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jeudi 3 avril 2014

Les Chiens errants


Regarder Les Chiens errants s’apparente à un marathon ou au moins à une course d’endurance de 138 minutes. Pour se préparer au film, il vaut mieux avoir vu ses films précédents, ses chefs d’œuvre (La Rivière ou The Hole) comme ses navets (Goodbye Dragon Inn ou Visage) et se dire que tout va être lent, que les plans séquences vont durer et, dès l’ouverture du film où deux enfants dorment sous une couette tandis qu’une femme se coiffe les cheveux, on est lancé dans un terrain connu, tout du moins sous la forme la plus visible du cinéma de Tsai Ming-liang.

On retrouve vite Lee Kang-sheng, l’acteur fétiche de Tsai Ming-liang qui tient une pancarte sous une pluie battante. Il porte un pauvre et fin k-way pour se protéger. La pancarte indique l’adresse d’un hôtel. C’est son boulot, être homme sandwich. Plus loin dans la rue, d’autres hommes font le même job. Et comme si la pluie ne suffisait pas, les voitures et les scooters passent avec grand bruit devant son nez. Le corps de l’acteur, que l’on connait sous toutes ses coutures depuis Les Rebelles du Dieu Néon en 1992, a considérablement vieilli, grossi, terni.

Mais pour la première fois, Lee Kang-sheng tient le rôle d’un père (il n’a jusqu’ici été qu’un fils, souvent libidineux). Les deux enfants vus en ouverture du film sont ses enfants. Une petite fille qui passe ses journées à errer au supermarché et un jeune adolescent qui porte constamment un sac à dos et conserve le maigre salaire de son père. Dans un des rares plans ensoleillés et mobiles, un panoramique suit la famille sur une plage où les enfants rient et le père fume une cigarette.

On aura assez vite compris que cette famille vit dans le plus grand dénuement. Le cinéaste filme, avec un certain voyeurisme, les scènes les plus quotidiennes du père et des deux enfants. Comment se laver dans des toilettes publiques, comment manger un plateau repas au bord d’une route, comment se changer pour aller dormir. Tout est fait sous nos yeux, en plan séquence, sans que cette fois la part de mystère et d’humour qui pouvaient surgir du hors champ pour surprendre le spectateur et relancer le maigre récit. Ici, rien de tout cela ne vient interroger notre regard.

Certes, une femme travaillant dans le supermarché hanté par la petite fille rentre petit à petit dans le film, apportant une portion d’étrangeté. Elle se promène la nuit, sa lampe torche à la main et part nourrir des chiens errants dans une maison en ruine. Plus tard, sous une pluie battante, elle va les emmener loin de cet homme qui les fait vivre dans des taudis, qui leur fait manger de la mauvaise bouffe et qui semble ne pas leur donner beaucoup d’affection. Puis, dans la deuxième heure, c’est le retour de la mère qui vient fêter un anniversaire.

Tsai Ming-liang avait habitué le spectateur a filmé dans des décors délabrés, dans des maisons en travaux et ouvertes aux quatre vents et à l’eau qui dégoulinait des murs et des toits. Dans Les Chiens errants, les ruines sont partout et il ne filme plus que cela dans une sorte de concurrence à la déglingue arty avec Apichtapong Weerasetakul. Les dialogues sont extrêmement limités, uniquement fonctionnels (« mange, va te coucher, lave-toi » suivis à l’image de ces actions). En cela, il se différencie du cinéaste thaïlandais dont les films sont bavards.

Les plans séquence s’éternisent sans raison (douze minutes pour l’avant dernier où le père et la mère regardent droit devant eux sans bouger). Tsai Ming-liang donne la sérieuse impression de ne plus filmer que pour lui, oubliant de créer le moindre embryon de récit comme c’était déjà le cas dans Visage. L’expérimentation de la durée dans Les Chiens errants échoue, surtout dans sa deuxième heure, à créer un mystère tant les plans se succèdent et se ressemblent, malgré des axes de caméra différents. C’est finalement l’absence d’altérité qui nuit à la réussite du film. Tsai Ming-liang ne parle plus au spectateur mais à lui-même.

Les Chiens errants (郊遊, Taïwan – France, 2013) Un film de Tsai Ming-liang avec Lee Kang-sheng, Lu Yi-ching, Chen Shiang-chyi, Chen Chao-rong.

jeudi 27 mars 2014

Sorties à Hong Kong (mars 2014) The Second coming


The Second coming (重生, Hong Kong – Singapour – Taïwan, 2014) Un film d’Herman Yau et Raymond Ng avec Joey Leong, Maggie Siu, Kenny Wong, Don Li, Siu Yam-yam, Lam Wai. 88 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 27 mars 2014.

samedi 8 février 2014

33ème cérémonie des Hong Kong Film Awards : les nominations.


La 33ème cérémonie des Hong Kong Film Awards aura lieu le 13 avril à Hong Kong Kong. Voici les nominations.
 The Grandmaster : 14 nominations

Meilleur film
The Grandmaster de Wong Kar-wai
Journey to the West: Conquering the demons de Stephen Chow et Derek Kwok
The Way we dance d’Adam Wong
The White storm de Benny Chan
Unbeatable de Dante Lam
Unbeatable : 11 nominations

Meilleur réalisateur
Derek Kwok pour As the light goes out
Johnnie To pour Drug War
Wong Kar-wai pour The Grandmaster
Dante Lam pour Unbeatable
Benny Chan pour The White storm
Rigor Mortis : 9 nominations

Meilleur acteur
Tony Leung Chiu-wai (The Grandmaster)
Anthony Wong (Ip Man - The Final fight)
Nick Cheung (Unbeatable)
Louis Koo (The White storm)
Lau Ching-wan (The White storm)
As the light goes out : 8 nominations

Meilleure actrice
Sammi Cheng (Blind detective)
Tang Wei (Finding Mr. Right)
Zhang Ziyi (The Grandmaster)
Pau Hei-jing (Rigor Mortis)
Cherry Ngan (The Way we dance)
The White storm : 8 nominations

Meilleur acteur dans un second rôle
Zhang Jin (The Grandmaster)
Anthony Chan (Rigor Mortis)
Eddie Peng (Unbeatable)
Young Detective Dee : Rise of the Sea Dragon : 8 nominations

Meilleure actrice dans un second rôle
Kara Hui (Rigor Mortis)
Crystal Lee (Unbeatable)
Law Lan (The White storm)
The Way we dance : 6 nominations

Meilleur scénario
Zhou Zhiyong, Zhang Ji et Aubrey Lam (American dreams in China)
Wai Ka-fai, Yau Nai-hoi, Ryker Chanet, Yu Xi (Blind detective)
Xue Xiaolu (Finding Mr. Right)
Zou Jingzhi, Xu Haofeng et Wong Kar-wai (The Grandmaster)
Jack Ng, Fung Chi-fung et Dante Lam (Unbeatable)
American dreams in China : 5 nominations
             
Meilleur nouvel interprète
Fish Liew (Doomsday party)
Angel Chiang (A secret between us)
Babyjohn Choi (The Way we dance)
Firestorm : 4 nominations

Meilleur photographie
Jason Kwan (As the light goes out)
Philippe Le Sourd (The Grandmaster)
Ng Kai-ming (Rigor Mortis)
Kenny Tse (Unbeatable)
Anthony Pun (The White storm)
Journey to the West : Conquering the demons : 4 nominations

Meilleur montage
Kwong Chi-leung et Ron Chan (Firestorm)
William Cheung, Benjamin Courtines et Poon Hung-yiu (The Grandmaster)
Azrael Chung (Unbeatable)
Yau Chi-Wai (The White storm)
Blind detective : 3 nominations

Meilleurs décors
William Cheung et Alfred Yau (The Grandmaster)
Irving Cheung (Rigor Mortis)
Finding Mr. Right : 2 nominations

Meilleurs costumes et maquillages
William Cheung Suk-Ping (The Grandmaster)
Bruce Yu et Lee Pik-kwan (Journey to the West: Conquering the demons)
Miggy Cheng, Phoebe Wong et Kittichon Kunratchol (Rigor Mortis)
A secret between us : 1 nomination

Meilleure chorégraphie de scènes d’action
Chin Kar-lok (Firestorm)
Yuen Woo-ping (The Grandmaster)
Donnie Yen (Special ID)
Ling Chi-wah (Unbeatable)
The Doomsday party : 1 nomination

Meilleure musique originale
Teddy Robin et Tommy Wai (As the light goes out)
Shigeru Umebayashi et Nathaniel Mechaly (The Grandmaster)
Henry Lai (Unbeatable)
Day Tai et Afuc Chan (The Way we dance)
Drug war : 1 nomination

Meilleure chanson originale
愛最大 (As the light goes out) Musique : Nicholas Tse, Paroles : Nicholas Tse et Qiao Xing, Kit@24 Herbs, Phat@24 Herbs, Interprètes : Nicholas Tse, 24 Herbs
Love is Blind (Blind detective) Musique : Hal Foxton Beckett, Marc Baril, Paroles : Lam Jik, Interprètes : Andy Lau, Sammi Cheng
狂舞吧 (The Way we dance) Musique : Day Tai, Paroles : Saville Chan, Interprètes : Dough Boy, Shimica Wong
心照一生 (The White storm) Musique : RubberBand, Paroles : RubberBand, Tim Lui, Interprète : RubberBand
新秩序 (Young and dangerous: Reloaded) Musique : Paul Wong, Paroles : Paul Wong, Interprète : Paul Wong
Ip Man, the final fight : 1 nomination

Meilleur son
Robert Mackenzie et Traithep Wongpaiboon (The Grandmaster)
Phyllis Cheng (As the light goes out)
Benny Chu et Steve Miller (Rigor Mortis)
Phyllis Cheng (Unbeatable)
Special ID : 1 nomination

Meilleurs effets visuels
Pierre Buffin (The Grandmaster)
Yee Kwok-leung, Lai Man-chun, Ho Kwan-yeung et Garrett K. Lam (Firestorm)
Henri Wong, Hugo Kwan et Walter Wong (As the light goes out)
Enoch Chan (Rigor Mortis)
Young and dangerous : Reloaded : 1 nomination

Meilleur nouveau réalisateur
Alan Yuen (Firestorm)
Juno Mak (Rigor Mortis)
Adam Wong (The Way we dance)
So young

Meilleur film de Chine Populaire ou Taïwan
The Last supper (Lu Chuan, Chine)
Lost in Thailand (Xu Zheng, Chine)
Rock me to the Moon (Wong Ka-chun, Taïwan)
Touch of the light (Chan Rong-ji, Taïwan)
So young (Vicky Zhao, Chine)

mardi 20 août 2013

Love


Un plan séquence de douze minutes ouvre Love, troisième film de Doze Niu. La caméra part des toilettes où Li (Ivy Chen) regarde un test de grossesse. Li sort dans le parc rejoindre Kai (Eddie Peng) qui quitte les lieux dès que Ni (Amber Kuo), sa petite amie arrive. Kai prend son vélo, manque de rentrer dans la voiture de Na (Mark Chao). Ce dernier se rend à l’hôtel rejoindre Zoe (Shu Qi) où il croise Jin (Vicky Chao) dans l’ascenseur. Zoe a commandé du champagne et c’est Kuan (Ethan Ruan), le garçon d’étage, qui l’apporte dans la chambre. Elle profite de son arrivée pour quitter l’hôtel et retrouver son fiancé Lu (Doze Niu) et partir en voiture.

Outre la fluidité de cette ouverture (aidée par quelques effets numériques pour joindre certaines scènes du plan séquence), la première information donnée est que le film va être choral, qu’il va être composé d’un grand nombre de personnages et, bien évidemment, qu’il va parler d’amour. Les premiers indices scénaristiques sont là (des adultères, une grosses non désirée) mais c’est plutôt le milieu social qui intéresse. Assez vite, on distingue les gens très fortunés et ceux qui le sont moins. Il reste alors à Doze Niu de redistribuer les cartes des personnages et lancer son récit foisonnant pendant plus de deux heures.

Les liens familiaux unissent plusieurs personnages. Lu, riche homme d’affaires, est le père de Ni. Elle sort avec Kai qui a couché avec Li, la meilleure amie de Ni. Pour l’instant, elle n’a pas dit à son amie qu’elle est enceinte mais le confesse à son frère Kuan, qui souffre de bégaiement. Kuan et Li habitent chez leurs parents, deux simples restaurateurs. Kai doit reconnaitre son adultère mais affirme qu’il est toujours amoureux de Ni. C’est la rupture d’amitié entre les deux jeunes filles. Li veut avorter mais son frère la convainc de garder l’enfant.

Kuan rencontre par le plus grands des hasards Zoe dans la rue. Il la prend en photo parce qu’elle est une célébrité. Ils se reverront plus tard. Zoe aime le calme du jeune homme au mode de vie totalement opposé de celui de Zoe et Lu. Autre enfant très important dans Love, celui de Jin, le petit Lin Mu-ran (Lin Mu-ran). Jin habite à Pékin, elle vend des maisons et Na est un de ses clients potentiels. Ils se disputent dès leur première rencontre mais le garçonnet va les rapprocher. L’enfant s’est persuadé que Na est son père venu pour son anniversaire. Ils vont devoir jouer au couple idéal.

Comme son titre l’indique bien, Love fait la part belle aux histoires d’amour, surtout si elles sont contrariés par les circonstances, si les amis se disputent, si les classes sociales sont différentes. On passe d’un personnage à un autre tout au long du récit et chaque petite histoire, chaque partie du puzzle, donne un nouveau point de vue à l’ensemble. Le film est essentiellement composé de dialogues plutôt fins, ce qui est rare dans les comédies romantiques. Comme le dit le père de Ni et Kuan à sa femme « on va discuter calmement, on n’est pas dans un soap opéra ».

Le film n’est pas dépourvu d’humour. On rit rarement aux éclats mais on sourit souvent. Le personnage le plus amusant est Ting, le flic de Pékin (Wang Jing-chun), qui intervient régulièrement entre Na et Jin, d’abord pour les séparer puis pour les rapprocher. Les scènes comiques interagissent avec les scènes d’émotion avec beaucoup de douceur et de décence. Le changement de ton dans une séquence est fréquent (le plongeon dans les égouts de Kai, l’attaque de Kuan par Lu, par exemple). Le réalisateur Doze Niu a eu la bonne idée de ne pas donner à l’acteur Doze Niu une part plus importante qu’aux autres acteurs et actrices (tous excellents) mais son personnage est la colonne vertébrale du film, le seul personnage qui a un rapport avec tous les autres.

Love ( Love, Taïwan, 2012) Un film de Doze Niu avec Vicki Zhao, Mark Chao, Shu Qi, Doze Niu, Ivy Chen, Ethan Ruan, Eddie Peng, Amber Kuo, Lung Siu-wa, Yu Mei-ren, Wang Jing-chun, Lin Mu-ran, Siu Yau.

dimanche 11 août 2013

Four chefs and a feast


Le plus grand souhait de Monsieur Lee (Sohung Lung), vieux millionnaire excentrique est de pouvoir déguster l’un des plus fameux plats de son enfance : le « Quatre Familles Heureuses ». Ce mets composé de poulet mariné à la cerise avait été servi la dernière fois en 1945 pour un banquet de la victoire de la Chine sur le Japon. Le plat, dernier des treize qui composait le repas, a été préparé par le restaurant des trois chefs May, Lone et Chun. Cinquante ans plus tard, Lee cherche à retrouver la saveur et le goût de jadis et réunit les descendants des cuisiniers.

De retour à Taïwan, May Fa (Jacklyn Wu) se remet difficilement que sa sœur jumelle soit tombée enceinte de son petit ami. Elle décide donc d’accepter l’invitation. A Hong Kong, Lone (Jordan Chan), vendeur de boulettes de poisson dans une petite boutique est obligé de fermer car il n’a plus d’argent pour payer le loyer. Ils se rendent à Shanghai chez Chun (Chin Shih-chieh) qui vit sur la réputation du restaurant May, Lone et Chun. Ce sont ainsi les spécialités culinaires des trois Chine qui se trouvent réunies pour retrouver la recette de ce plat fameux.

Les caractères des personnages sont tous opposés. Chun est un vieux célibataire qui vit avec sa sœur. Son seul but dans la vie est de cuisiner. C’est un homme doux mais velléitaire. Lone est au contraire un jeune chien fou qui drague, sans succès, toutes les filles qu’il rencontre. Jordan Chan excelle dans ce rôle d’homme immature. May subit une déception amoureuse et fait désormais une allergie aux nouilles à la sauce au sésame, plat favori de son ex et de sa sœur jumelle. Ensemble, ils vont combattre leurs démons intérieurs, chasser leur faiblesse et s’apprivoiser pour cuisiner main dans la main.

Le vieux monsieur Lee ne va pas leur faciliter la tâche en gardant quelques secrets sur lui-même. Les trois héros vont découvrir bien plus tard que le spectateur (grâce à un flash-back en ouverture de film) qu’il a été présent lors de ce banquet de la victoire. Ce personnage permet d’apporter un peu d’humour à Four chefs and a feast (la scène où ils doivent reconnaitre les saveurs des sauces), film qui n’a pas l’énergie du Festin chinois de Tsui Hark et de Salé sucré d’Ang Lee (où jouait Sihung Lung). Cependant, c’est encore une fois un régal de voir tous ces jolis plats concoctés par ces quatre chefs pour cette consensuelle comédie du nouvel an 1999.

Four chefs and a feast (四個廚師一圍菜, Hong Kong, 1999) Un film de Lee Kwok-lap avec Jordan Chan, Jacklyn Wu, Chin Shih-chieh, Sihung Lung, Wayne Lai, Ma Li-li, Chiu Yan-jun, Wong Yue-man, O Sing-pui, Yeow Ying-ying, Chan Kwok-bong, Moses Chan, Cheng Pei-pei, Ruby Siu.

jeudi 1 août 2013

Sorties à Hong Kong (août 2013) The Rooftop


The Rooftop (天台, Taïwan – Hong Kong, 2013)
Un film de Jay Chou avec Jay Chou, Eric Tsang, Oh Yau-lun, Li Xin-ai, Wang Xue-qi, Song Jian-zhang, Huang Jun-lang, Xu Fan, Na-Do, Kenny Bee, Ken Lin, Darren Chiu, Andrew Lau, David Chiang, Fu Yi-wei, Huang Huai-chen. 122 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 1er août 2013.

dimanche 10 février 2013

Girlfriend*Boyfriend


Le récit de Girlfriend*Boyfriend repose sur le schéma bien connu, deux garçons une fille trois possibilités. En 1985, alors que la loi martiale est encore imposée à Taïwan depuis la scission de l’île avec la Chine continentale, trois lycéens tentent de trouver un espace de liberté dans leur établissement scolaire où règne une éducation quasi militaire. Qui plus est Liam (Joseph Chang), Mabel (Guey Lun-mei) et Aaron (Rhydian Vaughan) vivent dans une petite ville du sud de Taïwan. On les découvre tous les trois sur des branches de magnolia en train de ramasser des fleurs et des feuilles que Mabel frotte dans ses mains pour en sentir l’odeur. Cela la calme et Liam, très attentionné, lui en offrira souvent pendant le film quand elle se sent stressée. Ils ne se quittent jamais, vont se baigner ensemble, se promènent en scooter. Le soir, pour se faire un peu d’argent, ils vendent des objets au marché devant le spectacle de la mère de Mabel, chanteuse strip-teaseuse.

Mabel est un personnage que l’on peut considérer comme une rebelle. Après que les lycéens, dont Liam, se soient entraînés à la natation, elle fait irruption dans les vestiaires, vole avec d’autres filles les caleçons des garçons et courre dans la cour du lycée. Les nageurs, à poil, tentent de les récupérer tandis qu’Aaron les prend en photo. Cela n’est pas du goût de Madame Yin (Chou Ling), la directrice qui décide de punir ces effrontés. Ses méthodes sont expéditives. Elle a déjà rasé une partie des cheveux d’Aaron qui, avec Liam, fait passer de revues interdites à Taïwan sous le manteau, non pas des revues porno mais des magazines de Hong Kong plus libéraux. Ils décident de faire une grande action de protestation, en l’occurrence d’organiser au sein du lycée une boum, ce que Madame Yin interdit formellement. De nuit, ils badigeonnent les murs de slogans, puis tandis qu’un officier les sermonne, ils prennent la sono en otage et diffusent de la cantopop. Cette partie plutôt drôle joue sur les contrastes entre l’autorité du proviseur et l’innocence des lycées.

Le film se transporte en 1990. La loi martiale a été abolie et les trois amis sont maintenant étudiants. C’est aussi le temps des premières amours. Mabel est devenue la petite amie d’Aaron qui habite avec Liam en résidence universitaire. Ce que l’on comprend petit à petit, en touches de regards échangés, est que Liam est aussi amoureux d’Aaron. Ce dernier accompagne Mabel pour trouver un cadeau d’anniversaire au troisième. Elle comprendra qu’il lui aura offert le même présent mais ne se rendra pas compte de son amour pour lui. Il s’efface devant elle et ne se déclare pas à son ami. Cette partie lie deux romantismes : l’amour et la politique. C’est Aaron qui pousse le plus loin ces romantismes. En scooter, il hurle dans toutes les langues « je t’aime », sur la tribune où les étudiants manifestent pour la démocratie, il harangue ses camarades en récitant un poème. Le jeune homme semble avoir trouvé sa passion (la politique donc) tandis que Mabel continue de vivre en écervelée (son personnage est souvent énervant), apportant de l’alcool à la manif et que Liam va passer sa frustration dans les bras d’un homme rencontré par hasards.

Comme les deux premières parties, la troisième située en 1997 (l’année de la rétrocession de Hong Kong au grand frère chinois), se déroule sur un court laps de temps. Les trois amis ne se sont pas vus depuis des années. Chacun travaille maintenant. Aaron a épousé la fille du premier ministre et a un enfant. Mabel va chercher à les réunir lors du mariage gay de Ron (Bryan Chang), un vieux copain du lycée. Le film marque alors à la fois la liberté acquise à Taïwan mais aussi la perte des illusions. C’est aussi la moins réussie appuyant un peu trop sur le drame, plus convenue dans le traitement dans sa recherche de boucler son récit. Cette dernière partie se concentre sur Liam, le personnage le plus mystérieux et le plus malheureux de Girlfriend*Boyfriend. Il faut saluer l’interprétation de Joseph Chang qui par un seul mouvement des yeux exprime toute la détresse de son personnage. Jamais Liam ne parviendra à sublimer charnellement son amour pour Aaron. Par une astuce de scénario, Liam sera cependant l’héritier de la passion entre Mabel et Aaron. Le film avait débuté par cela, de manière énigmatique, et ce termine avec cette révélation émouvante.

Girlfriend*Boyfriend (女朋友。男朋友, Taïwan, 2012), Un film de Yang Ya-che avec Joseph Chang, Guey Lun-mei, Rhydian Vaughan, Bryan Chang, Chou Ling, Tang Guo-zhong, Yang Wen-wen, 

mercredi 23 janvier 2013

Beautiful 2012


Beautiful 2012 est une compilation de quatre courts-métrages d’une durée de 17 à 25 minutes produits par le Festival de Hong Kong et disponibles en visionnement libre sur divers sites dont youku.com (et aussi vimeo et youtube). Débutant avec le film de la hongkongaise Ann Hui, se poursuivant avec celui du chinois Gu Changwei, enchaînant avec la participation du taïwanais Tsai Ming-liang et se terminant avec le coréen Kim Tae-yong, chaque film, on l’imagine illustre une beauté physique, du cœur ou de son âme. Ce qui est certain est que les quatre films sont tous très différents dans leur qualité formelle et dans leur ambition narrative.

Les deux films les moins intéressants sont Long Tou et You are more than beautiful. Ce dernier est le récit tendre et joyeux d’un jeune homme qui engage une prostituée pour l’accompagner au chevet de son père malade. Tourné dans la campagne coréenne et en parlant la langue, la première partie voit les deux personnages discuter dans l’automobile. Le garçon est taciturne, elle au contraire parle beaucoup. Ils font une halte dans le hara de son père où elle cherche à le divertir. Elle doit passer pour sa fiancée auprès du père mais le jeune homme fait peu d’efforts. Ils prennent des photos (la preuve de leur union) et partent à l’hôpital où le père est en train de mourir. Leur subterfuge n’a pas lieu de se poursuivre mais elle décide de rester, de lui chanter un air d’opéra coréen. Le film est à la fois correct et banal. Il se regarde comme un gentil petit film pourtant un peu trop long. La beauté est ici donc celle du cœur, celle de cette prostituée qui va donner un peu de sa beauté à ce jeune homme qui règle ses comptes avec son père.

Long Tou commence sur l’autoroute où un homme traine derrière lui un long fil où sont accrochés des bidons de plastic. A ses risques et périls, il traverse les voies sans se soucier des automobiles. Puis, on passe dans un café littéraire où trois écrivains dans leurs propres rôles discutent. Un quatrième homme arrive, l’air triste, il s’assoit. La télévision allumée sur les infos diffuse soudain des images en noir et blanc de cet homme. Le film est confus et, pour tout dire, relativement prétentieux. J’imagine qu’il parle de la solitude des êtres mais je n’en suis même pas certain.

My way étonne dès son ouverture quand on découvre Francis Ng en femme. L’acteur incarne un homme marié et père d’un adolescent qui décide un beau jour d’assumer sa transexualité. On le découvre parcourant les rues, aller au travail où ses collègues ne semblent pas remarquer son changement puis rentrer chez lui où il s’engueule avec son épouse tandis que le fils écoute. Il va rencontrer trois transexuels qui lui donnent des conseils pour l’opération qu’il va faire pour changer de sexe. Le film d’Ann Hui explore avec douceur, comme à son habitude, un univers inédit dans le cinéma hongkongais, tout du moins sur un mode non comique. La cinéaste envisage tous les enjeux de la problématique, sociaux, familiaux et culturels. Aucun voyeurisme mais au contraire une tendresse pour son personnage.

Tsai Ming-liang poursuit dans Walker son obsession du plan séquence qu’il pousse jusqu’à ses derniers retranchements. Lee Kang-sheng incarne un moine, tête baissée tenant un hamburger et un sac dans ses mains. Vêtue d’une toge rouge vif et pieds nus, il parcourt les rues de Hong Kong dans un rythme extrêmement lent. Parfois en gros plan devant une immense publicité pour les sous-vêtements avec Aaron Kwok, parfois en plan très large, le moine est souvent regardé par les passants étonnés. Sans parole, ni musique sauf une chanson de Sam Hui dans le dernier plan et le générique final, le film se promène avec lenteur dans les lieux les plus connus du cinéma hongkongais que l’on connait tous mais que l’on voit d’habitude très rapidement au gré des course-poursuites des films cantonais. Tsai Ming-liang clame son admiration à ce cinéma si éloigné du sien mais pour lequel il éprouve une fascination.

Beautiful 2012 (美好2012, Hong Kong, 2012) Quatre courts-métrages produits par la Hong Kong International Film Festival Society. My way (我的路) Un film d’Ann Hui avec Francis Ng, Jade Leung, Chan Lai-wan, Leung Wing-yan, Wong Yan-kam, Lee Kin-wing, Li Ka-wan. Long Tou (龍頭) Un film de Gu Changwei avec Yan Lianke, Yang Weiwei, Fang Fang. Walker (行者)  Un film de Tsai Ming-liang avec Lee Kang-sheng. You are more than beautiful (你何止美) Un film de Kim Tae-yong avec Kong Hyo-jin, Park Hee-soon.

lundi 31 décembre 2012

Bilan de l'année 2012



Si le nombre de films asiatiques sortis en France a augmenté en 2012 (25 longs-métrages soit six de plus qu’en 2011), les chiffres d’entrées est bien plus faible. Ainsi le Ghibli de l’année, La Colline aux coquelicots, a attiré presque 50% de spectateurs de moins qu’Arriety sorti exactement à la même période. Certes, la critique n’a pas été tendre avec ce nouvel film d’animation tourné par le fils d’Hayao Miyazaki mais cela n’explique pas tout. En revanche, l’inflation des sorties hebdomadaires n’aident pas pour les films les plus fragiles : d’abord, il sort chaque mercredi un grand nombre de films pouvant parfois aller jusqu’à 15, y compris l’été période habituellement moins fournie. Ensuite, les gros films, blockbusters hollywoodiens comme films français à stars, sortent sur un nombre de copies très important laissant peu de place aux autres. Enfin, la conséquence de ces deux données fait que les films restent peu de temps dans les cinémas. Il faut donc au spectateur être très attentif aux séances, parfois attendre le film longtemps quand il sort. Et j’ajouterai que certains films sont tellement faibles et sans surprises (Tokyo park, Sauna on Moon, Hanezu par exemple), qu’il est difficile de les défendre et de convaincre d’aller les voir. Il est très décevant de constater qu’un si beau film comme Les Enfants loups, Ame et Yuki ait eu si peu de spectateurs. On peut regretter aussi que le Festival de Cannes, toutes sections confondues, ne cherche plus à sélectionner des films inconnus et se contente d’inviter, encore une fois, Kim Ki-duk ou Hong Sang-soo, qui signe son plus gros succès cette année grâce à Isabelle Huppert. D’ailleurs, la Quinzaine des réalisateurs a programmé The King of pigs, descendu par la presse lors de sa présentation et qui risque de ne jamais être présenté au public malgré ses qualités. A propos de festival, il faut se féliciter de la rétrospective Ann Hui à Paris, en espérant que les films de la cinéaste seront un jour plus visibles (A simple life devrait sortir en mars). Il reste aussi les dvd, toujours à propos d’Ann Hui, Spectrum Films a édité The Way we are mais également The Heavenly kings de Daniel Wu (il était temps). Wild Side a sorti plusieurs films : The Stool pigeon (sous le titre de The Crash), Monga (sous le titre Dragons : la guerre des gangs) et Triple tap (sous le titre de Shooters) – sans que je comprenne l’intérêt de changer des titres en anglais pour des titres en anglais. Herman Yau a eu droit à deux sorties dvd (son Ip Man et Qiu Jin la guerrière), deux de ses films les plus récents. Carlotta poursuit son travail d’édition de films classiques tandis que Metropolitan-HKVidéo-Seven Sept alterne sorties dvd de films récents (13 assassins) et films rares (deux Teruo Ishii) abandonnant (de manière non définitive, je l’espère) la découverte de comédies cantonaises. Ceci étant, on attend encore la sortie du dernier Tsui Hark (qui passe souvent en festival), des Johnnie To inédits (il y en a encore beaucoup) ou d’autres films excellents mais qui n’on pas le prestige de ces deux cinéastes (Hong Kong ghost stories, Gallants, East meets west 2011, Love in the buff ou Vulgaria pour n’en citer que cinq). Il faut dire que trouver des bons films à Hong Kong est devenu un labeur. Je n’ai rien contre le fait de sortir Time warriors : la révolte des mutants alias Future X Cops de Wong Jing, sombre navet d’un ennui mortel ou Revenge : a love story de Wong Ching-po polar putassier ou encore le très médiocre Shaolin de Benny Chan, puisque plus il y a des films, plus je suis content, mais cela se fait au détriment des bons films : le nivellement par le bas, l’absence de qualité pourraient donner l’impression que tous les films hongkongais sont comme ça. Le pire est peut-être que les éditeurs pensent que le public aime ça. Or, même à Hong Kong, les spectateurs se détournent de ses films. La part de marché des films locaux est en chute libre par rapport à 2011. Sur les 25 plus gros succès de 2012, on trouve 19 films américains. Le premier film hongkongais arrive en 13ème position (Love in the buff), suivi de A simple life (14ème), The Viral factor (16ème) I love Hong Kong 2012 (21ème) et Motorway (25ème). Et les grosses productions avec la Chine, dont la quantité est en augmentation mais leur qualité en baisse, ne change rien à la donne. Le cinéma de Hong Kong va très mal. Très, très mal.

Box office des films d’Asie sortis en France :
La Colline aux coquelicots. 429192 spectateurs
The Raid 182575 spectateurs
Les Enfants loups, Ame et Yuki 167.716 spectateurs
In another country 71.120 spectateurs
I wish 58.330 spectateurs
Le Chien du Tibet 33.256
11 fleurs 23.303
La Servante 15.144
Lili à la découverte du monde sauvage 11.666
Tatsumi 9030
Saya Zamuraï 6.982
Fengming, Chronique d'une femme chinoise 6.945
La Rizière 6.169
Tokyo park 5.769
Saudade 4.233
Le Fossé 3.086
Headshot 1.849
Genpin 718
(merci à Mathias Mosely pour les chiffres)

Pour finir, 12 films que j’ai aimés en 2012 (par ordre alphabétique)

Bonne année 2013 pleine de bons films.