jeudi 5 juillet 2012

Sorties à Hong Kong (juillet 2012)

Painted skin 2 : the resurrection (畫皮 II, Chine, 2012)
Un film de Wu Ershan avec Chen Kun, Zhou Xun, Vicki Zhao, Yang Mi, Fung Shiu-fung, Chen Ting-jia, Tian Liang, Bei Cheung, Gordon Liu, Kara Hui, Dong Wei-jia, Lenox Lu. 131 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 5 juillet 2012.



mercredi 4 juillet 2012

Six courts métrages muets japonais



La Cinémathèque de Grenoble a présenté lors de son Festival du film court (la 35ème édition) six courts-métrages d’animation réalisés entre 1917 et 1929. Les deux premiers chacun d’une durée de deux minutes ont été retrouvés par Natsuki Matsumoto, historien de cinéma et collectionneur de vieilles bobines (les films ont d’ailleurs été présentés en 35 mm) et ont été restaurés et teintés numériquement. Une épée émoussée narre l’histoire d’un samouraï qui trouve une épée et qui l’essaie. Taro Urashima conte une vieille légende japonaise où le héros éponyme sauve une tortue. Celle-ci l’invite au fond de la mer. Ces deux films ont encore une animation balbutiante faite essentiellement de dessins peu mouvants.


Le Conte du temple du crabe, d’une durée de 11 minutes, est déjà bien plus ample visuellement. Un crabe est sauvé par une jeune femme d’un garçon qui l’avait capturé. Plus tard, elle reçoit la visite d’un serpent qui veut en faire son épouse malgré les craintes de son père. Harcelée par le reptile, la jeune fille, qui a fait construire un temple bouddhiste, se voit sauver par une horde de crabes. Dans Ubasuteyama, un souverain décide que les vieillards doivent être abandonnés et périr. Un homme refuse que sa vieille maman ne meure. Le souverain pose des questions à l’homme (comment reconnaitre une jument de son poulain s’ils sont tout à fait semblables) et sa mère peut répondre (la jument laisse toujours manger son poulain avant elle). Ce film illustre la sagesse des anciens et fait bien entendu penser à la légende du Narayama.

Chaplin et Coogan, dont l’année de réalisation reste incertaine, sans carton de présentation, est une curiosité. Il table sur la popularité de Jackie Coogan le jeune interprète de The Kid, le film de Charlie Chaplin – qui apparait également dans ce film. Le jeune acteur, que l’on reconnait à sa casquette, apparait dans une animation très saccadée. Il cherche à être engagé dans un film japonais et le court-métrage permet de découvrir des visages de réalisateurs et acteurs japonais de l’époque. Une sorte de témoignage. Enfin, La Bosse met en récit deux frèrex d’un Japon ancien. L’un travaille toujours, l’autre est paresseux. Chacun a une bosse proéminente sur la joue. L’homme qui travaille rencontre des monstres (des tengu), sorte de kappa à bec d’aigle et ailé. Il doit danser pour eux et sa bosse sera arrachée.


Chacun de ses six films d’animation ont des sujets très japonais issus pour la plupart des contes et légendes locales. Tous muets, ils sont narrés grâce à de nombreux cartons. Dans La Bosse, ces cartons font l’objet d’une esthétique avancée, tout comme les dessins des monstres extrêmement fins, déjà proches des dessins et thématiques de Osamu Tezuka, alors que les trois courts-métrages des années 1920 sont plus grossiers, un peu saccadés, pas encore très bien animés. L’une des récurrences de ces six films est l’apparition d’un cercle dans le cadre, un cercle qui évoque le soleil du drapeau japonais, comme si ces six courts-métrages signaient ainsi, traditionnellement, leur appartenance à l’archipel.

Une épée émoussée (なまくら刀, Japon, 1917) Un film de Junichi Kouchi
Taro Urashima, (浦島太郎, Japon, 1918) Un film de Seitaro Kitayama
Le Conte du temple du crabe (赤垣源蔵徳利の別れ, Japon, 1924) Un film de Hidehiko Okuda, Tomu Uchida et Hakuzan Kimura
Ubasuteyama (うばすて山, Japon, 1925) Un film de Sanae Yamamoto
Chaplin and Coogan (Japon, 1925) Anonyme
La Bosse (かたまり, Japon, 1929) Un film de Yasuji Murata


lundi 2 juillet 2012

Durian durian



Ce sont deux voix off féminines qui lancent le récit de Durian durian. La première est celle de Yan (Qin Hailu), la vingtaine, immigrée avec un visa de touriste qui vient de la Chine du Nord. A Hong Kong, elle tente de gagner un peu d’argent pendant ses trois mois dans l’archipel en se prostituant. Elle n’y prend aucun plaisir. Elle débite, sans conviction, à ses clients – des types plutôt gentils, un peu paumés, mais pas méchants – chaque fois la même chose : « viens prendre une douche, ça te fait du bien ? pense à être généreux ». Puis elle rentre chez elle escortée par un jeune gars, tout maigre, constamment torse nu portant son t-shirt orné d’une svastika sur l’épaule. La caricature de la petite frappe.

Régulièrement sur son chemin entre sa petite chambre et l’hôtel, Yan passe dans une ruelle où habite Fan (Mak Wai-fan). La gamine de dix ans vit ici avec ses deux parents et sa petite sœur. Le père, estropié et marchant avec une béquille, va tous les jours à Hong Kong faire du menu trafic pour ramener de quoi acheter à manger. La mère et les filles restent dans la ruelle et prennent bien garde de ne pas rencontrer de policiers qui pourraient leur demander leur papier. Un jour, le jeune gars qui surveille Yan a une violente altercation avec un Indien (Along). Ils se retrouvent plus tard dans un autre lieu et se disputent à nouveau. Encore plus tard, l’Indien frappe, par derrière, le mec avec un durian. C’est ainsi que l’ fruit entre dans l’histoire.

Enfin histoire, il faut le dire. Durian durian tient plutôt de la chronique réaliste avec pour but de la part de Fruit Chan, après ses films sur les affres de la rétrocession, de faire le point sur les rapports entre la Chine continentale et Hong Kong, ou plus exactement sur certains immigrés qui pensent pouvoir profiter des miracles du capitalisme. Le film montre au contraire un monde de misère pour ces clandestins. Mais sa bonne idée est de la montrer sans misérabilisme bien au contraire. Filmé dans le mode documentaire, caméra à l’épaule avec des acteurs non-professionnels, Durian durian a de forts accents de vérité si rares dans le cinéma de Hong Kong. Certes Yan se prostitue mais les habituels écueils (violence et nudité racoleuses) liés à cette activité sont absents ici. Fan ne comprend pas très bien tout ce qui se passe. Ainsi quand elle voit Yan, elle ne sait rien de son activité mais toutes deux sympathisent après l’incident du coup de durian.

La première partie est surtout concentrée autour de Fan, la gamine clandestine. Dans la seconde partie, c’est Yan qui retourne dans sa région natale qui mise en avant. Le contraste est étonnant entre l’hyperactivité de Hong Kong et le calme provincial de cette ville chinoise sous la neige. Fruit Chan ne compare pas les deux modes vie mais les met en parallèle et admet que la grande liberté de mouvement de Hong Kong est illusoire. Dans le même temps, il constate qu’en Chine la vie est plus simple, plus rude mais commence à être plus libre. Yan ne dit rien de son séjour de touriste et ses amis préfèrent évoquer le bon vieux temps. Yan se marie puis divorce. Ils vont voir des jeunes qui chantent l’Internationale en mode pop-rock. La vie est à l’image du durian : plein d’épines à l’extérieur, qui ne sent pas très bon, difficile à entamer mais tellement doux à l’intérieur.

Durian durian (槤飄, Hong Kong – France, 2000) Un film de Fruit Chan avec Qin Hailu, Mak Wai-fan, Mak Suet-man, Yeung Mei-kam, Wong Ming, Yung Wai-yiu, Li Shuang, Bai Xiao-ming, Hu Qing-yong, Lu Zhi-han, Yang Xiao-li, Along, Chang Kin-yung.

samedi 30 juin 2012

Coup d'état



« Avant d’agir, compter jusqu’à 10 » est la phrase mystérieuse qui lance Coup d’état, troisième volet des films sur les mouvements politiques du Japon, après Eros + massacre (l’anarchie) et Purgatoire eroïca (le communisme). Cette phrase est lancée par un jeune homme qui tranche au long poignard un magnat de l’industrie après avoir lu les ouvrages de Kita (Rentarô Mikuni), un idéologue révolutionnaire qui est centre du film. Le jeune homme s’est ensuite suicidé et a demandé à sa sœur d’apporter ses maigres affaires à Kita ainsi que sa tunique aux sangs mêlés de l’homme d’affaires et de lui-même. L’idée maitresse de Coup d’état est de disséquer l’influence des théories révolutionnaires acquises en Chine au début du 20ème siècle par Kita.

De ses expériences en Chine, en ayant assisté aux échecs des deux révolutions, Kita tire donc ses théories qu’une partie de l’armée souhaite appliquer pour mettre fin au pouvoir impérial. Son ouvrage s’appelle Le plan du renouveau du Japon et ses idées ne plaisent pas à l’Empereur qui, en réponse à un cadeau, lui fait parvenir, avec beaucoup d’arrogance, un courrier sur lequel aucun mot n’est écrit. Kita a aussi ramené un fils adoptif qu’il entend éduquer selon ses principes, ceux de la punition face à la peur. Or pour Kita la punition que va donner le pouvoir impérial face à la révolution en réponse à la peur que les autorités ressentent est la loi martial (terme qui traduit le titre original japonais). Le coup d’état du 15 mai 1936 se prépare en secret. Il sera mené par Nishida (Tadahiko Sugano), un militaire adepte des théories de Kita.

La belle idée du film est de faire le dépositaire et l’héritier des idées du maître un jeune soldat (Yasuo Miyake), personnage dont on ne connaitra jamais le nom. Son anonymat permet de rendre humaine la visée politique. Ce soldat et sa femme (Akiko Kurano) représentent aussi la lâcheté de Kita qui refuse d’assumer les contradictions de ses théories fumeuses et obscures. Coup d’état est d’ailleurs peu éclairant sur les visées de Kita qui semble balancer entre un nationalisme certain et un esprit révolutionnaire. Sa figure écrase littéralement ceux qui voudrait suivre ses préceptes, au sens propre (le coup d’état est un échec pour ceux qui ont tenté de le mettre en pratique, Kita sera exécuté par les soldats de l’Empereur) et au sens figuré (Kita est souvent filmé en gros plan occupant une large partie du cadre, ses disciples sont laissés dans un coin du cadre ou apparaissent flous). Yoshishige Yoshida va plus loin encore dans la fragmentation du plan, n’hésitant à couper le cadre en deux comme pour signifier un pays largement divisé, entre théorie et pratique, révolution et continuité, soldat anonyme et illustre homme politique.

Coup d'état (戒厳令, Japon, 1973) Un film de Yoshishige Yoshida avec Rentarô Mikuni, Yasuyo Matsumura, Yazue Miyake, Akiko Kurano, Tadahiko Sugano, Taketoshi Naitô, Key Linuma, Kazunaga Tsuji, Masako Yagi.

jeudi 28 juin 2012

The Raid



Il ne sort pas toutes les semaines un film indonésien dans les salles françaises. The Raid ne parlera pas beaucoup de la vie de la population locale mais le but de The Raid, titre implacable et sec, est ailleurs. Le film de Gareth Huw Evans, réalisateur britannique installé en Indonésie, cherche à retrouver la force du cinéma d’action brutal et de combat. Hong Kong s’installe depuis quelques années dans le confort des coproductions avec la Chine de Pékin et ne produit, en termes de films d’action et d’arts martiaux, plus que de films en costumes d’inspiration historique. En Thaïlande, on a déjà un peu oublié Tony Jaa qui avait tant ébloui avec Ong Bak en 2003. Ça commençait à dater.

Le scénario de The Raid est d’une simplicité éclatante. Un commando de policiers surarmés et surentrainés doit affronter un gang de la mafia de la drogue également surarmés et surentrainés. Parmi les policiers, le film suit le parcours de Rama (Iko Uwais, également l’un des chorégraphes des combats). On le découvre le matin du raid faire gentiment sa prière, faire quelques mouvements de boxe et prendre soin de son épouse enceinte – ce sera la seule très courte apparition d’une femme dans tout le film. Logiquement, elle lui conseille la prudence. Il en aura, il part pour l’enfer dans cet immeuble qu’illustre l’affiche : l’homme à l’assaut du chaos. Il ne part pas seul, ils seront 18.

Les méchants ne comptent pas se laisser faire. On s’en doute bien, c’est le but du jeu. Tama (Ray Sahetapy) est un vendeur de drogue. Autant dire un homme qui défie la loi et qui surtout n’a peur de rien et de personne. Il a corrompu la police pour pouvoir continuer son trafic (pour rappel, la consommation comme le trafic de drogues est condamné par la peine capitale en Indonésie) et s’est installé dans cet immeuble qu’il contrôle entièrement. Il y fait loger ses trafiquants qui sont à sa botte. Il peut compter sur eux pour aller couper en morceaux à la machette les soldats ou pour les flinguer à la mitraillette tandis qu’ils montent les escaliers jusqu’au bureau de Tama, au quinzième étage, d’où il les surveille à la caméra de surveillance.

Sur un schéma d’unité de lieu, de temps et d’action, The Raid se contente d’alterner les scènes de combats avec des moments de calme, histoire que le spectateur souffle un peu. C’est précisément dans ces scènes de dialogues que le récit avance. Non seulement dans les stratégies des flics pour arriver à Tama, en ce sens, le film joue sur l’idée du jeu vidéo où le héros (Rama en l’occurrence) recule parfois pour mieux avancer. La bonne idée est de faire passer les personnages par le plancher, par la fenêtre, comme si aucun obstacle ne les empêchait de se mouvoir. Chaque fois, il faut trouver une cachette ainsi Rama et un collègue se dissimulent derrière un mur de planches dans une scène pleine de suspense. Les dialogues permettent aussi de connaitre un peu mieux quelques personnages et de fournir un gros rebondissement.

Et puis, il y a le reste. C'est-à-dire l’action, les tatanes, les bastons, les coups de coude un peu partout sur les corps, les coups de machette qui tranchent les oreilles ou les joues, les balles de mitraillettes qui rentrent dans la chair. Iko Uwais et Gareth Huw Evans ont réglé les combats en filmant en plan large et dans des longs plans, avec peu de montage ce qui permet d’admirer les mouvements des coups des acteurs et en accentue l’impact. Une sorte d’effet du réel qui permet d’oublier les écueils inhérents au genre (les méchants n’attaquent jamais en même temps Rama et attendent leur tour). L’enjeu du film est de donner des scènes d’action et des combats qui soit tous différents : divers adversaires en grand nombre ou en duo, lieu et armes variés, plusieurs techniques de combats. Et au milieu de tout cela, The Raid offre une belle scène poétique avec l’obscurité dans l’immeuble, un fusil qui éclaire par mégarde les soldats et les mercenaires qui se mettent à les arroser de balles. On trouve chez Gareth Huw Evans un sens de la mise en scène qui fait plaisir à voir.

The Raid (Serbuan maut, Indonésie, 2011) Un film de Gareth Huw Evans avec Iko Uwais, Joe Taslim, Donny Alamsyah,Yayan Ruhian, Pierre Gruno, Ray Sahetapy, Tegar Satrya, Iang Darmawan, Eka 'Piranha' Rahmadia, Verdi Solaiman.

mardi 26 juin 2012

The Day he arrives - Matins calmes à Séoul



Tout comme Oki’s movie, sorti six mois plus tôt, The Day he arrives – Matins calmes à Séoul (titre franchement lourdingue, pourquoi de l’anglais ?), comme ce film précédent, Hong Sang-soo a tourné celui-là à toute vitesse, avec peu de moyens et un nombre limité de décors et d’interprètes. Cette fois, l’image est en noir et blanc et le récit suit les quelques jours que passe Yoo Seongjun (Yoo Joon-sang) à Séoul après deux ans d’absence. Il vit désormais en province et vient donner des cours à l’Université. Yoo est cinéaste, il a tourné quatre films et n’arrive plus à en tourner. La raison ne sera pas donnée : est-ce l’absence d’inspiration ou tout simplement son installation en province ? Chaque personne qu’il rencontrera pendant les 80 minutes du film lui demandera s’il compte tourner à nouveau. Sans doute lui-même ne le sait-il pas.

En attendant au coin de la rue son vieil ami Yeong-ho (Kim sang-soo), le cinéaste Yoo va rencontrer une ancienne élève devenue depuis professeur de cinéma. Ils se verront par hasard trois fois dans le même coin. Puis, Yoo croise dans un bar trois jeunes. Ce sont des étudiants qui l’invitent à leur table. Ils boivent, ils parlent, ils discutent de leur envie de faire du cinéma. Ils sortent souls du bar. Ils s’achètent des cigarettes et il les engueule parce qu’ils l’imitent trop. Plus tard, il ira sonner chez Kyeong-jin (Kim Bo-kyeong) son ex – sans doute une de ses anciennes élèves – avec laquelle il va coucher. Ils ne s’étaient pas revus depuis son départ et la discussion qui termine leur rencontre. Envoyer des sms, se rappeler, se revoir et plus – au cas où – tout cela est interdit à Kyeong-jin. On en vient presque à se demander si Yoo n’est pas parti de Séoul à cause d’elle, à cause des femmes en général, pourquoi pas ?

Le soir, Yoo retrouve donc son ami Yeong-ho qui est accompagné par Boram (Song Seon-mi), professeur de cinéma. Décidemment, on ne sortira pas du milieu. Ils vont tous les trois manger coréen puis, détour par le bar « Roman » où Yoo se fait tout timide devant la patronne Ye-jin (Kim Bo-kyeong, la même actrice qui incarne Kyeong-jin). Pour bien marquer le trouble du professeur-cinéaste, Hong Sang-soo pratique, à l’excès, le zoom. Il recadre très rapidement ses personnages, se rapproche d’eux, et surtout de Yoo quand il s’agit de filmer son trouble de se trouver sans doute amoureux. Et c’est sans doute ce regard de garçon timide qui offre les meilleurs moments de The Day he arrives - Matins calmes à Séoul. Chaque soir, Yoo et ses amis retournent au bar « Roman » et chaque soir les mêmes gestes sont faits : il sort fumer une cigarette (un soir il fait doux, le lendemain il neige) et il l’accompagne acheter des raviolis dans le magasin d’à côté.

Le film est le film d’un amour renouvelé, d’un homme qui envisage peut-être une nouvelle vie à Séoul après tant de temps passé hors de son milieu. En voix off, Yoo commente lui-même ce qu’il fait et son commentaire est à la fois sarcastique et vain. Yoo est cependant remis sur terre par un troisième ami, Joong-won (Kim Ee-seong) qui fût acteur dans son premier film. L’alcool aidant, on comprend toute la rancœur que Joong-won a gardée pour n’avoir pas pu concrétiser ses propres rêves de cinéma. Il lui balance quelques reproches, évoque son égoïsme. Le film tente de dresser le portrait en creux d’un grand égocentrique, comme en témoignent les rencontres avec les anciens collègues de Yoo qui refusent tous de lui parler autrement qu’en phrases sonnant vide. Le regard de Yoo exprime alors toute la détresse d’un homme qui ne parvient plus à avancer dans la vie.

The Day he arrives - Matins calmes à Séoul (북촌 방향, Corée, 2011) Un film de Hong Sang-soo avec Yoo Joon-sang, Kim Sang-joong, Song Seon-mi, Kim Bo-kyeong, Kim Ee-seong.

vendredi 22 juin 2012

Aveux théories actrices



Pour son quinzième film, Yoshishige Yoshida revient à la couleur après ces deux films politiques en noir et blanc (surtout blanc d'ailleurs). Aveux théories actrices abandonne en revanche le format scope pour conserver le 1:37, format carré. Ce cadre correspond à celui des origines du cinéma. Le film interroge la place des actrices dans le cinéma, plus précisément, des « stars » avec leurs soucis propres, leurs liaisons annoncées par les journaux à scandales que l’agent artistique considère comme nécessaire pour l’accession au succès d’une actrice. Yoshida s’est dans son œuvre toujours tenu le plus éloigné possible du star system et suggère une théorisation de la source de l’art des actrices.

Dès la première scène, le film nous affirme que tout a un rapport avec la sexualité en montrant un tournage où un phare à la forme évidemment phallique sert de décor au film dans le film. Le film s’appelle également Aveux théories actrices. On y voit la caméra, on y entend le cut du réalisateur, parfois – dans une scène plus tardive dans le film – on ignore que c’est le film dans le film. L’équipe interrompt une scène d’amour qui n’en était pas une. Ces barrières entre la réalité et la fiction céderont vite le pas à d’autres sujets au vrai sujet du film : les frustrations et le refoulé des trois actrices qui doivent jouer ensemble, bien qu’elles ne s’apprécient pas forcément à cause de leurs compagnons interchangeables. Elles ne se rencontreront qu’au dernier plan du film.

Aki (Ruriko Asaoka) est persuadée d’être constamment surveillée par un homme qui la photographie. Cet homme viole son intimité. Toute sa partie est sous le signe du miroir dans lequel elle se regarde souvent. Aki tente de se souvenir de son professeur de lycée qui lorsqu’elle était adolescente a abusé de son ascendance pour violer Kyoko (Miyoko Akaza), l’amie d’Aki. Elle se rappelle cette après-midi chaude où il apparut en short blanc sur le perron de sa maison. Kyoko a été endormi avec du chloroforme mais la vérité sera rétablie par lui-même après que Kyoko a beaucoup reproché de choses à sa vieille amie. Le miroir renvoyait à un double qu’elle s’était créé.

Shoko (Mariko Okada) a un refoulé plus simple. Elle est persuadée que son mari, qu’elle ne voit plus depuis des années, l’a trompé avec une jeune comédienne. Son manager (Rentarô Mikuni) a peur quand il l’a découvre jouant la muette dans une séquence où son assistante et costumière, la jeune Rie (Kiwako Taichi), avec naturel et aplomb, traduit en mots les quelques gestes de Shoko couchée dans son lit. Ces scènes proches du burlesque évoquent Giulietta Masina dans Juliette des esprits de Federico Fellini. Les deux interprètes se ressemblent physiquement dans ces deux films, cheveux courts et tenues très colorées. Shoko n’aura de cesse de chercher à reconstituer cette scène d’adultère, jusqu’à l’obsession qui l’emp^cehe de jouer.

Enfin, Makiko (Ineko Arima) part avec sa mère (Yumeji Tsukioka) sur sa terre natale. C’est d’abord un voyage vers ces souvenirs que fait ce personnage, peut-être le plus troublant du film. Dans des flashbacks, on la retrouve dans son trauma initial en train de coucher avec un homme quand sa mère lui apprend que cet homme est son père. Et que ce père qu’elle croyait mort est encore vivant. Makiko l’ignorait jusqu’à présent et elle se met alors à comprendre les raisons de ses trois tentatives de suicide. Elle accuse désormais sa mère d’avoir si longtemps caché la vérité. Sa mère lui réplique sèchement que tout son jeu d’actrices s’est construit autour de la mort de ce père.

Aveux théories actrices est entièrement construit autour des dialogues que les trois actrices ont avec leurs interlocuteurs. Le film ménage un suspense quant aux raisons qui constituent ce processus de création. Le film est construit comme un puzzle que les personnages reconstituent en même temps que le spectateur. Le film parvient à être moins complexe que ses deux précédents (Eros + massacre et Purgatoire eroïca) et la beauté de ses plans sidère. Le travail de cadre (Mariko Okada est coincée dans un coin du plan) ainsi que la palette des couleurs étonnent à chaque plan.

Aveux théories actrices (告白的女優論, Japon, 1971) Un film de Yoshishige Yoshida avec Mariko Okada, Ruriko Asaoka, Ineko Arima, Miyoko Akaza, Toshiyuki Hosokawa, Kazuko Ineno, Yûsuke Kawazu, Isao Kimura, Daigo Kusano, Rentarô Mikuni, Tôru Minegishi, Kiwako Taichi, Yumeji Tsukioka.

jeudi 21 juin 2012

Sorties à Hong Kong (juin 2012)


Motorway (車手, Chine, 2012) 
Un film de Soi Cheang avec Shawn Yue, Anthony Wong, Guo Xiao-dong, Michelle Ye, Lam Ka-tung, Barbie Hsu, Li Guang-jie, Josie Ho, Li Hai-tao. 89 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 21 juin 2012.


Sorties à Hong Kong (juin 2012)


The Bounty (懸紅, Hong Kong, 2012) 
Un film de Andrew Fung avec Alex Man, Fiona Sit, Chapman To, Charmaine Fong, Ma Choi, Wan Chiu, Wong Yik-nam, Eric Kot, Raymond Wong Ho-yin, Stephanie Cheng, Law Wing-cheong, 6 Hou. 99 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 21 juin 2012.


Sorties à Hong Kong (juin 2012)


Shadows of love (影子愛人, Chine – Hong Kong, 2012) 
Un film de Calvin Poon avec Cecilia Cheung, Kwon Sang-woo, Tien Niu, Sphinx Ting, Jing Bo-ran, Jing Tian, Ng Man-tat, Angela Chang, Cheng Tai-shen. 87 minutes. Classé Catégorie I. Sortie à Hong Kong : 21 juin 2012.