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jeudi 6 mars 2014

La Légende de Zatoïchi 25 : Retour au pays natal


Aller ou ne pas aller dans son village natal, telle est la question que se pose Zatoichi (Shintaro Katsu) dans ce 25ème et dernier épisode (les aventures se poursuivront entre 1974 et 1979 à la télévision puis l’acteur apportera un nouveau film en 1989). En grand amateur de hasard, il joue à pile ou face. Il se rend donc à Kasama en espérant y retrouver sa nourrice Oshige qu’il a quitté 23 ans plus tôt. En allant dans le lieu de son enfance, Retour au pays natal a pour but évident de clore le récit par là où la vie du masseur a commencé.

A son grand étonnement, Zatoichi est accueilli comme un héros dans son village. Les habitants expriment leur joie, l’invitent à l’auberge et l’acclament. Lui qui est d’habitude très craint est ravi de son entrée même s’il ne comprend qui a pu prévenir les villageois. Et surtout comment ils ont pu le reconnaitre. A vrai dire, l’accueil était pour Shinbei (Eiji Okada, connu essentiellement pour avoir été l’homme dans Hiroshima mon amour). Ce dernier est le chef du village qui revient de la capitale.

Zatoichi et Shinbei se connaissaient quand ils étaient enfants. Ensemble, ils trainaient leurs guêtres et le masseur se réjouit que son ami soit devenu un homme important, lui qui dans sa jeunesse volait des melons dans les champs. Souvenir que Shinbei ne veut pas se rappeler. A propos de souvenirs, on lui annonce que sa vieille nourrice est morte cinq ans auparavant. Omiyo (Yukiyo Toake), elle aussi élevée par Oshige l’emmène sur sa tombe. Sentimental, Zatoichi veut toucher les lèvres de la jeune femme comme pour créer un dernier lien avec ce passé révolu.

Il se rend compte que rien ne le retient à Kasama et décide d’en partir. Le destin en aura décidé autrement. Il va, une dernière fois, accomplir sa mission de justicier quand il comprend que Shinbei a décidé d’exploiter les paysans à son profit et à celui du magistrat (Kei Satô, l’un des acteurs fétiche de Nagisa Oshima). Les deux hommes ont le dessein d’escroquer les fermiers et leur chef Shobei (Yoshio Tsuchiya, un acteur récurrent des films d’Akira Kurosawa) en trafiquant le pesage du riz et en les taxant abusivement.

Retour au pays natal est pour une dernière fois l’occasion d’inviter des acteurs vedettes du cinéma japonais. Takashi Shimura (déjà présent dans Zatoichi 18 : Le Défi) incarne le père plein de sagesse d’Omiyo. Comme Shobei, il est révolté par l’abus de pouvoir du magistrat et de Shinbei. Ce dernier commet un crime irréparable aux yeux de ce bon père de famille : il force la jeune femme, vierge, à coucher avec lui. Il lui sera difficile de protéger sa fille face à ce prédateur sans mettre en danger l’ensemble des villageois.

Moins sombre que La Blessure, ce dernier épisode est d’un format plus classique avec ses petits moments d’humour qui viennent divertir entre les passages dramatiques (Zatoichi manque de se faire avaler dans un marais mouvant) et les combats au sabre (le finale dans la réserve de riz). Dans Retour au pays natal, l’humour est dévolu à une bande de cinq bandits de grands chemins, dont une femme, qui ne terrifient personne mais s’avèrent, finalement, sympathiques. Ils auraient aimé poursuivre leur route avec Zatoichi. Mais il est déjà parti vers d’autres cieux, solitaire et désespéré comme toujours.

La Légende de Zatoïchi 25 : Retour au pays natal (新座頭市物語・笠間の血祭り, Japon, 1973) Un film de Kimiyoshi Yasuda avec Shintarô Katsu, Yukiyo Toake, Eiji Okada, Kei Satô, Yoshio Tsuchiya, Shirô Kishibe, Rie Yokoyama, Tatsuo Endô, Takashi Shimura, Kuniko Ishii, Osamu Sakai, Yûsaku Terajima.

mercredi 5 mars 2014

La Légende de Zatoichi 24 : La Blessure


Au bout de 24 films et de dix années à incarner Zatoichi, Shintaro Katsu passe enfin derrière la caméra pour se mettre lui-même en scène dans l’un des films les plus sombres de la saga. Aucune musique dans le générique, uniquement des cartons donnant les noms de l’équipe sur fond noir. Non pas que certains précédents films n’aient pas été particulièrement sinistres, mais dans La Blessure aucun humour ne surgit ici ou là, aucun espoir n’est permis pour les personnages.

Si le film commence par la mort d’une vieille femme, pour la première fois, c’est un personnage qui ne voulait pas de mal à Zatoichi. La dame jouait du shimusen, il a pris plaisir à l’écouter. Il lui a donné une pièce mais le pont sur lequel ils se trouvaient était fragile. Elle glisse et meurt. Auparavant, elle aura eu le temps d’évoquer sa fille (sans dire son prénom) et le bordel d’Ogiya dans lequel elle travaille. Rempli de culpabilité, Zatoichi décide de partir libérer la fille de cette veille dame.

Sombre, le film l’est aussi dans sa description du bordel Ogiya peuplé d’hommes libidineux et crasseux qui cherchent à coucher avec des femmes visiblement apeurées. La mère maquerelle, avec son sourire vicieux de la femme qui manipule ses « protégées » toutes endettées, travaille main dans la main avec le parrain local. Ce sont d’ailleurs les yakuzas qui constituent la majorité des clients de la maison close. Autant dire que l’arrivée de Zatoichi ne réjouit pas le parrain et ses sbires qui ont mis une prime sur la tête du masseur.

L’aspect sexuel traverse tout le film de Shintaro Katsu. C’était logique tant les épées et autre dagues sont des symboles phalliques. Les personnages ne parlent d’ailleurs que de sexe. Nishiki, la jeune femme qui veut libérer le masseur, est au centre des convoitises d’un jeune yakuza qui ne supporte pas que Zatoichi ait pu racheter sa dette. Les hommes du parrain obligent le fou du village à se masturber en public. Un marchand corrompu a des vues sur la très jeune Kaédé qui n’est pourtant qu’une serveuse de saké. Mais la maquerelle va l’obliger à sa prostituer.

Ce sont ces deux femmes qui charpentent le récit de La Blessure. Nishiki se plait plutôt dans le bordel. Elle voit en cachette son amant, le jeune yakuza cité plus haut. Zatoichi en la libérant cherche à changer sa mentalité. Elle ne comprend pas pourquoi il ne veut pas coucher avec elle puis se prend de sympathie pour lui. Kaédé représente, en contraste, l’innocence incarnée. Elle protège son petit frère, un gamin courageux qui va se faire tuer à grands coups de bâton par le parrain dans une séquence terrifiante de cruauté.

Shinatro Katsu, en tant que réalisateur, s’inspire largement de la mise en scène formelle de son mentor Kenji Misumi. Filmé souvent de nuit, La Blessure multiplie les clairs obscurs sur les visages pour accentuer l’aspect funeste du récit. Il place également souvent des obstacles devant les corps et visages, barreau, rideau, paravent, filets de pèche. Il alterne les longs plans séquences (la discussion en ouverture sur le pont) avec un montage très haché. Il se permet aussi de reprendre intégralement une des plus fameuses scènes de jeu de dés vue dans Voyage en enfer.

Mais c’est surtout physiquement que le film est le plus éprouvant. Outre cette scène de meurtre d’enfant, la cruauté du parrain et de l’homme d’affaires qui martyrisent les pêcheurs pour encore plus les racketter (ils brûlent leurs bateaux en observant de loin leur sale besogne), c’est Shintaro Katsu acteur qui est le plus brimé par Shintaro Katsu réalisateur. La blessure qui illustre le titre français détruit ce que le masseur aveugle a de plus précieux : ses mains que le parrain mutile, comme si il fallait annoncer la fin définitive des aventures de Zatoichi.

La Légende de Zatoichi 24 : La Blessure (新座頭市物語・折れた杖, Japon, 1972) Un film de  Shintarô Katsu avec Shintarô Katsu, Kiwako Taichi, Kyoko Yoshizawa, Yasuhiro Koume, Katsuo Nakamura, Asao Koike, Joji Takagi, Masumi Harukawa, Yoshihiko Aoyama, John Fujioka, Naoe Fushimi, Kazuko Tajima, Takeshi Yabuuchi, Satoko Yamamura, Hideji Ôtaki.

mardi 4 mars 2014

La Légende de Zatoichi 23 : Voyage à Shiobara


D’habitude, Zatoichi (Shintaro Katsu) se voit confier des enfants qui peuvent parler et marcher. Dans Voyage à Shiobara, il aide une femme mourante à accoucher et recueille son bébé pour le rendre à son père Sataro. Direction Shiobara, village connu pour sa tranquillité depuis que le chef de la police Tobei (Hisaya Morishige) est parvenu à se débarrasser du parrain qui gangrénait la communauté. D’ici là, il faut bien nourrir le nourrisson et Zatoichi badigeonne son téton de lait pour donner la tétée.

Première personne rencontrée à Shiobara, un jeune homme qui gagne sa vie grâce aux paris qu’il tient et qui semble connaitre Sataro. Contre quelques pièces, il le guide mais le Sataro en question est un enfant. Etape suivante, Zatoichi rencontre Tobei qui l’avertit que le jeune homme est un escroc. Tobei le sait bien puisqu’il est son propre fils qui a mal tourné. Le policier l’emmène chez Oyaé (Naoko Ôtani), la sœur de Sataro. Elle s’avoue trop pauvre pour pouvoir s’occuper du bambin et le confie à une nourrice.

Il faut dire que la jeune femme a une dette qu’elle ne peut pas rembourser. On retrouve à partir de ce moment les tenants classiques des épisodes de Zatoichi. Un parrain local, créancier, abuse de son pouvoir pour racketter tout le monde. Tetsugoro (Rentarô Mikuni, déjà présent dans Zatoichi 16 : Le Justicier), parrain cruel et arrogant veut mettre Oyaé dans sa maison close mais aussi taxer les forains (un autre schéma classique de la série) pour qu’ils puissent jouer dans le village.

L’ennemi ainsi présenté, les enjeux viennent vite en place. Zatoichi est vite pris en tenaille entre sa volonté de quitter le village maintenant qu’il a rendu le bébé et celle de rendre la justice et d’aider Oyaé à payer sa dette. Comme il aime jouer, Zatoichi décide de donner une leçon à Tetsugoro en l’humiliant. Encore une fois, il récupère une belle somme avec ses habituels trucs (son oreille entend tout) puis en se battant contre ses yakuzas (il coupe leurs tenues et ils apparaissent culs nus).

Le thème principal du film est celui de la paternité. Sataro n’a pas seulement un nourrisson, il a aussi un fils plus âgé qui va passer son temps à lancer des cailloux sur la tête de Zatoichi. Les jets de cailloux sont d’abord déclinés sur un mode comique (Zatoichi les évite par divers moyens) puis l’obsession du garçonnet tourne au pathétique. Le gamin est persuadé que le masseur aveugle est l’assassin de sa mère (il était présent sur les lieux et observait de loin). Il va persuader son père de cela.

Deux autres fils vont chercher leur place dans Voyage à Shiobara. Celui du parrain Tetsugoro prend un plaisir non feint à torturer Zatoichi fait prisonnier. Il cherche à trouver sa place parmi les yakuzas montrés comme une meute d’animaux en quête de sang. Puis, c’est le fils de Tobei qui mène une mauvaise vie et qui cherche à se racheter. Leur destin est opposé mais chacun doit prendre la place de leur père pour devenir adultes. Le rôle de Zatoichi est d’aider les bonnes personnes à s’accomplir et à réprimander les autres.

La Légende de Zatoichi 23 : Voyage à Shiobara (座頭市御用旅, Japon, 1972) Un film de  Kazuo Mori avec Shintarô Katsu, Rentarô Mikuni, Hisaya Morishige, Etsushi Takahashi, Naoko Ôtani, Osamu Sakai, Renji Ishibashi, Jun Katsumura.

mardi 25 février 2014

La Légende de Zatoichi 22 : Zatoichi contre le sabreur manchot


Dans sa volonté d’inviter des guest stars, c’est assez logiquement que Shintaro Katsu invite Jimmy Wang Yu, créateur du personnage du sabreur manchot dans Un seul bras les tua tous et dans Le Bras de la vengeance. L’acteur de Hong Kong avait quitté la Shaw Brothers (c’est Ti Lung qui est le sabreur manchot dans La Rage du tigre) et après être devenu son propre producteur, être parti faire quelques films à Taïwan, tente sa chance au Japon. Il était logique que deux invalides, l’un aveugle et l’autre manchot, se rencontrent.

Kang Wang (Jimmy Wang Yu) est au Japon pour retrouver l’un de ses anciens amis, le bonze Kazuken (Kôji Nanbara,). Ils se sont connus en Chine et ont pratiqué les arts martiaux ensemble. Sur le chemin vers le temple, le sabreur manchot rencontre deux de ses compatriotes, forains qui font les marchés avec leur jeune fils Xiao-rang. Ils seront sauvagement tués par des samouraïs qui passaient par là. Seul le gamin parvient à s’échapper, il sera recueilli par Zatoichi (Shintaro Katsu) qui en profite pour aider Wang, salement amoché.

Le trio a du mal à se comprendre. Forcément, Wang ne parle que mandarin et Zatoichi que japonais. L’enfant parvient à faire le traducteur entre les deux adultes. Ils vont demander un peu de secours chez des paysans. Oyoné (Michie Terada), leur fille, leur sert à boire et à manger, se prend de sympathie pour Xiao-rang. Mais, les samouraïs qui avaient massacré les témoins viennent chercher le Chinois qu’ils veulent accuser à leur place de leurs meurtres. Dans leur folie, ils tuent les parents d’Oyoné pendant que Zatoichi est parti acheter du saké.

La rumeur de la trahison court. Oyoné est persuadée que le masseur aveugle a vendu Wang contre quelques pièces de monnaie. Et Oyoné confesse ses doutes au sabreur manchot qui va vouloir se venger. Zatoichi contre le sabreur aveugle illustre alors dans sa deuxième moitié tout son titre. Les deux hommes avaient sympathisé, ils sont désormais ennemis. Le problème du film vient de Jimmy Wang Yu qui joue au premier degré ses scènes, regard sérieux, yeux plein de furie alors que Shintaro Katsu est dans l’ironie.

Quant à Kimiyoshi Yasuda, qui signe son cinquième Zatoichi, il tente, vainement, de reproduire les effets de la Shaw Brothers dans les divers combats entre Jimmy Wang Yu et les samouraïs ou Zatoichi : zooms ultra rapides qui reculent du regard intense de l’acteur en gros plan cinémascope jusqu’aux adversaires situés à des dizaines de mètres de lui, sauts montés à l’envers où Jimmy Wang Yu va du sol au sommet d’un arbre. Le film en cherchant à se convertir au film de sabres chinois perd en efficacité.

Ce qui intéresse le plus dans Zatoichi contre le sabreur manchot, ce sont ses personnages secondaires. D’abord un deuxième aveugle qui, ironiquement, dirige une maison de jeux. Pas de dés cette fois qu’il ne pourrait pas lire mais une pièce où l’on parie sur pile ou face. Le film inverse également les valeurs avec deux autres personnages. Le bonze Kazuken trahira son ami en dépit de la morale qu’il ne cesse de déployer. Inversement, la geisha Osen (Watako Hamaki) qui va séduire Zatoichi sera d’une morale indéfectible. Bref, un épisode en demi-teinte et pas toujours convaincant.

La Légende de Zatoichi 22 : Zatoichi contre le sabreur manchot (新座頭市 破れ 唐人剣, Japon, 1971) Un film de Kimiyoshi Yasuda avec Shintarô Katsu, Jimmy Wang Yu, Watako Hamaki, Michie Terada, Kôji Nanbara, Tôru Abe, Katsutoshi Akiyama, Chang Yi, Yûji Hamada, Tsutomu Hashimoto, Shirô Itô.

lundi 10 février 2014

La Légende de Zatoichi 21 : Le Shogun de l'ombre


Dans une vente aux enchères de prostituées, l’ancienne épouse d’un vassal du shogun est vendue très cher à un marchand prétentieux et libidineux. Zatoichi (Shintaro Katsu), qui est là à le masser est dégouté par cet homme et pris de pitié par cette femme, décide de la délivrer sur le chemin qui la mène dans la maison de son maitre. Zatoichi et elle s’enfuient dans la forêt. Quelques instants plus tard, un samouraï (Tastuya Nakadai), l’époux de cette femme, sort son sabre et tue le marchand ainsi que les deux porteurs du palanquin. Zatoichi vient de se faire son premier ennemi.

La présence de Tatsuya Nakadai, après celles de Takashi Shimura et de Toshiro Mifune, décèle l’envie de Shintaro Katsu, producteur de la série depuis quelques films, d’inviter des grandes pointures du chambara. L’acteur fétiche de Masaki Kobayashi s’en sort beaucoup mieux que ses illustres prédécesseurs. Kenji Misumi le filme tel un fantôme, en clair obscur, le laissant apparaitre furtivement derrière Zatoichi, ne lui donnant aucun nom et menaçant le masseur. Le samouraï est persuadé qu’il est responsable de la mort de son épouse. Innocent, Zatoichi est désarmé face à lui.

Un ennemi, c’est bien, deux ennemis, ça corse l’enjeu. Il débarque dans une ville tenue par Yamikubo (Masaki Kobayashi), parrain des parrains qui lèvent des impôts sur les paysans et les taxe en les menaçant. Il tire son surnom de shogun de l’ombre de sa cécité. Comme Zatoichi, il est aveugle et c’est aveuglément qu’il fait régner la terreur dans son shogunat, tout aussi aveuglément qu’il décide de la mort de Zatoichi, sans raison valable. Les deux hommes sont à l’opposé l’un de l’autre et Kenji Misumi illustre cet antagonisme de nombreuses fois, notamment dans un jeu de go où ils s’affrontent.

Pour se débarrasser de lui, le shogun de l’ombre envoie la belle et jeune Okiyo (Reiko Ôhara), fille de l’un de ses chefs de clan, séduire Zatoichi puis le tuer. Mais, elle s’éprend réellement de lui et refuse d’accomplir sa tâche. Ensuite, il engage Umijé (Peter, vu dans Les Funérailles des roses), apprenti yakuza à la mèche de cheveux sur les yeux maquillés. Umijé se prétend proxénète mais tombe lui aussi amoureux de Zatoichi. Ils partageront un lit ensemble, laissant la confusion au spectateur sur ce qui a pu se passer sous la couverture.

Pour la première fois, une aventure de Zatoichi aborde frontalement la sexualité. La vente aux enchères montre un maître des cérémonies obsédé sexuel qui déshabille les femmes et, par ses dialogues, érotise les futurs rapports sexuels. Plus tard, Zatoichi se battra nu dans un bain de thermes face à une demie douzaine d’assaillants nus également. Chacun protégera son sexe avec un baquet. Enfin, Umijé dont Zatoichi met à l’épreuve la virilité et vice-versa dans un jeu de séduction troublant et Okiyo qui tient la canne du masseur dans laquelle il enfonce son épée.

Dans Le Shogun de l’ombre, sixième et dernière réalisation de Kenji Misumi pour la série, le cinéaste s’amuse comme un petit fou. Les scènes de pur comique burlesque abondent : le masseur aveugle pratique l’ironie comme jamais, se moque des gens qu’il rencontre et il joue de ses mimiques. La scène la plus drôle est ce combat dans les thermes. Kenji Misumi expérimente aussi ses images, souvent très funestes, met en scène un flashback halluciné du samouraï sans nom. Il se prépare aux délires formels des Baby Cart et de son Hanzo the razor.

La Légende de Zatoichi 21 : Le Shogun de l'ombre (座頭市あばれ火祭, Japon, 1970) Un film de Kenji Misumi avec Shintaro Katsu, Tatsuya Nakadai, Peter, Masayuki Mori, Reiko Ôhara, Kô Nishimura, Ryûnosuke Kaneda, Osamu Ôkawa, Takumi Shinjo, Yasuhiro Mizukami, Ryûtarô Gomi, Kazuko Yoshiyuki.

vendredi 31 janvier 2014

La Légende de Zatoichi 20 : Zatoichi contre Yojimbo


Près de dix ans après le film éponyme d’Akira Kurosawa, Toshiro Mifune reprend son personnage de Yojimbo (qu’il a joué aussi dans Sanjuro). Yojimbo signifie garde du corps en japonais. Dans Zatoichi contre Yojimbo, il est à la solde d’un parrain local, Masagoro (Sakatoshi Masakane). Constamment ivre, volontiers râleur et amoureux de Umeno (Ayako Wakao) la tenancière de l’auberge dans laquelle il passe le plus clair de son temps, Yojimbo se verra confier la mission de se débarrasser  de Zatoichi (Shintaro Katsu) contre 100 ryos.

Pourquoi notre masseur aveugle, qui apparait dans ce film le crâne rasé, se retrouve-t-il là ? Il retourne dans un village qu’il a visité trois ans auparavant. Il espère y retrouver le calme qui l’avait enchanté. De loin, il entend le bruit familier du marteau du forgeron mais ce dernier, quand Zatoichi s’adresse à lui, ne répond pas. Il va vite constater, tandis qu’il compte prendre tranquillement un bain, que le lieu a bien changé. Il est désormais hanté par des hordes de yakuzas tatoués qui viennent l’embêter en plongeant dans l’eau apaisante.

Zatoichi se fait expulser du village par les yakuzas. C’est l’occasion de retrouver le vieux Hyoroku (Kanjûrô Arashi) qui lui raconte la grave famine qui a sévi et la domination du village par les yakuzas. Il taille, en hommage aux victimes, 130 petites sculptures qu’il pose à l’entrée du village. Faites en pierre, elles ne contrastent pas avec l’atmosphère locale. Le sol est gris, rocailleux, la végétation est rare. Zatoichi dira plus tard de ce lieu dévasté par la sécheresse comme par les yakuzas qu’il ressemble à l’enfer.

L’affrontement entre Zatoichi et Yajimbo promis par le titre est sans cesse repoussé, comme pour maintenir le suspense. Ils se rencontrent chez Umeno, partage un peu de saké. Yojimbo traitera Zatoichi de monstre, ce dernier de brute. Il se joue en eux un jeu du chat et de la souris, non sans une certaine dose d’humour. Chacun cherchera à être le plus vénal auprès de leur patron. Yojimbo humilie constamment Masagoro qui se trouve être le fils félon d’Eboshiya (Osamu Takizawa), propriétaire d’une importante fabrique de tissus. Il s’agit aussi pour les deux acteurs d’un concours de cabotinage.

Eboshiya est le détenteur d’un secret : il a caché dans le village de l’or. Personne ne sait où il se trouve et chacun le cherche. Le film fait ainsi défiler les visiteurs avides d’argent facile. Un inspecteur corrompu, puis Kuzuyu (Shin Kishida) un samouraï cruel et Goto (Toshiyuki Hosokawa) le second fils d’Eboshiya devenu un homme important à Edo, sans oublier une bande de mercenaires venus chercher une part du magot. Zatoichi contre Yaojimbo souffre d’un rythme dilaté sur près de deux heures (le plus long épisode de la saga) ponctué de longues scènes de dialogues explicatives. Légèrement ennuyeux, le film a pourtant été l’un des plus gros succès de la saga.

La Légende de Zatoichi 20 : Zatoichi contre Yojimbo (座頭市と用心棒, Japon, 1969) Un film de  Kihachi Okamoto, Toshiro Mifune, Sakatoshi Masakane, Ayako Wakao, Osamu Takizawa, Masakane Yonekura, Shin Kishida, Kanjûrô Arashi, Toshiyuki Hosokawa, Shigeru Kôyama, Minoru Terada, Hideo Sunazuka, Daigo Kusano, Fujio Tsuneda.

dimanche 26 janvier 2014

La Légende de Zatoichi 19 : Les Tambours de la colère


Le récit des Tambours de la colère est l’un des plus simples de toutes les aventures de Zatoichi (Shintaro Katsu). Ce dernier décide d’escorter Osodé (Yoshiko Mita), belle jeune femme habillé dans un kimono décoré de pivoines rouges. Elle doit se rendre à Suwa pour retrouver sa tante qui y habite. Elle doit aussi échapper à l’homme qui cherche à la placer dans une maison de geishas.

Cet homme est Kumakichi (Akira Shimizu), un parrain corrompu et mesquin, qui espère se faire attribuer un marché juteux auprès d’un riche marchand. Contre cet arrangement, il veut offrir Osodé en pot de vin, faire de la jeune femme une marchandise. Pour cela, Kumakichi a comploté contre le frère d’Osodé, grand joueur devant l’éternel qui s’est criblé de dettes. Osodé est censé rembourser ce que son frère doit au parrain.

C’est ainsi que Zatoichi rencontrera cette femme qui n’aurait jamais du être impliquée dans cette histoire de dettes. Il est engagé avec Shin (Takuya Fujioka), un samouraï sans maître pour tuer le frère d’Osodé. Shin est un vantard persuadé d’être bien meilleur sabreur que quiconque. C’est Zatoichi qui donne le coup fatal. Ils étaient tous partis lui régler son compte de nuit et l’homme avait éteint toutes ses lanternes. Seul Zatoichi, habitué au noir, pouvait le tuer.

Puis, il s’oppose aux yakuzas qui les accompagnent quand ils veulent capturer Osodé. Elle venait avec l’argent de la dette, ils réclament les intérêts. Zatoichi est un homme d’honneur et refuse qu’elle soit vendue dans un bordel. Mais un autre souci se crée, Osodé en veut au masseur d’avoir tué son frère. Elle veut se venger. Avant que leur périple ne débute, elle le retrouve dans une auberge et le menace d’un couteau.

Il sera très facile pour Zatoichi de la raisonner, de partir vite de cette ville pour fuir les hommes de Kumakachi. D’autant que ce dernier a engagé un samouraï, Kashiwazaki (Makoto Satô), sorte d’alter ego de Zatoichi, aussi vaillant et bon bretteur que lui. Leur route va régulièrement se croiser tandis qu’Osodé comprend bien que Zatoichi est un homme bon. Elle va petit à petit tomber amoureuse de lui.

Le périple où Zatoichi et Osodé doivent affronter les sbires de Kumakichi, tout plus stupides les uns que les autres, est ponctué de moments plus calmes et de joyeux morceaux de comédie. Les Tambours de la colère commence d’ailleurs sur un ton très léger avec des enfants qui se moquent gentiment de Zatoichi. Le personnage de Shin est largement comique. Un peu pleutre, il tente de voler le maigre maquereau du repas qu’il partage avec Zatoichi.

Le film a beau être très simple, très linéaire dans sa narration, sans grands coups de théâtre qui cherche à relancer le récit, Kenji Misumi parvient à rendre passionnant le voyage de trois jours qu’effectuent Zatoichi et la jeune femme. Cela tient à sa capacité à équilibrer chaque partie du scénario, à mélanger les genres et à soigner les scènes de combat. Son sens du cadre finit d’enchanter encore plus que dans La Route sanglante qui se déroulait également en hiver.

La Légende de Zatoichi 19 : Les Tambours de la colère (座頭市喧嘩太鼓, Japon, 1968) Un film de Kenji Misumi avec Shintaro Katsu, Yoshiko Mita, Makoto Satô, Kô Nishimura, Takuya Fujioka, Chôchô Miyako, Akira Shimizu, Ryoichi Tamagawa, Machiko Soga, Ryûtarô Gomi, Osamu Ôkawa, Rokko Toura, Kazue Tamaki, Yukio Horikita, Takeshi Date.

dimanche 19 janvier 2014

La Légende de Zatoichi 18 : Le Défi


L’ouverture du récit du Défi, 18ème aventure de Zatoichi, se fait de manière très laconique. Piégé par la pluie, Zatoichi (Shintaro Katsu) se réfugie sous un abri de fortune et ne remarque la femme qui se garde bien de faire le moindre bruit. Puis, ce sont deux yakuzas qui l’embêtent pendant son repas. Il les tranchera de sa lame. Plus loin, la même femme, accroupie au milieu d’un champ de fleurs. Enfin, c’est un autre yakuza qu’il croise tandis qu’il se repose au pied d’un arbre d’où tombe un serpent qu’il coupe en deux.

En dire le moins possible sur les personnages qu’on vient de découvrir permet de maintenir un suspense même si on se doute que cette femme et cet homme que notre héros vient de rencontrer vos être ses adversaires. Les dialogues, eux-mêmes, sont lapidaires. Quand les yakuzas demandent à leur chef ce qu’ils viennent faire là, il leur répond qu’il leur dira plus tard dans l’auberge où se trouve justement Zatoichi. D’ailleurs, on ne connaitra même pas le nom de ce samouraï au chapeau qui semble mener cette bande de malfrats.

Donc, cette femme portant un si élégant kimono demande au parrain local d’héberger cette bande de fugitifs. Les 7 fugitifs, voilà comment aurait pu s’appeler le film. Parmi eux, le samouraï au chapeau. Et quelques hommes particulièrement vicieux, qui n’hésitent pas à tuer pour le plaisir (le couple avec enfant qui passait à côté d’eux), à rire sardoniquement (les visages sont filmés en gros plan et contre-plongée pour bien marquer le dégout qu’ils doivent inspirer) et à menacer Zatoichi (la scène de massage où il évite leurs coups bas et obstacles).

Se croyant bien malins, les fugitifs (dont l’un lance des couteaux aux lames très acérées), entaillent le visage de Zatoichi qui part se faire soigner chez le docteur Junan (Takashi Shimura, l’acteur préféré d’Akira Kurosawa). Un autre homme secret qui ne va pas révéler tout de suite ce qu’il cache. Le spectateur peut penser qu’il est un ancien samouraï, un reclus de la société ou le parent d’un ancien adversaire de Zatoichi, qu’il accueille bien volontiers chez lui après l’avoir soigné. Ensemble, ils vont lutter contre les sept malfrats (petite référence au rôle de Shimura dans Les Sept samourais).

Pendant tout le film au scénario assez peu novateur, Zatoichi va donc sauver les bons (la famille du docteur dont sa jeune fille), aider les méritants à se repentir (la femme à l’élégant kimono qui comprend le mal qu’elle a fait jusque là) et punir les sept malfrats ainsi que le parrain qui cherche à accroitre son pouvoir. Le schéma est classique mais le ton est ouvertement gore (sang qui gicle, bras tranché, tuniques maculées) et Zatoichi est, cette fois, très sérieusement blessé. Là aussi, le film joue sur le suspense de la survie du masseur aveugle pour maintenir son suspense.

La Légende de Zatoichi 18 : Le Défi (座頭市果し状, Japon, 1968) Un film de Kimiyoshi Yasuda avec Shintaro Katsu, Kayo Mikimoto, Kyôsuke Machida, Takashi Shimura, Akifumi Inoue, Jotaro Sennami, Hisataro Hojo, Hôsei Komatsu, Koichi Mizuhara, Kazuo Yamamoto, Ryuji Funabashi, Shôzô Nanbu, Yukio Horikita, Seishirô Hara, Rieko Oda.

lundi 13 janvier 2014

La Légende de Zatoïchi 17 : La Route sanglante


Les rencontres du hasard ont toujours été au départ des histoires des Zatoichi. Dans La  Route sanglante, Zatoichi (Shintaro Katsu) après avoir mangé un kaki (le film se déroule en hiver) rencontre une mère mourante qui lui confie son fils de six ans, Ryota. Voici Zatoichi devenu baby-sitter. Ils partent tous les deux retrouver le père de l’enfant. Ce dernier s’avère espiègle, un peu capricieux et pleurnichard, donnant dans sa première partie quelques moments de légèreté.

Sur leur chemin, le masseur et le gamin croisent une troupe de théâtre. Les larges fanions colorés et les chants de Tayu, la meneuse de la troupe, attire Ryota qui courre à la leur rencontre, laissant Zatoichi en plan et un peu furieux contre l’impulsivité du gamin. Les sourires sont là malgré le drame de la mort de la mère du petit mais ils vont vite laisser la place à la désillusion quand deux clans rivaux veulent que les comédiens jouent pour leurs chefs respectifs.

L’objectif principal est d’amener les deux enjeux majeurs du film. Tout d’abord montrer la gangrène du système des clans, piliers du pouvoir shogunal. Les parrains se disputent pour des broutilles, pour savoir qui aura le dernier mot dans cette dispute de la représentation théâtrale. De ce point de vue, Tayu ne se laisse pas faire mais quand son hôte est brutalement assassiné par le clan rival, sa troupe doit s’enfuir aussi vite que possible. Elle propose à Zatoichi de l’accompagner avec l’enfant. Il doit poursuivre sa mission.

Ensuite, cela permet de montrer les liens qui se tissent petit à petit entre le masseur et Ryota. Habituellement, Zatoichi fait en sorte de ne pas s’attacher à quiconque, de rester en dehors de l’affection qu’on peut lui porter. C’est ce qui lui permet de continuer à lutter contre ses adversaires, de ne pas se laisser encombrer de regrets et de souvenirs. L’enfant est d’abord insupportable aux yeux de Zatoichi. Mais ce dernier se comporte souvent lui-même comme un enfant, feignant l’innocence pour mieux berner ses adversaires. Puis, ils vont s’apprivoiser.

Zatoichi doit ramener l’enfant à son père mais l’attachement du petit se fait bientôt plus fort que prévu. Lors de leur voyage, il dessine dans la terre le visage de sa mère, puis ce sera celui de Zatoichi sur une feuille de papier. Le masseur pense que l’enfant a dessiné sa mère et quand il retrouve le père, ce dernier comprend que Zatoichi est devenu comme un père pour son fils. Pourtant l’hérédité est là puisque le père est lui-même un grand dessinateur, retenu prisonnier par le parrain du clan pour produire des scènes érotiques interdites. Le père du petit est tout autant Zatoichi que son géniteur.

S’il est bien un adversaire que Zatoichi ne peut pas duper, c’est le samouraï errant Akazuka (Jûshirô Konoe) qui traverse le film tel un fantôme. Partout où Zatoichi se trouve, Akazuka est là. Ce samouraï est une énigme. Les discussions entre les deux hommes sont badines, parlant de la pluie et du beau temps, puis la mission d’Akazuka est finalement révélée, contrariant la mission de Zatoichi. Leur affrontement final dans la neige qui se met subitement à tomber à gros flocons est d’une grande beauté, contrastant avec la mise en scène jusque là plus sobre du cinéaste. Le film passe ainsi des couleurs chaudes illustrant le ton de comédie aux teintes glaciales, métaphore des drames intérieurs des personnages.

La Légende de Zatoïchi 17 : La Route sanglante (座頭市血煙り街道, Japon, 1967) Un film de Kenji Misumi avec Shintarô Katsu, Jûshirô Konoe, Miwa Takada, Yukiji Asaoka, Mikiko Tsubouchi, Mie Nakao, Takao Ito, Asao Koike, Midori Isomura, Tatsuo Matsumura, Eitarô Ozawa, Jotaro Chinami, Kôjirô Kusanagi, Kenzô Tabu, Osami Nabei.

mardi 7 janvier 2014

La Légende de Zatoichi 16 : Le Justicier


Le générique d’ouverture l’annonce fièrement : « le premier film de la Katsu Production ». L’acteur Shintaro Katsu produit désormais la série et, tout en continuant de garder les éléments essentiels de Zatoichi, accentue dans Le Justicier le côté obscur du masseur aveugle. Ça commence par un exercice d’adresse de Zatoichi (il lance une flèche sur une petite cible), puis une femme qui tente de l’escroquer et enfin la rencontre avec des yakuzas arrogants.

Si, pour une fois il ne sort pas son épée, il rencontre Ohara (Mizuho Suzuki), un samouraï pacifiste qui conseille aux paysans de ne plus jouer leur maigre revenu aux jeux. Le village est tiraillé entre deux parrains, l’un Tomizo (Tatsuo Endô) au visage fermé use de la force contre les joueurs endettés, l’autre Asagoro (Rentarô Mikuni) préfère fermer sa salle plutôt que de voir les paysans perdre trop d’argent. Tomizo se fait un point d’honneur à empêcher Ohara de nuire à son affaire.

Zatoichi, grand amateur de jeu de dés devant l’éternel, comprend vite que les hommes de Tomizo trichent en pipant les dés. Mais le parrain, tout en se méfiant de lui, accueille en grande pompe le masseur. Il espère le mettre de son côté pour se débarrasser d’Ohara. Ce dernier, tout en apprenant aux paysans comment correctement planter le riz, suggère amicalement à Zatoichi de renoncer à la violence et de quitter les lieux. Il représente un mauvais exemple pour les paysans.

Ainsi quand Tomizo trahit Zatoichi, celui-ci le tue. Le village est libéré de son tyran mais les conséquences sont dramatiques. Dans la confusion de la bataille, un jeune paysan venu soutenir Zatoichi, perd son bras droit, offrant ainsi à la série sa première immersion dans le gore. D’autres membres seront tranchés dans le film. Sa fiancée accuse le masseur d’en être responsable. Il n’a plus qu’une solution, abandonner son épée et s’exiler.

Pour la première fois, les deux parties sont séparées d’une année entière. Les saisons passent et on retrouve Zatoichi dans une pension pour aveugles où ses coturnes, particulièrement antipathiques, sifflent et harcèlent la moindre femme qui passe à proximité. Une rencontre au hasard lui fera comprendre que la mort de Tomizo n’a pas amené que du bonheur pour les paysans. Bien au contraire, la jeune fiancée est obligée de se prostituer, les paysans croulent sous les dettes et Ohara est emprisonné. Asagoro, qu’il pensait juste, est devenu le nouveau tyran.

Il va bien falloir que Zatoichi agisse lui qui ne cherche qu’à jouer aux dés et à se promener sous le soleil. C’est justement sous l’absence de soleil que se déroule la deuxième partie du Justicier, film au ton particulièrement sombre, comme si le sentiment de culpabilité de Zatoichi empêchait le soleil de briller. Nuages épais, pluie torrentielle, nuit noire, voilà le sort désormais de Zatoichi. Tout se déchaine contre lui et le soleil pourra à nouveau dorer la peau du masseur quand ceux qu’il croyait être bon et qui ont fait tant de mal seront en fin punis.

La Légende de Zatoichi 16 : Le Justicier (座頭市牢破, Japon, 1967) Un film de Satsuo Yamamoto avec Shintarô Katsu, Rentarô Mikuni, Kô Nishimura, Yuko Hamada, Toshiyuki Hosokawa, Takuya Fujioka, Kenjiro Ishiyama, Yuko Hamada, Mizuho Suzuki, Tatsuo Endô, Kayo Mikimoto.

samedi 4 janvier 2014

La Légende de Zatoïchi 15 : La Canne épée


La fameuse canne de Zatoichi qui contient une épée méritait bien un épisode à elle toute seule. C’est chose faite avec ce quinzième épisode de la Légende de Zatoichi titré La Canne épée. Prolongement de son bras droit, sa canne ne sert pas seulement à Zatoichi (Shintaro Katsu) d’œil pour se déplacer et éviter les obstacles. La canne sert bien entendu au masseur à se défendre contre ses agresseurs, qu’ils soient yakuzas ou samouraïs en leur tranchant la chair ou tricheurs en découpant les dés pipés dans les maisons de jeux.

Dans son voyage, Zatoichi rencontre une troupe de théâtre qui l’emmène sur leur roulotte dans le village de Tonda. Là, il y rencontre dans une guinguette un grand-père nommé Senzo (Eijirô Tôno) à qui il offre quelques verres de saké. Le vieil homme, qui a vu le masseur utiliser son épée, l’invite chez lui. Senzo est forgeron et affirme que son maître est l’homme qui a fabriqué l’épée de Zatoichi. Il affirme également que cette arme menace de se briser sur sa prochaine victime. Il lui conseille de s’en débarrasser.

Fort aimable, Senzo propose à Zatoichi de devenir le masseur de l’auberge que tient Genbei (Ryuji Kita). Ça tombe bien, ils ont des clients prestigieux, en l’occurrence le seigneur Kuwayama, inspecteur des huit provinces. Comme il se doit, ce seigneur est accompagné d’hommes avides qui cherchent à s’accaparer les biens des autres. L’auberge de Genbei est un commerce dont ils voudraient bien s’emparer. Mais Zatoichi ne peut pas faire grand-chose sans sa canne-épée qu’il a remplacé par une simple canne de bois, si ce n’est triturer violemment les épaules du seigneur lors du massage.

Et puis, le seigneur Kuwayama trouve la jeune et belle Shizu (Shiho Fujimura) très à son goût. Elle travaille dans l’auberge mais n’est pas une servante. C’est la fille du chef du village. Ce dernier a été assassiné quelques jours auparavant par les sbires du seigneur. Shizu est une femme indépendante qui n’a pas sa langue dans sa poche, ce qui va parfois lui créer quelques soucis. Elle espère que son jeune frère prendra la succession de leur père afin que le domaine ne tombe pas dans les mains du seigneur, mais le jeune homme préfère les livres au pouvoir. C’est une résistante et Zatoichi dira d’elle qu’elle se comporte comme un homme.

Il avait promis d’avoir une vie rangée mais devant l’injustice, il ne peut qu’aider l’aubergiste et Shizu. Il fait le cauchemar que sa vieille épée se brise mais sa mission passe avant ses craintes. Avant la classique scène finale de bataille avec une rue jonchée de cadavres, le ton du film sera souvent plus léger avec des dialogues plein d’ironie et des personnages secondaires qui offrent quelques touches d’humour, comme le joueur de dés itinérant qui rencontre Zatoichi plusieurs fois ou les membres de la troupe de théâtre rencontrée en début de film, parmi une femme souriante entonne une chanson comme dans une comédie musicale.

La Légende de Zatoïchi : La Canne épée (座頭市鉄火旅, Japon, 1966) Un film de  Kimiyoshi Yasuda avec Shintarô Katsu, Shiho Fujimura, Yoshihiko Aoyama, Makoto Fujita, Kiyoko Suizenji, Eijirô Tôno, Masumi Harukawa, Masako Aboshi, Junichiro Yamashita, Ryûtarô Gomi, Fujio Suga, Tatsuo Endô, Ryuji Kita, Eigoro Onoe, Yûsaku Terajima.

lundi 16 décembre 2013

La Légende de Zatoichi 14 : Le Pèlerinage


Pour sa troisième contribution aux Zatoichi (Zatoichi 6 : Mort ou vif et Zatoichi 7 : La Lame), le cinéaste Kazuo Ikehiro retrouve le thème des yakuzas qui veulent mettre la main sur un village. Zatoichi (Shintaro Katsu) est guidé par le propre cheval de sa victime qui a eu la mauvaise idée de l’affronter sur un pont. Pourtant, le masseur aveugle, en début de film était allé prier les Dieux pour se repentir d’avoir tué tant de personnes. Il avait juré qu’il irait faire un pèlerinage pour visiter les 88 temples de Shikoku, l’île où se déroule Le Pèlerinage.

Le cheval mène notre héros directement à la maison de son assaillant. Là, habite Okichi (Michiyo Ôkusu), la sœur de sa victime. Le jeune femme, étonnée de voir un visiteur inconnu, lui donne un coup de couteau à l’épaule. Elle a bien compris qu’il a tué son frère mais lui pardonne. Okichi lui explique ce qui se passe dans le village, que son frère a été forcé par Tohachi (Isao Yamagata) d’aller l’affronter, à cause d’une dette. Okichi soigne son invité et tous deux sympathisent pendant la convalescence de Zatoichi.

Tohachi et ses hommes sont peut-être des yakuzas féroces mais ce sont des rustres, habillés de haillons laissant dépasser leur ventre et, surtout, comme le dit Okichi lors d’une de leur rencontre, ils puent. Tohachi en est même fier mais il doit faire face aux moqueries des villageois (dialogues ironiques et hilarants d’Okichi à son encontre). Les yakuzas sont des cavaliers, donnant à certains moments un aspect western tout à fait volontaire accentuée par la musique, les plans larges sur les paysages et le soleil qui tape sur les crânes des personnages.

Zatoichi est blessé, et il le sera plusieurs fois pendant le film, mais Okichi compte sur lui pour se débarrasser des yakuzas. Les paysans menacés de voir leur terre et revenus volés sont du même avis. Cependant, pour ne pas avoir à aider le samouraï aveugle, ils annoncent accepter les conditions de Tohachi. Ils se prétendent incapables de se battre. Ils espèrent surtout que Zatoichi fera le boulot à leur place. Contrairement aux deux autres films de Kazuo Ikehiro, la réputation du masseur rend lâches les villageois.

En ouverture de film, Zatoichi avait déjà été mis à l’épreuve de la lâcheté. Dans le bateau qui l’amène à Shikoku, personne n’ose s’opposer à un voleur arrogant. Dans la longue scène finale, Okichi tente, en vain, de convaincre les paysans d’aider Zatoichi. Ils sont enfermés chez eux, il se fait blesser par les sabres des yakuzas. Cette scène d’action est extrêmement poignante, les cris de désespoir de Okichi au milieu du silence de la bataille seulement coupé par les bruits des lames est le meilleur moment du film et le plus émouvant des quatorze premiers films de la série.

La Légende de Zatoichi 14 : Le Pèlerinage (座頭市海を渡る, Japon, 1966) Un film de Kazuo Ikehiro avec Shintarô Katsu, Michiyo Ôkusu, Kunie Tanaka, Hisashi Igawa, Masao Mishima, Jotaro Senba, Ryûtarô Gomi, Isao Yamagata, Saburo Date.

vendredi 6 décembre 2013

La Légende de Zatoichi 13 : La Vengeance


Première rencontre. Dans un champ aux herbes hautes, Zatoichi (Shintaro Katsu) croise un samouraï. Ils se toisent du regard, ne se disent pas un mot et partent dans des directions opposées. Deuxième rencontre. Toujours dans ces herbes, un homme est assailli par sept mercenaires que Zatoichi tue chacun d’un seul coup de sabre. Cet homme moribond demande au masseur de donner à un certain Taichi une bourse pleine d’argent. Où se trouve-t-il ? Qui est-il ? L’homme meurt avant de répondre.

Zatoichi reprend son chemin et rencontre un prêtre aveugle (Jun Hamamura). Assis devant un arbre, son biwa – une guitare japonaise – en bandoulière, le prêtre semble lire en Zatoichi comme dans un livre ouvert, lui affirme qu’il n’est pas aveugle de naissance et que son ouïe n’est pas assez développé. Le prêtre lui suggère de se rendre avec lui dans un village voisin pour le festival des tambours. Or ce village a la grande chance de ne pas être dominé par un clan yakuza.

Les deux hommes se rendent dans ce village. Zatoichi avec l’argent du défunt paie son repas – copieux – au prêtre, cet argent était sans doute des gains de jeu de hasard. Mais c’est dans ce village que Zatoichi comprend vite que le Taichi en question est un enfant, en l’occurrence le fils du défunt. Zatoichi rencontre sa grand-mère (Kanae Kobayashi) qui se plaint du racket du clan de Gonzo (Kei Satô) qui veut mettre sous sa coupe les commerces qui tentent tant bien que mal de résister, transformer les hôtels et restaurants en bordel ou maison de jeux.

A propos de jeux de hasard, passe-temps favori du masseur aveugle et son gagne-pain le plus simple, jamais Zatoichi n’y joue dans cette treizième aventure. Pas de salle de jeux dans La vengeance et notre héros va justement empêcher Gonzo et sa bande de malfrats d’accomplir son méfait. Pourtant, on dirait que son destin est cette fois entièrement dû aux coups du hasard, à ces rencontres au gré du chemin qui lui dictent d’aller à tel endroit. Le film joue astucieusement des hasards qui n’en sont pas.

Le défunt était donc le père de l’enfant qui va prendre Zatoichi comme modèle et que Gonzo va tenter d’humilier. Ce dernier engage le samouraï des herbes hautes pour éliminer le masseur aveugle. Le samouraï est le fiancé de Cho (Mayumi Ogawa), une tenancière d’un bordel que Gonzo a créé dans le village et qui demande à Zatoichi un massage et pour laquelle il se prend de sympathie. L’enjeu du film est de faire en sorte que Zatoichi reprenne la main, comme si toute son aventure n’était plus qu’un jeu de rôles, défier les rencontres faites au hasard.

Cette aventure cherche à établir un nouveau rapport avec ses personnages qui ne semblent pas connaitre la réputation de Zatoichi. Ainsi, les aubergistes ligués contre Gonzo voyant la lame de son sabre dépasser de la canne pense qu’il est un mercenaire. Le jeune Taichi l’idéalise et Zatoichi doit feindre d’être battu pour que l’adolescent ne s’attache pas à lui, voyageur sans ami ni attache. Le calme tant espéré dans ce village, vanté par un prêtre aveugle qui apparait comme un double négatif, n’est pas encore à l’horizon de Zatoichi.

La légende de Zatoïchi : La Vengeance (座頭市の歌が聞える, Japon, 1966) Un film de Tokuzô Tanaka avec Shintarô Katsu, Shigeru Amachi, Jun Hamamura, Gen Kimura, Kanae Kobayashi, Koichi Mizuhara, Mayumi Ogawa, Kei Satô.

jeudi 21 novembre 2013

La Légende de Zatoïchi 12 : Voyage en enfer


Grand amateur de jeux de hasard et de paris, Zatoichi jette les dés pour la première fois dans Voyage en enfer. Embarqué sur un bateau pour traverser un bras de mer, le masseur aveugle mène le jeu pour berner les autres parieurs. Il fait croire qu’un dé est sorti du sabot, les concurrents gagnent de l’argent, puis que les deux dés sont sortis, au ravissement des autres, mais il affirme que ce sont les dés cachés qui comptent. Forcément les autres sont en colère contre lui et cherchent à se venger, ignorant l’habileté au sabre de Zatoichi. Il manque de les mettre à l’eau en se moquant d’eux et de leur mauvais esprit sportif.

C’est donc sur ce bateau que le récit se lance. Après cette ouverture comique, Kenji Misumi fait rencontrer son héros avec un voyageur solitaire qui joue aux échecs, en solitaire, sur le pont. Jumonji Tadsu (Mikio Narita), un samouraï. La différence entre les dés et les échecs est que Zatoichi ne peut pas profiter de ses sens exceptionnels (dont l’ouïe et le toucher) pour gagner aux échecs. Il se fait vite mettre échec et mat par Jumonji. Désarçonné, il perd ses repères pour tout le reste du film. Une fois arrivé sur la terre ferme, les deux hommes vont faire un bout de chemin ensemble. Zatoichi reste incognito, Jumonji l’appellera « Simple Ichi ». C’est un autre Zatoichi qui entre en scène.

On l’avait un peu remarquée dans le bateau, au fond, en train de regarder Zatoichi jouer, elle va suivre le masseur et le samouraï. Otané (Kaneko Iwasaki) et sa petite fille Miki vont être malmenées par les joueurs mécontents qui veulent se venger. L’enfant est blessée au pied. Les médicaments coûtent chers, Otané n’a pas d’argent et « Simple Ichi » se dévoue pour aller acheter le remède. La bonté du masseur  passe par un nouveau coup de dés mais cette fois, avec beaucoup d’ironie, Zatoichi est pris à son propre piège et perd tout son argent pour n’avoir pas parié convenablement. Au milieu de film, dans une station thermale, Zatoichi rencontre deux nouveaux personnages, un seigneur et sa sœur en quête de vengeance.

Kenji Misumi prend un malin plaisir à faire plonger son héros dans des pièges qu’il a lui-même tendus. Il ne maitrise plus tout à fait son destin et se laisse manipuler par ses compagnons de voyage. Mais d’une manière beaucoup plus douce que d’habitude. Il se rend compte bien tard qui est Otané et quel est la mission de Jumonji. Le calme gagne la mise en scène du cinéaste, donnant une forme molle à Voyage en enfer, titre un peu exagéré. Les rares combats sont filmés en plan fixe, les adversaires se déplaçant dans le plan, parfois légèrement suivis par un simple travelling. Un Zatoichi de Kenji Misumi très loin des fulgurances passées.

La Légende de Zatoïchi 12 : Voyage en enfer (座頭市地獄旅, Japon, 1965) Un film de Kenji Misumi avec Shintarô Katsu, Mikio Narita, Chizu Hayashi, Kaneko Iwasaki, Gaku Yamamoto, Saburô Date, Tatsuo Endô, Takuya Fujioka, Kanae Kobayashi, Fujio Suga, Rokko Toura.

jeudi 7 novembre 2013

La Légende de Zatoichi 11 : Le Condamné


Les jeux de hasard ont toujours été le péché mignon de Zatoichi (Shintaro Katsu). C’est un moyen commode pour lui de gagner sa vie au fil de ses voyages pour manger ses boulettes de riz. Si on s’en rend bien compte, il se fait très rarement payé pour ses massages qu’il prodigue surtout à ses adversaires. Dans tous les épisodes précédents, le masseur joue aux dés humilie les patrons de maison de jeu qui pensent profiter de sa cécité pour l’escroquer. C’est aussi un moyen de démontrer sa dextérité.

Cette fois, il se trouve, en ouverture du Condamné, dans une bien mauvaise posture : attaché et à genoux, il est puni de 50 coups de bâton pour avoir joué dans une maison de jeux illégale. Juste avant sa punition, son voisin de cellule est condamné à mort. Il s’appelle Shimazo (Koichi Mizuhara) et clame son innocence. Sa requête auprès de Zatoichi est d’aller voir le chef de son village pour se faire déculpabiliser du complot ourdi contre lui. Mais pour une fois, il rebrousse chemin, refusant d’aider le condamné.

Tout ce onzième épisode est placé sous les thèmes du jeu et du hasard. Les coïncidences et le hasard ont toujours été la marque de fabrique des Zatoichi qui rencontre sur son chemin des obstacles qu’il doit contourner et des ennemis qu’il doit défaire. Ici, il tombe sur un faux moine, Hyakutaro (Kanbi Fujiyama) qui se trouve être le fils de Shimazo. Le fils et le père ne s’étaient pas vus depuis dix ans. Cette rencontre fortuite le convainc d’aider Shimazo et de rencontrer son chef de village.

Tout comme Zatoichi, Hyakutaro aime aussi jouer. Ils se rencontrent d’ailleurs à une fête foraine où Zatoichi lance des flèches, avec succès, sur des cibles en mouvement. Le jeune homme aime aussi l’argent et ne trouve rien de mieux que de se faire passer pour Zatoichi. Il reproduit tous ses gestes, plie ses paupières pour paraitre aveugle et imite sa voix. Jusqu’à ce qu’il tombe à nouveau, par hasard, sur Zatoichi appelé pour masser son faux double. Toutes les apparitions de Hyakutaro sont des moments comiques. Le jeu, c’est aussi le double jeu du chef du village et de son allié l’intendant.

La réputation du masseur précède ses arrivées. Sa légende, vraie ou fausse, se répand partout sans que Zatoichi n’y puisse rien. Dans une auberge, deux clients parlent de lui, en disent du mal alors que justement ils commentent le personnage que s’est créé le moine et qui entache l’honneur du masseur. Zatoichi est condamné à subir l’image qu’on a de lui.  Tout ce qu’il cherche c’est le calme, comme dans cette belle scène où il sent le sel de l’océan à défaut de le voir. Il n’empêche que Le Condamné est un film un peu mou qui recycle les éléments clés des autres épisodes.

La Légende de Zatoichi 11 : Le Condamné (座頭市逆手斬り, Japon, 1965) Un film de Kazuo Mori avec Shintarô Katsu, Kanbi Fujiyama, Eiko Taki, Masako Myojo, Kenjiro Ishiyama, Ryuzo Shimada, Koichi Mizuhara.

samedi 2 novembre 2013

La Légende de Zatoichi 10 : La Revanche


Bien calé dans le foin que transporte une charrette, Zatoichi (Shintaro Katsu) mange une boule de riz en profitant des rayons du soleil. Très vite, la grisaille du village où il va se rendre va assombrir la bonne humeur du masseur aveugle. Il retourne sur les lieux de son passé et souhaite saluer le maître Hikonoichi – aveugle comme lui – son ancien professeur. Hélas, il apprend assez rapidement en demandant des nouvelles du vieil homme que celui-ci est décédé deux semaines plus tôt.

Pire que cela, Hikonoichi a été assassiné et sa fille la jeune Sayo (Mikiko Tsubouchi) est retenu prisonnière dans la maison close du coin. Ce bordel est tenu d’une main de fer par deux notables du village, le chef Tatsugoro (Sonosuke Sawamura) et l’intendant Isoda (Fujio Harumoto) surnommé par tous, mais en secret, le seigneur lubrique. Ce dernier apprécie particulièrement les jeunes femmes à la peau douce et si possible vierges. Il aimerait profiter de Sayo mais cette dernière se refuse à donner son corps.

Les jeunes femmes qui se prostituent dans cette maison close ont perdu tout sourire. Elles sont retenues contre leur gré. L’intendant et le chef ont chaque fois créé de toutes pièces des dettes qu’elles doivent rembourser en vendant leurs corps aux clients. Dans La Revanche, on ne verra pas de scènes érotiques (la mode n’était pas encore répandue), mais la maquerelle et les hommes de main du chef frappent et molestent les filles rebelles, dont Soya enfermée dans une cage et nourrie comme une bête.

Pour se faire encore plus d’argent, le sinistre duo tient une maison de jeux où ils passent leur temps à demander à Denroku (Norihei Miki), le maître des dés, de tricher. Là, ils tenteront d’escroquer Zatoichi en échangeant les dés. Le masseur n’en veut pas à Denroku qui ne fait qu’obéir. C’est un père honorable qui élève seul sa fille de onze ans, la charmante Tsuru (Sachiko Kobayashi). Ce père cherche à éviter à sa fille de tomber dans les griffes de l’intendant Isoda. L’intendant menace de « s’occuper d’elle ».

Cette dixième aventure revient sur un récit où la corruption des seigneurs gangrène la société. Rien de neuf de ce côté-là. L’esprit sournois de Tatsugoro et Isoda les pousse à faire accuser Zatoichi de plusieurs meurtres qu’ils ont fait commettre. Zatoichi comme à son habitude va faire régner la justice dans cet univers vicieux. Les morts se comptent par dizaine, chaque fois les hommes de main des seigneurs se font trucider par la lame cachée dans sa canne. Il chasse donc ces démons qui assombrissaient le ciel du village et repart avec, encore une fois, les rayons du soleil sur son visage.

La Légende de Zatoichi 10 : La Revanche (座頭市二段斬り, Japon, 1965) Un film d’Akira Inoue avec  Shintarô Katsu, Norihei Miki, Mikiko Tsubouchi, Takeshi Katô, Fujio Harumoto, Sanemon Arashi, Jun Katsumura, Gen Kimura, Sachiko Kobayashi, Sonosuke Sawamura.

samedi 26 octobre 2013

La Légende Zatoichi 9 : La Lettre


Le jour de l’an est proche et Zatoichi (Shintarô Katsu) décide de le passer tranquillement dans le village de Kasama. Un homme lui propose une mission : donner une lettre à Sen (Eiko Taki), la servante de l’auberge. Cet homme est Shinsuke, le frère de Sen, poursuivi par la police pour avoir tué le chef d’un village voisin. Shinsuke se cache et espère pouvoir assouvir sa vengeance. Zatoichi ignore tout cela mais il va vite découvrir que ce qu’il se passe à Kasama ne lui réserve pas un jour de l’an très calme.

La communauté s’apprête à fêter la nouvelle année. Les saltimbanques et les marchands affluent pour divertir les villageois. Ils apprennent alors qu’ils devront reverser une large part de leur revenu au nouvel chef du village Jinbei (Kichijirô Ueda) qui pratique ce racket avec l’accord de Kojima (Akitake Kôno), l’intendant de l’empereur. Personne n’ose rien dire de peur des représailles. Personne ne veut partir maintenant qu’ils sont là. Pendant ce temps, les deux édiles passent leur temps à jouer au go faisant fi de la grogne populaire.

Dans l’auberge, Zatoichi doit cohabiter avec Mademoiselle Saki (Miwa Takada). Cette très belle jeune femme est à la recherche de son père qui se trouve être le chef de village que Shinsuke a tué sur commande de Kojima et Jinbei. La Lettre tourne autour du thème du père avec le personnage du vieil ivrogne Giju. Zatoichi pense qu’il pourrait être son propre père qu’il n’a jamais revu depuis dix-huit ans. Les deux hommes sympathisent et pactisent ensemble jusqu’à la trahison de Giju qui met Zatoichi dans tous ses états.

Les personnages fonctionnent par paire. Les deux chefs mafieux du village Kozima et Jinbei qui complotent pour accroitre leur pouvoir et s’accaparer l’argent du peuple. Les deux jeunes femmes Sen et Saki qui vont chercher l’aide de Zatoichi. Sur un mode plus mineur, deux saltimbanques qui apportent une pointe d’humour en se disputant sans cesse. Et enfin deux enfants acrobates d’une belle espièglerie qui vont aider Zatoichi à résoudre les problèmes des deux jeunes femmes. Ainsi chaque fois qu’un membre de la paire tente d’agir seul, tout tourne à la catastrophe.

Si Zatoichi pensait retrouver son père, il a aussi maille à partir avec deux samouraïs expérimentés, prolongeant ainsi le thème du double. Jinbei engage un samouraï fort en gueule mais qui ne sortira jamais son sabre et préférera s’enfuir plutôt que se battre contre Zatoichi. Le masseur aveugle trouvera son double parfait face à Gounosuke (Mikijiro Hida) aussi vif dans le maniement du sabre que Zatoichi. Les deux hommes sont ennemis mais se respectent, boivent du saké ensemble. Pour Gounosuke, il s’agit de battre Zatoichi et devenir un grand bretteur. Une mission impossible.

La Légende Zatoichi 9 : La Lettre (座頭市関所破り, Japon, 1964) Un film de Kimiyoshi Yasuda avec Shintarô Katsu, Miwa Takada, Eiko Taki, Kichijirô Ueda, Akitake Kôno, Mikijiro Hida.

mardi 22 octobre 2013

La Légende de Zatoichi 8 : Voyage meurtrier


Pour son retour à la mise en scène de Zatoichi, Kenji Misumi encombre les bras de son héros d’un nourrisson. On ne peut pas, rétrospectivement, s’empêcher de penser à la série des Baby Cart que Kenji Misumi entamera huit ans plus tard en regardant ce Voyage meurtrier. Zatoichi est lui aussi un loup solitaire poursuivi par une meute de mercenaires qui en veulent à sa peau. Sauf que le ton de cette huitième aventure du masseur aveugle est plutôt joyeux et fonctionne sur le mode du road movie.

Si Zatoichi a un bébé avec lui, c’est à cause d’un concours de circonstance. Il se cache de ces cinq mercenaires qui cherchent à le tuer. C’est d’abord grâce à une procession d’aveugles qui le protègent qu’il leur échappe. Puis, il se fait transporter dans un palanquin. Sur le chemin, une femme portant un bébé trébuche de fatigue. Il lui cède la place mais les mercenaires, ayant vu Zatoichi se glisser dans la chaise à porteur, transpercent de leurs sabres le palanquin. La mère meurt. Le bébé est désormais seul au monde.

Si ce début de scénario est plutôt triste, le voyage de quelques jours que va engager Zatoichi pour emmener le bébé à son père sera plus léger. Kenji Misumi s’amuse d’abord de l’incongruité à mettre son personnage dans cette situation : comment nourrir le bambin, comment changer ses couches, comment échapper aux pleurs du nourrisson ? Pour les langes que Zatoichi jette au fur et à mesure des besoins du petit, il a une belle solution : il dépouille les épouvantails de leur chemise, les déchire et en fait des couches.

C’est justement au bord d’un champ qu’il fait la connaissance d’une femme (Ikuko Môri), personne de mauvaise vie, voleuse et sans doute prostituée, qu’il retrouve au village voisin en train de dérober un samouraï. Zatoichi décide de l’engager pour servir de nourrice. Ce trio cocasse traverse la campagne et les villes telle une nouvelle famille. La nourrice se rêve alors en mère de famille et, pourquoi pas, en épouse de Zatoichi. Elle lui fait d’ailleurs cette proposition de garder le bébé et de vivre ensemble.

Le film développe quelques moments comiques entre la nourrice et Zatoichi, notamment lors de leur première nuit ensemble dans la même chambre. Elle croit avoir été engagée pour donner su plaisir. Elle comprendra qu’elle doit s’occuper du bébé, Zatoichi souhaite seulement passer une nuit de calme. Au fil du trajet, elle se vexera que le masseur repasse toujours derrière elle pour chacune des taches accomplies. Des disputes de couple finalement bien ordinaires pour ce solitaire de Zatoichi.

Pendant ce temps, les mercenaires tentent de poursuivre le masseur. Il passe un accord de dupes avec eux : ils pourront s’occuper de lui quand il aura rendu l’enfant à son père. Comme on connait les habitudes de Zatoichi, on sait que peu survivront à l’habileté de son maniement d’arme. La scène finale de Voyage meurtrier est plus convenue que le reste du film, même si elle parvient à émouvoir partiellement par sa mélancolie. Le destin de Zatoichi ne change pas, il doit continuer à vivre seul et à éviter ceux qui veulent sa peau.

La Légende de Zatoichi : Voyage meurtrier (座頭市血笑旅, Japon, 1964) Un film de Kenji Misumi avec Shintarô Katsu, Nobuo Kaneko, Gen Kimura, Ikuko Môri, Shôsaku Sugiyama, Hizuru Takachiho.