vendredi 4 mars 2011

Pirates et guerriers


Sous l’empire Ming, des hordes de pirates attaquent les bateaux en mer. Lutter contre eux est la priorité du pouvoir d’autant que ces corsaires sont aidés par des ronins, ces yakuzas japonais déclassés. Comme dans les autres films de King Hu, une voix off ouvre Pirates et guerriers illustrant des gravures d’époque. On nous présente les personnages et les acteurs qui vont les interpréter. L’empereur envoie le général Yu Dayou (Roy Chao) et ses hommes les combattre. Ils sont sept pour évincer un grand nombre de pirates.

La méthode de Yu est de se faire passer pour des commerçants. Ils font semblant de vendre des marchandises pour attirer les pirates, les faire prisonniers et les interroger afin de retrouver leur repère où est caché leur trésor de guerre. Ils sont experts en kung-fu et en simulation, mais les pirates qu’ils arrêtent ne savent pas où se trouve la cachette. Le lieu leur a toujours été interdit d’entrée. Ce sont les mercenaires Japonais qui en connaissent l’accès. Il faudra qu’ils s’infiltrent dans la bande des pirates.

Ce sera Wu Jiyun (Pai Ying) et sa femme mutique Wu Shaopang (Hsu Feng) qui entrer en contact avec le maître de l’île où les pirates ont choisi d’y avoir leur repaire. Après moultes négociations, le couple Wu parvient à leur fin et rencontrent les chefs des pirates. Ils devront faire leur preuve en combattant au sabre, en envoyant des flèches et en prodiguant leur art martial. Parmi les combattants, on découvre un jeun Yuen Biao dans une courte scène. L’un des ronins japonais est incarné par Sammo Hung, par ailleurs maquillé de blanc. Sammo Hung est par ailleurs l’auteur des chorégraphies.

Ce Japonais, Bodojin (Sammo Hung) est le seul à ne pas faire confiance à Wu. Et quand l’assaut des guerriers se déclenche, il va en profiter pour tenter de spoiler ses comparses. Le film suggère que les Japonais n’ont pas de parole. King Hu filme les affrontements avec de nombreux travellings qui enserrent les personnages. Les combats ne sont pas spectaculaires et sont construits essentiellement avec le montage (champ sur un coup de sabre, contrechamp sur son effet). C’est une vieille méthode qui sera avec l’avènement du cinéma de Sammo Hung, entre autres, mise de côté quand l’acteur choisira de montrer les chutes et les coups dans les films qu’il réalisera.

Pirates et guerriers marque la fin d’une époque, celle de ses wu xia pian épique et héroïque qui verra triompher la justice. Si King Hu utilise des personnages japonais négatifs et vicieux, c’est sans doute parce que Bruce Lee est passé par là. Mais c’est l’absence quasi-totale des femmes qui frappe. Seule madame Wu incarne une présence féminine, mais elle parle très peu et se bat comme les autres hommes, niant ainsi toute féminité. Cette absence contraste tout à fait avec l’héroïsme et la présence féminine dans L’Auberge du printemps.

Pirates et guerriers (The Valiant ones, 忠烈圖, Hong Kong, 1974) Un film de King Hu avec Hsu Feng, Pai Ying, Roy Chiao, Han Ying-chieh, Sammo Hung, Yuen Biao, Lee Man-tai, Hao Li-jen, Mars, Yeung Wai, Lau Kong, Simon Yuen, Ng Ming-choi.

mercredi 2 mars 2011

Horror hotline... Big head monster


Une émission de radio nocturne produit par Ben (Francis Ng) a pour thème les histoires d’horreur. Les auditeurs appellent à l’antenne pour y raconter leurs histoires. Un soir, les animateurs écoutent celle de Chris qui parle d’un monstre avec une tête énorme. Il semble terrifié par ce souvenir qui a eu lieu en 1963 alors qu’il était écolier. Ben croit tenir une bonne histoire mais l’homme raccroche avant de l’avoir terminée.
L’émission intéresse une télévision américaine qui a dépêché Mavis (Josie Ho) pour faire un reportage. Aves ses cameramen, elle arrive pile au moment où Chris raconte son histoire. Elle décide d’enquêter sur cette troublante histoire mais les esprits ne l’entendent pas de cette oreille. Un médium, madame Ying (Bonnie Wong) la prévient que cela va mal se terminer, qu’il va y avoir un mort et qu’elle ne devrait pas poursuivre ses investigations. Madame Ying est inquiétante avec son visage fermé. Ben et Mavis la croient puisqu’elle raconte des choses intimes sur leurs vies qu’eux seuls peuvent savoir.
Au fil de l’enquête, ils apprennent qu’un bébé avec une tête monstrueuse est effectivement né au début des années 1960. Dans la bibliothèque où ils se rendent pour consulter les journaux de l’époque, un incendie brûle tout. Puis un des cameramen disparait sans rien dire et appelle ensuite au téléphone Mavis. Il dit être dans un entrepôt où elle se rend avec Ben mais il est mort depuis plusieurs heures affirme le médecin légiste. C’est enfin Chris qui, au téléphone, leur conseille de ne pas en savoir plus. Ils apprendront qu’il s’est suicidé avec ses camarades des années auparavant. Ben et Mavis ne savent plus ce qu’ils doivent faire et commencent à angoisser pour leurs vies.
Horror hotline... Big head monster est un film d’horreur classique avec ses fantômes qui interviennent dans la vie des gens. Soi Cheang n’a pas encore la liberté de ton qu’il aura à partir de Dog bite dog et son film parodie à la fois la série des Ring d’Hideo Nakata (le téléphone menaçant) et The Blair witch project notamment dans son final où les scènes sont filmées en caméra subjective la nuit dans un hangar désaffecté. Le monstre ne sera jamais visible, juste suggéré, ce qui demeure une idée classique mais très rare dans les films d’horreur de Hong Kong.
Horror hotline... Big head monster (恐怖熱線之大頭怪嬰, Hong Kong, 2001) Un film de Soi cheang avec Francis Ng, Josie Ho, Sam Lee, Niki Chow, Michelle Zhang, Ruth, Edmund Poon, Bonnie Wong, Wilson Yip, Alan Mak, Szeto Kam-yuen, Roy Szeto, Michael Clements, Yu Sai-tang, Vincent Chik, Chiu Yue-ming.

mardi 1 mars 2011

La Flûte et le grelot


Régulièrement, la société de distribution Gébéka sort une compilation de courts-métrages issus des studios d’animation de Shanghai. Ces films d’animation sont éducatifs mais aujourd’hui leur valeur est essentiellement esthétique. Les deux courts métrages de vingt minutes qui composent La Flûte et le grelot mettent en scène deux enfants face à des animaux. Les deux films sont sans paroles mais non sans musique. Ils sont dessinés au lavis et filmé plan par plan.

Dans Le Grelot du faon, une petite fille qui habite dans les montagnes recueille un faon. L’animal s’est blessé après une attaque d’un aigle et s’est éloigné des ses parents. Perdu, le faon a faim et accepte malgré ses réticences la nourriture de la fillette. Elle décide de l’apprivoiser, non sans peine, et il devient son animal de compagnie qu’elle appelle en faisant tinter un grelot. Il devient très câlin. Ils se promènent ensemble vont au village et n’a plus peur. Le faon grandit et retrouve ses parents. Pour la fillette, c’est difficile de se séparer de lui, mais la vie sauvage doit reprendre ses droits. Le dessin des deux animateurs est superbe et réaliste tout en conservant sa poésie. C’est une ode à la nature et à son esprit sauvage.

Dans La Flûte du bouvier, un jeune garçon se promène sur son buffle dans les marécages d’un fleuve. Le garçon s’endort et rêve que son buffle s’enfuit. Il doit donc le chercher à travers les montagnes. Pour se faire entendre, il joue un air à la flûte. Au fil de sa promenade, le film montre de nombreux oiseaux qui s’envolent, picorent et observent le dépit du garçon. Mais tout ceci n’était qu’un rêve. L’animation est plus brute et moins fluide que celle du film précédent, mais atteint une grâce dans les dessins des oiseaux. Mais il faut signaler que le film a vingt ans de plus.

La Flûte et le grelot

Le Grelot du faon (Chine, 1982) Un film de Tang Cheng et Wu Qiang.

La Flûte du bouvier (Chine, 1963) Un film de Te Wei et Qian Jiajun.

A toute épreuve


Je ne sais pas si quelqu’un s’est un jour lancé dans le recensement de tous les morts que compte A toute épreuve. Il faut dire que John Woo n’y est pas allé de main morte pour son dernier film à Hong Kong avant de partir aux Etats-Unis pour la carrière et le résultat que l’on connait. Comme s’il savait que ce serait sans doute son dernier film libre et qu’il fallait qu’il offre le spectacle le plus fou possible, avec un final à l’hôpital de près de trois quarts d’heures où tout les décors seraient détruits dans des explosions, où les personnages abondent, où l’humour côtoierait l’extrême violence. Bref, A toute épreuve est un film très copieux.

Chow Yun-fat en est le centre, le personnage autour duquel tout va tourner. Dès la scène d’introduction, on le voit boire quelques verres de tequila dans un bar. Cela lui donnera son surnom. Tequila joue de la flute dans un orchestre de jazz. On le suit ensuite dans un salon de thé avec à son bras une cage et un pinson. L’atmosphère se fait de plus en plus lourde dans la salon de thé. John Woo joue sur la multiplicité des regards, sur des panoramiques de la caméra qui observent toute la pièce, on ne sait pas qui observe qui et surtout vraiment pourquoi. Tequila semble agir comme un gangster dans ce lancement du film mais c’est un flic. Il est impulsif et se lance sans réfléchir dans l’action. En l’occurrence, il va empêcher la vente de trois révolvers. Dès les dix premières minutes, A toute épreuve plonge le spectateur dans un gunfight où Tequila tire avec un révolver dans chaque main.

Cette attitude impulsive n’est pas du goût de son supérieur, le chef Pang (Philip Chan) qui n’en peut plus de devoir le contrôler. Il est furieux que Tequila aie gâché la filature qu’il avait mis en place pour coincer un trafic d’armes. Il est viré de l’affaire et, après l’enterrement d’un de ses collègues, va dans son jazz club où le patron (John Woo) lui donne quelques conseils. Le cinéaste apparait dans un rôle très secondaire mais son personnage est pour lui un moyen de signer son film. Il est aussi dans les quelques scènes qu’il a avec Chow Yun-fat, l’homme qui donnera quelques leçons de mise en place du récit. Il annoncera ce qui va arriver dans le reste du film et lui donnera des indices sur d’autres personnages.

Pendant ce temps-là, les triades veulent faire entrer des armes à feu à Hong Kong. La possession d’armes, à l’exception de la police, est interdite. Un meurtre dans une bibliothèque va les lancer dans une nouvelle enquête. Le meurtre est filmé dans son intégralité. Un jeune homme bien sapé, Tony (Tony Leung Chiu-wai) déboule dans sa belle Ferrari rouge. Il entre dans la librairie, se dirige dans les rayons, effleure de son index les livres, en choisit un et se dirige vers un homme assis à une table. Calmement, il ouvre le livre qui contient un révolver silencieux et abat l’homme. Tony vit dans un bateau et, entre deux bouffées de cigarette, construit des oiseaux de papier qu’il accroche au plafond. Il y a désormais une douzaine d’oiseaux de papier. Ce sont les hommes qu’il a tués.

Tony travaille pour Monsieur Hoi (Kwan Hoi-san), un parrain qui aimerait, à l’approche de la vieillesse, se retirer. Johnny (Anthony Wong) aimerait reprendre les affaires de Hoi et rencontre Tony qui n’a que la paix à lui proposer. Après cette rencontre, Johnny tombe sur Tequila. Les deux hommes se battent et Tony intervient pour que Johnny n’abatte pas le flic. Tequila portera un sparadrap sur le front pendant tout le reste du film. Tony accepte de bosser pour Johnny et de tuer Hoi. Johnny va voler toute sa cargaison d’armes. La séquence offre le deuxième gunfight dans l’entrepôt. La lassitude et le calme de Tony contrastent avec l’excitation de Johnny qui veut être le seul à diriger les triades. Mais la police va intervenir et quand Tony a au bout de son flingue Tequila, il ne tirera pas, au grand étonnement de ce dernier.

Ce qu’ignore Tequila est que Tony est un flic infiltré dans la mafia. Tony communique avec le chef Pang d’une manière originale. Il envoie des bouquets de fleurs à la commissaire Teresa Chang (Teresa Mo), ancien flirt de Tequila qui en est encore amoureux. Dans chaque bouquet, qui titille la jalousie de Tequila, un message codé est glissé sur les avancées de la bande à Johnny. Ces séquences d’arrivée des bouquets et de décryptage sont les seuls moments de comédie d’A toute épreuve. Teresa et Tequila flirtent gentiment, même si le personnage de Teresa est creux prouvant, encore une fois, que le cinéma de John Woo est essentiellement masculin. Tony essaie de mettre en garde Pang sur le danger de l’impulsivité de Tequila. Cela pourrait menacer l’enquête. Les deux hommes vont devoir travailler ensemble.

Le final grandiose et apocalyptique se déroule dans un hôpital. En l’occurrence un hôpital que possède Johnny et où Tony est envoyé pour être soigné après une altercation. C’est là que sera aussi soigné un indic que le borgne (Philip Kwok) a torturé. Assez vite, Tony et Tequila comprendront que les armes sont cachées dans cet hôpital et il va falloir les trouver. Bien sûr, qui dit grand nombre d’armes à feu, dit grosses fusillades. D’un côté, Tequila et Tony, qui seront rejoints par Teresa, Pang et des flics. Et de l’autre Johnny et le borgne ainsi qu’un grand nombre d’hommes de main. Au milieu les patients et la pédiatrie où toute une ribambelle de bébés viennent de naître.

John Woo fait monter lentement le suspense sur près d’une heure, comme en temps réel. Il isole d’abord les deux protagonistes dans la morgue où ils cherchent les armes ce qui leur permet de mieux se connaitre et de finalement s’apprécier. Puis, il fait rentrer le personnage du borgne, homme mutique mais impitoyable. Il faut dire que les méchants sont gratinés. Johnny n’hésitera pas à tirer à l’arme lourde sur les patients pour tenter de supprimer Tequila. Le nombre de flics qui va mourir est aussi impressionnant que celui des gangsters. Mais il reste encore une once d’humanité au borgne, il voulait que Johnny épargne les malades. Et puis il y a la longue évacuation des bébés qui donne un soupçon de sensibilité dans ce monde de brutalité.

A toute épreuve condense tout le savoir-faire de John Woo en matière de polar d’action avec des fusillades et des explosions. C’est son cadeau de départ au public de Hong Kong bien plus qu’une preuve aux studios hollywoodiens qui vont le mépriser en lui offrant Jean-Claude Van Damme. A ce titre, le bébé que sauve Chow Yun-fat en le mettant dans son blouson est le symbole de ce cadeau, il sauve ce qu’il reste du cinéma de Hong Kong qui angoissait de la rétrocession et du départ de ses cinéastes phares. Le public a réservé au film un très grand succès malgré ses défauts et son absence totale de réalisme. C’était le dernier film de John Woo. Le dernier.

A toute épreuve (Hard boiled, 辣手神探, Hong Kong, 1992) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Anthony Wong, Philip Chan, Philip Kwok, Kwan Hoi-san, Stephen Tung, Bowie Lam, John Woo, Michael Dinga.

dimanche 27 février 2011

Symbol


Une voiture vient du fin fond du désert dans la poussière. Au volant, une bonne sœur clope au bec. Elle va chez son frère, catcheur mexicain, masque sur le visage. Il l’attend pour aller combattre. Symbol, le nouveau film de l’animateur amuseur de la télévision japonaise Hitoshi Matsumoto est encore plus maboule que Dai Nipponjin, projeté en 2007 à la Quinzaine des Réalisateurs et toujours inédit en France. Il commence son nouveau film avec des personnages hauts en couleur dont cette nonne qui conduit vite et qui jure comme un charretier quand les autres conducteurs lambinent. On a un peu l’impression d’être dans un film de Robert Rodriguez avec cette petite ritournelle de personnages connotés (la nonne, le catcheur) placés dans des situations décalées.

Passée cette introduction mexicaine à l’ambiance chaude, le film se transporte dans une pièce blanche où un homme (Hitoshi Matsumoto) est étendu là en pyjama jaune à pois rose et bleus. L’absence totale de transition étonne et l’homme, dont on ne connaitra jamais le nom, ne sait pas ce qu’il fait là. Et moi non plus. Apparemment, il n’existe pas de porte de sortie. Et tout à coup, une légère protubérance pousse sur le mur. L’homme s’en approche, regarde bien, ça ressemble à un petit sexe. Il appuie dessus et, après un petit son vocal, des anges apparaissent dans la pièce. Puis, ils s’enfoncent dans le mur et seuls leurs sexes dépassent. Et l’homme comprend que chaque fois qu’il appuie sur un sexe, un objet apparait. Une jarre, des baguettes, un bonzaï, une brosse à dents ou encore des sushis.

La pièce se remplit peu à peu. De temps en temps, les anges lui font une blague : de l’eau tombe sur sa tête, on lui pète au nez. Et parce qu’ils sont très taquins, ils lui montrent qu’il existe une porte mais il n’as jamais le temps d’y accéder. Et il faudra une clé pour ouvrir la porte. Dès lors, c’est une partie de casse-tête que l’homme doit résoudre, ce qui occupera une bonne partie du film. L’homme est désespéré car il ne comprend ce qui lui arrive mais cela crée des situations cocasses et drôles. Il pourrait sombrer dans la folie, on le comprendrait, mais on esprit va démultiplier ses capacités. De temps en temps, on retourne au Mexique où le combat de catch a commencé filmé de manière vive. Le lien entre les deux lieux sera finalement révélé.

C’est un film fou où les dialogues sont rares et organiques. L’homme parle peu, il supplie les anges de lui fournir les objets nécessaires à sa survie et son évasion. Hitoshi Matsumoto doit sans doute parler de quelque chose : de la société de consommation, de Dieu, de la solitude. Les deux parties sont réussies. Mais c’est l’idée de cette grande pièce blanche ressemble à un purgatoire. Finalement, on ne saura rien de la raison pour laquelle l’homme est ici. Cet énigme irrésolue jusqu’au bout et qui, pour le coup, se complexifie encore plus au fur et à mesure du film. Personnellement, je n’ai pas d’explication. En revanche, son sens aiguisé de l’absurde est passionnant. Symbol est par ailleurs bien plus maitrisé que Dai Nipponjin.

Symbol (しんぼる, Japon, 2009) Un film de Hitoshi Matsumoto avec Hitoshi Matsumoto, David Quintero, Luis Accinelli, Lilian Tapia, Adriana Fricke, Carlos C. Torres, Ivana Wong, Arkangel De La Muerte, Matcho Panpu, Dick Togo, Salam Diagne.

mercredi 23 février 2011

God of gamblers Part III : Back to Shanghai


Toutes les franchises qui ont un grand succès ont un grand nombre de suite et God of gamblers, création de Wong Jing, en est l’un des meilleurs exemples. Personnellement, je ne comprends toujours pas les règles du poker ou du black jack, mais dans God of gamblers Part III : Back to Shanghai, le jeu n’a plus beaucoup d’importance. Stephen Chow et Ng Man-tat sont là pour amuser, divertir et faire rire les spectateurs. Le film y réussit parfois et on se prend, avec le recul, à voir certains gags des films réalisés par Stephen Chow dans une version ici brutes, non taillés.

Dans cette variation, Sing, le Saint des joueurs (Stephen Chow) a acquis une telle force de concentration qu’il parvient à faire ses déplacer les objets et à pratiquer l’hypnose. Seulement voilà, ses ennemis ont également acquis un tel pouvoir et sont capables de voyager dans le temps. Sing se retrouve avec Fook (Ng Man-tat) à Shanghai en 1937. Ils atterrissent au beau milieu d’un champ où Sing tombe immédiatement amoureux d’une jolie jeune femme habillée de blanc qui se promène sur son cheval. Il l’appelle mais elle ne répond pas, il l’a suit et découvre qu’il n’est pas du tout à Hong Kong et encore moins en 1991.

Débarqués en ville, les deux compères qui ne comprennent pas bien ce qu’il leur arrive, rencontrent Yu-san (Gong Li) qui se trouve être la jeune fille au cheval. C’est la fille du maire de Shanghai. Ils rencontrent aussi Ding Lik (Ray Lui) qui passe du rôle de Parrain de Hong Kong à celui de parrain de Shanghai. Il tient une maison de jeux dans la concession française et une méchante japonaise – évidemment – (Wong Wang-si) veut s’accaparer de sa boîte. On reconnait ici les emprunts aux classiques du cinéma anti-japonais. La Japonaise se fait aider dans ses basses besognes par Tai Kun (John Ching), lui aussi venu du futur et qui a la force mentale de deviner à l’avance les cartes gagnantes. Les parties, sensées être les morceaux de bravoure du film, sont tout de même un peu molles, surtout la finale.

A vrai dire, l’essentiel du scénario consiste à la romance entre Sing et Yu-san. Yu-san ne le reconnait pas et pour cause, c’est sa sœur jumelle retardée Yu-mong qu’il a vue. Sing ne s’en aperçoit pas tout de suite ce qui crée de nombreux quiproquos. Mais il y en a tellement qu’au bout d’un moment, on s’en moque un peu. A cette romance, il faut ajouter celle de Fook avec Spring (Sandra Ng), qui plait à notre cher moustachu malgré sa rudesse d’esprit. Tous les deux vont tenter de faire en sorte que Sing et Yu-san s’unit, mais le temps fait son œuvre et Sing devra retourner dans le présent pour une nouvelle aventure de God of gamblers.

God of gamblers Part III : Back to Shanghai (賭俠II上海灘賭聖, Hong Kong, 1991) Un film de Wong Jing avec Stephen Chow, Ng Man-tat, Gong Li, Ray Lui, Charles Hung, Sandra Ng, Cheung Man, John Ching, Tien feng, Peter Chan, Yeung Jing-jing, Barry Wong, Wong Wang-si.

lundi 21 février 2011

Monga


La vie de gangster de Mosquito a commencé à cause d’une cuisse poulet. Mosquito (Marc Cho) a rejoint son nouveau lycée du quartier de Monga en 1986 et devient la cible des autres. Un jour, à la pause de midi, le petit caïd du bahut lui pique la cuisse de poulet que sa maman lui avait préparée. Mosquito décide de ne pas se laisser faire mais il est poursuivi. C’est là qu’il force l’admiration de Dragon Lee (Rhydian Vaughan), chef du gang qui va l’accueillir jusqu’à la fin de ses jours. Dragon Lee, chemise ouverte et coiffé d’un mulet dirige la gang du Temple composée de Monk (Ethan Ruan), cheveux rasés et dos tatoué, Monkey (Cai Changxian), petit gars trapu qui aime se battre et Ah-Po (Huang Denghui), le comique de service. Mosquito montre qu’il a du cran, qu’il sait se battre et force l’admiration des quatre autres.

Mosquito n’a que sa mère qui tient un salon de coiffure dans lequel vient le parrain Grey Fox (Doze Niu) qui l’aurait abandonnée des années auparavant. Sa famille de substitution sera donc le gang et son père par procuration sera Geta (Ma Ju-lung). Les débuts sont amusants, Mosquito et ses potes s’amusent, ils se bastonnent avec les autres en souriant jusqu’au jour où au cours d’un repas, un sbire apporte dans un journal un doigt à Geta. Là, Mosquito comprend qu’il est entré dans une organisation qu’il ne pourra jamais quitté, si ce n’est par la mort, et que c’est un univers de violence. Puis, c’est le gang qui décide de punir un jeune qui a violé la copine de Dragon Lee. Monk lui colle les lèvres et les yeux à la glue, mais le jeune meurt. La bande devra s’exiler quelques temps, histoire de leur apprendre la vie. Ce sera leur unique incartade hors du quartier, ils sont enfermés dans leur univers, dans les quelques rues qu’ils contrôlent et ne connaissent rien du reste du monde. Ils sont prisonniers de Monga.

Monga décripte les rites du gang de manière détaillée, proche de l’idée documentaire, non pas pour les glorifier mais pour en pointer le cynisme. La bande est par exemple fascinée par la manière dont les hommes de Grey Fox anticipent chacune de ses demandes. Monga agit comme s’ils n’avaient jamais vu de film de triade, ce qui est possible. Le film évoque également les premiers rapprochements commerciaux avec la Chine de Pékin, comme si Taiwan s’ouvrait pour la première fois au monde et à ses patries cousines. Mosquito et sa bande découvrent comment fonctionne le syndicat du crime. Ils découvrent aussi les femmes en allant au bordel, d’ailleurs tenu par Lu Yi-ching, l’actrice fétiche de Tsai Ming-liang. Mosquito tombe évidemment amoureux d’une pute au grand cœur, Ning (Ke Jia-yan), prisonnière de son bordel à qui Mosquito compte redonner le sourire, alors que lui-même n’inspire pas la joie de vie.

Durant ses 2h20, Monga brasse pas mal de personnages. S’il se désintéresse assez vite du sort de Monkey et Ah-Po, et s’il donne au personnage de Dragon Lee une structure classique de fils de chef, le film devient passionnant dans le destin de Monk, dont il est clairement dit qu’il ne s’intéresse pas aux filles. Son homosexualité latente, jamais avouée, est magnifiée par une image qui filme les corps de ses acteurs (surtout ceux de Monk et Mosquito) au plus près des peaux. Monk est fasciné par Mosquito, il admire sa force de caractère mais le jalouse en même temps. Quand Mosquito tombe amoureux de Ning, la prostituée malgré elle, le comportement de Monk change. Monga, dans sa dernière partie, montre les luttes de pouvoir entre triades et semble tomber dans l’écueil du genre. Cependant, le film offre de manière généreuse son lot d’humour, de larmes, de violence qui explique le succès du film à Taiwan.

Monga (艋舺, Taiwan, 2010) Un film de Doze Niu avec Ethan Ruan, Mark Chao, Rhydian Vaughan, Ke Jia-yan, Huang Denghui, Cai Changxian, Ma Ju-lung, Chen Han-dian, Doze Niu, Ke Shu-qin, Xi Man-ning, Lu Yi-ching.

vendredi 18 février 2011

Les Guerriers du temps


1632, l’Empereur tance son fidèle chevalier Ching (Yuen Biao) de n’avoir pas su arrêter Fung San (Yuen Wah) qui a assassiné une de ses concubines. La colère de l’Empereur est radicale puisqu’il souhaite la tête de Ching. Par clémence, il donne vingt jours pour qu’il lui ramène Fung San. L’ancien condisciple de Ching a mal tourné. Elevés ensemble, Fung San s’est tourné du côté obscur du kung-fu. Il a acquis une force démesurée qui semble supérieure à celle de Ching, pourtant très aguerri. Les deux hommes vont se battre dans les neiges du Tibet près du trône de Samsara dont Fung San veut s’emparer pour asseoir sa domination. Ils se battent à l’épée, se blessent et disparaissent au milieu des neiges éternelles.

1989. Une expédition de scientifiques chinois arrivent sur les lieux et découvrent les deux chevaliers dans un bloc de glace. Les corps sont parfaitement conservés. Le comité de savants décide d’aller aux Etats-Unis faire étudier les momies. De manière assez opportuniste, le film montre l’angoisse des scientifiques suite aux événements de Tien An Men mais leurs propos sont injurieux envers le gouvernement. L’un d’eux suggère d’aller d’abord à Hong Kong pour visiter un cabaret de luxe (ben tiens !) faisant preuve d’un grand esprit rationnel. Dans l’entrepôt, des voleurs veulent s’emparer des corps. Leur maladresse fait qu’ils se réveillent et les voilà libres mais perdus dans le futur. On n’entendra plus jamais parler des scientifiques sans doute restés faire un karaoké.

La meilleure partie des Guerriers du temps se situe là, quand Ching rencontre Paula (Maggie Cheung), jeune poule qui a du mal à rembourser une dette à son mac. Ching prend sa défense en ignorant qu’elle se prostitue. Venu d’une époque ancienne et chevaleresque, il s’exprime dans une langue désuète et ne comprend pas les mots modernes. Son rapport avec les femmes, et donc avec Paula, est prude. Il refuse d’avoir le moindre contact avec elle car cela ne se fait pas. Ching va être pris dans les embuches de la vie moderne, à la manière des personnages des Visiteurs de Jean-Marie Poiré, il va prendre la cuvette des toilettes pour une fontaine, il va discuter avec les gens à la télévision et comprendre que l’Empire Ming est fini en regardant une extrait de Princess Chang Ping de John Woo.

Paula va faire de Ching son domestique. Elle lui fait croire qu’en 1989, les femmes dominent le monde. Il va lui préparer ses repas qu’elle mangera avec ses amies pendant qu’elles jouent au mahjong. Elle ne lui a toujours pas dit la vraie nature de son activité et se sert de lui pour escroquer ses clients en utilisant sa force. Pendant ce temps-là, Sun Gang s’est très bien adapté. Sa mauvaise nature l’a forcément fait rentrer dans une triade où il vole des bijoux. Son appétit sexuel le fait un jour rencontrer Paula. Elle espère encore une fois que Ching viendra faire peur au client, mais il a découvert le pot aux roses. Bien entendu, Ching va comprendre que Fung San est le client de Paula et venir l’aider.

La dernière partie des Guerriers du temps est consacrée à l’affrontement entre Ching et Fung San. Une poursuite en moto (pour Fung San) et cheval (pour Ching), une baston sur une voiture dans les airs au dessus de l’eau, puis un combat autour du trône de Samsara justement retrouvé et qui fait l’objet d’une exposition à Hong Kong avec effets lumineux garantis ringards. C’est peu dire que cette dernière partie est longue. D’autant que Clarence Fok n’est pas l’homme le plus doué et le plus subtil des réalisateurs. Il y a à boire et à manger dans ce film conçu pour mettre en vedette Yuen Biao dans un rôle de chevalier au grand cœur. Qu’il s’adjoigne les services de Maggie Cheung, parfaite dans son rôle de ravissante manipulatrice montre qu’à l’époque, l’acteur cherchait à concurrencer Jackie Chan sur son propre terrain, la comédie d’action romantique. Il réussit partiellement.

Les Guerriers du temps (The Iceman cometh, 急凍奇俠, 1989) Un film de Clarence Fok avec Yuen Biao, Yuen Wah, Maggie Cheung, Lam Cheung, Frankie Ng, Tai Bo, Wong Jing.

jeudi 17 février 2011

Sorties à Hong Kong (février 2011)

What women want (我知女人心)

Un film de Chan Tai-ming avec Andy Lau, Gong Li, Hu Jing, Banny Chen, Yuan Li, Anya, Pan Shuang-shuang, JuJu, Du Juan, Russell Wong, Kelly Hu, Li Cheng-ru, Osric Chau. 116 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 17 février 2011.





mardi 15 février 2011

Vertiges


Le mariage bat son plein. Les hommes boivent jusqu’à s’en rendre malades et les femmes attendent en les regardant. Duyen (Đ Th Hi Yn) est dans sa robe de mariée blanche, Hai (Duy Khoa Nguyn) boit de l’alcool est s’écroule dans le lit en guise de nuit de noces. Le lendemain, ils partent s’installer dans leur nouvel appartement. Hai quitte pour la première fois sa famille, sa mère très envahissante et ses petits frères et sœurs. Il est chauffeur de taxi, elle est guide de musée (elle sait parler anglais). Ils se sont connus trois mois auparavant. Le soir, il revient épuisé de sa journée, parfois rocambolesque comme avec ce client particulier qui passe ses journées à jouer au jeu de hasard et à voir des prostituées. Elle n’a toujours pas consommé le mariage, comme on dit.

Duyen va voir son amie Cam (Linh-Đan Phm), célibataire endurcie. Elle comprend bien que ce mariage commence mal, elle regrette qu’il se soit produit si vite. L’ensemble de la critique a beau jeu de voir dans la relation des deux femmes une attirance de Cam pour Duyen. Pour ma part, je ne l’ai guère sentie. L’affiche française les montre dans une scène de fin de film, nues, or dans cette scène, loin d’être sexuelle, les deux femmes prennent un bain de vapeur pour soigner leur peau. Ce que Cam fait c’est pousser Duyen à aller voir d’autres hommes, à s’épanouir dans la sexualité, à sortir du carcan habituel et répressif de la femme vietnamienne cantonnée à son rôle d’épouse. L’homme s’appelle Thô (Jonn Tri Nguyn), beau gosse à qui elle se refuse.

Thô va embaucher Duyen pour un voyage avec des Japonais. Ils seront accompagnés d’une femme aux cheveux rasés et de sa fille. Cette femme est amoureuse de Thô mais n’a jamais pu avoir une relation saine avec lui. C’est un séducteur, une sorte de gigolo, pas un amant. Dans le même temps, Dai recueille sa jeune voisine, une adolescente espiègle qui fui la violence de son père. Chacun des deux époux va comprendre, à distance l’un de l’autre, que leur mariage est un échec. Ils sont à la dérive, terme qui correspond mieux à la traduction du titre original que vertiges. L’influence du cinéma de Tsai Ming-liang dans Vertiges est constamment présente. Par sa photographie, à la fois léchée et crépusculaire, par ses plans séquence et par le mutisme de certains des personnages. L’eau et les fluides ont une grande importance. Il pleut beaucoup (Dai joue au foot sous la pluie), une inondation a lieu en ville, la jeune voisine rêve d’une baignoire, le voyage au bord de la mer et l’amie de Thô qui se noie. Bien entendu, on pourra dire que Vertiges est un film calibré pour les festivals, mais ce qu’il raconte et sa mise en scène valent le coup d’œil.

Vertiges (Chơi vơi, Viêt Nam – France, 2009) Un film de Bùi Thc Chuyên avec Duy Khoa Nguyn, Jonn Tri Nguyn, Linh-Đan Phm, Đ Th Hi Yn, NSND Như Quỳnh.