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jeudi 9 janvier 2014

Le Petit revenant


Johnnie To et les fantômes, c’est une longue histoire qui a commencé en 1986 avec Happy ghost III, s’est poursuivi avec Le Petit revenant (les deux films sont produits par l’inénarrable Raymond Wong Bak-ming) puis a continué avec Wai Ka-fai (My left eye sees ghosts en 2002 et Mad detective en 2007). Le fantôme ici est un enfant, le petit Bobo (Cheng Pak-lam), habillé avec son uniforme de base-ball. En début de film, ses parents – fortunés – quittent leur immense demeure par désespoir d’avoir perdu leur fils. Ce dernier pouvant les voir mais ne parvenant pas à se faire voir.

Le but du film de Johnnie To est donc de faire en sorte que Bobo puisse se réincarner pour enfin avoir une nouvelle belle vie. Qui va l’aider ? King (Tony Leung Chiu-wai) et Meng (Kent Cheng), préposés aux parcmètres, célibataires et passionnés d’électronique. Ce qui veut dire en gros que les deux collègues vont découvrir l’existence de ce petit revenant grâce à la tentative de séduction qu’ils exercent sur Mona (Sonia Su) et sa cousine (Kingdom Yuen). Les deux femmes se trouvent être les cousines du petit Bobo.

Johnnie To cherche à produire un film de fantômes non pas tourné vers le passé, avec des revenants qui se déplacent en sautillant, avec des talismans que les vivants apposent sur le front des fantômes pour se protéger. Le cinéaste s’éloigne de la mode de l’époque des fantômes pour faire de l’électronique le moyen de pénétrer dans le royaume des morts. Le professeur Lion Head (John Shum), savant un peu fou va aider le quatuor à communiquer avec Bobo. Les lieux où vivent les défunts anticipent les bas-fonds des deux Heroic trio, lumière bleue et grands mouvements de caméra (le film a été co-réalisé officieusement par Ching Siu-tung).

A vrai dire, le scénario du Petit revenant n’a aucune importance, les personnages ne font que des allers et retours entre les mondes de vivants et des morts. Ici, le méchant ultime du film est Cheap Chan (Anthony Wong). L’acteur joue un cousin du petit Bobo, un homme maléfique  qui a enlevé le gamin contre une rançon caché dans une peluche. Sauf que le gamin a été étouffé par toutes ses peluches et qu’il est mort. Anthony Wong excellait dans ces rôles de taré. Pour camper ce cousin dégénéré, il postillonne à chaque mot et avale goulument sa salive avec un grand « slurp » chaque fois qu’il a commis un acte répréhensible.

Du coup, chacune des apparitions de l’acteur est attendue avec une certaine impatience, d’autant que les personnages des gentils ne sont pas forcément intéressants. Tony Leung Chiu-wai doit ainsi se contenter de jouer un joli jeune homme bien propre sur lui et qui n’attend que l’amour. On lui demande de sourire gentiment. L’acteur ne jouera plus jamais dans un film de Johnnie To. De plus, les romances plaquées sur son personnage avec Sonia Su sont fades. Le Petit revenant est ainsi constitué de deux films, l’un gentil et sans saveur, l’autre pervers où le méchant se permet les pires horreurs. C’est ce côté que Johnnie To développera dans ses films suivants, notamment avec Anthony Wong.

Le Petit revenant (Lucky encounter, 踢到寶, Hong Kong, 1992) Un film de Johnnie To avec Tony Leung Chiu-wai, Kent Cheng, Cheng Pak-lam, Anthony Wong, Sonia Su, Kingdom Yuen, John Shum, Wong Yat-fei, Sylvia Chang.

lundi 6 janvier 2014

The Royal Scoundrel


Dans ses premiers films d’apprentissage, Johnnie To a fait beaucoup de choses et notamment donner dand le buddy movies policier et comique très à la mode en ce début des années 1990. Le duo de The Royal scoundrel est composé de Beach Boy (Tony Leung Chiu-wai), beau gosse sûr de lui, les lunettes de soleil toujours vissées sur le nez et de Chow (Ng Man-tat), père de famille très nombreuses puisqu’il a sept enfants. L’acteur à moustache avait alors déjà commencé son duo comique avec Stephen Chow sur un mode quasi similaire.

Beach Boy et Chow sont policiers et en train de faire une planque. Ils sont cachés dans les égouts de Hong Kong et observent depuis une fausse boîte aux lettres. Les usagers continuent de poster du courrier là que Chow s’amuse à lire pour passer le temps tandis que Beach Boy remarque une jeune femme dans un magasin. Elle s’appelle Yuk (Wu Chien-lien) et elle est maltraitée par son oncle. Le jeune flic ne rêve que de pouvoir délivrer la jeune femme de son bourreau, il en est déjà amoureux.

Le premier tiers du film montre les deux flics dans leur travail de flic peu gratifiant. Ils ont un chef compréhensif (Wong Tin-lam, déjà, mais qui ne jouait pas encore les parrains pour Johnnie To) mais qui vont devoir travailler avec un nouveau patron, Lee Man (Waise Lee) qui n’accepte pas aussi bien que son prédécesseur l’incompétence et la maladresse des deux flics, motifs principaux du comique de situation que déploie le film. On les suit aussi dans leur vie privée notamment celle de Chow qui a sept enfants bien encombrants.

Puis le film développe deux pistes de récit. La première est celle d’une romance entre Yuk et Beach Boy. Il sauve, tel un prince charmant, cette Cendrillon des temps modernes des griffes de l’homme qui l’exploitait. Elle s’installe chez lui, se montre très serviable, lui apporte ses pantoufles dès qu’il revient du travail. Là, Beach Boy ne se rend plus compte que, lui aussi, exploite la jeune femme qui va devoir se révolter contre ce macho et lui donne une bonne leçon avant de finalement tomber amoureux l’un de l’autre.

Le deuxième développement est autour du nouveau chef des flics. Lee Man a un caractère strict dans la ligne des films de flic de l’époque. La confrontation avec les deux traine-savates crée d’abord du comique (les caractères sont très opposés et la mise au pas ne se fait pas aussi vite que prévue) puis de la tension avec l’arrivée dans le scénario des triades et de la corruption du flic. Dans tous les cas de figure, peu de moments de The Royal scoundrel ne convainquent tout à fait, le scénario est bancal, les duos mal assortis et le comique souvent plat.

The Royal Scoundrel (沙灘仔與周師奶, Hong Kong, 1990) Un film de Johnnie To avec Tony Leung Chiu-wai, Ng Man-tat, Wu Chien-lien, Waise Lee, Wong Yat-fei, Wong Ting-lam.

lundi 7 octobre 2013

Blind detective


C’est le grand retour du duo Sammi Cheng et Andy Lau sous la caméra de Johnnie To et Wai Ka-fai (ici uniquement scénariste). Après la timidité maladive dans Needing you, l’obésité dans Love on a diet et la leucémie dans Yesterday once more, le quatuor explore dans Blind detective la cécité  accidentelle de son personnage masculin principal, Johnston incarné par Andy Lau. Ancien policier, il a perdu la vue quatre ans auparavant lors d’une enquête. Depuis, il est chasseur de primes, tentant d’arrêter, avant la police, des personnes criminelles recherchées.

Le film commence ainsi, par une filature de Johnston dans la rue. Il a développé son odorat et suit un homme qui attaque la population à l’acide chlorhydrique. De loin, son ancien partenaire, Szeto Fatbo (Guo Tao) surveille l’affaire. Il a envoyé Ho (Sammi Cheng), une femme policier, acheter de quoi manger pendant la planque mais quand Szeto aperçoit Johnston dans la rue, il la charge de le suivre. Elle va se retrouver avec le chasseur de primes en haut d’un immeuble en train d’empêcher l’attentat d’être commis.

Le film est basé sur leurs relations de travail et n’envisage pas, dans presque toute sa durée, de romance entre Ho et Johnston. Elle l’engage parce qu’elle a entendu parler de lui et qu’elle admire ses résultats. Ho cherche à savoir ce qu’est devenue Minnie, une adolescente qu’elle voyait souvent devant chez elle et qui a disparu du jour au lendemain. Johnston accepte cette affaire en lui faisant passer des tests : elle pourra courir pour poursuivre suspects récalcitrants, elle lui servira de guide en étant ses yeux.

Les méthodes d’investigation de Johnston sont peu orthodoxes, Ho va vite se rendre compte de ses excentricités qui sont autant de gags burlesques. Il ne réfléchit qu’en mangeant fréquentant autant de restaurants qu’il y a d’avancées dans l’enquête qu’il mène. Quand il consulte dossiers que lui confie son ancien partenaire, le premier suspect interrogé se trouve toujours à côté d’un bon restaurant. Il a une passion pour les tripes qu’il mange avec un plaisir sans fin, se léchant les babines avec un grand sourire. Il parle très fort, s’énerve souvent et se montre inflexible dans ses directives.

Johnston initie Ho à ses curieuses reconstitutions des scènes de crime. Il joue tout ce qui a pu se passer, laissant libre court à son imagination débridée. Wai Ka-fai, scénariste ne se prive pas pour faire de ses reconstituions macabres des moments comiques irrésistibles. Pour le détective aveugle, il s’agit de mettre en scène les meurtres. Il connait le début et la fin des situations entre la victime et le suspect, Johnston se charge de recréer le milieu. Chacun prenant un rôle, recevant des coups de marteau sur la tête, étranglant un cou. Les personnages du passé se mettent à discuter avec Ho et Johnston dans des flashbacks imaginaires.

Seulement voilà, Ho est suffisamment maline pour comprendre que le détective aveugle ne l’aide pas vraiment dans la recherche de Minnie. En effet, il profite des yeux et des jambes de la policière pour travailler quelques cas irrésolus (immense second rôle de Lam Suet en joueur dans un casino de Macao que Ho tente d’énerver pour lui tendre un piège mais qui kidnappe Johnston). Chaque fois, Johnston ment allégrement en affirmant que l’enquête en cours a un rapport avec celle de Minnie. Il devra se résoudre à aider Ho.

Les deux protagonistes de Blind detective ont surtout à réconcilier avec leur passé. Ho cherche à retrouver Minnie qui a disparu en 1997. Elle culpabilise de n’avoir pas répondu à son appel tandis qu’elle était dans la rue en train de se taillader le bras. Johnston cherche à rentrer en contact avec Ding-ding (Gao Yuan-yuan) qu’il aimait avant de devenir aveugle, une jeune et belle professeur de danse qu’il regardait avec Szeto quand il faisait une pause pour manger des tripes. Il cherche à rattraper un passé qui se trouvera être une impasse pour lui.

C’est peu de dire que ce nouveau film de Johnnie To est un plaisir de spectateur, que le scénario de Wai Ka-fai et Yau Nai-hoi amène son lot de rebondissements, d’action, et d’humour liant chaque récit du passé avec la situation actuelle de Ho et Johnston. Il est plus accompli que Mad detective, auquel on pense souvent, tout en étant aussi foutraque. Blind detective n’est pas sans défaut et se force un peu à créer une histoire d’amour entre Ho et Johnston dans la toute dernière partie du film, mais en ces temps de disette dans le cinéma de Hong Kong, il est tellement rare de voir un film aussi maîtrisé qu’il serait inconvenant de faire la fine bouche.

Blind detective (盲探, Hong Kong, 2013) Un film de Johnnie To avec Andy Lau, Sammi Cheng, Guo Tao, Gao Yuan-yuan, Lo Hoi-pang, Bonnie Wong, Lam Suet, Patrick Keung, Zi Yi, Lang Yue-ting, Eileen Yeow.

samedi 31 août 2013

The Bare-footed kid


Entre The Heroic trio et The Mad monk, Johnnie To a tourné, pour la Shaw Brothers, The Bare-footed kid. Le rôle titre, Feng-yao est tenu par Aaron Kwok alors en pleine conquête du cinéma cantonais. Jeune orphelin qui débarque en ville sans le sou et sans chaussure. Il a faim mais n’a pas de quoi acheter à manger. Une belle jeune femme, Miss Ho (Maggie Cheung), immédiatement magnifiée par Johnnie To au milieu de tous les pouilleux qui grouillent dans le village, lui donne deux galettes pour son repas. Son bonté est également montrée quand elle donne des pièces à des pauvres qui empêchent un palanquin de mariage de passer. Miss Ho aime résoudre les problèmes.

Feng-yao n’a qu’une adresse, celle du tisserand des Quatre Saisons. Il l’ignore encore mais la Miss Ho en est la patronne. Les ouvriers travaillent gaiement, ils sont bien payés et font du bon travail. Duan (Ti Lung) est le gérant de l’affaire. Il cache un lourd secret. Avant de devenir tisserand, il était un général rebelle. Il connaissait le père de Feng-yao avec lequel il a fomenté un complot. Désormais en exil, Duan décide d’engager l’orphelin et Miss Ho lui offre l’un des objets qu’il espérait : une paire de chaussures. Feng-yao n’est désormais plus pieds nus et peut enfin manger à sa faim. Duan a gardé pour le jeune homme l’arme fétiche de son défunt père.

Feng-yao est pauvre mais il est aussi illettré. Ne sachant même pas écrire son nom, il rencontre Hua Xiao-lien (Jacklynn Wu) qui enseigne l’écriture aux enfants. Elle est la fille du professeur Hua (Paul Chun), un homme de sagesse. Mais sa fille est moins sage. D’abord vue déguisée en homme pour regarder des estampes érotiques chez un forain, elle se moque ensuite de Feng-yao en lui donnant un papier où elle aurait écrit son nom. En fait, il s’agit du mot « abruti » qu’il parvient à reproduire sous les ricanements. Consciente de la peine causée, elle l’aidera honnêtement et une romance s’esquisse entre Xiao-lien et Feng-yao.

Le scénario de The Bare-footed kid ne s’embarrasse pas avec le manichéisme. Le bien est du côté des Quatre Saisons, le mal est à chercher chez les Fileurs du Dragon, dirigé par Ke Hu Pu (Kenneth Tsang) qui n’a d’autre but dans la vie que de posséder le monopole du marché du tissu. Il veut acheter les Quatre Saisons et tous les moyens sont bons pour lui. Quand Yuan Tien-yu (Eddie Cheung), un nouveau magistrat arrive dans la ville, Ke Hu Du fait tout pour qu’il ne voie pas la corruption qui règne (il supprime les témoins) ou les jeux de hasard qu’il gère malgré l’interdiction. Toute l’échoppe de Miss Ho est brûlée et Feng-yao va la venger en se battant contre les hommes de Ke Hu Pu.

Feng-yao est chassé des Quatre Saisons et devient boxeur pour Ke Hu Du. Seule sa naïveté autorise ce changement de camp, ainsi que l’appât du gain. Ke Hu Du veut en faire son chef de la garde devant sa grande force. Feng-yao est content d’avoir de nouvelles chaussures mais il préfère se battre pieds-nus, laissant l’empreinte de ses pieds poussiéreux sur les visages de ses adversaires. C’est Liu Chia-liang qui chorégraphie des combats virevoltants et tout à fait dans le style de cette époque, montage très rapide, champ-contrechamp sur les coups de poing donnés puis reçus, corps qui tombent violemment en cassant les chaises. Le scénario est plein de rebondissements et de coups de théâtre, loin de la finesse des films suivants de Johnnie To.

The Bare-footed kid (赤腳小子, Hong Kong, 1993) Un film de Johnnie To avec Aaron Kwok, Maggie Cheung, Ti Lung, Jacklynn Wu, Paul Chun, Eddie Cheung, Kenneth Tsang

mardi 9 juillet 2013

Drug war


Un car qui transporte des passagers aux estomacs remplis de boulettes de drogue. Un camion qui passe de l’amphétamine. Un trafiquant qui perd le contrôle de sa voiture et s’écrase dans un magasin. L’ouverture de Drug war, premier polar de Johnnie To (produit et co-écrit par Wai Ka-fai) tourné entièrement en Chine, va droit au but. La drogue cherche par tous les moyens à traverser la frontière pour se répandre dans la République populaire. Dans le même mouvement, le cinéaste hongkongais apporte son savoir faire et son ambiance unique en Chine en traversant la frontière entre les deux pays. La question immédiate que l’on se pose : Drug war parviendra-t-il à abolir les limites de la censure chinoise en parlant de drogue, de policiers et de mafia, sujets ultra sensibles ?

Ce trafiquant, bave aux lèvres et couverts d’ecchymoses est Timmy Choi (Louis Koo). Son laboratoire clandestin, situé au beau milieu de la campagne chinoise, a explosé, tuant sa femme et deux de ses hommes. Son accident de voiture, filmé par les nombreuses caméras de surveillance, l’a conduit à un hôpital. Là, il doit faire face aux interrogatoires du lieutenant Zhang (Sun Honglei), chargé de la répression du trafic de drogues et de sa fidèle assistante Xiaobei (Crystal Huang). Il se tait d’abord. Son téléphone n’arrête pas de sonner et de délivrer des messages codés. Or Timmy risque la peine de mort et préfèrera collaborer avec la police pour réduire sa peine. Ensemble, ils vont partir en mission : démanteler le réseau que Timmy a lui-même mis en place.

Timmy va mettre en scène Zhang qui va se faire passer pour Chang devant le bien nommé Haha (Hao Ping). Chang (Tan Kai) est l’homme de main de l’oncle Bill (Li Zhenqi), qui doit acheter de l’héroïne pour la vendre en Corée et au Japon. D'abord trouver le costume de mafieux à Zhang. Puis, choisir le décor : un hôtel de luxe. Haha passe son temps à rire très fort et Chang a, au contraire, un visage impavide. La rencontre s'improvise comme une répétition de la scène qu’il faudra ensuite à nouveau interpréter. Zhang incarne cette fois Haha devant Chang et Xiaobei sera la petite amie frivole de Haha. Zhang doit jouer deux rôles opposés, se rappeler de chaque détail de ses personnages tout en surveillant Timmy qui, lui-même, le guide. Le public ne sera pas seulement constitué des spectateurs du film mais aussi de tous les policiers qui surveillent par caméra la chambre d’hôtel.

La tension, amplifiée par la superbe musique de Xavier Jamaux, est subtilement portée à son paroxysme. Il faut avouer que Johnnie To prend un malin plaisir à faire s’échanger les rôles à ses personnages et à créer des méandres qui menacent chaque fois de perdre le fil du récit. On retrouve les deux conducteurs du camion d’amphétamines, deux abrutis finis qui se sont servis dans la cargaison que Timmy va copieusement rosser. On découvre un deuxième laboratoire tenu par des muets qui se révèlent être de furieux manipulateurs de fusils en abattant la moitié des hommes de Zhang. Séquence magnifique de brutalité où les visages des deux muets (Guo tao et Li Jing) passent de la jovialité lors de leur retrouvaille avec Timmy (la célébration de la mort de son épouse où de vrais billets sont brûlés) à la fureur sourde. Chaque fois, Timmy garde la main sur le récit, Zhang n'est qu'une marionnette bien qu'il croit être le meneur de jeu.

Les personnages interprétés par les acteurs de Hong Kong sont tous de trafiquants de drogue. Outre Timmy (Louis Koo est remarquable, portant constamment un sparadrap sur le visage), plusieurs fidèles de Johnnie To et de la Milkyway sont de la partie : l’inévitable Lam Suet qui marmonne des mots en anglais, Lam Ka-tung et Michelle Ye en Bonnie et Clyde, Eddie Cheung, entre autres. Ils forment les bras droits de Timmy qui doivent organiser le trafic. Ils n’arrivent que dans le dernier tiers de Drug war mais leur partition, l’attention que leur porte le cinéaste et le caractère pince sans rire de leur personnage (un humour glacial est constant dans le film) les rend plus vivants que tous les policiers chinois. C’est là sans doute qu’est le plus grand pied de nez de Johnnie To : remplir son contrat de faire un film contre la drogue tout en égratignant la raideur de la justice et de la police de la Chine et en s’offrant le luxer de filmer l’un des plus beaux gunfights finaux vus depuis bien longtemps.

Drug war (毒戰, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Johnnie To avec Louis Koo, Sun Honglei, Crystal Huang, Hao Ping, Gan Ting-ting, Michelle Ye, Lam Suet, Wallace Chung, Gao Yun-xiang, Xiao Cong, Li Guang-jie, Yin Zhu-sheng, Lo Hoi-pang, Eddie Cheung, Lam Ka-tung, Wang Bao-qiang, Guo Tao, Cheng Tai-shen, Li Jing, Hai Qing, Tan Kai.

jeudi 4 juillet 2013

Sorties à Hong Kong (juillet 2013) Blind detective

Blind detective (盲探, Hong Kong, 2013)
Un film de Johnnie To avec Andy Lau, Sammi Cheng, Guo Tao, Gao Yuan-yuan, Lo Hoi-pang, Bonnie Wong, Lam Suet, Patrick Keung, Zi Yi, Lang Yue-ting, Eileen Yeow. 130 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 4 juillet 2013.




jeudi 18 avril 2013

Sorties à Hong Kong (avril 2013) Drug war


Drug war (毒戰, Hong Kong – Chine, 2013) 
Un film de Johnnie To avec Louis Koo, Sun Hong-lei, Crystal Huang, Michelle Ye, Lam Suet, Wallace Chung, Gan Ting-ting, Gao Yun-xiang, Xiao Cong, Li Guang-jie, Yin Zhu-sheng, Lo Hoi-pang, Eddie Cheung, Lam Ka-tung, Wang Bao-qiang, Guo Tao, Cheng Tai-shen, Li Jing, Hai Qing, Patrick Keung, Tan Kai, Alex Fong Lik-sun. 105 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 18 avril 2013.

vendredi 4 janvier 2013

Beyond hypothermia


Pas de passé, pas de photos, pas d’identité, pas d’amis. La vie de la tueuse à gages qu’interprète Ng Sin-lin est vide, triste et sans but. Elle ne sourit jamais, s’habille en noir et passe son temps à accomplir des missions : assassiner les personnes dont sa commanditaire, Miss May (Shirley Wong) lui donne le nom. Elle peut passer des heures dans une chambre froide avec comme seuls compagnons des blocs de glace pour attendre sa proie, comme lors de cette mission en Malaisie où elle tue un grand patron lors d’une réception au restaurant. Puis, elle s’en va, sans rien dire (les dix premières minutes sont sans dialogue), détruit son passeport et attend son prochain job.

Une fois rentrée dans son modeste appartement, elle se retrouve seule et observe aux jumelles son voisin, un jeune restaurateur. Long (Lau Ching-wan) est tout l’inverse de la tueuse. Charmant, jovial, serviable, il vend des nouilles avec le sourire et parfois les offre au clochard qui traine près de son restaurant. Alors qu’il s’apprête à fermer, elle arrive et demande un bol de nouilles. Il l’accueille volontiers, lui dit quelques mots, elle ne répond pas et part, comme à son habitude sans bruit, en laissant de quoi payer la note. Lui est un ancien membre de triades qui a un jour décidé de tout abandonner et de changer de vie. Quelques uns de ses vieux comparses viennent l’embêter prétendant le protéger. Il refuse de les payer et les fait partir.

Il décide de lui apprendre la vie. Il veut savoir son nom, elle ne lui donne pas. Elle ne le connait pas. Elle sait seulement qu’elle vient du Cambodge et qu’elle a été adoptée par Miss May. Chaque soir, Long attend la demoiselle, lui prépare des petits plats et lui propose ensuite une attraction pour lui redonner le sourire. Il installe sur la terrasse une balançoire, dans son garage une machine à barbe à papa, un soir de pluie torrentielle, il sort un bateau gonflable pour naviguer sur les flots. Une romance commence à s’installer, en tout cas la confiance gagne la fille. De manière un peu schématique, Beyond hypothermia montre leur opposition, elle est froide, glaciale (la première séquence de planque), lui est chaud (il allume son feu pour cuire ses nouilles quand elle arrive). Ils vont devoir s’apprivoiser et c’est sous la pluie, la plupart du temps, qu’ils vont s’approcher, se toucher et se réchauffer l’un l’autre.

Quand Long ne voit pas arriver sa cliente préférée, c’est qu’elle est en mission. Là, la partie polar de cette production typique de Johnnie To reprend la main. Miss May l’envoie en Corée pour assassiner un homme. Elle réussit sa mission mais le fils du défunt, Jing (Han Jae-suk) décide de se venger. Il comprend assez vite que la tueuse est de Hong Kong et s’y rend pour la tuer. Par un concours de circonstance, il engage Miss May pour retrouver la tueuse. Elle refuse car elle affirme ne jamais travailler dans son propre pays. En effet, on a bien vu que les missions ont toujours eu lieu à l’étranger. Jing la convainc avec violence (il lui tranche un doigt) et beaucoup d’argent à la clé. Miss May comprend que sa tueuse a rencontré un homme et la gronde vertement. Contre la révélation de son nom, la tueuse fera cette mission qui sera sa dernière.

L’affrontement entre Jing et la tueuse, qui a désormais un nom Cheng, est le morceau de bravoure de Beyond hypothermia. Il se déroule en deux temps. D’abord dans un restaurant où les deux ennemis se rendent, l’un face à l’autre mais dans deux coins opposés. La salle se vide peu à peu de ses clients. La tension est créée par l’attente du premier coup de feu, lequel va tirer en premier, les regards cherchent à se croiser dans un flottement de l’action particulièrement efficace qui sera la marque de fabrique de la Milkyway. Puis, le gunfight se déroule de nuit en extérieur avec tous les protagonistes du film qui tombent les uns après les autres comme des mouches. Déjà à l’époque c’était un film très sombre porté par Lau Ching-wan impérial, il reste malgré les quelques clichés amoureux encore puissamment prenant.

Beyond hypothermia (攝氏32度, Hong Kong, 1996) Un film de Patrick Leung avec Lau Ching-wan, Ng Sin-lin, Han Jae-suk, Shirley Wong, Cheung Chung-kei, Cheung Kam-bon, Hau Ang.

lundi 10 septembre 2012

Motorway


La base de Motorway repose sur le duo entre Lo (Anthony Wong) et Cheung (Shawn Yue), co-équipiers de la « brigade invisible » qui patrouillent, en voiture banalisée, dans les rues de Kowloon Est pour contrôler les excès de vitesse. Un boulot pas franchement passionnant pour aucun des deux. Cheung, le plus jeune, est bridé dans son envie d’aller poursuivre les contrevenants en allant à toute allure avec la pauvre voiture de police. Lo n’attend qu’une chose : enfin prendre sa retraite et passer du temps avec son épouse. On est donc dans un buddy movie policier classique produit par Johnnie To, via la MilkyWay Image, avec des caractères, des méthodes et des aspirations différentes.

Après une chasse un peu dangereuse, Cheung se voit interdire par son chef (Lam Ka-tung) de conduire et doit maintenant travailler derrière un radar, au grand contentement de son collègue qui peut manger tranquillement ses nouilles. Cette tranquillité sera de courte durée quand une voiture vient le narguer. Le bolide est conduit par Jian (Guo Xiao-dong), un chinois (il parle mandarin) qui prépare un casse avec Wong (Li Hai-tao), un de ses compatriotes. L’un conduira la voiture, l’autre ira dérober un diamant brut. Evidemment, on ne peut pas s’empêcher de penser à Drive, mais Motorway est rarement comparable avec le film de Nicolas Winding Refn.

Les préparatifs du cambriolage constituent une partie importante du film. Tout est d’abord mystérieux, car inexpliqué, avec l’objectif simple de laisser le spectateur dans l’expectative, mais avec néanmoins une longueur d’avance sur les policiers. Jian repère sur un plan les rues dans lesquelles il va circuler pour semer les flics. Il choisit des rues biscornues, aux angles anguleux où un mauvais conducteur sera coincé, puis il crée un événement pour que son véhicule soit disponible lors de l’évasion de Wong qui est en prison. Cette manière de décrire par le menu un plan si élaboré est jouissive pour le spectateur. L’évasion a lieu, Jian s’est fait arrêté par Lo et Cheung, il peut maintenant libérer son complice.

Quant à Cheung, il prépare une voiture plus rapide pour pallier la lenteur des véhicules de la police. Dans une scène, il montre sa précision en draguant une belle femme (Barbie Hsu), dans une séquence amusante. Les personnages féminins sont tous au second plan. Barbie Hsu a de belles scènes en tant que potentielle petite amie que Cheung n’arrive pas à séduire, comme cette partie de billard pour échanger les numéros de téléphone. Josie Ho incarne la chef de la police qui dirige l’opération pour arrêter Jian et Wong, quand les éléments de l’enquête sont assez fiables. Son personnage autoritaire est un peu ingrat. Enfin, Michele Ye est la femme de Lo. Aimante, elle apporte à son mari de quoi manger un soir de planque, et patiente, elle attend qu’il prenne sa retraite.

Pour Soi Cheang, il s’agit de trouver aussi de nouvelles manières de filmer une course poursuite sans lasser le spectateur. Contrairement au spécialiste du genre, Ringo Lam (les courses poursuite dans Full alert sont une référence majeure et des séquences inégalées en termes de mise en scène), elles sont tournées dans des autoroutes pratiquement vides le jour (personne ne conduit donc en journée ?) et peu de monde la nuit (idem). Passé cet écueil, les scènes sont vives, les plans variés (la caméra change de cadre souvent, elle est même parfois placée en plongée accrochée au capot avant), le tout filmé dans un clair obscur somptueux. La musique de Xavier Jamaux et Alex Gopher, quasi minimaliste, permet aux courses poursuite de ne pas tomber dans l’excès de précipitations.

Mais je reviens sur les rapports entre Lo et Cheung. L’une des idées du film consiste à développer leurs relations dans un schéma dramaturgique qui rappelle les récits d’apprentissage de certains classiques du wu xia pian. En trois moments. Le premier, Cheung est un jeune arrogant, chien fou qui n’écoute aucun conseil. Sa première chasse contre Jian se solde par un échec où il s’est mis en danger. Deuxième moment, il apprend que Lo a été jadis un habile conducteur et qu’il a déjà arrêté le méchant Jian. Il connait donc le méchant, ses forces et faiblesses. Il va enseigner son savoir afin de mener sa quête à bien. Troisième et dernier moment, Cheung est désormais formé, le disciple a bien appris auprès du sifu. Lors de la dernière course poursuite, il se rappellera les judicieux conseils (voix off  d'Anthony Wong). C’est souvent dans les plus vieux pots qu’on fait les meilleures plats.

Motorway (車手, Chine, 2012) Un film de Soi Cheang avec Shawn Yue, Anthony Wong, Guo Xiao-dong, Michelle Ye, Lam Ka-tung, Barbie Hsu, Li Guang-jie, Josie Ho, Li Hai-tao.

mercredi 18 juillet 2012

Sortie en France de La Vie sans principe


Absent des écrans français depuis Vengeance, Johnnie To retrouve le public français avec La Vie sans principe. Entre les deux films, il a tourné Don’t go breaking my heart  et depuis Romancing in thin air. La sortie de ce film du cinéaste est une bonne nouvelle pour les spectateurs même s’il ne va sans doute pas être facile de trouver une salle : le film sort sur une vingtaine de copies. Il faut espérer qu’il tournera dans les cinémas et il faut surtout souhaiter que le DCP (copie numérique) sera de bonne qualité (le distributeur est Films sans frontières, société malheureusement connue pour la piètre qualité du compressage de ses DVD – voir Raining in the mountain de King Hu et pleurer).

On le sait, le cinéma de Hong Kong va très mal. Il sort de moins en moins de films là-bas et, évidemment, de moins en moins de films hongkongais sortent en France. En tout cas, en salles. Les derniers films sortis sont Detective Dee de Tsui Hark (en avril 2011) et True legend de Yuen Woo-ping (en septembre 2011), tous deux des coproductions chinoises. Donc, pour l’instant, il faut se réjouir d’admirer, sur grand écran, le génie de Lau Ching-wan et de comprendre – comme il tente de l’expliquer à un journaliste du Monde – qu’il n’est pas qu’un réalisateur de polar. Loin de là.

lundi 9 juillet 2012

Lifeline



Bienvenue à la caserne de pompiers du quartier de Tsi Wan Shan commue à Hong Kong pour être la plus malchanceuse du territoire. On découvre ainsi que toute l’équipe a été victime d’une intoxication alimentaire. On apprend que les soldats du feu ne connaissent pas vraiment leur matériel. Finalement on se rend compte de leur incompétence chronique. Raymond Cheung Man-kit (Alex Fong Chung-sun) le nouveau capitaine est là pour remettre de l’ordre dans cette caserne. C’est un homme à la solide réputation, comme on dit sévère mais juste. Le film montre la vie quotidienne dans cette unité de manière documentaire, caméra portée à l’épaule au plus près des acteurs quand ils partent en mission, enregistrant le jargon propre au métier. Puis, il s’agit de faire de la fiction.

La première partie de Lifeline présente les personnages principaux. Raymond est un homme strict, au visage fermé. Son épouse a immigré depuis des années aux Etats-Unis (le film se situe clairement dans cette idée de l’angoisse de la rétrocession) et elle revient à Hong Kong avec leur fille Sandy qui, parce qu’elle n’a jamais vécu à Hong Kong, ne parle qu’anglais. Si l’épouse revient, c’est parce qu’un mal la ronge (elle est alcoolo). Les rapports ne sont pas faciles entre eux deux faisant progresser le film vers le mélo, comme d’ailleurs dans tous les rapports entre les différents protagonistes à l’exception du jeune pompier Ho-yin (Raymond Wong Ho-yin), nouveau dans la caserner et plein d’espoirs qui apparait en début du film sous un mode comique. Il invite son vieux père à venir préparer un repas sain pour ses collègues. Son personnage sera un peu sacrifié.

Lo Ka-wai (Ruby Wong) est l’unique femme pompier de la station mais Johnnie To et son scénariste attitré Yau Nai-hoi ne s’appesantissent pas sur les différences de sexe. Ka-wai a des soucis avec son mari (Dang Chi-fung) avec qui elle refuse d’avoir des rapports sexuels pour ne pas tomber enceinte. Elle aime son métier mais doit subir la tradition sociale qu’une femme, avant son travail, est une mère. Enfin, Yau Sui (Lau Ching-wan), le héros de Lifeline est une tête brûlée, un soldat du feu qui reste persuadé qu’il faut sauver des vies au mépris du danger. Il va d’ailleurs à l’encontre de ses supérieurs et surtout de Raymond, ce qui n’est pas sans causer quelques tensions entre eux. Yau Sui tombe amoureux de Annie Chan (Carman Lee), la médecin qui a soigné la brigade après leur intoxication. Elle déprime parce que son copain flirte avec d’autres filles. Elle menace de sauter de son balcon et Yau Sui va la sauver. Malgré son air rugueux d’ours mal léché, elle tombe amoureuse de lui assurant au film un trio de couples en crise.

Voilà pour la partie romance nécessaire puisque c’est un film Shaw Brothers. A ce stade de sa carrière, Johnnie To n’est pas encore indépendant. Ses scénarios sont encore très conformistes, balisés par des effets scénaristiques un peu grossiers. Il est possible cependant de sentir les prémisses de ce qu’il fera plus tard dans la partie finale quand la brigade est envoyée, malgré son incompétence, aider à circonscrire un important incendie dans une usine. Là, scénaristiquement le film se contente de montrer comment l’équipe se soude, comment elle doit faire face aux moqueries et sauver deux personnes. Dans cette partie, Johnnie To joue aussi sur le suspense simple autour du danger qu’encourent les pompiers avec lesquels le spectateur a désormais de la sympathie. Visuellement, ce finale de Lifeline est l’ébauche de l’abstraction telle que Johnnie To la pratique dans ses polars avec son apogée dans Exilé. Filmé dans l’obscurité, il insère son cadre d’éléments qui sature la vision du plan détournant ainsi l’idée de film d’action, de suspense et de tension, comme dans The Mission, Exilé ou Sparrow, il cherche à travailler sur le sur-place des personnages, sur la répétition des gestes et la poétique du mouvement.

Lifeline (十萬火急, Hong Kong, 1997) Un film de Johnnie To avec Lau Ching-wan, Alex Fong Chung-sun, Carman Lee, Damian Lau, Ruby Wong, Raymond Wong Ho-yin, Chan Man-lei, Yuen Bun, Lam Suet, Kenneth Chan, Dang Chi-fung, Yeow Ying-ying, Annabelle Lau, Yuen Ling-to.

jeudi 12 avril 2012

Romancing in thin air


Tout comme Louis Koo, le personnage de Michael Lau qu’il interprète est un acteur à succès connu de tous et qui enchaine les films. Michael Lau est aussi reconnu par ses pairs puisqu’il reçoit dans la scène d’ouverture de Romancing in thin air, le Hong Kong Film Award du meilleur acteur. Il faut voir ici l’ironie de la situation sachant que Louis Koo, malgré ses rôles marquants (au hasard Election 2 et Run papa run) est, chaque année, le grand oublié des nominés pour la précieuse statuette. Lors de cette cérémonie, Michael demande sa partenaire à l’écran, Ding Yuan-yuan (Gao Yuan-yuan) en mariage. C’est très mignon, mais le jour du mariage, patatras, un homme surgit de la foule et se présente comme le vrai fiancé. Mariage annulé, Michael plonge dans la déprime et disparait.

Il fuit Hong Kong, ses mondanités et sa vie trépidante pour l’inconnu. En l’occurrence, il boit beaucoup, s’est laissé pousser la barbe et atterrit dans l’hôtel que tient Sau (Sammi Cheng). Là haut, la vie y est bien différente, c’est en haute montagne (on y parle de Shangri-la), la vie est rythmé par les travaux quotidiens et l’air y est très rare. L’arrivée de Michael ne se fait pas sans heurts. Beauty (Sun Jia-yi) et Teeny (Yeung Yik), les deux employées de Sau reconnaissent immédiatement la star et se prennent en photo avec lui. La médecin (Tien Niu) fait de même. La situation dramatique se transforme en moment comique : il est dans le coma éthylique et les trois femmes se comportent comme des gamines, obligées avec force moues boudeuses d’effacer les photos prises sur leurs portables.

Toute la première partie du film est sur un ton léger. Michael boit et fait des bêtises. Sous l’emprise de l’alcool et parce qu’il se croit tout permis (oui, c’est une star à qui on passait tous les caprices), il emprunte le camion de Sau et provoque un accident. Le camion est embourbé et c’est toute la petite communauté qui doit aider à sortir le véhicule de la boue. Plus tard, il se rend avec la mobylette chez le curé pour prendre tout le vin de messe, mais après avoir bu une bouteille entière, il a un autre accident. Sau ne perd pas patience, pas plus que ses deux employées qui sont sous le charme de l’acteur (scène hilarante où il lui suffit de toucher les filles pour qu’elles succombent à son charme). Bientôt, l’alcool manquera et Michael devra aider aux travaux et, enfin, devenir sage.

Avec l’arrêt de l’ivresse, c’est la réalité qui prend le dessus. Et la romance aussi. Johnnie To est ici très loin des polars qui ont fait sa réputation mais en réunissant dix ans après le duo de Love for all seasons dans une situation quasi similaire avec des personnages très opposés, il sait que le spectateur attend une fin heureuse avec des chemins juchés d’obstacles. La deuxième partie est consacrée au passé de Sua. Il décrit année après année son histoire avec cet hôtel. La première partie du film évoquait le personnage de Tian (Li Guang-jie), le mari de Sua, sans qu’on ne le voit jamais, mais chaque objet le rappelle. Le piano dont les notes Do Ré Mi ne fonctionnent pas, le camion que casse Michael. Et surtout la pièce secrète de Sua où sont gardées un grand nombre d’objets vouant un culte à Michael Lau. Sua étant la fan de l’acteur N°33. Il s’était persuadé qu’elle ne le connaissait pas. C’était l’exact opposé.

Le personnage de Tian est pour Sua est une douleur. Puisque Romancing in thin air (dont le titre rappelle furieusement le mélo A moment of romance III), est une comédie romantique, Tian sera un homme disparu en forêt depuis sept ans. Sua attend encore son retour. Le spectateur est prié de croire sans sourciller que Tian s’est perdu six ans dans une forêt très très très dense. Il lui faudra beaucoup de temps pour oublier son époux et pour aimer Michael qui lui semble tomber amoureux au premier regard, mais cela on l’avait compris qu’il a un cœur d’artichaut. Sua a beau se refuser à lui, ne pas se coiffer, feindre l’indifférence, elle devra faire son deuil et l’aimer. Ce sont les règles du cinéma et Michael Lau va faire un film de l’histoire de Tian et Sua (c’est pour cela que le titre du film de Johnnie To et Wai Ka-fai apparait comme une suite). Ce sont les parties légères et humoristiques plutôt que la romance lacrymale qui sont dans Romancing in thin air qui sont les plus réussies.

Romancing in thin air (高海拔之戀II, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Johnnie To avec Louis Koo, Sammi Cheng, Sun Jia-yi, Yeung Yik, Li Gunag-jie, Tien Niu, Fu Chuen-kit, Crystal Huang, Gao Yuan-yuan, Wang Bao-qiang.

dimanche 4 mars 2012

La Vie sans principe



L’argent est au centre des préoccupations de tous les personnages de La Vie sans  principe. Le titre est déjà un jugement moral sur la valeur de l’argent considéré comme une maladie qui gangrène toute une civilisation. Le récit est ramassé sur une courte période ponctué par des nouvelles de la crise grecque qui occupe l’actualité. La forme s’apparente à celle d’un film choral. Les trois protagonistes ne se rencontreront jamais mais seront liés par des personnages secondaires. Le récit reviendra parfois sur un événement pour mieux l’éclairer avec un point de vue différent dans un souci permanent de fluidifier la narration et de poser les enjeux du film.

La première partie montre le processus, au sein d’une banque, de spoliation des crédits des clients pour les transformer en investissement à risque. Teresa (Denise Ho) habillée en tailleur noir strict, cheveux courts, n’est pas l’employée la plus rentable. Dans une scène douloureuse pour son personnage, sa patronne félicite ceux qui ont réussi à faire gagner beaucoup d’argent à la banque. Teresa ne fait pas partie de ces cadres méritants. Elle décide de rester le soir pour harceler les clients au téléphone pour qu’ils investissent. Elle a trouvé la proie idéale en Madame Kun (So Hang-suen) qui aimerait que son compte rapporte plus que les 2% légaux. Teresa va investir l’argent du compte. La description est minutieuse et non dénuée d’humour car la pauvre dame, d’une cinquantaine d’années, ne comprend strictement rien à tout cela. Teresa lui fait répéter la même phrase (« j’ai parfaitement compris ») à chaque phase du contrat, histoire de prouver en cas d’enquête que la cliente était au courant de tout. Ce que montre Johnnie To à ce moment-là est un pur et simple vol de l’argent du client par la banque. Le malaise s’installe petit à petit, le désarroi de Madame Kun puis sa joie quand Teresa lui assure que l’investissement, forcément foireux et illégal, lui rapportera 20%, fait froid dans le dos.

Un autre client de Teresa est Yuen (Lo Hoi-pang). En cette période de crise, Yuen vient régulièrement retirer de l’argent de son compte pour ensuite le prêter (encore une fois illégalement) est récupérer de forts intérêts. C’est un profiteur de la crise, l’un de ces requins qui abusent de leur position pour faire des profits monstrueux. Il apparait pourtant de manière bien sympathique de prime abord. Yuen demande ce jour-là 10 millions de dollars HK, reçoit un coup de téléphone, puis n’en veut finalement plus que 5 millions. Il demande alors à Teresa de garder dans son bureau la somme sortie pour la recréditer plus tard sur son compte. Yuen est pressé, il doit partir, il oublie son portable sur le bureau, elle veut le rattraper. Dans le parking souterrain, elle se voit se faire agresser et on lui vole son sac plein d’argent. Je ne dévoilerai pas l’auteur du vol d’autant que le récit revient en arrière avec l’arrivée de Panther (Lau Ching-wan) et de Cheung (Richie Ren).

Cheung est policier. Le film commençait avec son personnage et sa femme Connie (Myolie Wu) qui visitent un appartement pour l’acheter. Son manque d’enthousiasme devant la vue et l’espace agacent Connie mais Cheung a d’autres choses en tête. Son téléphone n’arrête pas de sonner. Un vieillard a assommé un de ses voisins et Cheung doit procéder à une enquête de simple routine. Il est également sur les traces de Wah (Eddie Cheung) qu’il arrête au banquet d’anniversaire du « boss » Kwan (Tam Ping-man), parrain de triade. Peu importe la raison de l’arrestation, mais les conséquences seront lourdes pour Panther. Ce dernier toujours vêtu d’une chemise à fleurs, de sandales et portant sa sacoche en bandoulière (alors que tous les autres sont plutôt dans l’imagerie classique des membres des triades) se met alors en tête de payer la caution de Wah. Johnnie To décrit le personnage de Panther comme un simplet, toujours prompt à réagir dans cette idéologie de la loyauté des triades.

Panther pratique la loyauté entre frères. Il va chercher de l’argent où il pense en trouver et sa méthode, comme son engagement, rend son personnage totalement pathétique avec cette idée d’enlever tout aspect romantique aux triades. Lau Ching-wan joue Panther avec force, le faisant bouger dans le cadre comme un gamin, le faisant cligner des yeux frénétiquement, le faisant marcher avec des pas saccadés comme s’il y avait une urgence à tout faire très rapidement. Panther est un dinosaure dans cette jungle des triades où il rencontre successivement Lung, un ancien de sa confrérie (Felix Wong) reconverti dans le ramassage de papier à qui il demande de l’aider, puis Lung, un trader clandestin (Keung Ho-man) et finalement un Chinois du continent (Terence Yin) qui représente la nouvelle garde de la mafia.

La Vie sans  principe est plus une satire de la circulation de l’argent, de son pouvoir de corruption sur les personnes qu’un film qui dénonce. Et c’est bien mieux comme cela. Johnnie To fait preuve de beaucoup d’ironie (je pense par exemple au long périple en voiture du trader avec une flèche dans le cœur, obligé de conduire parce que Panther n’a pas le permis) et de dérision (la double arrestation de Wah d’abord par le commissariat de West Kowloon puis par celui de East Kowloon). Le film ne parvient pas toujours à tenir son suspense dans cette forme chorale dans le petit jeu de savoir qui sera dupé et qui va duper l’autre. Largement supérieur à Don’t go breaking my heart, ce film social amorce la nouvelle carrière du cinéaste depuis qu’il s’est éloigné des polars qui ont fait sa gloire.

La Vie sans principe (Life without principle, 奪命金, Hong Kong, 2011) Un film de Johnnie To avec Lau Ching-wan, Richie Ren, Denise Ho, Myolie Wu, Lo Hoi-pang, Keung Ho-man, So Hang-suen, Eddie Cheung, Felix Wong, Ben Wong, Tam Ping-man, JJ Jia, Stephanie Che, Terence Yin, Yoyo Chen, Anson Leung, Ng Chi-hung, Lee Siu-kei, Vincent Sze.

jeudi 9 février 2012

Sorties à Hong Kong (février 2012)


Romancing in thin air (高海拔之戀II, Hong Kong, 2012)
Un film de Johnnie To avec Louis Koo, Gao Yuan-yuan, Sammi Cheng, Crystal Huang,Wang Bao-qiang, Wilfred Lau. 114 minutes. Classé Catégorie I. Sortie à Hong Kong : 9 février 2012.

jeudi 20 octobre 2011

Sorties à Hong Kong (octobre 2011)

Life without principle (奪命金, Hong Kong, 2011)

Un film de Johnnie To avec Lau Ching-wan, Richie Ren, Denise Ho, Myolie Wu, Lo Hoi-pang, So Hang-suen, Ken Lo, Terence Yin, Sherman Chung, Tam Bing-man, Felix Wong, Patrick Keung. 99 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 20 octobre 2011.





mardi 30 août 2011

Punished


Tandis que Johnnie To et Wai Ka-fai tournent leurs films à l’attention du public chinois (Don’t go breaking my heart, comédie romantique sortie fin mars et Life without principle, sélectionné à Venise 2011 pour To en solo), la compagnie Milkyway Image continue d’exister et de filmer ses petites polars que l’on connait. Law Wing-cheong, fidèle assistant réalisateur de Johnnie To tente de prolonger l’image de marque du producteur avec un film de vengeance.

L’homme qui cherche à se venger est Monsieur Wong (Anthony Wong), homme d’affaires un peu tyrannique avec sa famille. La mère de ses deux enfants et décédée et il s’est remariée avec Maggie Cheung Ho-yee (on ne saura jamais le prénom de sa deuxième épouse). C’est une épouse dévouée (c’est sans doute pour cela qu’on ne l’appelle pas, elle vient directement) qui essaye de bien s’entendre avec les enfants de Wong. Soit le plus jeune qui doit rentrer au lycée. Le père voudrait qu’il devienne médecin, l’ado veut être musicien.

Le nœud central de la famille est Daisy (Janice Man), l’adolescente rebelle qui contredit tout le monde, qui n’écoute aucun conseil et qui rêve de partir voir un lac salé en Bolivie. Ses lubies rendent fou son père qui continue pourtant de lui donner de l’argent. Elle fonce dans sa voiture de sport pour semer Amy (Candy Lo) ou Chor (Richie Ren), les deux employés de Monsieur Wong engagés pour surveiller sa fille. Le jour de l’anniversaire de la femme de Wong, Daisy disparait. Plus tard, un coup de téléphone demandera 50 millions de HK$ de rançon.

Très tôt dans Punished, on apprend que Daisy est morte. Cette révélation initiale où Chor et Wong déterre son cadavre et la découvre un sac de plastic sur la tête va emmener la vengeance. Wong demande à Chor de retrouver les coupables et, à la manière de Rashomon, chaque complice que Chor parvient à attraper raconte sa vision de l’histoire, donne son point de vue sur l’enlèvement et place une pièce du puzzle. L’idée de ce récit en flash-backs est de ménager un suspense à grands coups de rebondissements. Chaque complice donne le nom d’une autre personne que Chor va devoir retrouver.

Tandis que les recherches de Chor se poursuivent, souvent avec violence et deux ou trois gentils effets gore, Wong commence à culpabiliser. Il avait d’abord cru que sa fille avait feint son enlèvement. Il force un de ses employés à faire un sale boulot (chasser des pauvres d’un terrain sur lequel Wong veut construire un supermarché) puis décide d’y renoncer, mais l’employé trop fier continue sa bataille et décède. Puis enfin, l’affrontement avec son fils au sujet de ses choix de vie future. Ce changement de comportement, bien que magnifié par Anthony Wong, alourdit un peu Punished et ne lui donne pas le statut de grand film de la Milkyway.

Punished (報應, Hong Kong, 2011) Un film de Law Wing-cheong avec Anthony Wong, Richie Ren, Maggie Cheung Ho-yee, Janice Man, Lam Li, Candy Lo, Charlie Cho, Jun Kung.

mardi 7 juin 2011

Don't go breaking my heart


Après deux ans d’absence et un Vengeance franchement pas très enthousiasmant, Johnnie To revient avec une bonne grosse comédie romantique à faire pleurer tous ceux qui voudront bien croire aux histoires d’amour romanesques entre Daniel Wu, Louis Koo et Gao Yuan-yuan. Pendant les presque deux heures du film, sur une période de trois ans de récit, les deux hommes vont chercher à gagner les faveurs de la femme. Don’t go breaking my heart est écrit par Wai Ka-fai et le film rappelle Needing you (pour les rapports superficiels au sein d’une entreprise) et Turn left turn right (pour les rendez-vous manqués entre les personnages).

Soit deux grands immeubles de bureau aux vitres très larges. Chacun donne sur l’autre avec un vis-à-vis imprenable. D’un côté, la boîte où bosse Cheng Zixin (Gao Yuan-yuan), en face celle de Cheung Shen-ran (Louis Koo). Ils ne se connaissent pas encore mais Shen-ran l’a aperçue dans le bus qui l’a conduit au bureau. Elle en est sortie précipitamment après avoir rencontré son ex accompagné de sa femme enceinte. Shen-ran a compris qu’elle est célibataire et, de loin, la voit s’affairer toute stressée avec ses dossiers. A l’aide de post-its de différentes couleurs, il dessine sur sa vitre un smiley pour lui remonter le moral.

Juste avant qu’elle ne rentre dans son bureau, Zixin a tenté de traverser la rue. Hagarde, elle a manqué de se faire écraser plusieurs fois par des voitures. C’est Fang Qihong (Daniel Wu) qui la protège et ramasse ses dossiers éparpillés sur le bitume. Qihong porte une grosse barbe, est un peu dépenaillé et ressemble à un clochard. Il boit comme un trou, du whisky de préférence. Zixin va d’ailleurs lui en apporter de ses réserves, histoire d’oublier son ex qui en buvait aussi. Et un soir, après le travail, Qihong emmène Zixin chez le coiffeur, chez le tailleur et lui donne un look plus jeune. Elle apprend qu’il est architecte mais que la masse de travail l’a fait plonger dans l’alcoolisme et que l’alcoolisme l’a empêché de travailler.

Chacun voit dans ces rencontres un espoir de changer de vie. Shen-ran est un dragueur impénitent et il donne rendez-vous à Zixin, mais une autre femme qui travaille en dessous prend le rendez-vous pour elle. Deux rendez-vous à deux filles dans deux lieux différents, c’est guère gérable. D’autant que Zixin a donné aussi rendez-vous à Qihong qui s’est remis à dessiner avec sa nouvelle mascotte, le crapaud de l’ex. Finalement, ces gens qui ne se connaissaient que de vue ne pourrons jamais se rencontrer. Et là, tout s’arrête. La crise de 2008 est là. La boite de Shen-ran ferme. Personne ne se verra plus pendant trois ans.

Il restera plus d’une heure à nos trois personnages pour qu’ils puissent se retrouver, le tout sous l’œil complice de John (Lam Suet), le collègue de Zixin, qui va être le témoin de cette histoire d’amour à trois. Shan-ren est embauché dans la boîte de Zixin et Qihong a repris du poil de la bête (mais sans oublier de raser sa barbe) et son cabinet d’architecte occupe désormais les anciens bureaux de Shan-ren. Le petit manège des post-its reprend, les deux hommes cherchent à s’attribuer les faveurs de la belle. Les fans des polars de Johnnie To seront bien déçus par cette romance fleur-bleue destinée avant tout aux spectateurs chinois et à son gros marché. C’est d’ailleurs pour cette raison que les plupart des dialogues sont en mandarin (sauf ceux de Louis Koo et Lam Suet). La dernière partie se transporte à Suzhou dans la famille de Zixin. Certes le récit est bien tenu, on sourit un peu au déboires amoureux du trio, mais c’est un peu creux.

Don’t go breaking my heart (單身男女, Hong Kong – Chine, 2010) Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Louis Koo, Gao Yuan-yuan, Daniel Wu, Lam Suet, Larisa, JJ Jia, Terence Yin, Selena Li.