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samedi 31 mai 2014

Les Associés


Ah, Paris, ses monuments historiques, ses musées, ses tableaux de maître. C’est justement une toile de Modigliani que Joe (Chow Yun-fat) repère, accrochée sur un mur avant qu’elle ne soit expédiée pour un autre musée. Puis, Cherie (Cherie Chung) pose du parfum sur la caisse qui contient le tableau. Ça aidera Joe à le sentir dans le camion qu’il va attaquer avec Jim (Leslie Cheung) sur la route qui les mène à Nice. Joe ouvrira la porte en grimpant sur le véhicule, Jim sautera de sa moto pour ouvrir une brèche et faire passer la toile.

La technique des deux frères et de leur amie semble parfaitement rodée et John Woo la filme comme une blague, dans un mélange de comédie et de film d’action en mode cool. Joe et Cherie sont dans leur voiture décapotable, feignant la romance devant le conducteur du camion et les vigiles qui le surveillent. Jim est sur une moto qui les suit de lui. On ne sait pas encore si les deux hommes sont alliés ou concurrents. La séquence d’ouverture des Associés donne le ton léger qui va prévaloir dans la première moitié du film.

Une fois à Nice et Cannes, comme dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock autre histoire de voleurs de peintures, le trio se promène en voiture dans la ville, sourit sous le soleil de la Méditerranée et s’apprête à réaliser un nouveau vol dans un château de l’arrière pays. Une nouvelle fois, le cinéaste filme avec décontraction le casse, en y ajoutant quelques acrobaties que Jim et Joe effectuent pour échapper aux divers pièges et alarmes installés dans le château. Ils avaient prévu que ce soit leur dernier coup.

Le ton léger va laisser la place à une ambiance plus sombre. Ils sont pris dans un piège fatal. Les deux frères sont pourchassés par des hommes en arme et tout se termine dans un port, après une longue course poursuite mise en place par notre Rémy Julienne national, avec de nombreuses cascades de voitures et l’explosion d’un bateau. Joe meurt dans l’incendie. Jim et Cherie rentrent à Hong Kong, meurtris par le décès de Joe. Ils veulent vivre désormais une vie normale en restant discrets.

On se doute bien qu’au bout d’une heure de film, on ne va faire disparaitre Chow Yun-fat comme ça. Car, il n’était pas mort mais revient dans un fauteuil roulant. Seules ses jambes sont devenues invalides. Joe retrouve Jim et Cherie tombée enceinte. Dans la première partie, la jeune femme sortait avec Joe, homme fantasque et blagueur, dans la deuxième elle sort avec Jim, plus introverti. Les Associés rendent un hommage plutôt appuyé à Jule et Jim de François Truffaut.

L’heure de la revanche a sonné pour le trio reconstitué. Ils se rappellent comment ils sont devenus voleurs à cause du père des deux garçons, Chow (Kenneth Tsang), voleur lui-même et homme violent qui leur a appris les ficelles du métier. Ils se rappellent que leur rédemption est venue grâce à Chu (Paul Chu), policier qui les a aidés. Ils vont désormais rendre la monnaie de sa pièce à ce père ingrat qui est responsable du handicap de Joe. Chu va continuer à les aider en leur faisant confiance.

Le caractère mineur des Associés tourné entre deux films plus forts de John Woo (Une balle dans la tête et A toute épreuve) n’est pas à mettre au compte de la décontraction et des invraisemblances du scénario, qui sont de toute façon dans les autres films cités. Si le film est moins bon, c’est parce que le cinéaste semble ne pas savoir quel ton choisir, allant, au milieu d’une scène de gunfight en fin de film, s’engager dans le burlesque à la Jackie Chan, faisant faire des pirouettes à Chow Yun-fat. Le film a été suivi par une série médiocre à l’arrivée de John Woo à Hollywood.

Les Associés (Once a thief, 縱橫四海, Hong Kong, 1991) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Leslie Cheung, Cherie Chung, Kenneth Tsang, Paul Chu, Wu Fuung, Pierre Yve Burton.

vendredi 30 mai 2014

Les Larmes d'un héros


Tourné en 1983 entre deux comédies burlesques mais sorti en 1986, Les Larmes d’un héros est le premier essai de John Woo dans le cinéma d’action avec gunfights, héros tragiques et méchants ultra violents. Sans doute faut-il commencer par évoquer ce titre français qui contredit le titre original (Heros shed no tears, les héros ne versent pas de larmes), car c’est bien le sens anglais qui annonce ce qui sera le fond du récit que va subir pendant 80 minutes Chan Chung, le personnage de mercenaire qu’interprète Eddy Ko ici.

Il est un Chinois de Hong Kong embauché par le gouvernement birman pour capturer un baron de la drogue (Bruce Cheung Mong). Le film se déroulera entièrement dans la forêt du triangle d’or de l’opium (Thaïlande, Birmane et Laos). Chan Chung et ses comparses ont réussi à enlever le trafiquant (un général cela dit en passant). Habillés en treillis, mal rasés, le corps en sueur, ils vont être rapidement poursuivis par toute une horde de méchants et en tout premier les soldats du général qui laisse ses médailles comme le petit poucet ses pierres.

Chan Chung doit d’abord récupérer son fils Kuen et sa sœur, qui vivent dans une cabane avant que les soldats ne viennent les prendre en otage. Puis, le film avec toute cette cargaison de personnages poursuit son récit programmatique : échapper à la mort. La menace vient des soldats birmans, et plus tard d’un sadique colonel vietnamien (Lam Ching-ying) que Chan Chung blesse à l’œil droit en lui tirant dessus pour sauver une française qui veut quitter le pays. La poursuite est inégale : deux armées contre un petit groupe.

Le héros va subir les pires outrages de la part de tous ses ennemis. On s’attaque d’abord à ses proches. Son fils est proche d’être brûlé vif par les soldats qui allument un feu autour de lui. Ses amis sont attaqués. Puis, son corps déjà bien mutilé (ses cicatrices au dos) sera torturé dans une séquence assez difficile où il se fait coudre les sourcils à vif par le colonel. Il s’agit d’appuyer l’émotion dans les rapports entre le fils et le père avec une musique à grand renfort de violons mielleux et des gros plans sur les visages épuisés par la bataille.

John Woo s’exerce ici à mettre en scène l’action avec beaucoup d’explosions, beaucoup de balles tirées et beaucoup de sang qui sera versé. Les comparses de Chan Chung vont tous mourir les uns après les autres. Le film lorgne du côté de Michael Cimino et de Voyage au bout de l’enfer (la scène de dés qui se termine par un flingue sur la tempe) avec cette folie qui gagne tous les personnages. Leur répétition et leur similitude apporte de la monotonie alors qu’elles sont envisagées pour apporter des rebondissements à l’action.

Film souvent considéré comme mineur (mais tout autant que ses comédies burlesques, ce qui est faux d’ailleurs), Les Larmes d’un héros est un film mal aimé de son créateur qui s’est vu enlever le montage final. Les scènes comiques ralentissent le récit et son peu drôles, une scène érotique ridicule avec un soldat français coupe le film en deux. Ce qui n’empêche pas que le méchant incarné par Lam Ching-ying, avec son œil en moins qui augmente sa cruauté, soit réussi. Les Larmes d’un héros est comme un brouillon de ses futurs polars.

Les Larmes d’un héros (Heroes shed no tears, 英雄無淚, Hong Kong, 1983) Un film de John Woo avec Eddy Ko, Lam Ching-ying, Ma Ying-chun, Philllip Loffredo, Cecile Le Bailly, Lee Hye-sook, Chin Yuet-sang, Tsang Choh-lam, Ka Lee, Pang Yun-cheung, Chow Gam-kong, Bruce Cheung Mong.

mardi 5 novembre 2013

Une balle dans la tête


Une balle dans la tête est le film le plus lyrique de John Woo. Le contexte est le Hong Kong de 1967, dans les quartiers pauvres où les trois personnages, tout juste rentrés dans l’âge adulte mais encore immatures, ne rêvent que d’une chose : une vie meilleure. Une balle dans la tête filme d’abord leur sourire, leur amitié  indéfectible, leur jeu innocent et se termine avec des visages grimaçant de douleurs, le cœur brisé et l’amitié détruite. John Woo filme ce mouvement en deux heures et cinq minutes.

Le générique d’ouverture est guilleret. Benny (Tony Leung Chiu-wai), Frank (Jacky Cheung) et Paul (Waise Lee) se connaissent depuis l’enfance. Le premier va bientôt se marier avec Jane (Fennie Yuen), une jeune femme de leur quartier. Ils ne pensent pas pouvoir sortir de ces quelques rues où ils trainent en vélo imaginant des courses, comme s’ils étaient dans La Fureur de vivre. Frank manque de tomber à l'eau dans cette course (signe prémonitoire). Paul ne rêve que de pouvoir conduire une Mercedes, sa seule ambition.

Benny épouse Jane sous la pluie. Frank n'est pas là. Il doit emmener de quoi payer le restaurateur, il a emprunté de l'argent, sur le chemin, il se fait racketter par une bande du quartier voisin. Il se fait salement amocher. Benny et Paul vont le venger à coups de barres de fer. Le mariage de Benny n'aura duré qu'une nuit, il doit fuir parce que le chef de la bande est mort dans la baston. Les trois amis décident de partir au Viêt Nam, en pleine guerre, parce que, comme leur dit un parrain bien intentionné « c'est dans le plus grand des chaos qu'on peut faire les meilleures affaires ». On leur confie des amphétamines qu'ils iront vendre au Viêt Nam pour démarrer.

Le chaos, il est déjà à Hong Kong avec les manifs étudiantes qui commencent à enflammer le campus universitaire. Jane est encore étudiante, Benny est déjà recherché activement par la police locale. Les manifestants sont communistes, ils lâchent des bombes au milieu de la rue, ces salauds. A Saïgon, dans le Sud Viêt Nam, d'autres communistes manifestent pour protester contre la présence des Américains. Lors de ces deux manifs, on pense aux événements de Tian An Men survenu pendant le tournage, on voit des étudiants devant un char d'assaut. Un autre attentat est commis dans la rue. Pas de bol, toute la marchandise des trois amis est détruite par la bombe.

Le lyrisme d’Une balle dans la tête passe par la nostalgie du pays natal pour les trois garçons coincés en pleine guerre dans un pays dont ils ne parlent pas la langue. Ils voulaient contrôler leur destin mais n’y parviennent pas. La nostalgie passe par le personnage de Sally Yan (Yolinda Yan), qui fût, jadis, vedette de la chanson à Hong Kong. Son regard triste n’exprime qu’une chose : espérer son retour dans la colonie britannique. Benny la remarque tout de suite, elle lui rappelle sans doute Jane laissée au pays.  Sally Yan chante des chansons mélancoliques dans le cabaret où on l’oblige à travailler.

Son bourreau est Leong (Lam Chung), caricature de parrain de triades au ricanement constant. Il est pourtant le point de chute des trois amis, leur contact pour « réussir ». C’est lui qui profite du chaos de la guerre pour se faire de l’argent. Il est de mèche avec les autorités. Il retient Sally en cachant son passeport. Il la soumet en la droguant. Le dernier personnage auquel les trois amis vont se raccrocher est Luke (Simon Yam) qui apparait comme un fantôme tout vêtu de blanc qu’il est. Il est l’antithèse de Leong, le sauveur de toutes les situations. Leong est un traitre, Luke un ange.

La guerre rend fou, le chaos change les hommes. Paul se démarque de ses deux amis en ne voulant qu’une chose : l’or qui appartient à Leong. L’amitié ne vaut rien face à de l’or. La traversée des champs de bataille permet à John Woo de rivaliser, avec beaucoup moins de moyens, avec Hollywood. Le film est un dépliage de Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino. Dans cette course folle en voiture au milieu des bombes qui tombent, des Vietnamiens qui fuient, l’incongruité de se trimballer avec un coffre plein d’or détonne.

La tension dans ces scènes de bataille se crée ainsi en opposant la violence des combats, filmés en alternant plans larges et gros plans, et l’angoisse qui se lit sur le visage de Paul, Benny, Frank, Luke et Sally. Puis, il s’accentue encore plus lorsque les Viêt-Cong (le film est violemment anti-communiste) obligent les soldats prisonniers puis Frank et Paul à abattre à bout portant d’autres prisonniers. La tension est à son comble quand Paul, tenant le coffre d’or dans une main, ne peut pas s’empêcher de ne vouloir sauver que sa peau et abandonner Frank, blessé, à son sort.

Les beaux visages des quatre acteurs n’en finissent pas de se tordre, au ralenti, sous la douleur à la fois physique et morale. John Woo leur demande d’hystériser leur interprétation, de hurler les dialogues, de crisper leur yeux. Il défigure la beauté de Tony Leung Chiu-wai, celle de Simon Yam ou Jacky Cheung, en les plongeant dans la boue, dans le sang, dans la sueur. Les corps sont épuisés, les visages remplis de cicatrices, leur jeunesse est perdue. Le spectateur est lui aussi épuisé par le sort qu’on leur fait subir sans ménagement. Une balle dans la tête est l’un des films les plus viscéraux et les plus sombres de John Woo.

Une balle dans la tête (Bullet in the head, 喋血街頭, Hong Kong, 1990) Un film de John Woo avec Tony Leung Chiu-wai, Jacky Cheung, Waise Lee, Simon Yam, Yolinda Yan, Lam Chung, Fennie Yuen, Chang Gan-wing, So Hang-suen, Pau Hei-ching, Cheung Chang, Siao San-yan, Yee Tin-hung, Pooi Wan, Tsui Kwong-lam, Lawrence Lau, To Wai-wo, Lam Chi-tai, Wan Seung-lam, Raymond Lee, Jameson Lam.

lundi 5 mars 2012

Hello, late homecomers


Hello, late homecomers est un film composé de trois histoires réalisé par trois cinéastes (John Woo, Louis Sit et Lau Tin-chi) avec comme acteur principal Louis Lo Yuen. Peu connu (je ne l’avais vu que dans un Chow Yun-fat de ses débuts, Their private lives), Louis Lo Yuen est un grassouillet qui porte des lunettes carrées et est persuadé d’être un Apollon. La première matière de son comique est donc le contraste avec son physique banal, voire ingrat, et son ambition sexuelle. Le sujet du film est les femmes qui font subir quelques déboires amoureux à notre héros. Elles vont lui en faire voir des toutes les couleurs et le placer dans des situations humiliantes donnant ainsi une volonté de burlesque où son corps sera malmené, sa position de mâle ridiculisée et ses tentatives de parvenir à coucher avortées.

Dans Till we meet again, Louis Lo Yuen parie avec deux de ses amis (dont Karl Maka qui portait encore des cheveux) qu’il réussira à coucher avec une femme choisit au hasard dans les vingt-quatre heures. Dans Heart on her undies, il porte un caleçon sur lequel sa maîtresse a cousu un cœur. Le caleçon disparait et il part à sa recherche. Dans Little men’s big hopes, il est le mari d’une femme acariâtre qui ne lui laisse aucune liberté. Sa maîtresse le convainc d’engager un tueur à gages pour l’éliminer. Dans les deux premières histoires, Louis Lo Yuen sera le dindon de la farce, celui dont tout le monde se moque. Ainsi Karl Maka a fait un arrangement avec la jeune femme (une prostituée) pour lui soutirer son argent. Ne nous y trompons pas, le film est d’abord le moyen de montrer les actrices en maillot de bain, en petite tenue, voire entièrement nue, comme dans le dernier sketch. Le film déploie aussi des gags pas franchement fins qui vont du plus bête (on marche sur les pieds des autres) au plus élaboré (un serveur lit à très haute voix une lettre de drague dans le restaurant) en passant par le graveleux (Louis Lo Yuen frotte un concombre, une courgette puis un cornichon sur la joue d’une fille qui ne le voit pas, elle le reconnait avec le cornichon).

Des trois, c’est la dernière histoire qui est la mieux mise en scène parce qu’elle confronte eros et thanatos, l’amour et la mort. Louis Lo Yuen est donc un mari brimé par sa femme. Elle le harcèle à chaque minute de la journée en lui demandant avec une voix autoritaire qu’il lui dise qu’elle l’aime. Il lui répond avec une toute petite voix. Elle adore sucer des glaçons (pourquoi, je ne sais pas) et refroidit sa chambre où Yuen se gèle. Elle le surveille jusqu’aux toilettes. Son échappatoire est sa jeune maîtresse qui est aussi sa secrétaire. Il place tout un stratagème chez lui, sur les conseils d’un tueur à gages pas franchement très compétent, pour assassiner son épouse. On voit d’abord l’installation minutieuse des pistolets, couteaux, câbles électriques, poison destinés assurer son sale coup. Ce n’est pas seulement la surabondance de moyens pour tuer sa femme qui fait sourire, mais c’est aussi que pour la première fois Yuen prend en main sa vie, il met en scène son meurtre tel Michael Caine dans Le Limier dont on sent les emprunts.. On reconnait dans ce sketch l’amorce du style de John Woo quand dans ses polars des années 1980, les gangsters planquaient des armes dans les pots de fleurs ou sous la table. John Woo lance ensuite sa chorégraphie quand l’épouse revient : pour Yuen, il s’agit d’éviter les pièges qu’il a lui-même tendu, le rythme s’emballe pour un final qui doit plus au cinéma de kung-fu qu’à la comédie.

Hello, late homecomers (Hello! 夜歸人, Hong Kong, 1978) Un film de John Woo, Louis Sit et Lau Tin-chi avec Louis Lo Yuen, Yik Ga, Chan Wai-ying, Fung Hak-on, Lee Hoi-sang, Cheng Lui, Cheng Fu-hung, Lam Hau-yi, Karl Maka, Lau Hok-nin, Tong Kam-tong, Fung Fung, Ho Pak-kwong, Lau Kwok-shing, Ma Chung-tak, Lee Wan-lung.

lundi 20 février 2012

Follow the star


Follow the star est l’un de ces nombreuses comédies loufoques que John Woo avait tourné avant ses polars. (J’ai déjà parlé de ses films avec Ricky Hui : Money crazy, From riches to rags, To hell with the devil et Plain Jane to the rescue.) Ici, Roy Chiao est Sing un mécanicien très paresseux qui va être pris dans une aventure alors qu’il ne demandait rien. On le découvre affalé dans son lit, appuyant sur des télécommandes pour amener à sa bouche sa brosse à dents grâce à une ingénieuse mécanique (cela a dû lui demander d’ailleurs beaucoup d’efforts pour l’installer), il glisse ensuite dans son pantalon, caresse son petit singe qui lui sert d’animal de compagnie et file tranquillement au boulot où il arrive en retard. Au boulot, il travaille à son rythme, alternant les coups de clé anglaise et les coups de whisky. Car Sing boit beaucoup pour oublier qu’il bosse.

C’est justement dans le garage où il travaille que Miss Chan (Rowena Cortes), la star du titre du film, vient faire réparer la voiture de son agent (Chung Chai-sam). Elle est ado (16 ans dit-elle) et orpheline. Son statut de star n’entrera jamais en compte dans le film. En revanche, elle est poursuivie par cinq malfrats (Fung Hak-on, Chin Yuet-sang, Wong Ching, Lee Hoi-sang et Chan Paak-san) la kidnappent pour savoir où se trouvent les cinq millions de HK$ que le père de Chan aurait caché après un casse. Bien entendu, la gamine ne sait rien, elle leur dit mais ils ne la croient pas. Malgré sa paresse, Sing va partir à la rescousse de Miss Chan dans un élan héroïque. Il grimpe sur la camionnette, s’introduit dans leur repaire (un poulailler), parvient à battre ces vilains kidnappeurs et à libérer la starlette. Bizarrement, l’agent de Miss Chan refuse que l’on appelle la police (on se doute vite pourquoi).

L’attraction majeure ce sont ces cinq caïds aussi stupides que patibulaires. Chaque tentative pour arriver à leur fin se solde par un échec retentissant. Chacun, comme dans les films de kung-fu, a une botte à son actif pour accomplir leurs forfaits. L’un a une main pourvue de griffes de métal, un autre envoie du poison avec un spray, le troisième utilise un révolver, le quatrième a un poing super puissant et le dernier lance des cartes à jouer tranchantes. Ça fait très peur, mais non, en fait car ils manquent inlassablement leur cible et se font humilier en beauté. Il faut bien signaler que les nombreux gags qui pullulent dans Follow the stars ne volent pas très haut. C’est d’abord un concours de grimaces : le quintet a des trognes pas possibles, ils se ramassent plein de choses dans la gueule (farine, œufs), Sing a une bosse énorme sur le front qui pousse en direct. Sinon, les pantalons des méchants tombent et laissent apparaitre les caleçons, de la fumée sort des oreilles de Sing et il y a pas mal de gags sur le caca (un serpent chie sur le dingue des armes à feu, un autre tombe la tête dans une crotte de chien), quelques moments de travestissement et une poursuite en voitures dont il ne restera rien des véhicules.

D’autres moments d’humour sont de meilleure qualité (même si j’avoue que la loufoquerie non-sensique me plait beaucoup avec cette idée de produire des gags tellement au ras des pâquerettes qu’ils en deviennent drôles). On trouve un flashback tourné comme un film muet burlesque sur le père de Miss Chan. Plus tard, le film bifurque dans un cimetière peuplé de fantômes qui jouent une partie de mahjong endiablée. On retrouve le goût de John Woo pour la littérature classique chinoise puisque les « amants papillons » reviennent dans leurs costumes d’époque d’entre les morts. Enfin, la baston finale aura lieu dans une église où il ne manque que les colombes et les gros guns (on n’est pas encore de The Killer quand même).

Follow the star (大煞星與小妹頭, 1978) Un film de John Woo avec Roy Chiao, Rowena Cortes, Chung Chai-sam, Fung Hak-on, Chin Yuet-sang, Wong Ching, Lee Hoi-sang, Chan Paak-san, Chui Gai-heung, Fung Fung, Cheng Suk-ying, David Wu, Cheng Siu-ping, Sai Gwa-pau, Fung Ging-man, Chan Kim-wan.

jeudi 23 juin 2011

Sorties à Hong Kong (juin 2011)


Beginning of the great revival (建黨大業 , Chine, 2011)
Un film de Han Sanping et Huang Jianxin avec Chow Yun-fat, Andy Lau, John Woo, Guo Tao, Nie Yuan, Ma Shao-hua, Chang Chen, Yi Zhen, Simon Yam, Daniel Wu, Chen Kun, Dong Jie, Ray Lui, Zhang Hanyu, Gordon Cheung, Zhao Ben-shan, Zhou Xun, Tang Wei, Michelle Ye, Huang Xuan, Nick Cheung, Alex Fong Chung-sun. 124 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 23 juin 2011.

dimanche 5 juin 2011

The Big hit


Contrairement à ses compatriotes exilés volontaires à Hollywood, Ringo Lam, Tsui Hark ou John Woo, Kirk Wong n’est pas passé par la case Jean-Claude Van Damme pour ses débuts américains. Mais sa carrière s’est arrêtée après ce The Big hit produit par Terence Chang et John Woo. En tête de distribution on trouve Mark Wahlberg, tout jeune, à peine sorti de Boogie nights. Son aura à l’époque n’était pas encore celle qu’il a maintenant. Son jeu n’était d’ailleurs pas encore très bon mais il réussit à donner à son personnage de Melvin Smiley la naïveté nécessaire.

Melvin est un tueur à gages. Il travaille en équipe avec trois comparses. Vince (Antonio Sabato Jr.), Crunch (Bokeem Woodbine) qui a décidé d’arrêter d’avoir des relations sexuelles pour pratiquer la masturbation persuadé que cela le muscle et Cisco (Lou Diamond Phillips), le leader du quatuor, grande gueule qui abuse de la gentillesse de Melvin. Lors de leur contrat qui lance le film, il laisse Melvin faire le sale boulot et s’attribue la mort de la victime pour toucher la prime. Melvin est un personnage bondissant, habile, qui abat très vite les hommes de main du « client ». On retrouve un savoir-faire typiquement hongkongais dans cette séquence. Le héros est le plus fort et aucune balle ne l’atteint jamais.

En revanche, dans sa vie privée, Melvin est un faible. Sa fiancée Pam (Christina Applegate) n’a pas osé le présenter à ses parents, le père (Elliott Gould) est un faible, sa mère (Lainie Kazan) est très envahissante. Il est méprisé par son voisin. Il habite dans un lotissement où chacun fait la même chose au même moment (joli scène où les maris vont tondre le gazon le dimanche matin). Il se fait engueulé par le mec du vidéo club parce qu’il n’a pas rendu une cassette à temps. Melvin a aussi une maîtresse Chantel (Lela Rochon) qui lui demande de lui prêter une forte somme d’argent. Or Melvin n’a plus d’argent. Quand Cisco lui propose un coup hors contrat, après avoir hésité, il accepte.

Ils vont kidnapper Keiko (China Law), la fille d’un riche homme d’affaires. Pas de chance, l’homme d’affaires est ruiné. Pire encore, il est ami avec le patron de Melvin et Cisco. Leur trace va vite être retrouvée. The Big hit est une comédie d’action avec comme motif centrale le thème du double. Melvin cache à sa fiancée sa véritable activité et lorsqu’il doit cacher Keiko chez lui, c’est toute une série de quiproquos qui s’enchaine. La dernière demi-heure est consacrée à un grand nombre de course poursuite entre Melvin et Cisco et la destruction du vidéo club. Le film est très léger et vaut surtout pour ses moments de comédie qui frôlent parfois le non-sensique.

The Big hit (Etats-Unis, 1998) Un film de Kirk Wong avec Mark Wahlberg, Lou Diamond Phillips, Christina Applegate, Avery Brooks, Bokeem Woodbine, Antonio Sabato Jr., China Chow, Lainie Kazan, Elliott Gould, Sab Shimono, Robin Dunne, Lela Rochon.

mardi 1 mars 2011

A toute épreuve


Je ne sais pas si quelqu’un s’est un jour lancé dans le recensement de tous les morts que compte A toute épreuve. Il faut dire que John Woo n’y est pas allé de main morte pour son dernier film à Hong Kong avant de partir aux Etats-Unis pour la carrière et le résultat que l’on connait. Comme s’il savait que ce serait sans doute son dernier film libre et qu’il fallait qu’il offre le spectacle le plus fou possible, avec un final à l’hôpital de près de trois quarts d’heures où tout les décors seraient détruits dans des explosions, où les personnages abondent, où l’humour côtoierait l’extrême violence. Bref, A toute épreuve est un film très copieux.

Chow Yun-fat en est le centre, le personnage autour duquel tout va tourner. Dès la scène d’introduction, on le voit boire quelques verres de tequila dans un bar. Cela lui donnera son surnom. Tequila joue de la flute dans un orchestre de jazz. On le suit ensuite dans un salon de thé avec à son bras une cage et un pinson. L’atmosphère se fait de plus en plus lourde dans la salon de thé. John Woo joue sur la multiplicité des regards, sur des panoramiques de la caméra qui observent toute la pièce, on ne sait pas qui observe qui et surtout vraiment pourquoi. Tequila semble agir comme un gangster dans ce lancement du film mais c’est un flic. Il est impulsif et se lance sans réfléchir dans l’action. En l’occurrence, il va empêcher la vente de trois révolvers. Dès les dix premières minutes, A toute épreuve plonge le spectateur dans un gunfight où Tequila tire avec un révolver dans chaque main.

Cette attitude impulsive n’est pas du goût de son supérieur, le chef Pang (Philip Chan) qui n’en peut plus de devoir le contrôler. Il est furieux que Tequila aie gâché la filature qu’il avait mis en place pour coincer un trafic d’armes. Il est viré de l’affaire et, après l’enterrement d’un de ses collègues, va dans son jazz club où le patron (John Woo) lui donne quelques conseils. Le cinéaste apparait dans un rôle très secondaire mais son personnage est pour lui un moyen de signer son film. Il est aussi dans les quelques scènes qu’il a avec Chow Yun-fat, l’homme qui donnera quelques leçons de mise en place du récit. Il annoncera ce qui va arriver dans le reste du film et lui donnera des indices sur d’autres personnages.

Pendant ce temps-là, les triades veulent faire entrer des armes à feu à Hong Kong. La possession d’armes, à l’exception de la police, est interdite. Un meurtre dans une bibliothèque va les lancer dans une nouvelle enquête. Le meurtre est filmé dans son intégralité. Un jeune homme bien sapé, Tony (Tony Leung Chiu-wai) déboule dans sa belle Ferrari rouge. Il entre dans la librairie, se dirige dans les rayons, effleure de son index les livres, en choisit un et se dirige vers un homme assis à une table. Calmement, il ouvre le livre qui contient un révolver silencieux et abat l’homme. Tony vit dans un bateau et, entre deux bouffées de cigarette, construit des oiseaux de papier qu’il accroche au plafond. Il y a désormais une douzaine d’oiseaux de papier. Ce sont les hommes qu’il a tués.

Tony travaille pour Monsieur Hoi (Kwan Hoi-san), un parrain qui aimerait, à l’approche de la vieillesse, se retirer. Johnny (Anthony Wong) aimerait reprendre les affaires de Hoi et rencontre Tony qui n’a que la paix à lui proposer. Après cette rencontre, Johnny tombe sur Tequila. Les deux hommes se battent et Tony intervient pour que Johnny n’abatte pas le flic. Tequila portera un sparadrap sur le front pendant tout le reste du film. Tony accepte de bosser pour Johnny et de tuer Hoi. Johnny va voler toute sa cargaison d’armes. La séquence offre le deuxième gunfight dans l’entrepôt. La lassitude et le calme de Tony contrastent avec l’excitation de Johnny qui veut être le seul à diriger les triades. Mais la police va intervenir et quand Tony a au bout de son flingue Tequila, il ne tirera pas, au grand étonnement de ce dernier.

Ce qu’ignore Tequila est que Tony est un flic infiltré dans la mafia. Tony communique avec le chef Pang d’une manière originale. Il envoie des bouquets de fleurs à la commissaire Teresa Chang (Teresa Mo), ancien flirt de Tequila qui en est encore amoureux. Dans chaque bouquet, qui titille la jalousie de Tequila, un message codé est glissé sur les avancées de la bande à Johnny. Ces séquences d’arrivée des bouquets et de décryptage sont les seuls moments de comédie d’A toute épreuve. Teresa et Tequila flirtent gentiment, même si le personnage de Teresa est creux prouvant, encore une fois, que le cinéma de John Woo est essentiellement masculin. Tony essaie de mettre en garde Pang sur le danger de l’impulsivité de Tequila. Cela pourrait menacer l’enquête. Les deux hommes vont devoir travailler ensemble.

Le final grandiose et apocalyptique se déroule dans un hôpital. En l’occurrence un hôpital que possède Johnny et où Tony est envoyé pour être soigné après une altercation. C’est là que sera aussi soigné un indic que le borgne (Philip Kwok) a torturé. Assez vite, Tony et Tequila comprendront que les armes sont cachées dans cet hôpital et il va falloir les trouver. Bien sûr, qui dit grand nombre d’armes à feu, dit grosses fusillades. D’un côté, Tequila et Tony, qui seront rejoints par Teresa, Pang et des flics. Et de l’autre Johnny et le borgne ainsi qu’un grand nombre d’hommes de main. Au milieu les patients et la pédiatrie où toute une ribambelle de bébés viennent de naître.

John Woo fait monter lentement le suspense sur près d’une heure, comme en temps réel. Il isole d’abord les deux protagonistes dans la morgue où ils cherchent les armes ce qui leur permet de mieux se connaitre et de finalement s’apprécier. Puis, il fait rentrer le personnage du borgne, homme mutique mais impitoyable. Il faut dire que les méchants sont gratinés. Johnny n’hésitera pas à tirer à l’arme lourde sur les patients pour tenter de supprimer Tequila. Le nombre de flics qui va mourir est aussi impressionnant que celui des gangsters. Mais il reste encore une once d’humanité au borgne, il voulait que Johnny épargne les malades. Et puis il y a la longue évacuation des bébés qui donne un soupçon de sensibilité dans ce monde de brutalité.

A toute épreuve condense tout le savoir-faire de John Woo en matière de polar d’action avec des fusillades et des explosions. C’est son cadeau de départ au public de Hong Kong bien plus qu’une preuve aux studios hollywoodiens qui vont le mépriser en lui offrant Jean-Claude Van Damme. A ce titre, le bébé que sauve Chow Yun-fat en le mettant dans son blouson est le symbole de ce cadeau, il sauve ce qu’il reste du cinéma de Hong Kong qui angoissait de la rétrocession et du départ de ses cinéastes phares. Le public a réservé au film un très grand succès malgré ses défauts et son absence totale de réalisme. C’était le dernier film de John Woo. Le dernier.

A toute épreuve (Hard boiled, 辣手神探, Hong Kong, 1992) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Anthony Wong, Philip Chan, Philip Kwok, Kwan Hoi-san, Stephen Tung, Bowie Lam, John Woo, Michael Dinga.

mercredi 1 décembre 2010

Quatre comédies de John Woo en DVD

Après la sortie des deux premiers films de John Woo début novembre, HK Vidéo sort maintenant quatre de ses comédies. C’est un événement exceptionnel puisqu’elles étaient jusque là inédites en France et qu’elles montrent un John Woo totalement différent de ses polars qui ont fait sa réputation. La comédie cantonaise est l’un des fleurons du cinéma de Hong Kong, le moins respecté pourtant l’un des plus féconds. Dans ces quatre films, l’acteur Ricky Hui a le premier rôle. Avec sa bouille d’imbécile, ses cheveux longs en bataille et ses yeux de cocker, on sait très vite qu’il va lui arriver plein de pépins. C’est un des ressorts comiques des quatre films. Son comique fonctionne en duo : avec Richard Ng dans Money crazy, avec Johnny Koo dans From riches to rags, avec Josephine Siao dans Plain Jane to the rescue et Stanley Fung dans To hell with the devil. Souffre-douleur, maladroit, romantique éperdu, Ricky Hui est le plus inconnu des frères Hui et ce coffret permet de découvrir son burlesque typiquement cantonais.





mardi 30 novembre 2010

Le Règne des assassins


Le grand retour de Michelle Yeoh passe par une production John Woo – Terence Chang et le film d’action en costumes avec du kung-fu dedans. Ça n’est pas un genre en soi mais le film se promène sur des terrains balisés, position rassurante pour une grosse production censée remettre une ancienne star sur les rails du succès. Il semble que John Woo ne soit pas pour grand-chose dans la réalisation de Reign of assassins, mais son nom a permis au film d’aller faire un tour au Festival de Venise 2010.
La présentation des bons et des méchants qui vont s’affronter est très rapide, une simple mise en revue des rapports entre eux. Du côté des bons, Zeng Jing (Michelle Yeoh) une combattante qui manie le sabre comme personne. Elle fait partie d’une organisation qui cherche des reliques d’un vieux sage. Son corps momifié possède une telle énergie que de nombreux chasseurs de cadavres sont sur le terrain. Zeng Jing décide de changer de visage (tiens, comme dans Volte/Face ?). Son personnage avant sa chirurgie était joué par Kelly Lin. Les méchants de la Pierre Noire sont dirigés par Wheel King (Wang Xueqi) qui a engagé le Magicien (Leon Dai), Lei Bin (Shawn Yue) et Turquoise (Barbie Hsu) pour retrouver le corps du vieux sage.
Mais Jing a disparu. Elle a quitté ce monde de batailles et de sang. Des années plus tard, elle mène une vie bien tranquille dans un petit village où elle vend du tissu. Sa vieille voisine lui cherche un mari, tous les candidats sont plus laids les uns que les autres. On remarquera que la star Michelle Yeoh est en train de jouer une jeune femme, ce qui est bien son droit, mais parait aussi ridicule que Jackie Chan qui jour les jeunes hommes séduisants dans ses films récents (l’atroce Kung-fu nanny). Le hasard va la faire rencontrer un homme célibataire, plutôt bien fait de sa personne, Ah-sheng (Jung Woo-sung). Un trait humoristique se crée puisque dès que Ah-sheng vient voir Jing, il se met à pleuvoir. Une bonne occasion de se rapprocher d’elle et de lier connaissance. La vieille d’à côté comprend bien se manège. Au bout d’un certain temps, ils tombent amoureux.
Mais le groupe de la Pierre Noire a retrouvé la trace de Jing et vient récupérer la partie du corps qui leur manque. Jing n’a jamais dit à Ah-sheng qu’elle avait une grande maitrise des arts martiaux. On a droit à quelques moments où les effets spéciaux vont voler les combattants. Tout cela semble un peu déjà vu. Pour corser le suspense, Reign of assassins prévoit quelques retournements de situation et aussi des révélations sur quelques personnages à grand coups de flash-backs mais uniquement de scènes déjà vues dans le film, comme si tous les trois quarts d’heure, il fallait rappeler au spectateur ce qu’il avait vu. Le film a déjà un côté dépassé, pas désagréable mais bien inutile.
Reign of assassins (劍雨, Chine – Hong Kong, 2010) Un film de Su Chao-pin et John Woo avec Michelle Yeoh, Jung Woo-sung, Shawn Yue, Barbie Hsu, Leon Dai, Kelly Lin, Wang Xueqi, Guo Xiaodong, Jiang Yiyan.

mardi 23 novembre 2010

The Killer


Avec un film tel que The Killer, il n’est pas facile pour moi de trouver de nouvelles choses à dire. Le film de John Woo a plus de vingt ans, il est considéré comme un classique depuis des années (depuis le début ?), il a inspiré plusieurs cinéastes qui, à leur tour, sont considérés comme des grands. Pour ma part, j’ai mis près de quinze ans avant de regarder à nouveau The Killer. Je ne l’aimais pas. J’ai un peu changé mon avis.

Le pivot central du film est évidemment Jeff, le personnage de Chow Yun-fat que John Woo iconise très vite en débutant le film dans une église, à côté des statues de saints. On lui demande de remplir un contrat puisqu’il est tueur à gages. L’assassinat aura lieu dans une boite de nuit où Jeff remarque Jenny (Sally Yeh, qui interprète les chansons elle-même), chanteuse qui assure l’animation. Jeff tire sur sa cible et dans la confusion Jenny est blessée par les tirs des hommes de la victime. Elle devient pratiquement aveugle. Jeff a juste le temps de mettre son écharpe blanche sur ses yeux pour la protéger.

Jeff culpabilise et va rencontrer, sans dévoiler son identité, Jenny. Il veut l’aider à trouver de l’argent pour se soigner. Il va accepter un gros contrat où il doit tuer un parrain de la mafia. Ce parrain doit assister à la fête du dragon et c’est l’inspecteur Li (Danny Lee), flic incorruptible et droit dans ses bottes qui est chargé, avec son collègue Tsang (Kenneth Tsang) de la protection de l’homme. Ce qui dégoûte Li. Quand Jeff tue le parrain, Li part à sa poursuite. Mais c’était un piège. Jeff est attendu et on tente de l’abattre. Dans la fusillade, une petite fille est blessée. Bien que poursuivi par la police, il va la conduire à l’hôpital.

Le tueur est un type bien, se dit Li. Sa hiérarchie ne l’entend pas de cette oreille. Elle veut l’abattre. Tout comme Wong (Shing Fui-on) veut l’abattre alors que c’est lui qui a commandité l’assassinat de son oncle pour prendre sa place. Bref, tout le monde veut la peau de Jeff. John Woo parvient très bien à rendre l’ambivalence de sa position. Tueur à gages, il est aussi protecteur de Jenny puis s’approche de Li dans une belle scène où ils s’appellent Dumbo et Mickey, tout sourire, en se pointant avec leurs révolvers devant Jenny qui n’imagine pas une seconde qu’ils sont ennemis. Cette séquence est devenue la marque de fabrique du cinéaste, son image de marque. Elle est devenue identifiable au premier moment faisant souvent oublier le reste du film.

The Killer n’est pas seulement un film d’action policier avec sa longue scène finale de gunfight, chose classique chez John Woo déjà présente (avec des sabres ou du kung-fu) dans ses films des années 1970. Dans cette séquence finale, le blanc (Jeff, Li et Jenny sont vêtus de blanc) s’oppose au noir (les hommes de Wong). The Killer est aussi un mélodrame où l’on voit Jenny progressivement tomber amoureuse de Jeff tandis qu’il lui fait espérer une guérison prochaine. Li est là pour contrecarrer les plans de ce couple tandis qu’il va se prendre de sympathie pour eux deux et devenir ami avec Jeff. Le mouvement circulaire des relations entre le trio n’amène aucune échappatoire. Il n’est question que de morale dans le film.

Le film brasse son lot d’émotion, d’action violente et de suspense. Il offre des images qui ont fait l’histoire. Chow Yun-fat qui est submergé par le sang quand Jenny se rappelle le moment où elle perd la vue. John Woo travaille aussi beaucoup sur le son pour rendre plus efficace son suspense. Lors d’une poursuite, Li prend en chasse un membre des triades qui se réfugie dans un bus. Le son intradiégétique disparait progressivement pour ne donner à entendre que le clic du révolver qui s’arme. Il travaille son montage lors de la fête du dragon où les plans du tambour qui va jouer de la musique alternent avec la préparation de l’exécution du parrain. Ensuite, tout est une question de croyance. Je trouvais il y a quinze ans le mélodrame simpliste et le suspense convenu, l’idée de film culte au sujet de The Killer me révulsait. Aujourd’hui, je me rends compte des qualités de mise en scène de John Woo.

The Killer (喋血雙雄, Hong Kong, 1989) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Danny Lee, Sally Yeh, Paul Chu, Kenneth Tsang, Shing Fui-on, James Ha, Tommy Wong, Ricky Yi, Barry Wong, Parkman Wong, Teddy Yip.

vendredi 19 novembre 2010

To hell with the devil


Dieu, le diable, le bien, le mal, la vie, la mort et au milieu Ricky Hui. Tel est le programme de To hell with the devil, la comédie la plus réussie de John Woo. Ricky Hui est Bruce Lee, non pas une incarnation de l’acteur, mais c’est le nom de son personnage. Il ne réussit pas à séduire Peggy (Jade Hsu), d’autant que sa mère l’incite à ne pas le fréquenter. Elle préfèrerait qu’elle sorte avec quelqu’un de riche et de plus beau, en l’occurrence la star de la chanson Rocky (Nat Chan, qui en fait des tonnes).

Le destin de Bruce va changer le jour où il rencontre successivement Flit (Stanley Fung), suppôt du diable et le père Ma (Paul Chun), prêtre qui n’en peut plus de la vie. Dieu dit à Ma d’aller sauver un homme et le renvoie sur terre. Le diable dit à Flit de lui ramener une âme. Comme il se doit, c’est Bruce qui va faire les frais de l’affrontement entre les deux fantômes. Flit va commencer par lancer un sort à Bruce.

Comme notre loser est amoureux de Peggy, il va pratiquer une variété de vaudou pour éliminer Rocky. Parce qu’il est beau gosse, il va en faire un pantin désarticulé qui ne pourrait plus séduire les femmes. Evidemment, Nat Chan se défoule sur les grimaces quand Bruce lui lance des sorts. Il faut dire que la Rocky a volé une chanson à Bruce, chanson qu’il destinait à Peggy. Sa colère n’en est que plus grande. Du coup, Flit parvient à faire signer à Bruce un contrat et a droit à trois vœux.

Bruce est pauvre, il va demander à être riche. Mais être riche est terriblement ennuyeux d’autant que Peggy en profite trop. Son deuxième vœu sera de faire une femme très obéissante. La situation va encore une fois se retourner contre Bruce. Dernier vœu : puisque la richesse et l’obéissance ne lui réussissent pas, ils vivront d’amour et d’eau fraiche. Là aussi, c’est l’horreur. Il a la tuberculose, ils sont pauvres, elle a faim. Las, les vœux ne marchent pas et Bruce veut récupérer son âme. Le père Ma veut sauver notre homme.

La mode de l’époque était aux comédies de fantômes. John Woo détourne le genre en faisant de sa farce une apologie de l’église catholique à laquelle il appartient. Les traditions païennes (les sorts lancés) sont montrées comme très néfastes. Ça n’est pas pourtant une critique acerbe. Le film est une comédie de plutôt bonne facture où les gags fonctionnent bien. Moment génial quand Ricky Hui se déguise en vieille femme dans une parodie de soap opéra. Le final, comme souvent chez John Woo, est le morceau de bravoure. Dans To hell with the devil, le combat se transforme en jeu vidéo où l’harmonie des couleurs crée une abstraction d’une grande beauté.

To hell with the devil (摩登天師, Hong Kong, 1982) Un film de John Woo avec Ricky Hui, Stanley Fung, Paul Chun, Jade Hsu, Nat Chan, Chung Fat, John Shum, Wong Man.

jeudi 11 novembre 2010

La Dernière chevalerie


Après quelques films relativement impersonnels, dont quelques comédies burlesques à succès, John Woo semble s’épanouir pour la première fois avec La Dernière chevalerie. On ressent enfin qu’il a les coudées franches dans sa mise en scène et que son style personnel s’affranchit des contraintes du studio pour livrer son premier film qui traite vraiment des l’un de ses thèmes favoris : l’amitié amoureuse entre deux hommes.

Ces deux hommes, Tsing Yi (Damian Lau) et Chang San (Wei Pai), sont tous deux épris des mêmes sentiments de liberté. Ils n’ont pas l’ambition de devenir les maîtres du monde. C’est ce qui les différencie de Gao Pang (Lau Kong) et de Pak Chung Tong (Lee Hoi-sang) qui se querellent pour avoir le plus haut degré de pouvoir. Ils se disputent les terres et le palais qui feront d’eux le chef local et tous les coups sont permis. Le père de Gao, moribond, vient de s’accaparer les terres de Pak qui cherche à se venger. C’est donc une lutte de pouvoir entre les deux propriétaires, qui vont allégrement endosser les costumes de méchants, que va se décider le destin de Tsing Yi et Chang San.

Toute la mise en scène de John Woo va s’articuler autour des trahisons que les différents personnages vont faire. En commençant par la femme de Gao, ancienne prostituée mais qu’il présente comme une femme du monde. Gao a acheté sa liberté pour 1000 taels et elle a accepté de Pak, pour le double de cette somme, d’assassiner son époux. Les coups bas se font jusqu’au milieu du foyer familial. Gao ira jusqu’à trahir son père pour s’emparer de l’épée familiale symbole de pouvoir, comme si un instrument suffisait à incarner l’autorité. John Woo entend démontrer que la valeur inverse est la meilleure.

L’amour que se portent Tsing Yi et Chang San ne repose sur rien d’autre que des sentiments bienveillants et aucunement sur des valeurs matérialistes. La trahison que ferait d’ailleurs Tsing Yi est à ce titre une fausse piste narrative immédiatement reconnaissable et contredite par la mise en scène de John Woo. Les regards que se donnent les deux hommes lors de leurs serment d’amitié, devant une cascade, est sous le signe de la nature et non de la culture. Ce serment vaut pour soi, il est d’ordre naturel et n’est pas établi en vertu d’un quelconque rapport politique, social ou guerrier. Il est instinctif, quasi animal et totalement amoureux. Leur regard, yeux dans les yeux, est un hommage aux films de Chang Cheh.

La Dernière chevalerie se veut comme un hommage à la Shaw Brothers. Tout y concourt : les décors souvent en carton pâte les rappellent irrémédiablement. On craint que souvent les personnages ne se prennent les pieds dans les fleurs étincelantes du jardin. Pourtant, de nombreuses différences sont visibles, notamment dans le design sonore des combats. Les bruits des sabres sont mis à l’épreuve d’une réverbération du son. Mais, dans la séquence finale qui dure près de quarante minutes, que La Dernière chevalerie étonne. Autour du rouge, couleur du sang comme du bonheur, Tsing Yi et Chang San vont successivement affronter Pak et Gao dans un combat à mort où l’esthétisme et les défis aux lois de la gravitation priment.

La Dernière chevalerie (Last hurrah for chivalry, 豪俠, 1979) Un film de John Woo avec Damian Lau, Wei Pai, Lau Kong, Lee Hoi-sang, Hsu Hsia, Fung Hak-on, Chin Yuet-sang, Ngai Chau-wa, Cheng Lui, Huang Ha, Wang Kuang-Yu.

mercredi 10 novembre 2010

Hand of death


La Bande annonce de Hand of death décrit le film comme extrêmement documenté sur les arts martiaux de Shaolin, extraits à l’appui. On y voit les héros que l’on va découvrir se battre selon des techniques éprouvées. Effectivement, Hand of death est lancé avec une explication sur le passé de Shaolin, son histoire et sur le présent situé quand le film commence. On comprendra vite que cette idée documentaire n’est qu’une image publicitaire.

Su (James Tien) est un potentat mandchou qui ne supporte pas la résistance des adeptes de Shaolin qu’il interdit sur son territoire. Or, cette résistance s’organise bien que les différentes écoles aient été dispersées. Su dirige ses troupes comme des esclaves soumis à son pouvoir. Son homme de main Tu Ching (Sammo Hung) est chargé des basses besognes. Il doit éliminer Yun Fei (Dorian Tan) qui cherche à réunifier Saholin avec l’aide de ses amis qu’il rencontre au cours de son voyage : Tan (Jackie Chan), Cheng (John Woo) et Lanze (Yeung Wai).

Le scénario est classique dans ce film en costumes d’arts martiaux de John Woo. Le bien doit triompher du mal incarné par le personnage de Su qui n’agit que pour lui-même en ne cherchant rien d’autre qu’augmenter son pouvoir. Le bien est représenté par différentes castes. Cheng est lettré, Tan est un homme de terroir et Lanze un aventurier. Mais chacun se reconnait des qualités et en premier lieu celle de la loyauté à un idéal commun.

Les thématiques du cinéaste commencent timidement à apparaître dans Hand of death. Ce sont aussi celles du wu xia pian, loyauté, fraternité et respect de l’autorité juste. John Woo balbutie pour l’instant mais il fait des expériences. Il apparait clair que Sammo Hung a dirigé les chorégraphies des combats (on retrouve son style si particulier). On sent que John Woo expérimente dans les scènes dialoguées où la place des personnages devient primordiale. Le cinéaste s’exerce aussi au montage alterné et soigne ses flashbacks.

Hand of death se suit plaisement. Le mal incarné par James Tien est suffisament cruel, mais encore humain, pour être crédible. Ce qui plait surtout est de voir Sammo Hung affublé de fausses dents qui l’empêchent presque de parler et lui donnent un air crétin, de voir John Woo dans un rôle de lettré pratiquement sans dialogues et Jackie Chan encore très jeune et mal exploité. Hand of death est sorti en salle en France en 1982 sous le titre Shing le fantastique mandchou.

Hand of death (少林門, Hong Kong, 1976) Un film de John Woo avec Dorian Tan, James Tien, Jackie Chan, Sammo Hung, John Woo, Chu Ching, Yeung Wai, Wilson Tong, Gam Kei-chu.

lundi 8 novembre 2010

Filmographie : John Woo



John Woo 吳宇森

La Revanche des dragons (The Dragon tamers, 女子跆拳群英會, 1975) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 15 mars 1975.
Les Jeunes dragons (The Young dragons, 鐵漢柔情, 1975) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 12 septembre 1975.
Princess Chang Ping (帝女花, 1976) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 30 janvier 1976.
Hand of death (少林門, 1976) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 17 juillet 1976.
Money crazy (發錢寒, 1977) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 29 juillet 1977.
Follow the star (大煞星與小妹頭, 1978) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 4 février 1978.
Hello, late homecomers (Hello! 夜歸人, 1978) Un film de John Woo, Louis Sit et Lau Tin-chi. Sortie à Hong Kong le 16 novembre 1978.
La Dernière chevalerie (Last hurrah for chivalry, 豪俠, 1979) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 22 novembre 1979.
From riches to rags (錢作怪, 1980) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 10 juillet 1980.
Laughing times (滑稽時代, 1981) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 24 décembre 1980.
To hell with the devil (摩登天師, 1982) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 8 avril 1982.
Plain Jane to the rescue (八彩林亞珍, 1982) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 21 octobre 1982.
The Time you need a friend (笑匠, 1984) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 10 janvier 1985.
Run tiger run (兩隻老虎, 1984) Un film de John Woo.
Le Syndicat du crime (A better tomorrow, 英雄本色, 1986) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 2 août 1986.
Les Larmes d’un héros (Heroes shed no tears, 英雄無淚, 1983) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 5 septembre 1986.
Le Syndicat du crime 2 (A better tomorrow II, 英雄本色續集, 1987) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 17 décembre 1987.
Just heroes (義膽群英, 1989) Un film de John Woo et Wu Ma. Sortie à Hong Kong le 14 septembre 1989.
The Killer (喋血雙雄, 1989) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 7 juillet 1989.
Une balle dans la tête (Bullet in the head, 喋血街頭1990) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 17 août 1990.
Les Associés (Once a thief, 縱橫四海, 1991) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 2 février 1991.
A toute épreuve (Hard boiled, 辣手神探, 1992) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 16 avril 1992.
Chasse à l’homme (Hard target, Etats-Unis, 1993) Un film de John Woo.
Broken arrow (Etats-Unis, 1996) Un film de John Woo.
Volte/Face (Face/Off, Etats-Unis, 1997) Un film de John Woo.
Mission: Impossible 2 (Etats-Unis, 2000) Un film de John Woo.
Windtalkers (Etats-Unis, 2002) Un film de John Woo.
Paycheck (Etats-Unis, 2003) Un film de John Woo.
Song Song and Little Cat (Chine, 2005) Un film de John Woo.
Red Cliff (赤壁, 2008) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 7 juillet 2008.
Red Cliff II (赤壁:決戰天下, 2008) Un film de John Woo. Sortie à Hong Kong le 7 janvier 2009.
Les 3 Royaumes (2008) Un film de John Woo.
Reign of assassins (劍雨, 2010) Un film de John Woo et Su Chao-pin. Sortie à Hong Kong le 7 octobre 2010.