lundi 11 avril 2011

Flamme et femme


Tourné la même année que Passion ardente, sur un thème proche, Flamme et femme ajoute deux autres personnages au couple classique. Tatsuko (Mariko Okada) et son époux Shingo (Isao Kimura) ont eu un garçon Takashi il y a un an et sept mois. Parce que le mari était stérile, ils ont eu recours à l’insémination artificielle. C’est justement un ami du couple qui a permis à Tatsuko de tomber enceinte. Ce médecin, Sakaguchi (Takeshi Kusaha) vit avec le souvenir de la fausse couche de sa femme Shina (Mayumi Ogawa), souvenir douloureux qui semble ne pas avoir affecté Shina. Mais ça n’est qu’une apparence. Tous les quatre vont se retrouver chez Shingo qui a invité le couple. Et c’est à un dérèglement général que vont subir les deux couples.

Tatsuko veut savoir qui a pu lui donner son sperme, elle s’interroge sur le rôle de son époux dans le rôle de père. Dès le lancement du film, on la voit embrasser un homme barbu à lunettes sous un arbre, sans que l’on sache de qui il s’agit. Puis cet homme revient régulièrement. Il conduit torse nu un tracteur, Tatsuko le voit plusieurs fois, mais ça n’est pas toujours le même homme. Immédiatement, Flamme et femme nous plonge dans l’univers mental, et de plus en plus détraqué, des personnages. Tatsuko ne cesse de torturer son époux en lui affirmant qu’elle seule possède son fils, que le mari n’est pas son père et elle se met à soupçonner le médecin d’être le donneur. Puis c’est Shina qui agit étrangement. Elle prend des photos de tout le monde et notamment de Tatsuko et Sakaguchi qui discute lors d’une promenade. Sa présence devient malsaine et « enlève » l’enfant qui a marché jusqu’à la route créant un trouble dans le couple parental.

Pour créer cette atmosphère qui frise le fantastique et développe à la fois angoisse (qu’est devenu le petit Takashi) et interrogation (cela arrive-t-il vraiment ?) utilise des méthodes très simples. Car finalement on se demande vraiment si ce qui arrive est vrai. Les flash-back sont intercalés dans les scènes qui se déroulent dans le temps présent sans qu’on arrive à les différencier. Puis ce sont les scènes de fantasme et oniriques qui vient s’incruster dans le récit. Film gigogne où s’imbrique les niveaux de récit, Yoshida va à l’épure. Visuellement, jamais il n’a filmé des décors aussi nus dans une lumière de plus en plus blanche où se mêle des effets de miroir et de troubles (les rideaux font écran). Il supprime pratiquement toute musique et place de nombreuses scènes dans un silence absolu qui est soudain brisé par des disputes entre les personnages. Cela conduit à un film à l’étrangeté fascinante.

Flamme et femme (炎と女, Japon, 1967) Un film de Yoshishige Yoshida avec Mariko Okada, Isao Kimura, Mayumi Ogawa, Takeshi Kusaka, Kazuo Kitamura, Toshiyuki Hosokawa, Kyôko Aida, Misao Hayase, Kikuo Kaneuchi, Yukio Kubota.

samedi 9 avril 2011

Souvenirs d'enfance


Nous sommes en 1962 dans la campagne chinoise. Des portraits de Mao ornent chaque maison. Il n'a pas encore lancé son effroyable révolution culturelle. Notre héros s'appelle Sangsang, charmant bambin de 10 ans, dont Souvenirs d'enfance va suivre le parcours. En voix off, un adulte dit nous raconter son histoire. Le film est d'après le récit de Cao Wengxuan.

Sangsang a un problème de taille : son père est le directeur de l'école. Or, le village dans lequel ils habitent est minuscule. Véritable microcosme où tout se sait. Sangsang a un peu honte de son papa, mais pas tant que ça tout de même, en vérité, il en est très fier. Ce qui ne l'empêche pas de faire bêtise sur bêtise. Mais, ce sont avec les petites bêtises, qui se transforment en leçon de vie, que l'on grandit n'est-ce pas. Sangsang est tout de même un gentil garçon qui s'occupe si bien de ses pigeons.

Souvenirs d'enfance dresse le portrait de quelques enfants et adultes. Tous gentils mais qui ont des problèmes typiques de la Chine des années 1960. Zhi Yue est une petite fille timide qui doit faire de nombreux kilomètres pour aller à l'école. Son père a été obligé de partir travailler en ville (problème de l'industrialisation de la Chine et de ses infrastructures à développer dans le plan quinquennal). A un moment, une rumeur prétend que le directeur de l'école pourrait être le père de cette fillette (problème des calomnies typiques d'une population peu éduquée à remettre dans le droit chemin).

Deux amis de l'école marquent aussi les souvenirs de Sangsang. Lu He est un grand dadais chauve dont tous les enfants se moquent, notamment à cause de son physique ingrat. Un jour, le directeur de l'école décide de lui confier le rôle d'un général dans une pièce de théâtre. Il sera très ému de l'attention qu'on lui porte. Voilà : la Chine, quand elle s'unit, peut trouver une place adéquate à chacun des ses camarades. C'est beau l'unité du peuple.

Et on n'oubliera pas non plus le petit Wang qui mettra le feu aux récoltes par accident. On pensera à l'instituteur Jian qui tombe amoureux d'une jeune femme, mais le père de cette dernière est trop rétrograde pour la laisser filer. La Chine de cette époque avait bien besoin de changements, dit en substance le réalisateur de Souvenirs d'enfance. Tout va mieux aujourd'hui apparemment. C'était une Chine malade (Sangsang souffre d'une infection inconnue) mais a été sauvée grâce aux bon sens des anciens (Sangsang doit souffrir pour guérir).

Souvenirs d'enfance est un film assez édulcoré, ni nul, ni bon. Tout juste moyen. On pourra suivre les aventures, peu palpitantes et édifiantes, de Sangsang et ses amis. On pourra aussi regarder les paysages chinois et ce fleuve tranquille. Pour ce qui est de l'émotion purement cinématographique, on repassera.

Souvenirs d’enfance (Thatched memories, 草房子, Chine, 1999) Un film de Xu Geng avec Cao Dan, Du Yuan, Wu Qinqin, Jin Xirong, Xu Yanqing, Xu Chengfeng, Ma Lingyan, Zhang Jianxin, Zhang Jianxia.

vendredi 8 avril 2011

Miwa : à la recherche du lézard noir


Akihiro Maruyama, jeune acteur androgyne a débuté au cinéma en 1957. La transformation de l’acteur en Miwa se fait assez rapidement et c’est en robe et perruque qu’il apparaitra désormais sur scène ou au cinéma. Pascal-Alex Vincent qui connait bien le cinéma japonais est allé rencontrer Miwa chez lui et son documentaire lui donne la parole et trace son portrait dans un film de 45 minutes.

Entre les images de ses débuts où Miwa a les traits fins, habillé en pantalon et veste et aujourd’hui où il porte de larges robes, une perruque blonde et semble totalement femme, plus de cinquante ans ses sont écoulés. Ce qui frappe d’abord, c’est qu’il soit resté une star au Japon. Le film montre un de ses spectacles (il chante) devant une salle comble. On le voit dans son intérieur, un peu kitsch, accueillir l’équipe du film (et donc le spectateur) de manière un peu théâtrale et outrée, comme son personnage le laisse entendre.

Miwa évoque ses rencontres. Celle qui est la plus importante est Mishima avec lequel elle a tourné dans Le Lézard noir de Kinji Fukasaku. Miwa était d’abord mécontente et jalouse que le rôle soit dévolu à une autre actrice dans le premier film de la franchise, mais c’est bien lui qui reste dans les mémoires. Avec pas mal d’humour, Miwa évoque l’amour que lui portait l’écrivain, amour qui n’était pas réciproque.

Sa carrière cinématographique comporte peu de titres, Miwa a eu un long passage à vide qui correspond à l’époque de la crise des grands studios. Il revient au cinéma pour prêter sa voix à deux personnages dans des films d’Hayao Miyazaki puis pour faire un coucou dans Takeshi’s de Takeshi Kitano. C’est un portrait d’admirateur que dresse Pascal-Alex Vincent, cependant le film manque d’illustrations. On voit Miyazaki et Miwa en studios répéter la scène mais pas la scène elle-même, on comprend bien que les droits chez Disney sont chers. C’est une remarque pas un reproche.

Miwa : à la recherche du lézard noir (France – Japon, 2010) Un film de Pascal-Alex Vincent avec Miwa. Documentaire.

jeudi 7 avril 2011

The Untold story


Qui d’autre qu’Anthony Wong pouvait incarner Wong Chi-hang avec toute cette démesure qui ne sera égalé que par Ebola syndrome. L’acteur a joué à l’époque dans un bon paquet de Catégorie III dont c’était l’âge d’or et The Untold story (qui aura quelques suites) est l’un des fleurons du genre, et pourquoi pas l’un des meilleurs films d’Anthony Wong qui a reçu pour ce rôle un Hong Kong Film Award du meilleur acteur. Il sera pendant tout le film avec ses grosses lunettes carrées qui lui mangent le visage, ses yeux écarquillés et sa mâchoire serrée.

Oui, son personnage fait peur parce qu’on ne sait pas quand il va agir. Il va tuer. Il a déjà tué et brûlé son patron et a fui à Macao où se déroule le film. Cheveux coupés très courts, il travaille désormais dans un restaurant avec son employée Pearl (Julie Lee) qu’il terrorise. Le patron a disparu. La police reçoit des lettres de son frère qui s’en inquiète. La police n’en a pas grand-chose à foutre, elle a une affaire en cours, en l’occurrence trouver l’identité d’un cadavre découvert sur la plage. Le corps est bien décomposée, on comprend tout de suite que c’est Wong Chi-hang qui dépecé ce corps.

La méthode de Wong est d’une grande simplicité. Prenons son employé qui aide à la cuisine. Un soir, il joue et gagne au mahjong. L’employé a vu qu’il trichait et lui fait remarquer. Il n’en faut pas plus pour que Wong se saisisse de sa hache et, dans un jaillissement de sang, découpe son cuisinier. Ça gicle sur ses lunettes, son maillot de corps, le sang se répand sur les murs, le sol. Puis, dans sa cuisine il sépare la chair des os, jette les os dans les poubelles publiques. Finalement, il met la chair dans la moulinette et prépare des brioches qu’il servira le lendemain.

Et ça tombe bien, si j’ose dire puisque la police se rend justement dans son restaurant. Le corps a été identifié et il s’agit de la mère de l’ancien propriétaire. Et quelle équipe ! L’officier Lee (Danny Lee) arrive chaque matin au bras d’une jolie fille. Chaque matin, c’est une nouvelle femme court vêtue qui ressemble à une pute. Et pour cause, ce sont des prostituées. Les membres de son équipe en bave et ne pense qu’aux femmes et tout premier lieu Robert (Eric Kai) aux bras aussi musclés que le cerveau semble creux. Ses collègues King Kong (Lam King-kong) et Bull (Parkman Wong) ne valent guère mieux. Au milieu de tous ces hommes, Bo (Emily Kwan) est un peu le soufre douleur à qui on confie les taches les plus ingrates.

Tous sont des tire-au-flanc de première que seule l’arrivée de l’officier Lee permet d’activer le travail. Lee demande si l’enquête a avancé. Hésitants, ils avouent n’avoir aucune piste. Lee demande si c’est à lui de faire le boulot, et hop, ils se mettent à chercher des indices. Dans la première partie de The Untold story, les scènes avec les flics sont données sur un mode comique tant ils semblent tous caricaturaux et ridicules. Tous obsédés sexuels, y compris Bo qui aimerait coucher avec l’officier Lee, ils vont devenir des tortionnaires quand ils seront convaincus que Wong a tué.

Wong va être soupçonné et arrêté. Les flics n’arrivent pas à le faire avouer malgré leur pression. Ils décident de le mettre dans la même cellule que le frère du restaurateur tué et le frère (Shing Fui-on) le tabasse, lui pisse dessus et autres joyeusetés. Il tente de se suicider et une fois remis, les flics vont l’interroger jour et nuit jusqu’à ce qu’il avoue, ce qui va prendre un bon moment. Encore une fois tabassage et tortures diverses. Le final est consacré au massacre, en flash-back, de la famille, enfants compris. The Untold story est un Catégorie II, un bon, un vrai, un viscéral. C’est à la fois dégoûtant et fascinant. Sa construction dramaturgique, le façonnage des personnages et la musique lancinante en font un chef d’œuvre de barbarie.

The Untold story (八仙飯店之人肉叉燒飽, Hong Kong, 1993) Un film de Herman Yau avec Danny Lee, Anthony Wong, Emily Kwan, Eric Kei, Lam King-kong, Parkman Wong, Julie Lee, Lau Siu-ming, Shing Fui-on, James Ha, Tony Leung Hung-wah.

Sorties à Hong Kong (avril 2011)

Choyleefut (蔡李佛)

Un film de Sam Wong et Tommy Lor avec Sammy Hung, Kane Kosugi, Sammo Hung, Yuen Wah, Lau Kar-wing, Sam Wong, Ian Powers, Odagiri Joe, Lau Wing-kin, Wong Ka-lok, Wang Jia-yin, Su Qianwei, To Yue-hong, Li Chenxi. 92 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 7 avril 2011.





mardi 5 avril 2011

The Boxer's omen


Il faut croire que dans les années 1980, la Shaw Brothers s’est spécialisée dans le nanar pur et dur surtout quand la noble société s’attaque à la magie noire. The Boxer’s omen cumule un peu tous les défauts que l’on puisse imaginer : un scénario bancal, une réalisation aléatoire, des acteurs tous mauvais et des effets spéciaux ridicules. Le film se donne une caution morale particulièrement racoleuse qui finit par épuiser et sombrer dans la nullité.

Chan Hung (Philip Ko) est un boxeur. Il affronte un thaïlandais Bu Bo (Bolo Yeung) qui manque de le massacrer. Après le match, Chan aperçoit le moine Zhao Qing,(Elvis Tsui) drapé dans une bure dorée d’où jaillit un fluide. Le moine lui ordonne de le suivre. Il y aura d’autres apparitions. Chan part en Thaïlande pour le match retour et sur un temple bouddhiste, il voit le fronton s’illuminer par magie. C’est un signe. Il rentre dans le temple et les moines semblent le connaitre, ou au moins le reconnaitre.

Ce qu’il apprend est de l’ordre du surnaturel. Le moine Zhao Qing est en danger. Un dangereux adepte de la magie noire tente de l’éliminer. Et là, il faut le voir pour le croire. Le moine est bon d’ailleurs, une aura aux couleurs l’arc en ciel illumine sa personne quand il prie. Le seigneur des ténèbres (Johnny Wang) lance à son assaut une chauve souris zombie animée par la grâce d’un vieil effet d’animation de marionnettes. Le squelette de la chauve-souris avance en sautillant ce qui, immanquablement, provoque un rictus chez le spectateur.

Comme le seigneur des ténèbres a échoué, il passe à la vitesse supérieure et dans un salmigondis de magie noire sort quelques viscères et un crâne d’une jarre. Plus tard, il mettra une momie forcément satanique dans une carcasse d’alligator. Laissez mariner quelques jours, une ou deux incantations et sortir la momie une fois le sortilège accompli. Brrr, ça fait peur. Ce qui effraie vraiment est que le réalisateur filme tout cela avec minutie comme si c’était un documentaire. Le seigneur des ténèbres gueule quelques incantations dans une langue inconnue (ce qui a pour effet d’exciter les chauves-souris), il jette du riz sur des crânes, fait une danse, il met du maquillage multicolore, il avale des viscères puis les dégueule. On sait s’amuser chez les satanistes.

Pendant ce temps, Chan essaye de comprendre ce qui lui arrive. Les moines tentent de lui expliquer mais c’est un peu complexe ces histoires. Et puis il faut dire que Philip Ko n’est pas franchement le meilleur acteur du monde. Ça des muscles, il en a, mais des expressions figées, il en a aussi. Mais il a la chance d’avoir le bien de son côté dans une caricature de bouddhisme. C’est le côté moral ce qui n’empêche pas de montrer quelques femmes à poil pour attirer quelques spectateurs qui aiment ça. Bref, The Boxer’s omen c’est le grand guignol du film d’horreur pendant 100 minutes.

The Boxer's omen (, Hong Kong, 1983) Un film de Gwai Chi-hung avec Phillip Ko, Elvis Tsui, Wai Ga-man, Johnny Wang, Bolo Yeung, Cheung Chok-chow, Leung Hak-shun, Lam Wai.

dimanche 3 avril 2011

Shooters (Triple tap)


C’est Derek Yee qui prend les commandes ce Triple tap, suite, remake ou plus simplement variation de Double tap. Wild Side sort le film en DVD sous le titre de Shooters, titre qui peu sembler plus simple à comprendre. Comme dix ans auparavant, les deux protagonistes se rencontrent dans une compétition de tir au pistolet. Ken Kwan (Louis Koo) gagne le premier prix en parvenant à faire un triple coup (le titre du film) sur la cible en un temps record. Il reçoit les félicitations de tous et retient l’attention de l’inspecteur Jerry Chong (Daniel Wu) qui n’arrive que deuxième.

Dans le même temps, un fourgon blindé transporte des bons du trésor. Fong (Lam Suet) est à l’arrière sous la garde de quelques vigiles mais le fourgon est attaqué sur l’autoroute par une bande de malfrats armés qui veulent récupérer les bons. Les vigiles répliquent et sont abattus par les malfrats. C’est alors que Ken Kwan arrive dans sa voiture de sport. De loin, il observe la scène et constate que ce braquage ne se passe pas dans le plus grand calme. Ken va cherche son arme pour protéger les vigiles et Fong. Là, un policier en moto (Andrew Lin) arrive. Il se fait tirer dessus et tombe à terre. Fong se fait abattre. Ken tire et tue les malfrats et seul l’un d’eux parvient à partir. Ken revient à sa voiture pour appeler la police.

Jerry va être chargé d’enquêter sur cette affaire car la justice décide de poursuivre Ken puisque cinq hommes sont morts. La presse fait de lui un héros moderne et la cour pénale a du mal à aller contre l’opinion publique. Ken sera acquitté du meurtre et est considéré en état de légitime défense. C’est un homme riche, connu et qui est soutenu par sa patronne Anna Shaw (Li Bing-bing). Pourtant celle-ci ignore que Ken fait des malversations bancaires pour une somme astronomique de 60 millions de dollars. Ken a aussi une petite amie, infirmière (comme dans Double tap). Ting (Charlene Choi) sent que son copain lui échappe. Ken, comme Leslie Cheung, a pris goût au crime.

On ne la fait pas à Jerry qui soupçonne Ken de ne pas être si innocent que cela. Mais il a un grand alibi (et les connaisseurs d’Hitchcock comprendront ce que je veux dire). Il accumule les indices et les preuves contre lui et va prendre des conseils auprès de Miu (Alex Fong Chun-sun qui vient faire une petite apparition). Là où la mise en scène devient trop visible est quand en contrechamp, on découvre le revers de l’histoire. Ken rencontre le malfrat qui était parti lors de la tuerie (Chapman To). On pense qu’il va le menacer mais cela ne sera pas le cas. Triple tap tente de produire un suspense de manière forcée mais le vrai souci est Louis Koo qui n’arrive pas à offrir la tension que donnait Leslie Cheung, puisque leurs rôles sont similaires. Le film est beaucoup trop bavard et ne fait pas confiance à ses personnages en expliquant tout par les dialogues. C’est du coup très décevant d’autant que le film est un peu trop long.

Triple tap (槍王之王, Hong Kong, 2010) Un film de Derek Yee avec Louis Koo, Daniel Wu, Charlene Choi, Li Bing-bing, Chapman To, Lam Suet, Alex Fong Chung-sun, Andrew Lin, Clarol Yeung, Michael Wong, Geoffrey Wong, Lui Kit.

samedi 2 avril 2011

Double tap


C’est sur un stand de tir que se rencontrent pour la première fois Rick Pang (Leslie Cheung) et l’inspecteur Miu (Alex Fong Chung-sun). Chacun s’entraine pour une compétition qui doit bientôt avoir lieu. Le but du jeu étant de tirer sur des cibles le plus rapidement possible et quand le tireur touche la cible en un double coup, ce tir s’appelle le double tap. Pang est très fort à ce sport et s’est construit une arme spéciale pour parvenir à réussir tous ses coups. Pang est un homme secret dont on ne connaitra pratiquement rien si ce n’est qu’il a une copine Colleen (Ruby Wong), très enjouée et visiblement très amoureuse. Pang passe tout son temps à apprendre à des élèves à tirer dans sa propre école de tir.
Miu est aussi un passionné des armes et aimerait confronter ses qualités à celles de Pang et effectivement leur niveau est similaire. Mais ce qui ne devait être qu’une compétition devient le lieu d’un drame. Un collègue de Miu s’invite sur les lieux. Il vient de perdre beaucoup d’argent à force de boursicoter et dans un coup de folie prend en otage Colleen. La police ne sait pas comment réagir. Doit-elle abattre un de ses membres ou discuter ? L’homme devient menaçant, Pang se saisit de son arme et l’abat. Pang est traumatisé et va voir un psy mais il lui confesse, sur le canapé, qu’il a pris du plaisir à tuer un homme.
Trois ans plus tard, un homme d’affaire est abattu chez lui ainsi que ses trois gardes du corps. Compte tenu des indices, la police va entendre Yeung (Henry Fong) que l’on l’avait déjà vu. Pang lui avait donné des cours de tir et refusé de céder devant son arrogance à vouloir tuer un poulet vivant pour voir les impacts des balles sur de la chair vivante. Or les coups de feu sont en double tap et Miu est persuadé que Pang a quelque chose à voir dans cette affaire. Il va l’interroger mais refuse de parler. Pour le faire plier, il va accuser Colleen de détenir des armes à feu chez elle, sachant que la détention d’armes est très réglementée à Hong Kong. Miu pense avoir un bon moyen de pression pour connaitre la vérité dans ces meurtres.
Double tap est d’abord un film à suspense. Nons pas que l’on ignore que Pang soit l’auteur de tous ces meurtres. On comprend très vite qu’il l’est et qu’il a pris du plaisir à se débarrasser de ces hommes d’affaire véreux. Sa femme est mise en prison et il devient libre de ses mouvements, la police n’ayant pas de preuve. Son but va être de la faire libérer dans les plus brefs délais et la police va le prendre en filature dans une course poursuite toute en finesse mêlée de violence. Pang va tirer sur tout ce qui bouge avec un grand calme. Puis, il va faire du chantage à la police pour que Colleen soit libre. Sa méthode est simple : il tuera un à un les collègues de Miu tant qu’elle ne sortira pas de prison où elle décidé de faire une grève de la faim.
Au-delà de ce récit riche en rebondissements et d’un suspense pervers, c’est le duo Leslie Cheung Alex Fong Chung-sun qui impressionne. Les deux personnages ne semblent pas si éloignés l’un de l’autre dans leur vie respective. Ils ont la même passion pour le tir mais leur objectif est radicalement opposé. La bonne idée de Law Chi-leung et Derek Yee (qui produit Double tap) est de les faire se ressembler physiquement. Leslie Cheung joue un personnage taciturne et secret. Il est dans un sous-jeu alors que la plupart des « méchants » du cinéma de Hong Kong sont dans le sur-jeu et la surenchère. Son apparence physique le rend presque méconnaissable. Au fur et à mesure du film, ses yeux deviennent rouges comme si la lassitude du monde s’était arrêtée sur lui. Son affrontement avec Alex Fong n’en prend que plus de saveur et donne au film une teinte d’immoralité assez jouissive.
Double tap (鎗王, Hong Kong, 2000) Un film de Law Chi-leung avec Leslie Cheung, Alex Fong Chung-sun, Ruby Wong, Monica Chan, Vincent Kok, Alexander Chan, Joseph Cheung, Choi Yip-san, Lawrence Lau, Henry Fong.

vendredi 1 avril 2011

Passion ardente


Je me remets, après trois ans d’abstinence, à l’intégrale Yoshida. 1967, Passion ardente, film en noir et blanc, avec en vedette du film son épouse Mariko Okada qui incarne Oriko épouse fort peu comblé par le mariage. Son époux, un riche industriel, Furuhata (Tadahiko Sugano) a une maîtresse et Oriko culpabilise pour cela mais refuse de lui demander d’arrêter cette liaison. Elle part faire une retraite à la campagne où elle écrit de la poésie. Orikao se promène toujours vêtue d’un habit traditionnel.

Dans la maison où elle réside, elle rencontre Nôtô Mitsuhuru (Isao Kimura), sculpteur sur pierre qui, fût par le passé, l’amant de sa mère. Oriko n’a jamais pu supporter cette situation, elle s’est sentie souillée par la vie dissolue de sa mère mais discute avec Nôtô, apprend à le connaitre et découvre que l’histoire qu’elle imaginait sur sa mère n’était pas aussi limpide que ce qu’elle croyait. Par coup de courts flash-backs, comme hallucinés (plans courts en large focale et en plongée radicaux) on voit la mère de Oriko mourir (suicide ou accident, le point de vue change suivant ce qu’elle apprend sur sa mère).

Le sexe est un sujet tabou et honteux. Oriko va se décoincer. Elle veut désormais divorcer puisque son mari a une maitresse qu’elle va rencontrer. Passion ardente enregistre ce passage entre la femme soumise, celui de la société héritée de l’avant-guerre, et la femme libre et réfléchie. Oriko cherche à passer le cap vers la liberté. Yoshida cadrera son actrice dans un scope sublime en scindant l’écran en deux. Non pas en split-screen, mais en la séparant du reste du monde (et des autres personnages, par une colonne, une porte), le but de la mise en scène est de la faire entrer dans la même partie du plan que les autres personnages.

Pour se guérir de ses tabous, Oriko suit les jeunes du village qui vont se faire un bain de minuit en caleçon dans la mer. Elle observe sa jeune sœur qui profite de sa jeunesse, elle s’habille en jupe, elle fume et elle fait l’amour. Lors de cette soirée, elle va rencontrer dans une cabane faire l’amour avec un marginal qui vit là. Orika les espionne et les découvre prendre du plaisir, chose qu’elle a du mal à comprendre. Elle va sauter le pas en allant coucher avec lui et l’avouer à son mari dans une scène d’une extrême dureté où l’époux qui reçoit ce qu’il mérite dit refuser le divorce alors même qu’il trompe lui aussi son épouse.

Passion ardente est un film dur où les sentiments sont constamment à fleur de peau. Nôtô est le révélateur de la sexualité d’Oriko parce que son mari n’a jamais pu l’être. Les propos que Furuhata lui tient sont d’une grande violence. Il l’accuse de ne s’être mariée que pour son argent, d’être frustrée sexuellement et avoue qu’il la fera souffrir jusqu’à la fin. Yoshishige Yoshida est du côté des femmes, de sa femme, de la liberté et pour la modernité. Et quels plans, quelles images d’une rare beauté.

Passion ardente (情炎, Japon, 1967) Un film de Yoshishige Yoshida avec Mariko Okada, Yoshie Minami, Tadahiko Sugano, Shigako Shimegi, Isao Kimura, Etsushi Takahashi.

jeudi 31 mars 2011

Sorties à Hong Kong (mars 2011)

Don’t go breaking my heart (單身男女)

Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Louis Koo, Gao Yuan-yuan, Daniel Wu, Lam Suet, Larisa, JJ Jia, Terence Yin, Selena Li. 114 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 31 mars 2011.