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jeudi 9 janvier 2014

Le Petit revenant


Johnnie To et les fantômes, c’est une longue histoire qui a commencé en 1986 avec Happy ghost III, s’est poursuivi avec Le Petit revenant (les deux films sont produits par l’inénarrable Raymond Wong Bak-ming) puis a continué avec Wai Ka-fai (My left eye sees ghosts en 2002 et Mad detective en 2007). Le fantôme ici est un enfant, le petit Bobo (Cheng Pak-lam), habillé avec son uniforme de base-ball. En début de film, ses parents – fortunés – quittent leur immense demeure par désespoir d’avoir perdu leur fils. Ce dernier pouvant les voir mais ne parvenant pas à se faire voir.

Le but du film de Johnnie To est donc de faire en sorte que Bobo puisse se réincarner pour enfin avoir une nouvelle belle vie. Qui va l’aider ? King (Tony Leung Chiu-wai) et Meng (Kent Cheng), préposés aux parcmètres, célibataires et passionnés d’électronique. Ce qui veut dire en gros que les deux collègues vont découvrir l’existence de ce petit revenant grâce à la tentative de séduction qu’ils exercent sur Mona (Sonia Su) et sa cousine (Kingdom Yuen). Les deux femmes se trouvent être les cousines du petit Bobo.

Johnnie To cherche à produire un film de fantômes non pas tourné vers le passé, avec des revenants qui se déplacent en sautillant, avec des talismans que les vivants apposent sur le front des fantômes pour se protéger. Le cinéaste s’éloigne de la mode de l’époque des fantômes pour faire de l’électronique le moyen de pénétrer dans le royaume des morts. Le professeur Lion Head (John Shum), savant un peu fou va aider le quatuor à communiquer avec Bobo. Les lieux où vivent les défunts anticipent les bas-fonds des deux Heroic trio, lumière bleue et grands mouvements de caméra (le film a été co-réalisé officieusement par Ching Siu-tung).

A vrai dire, le scénario du Petit revenant n’a aucune importance, les personnages ne font que des allers et retours entre les mondes de vivants et des morts. Ici, le méchant ultime du film est Cheap Chan (Anthony Wong). L’acteur joue un cousin du petit Bobo, un homme maléfique  qui a enlevé le gamin contre une rançon caché dans une peluche. Sauf que le gamin a été étouffé par toutes ses peluches et qu’il est mort. Anthony Wong excellait dans ces rôles de taré. Pour camper ce cousin dégénéré, il postillonne à chaque mot et avale goulument sa salive avec un grand « slurp » chaque fois qu’il a commis un acte répréhensible.

Du coup, chacune des apparitions de l’acteur est attendue avec une certaine impatience, d’autant que les personnages des gentils ne sont pas forcément intéressants. Tony Leung Chiu-wai doit ainsi se contenter de jouer un joli jeune homme bien propre sur lui et qui n’attend que l’amour. On lui demande de sourire gentiment. L’acteur ne jouera plus jamais dans un film de Johnnie To. De plus, les romances plaquées sur son personnage avec Sonia Su sont fades. Le Petit revenant est ainsi constitué de deux films, l’un gentil et sans saveur, l’autre pervers où le méchant se permet les pires horreurs. C’est ce côté que Johnnie To développera dans ses films suivants, notamment avec Anthony Wong.

Le Petit revenant (Lucky encounter, 踢到寶, Hong Kong, 1992) Un film de Johnnie To avec Tony Leung Chiu-wai, Kent Cheng, Cheng Pak-lam, Anthony Wong, Sonia Su, Kingdom Yuen, John Shum, Wong Yat-fei, Sylvia Chang.

lundi 6 janvier 2014

The Royal Scoundrel


Dans ses premiers films d’apprentissage, Johnnie To a fait beaucoup de choses et notamment donner dand le buddy movies policier et comique très à la mode en ce début des années 1990. Le duo de The Royal scoundrel est composé de Beach Boy (Tony Leung Chiu-wai), beau gosse sûr de lui, les lunettes de soleil toujours vissées sur le nez et de Chow (Ng Man-tat), père de famille très nombreuses puisqu’il a sept enfants. L’acteur à moustache avait alors déjà commencé son duo comique avec Stephen Chow sur un mode quasi similaire.

Beach Boy et Chow sont policiers et en train de faire une planque. Ils sont cachés dans les égouts de Hong Kong et observent depuis une fausse boîte aux lettres. Les usagers continuent de poster du courrier là que Chow s’amuse à lire pour passer le temps tandis que Beach Boy remarque une jeune femme dans un magasin. Elle s’appelle Yuk (Wu Chien-lien) et elle est maltraitée par son oncle. Le jeune flic ne rêve que de pouvoir délivrer la jeune femme de son bourreau, il en est déjà amoureux.

Le premier tiers du film montre les deux flics dans leur travail de flic peu gratifiant. Ils ont un chef compréhensif (Wong Tin-lam, déjà, mais qui ne jouait pas encore les parrains pour Johnnie To) mais qui vont devoir travailler avec un nouveau patron, Lee Man (Waise Lee) qui n’accepte pas aussi bien que son prédécesseur l’incompétence et la maladresse des deux flics, motifs principaux du comique de situation que déploie le film. On les suit aussi dans leur vie privée notamment celle de Chow qui a sept enfants bien encombrants.

Puis le film développe deux pistes de récit. La première est celle d’une romance entre Yuk et Beach Boy. Il sauve, tel un prince charmant, cette Cendrillon des temps modernes des griffes de l’homme qui l’exploitait. Elle s’installe chez lui, se montre très serviable, lui apporte ses pantoufles dès qu’il revient du travail. Là, Beach Boy ne se rend plus compte que, lui aussi, exploite la jeune femme qui va devoir se révolter contre ce macho et lui donne une bonne leçon avant de finalement tomber amoureux l’un de l’autre.

Le deuxième développement est autour du nouveau chef des flics. Lee Man a un caractère strict dans la ligne des films de flic de l’époque. La confrontation avec les deux traine-savates crée d’abord du comique (les caractères sont très opposés et la mise au pas ne se fait pas aussi vite que prévue) puis de la tension avec l’arrivée dans le scénario des triades et de la corruption du flic. Dans tous les cas de figure, peu de moments de The Royal scoundrel ne convainquent tout à fait, le scénario est bancal, les duos mal assortis et le comique souvent plat.

The Royal Scoundrel (沙灘仔與周師奶, Hong Kong, 1990) Un film de Johnnie To avec Tony Leung Chiu-wai, Ng Man-tat, Wu Chien-lien, Waise Lee, Wong Yat-fei, Wong Ting-lam.

dimanche 24 novembre 2013

The Lunatics


Travailleur social dans une association d’aide aux malades mentaux et aux sans domicile fixe, Tsui (Stanley Fung) se voit contraint par son patron d’être suivi par une journaliste, Tina Lau (Deannie Yip) quelques jours dans son travail. La veille, elle avait découvert Tsui par hasard dans un marché aux poissons. Appelé d’urgence par la police, il était venu calmer Doggie (Tony Leung Chiu-wai) qui, habillé d’un survêt vert, d’un short et d’une casquette jaune, menaçait les autres clients avec un hachoir.

Cette entrée en matière de The Lunatics, premier film de Derek Yee, permet de montrer le boulot de Tsui. Il suit les malades mentaux qui risquent de péter les plombs. Les journalistes, ce jour-là, accourus en masse, prenant des photos et avides de sensationnalisme, voulaient faire un article vendeur. Tina Lau est intriguée par Tsui qui a jeté à terre son appareil photo. Bien malgré lui, il accepte d’être suivi dans sa tournée. Il fait de nombreuses recommandations : tenue neutre et surtout pas de flash qui effraient les malades.

Tsui décide de plonger immédiatement Tina dans l’enfer de Hong Kong. Elle découvre un monde qu’elle ignorait, des SDF pris sur le vif dans la rue, des gens déclassés qui vivent dans des taudis ou des bidons au bord de la route. Elle demande naïvement pourquoi Tsui ne propose pas à ses gens de venir prendre une douche au centre d’aide. Il répond prosaïquement que, mine de rien, leur crasse les protège du froid. Elle tente de poser des questions aux SDF, dans une idée de faire un article classique, mais elle ne reçoit en guise de réponse que des balbutiements incohérents.

Après avoir rencontré quelques personnages cocasses, The Lunatics suit deux cas. Le premier est autour de Chung (Chow Yun-fat), un sans domicile fixe crasseux qui ramasse des mégots de cigarettes pour les fumer. Il s’enfuit quand il voit Tsui arriver. La poursuite continue dans un amas de maisons à moitié calcinées où Chung vit avec sa petite fille qui s’avère être très malade. Il semble avoir totalement perdu la raison, Chow Yun-fat jouant la démence avec des yeux grands ouverts comme hallucinés. La star joue avec force ce personnage de déclassé de la société qui cherche à retrouver son fils au milieu de la forêt.

Le deuxième cas occupe la majeure partie du récit. Tsuen (Paul Chun) a pété les plombs et a longtemps interné en hôpital psychiatrique deux ans. Il vit maintenant normalement dans un petit appartement. Sa mère (Lai Suen) le soutient, travaillant dans un restaurant pour subvenir à leurs besoins. De sa vie passée, Tsuen a dû tout abandonner. Son travail et, surtout sa famille. Il a divorcé de sa femme et ne peut pas voir son jeune fils. C’est après une confrontation avec son ancienne épouse que Tsuen va commencer à dériver lentement vers une sourde folie.

Derek Yee mène deux fronts dans son film. Il dénonce les conditions de vie des marginaux qui ne plaisent pas aux règles communes de la société de Hong Kong. Tsuen va ainsi être pris à partie par ses voisins quand ils apprennent qu’il est mentalement malade. Le cinéaste cherche aussi à créer du suspense avec la menace que fait peser Tsuen sur son jeune fils et ses camarades d’école. Le film est ainsi tiraillé par ces deux extrêmes plutôt contradictoires. La folie faisait sourire en début de film et tout se termine dans un drame exacerbé mais un peu poussif.

The Lunatics (癲佬正傳, Hong Kong, 1986) Un film de Derek Yee avec Stanley Fung, deannie Yip, Paul Chun, Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Dennis Chan, Lai Suen, John Shum, Lo Hung.

mardi 5 novembre 2013

Une balle dans la tête


Une balle dans la tête est le film le plus lyrique de John Woo. Le contexte est le Hong Kong de 1967, dans les quartiers pauvres où les trois personnages, tout juste rentrés dans l’âge adulte mais encore immatures, ne rêvent que d’une chose : une vie meilleure. Une balle dans la tête filme d’abord leur sourire, leur amitié  indéfectible, leur jeu innocent et se termine avec des visages grimaçant de douleurs, le cœur brisé et l’amitié détruite. John Woo filme ce mouvement en deux heures et cinq minutes.

Le générique d’ouverture est guilleret. Benny (Tony Leung Chiu-wai), Frank (Jacky Cheung) et Paul (Waise Lee) se connaissent depuis l’enfance. Le premier va bientôt se marier avec Jane (Fennie Yuen), une jeune femme de leur quartier. Ils ne pensent pas pouvoir sortir de ces quelques rues où ils trainent en vélo imaginant des courses, comme s’ils étaient dans La Fureur de vivre. Frank manque de tomber à l'eau dans cette course (signe prémonitoire). Paul ne rêve que de pouvoir conduire une Mercedes, sa seule ambition.

Benny épouse Jane sous la pluie. Frank n'est pas là. Il doit emmener de quoi payer le restaurateur, il a emprunté de l'argent, sur le chemin, il se fait racketter par une bande du quartier voisin. Il se fait salement amocher. Benny et Paul vont le venger à coups de barres de fer. Le mariage de Benny n'aura duré qu'une nuit, il doit fuir parce que le chef de la bande est mort dans la baston. Les trois amis décident de partir au Viêt Nam, en pleine guerre, parce que, comme leur dit un parrain bien intentionné « c'est dans le plus grand des chaos qu'on peut faire les meilleures affaires ». On leur confie des amphétamines qu'ils iront vendre au Viêt Nam pour démarrer.

Le chaos, il est déjà à Hong Kong avec les manifs étudiantes qui commencent à enflammer le campus universitaire. Jane est encore étudiante, Benny est déjà recherché activement par la police locale. Les manifestants sont communistes, ils lâchent des bombes au milieu de la rue, ces salauds. A Saïgon, dans le Sud Viêt Nam, d'autres communistes manifestent pour protester contre la présence des Américains. Lors de ces deux manifs, on pense aux événements de Tian An Men survenu pendant le tournage, on voit des étudiants devant un char d'assaut. Un autre attentat est commis dans la rue. Pas de bol, toute la marchandise des trois amis est détruite par la bombe.

Le lyrisme d’Une balle dans la tête passe par la nostalgie du pays natal pour les trois garçons coincés en pleine guerre dans un pays dont ils ne parlent pas la langue. Ils voulaient contrôler leur destin mais n’y parviennent pas. La nostalgie passe par le personnage de Sally Yan (Yolinda Yan), qui fût, jadis, vedette de la chanson à Hong Kong. Son regard triste n’exprime qu’une chose : espérer son retour dans la colonie britannique. Benny la remarque tout de suite, elle lui rappelle sans doute Jane laissée au pays.  Sally Yan chante des chansons mélancoliques dans le cabaret où on l’oblige à travailler.

Son bourreau est Leong (Lam Chung), caricature de parrain de triades au ricanement constant. Il est pourtant le point de chute des trois amis, leur contact pour « réussir ». C’est lui qui profite du chaos de la guerre pour se faire de l’argent. Il est de mèche avec les autorités. Il retient Sally en cachant son passeport. Il la soumet en la droguant. Le dernier personnage auquel les trois amis vont se raccrocher est Luke (Simon Yam) qui apparait comme un fantôme tout vêtu de blanc qu’il est. Il est l’antithèse de Leong, le sauveur de toutes les situations. Leong est un traitre, Luke un ange.

La guerre rend fou, le chaos change les hommes. Paul se démarque de ses deux amis en ne voulant qu’une chose : l’or qui appartient à Leong. L’amitié ne vaut rien face à de l’or. La traversée des champs de bataille permet à John Woo de rivaliser, avec beaucoup moins de moyens, avec Hollywood. Le film est un dépliage de Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino. Dans cette course folle en voiture au milieu des bombes qui tombent, des Vietnamiens qui fuient, l’incongruité de se trimballer avec un coffre plein d’or détonne.

La tension dans ces scènes de bataille se crée ainsi en opposant la violence des combats, filmés en alternant plans larges et gros plans, et l’angoisse qui se lit sur le visage de Paul, Benny, Frank, Luke et Sally. Puis, il s’accentue encore plus lorsque les Viêt-Cong (le film est violemment anti-communiste) obligent les soldats prisonniers puis Frank et Paul à abattre à bout portant d’autres prisonniers. La tension est à son comble quand Paul, tenant le coffre d’or dans une main, ne peut pas s’empêcher de ne vouloir sauver que sa peau et abandonner Frank, blessé, à son sort.

Les beaux visages des quatre acteurs n’en finissent pas de se tordre, au ralenti, sous la douleur à la fois physique et morale. John Woo leur demande d’hystériser leur interprétation, de hurler les dialogues, de crisper leur yeux. Il défigure la beauté de Tony Leung Chiu-wai, celle de Simon Yam ou Jacky Cheung, en les plongeant dans la boue, dans le sang, dans la sueur. Les corps sont épuisés, les visages remplis de cicatrices, leur jeunesse est perdue. Le spectateur est lui aussi épuisé par le sort qu’on leur fait subir sans ménagement. Une balle dans la tête est l’un des films les plus viscéraux et les plus sombres de John Woo.

Une balle dans la tête (Bullet in the head, 喋血街頭, Hong Kong, 1990) Un film de John Woo avec Tony Leung Chiu-wai, Jacky Cheung, Waise Lee, Simon Yam, Yolinda Yan, Lam Chung, Fennie Yuen, Chang Gan-wing, So Hang-suen, Pau Hei-ching, Cheung Chang, Siao San-yan, Yee Tin-hung, Pooi Wan, Tsui Kwong-lam, Lawrence Lau, To Wai-wo, Lam Chi-tai, Wan Seung-lam, Raymond Lee, Jameson Lam.

lundi 14 octobre 2013

I love Maria


Pendant la période de trois ans (septembre 1986 et octobre 1989) où Tsui Hark n’a réalisé (officiellement) aucun film pour se consacrer entièrement à la production au sein de la Film Workshop (une dizaine de films), on trouve I love Maria, parfois appelé Roboforce. A côté des prestigieux Syndicat du crime et Histoires de fantômes chinois, I love Maria fait figure de parent pauvre, comme si Tsui Hark, à l’instar de la Cinema City, cherchait à tourner des films à petit budget pour tester le public cantonais avec un film de robots.

Dans cette bizarrerie de science fiction, où il n’y a guère de science, Tsui Hark incarne Whisky (parce qu’il boit beaucoup dans les bars) et John Sham est Curly (parce qu’il a les cheveux bouclés). Ce dernier est un inventeur d’armes d’assaut qui essaye de vendre ses brevets sans grand succès, vu se tête d’hurluberlu. Ils ne sont pas amis et se rencontrent par hasard dans un bar où chacun est venu se souler pour oublier leur vie médiocre. C’est peu de dire que les deux hommes, également producteurs du film, ne font pas dans la dentelle dans leur interprétation.

Ils vont être confrontés à une bande d’apprentis maîtres du monde menée par Maria (Sally Yeh) et son frère (Ben Lam). Elle tient en otage des savants qu’elle n’hésite pas à tuer en cas de résistance, histoire de bien montrer combien la bande de méchants est impitoyable. Cela permet aussi de placer quelques scènes de violence dans le récit. Ils ont créé un robot géant nommé Pionneer I, de forme vaguement humaine dont chaque morceau est une arme. Le robot attaque Hong Kong laissant la police sans qu’elle ne puisse réagir.

Un deuxième robot, Pioneer II est en court de fabrication. Contrairement au précédent, il a une forme tout à fait humaine, et même féminine puisque que Sally Yeh joue ce robot sexy aux formes évocatrices de la créature de Metropolis de Fritz Lang. Curly reprogramme le robot pour qu’elle leur obéisse. La majorité des gags de I love Maria consiste à donner des ordres à Maria le robot, les deux hommes se disputant les faveurs de la créature de métal dont ils sont tombés amoureux.

Le film a un budget tellement minuscule, que plus de la moitié du film est tourné avec les trois personnages, Curly, Whisky et Maria le robot dans une maison en ruines, sans que l’on sache réellement la raison pour laquelle ils se sont réfugiés là. Les murs composés de briques en carton se détruisent très rapidement sous les corps des deux hommes qui se disputent, Maria traverse les plafonds. Les effets spéciaux, conçus par la Film Worshop et Tsui Hark, sont tous mécaniques (on voit parfois les fils tirer les pièces des robots) ou créés avec un simple montage d’images.

A cela il faut ajouter la présence d’un journaliste photographe interprété par Tony Leung Chiu-wai dans un de ses premiers rôles. Il passe son temps à faire tomber son appareil photo et se trouve bien maladroit. Le maître du gang des méchants est incarné par Lam Ching-ying. Il a la charge des scènes sérieuses d’action (mises en place par Ching Siu-tung) notamment contre Ben Lam devenu mégalomane qui veut prendre sa place. Le film peut parfois faire sourire compte tenu de ses incohérences scénaristiques, ses gags médiocres et ses combats bâclés. La plupart du temps I love Maria demeure un navet assez fastidieux et indigent.

I love Maria (鐵甲無敵瑪利亞, Hong Kong, 1988) Un film de David Chung avec Tsui Hark, John Sham, Sally Yeh, Tony Leung Chiu-wai, Lam Ching-ying, Paul Chun, Ben Lam.

mardi 8 octobre 2013

My lucky star


La malchance s’acharne sur Yip Ku-hung (Miriam Yeung) du soir au matin. Quand son réveil n’oublie pas de sonner, elle confond le dentifrice avec une crème pour la peau, quand elle n’arrive pas en retard au boulot, elle se fait voler ses affaires dans un taxi, quand elle ne se fait pas voler ses clients par sa collègue pimbêche, son patron la drague lourdement en la menaçant de la virer. Depuis toute petite, on la malmène, on profite de sa gentillesse, on ne veut pas être ami avec elle. On la surnomme la « Reine de la malchance ».

Pour contrer cette malchance, Hung est armée. Chaque matin, elle consulte son horoscope, touche des porte-bonheurs, fait des incantations. Rien ne marche vraiment et c’est pour cela qu’elle a décide de consulter le maître du feng-shui, Lai Lui-po (Tony Leung Chiu-wai). Ses livres, que Hung a tous lus, se vendent par milliers, il conseille de riches clientes qui parfois le draguent (Josie Ho qui tente sa chance mais Lai ne saisit pas la perche) et donne des cours de chance. Il est l’homme de la situation.

Problème pour Hung, sa malchance est un héritage. Dans une vie antérieure, que My lucky star montre longuement en ouverture dans une scène en costume, les ancêtres de Hung et Lai s’étaient rencontrés dessinaient les destins de leurs descendants. Trois générations plus tard, ils se retrouvent mais Lai a eu comme conseil de son grand-père de ne jamais faire affaire avec un Yip sous peine de malheur. Hung a beau changer son nom de famille, Lai se rend assez vite compte de sa nature et l’oblige à ne plus revenir le voir.

Elle s’incruste dans sa vie, l’oblige à lui donner des sorts pour l’aider. Le film développe, avec ironie et respect, toute une panoplie des croyances et superstitions issues de la culture populaire à Hong Kong. Voir les signes de la nature (les fleurs des pêchers, les poissons dans l’eau) comme comprendre l’œuvre de l’homme (les bâtiments de Hong Kong en forme d’animaux, les joueurs de mahjong en face d’un Bouddha géant) peut permettre de renverser le destin de Hung, mais toujours en faisant une offrande.

Comme il se doit, My lucky star va se diriger vers une romance entre Hung et Lai. Il éternue chaque fois qu’il la rencontre, signe tangible de sa malchance, elle commence à perdre le sourire. « J’étais malchanceuse mais heureuse, depuis que je vous ai rencontré, je ne suis plus heureuse », dit-elle. La vie amoureuse de Lai n’est pas plus envieuse. Tout à sa tâche, il n’a jamais eu le temps de tomber amoureux ni même de regarder une femme. Hung va le secourir car les opposés s’attirent. Le récit est certes cousu de fil blanc, on devine vite la fin heureuse.

Ce qui amuse le plus dans My lucky star, ce sont les seconds rôles. Vincent Kok est le patron polygame et inconscient de Hung. Les beaux-parents avares et acariâtres sont incarnés par Chapman To qui se rêve en vedette de hip hop cantonais et Teresa Carpio vêtue comme une poupée. Ils ont de leur côté Crab Duen (Ronald Cheng), ennemi de Lai, qui déchaine les fureurs du destin sur Hung. Dans de courtes apparitions de flics venus départager Lai et Duen, on croise Shawn Yue, Alex Fong Lik-sun, Cheung Tat-ming. Une joyeuse comédie du nouvel an lunaire.

My lucky star (行運超人, Hong Kong, 2003) Un film de Vincent Kok avec Tony Leung Chiu-wai, Miriam Yeung, Ronald Cheng, Chapman To, Teresa Carpio, Vincent Kok, Anya, Ken Wong, Ken Cheung, Alex Fong Chung-sun, Sammy Leung, Kitty Yuen, Shawn Yue, Cheung Tat-ming, Rain Li, Lee Lam-yan, Alex Fong Lik-sun, Josie Ho, Steven Fung.

samedi 21 septembre 2013

Nouveautés BlurayDisc chez Metropolitan HK Vidéo


Il n’est pas trop tard pour signaler la sortie chez Metropolitan Film & Video la sortie pendant l’été de quelques films en DVD et BluRay. Tout d’abord, c’était en août, l’édition du Grand magicien de Derek Yee, film en costumes avec Tony Leung Chiu-xai et Lau Ching-wan ayant pour cadre la magie au début du 20ème siècle. Sans atteindre la réussite de certains de ses films antérieurs, Derek Yee séduit grâce au charme de Tony Leung Chiu-wai et de l’actrice Zhou Xun (nommé comme meilleure actrice pour ce rôle au Hong Kong Film Awards 2012). Le film a également reçu les HK Film Awards pour les meilleurs décors, costumes.



Depuis quelques mois, Metropolitan HK Video ressort en BluRay ses classiques disponibles jusque là uniquement en DVD. Depuis mi-septembre, les aficionados peuvent redécouvrir les trois premiers épisodes de Il était une fois en Chine de Tsui Hark (soit Il était une fois en Chine, La Secte du Lotus blanc et Le Tournoi du lion). Le coffret est accompagné du documentaire Il était une fois Wong Fei-hung, déjà présent sur les dvd. Mais l’essentiel est de pouvoir voir, revoir et faire découvrir Jet Li et Tsui Hark dans le sommet de leurs œuvres.

lundi 29 juillet 2013

Don't fool me


Ils étaient amis au lycée et un jour, ils se retrouvent après des années sans s’êtres vus. Hero Wah (Andy Lau) n’a jamais eu de diplôme. Petite frappe qui vit grâce à ses poings qu’il utilise à escroquer de pauvres gens (dont le gentil Wong Yat-san alias la Tortue) pour le compte de Shing Fui-on, un sbire des triades. Cheung Ho-kit (Tony Leung Chiu-wai) est courtier en assurance et travaille pour une grosse entreprise. Kit fait comprendre à Wah que son boulot est bien plus compliqué que le sien tant il doit croiser des gens bizarres. Ils décident alors d’échanger leur poste pour faire le travail de l’autre.

Changement d’abord de tenue. Wah troque ses fringues décontractées pour un costume de bureau. Hero Wah rencontre Madame Mui (Teresa Mo), la stricte patronne de Kit. Elle impose une discipline à ses employés et Wah, qui fait exploser les règles, va séduire cette patronne coincée. Quant à Kit, il débarque sur une course illégale de voitures. Son costume cravate le fait immédiatement remarqué par tous, et surtout Fanny (Fennie Yuen), qui sur sa moto aide Kit à s’échapper quand la police débarque. Il découvre que Fanny est la fille d’un chef de gang (Michael Chan).

L’habit fait le moine et Fanny va relooker son nouveau protégé avec une veste en jean’s et du gel dans les cheveux. Une bonne partie de l’humour du film est autour de l’apparence des acteurs (« Madame Mui, comme Anita Mui », dit Wah à Kit), les coupes des acteurs (les cheveux bouclés ridicules de Teresa Mo et Anthony Wong) et les fringues tape-à-l’œil dont se moquent les personnages (le costume de Michael Chan), les différents costumes que porte Andy Lau pour son premier jour de travail : une veste violette, puis une tenue traditionnelle chinois et enfin une djellaba comme s’il était un cheikh arabe.

Le duo entre Tony Leung Chiu-wai et Andy Lau est finalement assez peu présent dans Don’t fool me. Les deux acteurs se rencontrent qu’en début et en fin de film, tout le reste est dévolu à leur romance respective car bien évidemment, les deux hommes vont se disputer avec leur petite copine avant la réconciliation finale. Car les deux gars vont s’améliorer au contact des femmes au caractère bien trempé. Le film d’Herman Yau est une comédie burlesque qui joue sur l’incompétence de chaque personnage dans un univers inconnu. En gros, les triades ce n’est pas si éloigné que ça du milieu des assurances. Les gags qui traversent Don’t fool me sont d’abord du comique de la situation d’échange des emplois.

Certains gags visuels illustrent l’idée non-sensique en vogue à cette époque : une confrontation entre Andy Lau et Anthony Wong au restaurant. Ce dernier jette au visage tous les ingrédients qui se trouvent sur sa table et Andy Lau les rattrape dans sa bouche. Vers la fin du film, les deux héros sont suspendus à une corde d’un immeuble d’où ils s’échappaient mais ils sont à 50 centimètres. La scène finale de prise d’otages qui tourne au grotesque avec la TV en direct. On sent que de nombreux jeux de mots existent dans les dialogues, pas forcément détectables grâce aux sous-titres. Du coup, Don’t fool me navigue suivant la qualité des gags entre le très nul et l’hilarant.

Don't fool me (
中環英雄, Hong Kong, 1991) Un film de Herman Yau avec Andy Lau, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Fennie Yuen, Michael Chan, Shing Fui-on, Anthony Wong, Charine Chan, Wong Yat-san, Jeffrey Lam, Chow Mei-yan, Lee Hoi-sang, Wong Chi-keung, Bruce Law.

jeudi 25 avril 2013

2046 + La Main (Eros)


En 2004, Wong Kar-wai tourne son film le plus long (2046, durée 133 minutes) et La Main (dure 39 minutes). Ce dernier sélectionné à la Mostra de Venise 2004 fait partie d’un film à sketches (Eros, sorti en salles en mais 2005). C’est Michelangelo Antonioni qui est à l’initiative d’Eros, coproduction européenne et qui souhaitait le cinéaste hongkongais travaille avec lui sur ce projet, car il est vrai que très superficiellement les deux cinéastes labourent le même sillon thématique. Le troisième cinéaste est Steven Soderbergh, sans doute choisi parce que le titre de son premier film est Sexe mensonges et vidéo.

Quant à 2046, sa légende a précédé sa découverte par le public. Sélectionné au Festival de Cannes avant même la première scène tournée (une sorte de commande de Gilles Jacob, Président du Festival), arrivé en avion quelques minutes sa projection officielle, les bobines étaient données directement par Wong Kar-wai au projectionniste. Et puis on a dit que le film n’était pas achevé d’être fini, que le montage sonore était inabouti, que le cinéaste a coupé beaucoup de scènes avec Maggie Cheung pour la sortie du film et qu’en conséquence l’actrice se serait fâchée à mort avec le cinéaste. Qu’on se souvienne que le film a été vendu comme une suite à In the mood for love.

Plus qu’une suite, 2046 est un démarquage du film précédent de Wong Kar-wai, une sorte de palimpseste où les personnages seraient les mêmes avec des situations et des lieux assez proches mais tout serait différent. Ainsi M. Chow (Tont Leung Chiu-wai) est bien à Hong Kong en 1966, il est effectivement écrivain et il cherche une chambre où se loger. Il est cette fois célibataire. L’une des scènes d’ouverture située en 1964 à Singapour le montre en pleine rupture. Il se souvient de la chambre 2046 qu’il veut louer, elle n’est pas libre. Le propriétaire de l’hôtel doit la faire nettoyer, une femme vient d’y mourir (est-ce le personnage de Madame Chan qu’incarnait Maggie Cheung ?). On lui propose la chambre 2047 d’où il pourra observer tout ce qui se passe et raconter en voix off tout cela au spectateur.

Ce qu’il se passe, c’est la routine du cinéma de Wong Kar-wai. Puisqu’il n’y a pas Maggie Cheung, le spectateur a droit à un défilé de jeunes actrices qui portent le même genre de robes moulantes sur la musique de Peer Raben (ainsi que sur d’autres morceaux). Le hasard a toujours été la marotte de Wong Kar-wai. Le personnage de Chow rencontre donc des femmes au hasard ou restera avec elle si le destin en décide (la scène des cartes en ouverture). On y voit quelques bribes de vie un peu triste où les femmes demeurent les objets de convoitise des hommes. Les scènes au ralenti semblent également choisies au hasard. Bien plus présentes que dans In the mood for love, le ralenti n’accentue ici jamais les moments de grâce que vivaient les deux amoureux.

Le film s’embourbe vite dans une parodie du style de Wong Kar-wai, ou comme on dirait poliment « Wong Kar-wai fait du Wong Kar-wai ». Tony Leung Chiu-wai a beau sourire, les duos avec les autres actrices tournent à vide. Et puis dans 2046, le vrai souci reste cette partie futuriste, peu présente (à peine un quart du film) mais d’une rare laideur visuelle où les effets spéciaux font rire, où le rouge des décors et les talons hauts lumineux doivent créer de l’érotisme. Cette partie futuriste, c’est le roman de science fiction que M. Chow est censé écrire inspiré par les personnes rencontrées dans l’hôtel. 2046, c’est aussi la date où Hong Kong cessera d’être autonome et sera englouti par Pékin. Mais de cela, il ne sera jamais question.



Dans La Main, Mademoiselle Hua (Gong Li) est une cocotte, une femme entretenue, qui aime les robes par dessus tout. Son tailleur favori envoie un jour son commis (Chang Chen) qui tombe immédiatement amoureux de cette femme. Dès leur première rencontre, une fois que l’amant de Hua est parti et que la bonne a fait rentré le commis, la femme fatale lui fait baisser son pantalon et son slip et le masturbe, comme pour prendre possession du jeune homme qui deviendra son livreur attitré tout autant que son amoureux transi et secret. Leur liaison platonique dure des années, mais bientôt, elle manque d’argent car elle est rejetée par ses amants fortunés. Mais le commis continue de lui fournir ses robes avec ce regard de Chang Chen d’un grand désespoir, sauvant la plupart des scènes face au cabotinage de Gong Li qui se la joue tragédie grecque.

Le court-métrage de Wong Kar-wai se déroule dans deux lieux : l’atelier de couture où les ouvriers sont tous en débardeur, en sueur, dans le bruit des machines à coudre, le décor est vide, les pièces sont petites et la promiscuité est grande ; l’appartement de mademoiselle Hua est vaste, décoré avec goût (comme dans 2046, on retrouve l’attrait de Wong Kar-wai pour les couleurs vert et ocre), elle vit seule. Quand le commis doit aller chez elle, il passe du débardeur au costume chic, l’escalier qui mène chez elle fait office de préliminaire. Puis, il écoute les disputes entre Hua et son amant, espérant un jour se trouver dans cette pièce où il pourra l’aimer. La Main poursuit la thématique du cinéaste des amours inachevées mais impossibles sans que son film n’apporte une nouvelle pierre à l’édifice de son œuvre.

2046 (Hong Kong – France, 2004) Un film de Wong Kar-wai avec Tony Leung Chiu-wai, Zhang Ziyi, Faye Wong, Kimura Takuya, Gong Li, Carina Lau, Siu Ping-lam, Chang Chen,

Eros - La Main (The Hand, France – Luxembourg – Italie, 2004) Un film de Wong Kar-wai avec Gong Li, Chang Chen, Tien Feng, Chan Chun-luk, Chow Kin-kwan.

vendredi 19 avril 2013

In the mood for love


Un décor, deux personnages, il ne faut guère plus d’éléments à Wong Kar-wai pour concevoir l’univers de In the mood for love. Elle s’appelle Madame Chan (Maggie Cheung), il se nomme Monsieur Chow (Tony Leung Chiu-wai). On ne connaitra jamais leurs prénoms, ils seront toujours appelés ainsi. En cette année 1962 à Hong Kong, ils louent avec leur mari et femme respectifs dans deux appartements mitoyens. Ils vont faire connaissance lors de leur emménagement. Les livreurs se trompent constamment dans les paquets, déposant certains chez l’un et d’autre chez l’autre. Monsieur Chow en profitera pour ramener l’un de ces paquets échangés à Madame Chan et se parler pour la première fois après s’être déjà regardé. Très vite, Monsieur Chan et Madame Chow vont quitter le récit, on ne verra jamais leurs visages, tout juste entend-on leur voix quand chacun d’eux annonce son retard après le travail, un séjour au Japon. Ils ne sont plus dans leur appartement, et cette absence est la première raison du rapprochement entre Madame Chan et Monsieur Chow.

L’adultère est dans l’air du temps. M. Ho (Lai Chen), le patron de Madame Chan – elle travaille comme secrétaire dans une compagne de transports maritimes – lui demande d’appeler son épouse pour annoncer son retard et voir Mlle. Yu sa maîtresse. De son côté, Monsieur Chow – lui est auteur de feuilletons dans un journal – a un ami Ping (Siu Ping-lam) qui vient régulièrement lui taper un peu d’argent pour se payer une prostituée. Madame Chan et Monsieur Chow se croise dans les couloirs menant à leur appartement, dans l’escalier du restaurateur. Elle préfère s’acheter quelques nouilles qu’elle mettra dans son thermos plutôt que de se faire inviter par Madame Suen (Rebecca Pan), l’encombrante et indiscrète propriétaire du lieu qui passe ses soirées à jouer au mah-jong avec les voisins, dont Monsieur Koo (Chan Man-lei), propriétaire de l’appartement de Monsieur Chow. Ama (Mama Hung), la vieille bonne de Mme. Suen n’est pas en reste pour fourrer son nez dans les affaires des autres. Le paroxysme sera atteint au milieu du film dans la chambre de Monsieur Chow où se trouve Madame Chan qui ne peut pas sortir de peur du qu’en dira-t-on. In the mood for love montre un Hong Kong étriqué, vivant dans la promiscuité et paradoxalement, comme dans Nos années sauvages, les rues sont toujours vides.

Comme le dit Chow, il faut « maitriser ses sentiments », d’autant qu’il reste persuadé que Madame Chan ne quittera pas son époux pour lui. Malgré le constat qu’ils font, Monsieur Chan est devenu l’amant de Madame Chow. Ils s’en sont aperçus parce que l’une porte le même sac à main que Madame Chan et que l’autre revêt la même cravate que Monsieur Chow. Des cadeaux d’amants similaires aux cadeaux des époux. Les tenues des personnages ont encore plus d’importance que les décors, somme toute assez simple, Wong Kar-wai et son chef décorateur refusant de tomber dans le décorum et la naphtaline facile de la recréation des années 1960. Finis les slips et les marcels blancs de Leslie Cheung et Tony Leung Chiu-wai dans Happy together. Ce dernier est désormais constamment en costumes et cravate. Le personnage de Maggie Cheung porte toute une collection de robes parfaitement ajustées à sa taille et aux couleurs et motifs variés. C’est bien simple, elle change de robe à chaque séquence. L’érotisation de son corps passe par ses robes. Jamais les deux amants putatifs n’enlèveront le moindre vêtement. Ils se toucheront à peine, n’échangeront aucun baiser, toujours dans cette volonté de maîtriser ses sentiments. L’érotisation atteint son comble dans les quelques ralentis où se dandine l’actrice tenant son thermos.

En parlant de maîtrise justement, In the mood for love apparait comme l’aboutissement de la mise en scène de Wong Kar-wai. Il pratique avec ce film le retranchement, moins de personnages, moins de décors, moins de récit. Ses scènes sont très courtes, finissant souvent (au moins dans la première partie) par des fondus au noir. Il ne subsiste que des bribes de dialogues entre Madame Chan et Monsieur Chow. Les scènes sont scandées par la musique lancinante de Michael Galasso et les mélancoliques chansons en espagnol de Nat King Cole. Comme dans ses films précédents, le désir d’évasion hante les personnages. L’évasion d’abord immobile avec la tentation de l’adultère puis le départ de Monsieur Chow, dans la deuxième partie, pour Singapour et ensuite le Cambodge, le départ pour les Etats-Unis de Madame Suen, les produits inédits ramenés du Japon par Monsieur Chan. Paradoxalement, cette évasion ne fait qu’accentuer le sur-place sentimental du personnage de Tony keung Chiu-wai. Or cet aboutissement dans l’œuvre du cinéaste est aussi sa limite, comme s’il était devenu avec 2046 et plus encore dans My blueberry nights incapable de recréer la magie hypnotique de In the mood for love, dont le succès critique et public a été phénoménal, plaçant jusqu’à aujourd’hui Maggie Cheung et Tony Leung Chiu-wai au firmament des stars glamour et sexy.

In the mood for love (花樣年華, Hong Kong, 2000) Un film de Wong Kar-wai avec Maggie Cheung, Tony Leung Chiu-wai, Rebecca Pan, Siu Ping-lam, Lai Chen, Chan Man-lei, Mama Hung, Roy Cheung.

mercredi 17 avril 2013

The Grandmaster


Le kung-fu, c’est horizontal et vertical affirme Ip Man (Tony Leung Chiu-wai) en ouverture et en clôture de The Grandmaster. Le combattant vertical est le vainqueur, l’homme horizontal est le vaincu. Pour sa première incartade dans les années 1930, Wong Kar-wai place le héros chinois face à des compétiteurs adeptes des arts martiaux issus du nord de la Chine. Ip Man pratique le wing chun, combat du sud. Ce dernier parle cantonais quand tous ses adversaires parlent mandarin. Son hôte, maître Gong (Wang Qingxiang) lui présente les meilleurs représentants des boxes du nord pour une démonstration. Il s’agit d’abord de montrer les différentes techniques que le cinéaste filme avec application, les positions des pieds prêts à toucher l’adversaire, les placements des mains, les regards face au combattant. Puis, les coups partent dans une chorégraphie sèche de Yuen Woo-ping, ultra découpée mais parfois plaisante. La pluie et la neige sont esthétisées à leur maximum.

Ip Man est fasciné par la savoir de Gong Er (Zhang Ziyi), la fille de maître Gong qui est son héritière en kung-fu et qui connait les 64 techniques de son école. Face aux trois mouvements du wing chun, cela fait beaucoup. Là, Wong Kar-wai pointe toutes les divisions de la Chine de cette période, divisions à la fois culturelles, d’abord celles de la langue, mais aussi celles des écoles qui n’ont pas réussi à se moderniser et qui risquent de s’éteindre (ce sera le cas dans The Grandmaster pour la technique des Gong). Wong Kar-wai souligne que l’art martial d’Ip Man est vertical et celui des Gong est horizontal, l’un va survivre à son concepteur, l’autre mourir avec elle. Les événements de l’époque (le film se déroule sur vingt ans), guerre contre le Japon puis invasion, révolution communiste, exil d’Ip Man à Hong Kong sont chacun évoqués rapidement et ponctués par une photographie qui clôt chaque chapitre.

Plus encore que dans ses films précédents, les rapports entre Ip Man (qui est marié et père) et Gong Er s’apparentent à une romance qui sera vouée à l’échec. Cette romance, si elle existe, est à peine évoquée, le cinéaste laisse le spectateur libre de choisir s’ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Le personnage de Gong Er vient au premier plan dans une bonne partie de The Grandmaster, qui s’avère être le personnage moteur du film,  notamment dans son affrontement avec Ma Sam (Zhang Zin) qui se prétend l’héritier de son père mais qui a collaboré avec les Japonais et est considéré comme un traitre. Gong Er va chercher à se venger de lui. Cette dernière se voue entièrement au kung-fu, abandonnant en coupant ses cheveux à vivre sa vie de femme (et donc, éventuellement, son affection pour Ip Man). Elle rencontre également Yi Xiantian (Chang Chen), personnage trouble qu’elle aide à échapper à la police. Ce personnage, mal défini et superflu, marque le premier écueil du film.

L’autre écueil de The Grandmaster vient de sa grande mollesse formelle comme si, après sa rude épreuve de My blueberry nights (éprouvante pour les spectateurs), il s’était contenté de filmer des tunnels de dialogues remplis d’aphorisme sur le kung-fu, la vie et la Chine ponctués de quelques combats vifs mais à la mise en scène chaotique. L’autre écueil vient du choix de la musique bien moins enthousiasmante que d’habitude et qui gâche parfois la scène. Pour tout dire, jamais l’émotion des moments dramatiques ne parvient à s’épanouir. Qui plus est, l’abus des ralentis finit vite par lasser. Des ralentis partout, dans les combats certes et c’est plutôt joli, mais aussi dans les déplacements des personnages pour appuyer les mouvements des acteurs, mais également dans de nombreuses autres scènes sans que cela apparaisse comme justifié. Le film se termine presque de manière comique (rencontre avec Bruce Lee, puis Ip Man qui s’adresse avec un sourire au spectateur).

On a beaucoup lit, ici ou là, que Wong Kar-wai avait préparé son film depuis des années. On remarquera que le nombre d’années change suivant l’article de presse que l’on lit, entre dix et six ans (soit depuis son dernier film). La sortie du film est bien entendu considérée comme un événement parce que le cinéaste a été tant adulé qu’il est impossible qu’il ne représente pas aujourd’hui le cinéma de Hong Kong. Il faut rappeler que le dernier film hongkongais à être sorti est La Vie sans principe de Johnnie To, sorti en juillet 2012. Prudemment, peu de critiques n’ont osé comparer The Grandmaster avec Ip Man et Ip Man 2 de Wilson Yip ni avec The Legend is born Ip Man d’Herman Yau. La différence profonde avec The Grandmaster peut se résumer dans l’absence de l’insupportable nationalisme des autres films sur Ip Man. Et c’est déjà ça mais c'est pas suffisant pour faire de The Grandmaster un meilleur film.

The Grandmaster (一代宗師, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Wong Kar-wai avec Tony Leung Chiu-wai, Zhang Ziyi, Chang Chen, Wang Qingxiang, Song Hye-kyo, Zhang Zin, Yuen Woo-ping, Lau Shun, Bruce Leung, Julian Cheung.

vendredi 12 avril 2013

Les Cendres du temps


Unique wu xia pian de Wong Kar-wai, Les Cendres du temps possède l'un des castings les plus impressionnants du cinéma de Hong Kong des années 1990 : Leslie Cheung, Jacky Cheung, Tony Leung Chiu-wai, Tony Leung Ka-fai (car pourquoi n'avoir qu'un Tony Leung quand on peut en avoir deux) pour les acteurs, Maggie Cheung, Charlie Young, Carina Lau et Brigitte Lin pour les actrices. Cette dernière prendra sa retraite de cinéma après ses deux films avec Wong Kar-wai. Le budget était l'un des plus importants de tous les temps, le tournage a duré deux ans, période au milieu de laquelle il a tourné Chungking Express, pour se reposer de la lourdeur du tournage des Cendres du temps. A sa sortie, le film est souvent jugé incompréhensible, ce qui peut se comprendre, il a été accusé d'avoir trahi les personnages littéraires créés par Jin Yong dont s'est inspiré, mais le plus souvent le film a été admiré et comparé à Sergio Leone. Les Cendres du temps a ensuite été entièrement remonté par Wong Kar-wai, la musique a été un peu modifiée, Brigitte Lin a retrouvé sa voix originale en mandarin (elle parlait cantonais en 1994 et le doublage était affreux). C'est cette version appelée « redux » et sortie en mai 2008 dont je vais parler.

La Chine représentée dans le film n'est pas celle mise en valeur les années précédentes dans d'autres films inspirés de Jin Yong : pas de beaux costumes, pas de belles demeures, pas de sabres rutilants. La beauté cinégénique, l’ultra capacité à divertir ou le charme des Swordsman, d'Evil cult ou des Royal tramp, tous adaptés de récits de Jin Yong, est à l'opposée de celle des Cendres du temps. C'est à The Blade, sorti un an plus tard, que le film ressemble le plus. Leslie Cheung est Feng, vit seul au beau du désert chinois. Il est habillé de haillons, ses cheveux et sa barbe sont hirsutes et gras, sa demeure est délabrée. Feng est à la fois narrateur (voix off régulière sur un ton monocorde) et personnage autour duquel tous les autres protagonistes tournent. Le film égraine les saisons : printemps puis été jusqu'à un deuxième printemps. Le sable est là, immuable, constant, de couleur ocre. Toutes les scènes du film se dérouleront en plein jour, la lumière intense du soleil sera transformée avec des filtres jaunes (à l'extérieur) et en filtres verts (à l'intérieur). Au cours des cinq saisons les personnages se succéderont pour rencontrer Feng.

Chacun cherche un sabreur pour éliminer un adversaire, pour assouvir une vengeance, pour soulager un amour déçu. Raconter le film comme si tout était narré par Wong Kar-wai de manière linéaire ne correspondrait pas à ce que le spectateur découvre à la vision des Cendres du temps. Mais disons que Yang (Brigitte Lin) qui veut se venger de Yaoshi (Tony Leung Ka-fai) qui s'est promis à Yin (Brigitte Lin, dans un double rôle androgyne). Yaoshi, qui a quitté son épouse (Carina Lau) vient rendre visite chaque printemps à son ami Feng et boit avec lui un peu d’alcool pour oublier sa vie. Un sabreur aveugle (Tony Leung Chiu-wai) vient se battre contre les voleurs de chevaux qui passent régulièrement par là. Lui aussi a été amoureux du personnage de Carina Lau. Une jeune femme (Charlie Young) propose des œufs à Feng. Qi (Jacky Cheung) vient achever l’œuvre entreprise par le sabreur aveugle et a abandonné son épouse (Bai Li). Enfin, Maggie Cheung incarne l’ancienne amoureuse de Feng, mais qui épousé son frère. Certains meurent, certains disparaissent, certains traversent les saisons. Chaque personnage est représenté par un objet, la cage à oiseau de Brigitte Lin, le panier d’œufs de Charlie Young, les chaussures de Jacky Cheung, le foulard de Tony Leung Ka-fai.

Les bribes de scénario, constituées essentiellement de dialogues banals, que filme Wong Kar-wai ne sont rien à côté du morcellement des images concoctées par le toujours fidèle chef opérateur Christopher Doyle. Tous deux expérimentent en triturant les images, poussent le montage à créer des faux raccords (sans que cela ne soit vraiment gênant), produisent des images hypnotiques avec les jeux de la lumière. Le plus frappant est le jeu avec la cage à oiseau qui tourne autour de Brigitte Lin et Leslie Cheung, projetant sur leurs visages des rayons de lumière. Les gros plans en abondance continuent de perdre le regard du spectateur sur les objets comme sur les visages. La décomposition des séquences de combat chorégraphiées par Sammo Hung, séquences filmées au ralenti, crée un flux d’images courtes où la violence le dispute à la poésie. Les Cendres du temps est un film qui ne ressemble à aucun autre, c’est un film jusqu’au-boutiste et assez schizophrène dans sa manière de vouloir offrir au spectateur un wu xia pian classique en n’en respectant aucune des règles auxquelles le public s’attendait : Wong Kar-wai brûlait le cinéma de sabres et en a filmé les cendres.

Les Cendres du temps (Ashes of time, 東邪西毒, Hong Kong, 1994) Un film de Wong Kar-wai avec Leslie Cheung, Tony Leung Ka-fai, Brigitte Lin, Tony Leung Chiu-wai, Maggie Cheung, Jacky Cheung, Carina Lau, Charlie Young, Bai Li.

samedi 6 avril 2013

Nos années sauvages


Finalement, raconter l’histoire de Nos années sauvages est assez simple. York (Leslie Cheung), un jeune homme sûr de son pouvoir de séduction drague Chun (Maggie Cheung), une jeune femme réservée qui lui résiste. York rencontre Mimi (Carina Lau), une chanteuse de cabaret au caractère opposé à Chun. Ils couchent ensemble. Chun en est jalouse et va espionner York. Un flic en patrouille (Andy Lau) la remarque et va discuter avec elle. Le meilleur ami de York (Jacky Cheung) est en admiration devant lui et cherche à imiter tous ces gestes de séduction, en espérant draguer des filles. Enfin, la mère de York (Rebecca Pan) lui donne, après des années, le nom de sa vraie mère qui vit aux Philippines. C’est une ancienne prostituée qui entretient un jeune gigolo. York va s’y rendre et y rencontrer le flic qui a décidé de s’engager dans la Marine. Tout ce passe en 1960 à Hong Kong dans un quartier populaire.

Evidemment, raconter comme ça le film n’indique en rien du style du deuxième film de Wong Kar-wai. Nos années sauvages a l’apparence d’un mélodrame amoureux contrarié et le cinéaste déstructure son récit en supprimant les liaisons entre les séquences et dans une même séquence entre les scènes. L’exemple le plus frappant est dans l’ouverture du film. York se rend au guichet que tien Chun pour acheter un soda. La première scène est complète, il commande sa boisson, elle lui donne le tarif, il paie, il lui dit que cette nuit elle rêvera de lui, il lui demande son nom puis s’en va. Cette scène initiale est répétée plusieurs fois et chaque fois, un élément est supprimé pour n’arriver qu’à York qui arrive. Retrancher pour arriver à son objectif : montrer l’arrivée de la fascination de Chun pour cet homme mystérieux. Les plans sur l’horloge fixent le rendez-vous quotidien et son tic-tac qui se fait entendre sur toutes ces scènes crée une continuité paradoxale.

Wong Kar-wai n’hésite pas à abandonner un duo de personnages pendant de longues minutes pour se consacrer à un autre duo : Leslie/Maggie puis Leslie/Carina suivi de Maggie/Andy puis Leslie/Rebecca suivi de Jacky/Carina pour finir avec Leslie/Andy. Ce parti pris formel reflète le choc émotionnel dans lesquels vivent les personnages. Andy et Leslie ont des problèmes relationnels avec leur mère, le flic attend qu’elle meure pour partir loin de Hong Kong, York souffre du manque d’affection de Rebecca, sa mère adoptive. Maggie est une exilée qui vient de Macao, la froideur de Leslie la rend triste et amère. Jacky, l’ami de Leslie, ne vit que dans le modèle dégénéré de son mentor. Jamais il n’arrivera à l’égaler. Carina est un personnage toujours proche de la crise. Là aussi les discussions entre les personnages restent en creux comme pour ne pas à donner trop de psychologie. Ce sont les objets qui caractérisent le mieux les personnages de Nos années sauvages : le peigne de Leslie, sa voiture rutilante que Jacky s’accapare pour draguer (en vain), les boucles d’oreille que vole Carina, les vieux disques qui servent de fon sonore et les robes colorées de Rebecca et Carina.

Ce traitement du scénario crée une grande mélancolie qui est accentuée par les choix des décors. Pendant toute la première heure, on a l’impression que Hong Kong est une ville vidée de ses habitants. Les rares scènes d’extérieur se déroulent de nuit, dans des rues vides et sous la pluie (les longues discussions entre Andy et Maggie lors de leurs promenades). Les intérieurs (le lieu de travail de Maggie, l’appartement de Leslie) finissent par devenir étouffant et trop petits pour les personnages qui ne cessent de se disputer. Les murs sont décrépis, sales et verdâtres. Pour échapper à cette asphyxie, les deux hommes vont quitter leur pays. La dernière demi-heure se déroule aux Philippines. Là-bas, la vie ne sera pas meilleure malgré l’espace plus important (la forêt découverte dans le générique d’ouverture, le restaurant où ils vont se battre). Ils sont pris au piège d’un destin qu’ils ne contrôlent pas et qui les broie. Certes, le film n’est pas dépourvu d’afféteries, le cinéaste cherchait encore la ligne forte de son style qui tranchait singulièrement avec les autres productions hongkongaises de l’époque. Le film se termine par une courte apparition de Tony Leung Chiu-wai qui s’habille dans une caravane. Déconnectée du reste du récit, ce personnage était prévu pour lancer une suite immédiate à Nos années sauvages. Elle ne sera jamais tournée.

Nos années sauvages (Days of being wild, 阿飛正傳, Hong Kong, 1990) Un film de Wong Kar-wai avec Leslie Cheung, Andy Lau, Maggie Cheung, Carina Lau, Jacky Cheung, Rebecca Pan, Tony Leung Chiu-wai.

mercredi 6 février 2013

The Silent war


En 1949, le morse était le moyen le plus sûr et discret d’envoyer des messages secrets. Dans cette période de transition et de troubles entre communistes et nationalistes, il fallait pouvoir communiquer sans se faire prendre par l’ennemi. Zhang Xuening (Zhou Xun) fait partie de l’unité 701 du gouvernement. C’est une espionne qui cherche à traquer les ennemis invisibles. The Silent war s’ouvre d’ailleurs sur une de ses missions où, par la ruse, elle enlève un homme en feignant de tuer Guo (Wang Xuebing). Ce derniers est son supérieur hiérarchique et, une fois rétabli, il l’envoie chercher des hommes capables de repérer les signaux des messages en morse, silencieux à une oreille normale mais audible pour des personnes plus sensibles.

Qui entend mieux qu’un aveugle ? Personne, pense  Zhang Xuening qui tombe dans une salle de concert sur Bing (Tony Leung Chiu-wai), l’accordeur de piano. Elle était venu recruter le pianiste mais c’est son employé qu’elle embauche après avoir vu combien ses capacités sont grandes : le mari de la maîtresse du pianiste débarque avec ses sbires et Bing l’avait entendu avant de le voir. Elle comprend qu’il est un homme d’action. Zhang amène son protégé dans un lieu tenu secret. Enlevant ses lunettes noires, on découvre ses yeux morts qui la fixent. Cela dérange la jeune femme mais on sent bien qu’elle commence déjà à tomber sous le charme. Bien entendu, Bing ne remarque pas les regards qu’elle lui porte mais il les sent.

L’entente entre eux deux est parfaite mais elle doit convaincre Guo de la valeur de son protégé. Toute une série de tests est mise en œuvre où Bing, unique aveugle au milieu de voyant portant un bandeau, entend les sons en basse fréquence, amène Zhang dans une autre pièce et savoure dans un grand sourire sa victoire. Cette partie, plutôt amusante, permet de découvrir un monde du contre-espionnage avec ses émetteurs radio, ses chambres de silence et ses bandes de papier recouvertes de trous. La formation au morse de Bing est montrée en détail. Or, si Guo doute de Bing, ça n’est pas seulement à cause de son assurance, c’est parce qu’il est illettré. Ainsi, il ne comprend pas ce qu’il tape mais retransmet tous les messages qui permettent de traquer les ennemis (c’est-à-dire les nationalistes et les anti-Mao).

Ces ennemis, Bing finira par les entendre dans la chambre capitonnée et silencieuse. Ils sont au nombre de six. Avec des images en surimpression et floutées artistiquement comme pour appuyer le mystère, Bing détermine précisément qui sont ces gens, comment ils tapent sur le poussoir (gaucher, droitier, vite lentement), s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Ces images mentales typiques des personnages qui savent tout avant tout le monde est plaisante, dans une volonté de marquer le caractère énigmatique de la mission. Bing devient la vedette de l’unité 701, acclamé et applaudi. La traque se précise, Zhang Xuening va maintenant s’infiltrer dans ce milieu en se faisant passer pour une femme d’affaires. Après la réflexion de Bing, l’action pour Zhang, la tête et les jambes. Là, le récit se fait un peu moins passionnant, devient plus transparent. Jamais le scénario ne jouera sur une éventuelle rivalité entre Zhang, Bing et Guo, tout concentré dans sa volonté, franchement lassante, de montrer l’unité pour sauver la patrie de ses traites.

Le film est très inégal dans sa narration abordant quelques pistes scénaristiques confuses. Il refuse d’établir une liaison entre Bing et Zhang Xuening mais fait intervenir un autre personnage féminin au milieu du film. Shen Jing (Mavis Fan) est une collègue qui décrypte les messages codés de l’ennemi. Seulement voilà, son père est exilé à Taïwan et est proche du pouvoir nationaliste. Les éventuels soupçons de trahison tombent en quelques lignes de dialogue : la jeune femme assure l’unité des deux Chine. Shen Jing tombe amoureuse de Bing. Ils se marient. Son personnage n’aura guère plus grande envergure. Le récit a alors l’idée malheureuse de faire recouvrer la vue à Bing par une opération chirurgicale. Cousue de fil blanc, cette ouverture scénaristique fait que Bing n’arrive plus à entendre les sons bas. The Silent war est un peu long (119 minutes) et le scénario est parfois incohérent mais parvient constamment à créer des coups de théâtre dignes d’un film d’espionnage qui se respecte.

The Silent war (聽風者, Hong Kong – Chine, 2012) Un film d’Alan Mak et Felix Chong avec Tony Leung Chiu-wai, Zhou Xun, Mavis Fan, Wang Xue-bing, Carrie Ng, Gan Ting-ting, Bai Ru, Dong Yong.