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samedi 31 mai 2014

Les Associés


Ah, Paris, ses monuments historiques, ses musées, ses tableaux de maître. C’est justement une toile de Modigliani que Joe (Chow Yun-fat) repère, accrochée sur un mur avant qu’elle ne soit expédiée pour un autre musée. Puis, Cherie (Cherie Chung) pose du parfum sur la caisse qui contient le tableau. Ça aidera Joe à le sentir dans le camion qu’il va attaquer avec Jim (Leslie Cheung) sur la route qui les mène à Nice. Joe ouvrira la porte en grimpant sur le véhicule, Jim sautera de sa moto pour ouvrir une brèche et faire passer la toile.

La technique des deux frères et de leur amie semble parfaitement rodée et John Woo la filme comme une blague, dans un mélange de comédie et de film d’action en mode cool. Joe et Cherie sont dans leur voiture décapotable, feignant la romance devant le conducteur du camion et les vigiles qui le surveillent. Jim est sur une moto qui les suit de lui. On ne sait pas encore si les deux hommes sont alliés ou concurrents. La séquence d’ouverture des Associés donne le ton léger qui va prévaloir dans la première moitié du film.

Une fois à Nice et Cannes, comme dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock autre histoire de voleurs de peintures, le trio se promène en voiture dans la ville, sourit sous le soleil de la Méditerranée et s’apprête à réaliser un nouveau vol dans un château de l’arrière pays. Une nouvelle fois, le cinéaste filme avec décontraction le casse, en y ajoutant quelques acrobaties que Jim et Joe effectuent pour échapper aux divers pièges et alarmes installés dans le château. Ils avaient prévu que ce soit leur dernier coup.

Le ton léger va laisser la place à une ambiance plus sombre. Ils sont pris dans un piège fatal. Les deux frères sont pourchassés par des hommes en arme et tout se termine dans un port, après une longue course poursuite mise en place par notre Rémy Julienne national, avec de nombreuses cascades de voitures et l’explosion d’un bateau. Joe meurt dans l’incendie. Jim et Cherie rentrent à Hong Kong, meurtris par le décès de Joe. Ils veulent vivre désormais une vie normale en restant discrets.

On se doute bien qu’au bout d’une heure de film, on ne va faire disparaitre Chow Yun-fat comme ça. Car, il n’était pas mort mais revient dans un fauteuil roulant. Seules ses jambes sont devenues invalides. Joe retrouve Jim et Cherie tombée enceinte. Dans la première partie, la jeune femme sortait avec Joe, homme fantasque et blagueur, dans la deuxième elle sort avec Jim, plus introverti. Les Associés rendent un hommage plutôt appuyé à Jule et Jim de François Truffaut.

L’heure de la revanche a sonné pour le trio reconstitué. Ils se rappellent comment ils sont devenus voleurs à cause du père des deux garçons, Chow (Kenneth Tsang), voleur lui-même et homme violent qui leur a appris les ficelles du métier. Ils se rappellent que leur rédemption est venue grâce à Chu (Paul Chu), policier qui les a aidés. Ils vont désormais rendre la monnaie de sa pièce à ce père ingrat qui est responsable du handicap de Joe. Chu va continuer à les aider en leur faisant confiance.

Le caractère mineur des Associés tourné entre deux films plus forts de John Woo (Une balle dans la tête et A toute épreuve) n’est pas à mettre au compte de la décontraction et des invraisemblances du scénario, qui sont de toute façon dans les autres films cités. Si le film est moins bon, c’est parce que le cinéaste semble ne pas savoir quel ton choisir, allant, au milieu d’une scène de gunfight en fin de film, s’engager dans le burlesque à la Jackie Chan, faisant faire des pirouettes à Chow Yun-fat. Le film a été suivi par une série médiocre à l’arrivée de John Woo à Hollywood.

Les Associés (Once a thief, 縱橫四海, Hong Kong, 1991) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Leslie Cheung, Cherie Chung, Kenneth Tsang, Paul Chu, Wu Fuung, Pierre Yve Burton.

mardi 18 mars 2014

Moonlight express


Après la mort accidentelle de son futur mari Tatsuya dans un accident de voiture (il a voulu répondre au téléphone en conduisant), Hitomi (Tokiwa Tokako) décide d’aller à Hong Kong, pays d’origine de son défunt époux. Dans le hall de l’immeuble où il avait don bureau, la jeune veuve tombe nez à nez avec Karbo (Leslie Cheung qui jouait aussi Tatsuya dans l’introduction située au Japon), sosie exact du mari décédé. Ce dernier s’approche d’elle, lui dit à l’oreille « je t’ai attendu si longtemps » et ils s’embrassent. Prise par l’émotion, elle s’évanouit.

C’est sous les auspices du hasard que commence Moonlight express, mélodrame où deux personnes que tout oppose vont se rencontrer et plus si affinités. Ce que Hitomi ignore évidemment sur Karbo, c’est qu’il travaille pour la police. Il est infiltré dans les triades pour piéger Gene (Jack Kao), un trafiquant de drogue violent et parano. Il travaille main dans la main avec l’inspecteur Tung (Liu Kai-chi) qui doit faire accepter ses méthodes par son supérieur Ko (Austin Wai). Ce dernier est persuadé que Karbo va les trahir et lance un assaut contre Gene et ses hommes.

Karbo en ressort blessé au bras et va se réfugier dans l’appartement d’Hitomi qui a choisi de rester à Hong Kong. La communication n’est pas évidente car il ne parle pas japonais et le cantonais de la jeune femme est approximatif. Karbo, lors de leur première rencontre, l’avait utilisée pour se cacher des flics. Puis, elle l’avait suivi dans la ville. Il avait cru qu’elle était une prostituée envoyée par les triades. Finalement, il décide de s’installer chez elle, ce qui a deux avantages, l’appartement lui sert de planque pour se cacher de ses éventuels ennemis et elle lui prépare des bons petits plats.

Leslie Cheung joue à la perfection son personnage de rustre qui ne connait pas les bonnes manières. Il arbore une barbe de trois jours, il fume clope sur clope avec un regard perdu, il passe son temps torse nu ce qui plait à Hitomi. Elle va succomber au charme dévastateur et romantique de cet homme dont elle ignore tout. Restée au Japon, son amie Tomoko s’inquiète un peu de la voir tomber amoureuse de l’image de son défunt mari. Les scènes comiques sont au compte de la voisine un peu trop curieuse (Lee Hung-kam), elle se met dans l’idée de lui trouver un nouveau mari jusqu’à ce qu’elle voit Karbo qu’elle prend pour un fantôme.

Entre de longues scènes au romantisme mièvre ponctué de chansons douçâtres, Moonlight express se veut un film policier musclé. Les scènes d’action chorégraphiées par Donnie Yen sont filmées caméra à l’épaule à grand coups de ralentis et de gros plans sur les visages. Leslie Cheung sait tenir un flingue dans les nombreux gunfights mais il est peu à l’aise dans les rares combats. Michelle Yeoh n’entre dans le film qu’au bout d’une heure pour incarner une improbable aubergiste. Tout ça pour n’y rester que dix minutes. Le sentiment global devant le film est son caractère hétérogène comme si les différents éléments n’arrivaient jamais à se compléter. A cela il faut ajouter un dénouement bâclé de l’intrigue.

Moonlight express (星月童話, Hong Kong – Japon, 1999) Un film de Daniel Lee avec Leslie Cheung, Tokiwa Tokako, Yuka Hoshino, Liu Kai-chi, Jack Kao, Austin Wai, Michelle Yeoh, Jimmy Wong, Lee Heung-kam, Mars, Jude Poyer, Bak Ka-sin, Sam Lee, Rocky Lai.

jeudi 1 août 2013

Who’s the woman who’s the man


Deux ans après He’s a woman she’s a man, Sam Koo (Leslie Cheung) est toujours le petit ami de Wing (Anita Yuen). Ils ont décidé de tout re-décorer l’appartement où ils habitent avec Fish (Jordan Chan), l’ami d’enfance un peu brut de décoffrage de Wing. Un nouveau décor pour une nouvelle vie pour chacun des personnages de Who’s the woman who’s the man. Le personnage de star de la cantopop de Rose (Carina Lau) n’est là que sur une photo dans le salon, c’est désormais Wing, jeune femme qui se fait passer pour un homme depuis le premier film. En recevant, une récompense pour son dernier album Wing déclare sur scène son amour à Sam, qui s’écroule dans son fauteuil, désolé que le public puisse penser qu’il est gay.

Le milieu de la cantopop que décrit Peter Chan dans son film est le plus gentil du monde. Tout le monde s’apprécie et aucun paparazzi ne vient troubler la tranquillité du couple que forment Sam et Wing. Auntie (Eric Tsang), l’agent haut en couleur aux cheveux blonds et à la fine moustache noire du couple, vient apporter la touche queer au film. Eric Tsang fait le job en une seule séquence où il engage un chanteur médiocre parce qu’il est mignon. Plus tard, il consolera Sam dans une scène un peu forcée où il joue du piano. Il est le seul à connaitre la vraie vie du couple. La cérémonie rend hommage à Fan Fan (Anita Mui), star qui a introduit l’androgynéité dans la chanson et qui a quitté le milieu depuis des années. Elle vogue sur son voilier au gré de ses envies et décide de débarquer pour rencontrer ce drôle de couple.

Les figures majeures de Who’s the woman who’s the man sont le masque et le travestissement. D’abord le masque invisible que porte Wing composé uniquement d’une paire de lunettes et d’une coupe de garçon. Personne n’a encore compris que Wing n’est pas un homme. Après la cérémonie, Wing organise une soirée déguisée. Elle porte, tout comme Fan Fan, un masque de Whoopi Goldberg, elles vont se rencontrer, se parler et comprendre que si elles arborent la même tête, c’est que quelque chose va les rapprocher. Or, Sam quand il arrive à la soirée n’a pas compris qu’il doit porter un masque, il est le seul personnage du film qui veut rester lui-même. Il choisit un masque de Woody Allen, métaphore des gros soucis de cœur qui vont lui tomber dessus. Mais masqué, chacun peut dire ce qu’il pense sans peur de se révéler trop, et l’alcool aidant, tout peut se terminer dans le lit.

Le travestissement est double. Celui des vêtements qui donnera à Fish l’envie de s’habiller en femme pour plaire à O (Theresa Lee), l’assistante lesbienne de Fan Fan. Fish tente de la séduire et se berce d’illusion malgré les refus d’O. Wing est engagée pour tourner un film. Elle devra jouer une femme et son partenaire masculin sera Fan Fan déguisée en homme. C’est là que le travestissement de la vérité commence pour ces deux couples hors-norme. Wing et Fan Fan entament une liaison d’abord strictement cinématographique (le film dans le film avec la scène du baiser sans cesse retardée à cause du hoquet de Wing) puis réelle, sous les yeux de Sam désespéré. Le film propose beaucoup de combinaisons amoureuses et sexuelles avec une volonté de surenchère par rapport à He’s the woman she’s the man. Pourtant ce marivaudage très chic dans le très grand appartement s’avère très gentil et parfois très banal.

Who's the woman who's the man (金枝玉葉2, Hong Kong, 1996) Un film de Peter Chan avec Leslie Cheung, Anita Mui, Anita Yuen, Jordan Chan, Theresa Lee, Eric Tsang, Carina Lau, Clarence Hui, Andy Hui, Edmond Leung, Ann Hui, Alfred Cheung, Clifton Ko, Joe Cheung.

vendredi 12 avril 2013

Les Cendres du temps


Unique wu xia pian de Wong Kar-wai, Les Cendres du temps possède l'un des castings les plus impressionnants du cinéma de Hong Kong des années 1990 : Leslie Cheung, Jacky Cheung, Tony Leung Chiu-wai, Tony Leung Ka-fai (car pourquoi n'avoir qu'un Tony Leung quand on peut en avoir deux) pour les acteurs, Maggie Cheung, Charlie Young, Carina Lau et Brigitte Lin pour les actrices. Cette dernière prendra sa retraite de cinéma après ses deux films avec Wong Kar-wai. Le budget était l'un des plus importants de tous les temps, le tournage a duré deux ans, période au milieu de laquelle il a tourné Chungking Express, pour se reposer de la lourdeur du tournage des Cendres du temps. A sa sortie, le film est souvent jugé incompréhensible, ce qui peut se comprendre, il a été accusé d'avoir trahi les personnages littéraires créés par Jin Yong dont s'est inspiré, mais le plus souvent le film a été admiré et comparé à Sergio Leone. Les Cendres du temps a ensuite été entièrement remonté par Wong Kar-wai, la musique a été un peu modifiée, Brigitte Lin a retrouvé sa voix originale en mandarin (elle parlait cantonais en 1994 et le doublage était affreux). C'est cette version appelée « redux » et sortie en mai 2008 dont je vais parler.

La Chine représentée dans le film n'est pas celle mise en valeur les années précédentes dans d'autres films inspirés de Jin Yong : pas de beaux costumes, pas de belles demeures, pas de sabres rutilants. La beauté cinégénique, l’ultra capacité à divertir ou le charme des Swordsman, d'Evil cult ou des Royal tramp, tous adaptés de récits de Jin Yong, est à l'opposée de celle des Cendres du temps. C'est à The Blade, sorti un an plus tard, que le film ressemble le plus. Leslie Cheung est Feng, vit seul au beau du désert chinois. Il est habillé de haillons, ses cheveux et sa barbe sont hirsutes et gras, sa demeure est délabrée. Feng est à la fois narrateur (voix off régulière sur un ton monocorde) et personnage autour duquel tous les autres protagonistes tournent. Le film égraine les saisons : printemps puis été jusqu'à un deuxième printemps. Le sable est là, immuable, constant, de couleur ocre. Toutes les scènes du film se dérouleront en plein jour, la lumière intense du soleil sera transformée avec des filtres jaunes (à l'extérieur) et en filtres verts (à l'intérieur). Au cours des cinq saisons les personnages se succéderont pour rencontrer Feng.

Chacun cherche un sabreur pour éliminer un adversaire, pour assouvir une vengeance, pour soulager un amour déçu. Raconter le film comme si tout était narré par Wong Kar-wai de manière linéaire ne correspondrait pas à ce que le spectateur découvre à la vision des Cendres du temps. Mais disons que Yang (Brigitte Lin) qui veut se venger de Yaoshi (Tony Leung Ka-fai) qui s'est promis à Yin (Brigitte Lin, dans un double rôle androgyne). Yaoshi, qui a quitté son épouse (Carina Lau) vient rendre visite chaque printemps à son ami Feng et boit avec lui un peu d’alcool pour oublier sa vie. Un sabreur aveugle (Tony Leung Chiu-wai) vient se battre contre les voleurs de chevaux qui passent régulièrement par là. Lui aussi a été amoureux du personnage de Carina Lau. Une jeune femme (Charlie Young) propose des œufs à Feng. Qi (Jacky Cheung) vient achever l’œuvre entreprise par le sabreur aveugle et a abandonné son épouse (Bai Li). Enfin, Maggie Cheung incarne l’ancienne amoureuse de Feng, mais qui épousé son frère. Certains meurent, certains disparaissent, certains traversent les saisons. Chaque personnage est représenté par un objet, la cage à oiseau de Brigitte Lin, le panier d’œufs de Charlie Young, les chaussures de Jacky Cheung, le foulard de Tony Leung Ka-fai.

Les bribes de scénario, constituées essentiellement de dialogues banals, que filme Wong Kar-wai ne sont rien à côté du morcellement des images concoctées par le toujours fidèle chef opérateur Christopher Doyle. Tous deux expérimentent en triturant les images, poussent le montage à créer des faux raccords (sans que cela ne soit vraiment gênant), produisent des images hypnotiques avec les jeux de la lumière. Le plus frappant est le jeu avec la cage à oiseau qui tourne autour de Brigitte Lin et Leslie Cheung, projetant sur leurs visages des rayons de lumière. Les gros plans en abondance continuent de perdre le regard du spectateur sur les objets comme sur les visages. La décomposition des séquences de combat chorégraphiées par Sammo Hung, séquences filmées au ralenti, crée un flux d’images courtes où la violence le dispute à la poésie. Les Cendres du temps est un film qui ne ressemble à aucun autre, c’est un film jusqu’au-boutiste et assez schizophrène dans sa manière de vouloir offrir au spectateur un wu xia pian classique en n’en respectant aucune des règles auxquelles le public s’attendait : Wong Kar-wai brûlait le cinéma de sabres et en a filmé les cendres.

Les Cendres du temps (Ashes of time, 東邪西毒, Hong Kong, 1994) Un film de Wong Kar-wai avec Leslie Cheung, Tony Leung Ka-fai, Brigitte Lin, Tony Leung Chiu-wai, Maggie Cheung, Jacky Cheung, Carina Lau, Charlie Young, Bai Li.

samedi 6 avril 2013

Nos années sauvages


Finalement, raconter l’histoire de Nos années sauvages est assez simple. York (Leslie Cheung), un jeune homme sûr de son pouvoir de séduction drague Chun (Maggie Cheung), une jeune femme réservée qui lui résiste. York rencontre Mimi (Carina Lau), une chanteuse de cabaret au caractère opposé à Chun. Ils couchent ensemble. Chun en est jalouse et va espionner York. Un flic en patrouille (Andy Lau) la remarque et va discuter avec elle. Le meilleur ami de York (Jacky Cheung) est en admiration devant lui et cherche à imiter tous ces gestes de séduction, en espérant draguer des filles. Enfin, la mère de York (Rebecca Pan) lui donne, après des années, le nom de sa vraie mère qui vit aux Philippines. C’est une ancienne prostituée qui entretient un jeune gigolo. York va s’y rendre et y rencontrer le flic qui a décidé de s’engager dans la Marine. Tout ce passe en 1960 à Hong Kong dans un quartier populaire.

Evidemment, raconter comme ça le film n’indique en rien du style du deuxième film de Wong Kar-wai. Nos années sauvages a l’apparence d’un mélodrame amoureux contrarié et le cinéaste déstructure son récit en supprimant les liaisons entre les séquences et dans une même séquence entre les scènes. L’exemple le plus frappant est dans l’ouverture du film. York se rend au guichet que tien Chun pour acheter un soda. La première scène est complète, il commande sa boisson, elle lui donne le tarif, il paie, il lui dit que cette nuit elle rêvera de lui, il lui demande son nom puis s’en va. Cette scène initiale est répétée plusieurs fois et chaque fois, un élément est supprimé pour n’arriver qu’à York qui arrive. Retrancher pour arriver à son objectif : montrer l’arrivée de la fascination de Chun pour cet homme mystérieux. Les plans sur l’horloge fixent le rendez-vous quotidien et son tic-tac qui se fait entendre sur toutes ces scènes crée une continuité paradoxale.

Wong Kar-wai n’hésite pas à abandonner un duo de personnages pendant de longues minutes pour se consacrer à un autre duo : Leslie/Maggie puis Leslie/Carina suivi de Maggie/Andy puis Leslie/Rebecca suivi de Jacky/Carina pour finir avec Leslie/Andy. Ce parti pris formel reflète le choc émotionnel dans lesquels vivent les personnages. Andy et Leslie ont des problèmes relationnels avec leur mère, le flic attend qu’elle meure pour partir loin de Hong Kong, York souffre du manque d’affection de Rebecca, sa mère adoptive. Maggie est une exilée qui vient de Macao, la froideur de Leslie la rend triste et amère. Jacky, l’ami de Leslie, ne vit que dans le modèle dégénéré de son mentor. Jamais il n’arrivera à l’égaler. Carina est un personnage toujours proche de la crise. Là aussi les discussions entre les personnages restent en creux comme pour ne pas à donner trop de psychologie. Ce sont les objets qui caractérisent le mieux les personnages de Nos années sauvages : le peigne de Leslie, sa voiture rutilante que Jacky s’accapare pour draguer (en vain), les boucles d’oreille que vole Carina, les vieux disques qui servent de fon sonore et les robes colorées de Rebecca et Carina.

Ce traitement du scénario crée une grande mélancolie qui est accentuée par les choix des décors. Pendant toute la première heure, on a l’impression que Hong Kong est une ville vidée de ses habitants. Les rares scènes d’extérieur se déroulent de nuit, dans des rues vides et sous la pluie (les longues discussions entre Andy et Maggie lors de leurs promenades). Les intérieurs (le lieu de travail de Maggie, l’appartement de Leslie) finissent par devenir étouffant et trop petits pour les personnages qui ne cessent de se disputer. Les murs sont décrépis, sales et verdâtres. Pour échapper à cette asphyxie, les deux hommes vont quitter leur pays. La dernière demi-heure se déroule aux Philippines. Là-bas, la vie ne sera pas meilleure malgré l’espace plus important (la forêt découverte dans le générique d’ouverture, le restaurant où ils vont se battre). Ils sont pris au piège d’un destin qu’ils ne contrôlent pas et qui les broie. Certes, le film n’est pas dépourvu d’afféteries, le cinéaste cherchait encore la ligne forte de son style qui tranchait singulièrement avec les autres productions hongkongaises de l’époque. Le film se termine par une courte apparition de Tony Leung Chiu-wai qui s’habille dans une caravane. Déconnectée du reste du récit, ce personnage était prévu pour lancer une suite immédiate à Nos années sauvages. Elle ne sera jamais tournée.

Nos années sauvages (Days of being wild, 阿飛正傳, Hong Kong, 1990) Un film de Wong Kar-wai avec Leslie Cheung, Andy Lau, Maggie Cheung, Carina Lau, Jacky Cheung, Rebecca Pan, Tony Leung Chiu-wai.

mercredi 14 novembre 2012

Histoires de fantômes chinois 2


Tsui Hark aura mis trois ans avant d’entreprendre Histoires de fantômes chinois 2 à cause du succès mitigé auprès du public du premier film (15ème au box office 1987). L’ouverture se fait sur un mode « précédemment dans Histoires de fantômes chinois » en résumant sur trois minutes le scénario au cas où certains spectateurs auraient oublié les aventures du lettré Tai-shen (Leslie Cheung) qui, en début de film, se sépare de son maitre Yan (Wu Ma) qui décide de partir méditer en ermite dans un temple éloigné. Tai-shen se retrouve seul dans un village et rentre dans une auberge où les patrons servent de la chair humaine aux clients. Les malheurs continuent de s’abattre pour lui quand la police le prend pour un bandit et l’arrête.

En prison, il fait la connaissance de son compagnon de cellule, Chu Er-long (Ku Feng), un philosophe emprisonné depuis des années à cause de ses livres et poèmes. Barbu, le vieux sage se nourrit de cafards au grand dégoût de Tai-shen. Les semaines passent, la barbe pousse au menton de notre jeune héros quand il comprend qu’il va être exécuté dans la nuit. Un bon repas lui a été apporté, le repas des condamnés. Chu Er-long lui explique tout de go qu’il pourrait s’évader car il avait construit un tunnel. Tai-sheng emporte avec lui un manuel du vieillard et son sceau. Dehors, il saute sur un cheval qui l’attendait là, comme si Chu Er-long avait tout prévu. En vérité, il s’agit de celui de Zhi Tsao (Jacky Cheung). Ce dernier, moine taoïste, poursuit son voleur en creusant un tunnel sous la terre.

Tous deux terminent dans une demeure en ruine où huit cercueils les glacent d’effroi. Tai-shen en profite quand même pour prendre un bain (et il chante pour faire taire sa peur). Dehors, des fantômes commencent à se manifester. C’est la première séquence choc d’Histoires de fantômes chinois 2. Pour déconcerter le public et donner un aspect surnaturel, les revenants descendent verticalement dans le cadre en scope au milieu de la forêt, les étoffes colorées contrastent fortement avec la luminosité nocturne, la musique appuie le sentiment de malaise. La scène poétique est typique de la mise en scène de Ching Siu-tung et se démarque de l’univers comique jusque là abordé dans le film. En vérité, il ne s’agit pas de fantômes mais du clan de Chin-fan (Joey Wong) et Yue-chin (Michelle Reis), qui partent libérer leur père, le Seigneur Fu (Lau Siu-ming), injustement arrêté.

Chin-fan à cause du sceau qu’a Tai-shen le prend pour Chu Er-long et lui demande un oracle. Le jeune lettré, quant à lui, est frappé par la ressemblance entre Chin-fan et Hsiao Ting, le fantôme dont il était tombé amoureux dans le premier film. Une romance va s’amorcer entre les deux, encore une fois basée sur l’illusion. Tai-shen peut revivre son amour perdu tandis que Chin-fan le prend pour un autre. La tension sexuelle va se développer dans une scène de bain (comme dans Histoires de fantômes chinois) où il va perdre connaissance, elle va le déshabiller pour faire sécher ses vêtements, puis enlever les siens pour finalement se coucher nue sur lui pour le réchauffer. Bien entendu, tout cela reste très pudique. Seulement voilà, Chin-fan est promise depuis son enfance à un autre. La romance se corse avec sa sœur qui a aussi un faible pour Tai-shen.

Parlons maintenant des démons qui arpentent le film. Le premier est un monstre dégoûtant, sorte d’ectoplasme gluant armé de piques. La rencontre se fait dans la demeure en ruine et se déroule sur un mode burlesque. Zhi Tsao, en tant que taoïste, inscrit sur la paume de sa main un sortilège pour immobiliser le monstre mais la maladresse de Tai-shen manque de les faire se tuer. Finalement, il tranchera au sabre le monstre, ce dernier contaminera Chin-fan qui se transformera en démon. Le deuxième monstre est un prêtre bouddhiste impérial (Lau Shun). Avec son cortège, il arpente les lieux. Le vieux prêtre parle avec une voix de vieille sorcière. Sa force semble indépassable. Il jette sur ses adversaires des torrents de flammes, se transforme en bouddha d’or et entonne des chants qui hypnotisent. Il faudra que toute la troupe soit solidaire, que le sabreur Hu (Waise Lee) qui escorte le Seigneur Fu – donc un ennemi a priori – vienne les aider et que maître Yan sorte de son temple d’ermite pour en venir à bout, dans un sublime déferlement d’images bariolées comme seule, en cette époque bénie, la compagnie Film Workshop savait en offrir aux spectateurs charmés.

Histoires de fantômes chinois 2 (A Chinese ghost story II, Hong Kong, 1990) Un film de Ching Siu-tung avec Leslie Cheung, Joey Wong, Jacky Cheung, Wu Ma, Waise Lee, Michelle Reis, Lau Shun, Lau Siu-ming, Yeung Jing-jing, Lee Fai, Lau Siu-hung, Wong Yue-chun, Ku Feng, Do Siu-chun, Johnny Koo, Fei Sing, Wong Hung, Fung Yuen-chi, Ng Kwok-kin, Tenky Tin.

vendredi 20 juillet 2012

Aces go places V : Terracota hit



La cinquième et dernière aventure du duo de policiers espions King Kong (Samuel Hui) et Albert le Chauve (Karl Maka) a été confié à Liu Chia-liang. Aces go places V Terrocota hit commence avec une mission que les deux hommes mènent ensemble mais qui se soldera par une grosse fâcherie. Chacun  part de son côté exercer un nouveau métier sans grand succès. King Kong est devenu vendeur de conseils en bourse dans des bureaux bien trop coûteux pour lui. Albert a expédié sa femme et son fils au Canada et passe son temps à jouer au mahjong. Ainsi, on ne verra pas Sylvia Chang dans cette aventure ni leur enfant qui étai au centre des épisodes 3 et 4 de la franchise, alors qu’elle constituait, dans ses disputes avec le personnage de Karl Maka, l’un des piliers comiques des Aces go places.

La police de Hong Kong cherche à réunir les deux hommes (on se demande bien pourquoi vu leur gaffes continuelles dans les autres films) après que des soldats de terre cuite (les terracota) et une fameuse épée aient été volés. Les voleurs des objets traditionnels chinois sont – en sous doute – des occidents sans foi ni loi avec des rires sardoniques qui expriment que l’appât du gain est leur unique motivation. Mais si elle les cherche, c’est parce que la police est persuadée qu’ils ont fait le coup. En fait, il s’agit de deux voleurs au grand cœur, un frère (Leslie Cheung) et sa sœur (Nina Li-chi). Le nouveau duo, rajeuni et mixte, est là pour apporter un supplément au duo vieillissant de Samuel Hui et Karl Maka. De là, il va découler de nombreux quiproquos qui provoqueront les habituelles courses poursuites qui ont fait la gloire de la série.

Le film montre l’affrontement (plutôt sympathique puisque Aces go places V Terracota hit est une comédie tout public) entre deux générations d’acteurs. On se doute bien que pour vaincre l’ennemi commun qui veut spoiler la Chine de son patrimoine, les deux générations vont faire cause commune. Les embuches vont être nombreuses sur le parcours du quatuor. Il faut dire que King Kong et Albert ont tout le monde contre eux : la police de Hong Kong, les méchants qui ont volé les antiquités et l’armée chinoise. Ils vont même se retrouver en prison avec un Danny Lee tout droit sorti d’un de ses films où il est le héros et avec Roy Cheung qui reprend son personnage de taulier intransigeant de Prison on fire. Le film ne cherche même plus à avoir un scénario cohérent et part un peu dans tous les sens. Le film perd à la fois sa candeur et son humour bon enfant qui amenaient les films vers une poésie bancale et non-sensique.

Après la fin du wu xia pian et son départ de la Shaw Brothers, Liu Chia-liang, un des piliers de la compagnie, tente de continuer de travailler. L’une des idées qu’il apporte dans sa mise en scène des combats (dans une franchise où les gadgets sont légion – parodie de James Bond oblige) est de trouver le moyen de faire combattre ses personnages dans des arts martiaux traditionnels, ce qui constitue la marque de fabrique de Liu Chia-liang. La solution est trouvée : les statues de terre cuite risqueraient d’être abimées avec des armes modernes, il faudra donc se battre à l’ancienne, de manière authentique. Mais cette volonté d’authenticité des combats n’apporte pas grand-chose. Malgré la relève, la série s’arrêtera avec ce film après avoir bien vécu et beaucoup diverti le public. En 1997, Alan Tam et Tony Leung Chiu-wai, tenteront de reprendre le concept dans New mad mission, sans grand succès.

Aces Go Places V (新最佳拍檔, 1989) Un film de Liu Chia-liang avec Samuel Hui, Karl Maka, Leslie Cheung, Nina Li, Conan Lee, Ha Chi-jan, Walter Tso, Ellen Chan, Fennie Yuen, Dannie Lee, Roy Cheung, Maria Cordero, Liu Chia-liang, Hung Yan-yan.

samedi 26 novembre 2011

Anna Magdalena


La vie de Chan Kar-fu (Takeshi Kaneshiro) est morne. La journée, il bosse. Il est accordeur de pianos. Après le boulot, il rentre chez lui en transports en commun. Chez lui, il mange tout seul ses nouilles pendant la lessive. Il s’ennuie dans la vie et ça se voit sur lui, derrière ses lunettes et ses cheveux gras mi-longs, il arbore un visage sans sourire, sans émotion, sans vie. Tout va changer le jour où il rencontre Yau Muk-yan (Aaron Kwok). Rencontre due au hasard, Fu allait réparer un piano chez la petite amie de Yau précisément le jour où le jeune couple se disputait.
Yau quitte sa copine. Pour tout bagage, il a un carton avec quelques affaires dedans. Il se retrouve dans le bus qui ramène Fu chez lui, s’assoit à côté de ce dernier, va s’inviter à manger chez lui et s’incruster pour la nuit. Vêtu d’un vieux t-shirt qui s’est déformé à force de porter toujours le même, Yau a le caractère inverse de Fu. C’est un homme qui semble ne pas se soucier de l’avenir, qui est grossier, qui parle à tout le monde et souvent pour dire pas grand-chose. Il gagne sa vie en jouant aux courses hippiques et prétend vouloir écrire un roman. Par la force des choses, Yau va vivre chez Fu. Ce sont leurs oppositions, leurs caractères si différents qui donnent les meilleurs moments comiques tellement Fu est scié par l’aplomb de son colocataire.
Tout va changer avec l’arrivée de Mok Man-yee (Kelly Chan) dans l’immeuble. Elle vient d’emménager dans l’appartement au dessus de Fu et joue au piano. Mais le problème, c’est que Man joue atrocement au piano et ça énerve Yau qui, en caleçon, va frapper à la porte de la jeune voisine pour l’engueuler. Evidemment, Monsieur sans-gêne se fait remettre à sa place mais ce couillon voit ça comme de la drague. Il va donc tenter de séduire Man, et petit à petit elle succombe à son bagou. C’est sa méthode de séduction. Elle confesse à Fu qu’elle trouve Yau grossier mais elle commence à sortir avec lui. Mais, ce qu’elle ignore, c’est que Fu est aussi amoureux d’elle et qu’il n’ose pas lui dire.
Anna Magdalena est une romance sur un trio amoureux rythmé par la musique de Bach (le film s’appelle ainsi pour cette raison) que joue Man sur son piano et qui fascine Fu. Le duo Kaneshiro Kwok fonctionne sur un mode comique qui sort le film du tout venant des comédies romantiques. Dans le dernier tiers du film, le ton change. Fu écrit un roman qu’il cherche à faire publier et l’histoire de ce roman épique et fantastique est mise en scène. La rupture de style étonne d’abord mais finalement permet d’éviter les écueils habituels du genre. Produit par Eric Tsang, via sa société UFO, qui joue un petit rôle de concierge curieux Anna Magdalena soigne aussi ses seconds rôles. Jacky Cheung joue un flic intrusif, Leslie Cheung joue l’éditeur du roman et Anita Yuen son employée qui découvre le roman. C’est un film tout à fait charmant.
Anna Magdalena (安娜瑪德蓮娜, Hong Kong, 1998) Un film de Hai Chung-man avec Takeshi Kaneshiro, Kelly Chan, Aaron Kwok, Anita Yuen, Leslie Cheung, Jacky Cheung, Josie Ho, Eric Tsang, Leo Koo, Wei Wei, Yu Wai-lung, Lai Yuen-tung.

vendredi 21 octobre 2011

Arrest the restless


Hong Kong, 1966, le sergent chez Lam (Charles Heung) a été muté par son vieil meilleur ennemi, le sergent Ngan Tung (Paul Chun, qui reprend ici son rôle dans Lee Rock de policier corrompu et en collusion avec les puissants). Lam a été puni après une opération qui n’a pas très bien tourné et il est chargé de gérer la brigade de répression des délinquants juvéniles. Lam est un bon agent mais incorruptible. Chez lui, sa femme lui mène la vie dure. Parce qu’il ne se laisse pas corrompre, il n’amène chez lui que sa maigre paie, ce qui fait somme toute assez peu. Le couple vit dans un modeste appartement et ne participe guère à la vie mondaine, contrairement à Ngan Tung.

Qui sont ces jeunes délinquants ? Teddy (Leslie Cheung, il avait tout de même 36 ans) est le chef de bande charismatique et qui fait régner l’ordre dans la boite de nuit à la mode. Petits trafics de drogue, un peu de proxénétisme et de menus larcins. Teddy passe son temps à draguer les filles et a une attention toute particulière pour Siu Man (Vivian Chow, elle avait 25 ans). Teddy fait son coq devant tous ses amis pour séduire Siu Man, il montre qu’il est le plus fort, celui qui en impose le plus, celui qui fait tourner la boite. De plus, il est ami avec le chanteur du groupe de rock qui jour tous les soirs. Bref, il fait illusion et Siu Man, après un Coca et une baston, lui tombe dans les bras.

Teddy réussit à inviter Siu Man chez lui mais là, c’est une autre chanson. Il vit avec sa mère (Deannie Yip, qui a seulement dans la vraie vie neuf ans de plus que Leslie Cheung ; mais ça fonctionne bien malgré tout). C’est une femme totalement immature qui n’a jamais le sou. Elle passe son temps à jouer et à mettre au prêteur sur gages tout ce qu’elle voit trainer. Teddy voulait mettre de la musique, sa mère a vendu le poste de radio. Il doit s’occuper d’elle et l’argent qu’il a gagné de ses larcins va directement dans le porte-monnaie de cette mère indigne. C’est un personnage pitoyable mais il fournit les rares moments comiques du film.

Le tournant dramatique d’Arrest the restless commence avec l’arrivée de Sam Chow (Eddie Ng) qui est l’antithèse de Teddy. Sam Chow est un fils de riche, en l’occurrence son père est l’un des dignitaires de Hong Kong. Sam Chow se considère comme impuni et, avec sa bande, il sait que, quoi qu’il fasse, il ne sera jamais arrêté. De toute façon, pour les chefs de la police, le seul coupable sera encore et toujours Teddy. Sam Chow viole une jeune femme, mais Lam doit le libérer sous la pression du pouvoir. Puis, il tue une amie de Siu Man et défigure cette dernière. Là encore, la police accuse Teddy, pourtant innocent. Le sergent Lam va tout faire pour la vérité surgisse.

Tout comme Lee Rock sorti tout juste un an auparavant, Arrest the restless analyse la corruption qui régnait à cette époque dans la police de Hong Kong. C’est un film sur la lutte des classes qui démontre que l’injustice est du côté des nantis. Leslie Cheung, éternel adolescent avec son visage poupin, est excellent dans son rôle. En quelques regards, il parvient à montrer tout le désespoir d’une jeunesse sacrifiée. Le film n’est pas dépourvu de clichés. La bande à Sam Chow est très caricaturale, ils sont tous cruels, décérébrés et inconscients de leurs actes. Ils sont trop chargés, tout comme les édiles. Mais la mise en scène est très enlevée, la reconstitution des années 1960 crédible sans qu’elle soit trop appuyée.

Arrest the restless (藍江傳之反飛組風雲, Hong Kong, 1992) Un film de Lawrence Ah Mon avec Leslie Cheung, Charles Heung, Vivian Chow, Deannie Yip, Paul Chun, Eddie Ng, Guy Lai, Fruit Chan, Ricky Ho, Lam King-kong, Law Yiu-hung, Alex To.

vendredi 30 septembre 2011

Okinawa rendez-vous


Le mélange entre la comédie romantique et le polar à base de mafia japonaise est au programme de Okinawa rendez-vous où quelques amis vont passer des vacances et s’introduire dans une aventure d’argent volé qui ne les concerne pas. Pour que ce mélange fonctionne, il faut y aller à fond dans les deux genres, prendre les clichés et les retourner, mais cette ambition, Gordon Chan et son scénariste Chan Hing-kai ne la prennent pas. A la place, on a droit à un film très mou et un scénario qui peine à trouver un ton juste et des gags qui ne font jamais sourire. En revanche, je suis très content pour les acteurs qui ont pu passer quelques jours de vacances tranquilles à Okinawa.
Soit un flic gratte papier, Dat (Tony Leung Ka-fai) qui part en vacances avec sa femme Sandy (Gigi Lai) et la meilleure amie de cette dernière Cookie (Stephanie Che). Il ne s’entend pas bien avec cette amie qui le taquine. Il tombe sur Jenny (Faye Wong) qui cherche à se cacher, de manière fort peu discrète, des sbires de son ex, le mafieux Ken Sato (Kato Masaya) à qui elle vient de voler la récompense promise à Jimmy Tong (Leslie Cheung) et son comparse Kuk Bo (Vincent Kok), pour avoir volé dans les locaux de la police son journal intime. Voilà pour le début exposé en quelques minutes, ça va vite, ça promet quelques quiproquos puisque aucun des personnages ne sait qui est l’autre. Mais très vite, il faut déchanter.
Dat reconnait Jimmy et espère pouvoir gravir les échelons en l’arrêtant en flag. Il va donc monter un casse de toutes pièces et leur proposer d’y participer. Il choisit une banque au hasard, mais qui en vérité se trouve à côté de l’appartement de Jenny. Et cette jeune demoiselle qui ne se cache pas vraiment de Ken Sato (l’un des gros, gros écueils du film, comment fait-il pour ne pas plus la chercher et ne jamais la trouver alors qu’elle se promène partout tranquillement ?) va devenir le centre d’attraction des deux hommes. Pour s’attirer ses faveurs, ils vont révéler ce qu’ils sont en train et tenter de disqualifier l’adversaire. Et pendant ce temps, par un autre concours de circonstance, Ken Sato va draguer Sandy et tomber amoureux d’elle et réciproquement.
Certains moments sont amusant mais mal exploités, comme quand Ken Sato séduit Sandy, l’amène dans une salle de jeu et jouent devant ses hommes de main qui baillent à se rompre les mâchoires. Certains moments tombent à plat : Kuk Bo est ses petites habitudes quand il perce un trou dans le mur de l’appart de Jenny, il met du hard rock, se fait une petite bouffe. C’est ça que cherchait Gordon Chan, mettre du cool dans cette histoire de flic contre policier, il essaie de transformer son polar en comédie comme Johnnie To et Wai Ka-fai ont su le faire au même moment. Mais le vrai problème, c’est que les acteurs en font toujours trop et également que la musique n’est jamais placée au bon moment. Aucun décalage réel ne se produit et Okinawa rendez-vous devient petit à petit un sommet d’ennui.
Okinawa rendez-vous (戀戰沖繩, Hong Kong, 2000) Un film de Gordon Chan avec Leslie Cheung, Faye Wong, Tony Leung Ka-fai, Gigi Lai, Vincent Kok, Stephanie Che, Higuchi Asuka, Kato Masaya.

jeudi 19 mai 2011

Happy together



Comme Chungking Express, je n’avais pas vu Happy together depuis sa sortie modeste entre Noël et le Jour de l’an en cet hiver 1997. Wong Kar-wai avait reçu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1997. Cette année-là est celle de la rétrocession de la colonie britannique à la Chine et c’est tout naturellement que le scénario parle d’un voyage à l’autre bout du monde, loin de Hong Kong, à Buenos Aires et encore plus loin, au Nord aux cascades d’Iguazu ou au sud à Ushuaia. Le but est de fuir sans que l’on ne sache pourquoi les personnages fuient, si ce n’est pour reprendre leur vie à zéro.
Deux amants, une voiture, un lieu désert. Po-wing (Leslie Cheung) et Yiu-fai (Tony Leung Chiu-wai) se disputent. Ils se sont perdus en chemin et n’arriveront jamais à destination. Leur couple ne tient pas la route, mais est-on sûr qu’ils sont vraiment en couple. Ils semblent être deux pôles que tout oppose mais comme un aimant, ils sont complémentaires. Cette première partie de voyage, filmée dans un noir et blanc sépia qui évoque un flash-back. Cette errance, métaphore de l’inconnu avant le rattachement à la Chine, s’interrompt brusquement. Le seul souvenir qu’ils ramènent de ce périple est une lampe qui reproduit la cascade.
Retour en ville après leur première séparation. Une longue série de séparations. Fai fait des petits boulots. Il accueille des touristes asiatiques (les harcèlent plutôt) pour qu’ils viennent dans l’hôtel qui l’emploie. Po-wing lui a piqué tout son fric, il ne peut pas bouger. La couleur est arrivée, couleurs criardes aux teintes chaudes, rouge et jaune. Et un jour, Po-wing revient, leur romance reprend. Ils s’embrassent, ils apprennent à danser le tango, ils se caressent. Po-wing reproche à Fai son boulot minable mais est bien content de profiter de sa paie. Leurs disputes sont quotidiennes. Fai dort sur le canapé, Po-wing dans le lit.
Tout est prétexte à des engueulades. Po-wing se fait tabasser un soir où il va draguer. Mais il est vert de jalousie de Fai. Quand ce dernier va lui acheter une cartouche de clopes, Po-wing s’énerve, les balance à terre et quitte le minuscule appartement en claquant la porte. Fai change de boulot, il bosse dans un restaurant chinois à Buenos Aires. Il appelle au téléphone toutes les cinq minutes Po-wing qui s’est blessé aux mains et ne peut rien faire. Il devient de plus en plus jaloux d’autant que Fai sympathise avec Zhang (Chang Chen), un jeune taiwanais qui bosse avec lui à la plonge.
Happy together est un film entièrement autour du motif de la rupture. Les amours entre les deux hommes sont d’une grande simplicité mais Wong Kar-wai choisit de n’en filmer que les piques d’émotions, que les crises de nerf qui forment leur quotidien. Toujours ensemble parce qu’aucun d’eux ne parle espagnol, mais séparés par la force des choses : lits séparés, horaires différents et surtout, ils ne semblent pas vouloir la même chose. Ainsi après le départ définitif de Po-wing, quand Fai rencontre Zhang avec lequel il n’aura pas d’histoire d’amour, une nouvelle vie pourra commencer ailleurs, avec ce jeune homme sans doute. Cette histoire plus calme, il faut l’imaginer à la fin du film quand Fai part à Taiwan avec comme fond sonore la chanson de Frank Zappa I have been in you, morceau ô combien sexuel.
Happy together (春光乍洩, Hong Kong, 1997) Un film de Wong Kar-wai avec Tony Leung Chiu-wai, Leslie Cheung, Chang Chen.

samedi 2 avril 2011

Double tap


C’est sur un stand de tir que se rencontrent pour la première fois Rick Pang (Leslie Cheung) et l’inspecteur Miu (Alex Fong Chung-sun). Chacun s’entraine pour une compétition qui doit bientôt avoir lieu. Le but du jeu étant de tirer sur des cibles le plus rapidement possible et quand le tireur touche la cible en un double coup, ce tir s’appelle le double tap. Pang est très fort à ce sport et s’est construit une arme spéciale pour parvenir à réussir tous ses coups. Pang est un homme secret dont on ne connaitra pratiquement rien si ce n’est qu’il a une copine Colleen (Ruby Wong), très enjouée et visiblement très amoureuse. Pang passe tout son temps à apprendre à des élèves à tirer dans sa propre école de tir.
Miu est aussi un passionné des armes et aimerait confronter ses qualités à celles de Pang et effectivement leur niveau est similaire. Mais ce qui ne devait être qu’une compétition devient le lieu d’un drame. Un collègue de Miu s’invite sur les lieux. Il vient de perdre beaucoup d’argent à force de boursicoter et dans un coup de folie prend en otage Colleen. La police ne sait pas comment réagir. Doit-elle abattre un de ses membres ou discuter ? L’homme devient menaçant, Pang se saisit de son arme et l’abat. Pang est traumatisé et va voir un psy mais il lui confesse, sur le canapé, qu’il a pris du plaisir à tuer un homme.
Trois ans plus tard, un homme d’affaire est abattu chez lui ainsi que ses trois gardes du corps. Compte tenu des indices, la police va entendre Yeung (Henry Fong) que l’on l’avait déjà vu. Pang lui avait donné des cours de tir et refusé de céder devant son arrogance à vouloir tuer un poulet vivant pour voir les impacts des balles sur de la chair vivante. Or les coups de feu sont en double tap et Miu est persuadé que Pang a quelque chose à voir dans cette affaire. Il va l’interroger mais refuse de parler. Pour le faire plier, il va accuser Colleen de détenir des armes à feu chez elle, sachant que la détention d’armes est très réglementée à Hong Kong. Miu pense avoir un bon moyen de pression pour connaitre la vérité dans ces meurtres.
Double tap est d’abord un film à suspense. Nons pas que l’on ignore que Pang soit l’auteur de tous ces meurtres. On comprend très vite qu’il l’est et qu’il a pris du plaisir à se débarrasser de ces hommes d’affaire véreux. Sa femme est mise en prison et il devient libre de ses mouvements, la police n’ayant pas de preuve. Son but va être de la faire libérer dans les plus brefs délais et la police va le prendre en filature dans une course poursuite toute en finesse mêlée de violence. Pang va tirer sur tout ce qui bouge avec un grand calme. Puis, il va faire du chantage à la police pour que Colleen soit libre. Sa méthode est simple : il tuera un à un les collègues de Miu tant qu’elle ne sortira pas de prison où elle décidé de faire une grève de la faim.
Au-delà de ce récit riche en rebondissements et d’un suspense pervers, c’est le duo Leslie Cheung Alex Fong Chung-sun qui impressionne. Les deux personnages ne semblent pas si éloignés l’un de l’autre dans leur vie respective. Ils ont la même passion pour le tir mais leur objectif est radicalement opposé. La bonne idée de Law Chi-leung et Derek Yee (qui produit Double tap) est de les faire se ressembler physiquement. Leslie Cheung joue un personnage taciturne et secret. Il est dans un sous-jeu alors que la plupart des « méchants » du cinéma de Hong Kong sont dans le sur-jeu et la surenchère. Son apparence physique le rend presque méconnaissable. Au fur et à mesure du film, ses yeux deviennent rouges comme si la lassitude du monde s’était arrêtée sur lui. Son affrontement avec Alex Fong n’en prend que plus de saveur et donne au film une teinte d’immoralité assez jouissive.
Double tap (鎗王, Hong Kong, 2000) Un film de Law Chi-leung avec Leslie Cheung, Alex Fong Chung-sun, Ruby Wong, Monica Chan, Vincent Kok, Alexander Chan, Joseph Cheung, Choi Yip-san, Lawrence Lau, Henry Fong.

mardi 4 janvier 2011

It's a wonderful life


It’s a wonderful life commence avec quelques vues de décorations de Noël tandis qu’une version cantonaise de la chanson Noël blanc est en fond sonore. Pour rentrer immédiatement dans le vif du sujet, le film présente les personnages grâce à une prière de la mère de famille qui souhaite que chacun de ses quatre enfants réussisse dans la vie mais surtout en amour. On est en terrain très connu, balisé même. On sait exactement où les personnages vont aller et, parce qu’on est dans une comédie du Nouvel An Lunaire, on sait qu’à la fin, tout ira bien.

Clifton Ko reprend la distribution de son All’s well end’s well (ou presque) et leur donne presque les même personnages. Le père (Walter Tso) et la mère (Lee Heung-kam) sont donc là comme observateurs de la vie amoureuse de leur progéniture. Le grand-père (qui surnomme son fils Foon) est interprété par Kwan Tak-hing qui n’est dans le film sans doute que parce qu’il incarna Wong Fei-hung au cinéma durant des décennies et que Il était une fois en Chine est encore à la mode. Le vieil acteur fera quelques figures de kung-fu pour faire un clin d’œil au spectateur.

Raymond Wong Bak-ming est Kau Fu, le fils aîné. Cadre supérieur, il est marié et a une fillette. Lors de ses réunions de travail, il se sent toujours obligé de trinquer avec les clients et il rentre souvent soûl le soir à la maison ce qui agace sa femme (Petrina Fung) qui le vire du domicile conjugale. Son épouse tient un restaurant japonais. L’un des meilleurs gags du film consiste à ce qu’elle fasse la leçon à ses employées en leur demandant de sourire beaucoup et de remercier encore plus, comme les Japonaises. Elle veut montrer l’exemple mais c’est son mari qui est le client et elle est fort impolie.

Parce que Raymond Wong Bak-ming est le producteur du film, il se donne le plus grand rôle et celui qui est censé le plus émouvoir. Il accable l’épouse d’un peu tous les maux dans une misogynie habituelle dans la comédie. Il a été chassé de la maison mais elle s’est tout de suite remise avec son avocat engagé pour le divorce. La fillette vit mal la séparation et elle est odieuse avec les nounous. C’est alors que Kau Fu a l’idée de se déguiser en femme pour faire la nounou. Il parviendra, grâce à sa perspicacité, à montrer que l’avocat n’est qu’un affreux coureur de jupons.

Le deuxième fils Kau Kwai (Tony Leung Ka-fai) est bègue. Il a beaucoup de mal à s’exprimer avec des mots mais il possède un grand talent pour dessiner. Il exprime donc son amour pour Mademoiselle Ho (Anita Yuen), l’une des professeurs de son petit frère Kau Kei (William Chu) grâce aux mangas. Enfin, Kau Ann (Teresa Mo) revient de France avec un de ses amis Roberto (Leslie Cheung), sorte de personnage Bohème. Ils n’ont pas compris qu’ils sont amoureux l’un de l’autre. Depuis son départ pour la France, Ann semble avoir bien changée. Son amour d’enfance Chung (Lau Ching-wan) espère pourvoir l’épouser mais elle ne l’aime pas.

Tout le film sera une suite de sketchs où les personnages devront conquérir ceux qu’ils aiment, leur ouvrir les yeux pour qu’ils se rendent compte qu’ils sont gentils. Il n’y aura rien de neuf de ce point de vue. Les bandes dessinées qu’écrit Kwai sont imaginées par lui avec tous les membres de sa famille et les décors utilisés (des dinosaures qui bougent à peine, Jurassic Park venait de sortir) sont ridicules. Le film parvient à faire sourire très épisodiquement. Certes, ces comédies du Nouvel An Lunaire sont toujours fédératrices et gentilles, It’s a wonderful life prouve aussi qu’elles peuvent être niaises.

It’s a wonderful life (大富之家, Hong Kong, 1994) Un film de Clifton Ko avec Raymond Wong Kak-ming, Leslie Cheung, Teresa Mo, Anita Yuen, Tony Leung Ka-fai, Fung Bo-bo, Carol Cheng, Lau Ching-wan, Kwan Tak-hing, Lee Heung-kam, William Chu, Walter Tso.

jeudi 9 décembre 2010

Rouge


Hong Kong, 1934, Fleur (Anita Mui) une courtisane très réputée est admirée de tous les hommes qui paient des sommes folles pour ne toucher qu’un bout de sa peau. Fleur fascine un de ses clients, Chan Chen-pang (Leslie Cheung) qui vient tous les jours pour passer un long moment en sa compagnie. Elle constate bien qu’il veut la séduire, résiste d’abord, puis tombe amoureuse de lui. Ils veulent se marier mais leur conditions sociales sont très opposées, Chan vient d’une famille très riche et ses parents voient d’un mauvais œil qu’il puisse épouser une prostituée.

Hong Kong, 1987. Yuen (Alex Man) travaille dans un journal. Il voit surgir Fleur dans les locaux de son travail, elle porte une de ses belles robes fleuries. Elle veut passer une petite annonce pour retrouver Chan. Yuen a beau fermer la porte du bureau, elle passe quand même. Puis dehors, elle le retrouve. Il comprend qu’elle est un fantôme et décide de l’inviter chez lui. Cela ne ravit pas Chu (Emily Chu), sa petite amie qui croit d’abord qu’il a ramené sa maîtresse. Ils doivent se rendre compte que Fleur est bel et bien un fantôme qui cherche à retrouver son amant.

Fleur constate que tout a changé, que les lieux qu’elle connaissait n’existe plus. La maison de plaisir où elle travaillait est devenue une crèche pour bambins. Tout a changé sauf elle qui croit encore en son amour éternel par delà la mort. Fleur et Chan se sont donné la mort quand les parents du jeune homme se sont mis en travers de leur liaison. Ils se sont suicidés pour se retrouver dans un monde où rien ne pourra les arrêter. Yuen et Chu vont aider Fleur dans sa quête.

Le passage entre les deux époques permet de faire le point sur le romantisme tel que l’envisage Stanley Kwan. Celui de Fleur est exacerbé, il va par delà la vie et ne souffre d’aucun compromis. Fleur se demande pourquoi Chan ne vient pas au rendez-vous. Elle se désespère de sa situation. Elle se rendra compte de ce qui est réellement arrivé en 1934. La vie de couple en 1987 est plus libre. Fleur s’étonne que Yuen et Chu ne soient pas mariés alors qu’ils se fréquentent depuis quatre ans. D’autant que l’amour terrestre de Fleur et Chan n’a duré que quelques jours. Mais c’était une autre époque.

Rouge est aussi marqué par son époque, par son duo de stars, Leslie Cheung et Anita Mui, très amis dans la vie, duo aujourd’hui disparu. Le film est un peu démodé bien qu’extrêmement bien conçu. La partie enquête sur Chan est un peu poussive, sa résolution ne vise qu’à démontrer que le passé était supérieur au présent. Le film tient à l’interprétation magistrale d’Anita Mui qui joue tout en douceur son rôle où la violence des sentiments contraste avec son calme. Rouge est un mélodrame flamboyant qui gagna toute une flopée de récompenses aux 8ème Hong Kong Film Awards.

Rouge (胭脂扣, Hong Kong, 1987) Un film de Stanley Kwan avec Anita Mui, Leslie Cheung, Alex Man, Emily Chu, Patrick Tse, Irene Wan, Lau Kar-wing, Kara Hui.

mercredi 13 octobre 2010

Shanghai Grand


Le Shanghai des années 1930 a toujours fasciné Tsui Hark qui a su décrire l’atmosphère de la ville pendant cette période de crise que fût l’occupation par les étrangers de la ville chinoise. Shanghai Grand n’est, officiellement, qu’une production du cinéaste. Il a confié la réalisation du film à Poon Man-kit pour ce qui est le chant du cygne de la compagnie Film Workshop avant que Tsui Hark ne parte travailler pour Hollywood et que la société n’interrompe ses activités.

Trois personnages, trois chapitres annoncés dans un carton comme à l’époque du cinéma muet. Poon Man-kit jouera souvent sur cette imagerie en coloriant ses images d’un filtre sépia. C’est avec beaucoup de luxe que la ville de Shanghai est reconstituée même si les scènes en extérieur sont rares. Cela coûte moins cher de tourner en studio. On aperçoit une affiche d’Autant en emporte le vent, ce qui permet de dater précisément l’époque (fin des années 1930) et ce film, Fung Ching-ching va le voir tous les jours.

Ding Lik (Andy Lau) sait que Ching-ching se rend souvent au cinéma et fait tout ce qu’il peut pour la rencontrer. Ils viennent de deux mondes différents. Lik est un petit commerçant sans envergure qui se fait martyrisé par un petit chef local. Mais il est amoureux de Ching-ching et cherche à la voir. Elle est la fille unique d’un des pontes de la ville, une sorte de parrain à qui on ne peut rien refuser. Mais il va bien falloir lui trouver un mari. Lik est dans la liste des candidats.

Sa rencontre avec Hui Man-keung (Leslie Cheung) se fait par hasard. Shanghai Grand commence avec lui dans une scène d’une grande violence où lui et ses compagnons taïwanais sont torturés sur un bateau. Hui parvient à s’échapper. A bout de course, Lik le recueille et un concours de circonstances leur permet de rentrer dans le clan de Fung. Lik va pouvoir grimper les échelons et parvenir à son rêve de mariage avec la fille du parrain. Mais évidemment, tous ses beaux plans de carrière vont être contrecarrés par la réalité.

Le film, divisé en trois chapitres de longueurs inégales, propose le point de vue de chacun des trois personnages. Après l’ascension sociale de Ding Lik, c’est le passé de Ching-ching et la parcours de Hui avant sa rencontre avec Lik qui est évoqué. Chaque flashback offre un élément du puzzle qui permet de recomposer une histoire morcelée. Shanghai Grand devient plus qu’un simple film de triades mais une grande tragédie amoureuse où la femme sépare les hommes.

Shanghai Grand (新上海灘, Hong Kong, 1996) Un film de Poon Man-kit avec Andy Lau, Leslie Cheung, Ning Jing, Amanda Lee, Almen Wong, Wu Hsing-guo, Lau Shun.

mardi 29 juin 2010

The Banquet



En 1991, une importante inondation a ravagé la Chine. The Banquet a été tourné pour rassembler des fonds en faveur des victimes. Un très grand nombre de stars et d’acteurs du cinéma de Hong Kong ont répondu présent pour participer à ce film. Quelques uns pour les rôles principaux, d’autres pour une courte apparition, d’autres encore en tant qu’eux-mêmes. Teresa Mo et Andy Lau ouvrent le film en expliquant ce que je viens d’écrire. The Banquet a rapporté plus de 21 millions de dollars HK.

Monsieur Tsang (Eric Tsang) est un riche homme d’affaires qui se déplace en Rolls Royce. Avec son fidèle bras droit Jacky (Jacky Cheung) il va tenter de convaincre quatre vieux de lui vendre leur immeuble pour construire à la place un centre commercial. Pas de change pour Tsang, Hung (Sammo Hung) est aussi sur le coup avec Curly (John Sham, par ailleurs producteur du film). Chacun des deux camps fait preuve d’arrogance et de mauvaise foi pour persuader les pépés qui vont céder. Il reste maintenant à trouver des fonds pour la construction.

Tsang est devenu un homme fantasque qui lasse son entourage, notamment Wai (Tony Leung Chiu-wai), son secrétaire particulier et homme à tout faire. On le voit par exemple danser sur de la pop déguisé en personnage d’opéra chinoise entre Maggie Cheung et Karena Lam. Ses deux vieilles servantes (Kara Hui et Wong Wan-si) ne se donnent même plus la peine d’écouter les ordres. Mais c’est son épouse Mimi (Carol Cheng), une insupportable riche héritière qui lui rappelle sans cesse d’où vient son argent que l’on a le plus envie de baffer. Bref, toute la maisonnée est loufoque car après tout, on est dans une comédie et chacun a quelques secondes pour en faire des tonnes.

Une idée vient à Tsang. Il va inviter un émir du Koweit (on est alors en pleine guerre du Golfe, celle de George Bush père). Il va s’agir de l’inviter mais Alibarba, l’émir, a un amour paternel que n’a pas Tsang. Depuis qu’il est devenu homme d’affaires et surtout depuis qu’il a épousé Mimi, il n’a pas vu son père. Tsang décide que son père (Richard Ng) va loger chez lui, ainsi Alibarba verra qu’ils ont le même amour de la famille. Il faut pour l’instant savoir où habite le paternel. Tsang a réussi à convaincre sa femme de ramener cet homme sans argent et sans manière mais il faudra aussi enlever le père de chez sa sœur (Rosamund Kwan) et son beau-frère (Tony Leung Ka-fai) qui voient d’un mauvais œil ce soudain regain d’intérêt pour le papa. D’autant que Tsang a des goûts de riche en contradiction avec la vie modeste du reste de sa famille. Pour qu’ils acceptent, Tsang leur ment et annonce qu’il a un cancer et qu’il va mourir.

Le père de Tsang arrive chez son fils, ou plutôt chez sa belle fille qui n’en veut pas. Elle décide de lui donner des cours de bonnes manières. En quelques courtes minutes, on voit venir faire les pitres, Simon Yam, bandana sur la tête pour des cours de mode accéléré, Eric Kot et Jan Lam en profs d’anglais qui ne savent pas le parler, Liu Chia-liang vient donner un cours de sabre traditionnel et enfin Karl Maka en coiffeur et maquilleur qui doit donner un aspect plus vieux et respectable. Une visite de la sœur et du beau-frère offre un beau moment burlesque quand ils apportent deux flacons pour guérir le cancer : de l’alcool médicinal au cafard et au rat. Tsang doit boire tout cela avec beaucoup de dégoût.

Le défilé de stars ne fait que commencer. Le banquet va bientôt avoir lieu. Mais les invités tardent à arriver. Il faut signaler que Jacky qui en a marre des humiliations de son patron a retourné sa veste et bosse maintenant pour Hung qui a décidé d’organiser un banquet concurrent où les stars affluent. Tsang s’endort et se met à rêver. Anita Mui arrive en robe de soirée mais elle veut seulement utiliser les toilettes. Puis Sally Yip veut se désaltérer. Sylvia Chang et Anthony Chan arrivent pour voir le père interprété dans ce rêve par Michael Hui entouré de Maria Cordero, de John Woo et de Chu Yuan. Enfin le prince Alibarba arrive, c’est Alan Tam entouré de Raymond Wong Bak-min et Tommy Wong. Puis Tsang rêve que sa femme est morte mais Stephen Chow dans son personnage de Saint of gamblers vient la ressusciter et c’est Gong Li qui interprète la femme. Enfin, Tsang se regarde dans un miroir et il a la tête de Leslie Cheung. Mais tout cela était un rêve et quand Tsang se réveille le prince Alibarba (George Lam) arrive et personne n’est là.

Finalement, Hung viendra chez Tsang avec ses invités mais pour l’humilier car le père a compris toute la supercherie et les mensonges du fils. Puis, Hung se réconciliera avec Tsang et tout le film se terminera dans un banquet d’un quartier populaire avec des mets typiquement chinois. Un grand nombre des acteurs qui firent une courte apparition sont à nouveau présents autour des tables, et quelques autres encore. Le bon sens reprend ses droits. La famille est réunie. La femme de Tsang abandonne ses airs de snob et mange de bon cœur un croupion de poulet. On aperçoit autour des tables Lydia Shum et Bill Tung, couple vedette de la franchise It’s a mad mad world, Nat Chan donne à manger à un chien, Leslie Cheung et Aaron Kwok se regardent dans les yeux avec tendresse et également Ng Man-tat qui remonte son t-shirt et laisse apparaitre son gros ventre. Et puis encore d’autres dans d’autres moments du film.

Ensuite, il faut bien le reconnaitre, on rit quand les acteurs sont drôles, quand on les aime dans d’autres films. Il est difficile de discerner quel cinéaste a pu tourner quelle séquence. On sent que le film est en roue libre, écrit selon les disponibilités des acteurs et seule la séquence du rêve est vraiment drôle puisqu’on ne sait pas quelle star va arriver et ce qu’il va faire. En revanche, pour l’amateur éclairé de comédie cantonaise blindés d’acteurs et actrices comiques, on est servi. Pour une fois, je n’ai pas mis une photo pour illustrer le film mais l’affiche qui illustre parfaitement la richesse de la distribution. Le générique qui suit ne prend en compte que les acteurs et actrices que j’ai reconnus.

The Banquet (豪門夜宴, Hong Kong, 1991) Un film de Tsui Hark, Clifton Ko, Joe Cheung, Alfred Cheung avec Eric Tsang, Carol Cheng, Richard Ng, Sammo Hung, Jacky Cheung, Tony Leung Ka-fai, Rosamund Kwan, George Lam, Tony Leung Chiu-wai, John Sham, Gong Li, Stephen Chow, Leon Lai, Sally Yeh, Maggie Cheung, Michael Hui, Ng Man-tat, Leslie Cheung, Joey Wong, Anita Mui, Aaron Kwok, Anthony Chan, Liu Chia-liang, Ti Lung, Kara Hui, Vincent Wan, Mars, Mimi Chu, Simon Yam, John Woo, Sandra Ng, Ng See-yuen, Candice Yu, Michelle Reis, Johnnie To, Lydia Shum, David Chiang, Tsui Hark, Teddy Robin, Tony Leung Siu-hung, Leung Kar-yan, Joe Cheung, Anthony Chan, Sylvia Chang, Alfred Cheung, Wong Wan-si, Mabel Cheung, Roy Cheung, Nat Chan, Karl Maka, Gabriel Wong, Raymond Wong Bak-ming, Kenneth Tsang, Yonfan, Chu Yuan, Tommy Wong, Bill Tung, Maria Cordero, Lau Siu-ming, Gordon Liu, Carina Lau, Ivan Lai, Lowell Lo, Alan Tam, Eric Kot, Jan Lam, Billy Lau, Loletta Lee, Andy Lau et Teresa Mo.