Affichage des articles dont le libellé est Teresa Mo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Teresa Mo. Afficher tous les articles

mercredi 26 février 2014

Touch and go


Gentil gars un peu naïf, Fasto (Sammo Hung) est témoin du meurtre d’un policier par trois gangsters. Pas de chance pour lui, il se fait repérer et poursuivre par les tueurs dans la rue. L’un des trois malfrats le menace d’un révolver, Fatso se défend et parvient à s’échapper à l’arrivée de la police. L’inspecteur Pitt (Vincent Wan) est plutôt content d’avoir un témoin oculaire fiable mais c’est sans compter sur le chef de la police qui veut diligenter l’enquête à sa place. Avec ironie, Pitt l’accuse toujours d’être trop lent pour arriver sur les lieux du crime, et effectivement, son chef a constamment un train de retard, l’occasion pour Pitt d’agir avant lui.

Le problème est que Fatso a peur que les truands viennent l’assassiner chez lui pour qu’il ne puisse pas témoigner. Ainsi, quand Pitt vient le chercher chez lui, Fatso le prend pour un tueur (ils ne se sont pas vus) et se bagarrent dans l’appartement. La confusion dissoute, ils partent au poste de police. Ils sont suivis par le chef des tueurs, Lam (Tommy Wong), un homme au regard de fou surnommé, le « Dieu de l’enfer ». Tommy Wong, au corps démesuré, surtout à côté de Sammo Hung, fait peur, jouant à fond la caricature du méchant vicieux et violent.

Fatso a beau lui proposer de faire la paix, d’oublier l’incident, rien n’y fait, Lam Lam veut le tuer et il le clame haut et fort. Ringo Lam sous-entend là que la police est parfois inefficace. Pitt, après s’être battu dans la rue, parvient à arrêter Lam mais son avocat le fait libérer aussi sec. Fatso se sent alors menacé d’autant que la police ne semble pas vouloir le protéger. Il a de la rancœur contre la police et Pitt en particulier qu’il accuse de se servir de lui, d’autant que le policier tué était l’un de ses amis très proches. Il rentre chez lui. Lam le menace par téléphone et immédiatement lance un projectile dans son appartement qui brûle.

Sans domicile, Fatso est accueilli par Angel (Teresa Mo), sœur de Pitt et journaliste qui compte écrire un papier sur les témoins bafoués par la police. Angel, Pitt et Fatso vont mener l’enquête, traquer le « Dieu de l’enfer » qui fait preuve de plus en plus de détermination pour éliminer tous ceux qui se trouveront sur son passage, y compris sa petite amie Mei (Irene Wan) qu’il malmène et qui va se rebeller. Elle est la victime d’un réseau de prostitution que Pitt va vouloir démanteler. Touch and go traite sans nuances ni conviction le drame des réfugiées du Continent venues chercher, en vain, le bonheur à Hong Kong.

Le film s’aventure parfois dans le burlesque avec le personnage de la maman de Fatso (Helena Law), vieille dame loufoque qui débride la maison de retraite où elle vit ou le personnage de Lulu (Ann Mui), la voisine vénale de Fatso qui profite de sa trop grande gentillesse. La grand-mère d’ailleurs pense que Lulu ne vaut rien mais trouve qu’Angel est une fille très bien pour son fils, qui ne demandait rien. Film un peu mineur de Ringo Lam, Touch and go vaut surtout pour ses scènes d’action énergiques, notamment les combats contre Tommy Wong auxquels se livrent Sammo Hung et Vincent Wan.

Touch and go (一觸即發, Hong Kong, 1991) Un film de Ringo Lam avec sammo Hung, Teresa Mo, Vincent Wan, Tommy Wong, Ann Mui, Irene Wan, Lau Kong, Helena Law, Lam Chung.

lundi 29 juillet 2013

Don't fool me


Ils étaient amis au lycée et un jour, ils se retrouvent après des années sans s’êtres vus. Hero Wah (Andy Lau) n’a jamais eu de diplôme. Petite frappe qui vit grâce à ses poings qu’il utilise à escroquer de pauvres gens (dont le gentil Wong Yat-san alias la Tortue) pour le compte de Shing Fui-on, un sbire des triades. Cheung Ho-kit (Tony Leung Chiu-wai) est courtier en assurance et travaille pour une grosse entreprise. Kit fait comprendre à Wah que son boulot est bien plus compliqué que le sien tant il doit croiser des gens bizarres. Ils décident alors d’échanger leur poste pour faire le travail de l’autre.

Changement d’abord de tenue. Wah troque ses fringues décontractées pour un costume de bureau. Hero Wah rencontre Madame Mui (Teresa Mo), la stricte patronne de Kit. Elle impose une discipline à ses employés et Wah, qui fait exploser les règles, va séduire cette patronne coincée. Quant à Kit, il débarque sur une course illégale de voitures. Son costume cravate le fait immédiatement remarqué par tous, et surtout Fanny (Fennie Yuen), qui sur sa moto aide Kit à s’échapper quand la police débarque. Il découvre que Fanny est la fille d’un chef de gang (Michael Chan).

L’habit fait le moine et Fanny va relooker son nouveau protégé avec une veste en jean’s et du gel dans les cheveux. Une bonne partie de l’humour du film est autour de l’apparence des acteurs (« Madame Mui, comme Anita Mui », dit Wah à Kit), les coupes des acteurs (les cheveux bouclés ridicules de Teresa Mo et Anthony Wong) et les fringues tape-à-l’œil dont se moquent les personnages (le costume de Michael Chan), les différents costumes que porte Andy Lau pour son premier jour de travail : une veste violette, puis une tenue traditionnelle chinois et enfin une djellaba comme s’il était un cheikh arabe.

Le duo entre Tony Leung Chiu-wai et Andy Lau est finalement assez peu présent dans Don’t fool me. Les deux acteurs se rencontrent qu’en début et en fin de film, tout le reste est dévolu à leur romance respective car bien évidemment, les deux hommes vont se disputer avec leur petite copine avant la réconciliation finale. Car les deux gars vont s’améliorer au contact des femmes au caractère bien trempé. Le film d’Herman Yau est une comédie burlesque qui joue sur l’incompétence de chaque personnage dans un univers inconnu. En gros, les triades ce n’est pas si éloigné que ça du milieu des assurances. Les gags qui traversent Don’t fool me sont d’abord du comique de la situation d’échange des emplois.

Certains gags visuels illustrent l’idée non-sensique en vogue à cette époque : une confrontation entre Andy Lau et Anthony Wong au restaurant. Ce dernier jette au visage tous les ingrédients qui se trouvent sur sa table et Andy Lau les rattrape dans sa bouche. Vers la fin du film, les deux héros sont suspendus à une corde d’un immeuble d’où ils s’échappaient mais ils sont à 50 centimètres. La scène finale de prise d’otages qui tourne au grotesque avec la TV en direct. On sent que de nombreux jeux de mots existent dans les dialogues, pas forcément détectables grâce aux sous-titres. Du coup, Don’t fool me navigue suivant la qualité des gags entre le très nul et l’hilarant.

Don't fool me (
中環英雄, Hong Kong, 1991) Un film de Herman Yau avec Andy Lau, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Fennie Yuen, Michael Chan, Shing Fui-on, Anthony Wong, Charine Chan, Wong Yat-san, Jeffrey Lam, Chow Mei-yan, Lee Hoi-sang, Wong Chi-keung, Bruce Law.

dimanche 30 juin 2013

Legend of the Dragon


« Ne fais pas de paris, ne te bats pas », telle est la recommandation que reçoit Chow Siu-lung (Stephen Chow) de son père Chow Fei-hung (Yuen Wah) à son départ de la campagne chinoise pour Hong Kong. Ce départ est consécutif du retour d’une vieille connaissance du père, son ancien camarade de kung-fu, l’oncle Yun (Leung Kar-yan), venu se réfugier en Chine dans le but de se protéger d’un parrain qui réclame le remboursement de sa dette. Mais aussi pour emprunter de l’argent à son Chow Fei-hung. Sans bien entendu avouer la raison de cet emprunt, car l’oncle Yun joue les victimes et, par loyauté, Hung ne peut qu’aider son ami.

On aura remarqué que les personnages de Stephen Chow et Yuen Wah portent respectivement les prénoms de Bruce Lee et du héros de la saga Il était une fois en Chine (le film de Tsui Hark n’était pas encore sorti). Legend of the Dragon rend hommage au héros de La Fureur de vaincre (il faut battre les étrangers) et au médecin chinois (on entend la musique du générique) mais aussi à la légende du Roi singe dans la séquence d’ouverture où Lung et Mo (Teresa Mo), sa condisciple doivent exécuter quelques tours d’art martial pour la télé. Lung fait le mariole en ne portant jamais les coups, en se plaçant avec son sourire niais devant la caméra du reporter (son film où il sourit le plus bêtement et tire le plus la langue – ses gags du début de sa carrière). Mo lui assène un coup de paume qui détruit le décor qui sert à la fête du dragon du village.

Hung en a plus qu’assez des facéties de son fils et accepte de bon cœur de la voir partir à Hong Kong. Mo est plus triste car elle est amoureuse de lui. Le personnage de Teresa Mo, le seul féminin du film, est un peu ingrat, cantonné à l’amoureuse un peu fofolle qui brusque le gentil Lung qui n’a rien compris à ses sentiments. Cette histoire d’amour est une pure convention et n’a aucune originalité. Le comique de Mo vient plutôt de cette brutalité dans les coups qu’elle donne alors que Lung incarne la naïveté avec ses cheveux bien lisses et sa raie sur le côté. Une belle tête de crétin. Il part avec son plus beau costume col Mao et son joli t-shirt local et il ne comprend pas que les hongkongais se moquent de lui. C’est un grand inadapté de la vie, couvé depuis toujours par son père dans le village.

Direction Hong Kong et la grande ville où commence la découverte d’un monde que Lung ne connaissait pas. L’oncle Yun l’amène dans une discothèque. La patronne lui demande quelle est son genre de femme il désire. Il répond qu’il veut une femme pour son foyer. Lung a des comportements d’enfant. Ainsi, quelques que soient le lieu ou la situation, il s’endort à minuit tapante et rien ne peut plus le déranger. Le comique est ici celui du décalage entre la corruption de la grande ville et la simplicité de Lung. Mais Yun a décelé chez lui un talent unique : il est un champion au billard. Il va exploiter le jeune homme pour rembourser sa dette. A lui l’argent des primes, Lung ne recevra que des bonbons et des coupes, ce qui le satisfait amplement d’autant qu’il n’est pas au courant des paris, compte tenu de l’interdiction de son père.

Tout roule pour le duo jusqu’au retour du parrain (Jimmy Lung) et de son bras droit (Sing Fui-on dans son rôle habituel de grosse brute) qui va pimenter cette baraka au billard en faisant jouer Lung contre un pro du billard. Puis, on apprend que Yun a hypothéqué le terrain de son ami Hung, ce qui implique son arrivée avec Mo à Hong Kong. Etonnement, le film ne parodie pas God of gamblers ce qui est plutôt une bonne nouvelle. La partie polar avec l’affrontement des triades est développée sur un mode comique, dû, sans aucun doute, à l’apport de Lee Lik-chi crédité de réalisateur exécutif. Le parrain et ses sbires se ramassent quelques grosses mandales par Lung et sa famille (il peut désormais se battre). Stephen Chow est encore dans son personnage trublion de naïf qui se défend sans en avoir conscience. Il est souvent très drôle.

Legend of the Dragon (龍的傳人, Hong Kong, 1990) Un film de Danny Lee et Lee Lik-chi avec Stephen Chow, Leung Kar-yan, Teresa Mo, Yuen Wah, Lee Hoi-sang, Jimmy Lung, Shing Fui-on,  Jimmy White,  Felix Lok, Ricky Yi , Corey Yuen, Amy Yip.

jeudi 7 février 2013

Sorties à Hong Kong (février 2013) Hotel Deluxe

Hotel Deluxe (百星酒店, Hong Kong, 2013)
Un film de Vincent Kok avec Ronald Cheng, Sandra Ng, Teresa Mo, Chapman To, Fiona Sit, Eric Kot, Jim Chim, Raymond Wong Bak-ming, Lynn Hung, Karena Ng, Siu Yam-yam, Ha Chun-chau, Yu Bo, Janelle Sheng, Winkie Lai, Joe Cheng, Steven Fung. 94 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 7 février 2013.

lundi 22 octobre 2012

Daddy, father and papa


Les rapports du jeune Benny (Siu Ban-ban), dix ans, avec ses parents (Teresa Mo est la mère et Li Wai-hung le père) sont loin d’être tranquilles. C’est une famille aisée mais le gamin est solitaire et n’a aucun camarade à l’école où les autres se moquent de lui et lui jouent des mauvais tours. Son père ne pense qu’au travail et engueule son fils qui regarde Mon voisin Tororo au lieu de faire ses devoirs. Les parents se disputent au sujet du fils qui décide de changer d’air dans une salle d’arcade où avec seulement un dollar, Benny passe la journée à jouer aux jeux vidéo, ce qui énerve le propriétaire de la salle qui le vire. Dernier espoir : aller chez son ami inventeur Pierre (Gabriel Wong). Là, il se fait encore virer pour avoir trop joué avec les robots. Il part faire un tour de vélo quand il tombe sur deux malfrats qui menacent un homme. Ils veulent récupérer des photos compromettantes. Et c’est bien entendu Benny qui attrape la pellicule et qui s’enfuit.

La partie action de Daddy, father and papa commence avec une course poursuite entre Benny sur son vélo et les deux hommes (Tommy Wong et Paul Wong) en voiture. Le gamin est kidnappé par la bande de méchants. Les parents inquiets de ne pas le voir rappliquer vont à la police pour signaler sa disparition. Puis, ils commencent eux-mêmes une enquête en interrogeant le patron de l’arcade (Teddy Yip) qui laisse échapper son exaspération au sujet de Benny. Sans en parler à son époux, la mère rencontre séparément Hung (Sammo Hung) puis Wong (Raymond Wong Pak-ming), deux de ses anciens amants. On découvre leur passé dans un court flashback en mode sépia. Elle les convainc de partir à la recherche de Benny en sortant un gros mensonge : il serait leur fils.

Le film joue alors sur deux ressorts comiques éculés. Les quiproquos entre les deux papas putatifs qui ne se connaissent pas, qui suivent les mêmes pistes (encore une fois le patron d’arcade) puis à l’école où les vilains garnements que sont les camarades de Benny leur lancent, avec des pistolets factices, des balles de plastic sur les fesses des deux hommes. C’est à cette occasion qu’ils se rencontrent, chacun étant persuadé d’être le vrai père de Benny. L’autre matière comique est l’homosexualité latente qui se développe quand ils récupèrent enfin le petit et qu’ils logent tous les trois et s’occupent de lui. La petite amie hystérique de Wong (Kingdom Yuen, dans un rôle bien ingrat) découvre Hung enveloppé d’une simple serviette de bain et comprend, en comparant leur poitrine, que Wong est devenu gay à cause des seins de Sammo Hung. Il faut ajouter à cet humour crypto-gay que le personnage de Gabriel Wong, le créateur de jouets, est présenté comme une folle.

La cible est clairement le public enfantin et le film s’inspire de Maman j’ai raté l’avion quand Benny mène ses ravisseurs sur de fausses pistes et leur mène la vie dure. Les kidnappeurs se retrouvent à déterrer un mort, il prétend avoir caché la pellicule dans une sépulture, ou électrifie Tommy Wong. Les gags, plutôt tous gentils, sont donc adaptés aux enfants et ne volent pas très haut. Comme il se doit, le gamin est plus malin que tous les adultes réunis (surtout le vrai père complètement dépassé) et tout se finira bien. L’un des malfrats s’avérera au final un gentil garçon qui va se repentir (la morale est sauve) et Benny aura trois papas pour le prix d’un, Benny faisant croire à Hung puis à Wong qu’il est son père mais qu’il doit garder le secret. Tout est bien qui finit bien.

Daddy, father and papa (老豆唔怕多, Hong Kong, 1991) Un film de Clifton Ko avec Siu Ban-ban, Teresa Mo, Liu Wai-hung, Raymond Wong Pak-ming, Sammo Hung, Tommy Wong, Paul Wong, Gabriel Wong, Tam Sin-hung, Simon Yip, Teddy Yip, James Tin, Kingdom Yuen, Yiu Shui-taai, Catherine Lau, Lau Leung-fat, Chiu Sek-man.

jeudi 11 octobre 2012

Sorties à Hong Kong (octobre 2012)


Love is ... pyjamas (馮凱帥, Hong Kong – Chine, 2012)
Un film de Vincent Kok avec Yan Ni, Lynn Hung, Raymond Wong Pak-ming, Raymond Lam, Karena Ng, Ronald Cheng, Teresa Mo, Hai Qing, Feng Dan-ying, Vincent Kok. 99 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 11 octobre 2012.

mardi 22 mai 2012

Master Wong vs Master Wong


La comédie parodique était l’un des genres dégénérés du cinéma cantonais les plus féconds. J’utilise l’imparfait car, aujourd’hui, il ne se produit plus guère de parodie de grands succès populaires, tout juste certains films reprennent la scène la plus référencée et reconnaissable. A ce jour Ip Man de Wilson Yip est le film le plus parodié. Il y a vingt ans, c’était Il était une fois en Chine qui offrait tout un panel de parodies, comme ce film de Lee Lik-chi. Le récit de Master Wong vs Master Wong est lancé par Ah So (Ng Man-tat), disciple de Wong Fei-hung, qui, devenu vieillard, raconte de belles histoires à ses petits enfants. Il fait suite à Once upon a time a hero in China parodie des deux premiers films de la saga de Tsui Hark et Jet Li.

Le légendaire courage de Wong Fei-hung (Alan Tam) est montré dès l’ouverture en quelques saynètes où le héros chinois affronte des ennemis, rend la justice ou délivre un enfant d’un feu. Filmées comme un reportage télé, ces courtes scènes décrivent l’homme comme débordé, peureux et faible. C’est dans ce décalage que se place la parodie de Lee Lik-chi. Ainsi, les dents d’Ah So sont exagérément grandes, déformant le visage de l’acteur. L’autre disciple Ah Wing (Eric Tsang) aide son maître à prouver à la population la force exceptionnelle de Wong Fei-hung : il se déguise en occidental et avec Tante Yee (Teresa Mo) font les bonimenteurs pour vendre leur camelote. On est très loin de l’image donnée par Tsui Hark. Au contraire, ce Wong Fei-hung n’est jamais le maître chez lui, il est soumis aux décisions de ses disciples et de Tante Yee, et puisque Master Wong vs Master Wong est une comédie burlesque, tous les choix faits mènent à des déconvenues gaguesques.

La réputation du médecin fait le tour de la Chine. Justement, il se fait inviter par Tse Yin-kam (Anthony Wong) à Canton. C’est un homme d’affaire véreux mais le médecin ne le découvrira que plus tard. Wong Fei-hung charge Tante Yee de prendre en charge Po Chi Lam, son école de kung-fu, et s’embarque avec So et Wing. Finalement, le trio sera rejoint par Yee qui ne peut pas se séparer de Wong. Là, aussi, la pudeur à laquelle on était habituée a disparu au profit d’une obsession sexuelle de Yee à l’égard du maitre. Ce dernier veut rester incognito et charge Wing de se faire passer pour lui. Sur le quai, l’accueil est faible. Seule Sang Fan-tung (DoDo Cheng) semble l’attendre. C’est une femme exaltée qui cherche à apprendre le kung-fu auprès de Wong Fei-hung. Mais ce sera So qui se fera passer pour lui. Nous en sommes déjà à trois médecins. Puis, plus tard dans le film, Miss Tung se fera, elle aussi, passer pour lui. La rivalité entre les deux femmes va s’accentuer, d’autant que Miss Tung s’amourache du vrai Wong Fei-hung qui se fait passer pour Ah So. Ainsi, elle ne comprend pas la jalousie de Tante Yee puisque les personnages sont intervertis. Ce qui est drôle également est que même eux semblent s’y perdre.

Tous les personnages sont maintenant réunis pour faire leurs facéties. Et puisqu’il faut bien un méchant, ce sera Tse Yin-kam qui donnera du rire sardonique à chaque réplique sous le regard étonné de son assistant qui lui demande chaque fois pourquoi il rit. Le film fera rire si on aime les acteurs qui mouillent la chemise pour faire le show. Anthony Wong, cheveux rasés et lunettes rondes, offre son regard de fou à la Untold story. Ng Man-tat et Eric Tsang rivalisent pour jouer les obsédés sexuels et les idiots. L’une des scènes principales montre un repas offert par Tse Yin-kam dans le but de faire signer un contrat bidon à Wong Fei-hung. Chaque personnage montre sa mauvaise foi, son esprit mesquin et son égoïsme. Des orphelins arrivent à table, Tante Yee les traite comme des voleurs. De jeunes femmes étudiantes sont prises pour des prostituées. Le film joue sur la tromperie et son effet comique : chaque fois, les personnages semblent cocher la mauvaise case, s’égarer dans leur jugement et prendre la mauvaise décision. Tout le comique du film réside dans les contradictions des personnages censés être héroïques mais tous lâches. C’est aussi cela le but d’une parodie comique : mettre à plat tous les clichés et les retourner pour produire un gag.

Master Wong vs Master Wong (黃飛鴻對黃飛鴻, Hong Kong, 1993) Un film de Lee Lik-chi avec Alan Tam, Ng Man-tat, Eric Tsang, DoDo Cheng, Teresa Mo, Anthony Wong, Gabriel Wong, Wong Yat-fei, Yuen Cheung-yan, Wong San, David Wu, Kenny Wong, Joey Leung, Vincent Kok, Ho Chi-moon. 

Once upon a time a hero in China



Parce que le cinéma cantonais est d’abord une industrie (et c’est très bien comme ça), les succès du jour font l’objet de reprise, pastiche, parodie. Comme son titre l’indique très précisément Once upon a time a hero in China prend comme modèle Il était une fois en Chine et La Secte du lotus blanc, les deux premiers épisodes de la saga de Tsui Hark (la cérémonie de la secte sera allégrement décalquée). Le titre en chinois se traduit par « Wong Fei-hung pour rire » avec dans le rôle titre Alan Tam du héros chinois. Lee Lik-chi n’a pas pu, contrairement à Wong Jing avec Claws of steel, un an plus tard, employer Jet Li. Alan Tam a sans douté été, il y a deux décennies, une immense star, mais il apparait aujourd’hui bien fade.

L’avantage pour Lee Lik-chi est de ne pas à avoir à présenter les personnages. Tout le monde connait le médecin chinois et ses disciples. On le découvre au bord de la mer, sur un rocher en train de recevoir sur la figure une grosse vague. Car le Wong Fei-hung de Once upon a time a hero in China est un homme faible. D’autres diraient qu’il est nul, incompétent, incapable, mais il est un héros, et le film va devoir faire qu’il ne le soit pas seulement dans le titre mais aussi aux yeux de tous les autres personnages. Le maître n’en est donc pas un, on voit bien que ses compétences lors du défilé des dragons ne sont pas bonnes, qu’il fait tout rater et que ses élèves sont en vérité ceux qui ont le savoir.

Ce sera à eux qu’incombera la fastidieuse tache de faire de Wong Fei-hung un héros qui pourra, dans un film non parodique, être incarné par Jet Li. Wing (Eric Tsang) est l’expert en kung-fu. Il faut bien voir le petit et grassouillet acteur se démener tel Sammo Hung. So (Ng Man-tat) avec ses grandes dents en avant est le médecin, celui qui sait vraiment soigner. On le voit à l’œuvre, une fois sur Tante Yee (Teresa Mo) et une autre sur Wing, dans des situations humiliantes pour les patients avec des tubes placées çà ou là. Enfin, Leung (Simon Yam), bien que vierge – comme il le proclame – est son expert en choses de l’amour. Tous les trois vont apprendre à Wong Fei-hung autre chose que la cuisine, car le médecin se passionne pour l’art culinaire. D’ailleurs, il clame « à table », dans un effet comique dès que ses comparses commencent à se disputer entre eux.

La rivalité entre les personnages démarre dès que Tante Yee entre en scène. Totalement à l’opposée du personnage de Rosamund Kwan, celui de Teresa Mo est immature, inconséquente et nymphomane. Elle se met à sauter sur chacun des disciples à tour de rôle avant de trouver Wong Fei-hung, car après tout, elle succombera au charme du médecin comme il devra lui résister pendant tout le film. Ces conventions sont là aussi réduites à néant pour produire le comique : la nymphomanie de Tante Yee est ce qui compte le plus. Son personnage n’est pas montré de manière positive, bien au contraire, et les quatre hommes ne la mettent pas en valeur. Dans la série de Tsui Hark, elle était porteuse de modernité face à l’esprit conservateur de Wong, ici, les gadgets occidentaux qu’elle amène la ridiculise encore plus, comme ce spray anti cafards dont elle vaporise les disciples.

Certes, Tante Yee permettra à Wong Fei-hung de s’accomplir et de devenir le héros que le titre promet et que la légende clame. Mais, ce sera le méchant du film, Ken (Tony Leung Ka-fai) qui va révéler le médecin. Il se livre à quelques forfaits, notamment au trafic d’opium avec ces « diables » d’étrangers (ici personnifiés par l’éternel blanc méchant, l’acteur Paul Fonoroff). Il ne faut pas compter sur Tony Leung Ka-fai pour ne pas en faire des tonnes : il cabotinera à chacune de ces scènes. Comme il se doit, Wong Fei-hung en sortira vainqueur et finalement quand il retournera au bord de la mer, il utilisera son célèbre coup de pied contre la vague qui obéira à ses ordres et ne le mouillera pas. Voilà un vrai héros chinois.

Once upon a time a hero in China (黃飛鴻笑傳, Hong Kong, 1992) Un film de Lee Lik-chi avec Alan Tam, Teresa Mo, Eric Tsang, Ng Man-tat, Simon Yam, Tony Leung Ka-fai, Sek Kin, Paul Fonoroff, Vincent Kok, Charine Chan.

vendredi 11 mai 2012

I love Hong Kong 2012 + All's well end's well 2012


Sandra Ng, Crystal Tin et Donnie Yen dans All's well end's well 2012

Teresa Mo et Eric Tsang dans I love Hong Kong 2012

Une guerre terrible se déroule sur les écrans depuis trois ans entre Eric Tsang et Raymond Wong Pak-ming. Les deux vétérans de la comédie cantonaise sortent chacun un film pour le Nouvel An Lunaire. D’un côté, la franchise All’s well end’s well créée en 1992 par Clifton Ko et que Raymond Wong a relancé en 2009 avec Louis Koo et Sandra Ng comme interprètes principaux. De l’autre côté, la Shaw Brothers qui joue sur le sentiment d’union populaire avec des titres évocateurs : 72 tenants of prosperity et I love Hong Kong, le premier film rappelant un classique ultra connu. La compagnie pour son retour a fait appel à Eric Tsang, personne central, acteur célèbre pour figurer le hongkongais moyen.

Au casting de All’s well end’s well 2012, Sandra Ng, qui revient après avoir été partenaire d’Eric Tsang dans I love Hong Kong. Autour d’elle, on trouve Donnie Yen (qui rempile) dans le rôle d’un guitariste sur le retour avec une coiffure pas possible. Sandra Ng est elle-même une ancienne vedette de cantopop et fournit d’ailleurs dans une scène de flash-back en duo avec Crystal Tin la seule scène vraiment hilarante. Autre souci capillaire pour Louis Koo, ouvrier en bâtiment (il bosse avec Lam Suet), homme modeste qui rencontre un jour Kelly Chan, photographe de mode qui souhaite le prendre en photo, il passera pratiquement tout le film torse nu, à montrer ses muscles et sa bonne mine en tant qu’atout charme. La beauté n’est pas ce qui caractérise Chapman To qui drague une jeune femme aveugle, Lynn Hung, car comme on le sait, la beauté intérieure est bien plus importante. Chapman To, dans un grand élan romantique, va créer tout un monde autour d’elle, fait de sensations. Enfin, Raymond Wong Pak-ming doit se réconcilier avec sa fille et aider sa nièce a hérité d’une forte somme d’argent. Sa vie amoureuse est inexistante et sa femme crée un site internet qui permet à tous les personnages de se rencontrer.

Dans I love Hong Kong 2012, Eric Tsang accueille Teresa Mo qui fût la belle sœur dans le premier All’s well end’s well. Les deux acteurs se connaissent très bien, ils ont été des partenaires parfaits dans Men suddenly in black. C’est d’abord une histoire de famille. Autour du père incarné par Stanley Fung, présentateur météo vétéran, on retrouve ses enfants turbulents. L’aînée est Teresa Mo, mariée à Eric Tsang qui tente de rallumer la flemme de son couple. Une scène de séduction figure dans les meilleurs moments du film, Eric Tsang se déguise en différents super héros (Batman, Captain America, Spider-man) face à Teresa Mo en combinaison à la Beyoncé. La seconde est Denise Ho, cheveux courts en garçon manqué et fiancée à Bosco Wong (la vedette en devenir de la Shaw Brothers), vendeur en magasin qui lui est très efféminé (cela rappelle le comique du personnage de Louis Koo dans All’s well end’s well 2011). Tout le monde est très réticent de cette union. Le troisième fils est 6 Wing amoureux d’une jeune femme (Zhang Xin-yu). Mais William So, le patron de Stanley Fung, ne l’entend pas de cette oreille et se réserve cette femme timide.

Les deux films jouent sur le même registre : divers couples pas forcément bien assortis qui se rencontrent, s’aiment mais ne se le disent pas ouvertement, se disputent gentiment pour se réconcilier sur fond de guimauve. La formule est celle des comédies du Nouvel An Lunaire, il faut les accepter quand on regarde ces films. Cette année, c’est I love Hong Kong 2012 qui emporte la manche. Le souci de All's well ends well 2012 est que le finale est insupportablement sirupeux, sombrant dans une mièvrerie indigeste. Le film souffre d’une longueur (2 heures) incompréhensible. Cette année les gags ne sont pas meilleurs que l’an dernier, bien au contraire. Les situations restent anecdotiques. Les personnages hauts en couleurs sont dans I love Hong Kong 2012 notamment Evergreen Mak, dans le rôle du frère de Stanley Fung, a priori largué mais finalement plein de bon sens. Et puis William So, tout en paillettes entourés de ses gardes du corps habillés ultra kitsch et bien ridicules. C’est sans doute pour cela que I love Hong Kong 2012 est moins mauvais : parce que Eric Tsang n’a jamais eu peur du ridicule. Rendez-vous l’an prochain.

All's well ends well 2012 (八星報喜, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Chan Hing-kai et Janet Chun avec Donnie Yen, Sandra Ng, Raymond Wong Pak-ming, Yang Mi, Kelly Chan, Louis Koo, Chapman To, Joey Yung, Yan Ni, Lynn Hung, Karena Ng, Jeremy Liu, Lam Suet, Ronald Cheng, Vincent Kok, Crystal Tin, Matt Chow, 6 Wing, Maria Cordero,

I Love Hong Kong 2012 (2012我愛HK喜上加囍, Hong Kong, 2012) Un film de Wilson Chin et Chung Shu-kai avec Eric Tsang, William So, Bosco Wong, Zhang Xin-yu, 6 Wing, Natalie Meng, Maggie Siu, Teresa Mo, Denise Ho, Lam Yan-tung, Samantha Ko, Osman Hung, Christine Kuo, Wu Yao-ming, Stanley Fung, Siu Yam-yam, Mak Cheung-ching, Yuen Siu-cheung, Hui Siu-hung, Jin Gang, Tats Lau, Mimi Chu, Michelle Lo, Eddie Pang, Otto Wong, Eric Tse.

vendredi 20 janvier 2012

Sorties à Hong Kong (janvier 2012)

I Love Hong Kong 2012 (2012我愛HK喜上加囍, Hong Kong, 2012)

Un film de Wilson Chin avec William So, Zhang Xin-yu, 6 Wing, Natalie Meng, Maggie Siu, Teresa Mo, Denise Ho, Bosco Wong, Lam Yan-tung, Samantha Ko, Eric Tsang, Osman Hung, Christine Kuo, Wu Yao-ming, Stanley Fung, Siu Yam-yam, Mak Cheung-ching, Yuen Siu-cheung, Hui Siu-hung, Jin Gang, Tats Lau, Mimi Chu, Michelle Lo, Eddie Pang, Otto Wong, Eric Tse. 100 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 20 janvier 2012.


mardi 1 mars 2011

A toute épreuve


Je ne sais pas si quelqu’un s’est un jour lancé dans le recensement de tous les morts que compte A toute épreuve. Il faut dire que John Woo n’y est pas allé de main morte pour son dernier film à Hong Kong avant de partir aux Etats-Unis pour la carrière et le résultat que l’on connait. Comme s’il savait que ce serait sans doute son dernier film libre et qu’il fallait qu’il offre le spectacle le plus fou possible, avec un final à l’hôpital de près de trois quarts d’heures où tout les décors seraient détruits dans des explosions, où les personnages abondent, où l’humour côtoierait l’extrême violence. Bref, A toute épreuve est un film très copieux.

Chow Yun-fat en est le centre, le personnage autour duquel tout va tourner. Dès la scène d’introduction, on le voit boire quelques verres de tequila dans un bar. Cela lui donnera son surnom. Tequila joue de la flute dans un orchestre de jazz. On le suit ensuite dans un salon de thé avec à son bras une cage et un pinson. L’atmosphère se fait de plus en plus lourde dans la salon de thé. John Woo joue sur la multiplicité des regards, sur des panoramiques de la caméra qui observent toute la pièce, on ne sait pas qui observe qui et surtout vraiment pourquoi. Tequila semble agir comme un gangster dans ce lancement du film mais c’est un flic. Il est impulsif et se lance sans réfléchir dans l’action. En l’occurrence, il va empêcher la vente de trois révolvers. Dès les dix premières minutes, A toute épreuve plonge le spectateur dans un gunfight où Tequila tire avec un révolver dans chaque main.

Cette attitude impulsive n’est pas du goût de son supérieur, le chef Pang (Philip Chan) qui n’en peut plus de devoir le contrôler. Il est furieux que Tequila aie gâché la filature qu’il avait mis en place pour coincer un trafic d’armes. Il est viré de l’affaire et, après l’enterrement d’un de ses collègues, va dans son jazz club où le patron (John Woo) lui donne quelques conseils. Le cinéaste apparait dans un rôle très secondaire mais son personnage est pour lui un moyen de signer son film. Il est aussi dans les quelques scènes qu’il a avec Chow Yun-fat, l’homme qui donnera quelques leçons de mise en place du récit. Il annoncera ce qui va arriver dans le reste du film et lui donnera des indices sur d’autres personnages.

Pendant ce temps-là, les triades veulent faire entrer des armes à feu à Hong Kong. La possession d’armes, à l’exception de la police, est interdite. Un meurtre dans une bibliothèque va les lancer dans une nouvelle enquête. Le meurtre est filmé dans son intégralité. Un jeune homme bien sapé, Tony (Tony Leung Chiu-wai) déboule dans sa belle Ferrari rouge. Il entre dans la librairie, se dirige dans les rayons, effleure de son index les livres, en choisit un et se dirige vers un homme assis à une table. Calmement, il ouvre le livre qui contient un révolver silencieux et abat l’homme. Tony vit dans un bateau et, entre deux bouffées de cigarette, construit des oiseaux de papier qu’il accroche au plafond. Il y a désormais une douzaine d’oiseaux de papier. Ce sont les hommes qu’il a tués.

Tony travaille pour Monsieur Hoi (Kwan Hoi-san), un parrain qui aimerait, à l’approche de la vieillesse, se retirer. Johnny (Anthony Wong) aimerait reprendre les affaires de Hoi et rencontre Tony qui n’a que la paix à lui proposer. Après cette rencontre, Johnny tombe sur Tequila. Les deux hommes se battent et Tony intervient pour que Johnny n’abatte pas le flic. Tequila portera un sparadrap sur le front pendant tout le reste du film. Tony accepte de bosser pour Johnny et de tuer Hoi. Johnny va voler toute sa cargaison d’armes. La séquence offre le deuxième gunfight dans l’entrepôt. La lassitude et le calme de Tony contrastent avec l’excitation de Johnny qui veut être le seul à diriger les triades. Mais la police va intervenir et quand Tony a au bout de son flingue Tequila, il ne tirera pas, au grand étonnement de ce dernier.

Ce qu’ignore Tequila est que Tony est un flic infiltré dans la mafia. Tony communique avec le chef Pang d’une manière originale. Il envoie des bouquets de fleurs à la commissaire Teresa Chang (Teresa Mo), ancien flirt de Tequila qui en est encore amoureux. Dans chaque bouquet, qui titille la jalousie de Tequila, un message codé est glissé sur les avancées de la bande à Johnny. Ces séquences d’arrivée des bouquets et de décryptage sont les seuls moments de comédie d’A toute épreuve. Teresa et Tequila flirtent gentiment, même si le personnage de Teresa est creux prouvant, encore une fois, que le cinéma de John Woo est essentiellement masculin. Tony essaie de mettre en garde Pang sur le danger de l’impulsivité de Tequila. Cela pourrait menacer l’enquête. Les deux hommes vont devoir travailler ensemble.

Le final grandiose et apocalyptique se déroule dans un hôpital. En l’occurrence un hôpital que possède Johnny et où Tony est envoyé pour être soigné après une altercation. C’est là que sera aussi soigné un indic que le borgne (Philip Kwok) a torturé. Assez vite, Tony et Tequila comprendront que les armes sont cachées dans cet hôpital et il va falloir les trouver. Bien sûr, qui dit grand nombre d’armes à feu, dit grosses fusillades. D’un côté, Tequila et Tony, qui seront rejoints par Teresa, Pang et des flics. Et de l’autre Johnny et le borgne ainsi qu’un grand nombre d’hommes de main. Au milieu les patients et la pédiatrie où toute une ribambelle de bébés viennent de naître.

John Woo fait monter lentement le suspense sur près d’une heure, comme en temps réel. Il isole d’abord les deux protagonistes dans la morgue où ils cherchent les armes ce qui leur permet de mieux se connaitre et de finalement s’apprécier. Puis, il fait rentrer le personnage du borgne, homme mutique mais impitoyable. Il faut dire que les méchants sont gratinés. Johnny n’hésitera pas à tirer à l’arme lourde sur les patients pour tenter de supprimer Tequila. Le nombre de flics qui va mourir est aussi impressionnant que celui des gangsters. Mais il reste encore une once d’humanité au borgne, il voulait que Johnny épargne les malades. Et puis il y a la longue évacuation des bébés qui donne un soupçon de sensibilité dans ce monde de brutalité.

A toute épreuve condense tout le savoir-faire de John Woo en matière de polar d’action avec des fusillades et des explosions. C’est son cadeau de départ au public de Hong Kong bien plus qu’une preuve aux studios hollywoodiens qui vont le mépriser en lui offrant Jean-Claude Van Damme. A ce titre, le bébé que sauve Chow Yun-fat en le mettant dans son blouson est le symbole de ce cadeau, il sauve ce qu’il reste du cinéma de Hong Kong qui angoissait de la rétrocession et du départ de ses cinéastes phares. Le public a réservé au film un très grand succès malgré ses défauts et son absence totale de réalisme. C’était le dernier film de John Woo. Le dernier.

A toute épreuve (Hard boiled, 辣手神探, Hong Kong, 1992) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Anthony Wong, Philip Chan, Philip Kwok, Kwan Hoi-san, Stephen Tung, Bowie Lam, John Woo, Michael Dinga.

mardi 4 janvier 2011

It's a wonderful life


It’s a wonderful life commence avec quelques vues de décorations de Noël tandis qu’une version cantonaise de la chanson Noël blanc est en fond sonore. Pour rentrer immédiatement dans le vif du sujet, le film présente les personnages grâce à une prière de la mère de famille qui souhaite que chacun de ses quatre enfants réussisse dans la vie mais surtout en amour. On est en terrain très connu, balisé même. On sait exactement où les personnages vont aller et, parce qu’on est dans une comédie du Nouvel An Lunaire, on sait qu’à la fin, tout ira bien.

Clifton Ko reprend la distribution de son All’s well end’s well (ou presque) et leur donne presque les même personnages. Le père (Walter Tso) et la mère (Lee Heung-kam) sont donc là comme observateurs de la vie amoureuse de leur progéniture. Le grand-père (qui surnomme son fils Foon) est interprété par Kwan Tak-hing qui n’est dans le film sans doute que parce qu’il incarna Wong Fei-hung au cinéma durant des décennies et que Il était une fois en Chine est encore à la mode. Le vieil acteur fera quelques figures de kung-fu pour faire un clin d’œil au spectateur.

Raymond Wong Bak-ming est Kau Fu, le fils aîné. Cadre supérieur, il est marié et a une fillette. Lors de ses réunions de travail, il se sent toujours obligé de trinquer avec les clients et il rentre souvent soûl le soir à la maison ce qui agace sa femme (Petrina Fung) qui le vire du domicile conjugale. Son épouse tient un restaurant japonais. L’un des meilleurs gags du film consiste à ce qu’elle fasse la leçon à ses employées en leur demandant de sourire beaucoup et de remercier encore plus, comme les Japonaises. Elle veut montrer l’exemple mais c’est son mari qui est le client et elle est fort impolie.

Parce que Raymond Wong Bak-ming est le producteur du film, il se donne le plus grand rôle et celui qui est censé le plus émouvoir. Il accable l’épouse d’un peu tous les maux dans une misogynie habituelle dans la comédie. Il a été chassé de la maison mais elle s’est tout de suite remise avec son avocat engagé pour le divorce. La fillette vit mal la séparation et elle est odieuse avec les nounous. C’est alors que Kau Fu a l’idée de se déguiser en femme pour faire la nounou. Il parviendra, grâce à sa perspicacité, à montrer que l’avocat n’est qu’un affreux coureur de jupons.

Le deuxième fils Kau Kwai (Tony Leung Ka-fai) est bègue. Il a beaucoup de mal à s’exprimer avec des mots mais il possède un grand talent pour dessiner. Il exprime donc son amour pour Mademoiselle Ho (Anita Yuen), l’une des professeurs de son petit frère Kau Kei (William Chu) grâce aux mangas. Enfin, Kau Ann (Teresa Mo) revient de France avec un de ses amis Roberto (Leslie Cheung), sorte de personnage Bohème. Ils n’ont pas compris qu’ils sont amoureux l’un de l’autre. Depuis son départ pour la France, Ann semble avoir bien changée. Son amour d’enfance Chung (Lau Ching-wan) espère pourvoir l’épouser mais elle ne l’aime pas.

Tout le film sera une suite de sketchs où les personnages devront conquérir ceux qu’ils aiment, leur ouvrir les yeux pour qu’ils se rendent compte qu’ils sont gentils. Il n’y aura rien de neuf de ce point de vue. Les bandes dessinées qu’écrit Kwai sont imaginées par lui avec tous les membres de sa famille et les décors utilisés (des dinosaures qui bougent à peine, Jurassic Park venait de sortir) sont ridicules. Le film parvient à faire sourire très épisodiquement. Certes, ces comédies du Nouvel An Lunaire sont toujours fédératrices et gentilles, It’s a wonderful life prouve aussi qu’elles peuvent être niaises.

It’s a wonderful life (大富之家, Hong Kong, 1994) Un film de Clifton Ko avec Raymond Wong Kak-ming, Leslie Cheung, Teresa Mo, Anita Yuen, Tony Leung Ka-fai, Fung Bo-bo, Carol Cheng, Lau Ching-wan, Kwan Tak-hing, Lee Heung-kam, William Chu, Walter Tso.

jeudi 21 octobre 2010

Sorties à Hong Kong (octobre 2010)


Perfect wedding (抱抱俏佳人)
Un film de Barbara Wong avec Miriam Yeung, Raymond Lam, Chrissie Chau, Pierre Ngo, Eric Kot, Teresa Mo, Chu Suen, Bernice Liu, Kate Tsui, Richard Ng, Mak Ling-ling, Weng Jia-ni, Kathy Yuen, Tats Lau. 99 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 21 octobre 2010.


lundi 28 juin 2010

The Magnificent scoundrels


Un homme en uniforme chinois sort de l’eau. Un autre homme alerte des touristes pour regarder ce moment si typique. Notre soldat propose des antiquités qu’il a ramenées de là-bas à des prix uniques. Mais une horde de vendeurs de camelote se rue sur les touristes provoquant un attroupement et l’intervention de la police. Le soldat n’en est pas un, c’est Romeo (Stephen Chow), un minable petit escroc qui rate tout ce qu’il entreprend mais continue dans la voir des rapines sans intérêts. Son maître à combines (Karl Maka) ne peut plus l’aider, il est consigné chez lui par sa femme qui en a assez de ses facéties.


La femme qu’aime Romeo (en l’occurrence Sandra Ng dans une apparition à l’écran de quelques secondes) va se marier. Romeo cherche à la rejoindre. Seulement voilà, il semble difficile de trouver un taxi à Hong Kong puisque plusieurs clients tentent, sans succès, d’en prendre. Mais il veut rejoindre Sandra Ng et l’empêcher de se marier. S’en suit une cascade homérique sur le toit d’une voiture où il crie son amour jusqu’à se rendre compte qu’il s’était trompé de fille. Il va rencontrer une autre fille en cherchant encore une fois à prendre le taxi. Betsy (Teresa Mo). Il se fait passer pour un aveugle pour tromper les autres clients, mais Betsy est elle aussi une escroc et va tenter de lui soutirer de l’argent en simulant un accident. Elle va faire la voix de la vieille dame qu’elle aurait renversée, mais l’aveugle voit tout. Une alliance d’escrocs pourra naître.


Elle doit de l’argent à deux malfrats, Tai Te (Roy Cheung) et Wah (Yuen Wah), qui ne brillent pas par l’intelligence. Pour une fois, on n’aura pas droit à des méchants qui n’hésitent pas à éliminer leurs ennemis mais à deux tocards rigolos qui vont sans s’en rendre compte créer une escroquerie qui provoquera une accumulation de quiproquos qui ne feront pas mentir le titre du film, The Magnificent scoundrels, les escrocs magnifiques. Un autre larron, Fat (Wu Ma) doit aussi de l’argent à Tai Te. Il va se trouver impliquer dans la même histoire que Romeo et Betsy qui n’arrivent pas à trouver de quoi rembourser les dettes : Betsy simule un accident de voiture mais joue si mal que les conducteurs n’y croient pas, Romeo veut voler un couple mais la femme lui fait peur.


Ils décident alors de monter un gros coup. Ils vont cambrioler une maison de riches en envoyant des invitations à un spectacle. Le propriétaire absent, ils s’introduiront chez lui et piqueront les objets de valeur. Le soir venu, ils rentrent dans la maison quand arrive Fat. Car ce dernier a lui aussi monté un gros coup, précisément dans la même maison. Fat a appris que le propriétaire est absent et qu’un businessman doit arriver de l’étranger pour faire affaire. Avec sa complice Ping (Tien Niu), ils vont se faire passer pour l’homme d’affaires et accueillir l’étranger sauf qu’ils arrivent quand Romeo cambriole la demeure. Fat et Ping croient que Romeo est l’étranger tandis que Romeo est persuadé que Fat et Ping sont les vrais habitants de la maison.


La machine de Lee Lik-chi est lancée avec ses quiproquos. Ping ne sait pas où se trouvent les pièces puisqu’elle n’est pas chez elle. Cela donne droit à un gag récurrent sur les toilettes modernes qui sont en fait une chambre à coucher. Pour ne pas se démentir, Fat et Romeo pissent sur le lit. On n’est pas en reste avec l’humour cracra et notamment l’arrivée de celle qui est censée être la fille de famille (Amy Yip) qui arrive dans un éclat de vomi et qui continuera à rendre sur Romeo. Amis de l’humour élégant, s’abstenir. The Magnificent soundrels continue avec le trio qui pense arnaquer Romeo et inversement. Jusqu’à ce que chacun s’en rende compte.


L’humour ne vole pas toujours très haut mais reste assez drôle. Il joue essentiellement sur les situations dans le balai de quiproquos que se lancent les personnages. L’attrait sexuel de Amy Yip est source de blagues cochonnes et de regards lubriques. C’est Stephen Chow la star du film et tous les personnages tournent autour de lui pour lui rendre la réplique. Tien Niu est formidable en femme de caractère fofolle. Teresa Mo est un peu un cran en dessous, pas forcément très douée pour la comédie loufoque. Le duo Yuen Wah et Roy Cheung est croustillant dans leur bêtise satisfaite. Bref, il y en a pour tous les goûts.


The Magnificent scoundrels (情聖, Hong Kong, 1991) Un film de Lee Lik-chi avec Stephen Chow, Teresa Mo, Tien Niu, Amy Yip, Wu Ma, Roy Cheung, Yuen Wah, Mimi Chu, Karl Maka, Sandra Ng, Gabriel Wong.

lundi 25 janvier 2010

La Rose noire


La Rose noire est une version des aventures de Black Rose, une sorte de fantômette cantonaise qui allait rendre la justice en justaucorps noir avec son masque. Le cinéma de Hong Kong aime cette figure du héros justicier, du Robin des bois moderne qui venge la veuve et l’orphelin sans que l’on sache qui il est. Tout l’enjeu de La Rose noire de Jeff Lau est là. Tous les personnages parlent de Black Rose mais on a beau la voir constamment sur l’écran, personne à la fin du film ne saura qui elle est vraiment.


Butterfly (Maggie Siu dans un de ses premiers rôles bien avant sa rencontre avec le cinéma de Johnnie To) écrit des contes pour enfants. Son amie Kuen (Teresa Mo) lui propose d’écrire un scénario pour adultes, mais Butterfly est l’innocence même, elle se fait harceler régulièrement par les jeunes du quartier. L’officier Liu (Tony Leung Ka-fai) vient à sa rescousse d’autant qu’il en pince pour elle. Mais c’est alors que Butterfly et Kuen s’engouffrent dans une histoire qui va les dépasser. Elles assistent à un meurtre entre membres des triades. Pour se disculper, elles laissent traîner une feuille qui indique que la Rose Noire est l’auteur de ces meurtres Or la police recueille les empreintes de Kuen. Elle est recherchée par la police.



Mais la Rose Noire semble exister et veut faire dire la réalité. Elle kidnappe Butterfly. Tandis que Kuen est fait prisonnière par le chef de triade. Or la Rose Noire vit dans le passé. Et ce sont deux femmes qui incarnent cette idée de l’héroïne masquée. Piu-hung (Fung Bo-bo) et Yim-fan (Wong Wan-si) s’habillent comme dans les années 1960 et semblent complètement folles. Elles sont tour à tour mère ou fille, elles sont persuadées d’être la Rose Noire et que l’officier Liu les a abandonnées il y a vingt ans. Elles veulent donc se marier avec lui.


La Rose noire est un modèle de non-sens qui frise souvent avec l’absurde le plus pur. Le cinéma de Stephen Chow est ouvertement cité. Il serait bien difficile de raconter ce qui se passe dans le film au bout d’une demi-heure. Régulièrement, le récit est coupé par des chansons anciennes interprétées par les personnages. Teresa Mo cherche toujours à s’évader d’une geôle où la porte est ouverte et dont le gardien est stupide. Mais c’est surtout Tony Leung Ka-fai qui éblouit. L’acteur modifie sa voix et la transforme en un son nasal étonnant. Les références au cinéma de Hong Kong des années 1960 est très présent, Piu-hung regarde d’ailleurs à la télévision un extrait du Black Rose de 1965. Et le final se permet un combat avec la technique de la paume de Buddha chère à Stephen Chow dans Crazy kung-fu, séquence où le même thème musical est joué. Mais à la fin, on ne sait pas encore qui de toutes ces femmes est la Rose Noire.


La Rose noire (92 Legendary la Rose noire, 92黑玫瑰对黑玫瑰, Hong Kong, 1992) Un film de Jeff Lau avec Tony Leung Ka-fai, Teresa Mo, Maggie Siu, Fung Bo-bo, Wong Wan-si, Teddy Yip.

vendredi 4 janvier 2008

Mr. Cinema


Après l’échec relatif de McDull the alumni, Samson Chiu revient grâce à Mr. Cinema à ce qu’il réussit le mieux, la chronique sociale d’un homme sur quelques décennies. Le destin de son protagoniste modeste suit le parcours de l’Histoire de Hong Kong. Sans arriver au bonheur que procurer Golden chicken en 2002, son chef d’œuvre avec Sandra Ng, Mr. Cinema est très réussi.

Monsieur Zhou (Anthony Wong) est un homme de gauche, un communiste, un socialiste. Ce qui à Hong Kong n’est pas particulièrement à la mode en 1967 quand commence le récit du film. Ses amis ne comprennent pas cet engagement. C’est son idéal de vie. Mais son rêve est d’aller sur la Place Tien An Men, la plus belle place du monde selon lui.

Les conséquences de son communisme l’amènent à vivre différemment des autres habitants de Hong Kong. Il loge dans une maison modeste avec sa femme Ying (Teresa Mo) qui va lui donner un fils, Chong (qui sera interprété par Ronald Cheng quand il sera adulte). Zhou préfère donner au autre par bonté ou charité communiste plutôt que de penser à sa famille, ce qui ne va pas sans créer quelques problèmes.

Ainsi, Chong se sent différent des autres. Il va dans une école publique populaire, sans doute une école où les fils de communiste vont. Mais quand arrive le temps des études supérieures, tandis que ses camarades de classe partent aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne, lui reste à Hong Kong.

Les voisins des Zhou sont très liés avec eux. Leur fille interprétée par Karen Mok part aux Etats-Unis. C’est pour Chon un crève-cœur puisqu’il est tombé amoureux d’elle. Il n’arrive pas à lui dire. Chong fait de toute façon figure de raté de la famille. Il est incapable de mener ses projets à bout. Quand la Chine Populaire se libéralise suite à la volonté capitaliste de ses dirigeants, il pense pouvoir faire fortune dans les affaires sur le Continent, mais tout échoue. Cela donne des scènes à la fois drôles (mais on rit jaune) et émouvantes (la Chine est un mirage économique).

Mr. Cinema n’arrive pas vraiment à critiquer cette Chine voisine – sans doute pour des raisons purement économiques, il faut bien vendre le film aux Chinois. Il est difficile de comprendre comment Monsieur Zhou reste communiste malgré le désastre de la Grande Révolution Culturelle Populaire, comme on disait à l’époque. Rêve au cul la Révo Cul ! Tandis que Mr. Cinema montre quelques évènements de Hong Kong (rétrocession, crise économique, crise aviaire, suppression de l’aéroport), il oublie tout bonnement d’évoquer le massacre de Tien An Men en 1989, alors que Zhou n’arrête pas d’en parler.

Cela pourrait paraître comme scandaleux si l’on ne comprenait pas le personnage qu’incarne Anthony Wong. Il vit dans sa bulle, il est totalement déconnecté du monde réel parce qu’il vit dans une utopie, dans le rêve communiste. Il n’arrive pas à comprendre son épouse, encore moins son fils. Son voisin, admirablement interprété par un John Sham qui ne cesse de râler, lui reproche constamment cet aveuglement devant l’évidence. En cela, Mr. Cinema est bien plus subtil qu’il n’y paraît.

Cette subtilité est due aussi aux acteurs tous parfaits dans leurs rôles. Anthony Wong en idéaliste est sublime. Teresa Mo accomplit le plus retour au cinéma vu depuis des années. Elle est amoureuse de son mari, l’admire presque, mais supporte douloureusement son destin. Ronald Cheng, l’un des pires acteurs comiques apparus depuis dix ans, en jeune chien fou qui échoue partout, étonne par sa maîtrise du registre comico-tragique. On regrette cependant que le personnage de Karen Mok soit si fade.

Mr. Cinema permet aussi de voir quelques extraits de films de l’époque. Monsieur Zhou exerce la profession de projectionniste. Justement Samson Chiu évoque ce douloureux problème à Hong Kong : la fin des salles de cinéma, leur vente pour les remplacer par des centres commerciaux. Et aussi, non sans amertume, la fin d’un certain cinéma cantonais. Celui que j’aime et qu’on ne retrouvera sans doute jamais, sauf épisodiquement comme dans ce beau film.

Mr. Cinema (老港正传, Hong Kong, 2007) Un film de Samson Chiu avec Anthony Wong, Teresa Mo, Ronald Cheng, Karen Mok, John Sham