dimanche 11 août 2013

Four chefs and a feast


Le plus grand souhait de Monsieur Lee (Sohung Lung), vieux millionnaire excentrique est de pouvoir déguster l’un des plus fameux plats de son enfance : le « Quatre Familles Heureuses ». Ce mets composé de poulet mariné à la cerise avait été servi la dernière fois en 1945 pour un banquet de la victoire de la Chine sur le Japon. Le plat, dernier des treize qui composait le repas, a été préparé par le restaurant des trois chefs May, Lone et Chun. Cinquante ans plus tard, Lee cherche à retrouver la saveur et le goût de jadis et réunit les descendants des cuisiniers.

De retour à Taïwan, May Fa (Jacklyn Wu) se remet difficilement que sa sœur jumelle soit tombée enceinte de son petit ami. Elle décide donc d’accepter l’invitation. A Hong Kong, Lone (Jordan Chan), vendeur de boulettes de poisson dans une petite boutique est obligé de fermer car il n’a plus d’argent pour payer le loyer. Ils se rendent à Shanghai chez Chun (Chin Shih-chieh) qui vit sur la réputation du restaurant May, Lone et Chun. Ce sont ainsi les spécialités culinaires des trois Chine qui se trouvent réunies pour retrouver la recette de ce plat fameux.

Les caractères des personnages sont tous opposés. Chun est un vieux célibataire qui vit avec sa sœur. Son seul but dans la vie est de cuisiner. C’est un homme doux mais velléitaire. Lone est au contraire un jeune chien fou qui drague, sans succès, toutes les filles qu’il rencontre. Jordan Chan excelle dans ce rôle d’homme immature. May subit une déception amoureuse et fait désormais une allergie aux nouilles à la sauce au sésame, plat favori de son ex et de sa sœur jumelle. Ensemble, ils vont combattre leurs démons intérieurs, chasser leur faiblesse et s’apprivoiser pour cuisiner main dans la main.

Le vieux monsieur Lee ne va pas leur faciliter la tâche en gardant quelques secrets sur lui-même. Les trois héros vont découvrir bien plus tard que le spectateur (grâce à un flash-back en ouverture de film) qu’il a été présent lors de ce banquet de la victoire. Ce personnage permet d’apporter un peu d’humour à Four chefs and a feast (la scène où ils doivent reconnaitre les saveurs des sauces), film qui n’a pas l’énergie du Festin chinois de Tsui Hark et de Salé sucré d’Ang Lee (où jouait Sihung Lung). Cependant, c’est encore une fois un régal de voir tous ces jolis plats concoctés par ces quatre chefs pour cette consensuelle comédie du nouvel an 1999.

Four chefs and a feast (四個廚師一圍菜, Hong Kong, 1999) Un film de Lee Kwok-lap avec Jordan Chan, Jacklyn Wu, Chin Shih-chieh, Sihung Lung, Wayne Lai, Ma Li-li, Chiu Yan-jun, Wong Yue-man, O Sing-pui, Yeow Ying-ying, Chan Kwok-bong, Moses Chan, Cheng Pei-pei, Ruby Siu.

jeudi 8 août 2013

Sorties à Hong Kong (août 2013) Tales from the dark 2


Tales from the dark 2 (李碧華鬼魅系列-奇幻夜, Hong Kong, 2013)
Un film de Teddy Robin, Gordon Chan et Lawrence Ah Mon avec Fala Chen, Lam Ka-tung, Teddy Robin,  Mo Qiwen, Chan Yiu-wing, Sham Ka-ki, Lai Hon-chi, Vincent Wan, Kelvin Kwan, Cheung Kwok-keung, Siu Yam-yam. 90 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 8 août 2013.

Sorties à Hong Kong (août 2013) The Way we dance


The Way we dance (狂舞派, Hong Kong, 2013)
Un film d’Adam Wong avec Cherry Ngan, Lokman Yeung, Choi Hon-yik, Paul Wong, Tommy Ly. 110 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 8 août 2013.

mercredi 7 août 2013

Young lovers on flying wheels


Parmi les centaines de films produits ou distribués par la Shaw Brothers, on trouve des films sociaux censés causer de la jeunesse de Hong Kong. En 1974, l’acteur Ti Lung a réalisé Young lovers on flying wheels. Il incarne le premier rôle, Song Da, un jeune homme qui a trois passions : les filles, le kung-fu et la moto. Sa petite amie Ye Wei (Got Dik-wa) en a plus qu’assez de se déplacer dans les bus bondés pour aller retrouver Song Da ; la promiscuité, l’impolitesse des passagers, les hommes qui la regardent de trop près, la dégoûtent. Faut dire que Ye Wei est plutôt une jolie fille qui s’habille à la mode.

La solution serait que son mec achète une moto. Mais une moto ça coûte très cher et il n’a pas de boulot stable. Song Da vit seul dans un appartement dont les murs sont couverts de posters de moto. Chaque jour il passe devant le concessionnaire de motos tandis qu’il se rend à ses leçons de kung-fu. Parce que Ti Lung était une star de la compagnie à l’époque, il se met en valeur dans son propre film, apparaissant torse nu lors des entrainements de kung-fu (mis en scène par Liu Chia-liang et Law Kar-wing). Il s’agit de s’attirer non seulement le public masculin alléché par cette histoire de moto et féminin venu voir le corps sculptural de Ti Lung.

L’espoir renait quand un concours de kung-fu est lancé. Premier prix : une moto. Il s’inscrit parce qu’il est sûr de gagner. Mais il arrive deuxième et ne remporte qu’un casque. C’est déjà un début mais pas suffisant. Solution : travailler dur. Au bout de quelques semaines de boulot dans une banque et après avoir emprunté de l’argent à un usurier, il réussit à avoir la moitié de la somme. Il peut acheter à crédit sa moto. Sa copine est ravie. Le bus, c’est fini. Sang Do peut enfin frimer sur sa moto sauf qu’il ne sait pas encore la conduire et il se plante dans le décor. La jeunesse est tellement impatiente et impétueuse.

Tout était trop beau pour être vrai. Lors de son premier trajet, Song Da est pris à partie par une bande de motards qui le défie. Il se fait tabasser. Sa copine le quitte pour un autre motard. Enfin, comble du malheur, deux voleurs (Dean Shek et Lee Hoi-sang) lui piquent sa moto. La police ne fait pas beaucoup d’efforts pour retrouver les truands. Du coup, Song Da fait seul des recherches, s’absente de son travail et manque de se faire virer. Conclusion, il n’a plus assez d’argent pour rembourser l’usurier qui devient menaçant. Ça fait beaucoup pour un seul et beaucoup pour un seul film.

Toute la dernière partie de Young lovers on flying wheels sera consacrée à la résolution des soucis du héros qui a le cœur sur la main. Cette plongée en enfer, ultra caricaturale, va s’améliorer avec la rencontre de Yumei (Ching Hoh-wai), une gentille jeune femme qui est à l’opposé de son ex : modeste, simple et aimable. Mais un douloureux souvenir plombe sa relation : sa grande sœur est morte dans un accident de moto. Mais la rédemption est proche et le message global du film est de ne pas brûler les chandelles par les deux bouts. Il vaut mieux rester soi-même plutôt que chercher à en mettre plein la vue. Un bien beau message pour la jeunesse

Young lovers on flying wheels (Hong Kong, 電單車, 1974) Un film de Ti Lung avec Ti Lung, Ching Hoh-wai, Got Dik-wa, Chiang Nan, Dean Shek, Lee Hoi-sang, Lam Fai-wong, Wong Ching, Lee Man-tai, Lau Mei-fung, Gam Lau, Man Sau, Law Keung, Wong Chi-keung, Yuen Shun-yi.

lundi 5 août 2013

Ip Man, the final fight


Cinquième film sur Ip Man, sorti près de trois mois après The Grandmaster de Wong Kar-wai, Ip Man, the final fight suit les années du maître des arts martiaux à Hong Kong où il débarque seul et sans le sou en 1950. Herman Yau avait évoqué la jeunesse du personnage dans La Légende est née, Ip Man avec Dennis To dans le rôle titre. C’est désormais Anthony Wong qui incarne Ip Man à la fin de sa vie. Il mène un train de vie modeste dans un petit appartement où il vit avec son fils Chun. En ouverture du film, Chun signale qu’un de ses anciens disciples (dont le nom n’est pas prononcé mais on a reconnu Bruce Lee), fait une démonstration de Wing Chun à la télé. Ip Man continuera d’arroser ses plantes sur le balcon, ne détournera pas la tête. Le film commence donc en 1971 et le fils, en voix off dans un long flashback, devient narrateur de la vie de son père.

Exilé, il doit trouver un logement. Il lui sera fourni par Leung Sheung (Timmy Hung, le fils de Sammo) qui, décide de devenir son disciple. Il sera accepté après un superbe combat dans le salon entre les deux hommes. Ip Man pose un journal sur le sol et se place dessus. Si Leung Sheung peut déloger Ip Man, il deviendra son élève. Le combat est très simple, corps à corps entre les deux hommes, échanges de coups de bras filmés sans esbroufe par Herman Yau. Ip Ma, the final fight ne cherche pas à chorégraphier à outrance, contrairement aux films de Wilson Yip et de Wong Kar-wai. Anthony Wong a son âge (52 ans au moment du tournage) et il serait ridicule de le voir sauter sur des tables ou des rondins de bois pour affronter ses adversaires. L’objectif est de rendre son parcours le plus réaliste possible et d’effacer l’héroïsme et le romantisme.

Il devient donc un simple professeur d’arts martiaux, installé sur le toit de l’immeuble. Ses élèves viennent de différents milieux et ont diverses raisons d’apprendre le Wing Chun. Jordan Chan est Tang Sing, un modeste policier qui espère monter en grade sans se corrompre. Gillian Chung est Chan Sei-mui qui épousera Wong Tung (Chow Ting-yu), qui fera des combats de boxe clandestins pour gagner de l’argent. Jiang Luxia est Lee King. Tous ont des problèmes qu’ils tentent de résoudre avec les leçons du maître. Mais parfois, leur impulsivité et leur manque de discipline les font détourner de la vision strictement défensive qu’Ip Man a des arts martiaux. Ils les grondent comme des enfants quand ils se battent après avoir perdu aux jeux de hasard. Le film décrit avec détails la vie à Hong Kong dans les années 1950, la pauvreté, la précarité et la répression d’une grève par les Britanniques.

Les soucis d’Ip Man ne sont pas oubliés. Il a laissé son épouse Wing Sing (Anita Yuen) et son fils en Chine. Elle pourra faire un séjour à Hong Kong puis retournera en Chine chercher leur fils. Jamais Ip Man n’aura l’occasion de revoir sa femme. Mais jamais il ne s’énervera, ne se plaindra de son sort, montrant bien la différence avec ses disciples toujours à râler. La grande compassion du maître sera mise en avant par ses rapports avec Miss Jenny (Zhou Chouchou), une chanteuse de cabaret, toujours vêtue de superbes robes colorées. Il se prend de sympathie pour cette femme que tous ses élèves méprisent compte tenu de sa profession. La tension et la rancœur sont palpables lors d’un repas d’anniversaire où personne n’adresse la parole à Jenny. Personne ne semble avoir retenu les leçons prodiguées par Ip Man.

Il faut également évoquer les adversaires d’Ip Man. L’un est son alter ego. Eric Tsang incarne Ng Chung, un maître d’une école concurrente d’arts martiaux. Dix ans après Infernal affairs, il est amusant de retrouver le duo d’acteurs et de les voir combattre comme s’ils étaient de jeunes gens. C’est aussi plaisant de revoir Hung Yan-yan dans un rôle de méchant balafré. Il est Dragon, le chef d’un quartier où toutes les lois sont bafouées, où la police ne rentre pas et où les combats de boxe illégaux sont organisés. Il tente, avec l’aide de Tang Sing, désormais passé dans le camp des policiers corrompus, de truquer une parade du dragon en faisant affronter son bras droit (Ken Lo) et Ng Chung. Ce dernier recevra le soutien d’Ip Man malgré leurs différents.

Ce qui plait et séduit le plus dans Ip Man, the final fight est la modestie du projet. La volonté d’Herman Yau, de sa scénariste Erica Li et des chorégraphes des combats Li Chung-chi et Sin Kwok-lam (le premier a commencé avec Jackie Chan, le second a travaillé sur La Légende est née, Ip Man et Qiu Jin, la guerrière) est de ne jamais séparer les moments de bravoure du quotidien des personnages. Inutile de préciser que les acteurs sont tous magnifiques. Malgré un aspect un peu théâtral, le film gagne ainsi en équilibre et en cohérence, laissant de côté les écueils vus dans les autres Ip Man, le nationalisme rance chez Wilson Yip et l’esthétisation à outrance chez Wong Kar-wai. Herman Yau décrit une personnalité débarrassée de la légende pour mieux réécrire la légende. C’est un tour de force de cinéma.

Ip Man, the final fight (葉問-終極一戰, Hong Kong, 2013) Un film d’Herman Yau avec Anthony Wong, Anita Yuen, Eric Tsang, Gillian Chung, Jordan Chan, Jiang Lu-xia, Timmy Hung, Zhou Dingyu, Rose Chan, Hung Yan-yan, Liu Kai-chi, Ken Lo, Wong Cho-lam, Yip Chun, Kevin Cheng.

dimanche 4 août 2013

Les Sept vampires d'or


« Entièrement tourné en décors à Hong Kong », annonce fièrement le générique des Sept vampires d’or. Le film commence pourtant en Transylvanie, en toute logique. En 1804, un moine chinois (Chan Shen) se rend au château du comte Dracula pour lui demander de l’aide. Dracula (John Forbes-Robertson) sort de son cercueil en se levant tel Nosferatu, sa cape bien repassée et le visage vert comme un déterré. Le moine souhaite faire revenir sept vampires chinois. Il raconte en cantonais que seul Dracula peut faire revivre cette légende ancestrale des vampires d’or. C’est alors que le comte, dans un effet spécial d’une beauté étourdissante (un peu de fumée qui sort du sol et deux chauves souris en plastic qui volent), intègre le corps du moine pour accomplir cette mission funeste.


Un siècle plus tard, en Chine, le professeur Van Helsing (Peter Cushing, car le film est une co-production entre la Hammer et la Shaw Brothers) fait une conférence devant des étudiants chinois. Tous se moquent de lui après qu’il ait raconté une histoire située bien des décennies auparavant. Flashback qui débute avec l’image qui se floute. Dans un village chinois, sept vampires portant un masque d’or et un pendentif en forme de chauve souris qui leur descend au nombril font des razzias de jeunes filles qu’ils sacrifient. Attachées nues (ce qui permet de faire un soupçon d’érotisme à peu de frais), les vampires boivent leur sang. Seul un villageois a tenté de s’opposer à eux, tue un vampire, s’empare de son pendentif et le dépose sur une statue de Bouddha.


Aucun étudiant n’apporte son aide sauf Hsi Ching (David Chiang, à l’anglais un peu difficile, car tout le film parle anglais) lui viendra en aide. Il se trouve, par le plus grand des hasards, être le petit-fils de ce villageois. Eliminer les vampires d’or est sa mission. Il veut se venger. Une équipe est formée pour partir dans le village. Hsi Ching sera entouré de six hommes forts qui sauront se battre (dont Lau Kar-wing, le frère de Liu Chia-liang, par ailleurs chorégraphe des combats et que l’on aperçoit dans le flashback situé dans le village. Aucun de ces acteurs hongkongais n’aura la moindre ligne de dialogue) et de la belle Mai (Shih Szu), la sœur de Ching. Le fils de Van Helsing (Robin Stewart), tombera amoureux de Mai, car il ne faut pas oublier de faire un peu de romance, sera de la partie ainsi que Vanessa Buren (Julie Ege), une mondaine suédoise. Elle tombera amoureuse de Hsi Ching.


Le scénario des Sept vampires d’or est truffé de poncifs sur les vampires et d’incohérences narratives. Van Helsing affirme qu’en occident, Dracula a peur des crucifix et qu’en orient, les vampires seront, logiquement, effrayés par des statues de Bouddha. Le film adopte un ton européen qui sera, quelques années plus tard, largement démenti et contredit par la vogue des kung fu ghost comedies chères à Sammo Hung et Wu Ma. Là, se seront les prêtres taoïstes armés de talismans qui feront reculer les vampires. Dans Les Sept vampires d’or, les revenants, tous squelettiques quand ils sortent de terre, ne sautent pas encore comme dans L’Exorciste chinois ou Mr. Vampire. Le film n’invente jamais une forme chinoise des vampires, il ne fait que reproduire la forme européenne.


Ce qui fait le grain de sel du film, ce sont donc ces revenants. Ils sont incarnés par des acteurs grimés avec un épais maquillage et porte un masque doré qui leur couvre les yeux. Ils grognent quand ils se battent. Et ils se battent tels des pratiquants de kung-fu, ce qui n’est pas vraiment le cas des acteurs anglais Quand ils sont éliminés avec un pieu dans le cœur, ils se transforment en une sorte de flasque visqueuse qui se repend sur le sol. Les effets spéciaux sont très bricolés, souvent image par image, donnant au film une facture bricolée plutôt agréable à regarder. Quant à l’armée des morts que réveille le moine Dracula grâce à un gong, elle est composée de figurants déguisés en squelettes qui sortent des tombeaux. Rien de tout cela n’est vraiment effrayant et l’ensemble est déclamé avec le plus grand sérieux, ce qui autorise quelques moments décalés où l’on peut sourire avec bienveillance.

Les Sept Vampires d'or (The Legend of the Seven Golden Vampires, 七金屍, Grande-Bretagne – Hong Kong, 1974) Un film de Roy Ward Baker avec Peter Cushing, David Chiang, Robin Stewart, John Forbes-Robertson, Robert Hanna, Chan Shen, James Ma, Lau Kar-wing, Feng Ko-an, Chen Tien-lung, Julie Ege, Shih Szu, Wong Han Chan.

samedi 3 août 2013

La Rage du tigre


Exit Jimmy Wang Yu, bonjour David Chiang qui devient le nouveau sabreur manchot de la Shaw Brothers, comme le titre original le signale. En France, The New one-armed swordsman est sorti sous le titre La Rage du tigre au tout début de la vague de films « karaté  soja», comme le disait la critique de l’époque non sans un gros mépris, soit le 5 juillet 1973, tout juste un mois avant La Fureur de vaincre de Lo Wei. David Chiang n’est pas Fang Gang, le personnage de Jimmy Wang Yu, mais Lei Li. Le générique, fameux, voit Lei Li sur un cheval, sabres aux mains, en train de trancher toute une horde d’ennemis. L’ouverture combine les sons des sabres, des sabots des chevaux sur une musique jouée par une guitare saturée.

Car en début de film, tout comme dans Un seul bras les tua tous, Lei Li a ses deux bras. C’est un bretteur redouté et réputé mais son sourire arrogant n’impressionne en aucune manière Long Yi-zhi (Ku Feng), maître des lieux qui profite des guerres de clans pour voler les convois d’or. Lei Li accepte un défi du chevalier Long. Le perdant se tranchera le bras droit. Lei Li, malgré son habileté, sera défait grâce au bâton rétractable de Long, sorte de nunchaku en trois parties. Lei Li décide d’abandonner les arts martiaux. Pour montrer avec simplicité le temps qui passe, Chang Cheh avec un travelling aller retour montre le bras planté sur un arbre puis le bras devenu squelette.

Deux ans se sont passés. Lei Li est devenu l’homme à tout faire d’un aubergiste et le sujet de la moquerie de certains clients, des soldats à la solde de Long et de son allié Chen (Chan Sing), chef du clan du tigre (donnant là l’explication du titre français avec un beau contresens). Il reste de beau reste à l’ancien sabreur. On lui demande de laver une table, il fait se soulever les assiettes et les bols et nettoie pendant qu’ils sont en l’air, il fait de même pour servir le vin. Mais quand on l’agresse, il ne répond pas, il se laisse frapper par les deux soldats, recevant des coups de pieds, de mains, se laissant briser la main gauche sous les bottes des agresseurs. Le sourire arrogant qu’il arborait en début de film n’est plus là.

La Rage du tigre se poursuit avec l’arrivée de Feng (Ti Lung), un autre sabreur qui débarque au village. Il manie également deux sabres. Puis, Ba Jiao (Li Ching), la fille du forgeron, est enlevée par les deux soldats qui veulent la violer. Elle vient souvent acheter du vin à l’auberge. C’est Feng qui ira la sauver des griffes des soldats. Feng se voit défié par Long et Chan. Lei Li a beau le prévenir de la botte secrète de Long, Feng n’a pas peur. Il est aussi arrogant et sûr de lui que l’était Lei Li deux ans auparavant. Feng veut défendre son nouvel ami devant les soldats si agressifs, il incité Lei Li à reprendre le sabre et les arts martiaux. D’une certaine manière, ce sont deux âmes sœurs.

On a souvent parlé au sujet des films de Chang Cheh qu’ils recélaient une part d’homosexualité latente dans les rapports entre les hommes. Dans La Rage du tigre, c’est précisément cela. Les deux hommes sympathisent, se sourient longuement, puis, sous le regard compréhensif de Ba Jiao, se soutiennent mutuellement, au sens propre comme au sens figuré. Puis, une fois qu’ils auront été débarrassés de leur ennemis, ils pourront partir vivre en semble et travailler la terre tous les deux. Bien sûr, Feng mentionne que Ba Jiao sera l’épouse de Lei Li, mais ce projet de vie commune reste prépondérant. C’est parce que Feng est tué par Long que Lei Li reprend les armes, alors qu’il ne les a pas prises pour aider Ba Jiao. Sa rage n’en sera que plus grande pour le final devant le palais où Lei Li va affronter Long.

La Rage du Tigre (The New one-armed swordsman, 新獨臂刀, Hong Kong, 1971) Un film de Chang Cheh avec David Chiang, Ti Lung, Ku Feng, Li Ching, Cheng Lei, Cheng Kang-ye, Chen Sing, Wang Chung, Wang Ching-ho, Liu Kang, Shen Lao, Wang Kuang-yu, Yasuaki Kurata, Yang Sze.

vendredi 2 août 2013

Le Bras de la vengeance


Je consacre une partie de ce mois d’août aux décors en carton-pâte et au paysage peints sur toile avec un petit hommage à Liu Chia-liang. Et pour commencer Le Bras de la vengeance, deuxième volet de la trilogie que Chang Cheh a consacré au sabreur manchot pour la Shaw Brothers. J’avais décrit comment Fang Gang (Jimmy Wang Yu) a perdu son bras droit dans Un seul bras les tua tous. Trois ans plus tard, Fang a épousé Xiao-man (Lisa Chiao) à qui il a promis de ne plus utiliser son sabre pour se battre. Il est désormais un honnête paysan dans la campagne chinoise.

C’était sans compter sans le Roi Sans Forme (Tien Feng), potentat local qui terrorise tous les maîtres des différentes écoles d’arts martiaux, qui défie Fang Gang pour savoir qui est le maître du sabre. Il envoie deux missionnaires (Wu Ma et Fong Yau), l’un vêtu de blanc, l’autre de noir, pour le convoquer sous la menace. Tenant à sa parole, il refuse tout net. Devant l’insistance guerrière des deux frères, il utilise son sabre pour laminer leurs tenues et les chasse. Il décline la demande d’aide venant des frères Lu, eux aussi défiés par le Roi.

Seulement voilà, les maîtres des écoles d’arts martiaux ont également été convoqués. Ils veulent la paix et pensent, bien naïvement qu’aller à ce défi leur permettra de vivre hors du joug du Roi Sans Forme. Ce dernier vit dans une forteresse avec sept autres chefs autoproclamés rois, six hommes et une femme. Le film les montre dans une rapide démonstration de leurs bottes secrètes. L’un fait tourner des roues équipées de lames, un autre envoie du poison, la reine jette des couteaux, quant à Liu Chia-liang, par ailleurs chorégraphe des combats, il lance une chaine munie d’une serpe. Seule l’arme du Rois Sans Forme est inconnue car il n’a jamais laissé de survivants.

Chacun a un nom de guerre très évocateur : Roi Grande Force, Roi Long Bras, Reine aux Mille Doigts, Roi Illusion Céleste, Roi Bouddha de l’Enfer, Roi Dragon Venimeux, Roi Roue Tranchante. Je donne ici leurs noms tels qu’ils sont donnés dans les sous-titres du DVD édité par Wild Side. Ils sont tous cruels et ne font pas de prisonniers, d’ailleurs le nombre de morts dans Le Bras de la vengeance est énorme. Les cadavres s’amoncellement sur le sol au fur et à mesure que les gentils (tous habillés en blanc) rencontrent les méchants (en tenues noires). Cela est très commode pour se repérer dans les affrontements et pour se rendre compte du nombre de survivants dans chaque camp.

Un ultimatum du Roi Sans Forme demande aux fils des maîtres de se couper le bras droit s’ils veulent que leurs pères soient libérés. Ils ont été pris en otage. Fang Gang prend la tête d’une expédition avec les disciples des écoles. Xiao-man, son épouse est contrainte de les accompagner, retardant l’annonce heureuse qu’elle veut faire à son mari. Sur le chemin vers la forteresse, comme dans un catalogue, ils vont rencontrer chaque roi, l’un après l’autre, qu’ils vont affronter et défaire. Mais c’est la Reine aux Mille Doigts qui est la plus vicieuse puisqu’elle se fait passer pour une jeune femme égarée et infiltrer la troupe menée par Fang Gang.

Pour faire durer son suspense, Chang Cheh mise d’abord sur les dialogues entre les disciples et Fang Gang. Chaque renseignement, chaque information est annoncée par un vigile à l’avant-garde aux disciples puis donnée une deuxième fois à Fang Gang. Ces répétitions sont à la longue fastidieuses. Les disciples sont à la fois naïfs, se laissant embobiner par le charme de la Reine, et débordent d’énergie les poussant à partir au combat mal préparés. Jimmy Wang Yu, avec son fin collier de barbe, joue avec le plus grand sérieux, sans décrocher le moindre sourire, son personnage de redresseur de torts. Ce sera son dernier rôle marquant pour la Shaw Brothers, préférant quitter la compagnie l’année suivante pour divergences artistiques.

Le Bras de la vengeance (Return of the one-armed swordsman, (獨臂刀王, Hong Kong, 1969) Un film de Chang Cheh avec Jimmy Wang Yu, Lisa Chiao, Chung Wa, Cheng Lui, Hoh Ban, Tien Feng, Essie Lin, Ku Feng, Tung Li, Tong Gai, Lau Kar-wing, Liu Chia-liang, Yuen Cheung-yan, Ti Lung, Wang Kuang-yu, Wu Ma, Fong Yau.

jeudi 1 août 2013

Who’s the woman who’s the man


Deux ans après He’s a woman she’s a man, Sam Koo (Leslie Cheung) est toujours le petit ami de Wing (Anita Yuen). Ils ont décidé de tout re-décorer l’appartement où ils habitent avec Fish (Jordan Chan), l’ami d’enfance un peu brut de décoffrage de Wing. Un nouveau décor pour une nouvelle vie pour chacun des personnages de Who’s the woman who’s the man. Le personnage de star de la cantopop de Rose (Carina Lau) n’est là que sur une photo dans le salon, c’est désormais Wing, jeune femme qui se fait passer pour un homme depuis le premier film. En recevant, une récompense pour son dernier album Wing déclare sur scène son amour à Sam, qui s’écroule dans son fauteuil, désolé que le public puisse penser qu’il est gay.

Le milieu de la cantopop que décrit Peter Chan dans son film est le plus gentil du monde. Tout le monde s’apprécie et aucun paparazzi ne vient troubler la tranquillité du couple que forment Sam et Wing. Auntie (Eric Tsang), l’agent haut en couleur aux cheveux blonds et à la fine moustache noire du couple, vient apporter la touche queer au film. Eric Tsang fait le job en une seule séquence où il engage un chanteur médiocre parce qu’il est mignon. Plus tard, il consolera Sam dans une scène un peu forcée où il joue du piano. Il est le seul à connaitre la vraie vie du couple. La cérémonie rend hommage à Fan Fan (Anita Mui), star qui a introduit l’androgynéité dans la chanson et qui a quitté le milieu depuis des années. Elle vogue sur son voilier au gré de ses envies et décide de débarquer pour rencontrer ce drôle de couple.

Les figures majeures de Who’s the woman who’s the man sont le masque et le travestissement. D’abord le masque invisible que porte Wing composé uniquement d’une paire de lunettes et d’une coupe de garçon. Personne n’a encore compris que Wing n’est pas un homme. Après la cérémonie, Wing organise une soirée déguisée. Elle porte, tout comme Fan Fan, un masque de Whoopi Goldberg, elles vont se rencontrer, se parler et comprendre que si elles arborent la même tête, c’est que quelque chose va les rapprocher. Or, Sam quand il arrive à la soirée n’a pas compris qu’il doit porter un masque, il est le seul personnage du film qui veut rester lui-même. Il choisit un masque de Woody Allen, métaphore des gros soucis de cœur qui vont lui tomber dessus. Mais masqué, chacun peut dire ce qu’il pense sans peur de se révéler trop, et l’alcool aidant, tout peut se terminer dans le lit.

Le travestissement est double. Celui des vêtements qui donnera à Fish l’envie de s’habiller en femme pour plaire à O (Theresa Lee), l’assistante lesbienne de Fan Fan. Fish tente de la séduire et se berce d’illusion malgré les refus d’O. Wing est engagée pour tourner un film. Elle devra jouer une femme et son partenaire masculin sera Fan Fan déguisée en homme. C’est là que le travestissement de la vérité commence pour ces deux couples hors-norme. Wing et Fan Fan entament une liaison d’abord strictement cinématographique (le film dans le film avec la scène du baiser sans cesse retardée à cause du hoquet de Wing) puis réelle, sous les yeux de Sam désespéré. Le film propose beaucoup de combinaisons amoureuses et sexuelles avec une volonté de surenchère par rapport à He’s the woman she’s the man. Pourtant ce marivaudage très chic dans le très grand appartement s’avère très gentil et parfois très banal.

Who's the woman who's the man (金枝玉葉2, Hong Kong, 1996) Un film de Peter Chan avec Leslie Cheung, Anita Mui, Anita Yuen, Jordan Chan, Theresa Lee, Eric Tsang, Carina Lau, Clarence Hui, Andy Hui, Edmond Leung, Ann Hui, Alfred Cheung, Clifton Ko, Joe Cheung.

Sorties à Hong Kong (août 2013) The Rooftop


The Rooftop (天台, Taïwan – Hong Kong, 2013)
Un film de Jay Chou avec Jay Chou, Eric Tsang, Oh Yau-lun, Li Xin-ai, Wang Xue-qi, Song Jian-zhang, Huang Jun-lang, Xu Fan, Na-Do, Kenny Bee, Ken Lin, Darren Chiu, Andrew Lau, David Chiang, Fu Yi-wei, Huang Huai-chen. 122 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 1er août 2013.