Comme
prévu, The
Grandmaster a reçu la plupart des récompenses des 33ème Hong
Kong Film Awards. 12 statuettes sur 14 nominations : meilleur film, meilleur
scénario, meilleure photographie, meilleur montage, meilleurs décors, meilleurs
costumes et maquillages, meilleure chorégraphie des scènes d’action, meilleure
musique originale, meilleur son, Wong Kar-wai meilleur réalisateur, Zhang Ziyi
meilleure actrice, Zhang Jin meilleur acteur dans un second rôle. Seul Tony
Leung Chiu-wai est oublié au profit de Nick Cheung qui reçoit le prix du
meilleur acteur pour Unbeatable.
Rigor Mortis
est récompensé pour la performance de Kara Hui pour le meilleur second rôle
féminin, les meilleurs effets visuels. Enfin, The Way we dance est célébré avec trois prix : Adam Wong est
le meilleur nouveau réalisateur et son acteur Babyjohn Choi est le meilleur
nouvel interprète. Le film reçoit également la statuette pour la meilleure
chanson originale. Le meilleur film étranger (Chine ou Taïwan) est So Young.
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lundi 14 avril 2014
samedi 16 novembre 2013
So young
Le
dicton selon lequel les opposés s’attirent est le meilleur moyen de résumer So young premier film de l’actrice
Vicky Zhao adapté d’un roman à succès. Le film plonge ses personnages dans la
Chine de la fin des années 1980 et les regarde évoluer sur une quinzaine
d’années. Zheng Wei (Yang Zishan) arrive de sa campagne pour étudier à la
grande ville. Elle était partie rejoindre son amour de lycée qui a quitté la
fac. Elle se retrouve à l’Université où elle partage sa modeste chambre avec
quatre autres jeunes étudiantes aux caractères bien différents.
Ses
coturnes sont Ruan Guan (Maggie Jiang) qui fait toujours preuve d’une grande
gentillesse, Li Weijuan (Zhang Yao) qui aide tout le monde à se sentir bien et
Xiaobei (Cya Liu) garçon manqué qui travaille le soir pour payer ses études.
Zheng Wei est plutôt d’un tempérament rebelle, prompte à réagir au quart de
tour, à se plaindre de la vétusté de leur petite chambre d’étudiantes, laissant
de marbre le gardien qui préfère regarder sa série à la télé que d’écouter les
doléances.
Les
quatre filles deviennent rapidement inséparables et vont rencontrer des
garçons, étudiants comme elles. Kayiang (Zheng Kai) est issu d’une famille
aisée et Zhang Kai (Bao Beier) est un prétentieux. Ils partagent leur chambre
avec Chen Xiaozheng (Mark Chao). Ce dernier ne pense qu’à ses études, ne semble
avoir aucune passion. Son coin est parfaitement en ordre, contrairement aux
autres étudiants qui vivent dans un capharnaüm. Sous le sommier au dessus du
sien, il a scotché de quoi réviser en permanence.
C’est
évidemment vers Chen Xiaosheng que Zheng Wei va porter son dévolu. Aucun d’eux
ne le sait encore d’autant que leur première rencontre est très explosive.
L’arrogance de Chen le rend tout d’abord particulièrement antipathique tout comme
l’énergie débordante de Zheng Wei est épuisante. Poussée par la curiosité, elle
inspecte les affaires de Chen et touche une maquette qu’il a fabriquée,
manquant de la faire tomber quand il la surprend. Il la jette de la chambre
comme une malpropre, la traitant d’irresponsable et espère ne plus jamais avoir
à la rencontrer sur le campus.
C’est
exactement l’inverse qui va se passer. L’étudiante exige des excuses, touchée
dans son estime d’elle-même. Elle va le harceler partout où il se trouve
provoquant l’exaspération du jeune homme. Ces confrontations verbales, souvent
hilarantes, constituent les meilleurs moments de So young. Les répliques acides fusent entre eux. Les coups fourrés
de Zheng Wei agissent comme des pièges dans lesquels Chen Xiaozheng se fait
prendre. Il est totalement déstabilisé par sa camarade, il semble comme un
petit chien perdu au milieu de la folie douce de Zheng Wei.
Le
film se concentrant essentiellement sur les rapports entre Zheng Wei et Chen
Xiaozheng, de leur haine réciproque à leur amour fusionnel, le scénario laisse
de côté les personnages secondaires tout en cherchant à donner corps à leur
émoi et difficultés. So young évoque
également les grands changements de mœurs apparus durant ces quinze années, du
carcan étroit dans lequel évoluait la jeunesse au libéralisme politique qui
apparut plus tard. La dernière partie qui les montre adultes est bien plus
faible que le reste du film. Vicky Zhao fait trop durer son film (2h10) pour
totalement convaincre.
So
young (致我們終將逝去的青春, Chine, 2013) Un film de Vicki Zhao avec Mark Chao, Yang Zishan, Han
Geng, Jiang Shu-ying, Tong Liya, Zhang Yao, Bao Beier, Wang Jia-jia, Huang
Ming, Zheng Kai, Liu Ya-se.
mardi 20 août 2013
Love
Un
plan séquence de douze minutes ouvre Love,
troisième film de Doze Niu. La caméra part des toilettes où Li (Ivy Chen)
regarde un test de grossesse. Li sort dans le parc rejoindre Kai (Eddie Peng)
qui quitte les lieux dès que Ni (Amber Kuo), sa petite amie arrive. Kai prend
son vélo, manque de rentrer dans la voiture de Na (Mark Chao). Ce dernier se
rend à l’hôtel rejoindre Zoe (Shu Qi) où il croise Jin (Vicky Chao) dans
l’ascenseur. Zoe a commandé du champagne et c’est Kuan (Ethan Ruan), le garçon
d’étage, qui l’apporte dans la chambre. Elle profite de son arrivée pour
quitter l’hôtel et retrouver son fiancé Lu (Doze Niu) et partir en voiture.
Outre
la fluidité de cette ouverture (aidée par quelques effets numériques pour
joindre certaines scènes du plan séquence), la première information donnée est
que le film va être choral, qu’il va être composé d’un grand nombre de
personnages et, bien évidemment, qu’il va parler d’amour. Les premiers indices
scénaristiques sont là (des adultères, une grosses non désirée) mais c’est
plutôt le milieu social qui intéresse. Assez vite, on distingue les gens très
fortunés et ceux qui le sont moins. Il reste alors à Doze Niu de redistribuer
les cartes des personnages et lancer son récit foisonnant pendant plus de deux
heures.
Les
liens familiaux unissent plusieurs personnages. Lu, riche homme d’affaires, est
le père de Ni. Elle sort avec Kai qui a couché avec Li, la meilleure amie de
Ni. Pour l’instant, elle n’a pas dit à son amie qu’elle est enceinte mais le
confesse à son frère Kuan, qui souffre de bégaiement. Kuan et Li habitent chez
leurs parents, deux simples restaurateurs. Kai doit reconnaitre son adultère
mais affirme qu’il est toujours amoureux de Ni. C’est la rupture d’amitié entre
les deux jeunes filles. Li veut avorter mais son frère la convainc de garder
l’enfant.
Kuan
rencontre par le plus grands des hasards Zoe dans la rue. Il la prend en photo
parce qu’elle est une célébrité. Ils se reverront plus tard. Zoe aime le calme
du jeune homme au mode de vie totalement opposé de celui de Zoe et Lu. Autre
enfant très important dans Love,
celui de Jin, le petit Lin Mu-ran (Lin Mu-ran). Jin habite à Pékin, elle vend
des maisons et Na est un de ses clients potentiels. Ils se disputent dès leur
première rencontre mais le garçonnet va les rapprocher. L’enfant s’est persuadé
que Na est son père venu pour son anniversaire. Ils vont devoir jouer au couple
idéal.
Comme
son titre l’indique bien, Love fait
la part belle aux histoires d’amour, surtout si elles sont contrariés par les
circonstances, si les amis se disputent, si les classes sociales sont
différentes. On passe d’un personnage à un autre tout au long du récit et
chaque petite histoire, chaque partie du puzzle, donne un nouveau point de vue
à l’ensemble. Le film est essentiellement composé de dialogues plutôt fins, ce
qui est rare dans les comédies romantiques. Comme le dit le père de Ni et Kuan
à sa femme « on va discuter calmement, on n’est pas dans un soap
opéra ».
Le
film n’est pas dépourvu d’humour. On rit rarement aux éclats mais on sourit
souvent. Le personnage le plus amusant est Ting, le flic de Pékin (Wang
Jing-chun), qui intervient régulièrement entre Na et Jin, d’abord pour les
séparer puis pour les rapprocher. Les scènes comiques interagissent avec les
scènes d’émotion avec beaucoup de douceur et de décence. Le changement de ton
dans une séquence est fréquent (le plongeon dans les égouts de Kai, l’attaque
de Kuan par Lu, par exemple). Le réalisateur Doze Niu a eu la bonne idée de ne
pas donner à l’acteur Doze Niu une part plus importante qu’aux autres acteurs
et actrices (tous excellents) mais son personnage est la colonne vertébrale du
film, le seul personnage qui a un rapport avec tous les autres.
Love (愛 Love, Taïwan, 2012) Un film de Doze Niu avec Vicki Zhao, Mark Chao, Shu
Qi, Doze Niu, Ivy Chen, Ethan Ruan, Eddie Peng, Amber Kuo, Lung Siu-wa, Yu
Mei-ren, Wang Jing-chun, Lin Mu-ran, Siu Yau.
jeudi 13 juin 2013
Sorties à Hong Kong (juin 2013) So young
So young
(致我們終將逝去的青春, Chine, 2013)
Un film de Vicki Zhao avec Mark Chao, Han Geng,
Yang Zi-shan, Jiang Shu-ying, Tong Liya, Zhang Yao, Bao Beier, Wang Jia-jia,
Huang Ming, Zheng Kai, Liu Ya-se. 131 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à
Hong Kong : 13 juin 2013.
jeudi 5 juillet 2012
Sorties à Hong Kong (juillet 2012)
Painted
skin 2 : the resurrection (畫皮 II,
Chine, 2012)
Un film de Wu Ershan avec Chen Kun, Zhou Xun, Vicki Zhao, Yang Mi,
Fung Shiu-fung, Chen Ting-jia, Tian Liang, Bei Cheung, Gordon Liu, Kara Hui, Dong
Wei-jia, Lenox Lu. 131 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong :
5 juillet 2012.
dimanche 25 juillet 2010
La 14ème lame

Donnie Yen depuis quelques films ne se voit plus qu’en super héros dans des films en costumes. Entre Bodyguards et assassins et Ip Man 2, voici 14 blades où Donnie devra sauver pas moins que l’Empire dans son ensemble. L’acteur apparait au fil des films de plus en plus bodybuildé, filmé en gros plan sans sourire avec l’air sérieux de l’homme conscient de son statut d’unique star actuelle du cinéma d’action. Donnie Yen a quatorze lames à son service mais en a-t-il besoin encore ? Donnie Yen est un costaud, un homme qui peut se battre qu’avec ses mains, comme en son temps Sammo Hung dont il semble être l’héritier le plus légitime en termes d’art martial.
C’est d’ailleurs par le personnage de Sammo Hung que débute 14 blades, dans un court rôle, celui du Prince Qing, l’oncle de l’Empereur. Comme souvent, l’Empire est gouverné par l’eunuque impérial (Law Kar-ying) qui veut s’emparer du pouvoir, en l’occurrence en s’accaparant du seau impérial. L’Empereur ne pense de toute façon pas à gouverner, on le montre en train de batifoler avec des filles. L’eunuque fomente donc un coup d’état en voulant éliminer quelques personnes qu’il accuse d’être des traitres. Pour cela, il demande aux Jinyiwei, des soldats entraînés à tuer, de partir en chasse. Très obéissants, ces tueurs exécutent leurs basses œuvres.
A la tête des Jinyiwei, Qinglong (Donnie Yen) comprend l’enjeu du coup de force de l’eunuque. Et quand l’eunuque comprend que Qinglong a compris, il va accuser ce dernier d’être un traitre et éliminer tous les autres Jinyiwei. Qinglong devra fuir la capitale impériale après une belle bataille. Il parvient à s’échapper grâce à Jiao Zhong (Wu Ma), un notable important qui prétend marier sa fille Qiao Hua (Zhao Wei). Qinglong est caché dans le palanquin. On comprend très vite qu’il va tomber amoureux d’elle et inversement. Qinglong est à la fois un homme sauvage et un tendre.
Sur leur chemin, ils vont rencontrer quelques ennemis et d’autres amis. Les ennemis devenus amis sont la bande de voleurs appelés les Aigles du Ciel et qui sont menés par un homme qui se surnomme le Juge (Wu Chun), coiffé de dreadlocks et habillé avec un gilet qui montre son nombril. L’ennemie implacable est Tuo Tuo (Kate Tsui) qui, armée de son fouet composé de métal, veut tuer Qinglong. Elle le suit partout et parvient à le retrouver quelles que soient ses cachettes et déguisement. Et pour une fois, le combat final, et donc majeur, sera entre Kate Tsui et Donnie Yen. Le tout filmé avec beaucoup d’effets numériques qui permettent aux acteurs de voler dans tous les sens et de lancer des sabres destructeurs.
14 blades traîne son scénario sur près de deux heures. On sait que Donnie Yen et Zhao Wei forment désormais un couple à l’écran comme à la ville. Daniel Lee filme donc les deux amoureux avec tendresse et calme. Qinglong et Qiao Hua se baignent ensemble, apprennent à se connaitre. Elle est en difficulté, il la sauve. Il lui achète des habits. Tout cela est très romantique parfois ridicule quand ils montent à cheval sur une douce musique avec un chromo de soleil couchant rougeoyant. Mais, on peut comprendre que Donnie Yen ait eu envie de donner un film d’amour à sa copine. Personnellement, les films de vacances ne m'intéressent pas beaucoup.
La 14ème lame (14 blades, 錦衣衛, Hong Kong – Chine, 2010) Un film de Daniel Lee avec Donnie Yen, Vicki Zhao Wei, Wu Chun, Kate Tsui, Qi Yuwu, Chen Kuan-tai, Fung Hak-on, Hui Chen-zhi, Sammo Hung, Damian Lau, Law Kar-ying, Wu Ma, Xu Xiang-dong.
jeudi 11 février 2010
Sorties à Hong Kong (février 2010)
Les films du Nouvel An Lunaire 2010
All’s well end’s well too 2010 ( 花田囍事 2010)
Un film de Herman Yau et Raymond Wong Bak-ming avec Louis Koo, Sandra Ng, Raymond Wong Bak-min, Angelababy, Lynn Hung, Lam Suet, Ronald Cheng, Pan Yueming, Kristal Tin. 92 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 11 février 2010.
True legend (蘇乞兒)
Un film de Yuen Woo-ping avec Chiu Man-cheuk, Jay Chou, Guo Xiaodong, Michelle Yeoh, Andy On, Xun Zhou, Le Cung, Butterbean, David Carradine, Conan Stevens. 115 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 11 février 2010.

72 tenants of prosperity (72 家租客)
Un film de Eric Tsang avec Eric Tsang, Jacky Cheung, Anita Yuen, Joyce Cheng, Charmaine Sheh, Linda Chung, Bosco Wong, Kara Hui, Joyce Tang, Bernice Liu, Lawrence Ng, Raymond Tso, Michael Tse, Joe Ma, Raymond Lam, Wong Cho-nam, 6 Wing, C Kwan. 99 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 11 février 2010.
14 blades (錦衣衛)
Un film de Daniel Lee avec Donnie Yen, Vicki Zhao Wei, Wu Chun, Kate Tsui, Qi Yuwu, Chen Kuan-tai, Fung Hak-on, Hui Chen-zhi, Sammo Hung, Damian Lau, Law Kar-ying, Wu Ma, Xu Xiang-dong. 113 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 11 février 2010.

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Kara Hui,
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Louis Koo,
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Sandra Ng,
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Yuen Woo-ping,
Zhou Xun
lundi 1 février 2010
The Founding of a Republic
-->
En 2h19, de la poignée de mains entre Chiang Kai-shek et Mao Tsé-toung à la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’à la proclamation de la République Populaire de Chine sur la place Tien An Men, le 1er octobre 1949, The Founding of a Republic décrit comment s’est fabriquée la Chine qui vient de fêter ses 60 ans et qui a offert, pour ce jubilé, cet énorme gâteau d’anniversaire aux spectateurs chinois qui se sont rués dans les salles pour voir cette hagiographie de Mao.
Reprendre tout le récit du film consisterait à faire un livre d’histoire. The Founding of a Republic montre l’affrontement entre Mao, leader du Parti Communiste Chinois, et Chiang Kai-shek, patron du KMT (Kuo Min Tang, le parti nationaliste qui fonda Taïwan). Le KMT a le soutien des Etats-Unis. Chiang décide d’exclure le PCC de l’assemblée constituante et se fait élire par ses seules troupes Président de la République. Mao part dans les montagnes avec ses troupes et la guerre civile, interrompue pendant la seconde guerre mondiale, reprend. Petit à petit Chiang perd le soutien américain tandis que les communistes conquièrent les villes et les campagnes. Voilà très grossièrement le pitch.
Pour comprendre à quoi ressemble le film, il faut s’imaginer une soirée Thema sur Arte qui aurait comme sujet l’accession de Mao au pouvoir. C’est un des films les plus académiques vus récemment. Rien ne manque aux vestons et aux uniformes qui sont tous très bien repassés. La lumière est la même pour toutes les scènes, sauf celles des batailles entre soldats, très rares (à peine cinq minutes dans tout le film) et filmées en noir et blanc. Une musique lénifiante est constamment en contrepoint des images ripolinées. Tout le récit est construit autour de discussions entre les protagonistes, la caméra tourne régulièrement autour d’eux pour masquer la pauvreté de la mise en scène. A chaque arrivée d’une personnalité, son nom et sa fonction sont indiquées, ce qui fait preuve d’un grand manque de confiance dans la mise en scène. On est très là des stratégies mises en œuvre dans les Red Cliff de John Woo et de leurs effets à l'écran.
Ce qui étonne le plus est la place de Chiang Kai-shek. Il est très présent et bien traité. Il n’est pas montré comme un traître ou comme une ordure. Mais derrière le vernis, on comprend les différences entre Chiang et Mao. Mao, dans son exil montagnard, est montré comme un homme du peuple vivant très simplement au milieu des paysans. Il leur parle avec naturel et tous sont heureux de le servir. Il apprend à ses petites filles les choses simples de la vie. Avec les autres leaders du PCC, il se montre fraternel, démocrate, à leur écoute. Jamais il ne prend une décision seul, jamais les autres n’ont cherché à prendre sa place de leader naturel. Non, jamais ! Ses camarades du PCC le trouvent si sympa que même Zhou En-lai lui sert constamment le thé, comme si le seul modéré du groupe, et le moins pourri, n’était bon qu’à ça. Mao fait preuve d’un grand charisme et sa spontanéité fait merveille auprès de ceux qu’ils rencontrent. Enfin, il se montre un fin stratège militaire.
Chiang Kai-shek c’est l’inverse. Il est montré engoncé dans son uniforme de général. Il apparait extrêmement strict avec le protocole, comme dans son arrivée au palais présidentiel dans sa grosse voiture. Chiang ne rencontre jamais à aucun moment du film la moindre personne du peuple. Il est toujours entouré de militaires qui cherchent chacun à s’accaparer le pouvoir. Le film dit d’ailleurs en substance que cette lutte de pouvoir est l’une des causes de son échec à rester président de la Chine. Pire encore, il semble faire preuve d’un népotisme éhonté. Son fils est son second, il va négocier des trahisons avec les ennemis, sa femme part à Washington demander un soutien au président des Etats-Unis. Mais, le plus gros défaut de Chiang Kai-shek semble être sa rancune et sa violence. Il n’hésite à faire tirer les troupes sur le peuple quand Mao pardonne à ses ennemis pour faire l’union nationale. On le voit le traitement est celui de la propagande.
On peut lire dans le générique qui suit les noms de quelques grandes stars du cinéma chinois et de Hong Kong. Tromperie sur la marchandise. Nos acteurs et actrices ne font que de la figuration dans The Founding of a Republic. Jet Li est un général qui refuse de faire la guerre civile, comme le film est centré sur la guerre civile, on ne le verra pas à l’écran. Jackie Chan est un journaliste qui interroge Li Jishen, le leader de la Ligue Démocratique de Chine, un opposant à Mao et Chiang en exil à Hong Kong. Andy Lau jour un conseiller de Chiang. Donnie Yen, celui qui a le plus dialogue, est l’écrivain Tian qui conseille à Mao l’actuel drapeau chinois. Tony Leung Ka-fai n’a même pas de texte et fait un gag. Zhao Wei et Zhang Ziyi ne sont visibles que quelques secondes. Enfin, contrairement à ce que les génériques dans les bases de données laissent entendre, Stephen Chow n’apparaît pas dans le film.
The Founding of a Republic (建國大業, Chine, 2009) Un film de Han Sanping et Huang Jianxin avec Tang Guoqiang, Zhang Guoli, Xu Qing, Liu Jin, Chen Kun, Wang Wufu, Wang Xueqi, Liu Sha, Wang Jian, Wang Bing, Vivian Wu, Xiu Zongdi, Liu Yiwei, Jet Li, Hu Jun, Sun Xing, Ao Yang, Bi Yanjun, Cao Kefan, Jackie Chan, Chen Baoguo, Chen Daoming, Chen Hao, Chen Hong, Chen Jianbin, Chen Kaige, Chen Shu, Che Xiaotong, Che Yongli, Deng Chao, Ding Zhicheng, Dong Xuan, Fan Wei, Feng Gong, Feng Xiaogang, Feng Yuanzheng, Ge Cunzhuang, Ge You, Gong Beibi, Guo Degang, Guo Xiaodong, Gu Wei, He Lin, Hou Yong, Huang Shengyi, Huang Wei, Huang Xiaoming, Jiang Wen, Jin Xin, Leon Lai, Andy Lau, Tony Leung Ka-fai, Li Bin, Lin Dong Fu, Teddy Lin, Li Qiang, Liu Hua, Liu Ye, Li Youbin, Ma Yue, Miao Pu, Ning Jing, Shen Ao-jun, Echo Shen, Shi Xin, Sun Honglei, Sun Jitang, Tao Zeru, Tong Dawei, Wang Baoqiang, Wang Fuli, Wang Jun, Wang Xuebing, Wang Yajie, John Woo, Wu Gang, Xia Gang, Xie Gang, Xu Fan, Xu Huanshan, Yang Ruoxi, Yang Xiaodan, Ye Jin, Donnie Yen, Ye Xiaokeng, Ying Da, You Liping, You Yong, Zhang Hanyu, Zhang Jianya, Zhang Qiufang, Zhang Ziyi, Zhao Baole, Zhao Ningyu, Vicki Zhao Wei, Zhao Yong, Zhong Xinghuo, Zong Liqun.
mardi 8 décembre 2009
Chinese odyssey 2002 + A Chinese tall story
-->
C’est étonnant de voir deux films de Jeff Lau aussi différents l’un de l’autre. Ces deux films, qui tirent leur inspiration des récits légendaires, sont eux-mêmes très différents des deux parties du Roi Singe. Les deux films jouent à fond la carte de la comédie non-sensique en rendant quelques hommages parodiques au cinéma de Wong Kar-wai, qui est par ailleurs producteur de Chinese Odyssey 2002. C’est d’ailleurs Tony Leung Chiu-wai sui en tient le rôle principal sans que l’on sache s’il imite à la perfection Stephen Chow, ou si la composition vient de lui. Parce que quand il joue dans une comédie de Wong Jing, par exemple, son jeu comique n’est pas le même.
Tony Leung est « Bully the kid », le chef des emmerdeurs. Il tient avec sa sœur (Vicky Zhao), qui s’habille comme un homme, une auberge qui ne marche pas fort. Dans le même temps, Chang Chen et Faye Wong sont les deux enfants de l’impératrice mère. Ils ne rêvent que de liberté mais la vieille reine ne l’entend pas ainsi. La princesse s’évade et atterrit, forcément, dans cette auberge. Puis le prince empereur va la retrouver. Evidemment tous deux sont célibataires. Et comme nos deux aubergistes le sont aussi, on imagine la romance compliquée, burlesque et contrariée qui va se lier entre eux quatre. Bien entendu, les princes sont là incognito, ce qui va encore plus provoquer des quiproquos.
Dans A Chinese tall story, Nicholas Tse est un moine un peu naïf protégé par trois gardiens issus de la mythologie du Roi Singe. Attaqués par un démon et son armée de chauves souris géantes, notre moine est envoyé grâce à un coton-tige géant qui l’amène à l’autre bout de la Chine où Charlene Choi, affublée de prothèses dentaires et de pustules pour l’enlaidir, le recueille et va prendre soin de lui. Elle se trouve très belle et refuse de se laisser séduire. Mais là aussi, la romance va prendre en le moine et la jeune femme, dont on apprendra par sa mère, Fan Bing-bing, qu’elle est extra-terrestre. Le moine est venu dans le village avec un sabre qui se transforme en objet de défense ultime au son d’une ligne de dialogue issue de In the mood for love.
A Chinese tall story brille par sa surabondance d’effets spéciaux par forcément très jolis qui rappellent les horreurs de Legend of Zu. Mais ici, les combats entre les montagnes géantes ont moins d’importance que chez Tsui Hark, ils ne sont que le moyen de faire rire, notamment quand une soucoupe volante et son armée arrive par là. Le film se concentre sur la relation aberrante entre Charlene Choi et Nicholas Tse. Aberrante parce que les deux personnages ne semblent jamais se comprendre. Leur duo fonctionne parfaitement mais dans un mode totalement opposé : Nicholas Tse joue les naïfs, les idiots jusqu’à ce qu’il agisse en homme, Charlene Choi est une bavarde impénitente et sûre d’elle-même. Elle est arrogante bien qu’elle ne sache rien faire. Tout le monde en fait des tonnes, surtout les guest stars comme Gordon Liu dans le rôle d’un Dieu.
Chinese odyssey 2002 ne s’adonne pas aux effets spéciaux, bien au contraire. Le film se distingue par ses décors fastueux et ses costumes admirables. Mais le film se construit autour des situations et des anachronismes, telle la coupe afro qu’arbore Chang Chen, aux arrêts sur image, aux ralentis qui parodient Les Cendres du temps de Wong Kar-wai. On joue également beaucoup sur les genres sexuels. Tony Leung Chiu-wai tombe amoureux de la princesse qui est déguisée en garçon, revenant par là aux racines du wu xia pian quand des actrices jouaient des hommes. Petit à petit, la comédie débridée et irracontable cédera la place au mélo romantique avec l’impératrice qui refuse les mariages. Mais dans les deux films, tout se terminera bien. Qu’on se rassure.
Chinese odyssey 2002 (天下無雙, Hong Kong, 2002) Un film de Jeff Lau avec Tony Leung Chiu-wai, Faye Wong, Vicki Zhao Wei, Chang Chen, Rebecca Pan, Athena Chu, Eric Kot, Ning Jing, Roy Cheung.
A Chinese tall story (情癲大聖, Hong Kong, 2005) Un film de Jeff Lau avec Nicholas Tse, Charlene Choi, Fan Bing-bing, Wilson Chen, Kenny Kwan, Steven Cheung, Isabella Leong, Kara Hui, Gordon Liu, Yuen Wah, Patrick Tam, Wong Yat-fei, GC Goo Bi, Lee Kin-yan, Tats Lau, Chan Wai-man, Lai Yiu-cheung.
Libellés :
Charlene Choi,
Hong Kong,
Isabella Leong,
Jeff Lau,
Kara Hui,
Nicholas Tse,
Roy Cheung,
Tony Leung Chiu-wai,
Vicki Zhao,
Wong Kar-wai,
Yuen Wah
samedi 28 mars 2009
Les 3 Royaumes
Je ne vais pas revenir sur ce que je pense des deux Red cliff sur lesquels j’ai écrit (Partie 1 et Partie 2). On passe donc d’une durée globale de 275 minutes à un film de 140 minutes, soit moitié moins de John Woo. Forcément, beaucoup de scènes manquent. A vrai dire, Les 3 royaumes dans sa version « occidentale » peut se regarder, mais quand on connaît le film complet, il est impossible de ne pas bondir de son siège. Il faut imaginer ce qui aurait pu se passer auprès des spectateurs si Le Seigneur des anneaux avait été condensé en un seul film de trois heures, par exemple. Le sentiment devant ce massacre est celui que ressentent beaucoup de lecteurs quand ils voient l’adaptation d’un film qui édulcore un roman.
Il reste heureusement l’épisode de l’enfant qui joue de la flûte dans le palais du roi Zhu (Tony Leung Chiu-wai) qui montre sa bonté malgré son air martial. Mais l’épisode sur le moment de justice avec le buffle du vieux paysan n’est plus là. Dans notre version courte, le roi ne fait passer en parade ses soldats. Autant de beaux moments supprimés pour ne montrer que les batailles sans leurs tenants. D’une certaine manière, ce montage occidental ment sur les intentions initiales de John Woo. L’histoire de la mise à bas du poulain n’est plus présente rendant incompréhensible la remarque de l’épouse du roi au personnage de Takeshi Kaneshiro en fin de film.
Le personnage le plus sacrifié est celui de Xiang Shang (Zhao Wei) qui tient une grande importance dans la Partie 1 puisqu’elle tente de rivaliser avec les hommes pour faire la guerre à Cao Cao. Dans Les 3 royaumes, elle n’est plus que la sœur de Zhu. Elle aura ensuite une courte scène dans une bataille où elle sert d’appât au général du Premier Ministre. En revanche, quand elle est infiltrée dans le camp ennemi, seules les scènes d’espionnage sont désormais visibles. Son histoire d’amitié amoureuse avec le personnage du soldat idéaliste et naïf a été supprimée alors que c’était une des rares moments de légèreté et d’humour.
De la Partie 2, il ne manque donc à peu près qu’une heure. La scène des cadavres au typhus est vite expédiée, dans les deux camps. Le mage diabolique n’exerce plus et on ne voit même plus les crémations. Le personnage de Kaneshiro voit aussi sa métaphysique être mise à plat. Ses doutes et ses espoirs sont supprimés et l’histoire des flèches qui manquent au camp du Roi qui montrait sa loyauté n’est restituée que comme un morceau de bravoure.
Bref, ce sont tous les détails qui forment la psychologie des personnages qui ont été enlevés. Les conditions de vie ont également été édulcorées, comme juste avant la bataille finale où les soldats du Roi commencent à douter et à mourir de faim quand Zhu cherche à redynamiser ses troupes avec la cérémonie des boulettes de riz qui a disparu. Du coup, les rares scènes psychologiques qui subsistent paraissent un brin ridicules. En revanche, contrairement à ce qu’a écrit le critique du Monde, la scène de bataille finale (destruction des bateaux et siège du camp de Cao Cao ) est pratiquement complète. Ce critique s’étonnait que d’une scène à l’autre, on passe de la nuit au jour. Mais il oublie que l’attaque commence à deux heures dans la nuit et qu’elle se poursuit longtemps (d’où sa longue durée dans le film) jusqu’au petit matin. Il constate l’incohérence du montage, mais pas aux bons endroits. C’est un métier de regarder les films. C’en est un autre de les comprendre.
Les 3 royaumes (Chine – Hong Kong, 2009) Un film de John Woo.
vendredi 27 février 2009
Red cliff partie 2

Six mois d’attente avant de découvrir la suite du nouveau film qui marque le retour de John Woo. C’est un seul film en deux parties. La deuxième partie suit directement la première partie. La colombe qui s’envolait vers les bateaux du fleuve Yantse dans le dernier plan de Red cliff partie 1 ouvre Red cliff partie 2. Un court résumé des aventures des trois rois permet de se rappeler ce qui s’est passé précédemment, comme on dit dans les séries et c’est parti pour près de 135 minutes de cinéma grandiose. John Woo est là, de retour pour un grand film, son meilleur depuis plus de dix ans. Ce flash-back en forme de bande annonce est d’ailleurs d’e flash-back en forme de bande annonce est d’ailleurs d’une belle élégance. Chaque morceau du film précédent est séparé du suivant par une toile qui semble déchirée par un sabre.
Cette colombe, qui s’envole vers les navires de guerre du Premier Ministre Cao Cao qui entend faire taire la rébellion des trois rois et faire respecter la loi de l’empereur, a été lancée par la frêle Xiang Shang (Zhao Wei) qui s’est infiltrée dans les lignes ennemies. Elle donne des informations sur les stratégies et les plans que Cao Cao et ses généraux veulent adopter pour contrer l’armée menée par Zhou Yu (Tony Leung Chiu-wai). Là est la première surprise de cette deuxième partie, elle est du ressort purement comique. Xiang Shang est habillée en soldat et après avoir recueilli des renseignements et va voir les soldats de Cao Cao jouer au cuju, un ancêtre du football. Parmi les meilleurs joueurs, elle repère un jeune soldat avec qui elle va immédiatement sympathiser. Elle se surnomme Pit (Tong Dawei) et entre eux va se créer une amitié ludique. Grâce à son adresse, le Premier Ministre nomme Pit commandant et lui donne une section. Il aimerait parfois un peu d’intimité avec Wiang Shang, mais les soldats sous ses ordres le suivent comme des petits chiens. Le regard tendre et naïf de Tong Dawei donne une humanité au film, mais ce sera le seul à paraître humain dans l’armée de Cao Cao.
Dans la toute première partie de Red cliff partie 2, John Woo montre en montage alterné les stratégies opposées de Cao Cao et Zhou Yu. Comme dans la première partie, Cao Cao est présenté comme un homme cruel et retors. Pour éliminer les hommes de Zhou Yu, il lance sur les rivières des radeaux remplis des cadavres des soldats ennemis. Mais ces soldats ont le typhus et risquent de contaminer tout le monde. Dans le camp de Zhou Yu, c’est le désespoir. L’un de ses plus brillants généraux, Liu Bei (You Yong), considère que la bataille est perdue d’avance. De toute façon, les soldats de Cao Cao sont en bien plus grand nombre. Mais la réflexion continue d’être à l’ordre du jour avec ses hommes de stratégie, Sun Quan (Chang Chen) et Zhuge Liang (Takeshi Kaneshiro), à eux trois ils vont mettre en œuvre un plan ambitieux. Zhuge Liang continue de croire au pouvoir cosmique de la nature. Il élabore sa mise en scène pour éliminer la grande armée du Premier Ministre. Il va utiliser le vent, l’eau et le feu pour les prendre par surprise et contrecarrer les plans qu’ils ont récupérés grâce à Xiao Shang. Mais auparavant, il faudra trouver des flèches (on est au deuxième siècle) et créer des bombes de feu dans des jarres remplies d’huile de poisson. Cette fois ils vont profiter du brouillard dans une très belle scène humoristique où ils humilient l’armée de Cao Cao.
La scène finale qui met en scène la bataille finale est un moment de bravoure comme on n’en avait pas vue depuis des lustres. Filmée d’abord de nuit (les soldats de Zhou Yu attaquent de nuit), la bataille selon John Woo est un moment de fureur et de violence d’une grande beauté. Les reflets du feu sur l’eau dans cette nuit noire sont splendides. Les soldats lancent des ballons blancs dans le ciel au dessus du feluve pour l’illuminer. Un bref moment de poésie au milieu d’une bataille sanglante. Les scènes d’action qui met en scène un très grand nombre de soldats (et donc de figurants) sont d’une grande clarté et extrêmement bien chorégraphiées. Tout cela est crédible et renforce le rythme du film qui ne cesse de s’accélérer au fur et à mesure. On retrouve quelques unes des marottes de John Woo héritées de sa passion du cinéma des Shaw Brothers. Cette amitié virille qui frôle l’homoérotisme, Tony Leung Chiu-wai et Takeshi Kaneshiro se regarde fixement, les yeux dans les yeux, dans un même plan avec un sourire très digne de celui de Ben Hur. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Zhou Yu est marié même si le rôle de son épouse est assez secondaire. D’ailleurs, on ne comprend pas pourquoi elle décide d’aller dans le palais de Cao Cao. Ce sera le seul écueil de ce très grand film qui va arriver en France dans une version de seulement 150 minutes au lieu de 300 minutes. J’en parlerai en temps voulu.
Red cliff partie 2 (赤壁下, Chine – Hong Kong, 2009) Un film de John Woo avec Tony Leung Chiu-wai, Takeshi Kaneshiro, Zhang Fengyi, Chang Chen, Vicki Zhao Wei, Hu Jun, Lin Chi-ling, Shido Nakamura, You Yong, Song Jia, Tong Dawei, Hou Yong, Ba Sen Zha Bu, Zang Jinsheng, Zhang Shan, Shi Xiaohong, He Yin.
mardi 16 décembre 2008
Painted skin 2008
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Painted skin de Gordon Chan n’est pas un remake du film de King Hu, mais une nouvelle adaptation d’un des nombreux récits de Pu Sun-ling, auteur chinois du début du XVIIIe siècle. L’œuvre de Pu a longtemps inspiré Tsui Hark notamment pour ses Histoires de fantômes chinois, en l’adaptant à sa convenance qui se trouve être également la mienne et celle de nombreux cinéphiles. Gordon Chan et ses producteurs ont affirmé vouloir revenir au récit initial de Pu en profitant de toutes les techniques actuelles.
Passée la surprise du format scope Panavision, on entre dans un campement dans le désert où quelques barbares entendent compter fleurette à une jeune femme seulement couverte d’une fourrure de renard blanc. Des soldats vont combattre ces barbares et venir à la rescousse de la belle victime, sans se douter que c’est elle la prédatrice et qu’elle s’apprêtait à dévorer leurs cœurs. Xiaowei est un fantôme en recherche de proie et la prochaine sera le Général Wang Sheng (Chen Kun). Il ignore qui elle est et ramène Xiaowei dans sa cité.
L’épouse de Sheng, Peirong (Vicky Zhao), une femme timide et calme comprend vite la vraie nature de cette femme. Très vite, dans la cité, des cœurs sont arrachés, des victimes affolent la population. Peirong va voir un prêtre taoïste qui se fait assassiner. Elle trouve un écho à ses soupçons auprès de Pang Yong (Donnie Yen) puis de Xia Bing (Sun Li), qui exerce la profession de chasseur de fantôme. Cette dernière vient d’une longue lignée de chasseur. Un autre démon se cache dans la cité, Xiao Yi (Qi Yuwu) à la chevelure argenté et qui a la capacité de devenir invisible. C’est le démon caméléon qui va aider la diablesse renard.
L’idée de Gordon Chan pour cette nouvelle version de Painted skin est de dessiner un carré amoureux entre les personnages. Peirong est amoureuse de son mari Wang Sheng qui n’est pas insensible aux charmes de Xiaowei qui elle-même affirme aimer Sheng mais méprise l’amour éperdu que lui porte Xiao Yi. C’est tout autour de cette quadrature que va tourner la dramaturgie avec de nombreuses longueurs dues essentiellement aux discussions qui discutent de la nature démoniaque de Xiaowei. La renarde réussit à passer les rets tendus par Peirong et ses alliés et à accuser son adversaire de sorcellerie.
Et Donnie Yen dans tout ça ? L’acteur joue les comiques dans un duo avec Sun Li qui propose un burlesque léger. Xia Bing n’est pas une très bonne chasseuse de démon et Yong se moque d’elle. Il la rembarre régulièrement et elle se rebelle derechef arguant qu’elle est un maître en chasse de fantômes. Donnie Yen se bat également dans des combats inspirés de Tigre et Dragon. Il saute de toit en toit de vieille cité et affronte le démon Xiao Yi. Donnie Yen en fait des tonnes dans ses parties comiques. Gordon Chan essaie de retrouver le goût des succès du film épique avec des fantômes d’il y a vingt ans et y arrive parfois. Painted skin est un film divertissant avec un agréable mélange de romance, d’art martial, d’humour et d’érotisme soft.
Painted skin (畫皮, Chine – Hong Kong – Singapour) Un film de Gordon Chan avec Zhou Xun, Chen Kun, Vicky Zhao, Donnie Yen, Sun Li, Qi Yuwu.
mardi 14 octobre 2008
Red cliff (partie 1)
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L’ambition du nouveau film de John Woo dépasse largement le cadre habituel des films qui développent l’unification des anciens empires chinois comme scénario. L’histoire de la confection du film a été chaotique, difficile : le départ de Chow Yun-fat pour des raisons qui restent équivoques a beaucoup fait parler du film avant sa sortie. John Woo n’était plus que l’ombre de lui-même après une série d’échecs artistiques assez pénibles pour le spectateur. Refaire sa vie de cinéaste en Chine avec un gros projet et une super production : voilà ce qu’est d’abord Red cliff.
Grosse histoire très connue en Chine, celle des trois royaumes, celle de l’unification de l’Empire, histoire que l’on pourrait vite juger comme une affaire nationale dans le contexte actuel. Contexte politique, bien sûr. Zhang Yimou l’a déjà abordé dans ses films en costumes. L’Empereur est un homme faible, son Premier Ministre Cao Cao va en profiter pour acquérir le pouvoir et faire la guerre aux trois souverains. Stratégies, manipulations, infaillibilité sont les arguments du Premier Ministre. Il invente des raisons pour prendre le pouvoir et ne laisse personne le contredire.
Les souverains vont avoir du mal avec Cao Cao , leur puissance est bien faible. Cao Cao met en branle une armée gigantesque, puis une flotte encore plus importante. Il va s’assurer une victoire sans équivoque. Ce sera sans compter sur les propres stratégies guerrières des trois rois et leur conviction d’avoir raison contre le Premier Ministre. John Woo met en scène la conception des plans d’attaque des rois et leur application, son point de vue embrasse celui des faibles. Il les montre comme des hommes bons, qui ne veulent pas appliquer une justice expéditive, qui évitent la cruauté. Deux scènes s’opposent : Cao Cao fait trancher la tête d’un conseiller de l’Empereur qui s’était opposé à la guerre, Zhou Yu (Tony Leung Chiu-wai) règle une histoire de bœuf volé à un paysan à l’amiable. Il n’y a pas de doute sur la vision politique que John Woo vise.
Red cliff est une épopée de plus de deux heures (140 minutes dont 3 minutes de générique inaugural et 8 de générique final) qui réussit à investir le temps et à donner à chaque séquence une amplitude inégalée et très rare aujourd’hui. Les scènes de bataille ne sont pas filmées comme de simples batailles, mais développent un sens dramatique redoutable. L’efficacité est là et permet d’y croire. La première bataille dure un bon quart d’heure et offre plusieurs enjeux. Elle fait aussi largement référence à certains films de la Shaw Brothers , tel ce barbu qui rappelle l’acteur Fan Mui-sang ou encore, lors de l’assaut, les boucliers qui vont refléter le soleil et éblouissent les chevaux, stratégie vue souvent dans les Shaw Brothers où les reflets de lumière sur les lames ou le métal ont une grande importance esthétique.
John Woo a surtout la bonne idée de ne pas abuser des effets spéciaux mais au contraire de faire de l’humain le centre de sa mise en scène. Il y a quelques effets numériques, très laids par ailleurs comme toujours, pour certaines scènes de foule. Notamment lorsque les armées de Cao Cao sont montrées. Tel plan vu du ciel montre l’immensité de ses soldats, ou sa flotte qui semble ininterrompue. Mais d’une certaine manière, ces effets numériques caractérisent le caractère inhumain du Premier Ministre. Red cliff regorge de figurants (le budget du film a dû être colossal) qui jouent les soldats, cela donne un authenticité intéressante aux batailles. John Woo filme des gens qui marchent, des chevaux qui tombent, du sang qui coule, des visages grimaçants sous la douleur.
Des moments plus doux, plus poétiques parsèment le film, car Red cliff n’est pas que sang et fureur. Ces moments ne sont pas que des pauses dans le récit de Red cliff. John Woo ne filme pratiquement que les trois rois et leurs généraux pour justement prendre le temps de nous les rendre sympathiques. Un enfant qui joue de la flûte aux soldats, une jument qui doit mettre bas avec difficulté, un morceau de sitar chinoise (le qin) que Tony Leung Chiu-wai joue, une femme à aimer avant qu’elle ne soit enlevée par l’ennemi. Tous ces moments participent d’une volonté de mettre en œuvre les tenants et aboutissants de cette Chine du début du troisième siècle.
John Woo propose aussi quelques bizarreries esthétiques liées au monde animal. Outre cette jument à mettre bas, les chevaux tiennent une large place dans le récit. Une princesse, à qui on refuse l’occasion de combattre avec les hommes, parle à l’oreille d’un cheval et s’en rend maîtresse contre son cavalier. Zhu-ge (Takeshi Kaneshiro) est équipé d’un éventail en plumes. Il y a aussi cette histoire de justice autour d’un bœuf. Plus tard, un tigre viendra révéler la force d’un général. Puis encore une tortue qui inspirera une stratégie gagnante aux trois rois. Et bien entendu, quelques pigeons qui vont clore cette première partie de Red cliff. Comment John Woo n’aurait-il pu ne pas mettre en scène ses volatiles fétiches ?
La deuxième partie de Red cliff doit sortir en Chine et à Hong Kong en janvier prochain. Les trois rois et les généraux vont de voir affronter la gigantesque flotte de Cao Cao. En France, Red cliff devrait sortir dans une simple version de 2h30 au printemps 2009. Toutes les parties « calmes » seront probablement supprimées. C’est bien dommage. Comme le dit le carton final, to be continued.
Red cliff Partie 1 (赤壁, Chine, 2008) Un film de John Woo avec Tony Leung Chiu-wai, Takeshi Kaneshiro, Zhang Fengyi, Chang Chen, Vicki Zhao Wei, Hu Jun, Shidou Nakamura, Lin Chi-ling.
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