumis aux décisions de ses disciples et de Tante Yee, et puisque Master Wong vs Master Wong est une comédie burlesque, tous les choix faits mènent à des déconvenues gaguesques.

La réputation du médecin fait le tour de la Chine. Justement, il se fait inviter par Tse Yin-kam (Anthony Wong) à Canton. C’est un homme d’affaire véreux mais le médecin ne le découvrira que plus tard. Wong Fei-hung charge Tante Yee de prendre en charge Po Chi Lam, son école de kung-fu, et s’embarque avec So et Wing. Finalement, le trio sera rejoint par Yee qui ne peut pas se séparer de Wong. Là, aussi, la pudeur à laquelle on était habituée a disparu au profit d’une obsession sexuelle de Yee à l’égard du maitre. Ce dernier veut rester incognito et charge Wing de se faire passer pour lui. Sur le quai, l’accueil est faible. Seule Sang Fan-tung (DoDo Cheng) semble l’attendre. C’est une femme exaltée qui cherche à apprendre le kung-fu auprès de Wong Fei-hung. Mais ce sera So qui se fera passer pour lui. Nous en sommes déjà à trois médecins. Puis, plus tard dans le film, Miss Tung se fera, elle aussi, passer pour lui. La rivalité entre les deux femmes va s’accentuer, d’autant que Miss Tung s’amourache du vrai Wong Fei-hung qui se fait passer pour Ah So. Ainsi, elle ne comprend pas la jalousie de Tante Yee puisque les personnages sont intervertis. Ce qui est drôle également est que même eux semblent s’y perdre.

Tous les personnages sont maintenant réunis pour faire leurs facéties. Et puisqu’il faut bien un méchant, ce sera Tse Yin-kam qui donnera du rire sardonique à chaque réplique sous le regard étonné de son assistant qui lui demande chaque fois pourquoi il rit. Le film fera rire si on aime les acteurs qui mouillent la chemise pour faire le show. Anthony Wong, cheveux rasés et lunettes rondes, offre son regard de fou à la Untold story. Ng Man-tat et Eric Tsang rivalisent pour jouer les obsédés sexuels et les idiots. L’une des scènes principales montre un repas offert par Tse Yin-kam dans le but de faire signer un contrat bidon à Wong Fei-hung. Chaque personnage montre sa mauvaise foi, son esprit mesquin et son égoïsme. Des orphelins arrivent à table, Tante Yee les traite comme des voleurs. De jeunes femmes étudiantes sont prises pour des prostituées. Le film joue sur la tromperie et son effet comique : chaque fois, les personnages semblent cocher la mauvaise case, s’égarer dans leur jugement et prendre la mauvaise décision. Tout le comique du film réside dans les contradictions des personnages censés être héroïques mais tous lâches. C’est aussi cela le but d’une parodie comique : mettre à plat tous les clichés et les retourner pour produire un gag.

Master Wong vs Master Wong (黃飛鴻對黃飛鴻, Hong Kong, 1993) Un film de Lee Lik-chi avec Alan Tam, Ng Man-tat, Eric Tsang, DoDo Cheng, Teresa Mo, Anthony Wong, Gabriel Wong, Wong Yat-fei, Yuen Cheung-yan, Wong San, David Wu, Kenny Wong, Joey Leung, Vincent Kok, Ho Chi-moon. 

Once upon a time a hero in China



Parce que le cinéma cantonais est d’abord une industrie (et c’est très bien comme ça), les succès du jour font l’objet de reprise, pastiche, parodie. Comme son titre l’indique très précisément Once upon a time a hero in China prend comme modèle Il était une fois en Chine et La Secte du lotus blanc, les deux premiers épisodes de la saga de Tsui Hark (la cérémonie de la secte sera allégrement décalquée). Le titre en chinois se traduit par « Wong Fei-hung pour rire » avec dans le rôle titre Alan Tam du héros chinois. Lee Lik-chi n’a pas pu, contrairement à Wong Jing avec Claws of steel, un an plus tard, employer Jet Li. Alan Tam a sans douté été, il y a deux décennies, une immense star, mais il apparait aujourd’hui bien fade.

L’avantage pour Lee Lik-chi est de ne pas à avoir à présenter les personnages. Tout le monde connait le médecin chinois et ses disciples. On le découvre au bord de la mer, sur un rocher en train de recevoir sur la figure une grosse vague. Car le Wong Fei-hung de Once upon a time a hero in China est un homme faible. D’autres diraient qu’il est nul, incompétent, incapable, mais il est un héros, et le film va devoir faire qu’il ne le soit pas seulement dans le titre mais aussi aux yeux de tous les autres personnages. Le maître n’en est donc pas un, on voit bien que ses compétences lors du défilé des dragons ne sont pas bonnes, qu’il fait tout rater et que ses élèves sont en vérité ceux qui ont le savoir.

Ce sera à eux qu’incombera la fastidieuse tache de faire de Wong Fei-hung un héros qui pourra, dans un film non parodique, être incarné par Jet Li. Wing (Eric Tsang) est l’expert en kung-fu. Il faut bien voir le petit et grassouillet acteur se démener tel Sammo Hung. So (Ng Man-tat) avec ses grandes dents en avant est le médecin, celui qui sait vraiment soigner. On le voit à l’œuvre, une fois sur Tante Yee (Teresa Mo) et une autre sur Wing, dans des situations humiliantes pour les patients avec des tubes placées çà ou là. Enfin, Leung (Simon Yam), bien que vierge – comme il le proclame – est son expert en choses de l’amour. Tous les trois vont apprendre à Wong Fei-hung autre chose que la cuisine, car le médecin se passionne pour l’art culinaire. D’ailleurs, il clame « à table », dans un effet comique dès que ses comparses commencent à se disputer entre eux.

La rivalité entre les personnages démarre dès que Tante Yee entre en scène. Totalement à l’opposée du personnage de Rosamund Kwan, celui de Teresa Mo est immature, inconséquente et nymphomane. Elle se met à sauter sur chacun des disciples à tour de rôle avant de trouver Wong Fei-hung, car après tout, elle succombera au charme du médecin comme il devra lui résister pendant tout le film. Ces conventions sont là aussi réduites à néant pour produire le comique : la nymphomanie de Tante Yee est ce qui compte le plus. Son personnage n’est pas montré de manière positive, bien au contraire, et les quatre hommes ne la mettent pas en valeur. Dans la série de Tsui Hark, elle était porteuse de modernité face à l’esprit conservateur de Wong, ici, les gadgets occidentaux qu’elle amène la ridiculise encore plus, comme ce spray anti cafards dont elle vaporise les disciples.

Certes, Tante Yee permettra à Wong Fei-hung de s’accomplir et de devenir le héros que le titre promet et que la légende clame. Mais, ce sera le méchant du film, Ken (Tony Leung Ka-fai) qui va révéler le médecin. Il se livre à quelques forfaits, notamment au trafic d’opium avec ces « diables » d’étrangers (ici personnifiés par l’éternel blanc méchant, l’acteur Paul Fonoroff). Il ne faut pas compter sur Tony Leung Ka-fai pour ne pas en faire des tonnes : il cabotinera à chacune de ces scènes. Comme il se doit, Wong Fei-hung en sortira vainqueur et finalement quand il retournera au bord de la mer, il utilisera son célèbre coup de pied contre la vague qui obéira à ses ordres et ne le mouillera pas. Voilà un vrai héros chinois.

Once upon a time a hero in China (黃飛鴻笑傳, Hong Kong, 1992) Un film de Lee Lik-chi avec Alan Tam, Teresa Mo, Eric Tsang, Ng Man-tat, Simon Yam, Tony Leung Ka-fai, Sek Kin, Paul Fonoroff, Vincent Kok, Charine Chan.