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samedi 31 mai 2014

Les Associés


Ah, Paris, ses monuments historiques, ses musées, ses tableaux de maître. C’est justement une toile de Modigliani que Joe (Chow Yun-fat) repère, accrochée sur un mur avant qu’elle ne soit expédiée pour un autre musée. Puis, Cherie (Cherie Chung) pose du parfum sur la caisse qui contient le tableau. Ça aidera Joe à le sentir dans le camion qu’il va attaquer avec Jim (Leslie Cheung) sur la route qui les mène à Nice. Joe ouvrira la porte en grimpant sur le véhicule, Jim sautera de sa moto pour ouvrir une brèche et faire passer la toile.

La technique des deux frères et de leur amie semble parfaitement rodée et John Woo la filme comme une blague, dans un mélange de comédie et de film d’action en mode cool. Joe et Cherie sont dans leur voiture décapotable, feignant la romance devant le conducteur du camion et les vigiles qui le surveillent. Jim est sur une moto qui les suit de lui. On ne sait pas encore si les deux hommes sont alliés ou concurrents. La séquence d’ouverture des Associés donne le ton léger qui va prévaloir dans la première moitié du film.

Une fois à Nice et Cannes, comme dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock autre histoire de voleurs de peintures, le trio se promène en voiture dans la ville, sourit sous le soleil de la Méditerranée et s’apprête à réaliser un nouveau vol dans un château de l’arrière pays. Une nouvelle fois, le cinéaste filme avec décontraction le casse, en y ajoutant quelques acrobaties que Jim et Joe effectuent pour échapper aux divers pièges et alarmes installés dans le château. Ils avaient prévu que ce soit leur dernier coup.

Le ton léger va laisser la place à une ambiance plus sombre. Ils sont pris dans un piège fatal. Les deux frères sont pourchassés par des hommes en arme et tout se termine dans un port, après une longue course poursuite mise en place par notre Rémy Julienne national, avec de nombreuses cascades de voitures et l’explosion d’un bateau. Joe meurt dans l’incendie. Jim et Cherie rentrent à Hong Kong, meurtris par le décès de Joe. Ils veulent vivre désormais une vie normale en restant discrets.

On se doute bien qu’au bout d’une heure de film, on ne va faire disparaitre Chow Yun-fat comme ça. Car, il n’était pas mort mais revient dans un fauteuil roulant. Seules ses jambes sont devenues invalides. Joe retrouve Jim et Cherie tombée enceinte. Dans la première partie, la jeune femme sortait avec Joe, homme fantasque et blagueur, dans la deuxième elle sort avec Jim, plus introverti. Les Associés rendent un hommage plutôt appuyé à Jule et Jim de François Truffaut.

L’heure de la revanche a sonné pour le trio reconstitué. Ils se rappellent comment ils sont devenus voleurs à cause du père des deux garçons, Chow (Kenneth Tsang), voleur lui-même et homme violent qui leur a appris les ficelles du métier. Ils se rappellent que leur rédemption est venue grâce à Chu (Paul Chu), policier qui les a aidés. Ils vont désormais rendre la monnaie de sa pièce à ce père ingrat qui est responsable du handicap de Joe. Chu va continuer à les aider en leur faisant confiance.

Le caractère mineur des Associés tourné entre deux films plus forts de John Woo (Une balle dans la tête et A toute épreuve) n’est pas à mettre au compte de la décontraction et des invraisemblances du scénario, qui sont de toute façon dans les autres films cités. Si le film est moins bon, c’est parce que le cinéaste semble ne pas savoir quel ton choisir, allant, au milieu d’une scène de gunfight en fin de film, s’engager dans le burlesque à la Jackie Chan, faisant faire des pirouettes à Chow Yun-fat. Le film a été suivi par une série médiocre à l’arrivée de John Woo à Hollywood.

Les Associés (Once a thief, 縱橫四海, Hong Kong, 1991) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Leslie Cheung, Cherie Chung, Kenneth Tsang, Paul Chu, Wu Fuung, Pierre Yve Burton.

mardi 20 mai 2014

The Romancing star


The Romancing star marque le sceau de la première collaboration entre Chow Yun-fat et Wong Jing, alors que l’acteur venait d’accéder, grâce au triomphe du Syndicat du crime au statut de star N°1 du cinéma de Hong Kong. Le film sera aussi le premier d’une très longue série de succès au box-office du cinéaste et l’archétype du romantisme balourd et vulgaire, à l’image de l’affiche, ultra colorée où les acteurs et actrices principaux apparaissent sans vêtement sous la ceinture tenant une pancarte devant leur entre-jambes.

Chow Yun-fat incarne Fat, un beau gosse, qui travaille avec ses deux amis moins lotis physiquement « Traffic Light » (Nat Chan, l’acteur de toutes les comédies précédentes de Wong Jing) et Ugly (Eric Tsang) dans un garage dirigé par leur oncle Ken (Stanley Fung). On les verra peu travailler car ce qui les intéresse, c’est draguer les filles. Avec leur balourdise, leur absence de bonnes manières et leur gaminerie, aucune fille n’accepte de sortir avec eux. Qui plus est, ils n’arrêtent pas de se chamailler.

Les quatre amis décident de faire un voyage en Malaisie où leur guide (Wong Jing) s’avère être un escroc qui leur vend une chambre d’hôtel vétuste, des randonnées médiocres et des repas épouvantables. L’humour consiste dans la toute première partie à humilier le quatuor avec ces désillusions qui s’abattent sur les amis, transformant ce séjour qui devait être un rêve pour la drague en cauchemar.  Ils vont pourtant rencontrer deux jeunes femmes Man Chi (Agnes Cheung) et Tung-tung (Maggie Cheung).

Les deux amies se présentent à eux comme étant des stars en voyage. Pour donner le change et ne pas se faire jeter par les filles, Fat fait croire qu’il est millionnaire et que ses amis sont ses larbins. L’essentiel du scénario consistera à dissimuler la pauvreté de chacun à l’autre. Wong Jing crée de nombreux quiproquos où les gags ne volent pas toujours très haut. Les personnages passent leur temps à se mentir et se trouvent dans des situations inextricables, comme Man Chi qui donnent rendez-vous aux trois amis de Fat le même soir.

A cela, il faut ajouter la concurrence déloyale d’un rival, Chui (Stuart Ong) qui aimerait tant épouser Tung-tung et qui va en faire voir de toutes les couleurs à Fat. Ils lui rendent la pareille, notamment en toute fin de film où Chui prend un bain tandis que les trois amis sont déguiser en statues (il ne s’en aperçoit pas) et qu’ils se mettent à lui pisser dessus. Les gags, et en particulier celui-ci, durent plus qu’il ne le faudrait. Ils s’éternisent mais c’est la méthode de Wong Jing pour faire rire.

The Romancing star (精裝追女仔, Hong Kong, 1987) Un film de Wong Jing avec Chow Yun-fat, Maggie Cheung, Nat Chan, Eric Tsang, Agnes Cheung, Stanley Fung, Stuart Ong, Wong Jing, Wong Tin-lam, Man Cheung, Maria Cordero, 

samedi 22 mars 2014

The Last tycoon


La musique, largement pompée sur celle de Nino Rota pour Le Parrain, qui ouvre The Last tycoon met immédiatement l’ambiance. Un homme de dos (Chow Yun-fat, qu’on reconnait tout de même), regarde assis sur son siège de vieilles photos accrochées au mur de son bureau. Son visage est impassible mais on comprendra par la place qu’il occupe dans l’opéra (seul en haut, loin du bas peuple) qu’il est le patron des triades. La caméra qui s’approche de ses yeux lance un flash-back pour se retrouver en 1913 à Shanghai.

Autant le dire tout de suite, The Last tycoon est le meilleur film de Wong Jing depuis des années. La reconstitution des deux époques, celle du milieu des années 1910 montrant l’accession au pouvoir de Cheng Daqi (Huang Xiao-ming) puis en 1937 où le personnage a atteint sa gloire (cette fois incarné par Chow Yun-fat) est fastueuse. Le soin apportés aux costumes et aux décors de Shanghai (le film a reçu un Hong Kong Award), l’abondance des figurants montrent que cette fois, le cinéaste a eu un budget conséquent.

1914, c’est l’époque des premiers choix de vie et des premières rencontres. Avec son meilleur ami, il quitte son village et part pour Shanghai où il se promet de devenir le patron du plus grand cabaret de la ville. Jeune homme droit dans ses bottes, Daqi va se retrouver en prison à cause d’un policier corrompu. Il y rencontre Mao Zai (Francis Ng), un général nationaliste qui va le libérer et le prendre sous son aile. On suit sa progression dans les bas-fonds jusqu’à se rencontre avec Hong (Sammo Hung), le grand patron qui l’embauche.

L’ascension de Daqi est fulgurante. Hong en fait vite son bras droit. Il prend le contrôle d’un quartier de Shanghai, celui de la concession française et promet de respecter les dix commandements de la triade. Cette montée au pouvoir est montrée dans une alternance de courtes scènes où il élimine ses adversaires (il a un révolver contrairement aux autres) tandis qu’à genoux, il récite les préceptes de son parrain, sous les yeux de Hong et de son épouse (Yuan Lin) qui semble avoir autant de pouvoir que lui.

La fascination de Wong Jing pour les triades est toujours aussi forte. Le producteur des Young and dangerous dans les années 1990, revient donc à son thème de prédilection avec cette fois plus de subtilité. Il lorgne cependant clairement du côté des films de John Woo, ne serait que parce que Chow Yun-fat est présent (il n’avait tourné pour Wong Jing depuis 1994) mais surtout parce que les scènes de gunfights sont filmées à grand renfort de ralentis dans un romantisme que l’auteur de The Killer n’aurait pas renié. Qui plus est, l’un des grands moments se déroule dans une église. Il ne manque que des colombes.

1937, c’est l’année de l’entrée en guerre de la Chine et du Japon. C’est aussi pour Daqi le retour devant ses yeux de son amour de jeunesse. Zhiqiu (Feng Wenjiuan en 1914 puis Yolanda Yuan en 1937) et Daqi ont toujours été amoureux l’un de l’autre mais le destin les a séparés. Elle est devenue une grande chanteuse d’opéra chinoise installée à Pékin. Lui s’est marié à Bao (Monica Mok), également chanteuse, ce qui montre qu’il n’a jamais oublié son amour de jeunesse et qu’il l’a seulement remplacée par une autre.

Le passage entre les deux époques se fait harmonieusement. Le romantisme des histoires d’amour de Daqi est souvent trop appuyé, parfois mièvre avec ses petites notes de piano et violon en fond sonore. En revanche, la dernière demi-heure sur fond d’occupation japonaise de Shanghai, qui provoque la chute de Daqi, est largement plus caricaturale. Il faut reconnaitre que le film donne du plaisir à retrouver les vieilles gloires du cinéma de Hong Kong, Francis Ng, Chow Yun-fat, Sammo Hung et Yasuaki Kurata en général japonais. On se croirait presque revenu à l’âge d’or du cinéma cantonais.

The Last tycoon (大上海, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Wong Jing avec Chow Yun-fat, Sammo Hung, Huang Xiao-ming, Yolanda Yuan, Yuan Li, Francis Ng, Mo Xiao-qi, Kimmy Tong, Zheng Yi-tong, Gao Hu, Xin Bai-qing, Jiang Lu-xia, Feng Wenjuan, Yasuaki Kurata.

vendredi 21 février 2014

City on fire


La ville est en feu. Un flic sous couverture se fait poignarder sauvagement dans la rue. Wah (Elvis Tsui) travaillait pour le commissaire Kuang (Suen Yuet). Dans une boîte de nuit, Chow (Chow Yun-fat), un peu excité drague une fille en fanfaronnant, clope au bec. Mais il cherche sa petite amie Hung (Carrie Ng) qui en a marre des infidélités de Chow. Ce dernier fout le bordel dans la boite, frappe le patron de Hung et se fait arrêter par le police et conduire au poste. Kuang le libère vite fait car Chow est lui aussi un flic sous couverture.

Chow veut démissionner, il ne supporte sa situation de flic infiltré. A la fois flic (il doit servir l’ordre) et petit malfrat (il veut rester loyal à ses amis de la pègre), Chow est tiraillé. Kuang, vieux flic, lui demande de l’aider à accomplir une dernière mission avant d’accepter son retrait. Il doit infiltrer un gang de voleurs qui attaquent à mains armées les bijouteries. L’idée de Kuang est simple : s’approcher de la bande, sympathiser avec eux et leur proposer d’acheter des pistolets, denrée rare à Hong Kong car réservée à la police.

La bande est dirigée par Monsieur Nam (Fong Yau), qui prend bien soin de ne jamais toucher lui-même à une arme. Il ne fait que donner des ordres et observe depuis son siège de voiture. Ses sbires sont d’un autre acabit. Certains sont tellement stupides qu’ils ne trouvent rien de mieux que de s’engueuler dans le braquage, un autre est fasciné par les armes au point d’en devenir dangereux, créant encore plus de chaos dans le chaos. Le premier braquage de City on fire tourne à la catastrophe : pertes humaines du côté de la police comme de celui de malfrats. Les deux camps vont crier vengeance et mettre encore plus la ville en feu.

Mais c’est Fu (Danny Lee) que Chow doit contacter et avec qui il va devenir ami. La situation se corse pour Chow et son protecteur Kuang quand, pour mater ces cambriolages sanglants, un nouveau superintendant est nommé. Le commissaire John Chiao (Roy Cheung) n’entend pas mener ses affaires comme Kuang. Arrogant, sûr de lui et n’hésitant pas à user de violence, il menace la couverture de Chow en demandant à deux de ses hommes de mener une filature. Les trois jouent au chat et à la souris permettant à Ringo Lam de filmer sa ville avec grâce. Pour Chow Yun-fat, c’est l’occasion de déployer son talent comique quand il ironise sur les deux policiers qui le suivent à la trace.

Le film mélange habilement les conflits qui assaillent Chow. Le plus personnel et celui qu’il a le plus de mal à contrôler est celui avec Hung, sa petite amie. Ereintée par son absence (elle semble ignorer sa vraie place dans le monde), elle rêve de fortune et de s’envoler pour le Canada avec son patron (l’angoisse de la rétrocession de 1997 était déjà dans tous les esprits). Là encore, Ringo Lam filme les engueulades dans le couple comme les moments plus tendres et parfois verse dans le burlesque (hilarante scène de douche où Chow Yun-fat fanfaronne en se foutant à poil).

City on fire, tous comme les trois autres « on fire » de Ringo Lam, exprime le destin qui s’acharne sur un pauvre homme qui est littéralement prisonnier du choix des autres, de Kuang, de John Chiao, de Fu comme de Hung. Dans sa première scène, Chow Yun-fat apparait d’ailleurs menotté, symbolisant et métaphorisant son état d’homme sans liberté. Ringo Lam n’a pas encore atteint le niveau de lyrisme de ses films suivants mais le film est resté à la postérité pour avoir très largement inspiré Quentin Tarantino avec Reservoir dogs.

City on fire (龍虎風雲, Hong Kong, 1987) Un film de Ringo Lam avec Chow Yun-fat, Danny Lee, Suen Yuet, Carrie Ng, Roy Cheung, Lau Kong, Elvis Tsui, Chan Chi-fai, Fong Yau, Parkman Wong, William Ho, Jessica Chow, Maria Cordero.

samedi 15 février 2014

Prison on fire II


Dans Prison on fire, Chung (Chow Yun-fat) avait réussi à faire pression pour le directeur de la prison soit viré. Dans Prison on fire II, il se retrouve face à l’officier Zau (Elvis Tsui) qui entend bien ne pas se laisser saper son autorité par ses prisonniers et en particulier par Chung. Et il le démontre dès le début du film. Sous une pluie battante, un homme tente de s’évader. Les prisonniers qui reviennent des travaux, pour passer le temps, parient sur ses chances de survie mais il est rattrapé alors qu’il grimpe sur le grillage. Les gardiens le frappent à la jambe qui se casse.

Pour bien montrer son pouvoir à tous, accroupis pour mieux les contrôler, Zau fait durer la douleur du prisonnier en n’autorisant pas Chung et son comparse Bill (Wong Kwong-leung), venus avec un brancard, à porter le prisonnier blessé à l’infirmerie. Pire, quand Chung glisse à cause de la pluie, Zau le laisse mariner comme une sorte de punition préventive. Toutes les brimades, les petites récriminations et les humiliations publiques sont bonnes pour faire respecter l’ordre tel que Zau, et les sous-officiers lèche-bottes qu’il commande, l’envisage et pour faire disparaitre le sourire narquois qu’arbore Chung.

Si Chung décide de s’évader en empruntant un uniforme de gardien, c’est moins pour l’ambiance de la prison que pour des raisons familiales. Zau lui a refusé de le laisser aller l’enterrement de sa mère mais surtout, il se fait du souci pour son fils Leung, âgé de six ans qui doit être placé dans un orphelinat. Le gamin, qui vient le voir au parloir, déclare détester son père d’autant plus qu’il a été témoin de la mort de sa mère par Chung. On découvre les raisons qui l’ont mis en prison dans un court flash-back. Les scènes avec l’enfant sont là pour apporter un peu d’émotion facile au milieu de ce monde de brutes.

L’enjeu principal de Prison on fire II se situe ailleurs. Deux clans s’affrontent violemment dans la prison. Les Chinois du continent se voient attribuer les travaux les plus difficiles par la direction alors que les Hongkongais ont les plus faciles. Skull (Woo Yiu-chung), à la tête des continentaux, cherche tous les prétextes pour houspiller les locaux. Cela crée des troubles durables notamment des rixes dans la cantine et une attaque en règle dans les toilettes qui cause la mort d’un homme. Chung, témoin du meurtre, est mis en isolation et sympathise avec Lung (Chan Chung-yung), son voisin de cellules avec qui il va s’évader et retrouver son fils.

Ces altercations sont l’occasion rêvée pour Zau d’assoir son pouvoir sur la prison. Il fait tout pour que la division règne dans la prison, faisant parjurer les prisonniers pour qu’ils s’accusent du meurtre. L’idée de Zau est de faire croire au superintendant (Law Shu-kei) qu’il maitrise la situation. Elvis Tsui, comme à son habitude, campe un homme intransigeant et brutal. Son arrogance en fait un personnage de méchant particulièrement efficace face à la gentillesse et à l’humour du personnage de Chow Yun-fat. Le film est cependant moins fort que Prison on fire, offrant moins de moments lyriques se reposant plus sur la violence physique que psychologique.

Prison on fire 2 (監獄風雲II逃犯, Hong Kong, 1991) Un film de Ringo Lam avec Chow Yun-fat, Chan Chung-yung, Woo Yiu-chung, Yu Li, Wong Kwong-leung, Victor Hon, Elvis Tsui, Vincent Wan, Terrence Fok, Frankie Ng, Roy Cheung, Bill Lung, Law Shu-kei, Ng Kwok-kin, Carol Lee, Fung Shui-jan, Li Kwong-tim.

jeudi 30 janvier 2014

Sorties à Hong Kong (janvier 2014) From Vegas to Macau


From Vegas to Macau (賭城風雲, Hong Kong, 2014) Un film de Wong Jing et Billy Chung avec Nicholas Tse, Chow Yun-fat, Chapman To, Kimmy Tong, Jing Tian, Annie Wu, Gao Hu, John Zhang, Hui Siu-hung, Natalie Meng, Philip Ng, Sammy Sum, Michael Wong, Michelle Hu, Tony Ho, Maria Cordero, Bonnie Wong, Patrick Keung, Winnie Leung, Candy Yuen. 94 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 30 janvier 2014.

Sorties à Hong Kong (janvier 2014) The Monkey King


The Monkey King (西遊記之大鬧天宮, Hong Kong – Chine – Etats-Unis, 2014) Un film de Soi Cheang avec Donnie Yen, Aaron Kwok, Joe Chen, Chow Yun-fat, Peter Ho, Monica Mok, Faye Wong, Kelly Chan, Gigi Leung, Eddie Cheung, Hai Yi-tian, Cecilia Cheung, Liu Ye, Fan Siu-wong, Liu Hua, Calvin Cheng, Law Chung-him, Xia Zi-tong, Li Jing, Cathy Leung, Irene Wong, Eileen Zhang. Sortie à Hong Kong : 30 janvier 2014.

vendredi 13 décembre 2013

The Greatest lover


Tout commence dans un petit patelin de la Chine Populaire. Trois amis (Chow Yun-fat, Eric Tsang et Shing Fui-on) ont décidé de quitter illégalement leur patrie pour s’exiler à Hong Kong. Mal dégrossis, le trio a une idée pour échapper aux policiers des frontières armés et aux chiens féroces : se munir de crottes de tigre qui feront fuir les chiens et leur perdre leur odorat. The Greatest lover débute dans un zoo où le ton est donné : ils sont maladroits et incompétents mais dans un but comique. On va rire de leurs aventures à Hong Kong.

Les personnages sont éminemment caricaturaux, tout comme l’est le chef du village (Yuen Wah) qui les surprend chez eux en train de préparer leur périple et qui leur vole les vivres, les quelques dollars de Hong Kong et les couvertures. Il s’agit bien entendu de grossir le trait des frères du continent, montrer la corruption des édiles locaux, inscrire la pauvreté des habitants et affirmer l’utopie que représente Hong Kong. Ils s’enfuient de nuit, à la nage et arrivent sur les côtes de Hong Kong.

Wai (Eric Tsang) et Chicken (Shing Fui-on) ne retrouvent pas Chui Chun (Chow Yun-fat) et sont persuadés qu’il s’est noyé. Il n’en est rien. Il débarque devant un riche hôtel, y pénètre, se sert de la nourriture et se cache derrière un rideau. Chui Chun compare l’espace immense du lieu avec sa pauvre maison, l’abondance des mets avec sa maigre pitance mais ne peut s’empêcher, par réflexe, de critiquer cet esprit typiquement capitaliste et entonne des chants communistes pour se remonter le moral.

La situation de comédie de The Greatest lover va se mettre en place quand Sze (Wong Ching) un riche homme d’affaires est humilié en public dans cet hôtel par sa fiancée Nina (Nina Li Chi) et sa meilleure amie Fei Feng (Pauline Wong), le jour de leurs fiançailles. Pour se venger, il fait appel à Anita (Anita Mui), une styliste à la mode qui enseigne les bonnes manières aux gens. On la voit, armée d’une cravache, maltraiter la pauvre Sandra Ng pour lui donner des leçons de maintien.

Avec l’accord de Chui Chin, qui ne comprend pas tous les enjeux et la complicité de ses deux amis qu’il a entre temps retrouvés, Anita va faire de ce plouc de continental l’homme le plus raffiné de Hong Kong. Le film est une variation de My fair lady, Anita devient le Pygmalion de Chui Chin. Elle a fort à faire vu qu’il se goinfre dès qu’il voit de la nourriture, ne sait pas se déplacer avec élégance et dit tout ce qui lui passe par la tête sans faire attention. Cette fois, ce sont les gens riches et parvenus qui sont caricaturés à l’extrême avec le même résultat comique.

Là encore, le duo comique entre Chui Chin et Anita fonctionne à merveille. Elle se veut une grande dame qui change de tenues extravagantes à chaque scène (longues robes de soirée aux couleurs vives, chapeaux dignes de ceux de la reine d’Angleterre, peluche d’un lionceau accrochée à l’épaule). Anita Mui assume son rôle de grande bourgeoise avec aplomb tout comme Chow Yun-fat joue merveilleusement bien le benêt. La plus grande partie du film se déroule dans un décor kitsch à souhait.

C’est surtout l’abattage des interprètes qui permet à The Greatest lover de se laisser regarder jusqu’au bout. Anita Mui en grande snob jetant son regard désapprobateur devant ce grand enfant qu’incarne Chow Yun-fat. Les personnages se déguisent, hilarante scène où Anita Mui, Eric Tsang et Wong Ching revêtent les habits de la maman, la tante et la grand-mère de Chow Yun-fat pour tester les prétendantes. La romance, en fin de film, entre Anita et Chui Chin est en revanche moins convaincante et plus conformiste.

The Greatest lover (公子多情, Hong Kong, 1988) Un film de Clarence Ford avec Anita Mui, Chow Yun-fat, Eric Tsang, Shing Fui-on, Elizabeth Lee, Nina Li Chi, Pauline Wong, Wong Ching, Wong Jing, Sandra Ng, Rebecca Pan, Helena Law, Yuen Wah.

dimanche 24 novembre 2013

The Lunatics


Travailleur social dans une association d’aide aux malades mentaux et aux sans domicile fixe, Tsui (Stanley Fung) se voit contraint par son patron d’être suivi par une journaliste, Tina Lau (Deannie Yip) quelques jours dans son travail. La veille, elle avait découvert Tsui par hasard dans un marché aux poissons. Appelé d’urgence par la police, il était venu calmer Doggie (Tony Leung Chiu-wai) qui, habillé d’un survêt vert, d’un short et d’une casquette jaune, menaçait les autres clients avec un hachoir.

Cette entrée en matière de The Lunatics, premier film de Derek Yee, permet de montrer le boulot de Tsui. Il suit les malades mentaux qui risquent de péter les plombs. Les journalistes, ce jour-là, accourus en masse, prenant des photos et avides de sensationnalisme, voulaient faire un article vendeur. Tina Lau est intriguée par Tsui qui a jeté à terre son appareil photo. Bien malgré lui, il accepte d’être suivi dans sa tournée. Il fait de nombreuses recommandations : tenue neutre et surtout pas de flash qui effraient les malades.

Tsui décide de plonger immédiatement Tina dans l’enfer de Hong Kong. Elle découvre un monde qu’elle ignorait, des SDF pris sur le vif dans la rue, des gens déclassés qui vivent dans des taudis ou des bidons au bord de la route. Elle demande naïvement pourquoi Tsui ne propose pas à ses gens de venir prendre une douche au centre d’aide. Il répond prosaïquement que, mine de rien, leur crasse les protège du froid. Elle tente de poser des questions aux SDF, dans une idée de faire un article classique, mais elle ne reçoit en guise de réponse que des balbutiements incohérents.

Après avoir rencontré quelques personnages cocasses, The Lunatics suit deux cas. Le premier est autour de Chung (Chow Yun-fat), un sans domicile fixe crasseux qui ramasse des mégots de cigarettes pour les fumer. Il s’enfuit quand il voit Tsui arriver. La poursuite continue dans un amas de maisons à moitié calcinées où Chung vit avec sa petite fille qui s’avère être très malade. Il semble avoir totalement perdu la raison, Chow Yun-fat jouant la démence avec des yeux grands ouverts comme hallucinés. La star joue avec force ce personnage de déclassé de la société qui cherche à retrouver son fils au milieu de la forêt.

Le deuxième cas occupe la majeure partie du récit. Tsuen (Paul Chun) a pété les plombs et a longtemps interné en hôpital psychiatrique deux ans. Il vit maintenant normalement dans un petit appartement. Sa mère (Lai Suen) le soutient, travaillant dans un restaurant pour subvenir à leurs besoins. De sa vie passée, Tsuen a dû tout abandonner. Son travail et, surtout sa famille. Il a divorcé de sa femme et ne peut pas voir son jeune fils. C’est après une confrontation avec son ancienne épouse que Tsuen va commencer à dériver lentement vers une sourde folie.

Derek Yee mène deux fronts dans son film. Il dénonce les conditions de vie des marginaux qui ne plaisent pas aux règles communes de la société de Hong Kong. Tsuen va ainsi être pris à partie par ses voisins quand ils apprennent qu’il est mentalement malade. Le cinéaste cherche aussi à créer du suspense avec la menace que fait peser Tsuen sur son jeune fils et ses camarades d’école. Le film est ainsi tiraillé par ces deux extrêmes plutôt contradictoires. La folie faisait sourire en début de film et tout se termine dans un drame exacerbé mais un peu poussif.

The Lunatics (癲佬正傳, Hong Kong, 1986) Un film de Derek Yee avec Stanley Fung, deannie Yip, Paul Chun, Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Dennis Chan, Lai Suen, John Shum, Lo Hung.

jeudi 29 août 2013

Tiger on the beat


Après l’effondrement de la Shaw Brothers (de deux à trois films par an à partir de 1986), Liu Chia-liang travaille pour la CCC (Cinema City Company) pour trois films. Tiger on the beat en 1988, Aces go places V : Terracota hit en 1989 et Tiger on the beat 2 en 1990. Il en profite pour embaucher quatre de ses acteurs fétiches dans Tiger on the beat, polar urbain qui cherche à marcher sur les plates-bandes de Jackie Chan ou John Woo. Norman Chu interprète le super méchant du trafiquant de drogues. Il veut vendre de la cocaïne venue de Thaïlande avec de vilains Américains. Gordon Liu incarne son garde du corps vicieux et violent. David Chiang est le commissaire en chef de la brigade anti-criminalité. Ti Lung est un restaurateur très ami avec le personnage de Chow Yun-fat.

Chacun d’eux a des apparitions plus ou moins longues en tant que personnages secondaires. Mais ce sont les deux flics Francis Li (Chow Yun-fat) et Michael Tso (Conan Lee) qui sont les héros de Tiger on the beat. Comme dans tout buddy movie, leur caractère s’oppose. Francis Li est un gros dragueur (le film commence dans la chambre d’une jeune femme quand le mari arrive), râleur (il s’engueule avec son patron) et paresseux (flic depuis onze ans, il n’est jamais parvenu à monter en grade). Michael Tso est un homme d’action, impulsif et intègre. Il entend faire respecter la loi partout où il se trouve. C’est à lui que sont dévolues les scènes de baston, notamment le final contre Gordon Liu où chacun est armé d’une tronçonneuse.

Le scénario de Tiger on the beat se déploie selon trois axes. Le premier est la confrontation entre les deux flics. Ils ont des méthodes différentes pour enquêter, l’une douce (Li), l’autre forte (Tso). Ils vont devoir faire équipe et s’entendre. Le deuxième est typique des polars des années 1980 : une banale histoire de trafic de drogues avec des méchants aux rires sardoniques qui se croient impunis. Tous sont très caricaturaux. Le troisième est autour des filles. Mimi (Shirley Ng) est la sœur de Li qui va flirter avec Tso, en cachette, car son équipier voit d’un mauvais œil cela. Mary-Donna (Nina Li Chi) est la sœur d’un trafiquant qui sert de coursier. Elle ignore tout du trafic mais va se retrouver embarquée dans cette sale histoire. Les deux demoiselles vont, bien entendu, être malmenées par les trafiquants de drogue.

Alors que dans ses films de kung-fu avait toujours évité d’accumuler les morts, le scénario de Tiger on the beat en regorge. Le cinéaste tente de s’adapter aux goûts du moment, bien loin de ses habitudes. Poursuite entre Philip Ko (le frère Mary-Donna) et Tso qui grimpe sur le toit d’un passage piéton. Courses en voiture avec cascades. Fusillade à gogo. Mais pour rester dans la course, le film est aussi agrémenté de scènes comiques qui ne volent pas haut : drague minable de Francis Li, gags avec les deux héros en caleçon dans la rue, courte apparition de la comique Lydia Shum en vendeuse de sous-vêtements féminins. Le film n’est pas désagréable à regarder grâce aux acteurs, Chow Yun-fat en tête dans son personnage de mec tellement cool et aussi grâce à Gordon Liu en épouvantable méchant. Après les gros bides de ses films précédents, Liu Chia-liang renoue enfin avec le succès public et relance sa carrière.

Tiger on the beat (老虎出更, Hong Kong, 1988) Un film de Liu Chia-liang avec Chow Yun-fat, Conan Lee, Nina Li Chi, Shirley Ng, James Wong, Ti Lung, Gordon Liu, Norman Chu, Phillip Ko, Shing Fui-on, David Chiang, Lydia Shum, Chan Yau-man, Lau Kar-wing.

mardi 14 mai 2013

The Long goodbye

Ancien soldat vietnamien lors du conflit mené pour supprimer le pouvoir khmer rouge en 1979, Yuen Lik (Chow Yun-fat) s'est depuis exilé à Hong Kong. Il est devenu tueur à gages pour la mafia vietnamienne issue de la diaspora. Son passé de soldat le traumatise, il se souvient (à grand coup de flashback) d'un épisode horrible de la guerre où son supérieur le force à abattre une famille dont la mère tient son bébé dans les bras. Il s'est aussi fait pas mal d'ennemis dont un autre bidasse qu'il a été forcé d'abandonner dans un piège remplie de piquets pointus. Cet homme, désormais estropié, va aller le poursuivre jusqu'à Hong Kong. L'une des ambitions de The Long goodbye est sans doute de montrer, à la fois la misère de la vie des boat people exilés dans la colonie britannique, ces hommes livrés à eux-mêmes, et à la fois que la guerre c'est mal et que ça rend fou. Dans les deux cas, le cinéaste filme la douleur avec complaisance en appuyant bien sur les effets sanguinolents et au ralenti.

A côté de ces activités clandestines de tueur, Yuen Lik a un métier plus officiel : il est cascadeur pour le cinéma. C'est lors d'un tournage qu'il rencontre Pui Lam (Rosamund Kwan). Elle est journaliste à la télévision et enquête sur une série de meurtres sanglants commis récemment à Hong Kong. Pugnace, elle n'hésite pas à poser des questions qui dérangent au chef de la police. Ce que Pui Lam ignore quand elle rencontre Yuen Lik, c'est que ce dernier a tué son père lors d'un contrat. La jeune journaliste s'inquiète de ne plus voir son père depuis des jours. Il va sans dire que Yuen Lik et Pui Lam vont tomber amoureux l'un de l'autre. Le suspense, bien naïf, repose alors sur le temps que mettra la jeune femme à découvrir le lourd passif de son nouveau petit ami. Cette profession de tueur à gages sera révélée lors d'un accident de tournage (un explosif brûle Yuen Lik) où, Pui Lam comprend le statut de son homme.

Le film n'est pas sans mauvais goût sans tomber, hélas, dans le nanar qui permettrait de sourire un peu. Un exemple parmi d'autres : après s'être bien chauffés l'un l'autre, le couple vedette commence à s'embrasser sous des néons d'un cinéma puis finit dans la chambre. Pour appuyer leur romance, on entend la chanson Take my breath away chanté en cantonais tandis que défilent des images en flashback montrant les moments où Yuen Lik et Pui Lam se se rencontrés et découverts. Ils finissent par faire l'amour sur l'affiche du film Salut l'artiste d'Yves Robert. Pourquoi ? Je ne sais pas mais ce que je sais que cette scène est du remplissage. The Long goodbye, somme toute assez ennuyeux, bourré d'incohérences (Yuen Lik brûlé au visage porte un imposant bandage sur le visage se retrouve la séquence suivante sans aucune cicatrice car on n’abîme pas le visage de la star Chow Yun-fat) ne vaut que parce qu'il est le premier film de Rosamund Kwan. C'est bien peu.

The Long goodbye (獵頭 , Hong Kong, 1982) Un film de Lau Shing-hon avec Chow Yun-fat, Rosamund Kwan, Wan Chi-keung, Phillip Chan, O Chun-hung, Tang Ching, Flora Cheung, Melvin Wong, Ng Hong-sang, Lo Wai, Tsang Choh-lam, Stephan Yip, Yat Boon-chai, Wong Hak.

jeudi 3 janvier 2013

Sorties à Hong Kong (janvier 2013) The Last tycoon


The Last tycoon (大上海, Hong Kong – Chine, 2012) 
Un film de Wong Jing avec Chow Yun-fat, Sammo Hung, Huang Xiao-ming, Yuan Quan, Yuan Li, Francis Ng, Mo Xiao-qi, Kimmy Tong, Zheng Yi-tong, Gao Hu, Xin Bai-qing, Jiang Lu-xia, Feng Wenjuan. 119 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 3 janvier 2013.


vendredi 14 décembre 2012

Tigre et dragon


Après trois films hollywoodiens, Ang Lee relance, avec Tigre et dragon la mode du wu xia pian et en profite pour ramener Chow Yun-fat en Chine où l’acteur, qui s’était perdu dans des navets depuis son départ aux Etats-Unis, incarne Li Mu Bai, un maître épéiste. Revenu d’un séjour sur les monts Wu Tang, après avoir acquis beaucoup de sagesse et atteint le silence ultime, Li Bu Mai décide de raccrocher son arme en l’offrant au seigneur Té (Lung Sihung). Il demande à sa vieille amie Shu Lien (Michelle Yeoh) de lui amener sa fameuse épée Destinée, vieille de plusieurs siècles, d’une grande précision dans le combat et qui a tué de nombreuses personnes. Destinée, car oui les épées fameuses ont un nom, ne doit plus servir à se battre mais devenir une relique.

Il va sans dire que l’épée est la convoitise de bien du monde, notamment parce qu’elle peut permettre à celui qui l’utilisera convenablement de défaire bien des ennemis. Cela donne de longues et fastidieuses scène dialoguées pleines de pensées censées être philosophiques. Le soir même de l’arrivée de Shu Lien chez le seigneur Té, Destinée est dérobée. Immédiatement, on accuse Jade la Hyène (Cheng Pei-pei), ennemie jurée de Li Mu Bai et de bien d’autres personnes (un personnage secondaire viendra lui aussi chercher vengeance parce qu’elle a tué son épouse). Jade a empoisonné le maitre de Li quelques années auparavant. Depuis, elle est devenue secrètement la gouvernante de Jen Yu (Zhang Ziyi), la fille du gouverneur de Pékin. Elle l’a éduquée de manière stricte. Jade surveille, avec son regard dur, chaque geste de sa protégée, la dissuadant de discuter avec Shu Lien.

Toujours secrètement, Jade a instruit depuis son enfance sa protégée aux arts martiaux grâce à un antique parchemin. En faire sa disciple lui permet d’assouvir sa vengeance. Quand Jen Yu rencontre Shu Lien qui enquête sur le vol de l’épée, elle se plaint de devoir épouser un inconnu et affirme espérer une vie d’aventurière comme celle de Shu Lien. Plus tard, masquée, Jen Yu se battra avec force contre elle. Les chorégraphies de Yuen Woo-ping ont été beaucoup vantées à l’époque de la sortie du film. Souvent filmées en longs plans (quasi des plans séquences), de plein pied (on voit les deux adversaires), de nuit sur une belle musique de percussions, elles demeurent l’attrait essentiel du film. Il est vrai que c’est toujours agréable de voir virevolter les personnages dans les airs, les voir voler sur les toits des immenses demeures, grimper sur les murs et se battre avec grâce sans l’impression que les effets spéciaux détruisent la beauté du geste.

Comme dans les précédents films d’Ang Lee, le mariage est le souci majeur du récit de Tigre et dragon. Ce sont des mariages contrariés découlant des traditions ancestrales qui ne satisfont pas les amoureux. Shu Lien et Li Mu Bai sont amoureux comme le leur dit un de leurs amis mais ils se sont toujours refusé à s’aimer au grand jour. Le fiancé de Shu Lien, assassiné, était un ami proche de Li. Pour ne pas détruire l’honneur du défunt, il a gardé ses distances. Ce n’est que lorsqu’il est lui-même empoisonné par Jade la hyène qu’il regrette de ne pas l’avoir épousée. L’interrogation que soulève le film est que, à cause de sa prestance pour manier Destinée, Li Bu Mai serait tombé amoureux de la jeune Jen Yu. Il lui proposera plusieurs fois de devenir sa disciple afin de perfectionner le maniement de l’épée, métaphore sexuelle s’il en est.

Jen Yu doit se marier avec le fils du seigneur Gou. Un mariage arrangé bien entendu et dont elle ne veut pas. Elle est amoureuse de Lo (Chang Chen), jeune et beau bandit du désert. Un long flashback présente leur rencontre. Lo a attaqué le convoi dans lequel elle se trouvait. Il lui dérobe son peigne. Elle sort du palanquin pour le récupérer. Ils battent, croisent le fer, se poursuivent à cheval dans le désert. A bout de force, il l’amène dans son antre, une grotte pleine des objets qu’il a volés. Naturellement, les opposés s’attirent et leur ultime dispute se transforme en acte d’amour. Le film se concentre désormais sur cette romance. Hormis une séquence amusante dans une auberge où Jen Yu déguisée en garçon (un classique immanquable du wu xia pian), toute la deuxième heure de Tigre et dragon se concentre sur l’assouvissement de leur amour au beau milieu du désert loin des conventions impériales, non sans tomber dans la mièvrerie. Le film a été un immense succès public, a raflé beaucoup de récompenses et a lancé une vague de films d’arts martiaux romantiques (Hero de Zhang Yimou, Legend of Zu de Tsui Hark, Wu Ji la légende des cavaliers du vent de Chen Kaige, entre autres) dont aucun n’avait les qualités de Tigre et dragon.

Tigre et dragon (Crouching tiger, hidden dragon, 臥虎藏龍, Taïwan – Hong Kong – Chine – Etats-Unis, 2000) Un film d’Ang Lee avec Chow Yun-fat, Michelle Yeoh, Zhang Ziyi, Chang Chen, Cheng Pei-pei, Lung Sihung, Gao Xian, Lee Faat-chang, Hai Yan, Wang Te-ming, Li Li, Huang Su-ying, Yang Rui, Li Kai, Feng Jian-hua, Du Zhen-xi, Xu Cheng-lin, Lam Fung.

vendredi 28 septembre 2012

Sorties à Hong Kong (septembre 2012)


The Assassins (銅雀台, Chine, 2012) 
Un film de Zhao Lin-shan avec Chow Yun-fat, Alec Su, Liu Yi-fei, Ni Da-hong, Yan Ni, Tamaki Hiroshi, Yoon Eun-hye, Wu Xiubo, Yao Lu, Roy Cheung, Ken Tong, Law Kar-ying, Annie Shizuka Inoh, Chi Cheng, Yau Sam-chi, Bao Jian-feng, Qu Quancheng, Samuel Pang, Zhang Zimu. 102 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 28 septembre 2012.

lundi 17 septembre 2012

Women


Le premier film de Stanley Kwan, sobrement titré Women, début sur une demande de divorce. Bao-yee (Cora Miao) ne veut être mariée avec Derek (Chow Yun-fat), son époux depuis plusieurs années avec lequel elle a eu un fils Dang-dang (Leung Hoi-leung). On découvre cette famille pleine de vie (le père et le fils ont le sourire), plutôt bourgeoise (grand appartement) lors d’un retour de week-end. Chacun se bat, avec amusement, pour arriver le premier aux toilettes. Pendant que le père et le fils se douchent, la mère range sur le lit les sous-vêtements de Derek, comme le ferait une maman à son fiston. C’est donc en enfilant son caleçon qu’il apprend cette rupture à laquelle il ne semblait pas s’attendre.

Le divorce est le sujet de conversation favori de Bao-yee et de ses amies, toutes célibataires, c’est-à-dire divorcées, à l’exception d’une veuve. Et maintenant que Bao-yee est seule, le sujet est encore plus d’actualité. Les amies sont comme un panel de la société hongkongaise, telle que la Shaw Brothers peut les imaginer. Outre la veuve un peu excentrique qui draguera plus tard dans le film Eric Tsang, on trouve la lesbienne qui tente de faire virer sa cuti à Bao-yee, la dépressive suicidaire qui porte constamment des lunettes noires. Les six amies se racontent leurs vies, chantent ensemble, plaisantent ensemble. Les conversations filmées en courts travellings occupent une bonne partie du film. Elles permettent, telles des chœurs antiques, de faire le point sur la situation.

Bao-yee n’a pas l’intention de retourner vivre chez sa mère, veuve. Bao-yee est la première de la famille à divorcer dans une culture centrée sur le mariage souvent arrangé et qui durait toute la vie. Le film inscrit fortement cette différence générationnelle et donne le divorce comme un nouveau mode de vie, comparable à l’irruption des ordinateurs dans la vie quotidienne. On voit Derek acheter puis installer pour Dang-dang un ordinateur puis jouer aux jeux vidéo. D’une certaine manière, le divorce est un nouveau mode de vie dans la culture chinoise. Le lien familial n’est d’ailleurs pas brisé puisque Derek passe de temps en temps dans l’appartement que Bao-yee décore à sa façon. Elle fait installer un nouveau canapé sans savoir où le placer (hésitation sur sa nouvelle vie).

Assez vite, le film se concentre sur le ressenti du fils. Il passe du temps avec son père qui le gâte un peu. Sa mère réussit à lui tirer les vers du nez et apprend que Derek a une nouvelle petite amie, plus jeune que lui. Sha-niu (Cherie Cheung) est une bourrasque dans la vie du nouveau divorcé. Jeune, impétueuse, imprévisible, il l’aime pour ça. Le film évite l’écueil de voir les deux femmes se disputer, elles s’entendront même plutôt bien une fois qu’elles se sont rencontrées, après la scène chez l’avocat où Sha-niu fait des remarques sur l’avenir du gamin. Ce dernier fait tout pour que ses parents se remettent ensemble et, une fois le divorce prononcé, Derek envisage un retour au foyer. Le petit aime bien la nouvelle copine de son père mais ne supporte pas qu’elle lui donne un surnom de bébé (Ding-dang).

Le film avance par petites touches, Stanley Kwan refusant les grands moments d’engueulade entre les personnages pour les permettre d’évoluer en douceur. Le personnage de la mère de Bao-yee, qui garde régulièrement Dang-dang, apporte beaucoup de douceur et se révèle bien meilleure conseillère que ses amies. Enfin, le personnage de Chang, le gamin voisin, fils des restaurateurs qui habitent au rez de chaussée, apporte un contrepoint comique à la vie amoureuse de Derek. Ce dernier est persuadé que Chang est le nouveau compagnon de Bao-yee. En effet, Chang apprend le piano à Dang-dang, apporte des courses et s’occupe d’un mini jardin botanique. Il devient un exemple pour le petit. Quand Derek comprend que c’est un ado, il demande à Bao-yee d’à nouveau former un couple et une famille. Le reste du film cherchera à replacer un esprit franchement moralisateur dans cette famille.

Women (女人心, Hong Kong, 1985) Un film de Stanley Kwan avec Cora Miao, Chow Yun-fat, Cherie Chung, Elaine Kam, Maggie Li, Yam Choi-bo, Lee Mak, Leung Hoi-leung, Cheung Yin-gwan, Lee Ngan, Eric Tsang, Freddie Wong, Calvin Poon, Terrence Howard.

lundi 16 juillet 2012

Prison on fire



Jeune cadre dynamique, Lo Ka-yia (Tony Leung Ka-fai) se retrouve en prison pour purger une peine de trois ans pour homicide involontaire. Pour défendre son père agressé par des petits malfrats, il a poussé l’un d’eux qui s’est fait écrasé par un bus. Il arrive donc dans un univers qu’il ne connait pas au milieu de gens (gardiens et prisonniers) qui, au contraire, connaissent toutes les règles. Ainsi Lo Ka-yia découvre, dans Prison on fire, un monde inconnu avec des yeux candides. Ringo Lam prend soin de le décrire avec minutie notamment les premières fouilles humiliantes. Il prend surtout soin de pas exagérer le trait mais que le regard de Yia soit celui d’un homme qui soit au même niveau que le spectateur. On sera donc assez éloigné des surenchères Catégorie III de The Story of Ricky par exemple.

Affecté à l’infirmerie, Yia va rencontrer Ching (Chow Yun-fat), petite bandit qui a une jambe cassée. Ching teste Yia en échangeant leur morceau de viande qu’il juge plus épais ou en allant chier alors que Yia est justement en train de nettoyer les cuvettes. Il comprend vite que chaque fois Yia se laisse faire, qu’il ne réplique pas, au contraire qu’il serait prêt d’aller plaider sa cause auprès du directeur de la prison, chose considérée comme une lâcheté (au mieux) ou comme une trahison (au pire) par les autres prisonniers. Il va lui servir de guide dans cet univers inhospitalier. Il va lui apprendre les règles non seulement de vie mais également de survie.

Il faut apprendre à survivre aux affrontements des différents clans et quand Madly (Shing Fui-on) se met à devenir fou pendant la promenade, Yia s’affole, ne sait plus quoi faire et Ching le protège. Les deux principaux clans sont tenus par Micky (William Ko) et Bill (Tommy Wong) et, comme on le sait bien, il faut diviser pour mieux régner. C’est en tout cas le mode de direction du chef des gardiens Hung (Roy Cheung) qui décide de sacrifier Yia pour avoir la paix dans sa prison. Pour cela, rien de plus simple, il convoque Yia dans son bureau, les autres pensent qu’il a cafté et notamment les hommes de Bill qui ne savent pas que Micky s’est entendu avec Hung. Ce dernier est surnommé le tueur et il faut bien reconnaitre que Roy Cheung, pas encore arrivé dans l’univers de Johnnie To, a un regard qui glace d’effroi. C’est réellement lui le personnage le plus négatif du film avec cette volonté de Ringo Lam de n’accabler aucun personnage.

Le film a une réputation de grande dureté. Elle est plus psychologique que physique. Yia subit des pressions venues de Micky qui le harcèle de plus en plus et qui le rend responsable d’à peu près tout, mais aussi de Hung contre lequel il est incapable de répondre. Tony Leung Ka-fai avec son jeu tout en retrait, avec son regard caché derrière ses lunettes et dont on sent que son personnage est prêt à exploser, est idéal pour ce rôle d’homme intègre qui se trouve désintégré par la prison. Les rares visites de sa famille (son père agressé en début de film, sa sœur et sa fiancée) constituent son unique pilier avec la réalité et l’extérieur. On sent qu’il perd ses illusions, son visage se décompose, puis le coup de semonce arrive quand sa copine décide de partir étudier en Europe. Sentant sa vie partir en lambeaux, il n’hésite plus à se battre contre Micky et à tenter de se suicider.

Son duo avec Chow Yun-fat fonctionne à merveille. Les deux acteurs se complètent dans leur jeu. Le personnage de Ching apparait d’abord comme un égoïste, un petit comique. Le sourire de l’acteur, son entrain désamorcent cette violence psychologique, l’humour de son personnage (plus que son caractère comique) aide à faire passer la dureté de la prison. Dans une scène d’une rare douceur (la danse entre prisonniers le soir de Noël), Chow Yun-fat occupe tout l’espace laissant déborder son charisme. Prison on fire atteind son niveau de tension maximum quand les prisonniers décident de faire une grève de la faim (scène fameuse souvent parodiée) et que Chow Yun-fat change de ton, devenant une bête à tuer et que la violence physique emplit l’écran dans un finale lyrique.

Prison on fire (監獄風雲, Hong Kong, 1987) Un film de Ringo Lam avec Tony Leung Ka-fai, Chow Yun-fat, Roy Cheung, William Ko, Tommy Wong, Victor Hon, Terrence Fok, Frankie Ng, Wong Man-gwan, Joe Chu, Shing Fui-on, Leung Ming.

lundi 2 avril 2012

An Autumn's tale


Après avoir économisé deux ans, Jennifer (Cherie Chung) part enfin à New York rejoindre son petit ami Vincent (Danny Chan). Elle a organisé sa venue aux Etats-Unis candidement avec comme seule certitude, celle de bientôt se marier avec lui. Elle s’aperçoit vite que le jeune homme est passé à autre chose et leurs retrouvailles ne sont pas aussi romantiques qu’elle l’espérait : il a une nouvelle petite amie, Peggy (Ng Fook-sing). Il n’ose même pas la présenter telle quelle, mais Jennifer comprend bien qu’elle est de trop, qu’elle a fait ce voyage de Hong Kong à New York pour rien, qu’elle se trouve un peu bête toute seule dans une ville inconnue où elle ne connait personne.

Presque personne. A l’aéroport, elle a été récupérée par Figgy (Chow Yun-fat), un cousin très éloigné. Le jeune homme arrive avec deux de ses amis dans sa bagnole, un tacot délabré et taggué. Insouciant, il vient la chercher avec deux heures de retard, se gare n’importe au nez et à la barbe d’un policier. Immigré aux Etats-Unis depuis des années, Figgy vit pourtant comme à Hong Kong. Il parle à peine anglais, continue de ne fréquenter que ses compatriotes et joue tous les jours son maigre salaire de serveur aux jeux de hasard. Il a implanté sa vie hongkongaise à New York. Il propose à Jennifer de l’héberger chez lui. Son appartement est un vrai taudis, il vit au jour le jour, dans une idée du carpe diem qui contraste avec l’organisation minutieuse de Jennifer.

Très vite, An Autumn’s tale présente ses deux personnages principaux comme totalement opposés pour mieux pouvoir les rapprocher. La différence majeure entre Jennifer et Figgy est que ce dernier tombe très vite amoureux d’elle et va tout faire pour elle. Il décore l’appartement qu’elle occupe, il lui aide à trouver un petit boulot (elle va devenir baby-sitter), il fait des efforts pour paraitre moins excentrique et pour lui plaire. Seulement voilà, Jennifer s’accroche à son ex et ne rend compte de rien. Ainsi, dans la scène la plus émouvante du film, elle tente de renouer avec Vincent lors d’une soirée organisée par Figgy. Ce que Jennifer ignore, c’est que cette fête n’est pas en son honneur mais pour l’anniversaire de Figgy. Dans son égoïsme certain, Jennifer n’admire que son nombril et le choc sera encore plus dur quand elle comprendra la réalité. Mais tous deux sont dans l’échec, échec qu’il faudra surmonter pour exister.

Ce qui fonctionne dans le film de Mabel Cheung, gros succès à Hong Kong et sacré meilleur film aux Hong Kong Film Awards, c’est le jeu de Chow Yun-fat en éternel romantique désabusé qui passe du sourire quand il voit Jennifer à la déception quand il se rend compte qu’elle ne comprend absolument rien, qu’elle est aveuglée par son amour défunt. L’écueil est en revanche double. D’un côté, la cinéaste filme New York avec beaucoup de clichés, comme une ville touristique : les flics sont sympas, la population est sympa (ah la scène un ridicule chez l’antiquaire), aucune difficulté due à l’ère Reagan n’est jamais évoquée (la carte verte pour bosser, les problèmes de logement par exemple). D’un autre côté, le romantisme passe forcément par l’absence d’explication entre les personnages et par des silences sur-signifiants. Si Figgy avait expliqué ses sentiments à Jennifer, tout serait probablement allé plus vite. Ainsi, le film joue sur cette double absence de réalisme. Logiquement puisque le film se présente comme un conte d’automne où les sentiments se confrontent et comme dans la plupart des contes, tout se terminera bien.

An Autumn's tale (秋天的童話, Hong Kong, 1987) Un film de Mabel Cheung avec Chow Yun-fat, Cherie Chung, Danny Chan, Ng Fook-sing, Arthur Fulbright, Gigi Wong, Chan Yui-yin, Jeng Ming-suen, Wong Man, Lo Yip-mei, Tom Hsiung.

mardi 25 octobre 2011

Full contact


Ce qui frappe dès le début de Full contact, c’est sa vulgarité. Mais le dit l’expression critique facile « c’est voulu ». Oui, Ringo Lam a choisi de montrer des personnages bêtes et méchants habillés dans des couleurs qui ne s’accordent, il a choisi de les filmer en grand angle et en gros plan, il a choisi de les rendre totalement amoraux et inconséquents. Et d’une certaine manière, Full contact rappelle les premiers films de Wai Ka-fai conçus quelques années plus tard pour la Milkyway (Too many ways to be N°1 est le prototype parfait).

D’ailleurs, Ringo Lam présente d’abord les affreux du film, la bande de cambrioleurs de Judge (Simon Yam), un homo tellement raffiné qu’il en est kitsch. Son mignon lui fait les ongles, le peigne, l’habille avec des tenues extravagantes. Chemises à jabot vertes ou violettes, des vestes improbables. Sa petite mèche sur le front, son regard narquois et ses pauses féminines en font pourtant un redoutable salaud qui n’hésite jamais à flinguer n’importe qui à la moindre occasion. Il est accompagné d’un couple, Ngang (Bonnie Fu) et Psycho (Frankie Chan). Lui est le costaud bagarreur, elle est l’hystérique nymphomane de service qui montre sa culotte à tout vent. Une fine équipe.

Sam Sei (Anthony Wong, constamment dans le sur-jeu jouissif) n’arrive pas à payer ses dettes. Il fait appel à son vieil ami Gou Fei (Chow Yun-fat), un videur de boites de nuit à qui on ne la raconte pas. Lui aussi a le poing facile. Il sort avec une gentille fille Mona (Ann Bridgewater), le seul personnage calme de tout le film, le seul auquel on peut éventuellement s’identifier s’il elle n’était pas aussi manipulable. Bref, le scénario se lance et tient dans les phrases suivantes : Judge va faire un gros coup en Thaïlande avec sa bande, Gou Fei et Sam Sei. Mais Judge décide de tuer Gou Fei qui passe pour mort. Gou Fei va chercher à se venger.

La vengeance est un film qui se mange à grands coups de flingues pour Ringo Lam. Et il n’ira pas avec le dos de la cuillère. Le braquage en Thaïlande en faisant déjà beaucoup, Judge flingue sur une maison où Gou Fei s’était réfugié. Toute la famille y passe, puis quelques grenades font flamber le tout, Gou Fei parvient à sauver une la fille et le chiot. Guérir, panser ses blessures, recouvrir des forces, apprendre à nouveau à tirer malgré sa blessure à la main droite. Quelques doigts ont été arrachés et on pense forcément au sabreur manchot, Ringo Lam place son film dans la lignée de ces films où le héros solitaire va prendre sa revanche. Et la revanche, la vengeance sera sanglante, on s’en doute. Jusqu’à la toute fin, ça va crever dans la bidoche, ça va exploser les viscères, ça va juter de l’hémoglobine.

Ce que parvient à produire Full contact est pourtant remarquable. En décomplexant son film de toute morale telle qu’on l’entend communément (seuls Gou Fei et Mona en gardent encore quelques relents), Ringo Lam crée un monde qui n’a plus rien à voir avec la réalité. La noirceur du monde décrit est radicalement opposée aux couleurs criardes des vêtements, le rire crétin et aigu de Ngang contraste avec la voix doucereuse et hypocrite de Judge (qui passe son temps à admirer les yeux de Gou Fei), l’angoisse de Sam Sei détonne face au calme de Gou Fei, quelle que soit la situation. Ce monde sans douceur, tout en brutalité, n’est qu’un monde de cinéma dans toute sa cohérence, qui plus est illustré par la musique en riffs de guitare composée par Teddy Robin. On en sort épuisé et ravi de savoir que ce genre de film existe.

Full contact (俠盜高飛, Hong Kong, 1992) Un film de Ringo Lam avec Chow Yun-fat, Simon Yam, Anthony Wong, Ann Bridgewater, Bonnie Fu, Frankie Chan, Nam Yin, Victor Hon, Chris Lee, Chun Hung.

jeudi 23 juin 2011

Sorties à Hong Kong (juin 2011)


Beginning of the great revival (建黨大業 , Chine, 2011)
Un film de Han Sanping et Huang Jianxin avec Chow Yun-fat, Andy Lau, John Woo, Guo Tao, Nie Yuan, Ma Shao-hua, Chang Chen, Yi Zhen, Simon Yam, Daniel Wu, Chen Kun, Dong Jie, Ray Lui, Zhang Hanyu, Gordon Cheung, Zhao Ben-shan, Zhou Xun, Tang Wei, Michelle Ye, Huang Xuan, Nick Cheung, Alex Fong Chung-sun. 124 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 23 juin 2011.

vendredi 17 juin 2011

Love unto wastes


C’est le soir de son 25ème anniversaire, Tony (Tony Leung Chiu-wai) rencontre les trois femmes qui se retrouvaient tranquillement après quelques mois d’absence. Tony n’y va pas de main morte puisque, saoul comme un cochon, il vomit sur la robe de Billie (Irene Wan). Pas rancunière, elle va l’aider à dans les toilettes du restau à se remettre de sa cuite. Il va ensuite donner à tout le monde sa carte, et surtout aux trois amies. Il leur dit bien qu’il aimerait beaucoup qu’elles l’appellent. Il est un peu lourd mais elles vont appeler.

Billie l’appelle un jour. Elle est mannequin et revient de Paris où elle n’a pas réussi à faire carrière. Elle loge, pour l’instant, chez Liu Suk-ping (Elaine Kam), qui après deux ans d’inactivité espère un rôle au cinéma. Ce qu’on lui propose est un personnage qui doit se dénuder à l’écran, c’était très fréquent dans ce milieu des années 1980. Elles vivent avec Chao Su-ling (Tsai Chin), qui a quitté son Taïwan natal pour se lancer dans la chanson. Elles sont toutes les trois artistes, ont tout juste trente ans et espèrent trouver un mec, si possible avant leurs 31 ans, sinon, elles ont peur de demeurer comme célibataire comme Brigitte Lin, citée par les filles comme un exemple à ne pas suivre.

Jusqu’à présent, la vie de Tony était toute tracée. Il a un peu voyagé dans sa jeunesse et pendant ses études, il a couché avec beaucoup de filles, mais aujourd’hui il bosse dans la boite de son père qui est vendeur de riz en gros. Et le paternel aimerait qu’il se marie avec Miss Chung (Elaine Chow) qui est devenue la commerciale de l’entreprise. Tony ne s’intéresse pas à elle, il préfère passer des soirées avec les trois amies, à faire des jeux crétins, à boire, à chanter, à rire de bon cœur. Ce sont de beaux moments de comédie légère où les acteurs semblent beaucoup s’amuser. Et surtout, il va les draguer, toutes les trois, en secret. Officiellement, c’est avec Billie qu’il sort.

Un drame va briser cette amitié naissante. Une nuit, Su-ling est trouvée morte dans l’appartement, elle a été assassinée. L’inspecteur Lan (Chow Yun-fat) est chargé de l’enquête. Il est d’abord agressif avec Tony, Billie et Liu. Il leur pose un tas de questions qui parfois semblent ne rien à voir avec le meurtre. Des questions sur leur vie privée. Et tel Columbo, il se met à s’incruster chez eux, à aller les voir au restau, à s’inviter à bouffer. Lan abandonne petit à petit l’enquête, on ne saura jamais ce qui s’est passé. Son comportement est bizarre, mais à peine plus que celui des autres. Il est envahissant mais s’avère sympathique.

C’est un Hong Kong comme on le voir rarement que Love unto wastes montre. Les décors ont une grande importance. Le générique montrait tous ces lieux sans qu’ils puissent être identifiés. L’appartement de Liu est plutôt bourgeois, coloré et efficace. Il est le lieu des soirées festives avant de devenir un endroit funeste. L’appartement que loue Billie est situé à côté de l’aéroport. Elle a peu de meubles, cet appartement est le lieu des confessions intimes entre Tony et elle. La réserve de riz dans l’entrepôt du magasin a aussi son importance. C’est là, sous une cascade de riz, que les deux amoureux feront l’amour pour la première fois. Enfin, un soir, l’inspecteur Lan invite tout le monde à venir chez lui. Son appartement est vide. Des chaises, un lit au salon car c’est plus près des toilettes, un congélateur vide où son ex mettait des steaks car Lan adore les steaks. Tous se saoulent la gueule.

Mais le constat est amer. Cette nouvelle bande a l’impression d’avoir gâché leur vie, ils se le disent, ils en conviennent mais ne font rien pour en changer. Leur séjour à Taïwan où ils ramènent les cendres de Liu. Les personnages passent de la joie simple à la déprime dans une mise en scène d’un grand calme comme on en voit rarement. A vrai dire, Love unto wastes est une exception dans le paysage hongkongais (si ce n’est certains films d’Ann Hui) dans sa manière de ne pas forcer la psychologie des personnages. On pourrait aussi dire que les rares héritiers de ce cinéma sont Wong Kar-wai et Pang Ho-cheung.

Love unto wastes (地下情, Hong Kong, 1986) Un film de Stanley Kwan avec Tony Leung Chiu-wai, Elaine Kam, Irene Wan, Tsai Chin, Chow Yun-fat, Elaine Chow.