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jeudi 1 août 2013

Who’s the woman who’s the man


Deux ans après He’s a woman she’s a man, Sam Koo (Leslie Cheung) est toujours le petit ami de Wing (Anita Yuen). Ils ont décidé de tout re-décorer l’appartement où ils habitent avec Fish (Jordan Chan), l’ami d’enfance un peu brut de décoffrage de Wing. Un nouveau décor pour une nouvelle vie pour chacun des personnages de Who’s the woman who’s the man. Le personnage de star de la cantopop de Rose (Carina Lau) n’est là que sur une photo dans le salon, c’est désormais Wing, jeune femme qui se fait passer pour un homme depuis le premier film. En recevant, une récompense pour son dernier album Wing déclare sur scène son amour à Sam, qui s’écroule dans son fauteuil, désolé que le public puisse penser qu’il est gay.

Le milieu de la cantopop que décrit Peter Chan dans son film est le plus gentil du monde. Tout le monde s’apprécie et aucun paparazzi ne vient troubler la tranquillité du couple que forment Sam et Wing. Auntie (Eric Tsang), l’agent haut en couleur aux cheveux blonds et à la fine moustache noire du couple, vient apporter la touche queer au film. Eric Tsang fait le job en une seule séquence où il engage un chanteur médiocre parce qu’il est mignon. Plus tard, il consolera Sam dans une scène un peu forcée où il joue du piano. Il est le seul à connaitre la vraie vie du couple. La cérémonie rend hommage à Fan Fan (Anita Mui), star qui a introduit l’androgynéité dans la chanson et qui a quitté le milieu depuis des années. Elle vogue sur son voilier au gré de ses envies et décide de débarquer pour rencontrer ce drôle de couple.

Les figures majeures de Who’s the woman who’s the man sont le masque et le travestissement. D’abord le masque invisible que porte Wing composé uniquement d’une paire de lunettes et d’une coupe de garçon. Personne n’a encore compris que Wing n’est pas un homme. Après la cérémonie, Wing organise une soirée déguisée. Elle porte, tout comme Fan Fan, un masque de Whoopi Goldberg, elles vont se rencontrer, se parler et comprendre que si elles arborent la même tête, c’est que quelque chose va les rapprocher. Or, Sam quand il arrive à la soirée n’a pas compris qu’il doit porter un masque, il est le seul personnage du film qui veut rester lui-même. Il choisit un masque de Woody Allen, métaphore des gros soucis de cœur qui vont lui tomber dessus. Mais masqué, chacun peut dire ce qu’il pense sans peur de se révéler trop, et l’alcool aidant, tout peut se terminer dans le lit.

Le travestissement est double. Celui des vêtements qui donnera à Fish l’envie de s’habiller en femme pour plaire à O (Theresa Lee), l’assistante lesbienne de Fan Fan. Fish tente de la séduire et se berce d’illusion malgré les refus d’O. Wing est engagée pour tourner un film. Elle devra jouer une femme et son partenaire masculin sera Fan Fan déguisée en homme. C’est là que le travestissement de la vérité commence pour ces deux couples hors-norme. Wing et Fan Fan entament une liaison d’abord strictement cinématographique (le film dans le film avec la scène du baiser sans cesse retardée à cause du hoquet de Wing) puis réelle, sous les yeux de Sam désespéré. Le film propose beaucoup de combinaisons amoureuses et sexuelles avec une volonté de surenchère par rapport à He’s the woman she’s the man. Pourtant ce marivaudage très chic dans le très grand appartement s’avère très gentil et parfois très banal.

Who's the woman who's the man (金枝玉葉2, Hong Kong, 1996) Un film de Peter Chan avec Leslie Cheung, Anita Mui, Anita Yuen, Jordan Chan, Theresa Lee, Eric Tsang, Carina Lau, Clarence Hui, Andy Hui, Edmond Leung, Ann Hui, Alfred Cheung, Clifton Ko, Joe Cheung.

mercredi 8 mai 2013

Sortie en France d'Une vie simple d'Ann Hui

La sortie en salles d'Une vie simple est une bonne nouvelle. Ann Hui, hormis quelques éditions en dvd, a rarement eu la chance de voir ses films distribués. 29 cinémas proposent le film, il ne faut pas hésiter tant la qualité du dernier film de la réalisatrice est grande. Le film a reçu en 2012 les principaux Hong Kong Film Awards. Ann Hui poursuit ainsi son analyse de la vieillesse en Chine et à Hong Kong, après The Postmodern life of my aunt en 2007 et The Way we are en 2008

Mon texte sur Une vie simple.


mercredi 23 janvier 2013

Beautiful 2012


Beautiful 2012 est une compilation de quatre courts-métrages d’une durée de 17 à 25 minutes produits par le Festival de Hong Kong et disponibles en visionnement libre sur divers sites dont youku.com (et aussi vimeo et youtube). Débutant avec le film de la hongkongaise Ann Hui, se poursuivant avec celui du chinois Gu Changwei, enchaînant avec la participation du taïwanais Tsai Ming-liang et se terminant avec le coréen Kim Tae-yong, chaque film, on l’imagine illustre une beauté physique, du cœur ou de son âme. Ce qui est certain est que les quatre films sont tous très différents dans leur qualité formelle et dans leur ambition narrative.

Les deux films les moins intéressants sont Long Tou et You are more than beautiful. Ce dernier est le récit tendre et joyeux d’un jeune homme qui engage une prostituée pour l’accompagner au chevet de son père malade. Tourné dans la campagne coréenne et en parlant la langue, la première partie voit les deux personnages discuter dans l’automobile. Le garçon est taciturne, elle au contraire parle beaucoup. Ils font une halte dans le hara de son père où elle cherche à le divertir. Elle doit passer pour sa fiancée auprès du père mais le jeune homme fait peu d’efforts. Ils prennent des photos (la preuve de leur union) et partent à l’hôpital où le père est en train de mourir. Leur subterfuge n’a pas lieu de se poursuivre mais elle décide de rester, de lui chanter un air d’opéra coréen. Le film est à la fois correct et banal. Il se regarde comme un gentil petit film pourtant un peu trop long. La beauté est ici donc celle du cœur, celle de cette prostituée qui va donner un peu de sa beauté à ce jeune homme qui règle ses comptes avec son père.

Long Tou commence sur l’autoroute où un homme traine derrière lui un long fil où sont accrochés des bidons de plastic. A ses risques et périls, il traverse les voies sans se soucier des automobiles. Puis, on passe dans un café littéraire où trois écrivains dans leurs propres rôles discutent. Un quatrième homme arrive, l’air triste, il s’assoit. La télévision allumée sur les infos diffuse soudain des images en noir et blanc de cet homme. Le film est confus et, pour tout dire, relativement prétentieux. J’imagine qu’il parle de la solitude des êtres mais je n’en suis même pas certain.

My way étonne dès son ouverture quand on découvre Francis Ng en femme. L’acteur incarne un homme marié et père d’un adolescent qui décide un beau jour d’assumer sa transexualité. On le découvre parcourant les rues, aller au travail où ses collègues ne semblent pas remarquer son changement puis rentrer chez lui où il s’engueule avec son épouse tandis que le fils écoute. Il va rencontrer trois transexuels qui lui donnent des conseils pour l’opération qu’il va faire pour changer de sexe. Le film d’Ann Hui explore avec douceur, comme à son habitude, un univers inédit dans le cinéma hongkongais, tout du moins sur un mode non comique. La cinéaste envisage tous les enjeux de la problématique, sociaux, familiaux et culturels. Aucun voyeurisme mais au contraire une tendresse pour son personnage.

Tsai Ming-liang poursuit dans Walker son obsession du plan séquence qu’il pousse jusqu’à ses derniers retranchements. Lee Kang-sheng incarne un moine, tête baissée tenant un hamburger et un sac dans ses mains. Vêtue d’une toge rouge vif et pieds nus, il parcourt les rues de Hong Kong dans un rythme extrêmement lent. Parfois en gros plan devant une immense publicité pour les sous-vêtements avec Aaron Kwok, parfois en plan très large, le moine est souvent regardé par les passants étonnés. Sans parole, ni musique sauf une chanson de Sam Hui dans le dernier plan et le générique final, le film se promène avec lenteur dans les lieux les plus connus du cinéma hongkongais que l’on connait tous mais que l’on voit d’habitude très rapidement au gré des course-poursuites des films cantonais. Tsai Ming-liang clame son admiration à ce cinéma si éloigné du sien mais pour lequel il éprouve une fascination.

Beautiful 2012 (美好2012, Hong Kong, 2012) Quatre courts-métrages produits par la Hong Kong International Film Festival Society. My way (我的路) Un film d’Ann Hui avec Francis Ng, Jade Leung, Chan Lai-wan, Leung Wing-yan, Wong Yan-kam, Lee Kin-wing, Li Ka-wan. Long Tou (龍頭) Un film de Gu Changwei avec Yan Lianke, Yang Weiwei, Fang Fang. Walker (行者)  Un film de Tsai Ming-liang avec Lee Kang-sheng. You are more than beautiful (你何止美丽) Un film de Kim Tae-yong avec Kong Hyo-jin, Park Hee-soon.

mercredi 12 décembre 2012

The Spooky bunch


Les fantômes, il y a ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas, affirme le narrateur pour lancer The Spooky bunch, deuxième film d’Ann Hui. Ceux qui croient aux fantômes, ce sont d’abord les plus anciens. Le grand oncle Ma qui est persuadé qu’une malédiction frappe sa famille et que le dernier descendant, son neveu Dick (Kenny Bee) ne pourra pas avoir d’enfants. Ce qui constitue pour lui un grand malheur. Il y a aussi la grand-mère Maria (Cheung Mang-ha) convertie au christianisme mais qui continue de croire à la réincarnation. Pour que cette malédiction cesse, le vieil oncle a engagé la troupe de théâtre de Chi (Josephine Siao), petite fille de Maria, afin que Dick se marie avec elle.

Ceux qui n’y croient pas, en l’occurrence la nouvelle génération, vont avoir de sacrées surprises car un esprit vient hanter les coulisses. C’est une petite fille qui vient taquiner avec sa petite voix espiègle les comédiens. C’est d’abord le gros Fatso (Chiang Kam) qui l’aperçoit, vient pour la draguer. Elle disparait aussitôt. Puis, c’est One (Chung Kwan), le premier rôle de la troupe qui est frappé. Il se met à s’exprimer avec sa voix, à avoir ses mimiques enfantines. Chi tente de savoir qui est cette gamine, elle interroge par One mais elle ne demande qu’une chose : regarder la télévision. Cette jeune fille fantomatique est déjà imprégnée de modernité mais elle vient d’une autre époque, des années 1930 et erre depuis cinquante ans dans les limbes. Elle fuit surtout sa maitresse (Tina Lau), une méchante femme qui crée ces apparitions de fantômes.

Enfin, c’est l’oncle Dang (Lau Hak-suen) qui est la victime des revenants. Il revit l’une de ses vies passées où il était militaire et se fait même fusiller. Dick et Chi cherchent alors, une fois que les anciens les auront convaincus qu’ils sont hantés, à contacter un moine taoïste qui pourra pratiquer l’exorcisme. L’oncle Dang sérieux comme un pape lorsqu’il dirige la troupe se transforme en vieux sénile quand il est possédé. Il se met à répéter tous les gestes et toutes les paroles de tous ceux qui s’adressent à lui, créant un burlesque non-sensique. Chi est également un personnage comique se comportant comme une gamine immature, jouant à saute-moutons avec les enfants, posant des questions puériles et provoquant les autres protagonistes avec ses caprices. Le sommet gaguesque est atteint quand, lors d’une représentation d’un opéra, où les fantômes s’invitent dans les corps des acteurs.

On ne trouve pas beaucoup d’effets spéciaux dans The Spooky bunch. Ann Hui préfère pour montrer l’arrivée des fantômes faire confiance au montage, champ : le revenant est là, contre-champ : il a disparu. Une lanterne se déplace seule au milieu de la nuit. Elle travaille aussi les sons, ceux de la voix de l’enfant qui prend possession du corps de One, les bruits des mitraillettes dans un plan large nocturne où Dang est menacé, des cris étouffés se font entendre çà et là. C’est avec des moyens très simples et très modestes (on sent que le budget du film est assez faible) qu’elle entend suggérer le surnaturel faisant confiance au spectateur qui croit sans doute encore aux fantômes. D’autres films bien supérieurs à The Spooky bunch, ceux de Sammo Hung avec ses Exorciste chinois ou la série Mr. Vampire, le génial Zu warriors of the magic mountain, se chargeront d’améliorer tout cela en passant l’action dans une Chine légendaire.

The Spooky bunch (撞到正, Hong Kong, 1980) Un film d’Ann Hui avec Josephine Siao, Kenny Bee, Lau Hak-suen, Kwan Chung, Tina Lau, Chiang Kam, Cheung Mang-ha.

samedi 7 juillet 2012

Une vie simple



Avec A simple life (présenté au Festival de Venise 2011 où Deannie Yip reçut le prix d’interprétation féminine), Ann Hui poursuit son approche de la vieillesse des habitants de Hong Kong après The Way we are. Deannie Yip est Chung Chun-tao, que tout le monde appelle Ah Tao. Célibataire, elle a passé toute sa vie a été la bonne à tout faire, la femme de ménage et la nurse de la famille de Roger Leung (Andy Lau). Il a été élevé, ainsi que sa sœur et son frère, par Tao qui a été au service des Leung pendant soixante ans. Le pré-générique du film indique que Tao a été « adoptée » à l’âge de dix ans par le grand-père de Roger. C’était alors la guerre et son destin de fille de personne la condamnait sans cela.

La fin de l’autonomie pour la vieille dame est arrivée. Elle est victime d’une crise cardiaque. Roger a décidé de s’occuper d’elle. Elle a lui tant donné et veut l’en remercier en retour. Il est producteur de cinéma ce qui permet de le mettre en scène avec Tsui Hark et Sammo Hung, ses deux partenaires de Detective Dee, pour un moment humoristique où ils sont censés concevoir un film ensemble en Chine et qu’ils tentent (avec succès) de faire cracher au bassinet un producteur chinois. Plus tard dans le film, Roger et Tao assistent à l’avant première de ce film (dont Roger dira qu’il est mauvais) et on voit dans l’assistance Raymond Chow, Andrew Lau, John Shum ou le réalisateur chinois Ning Hao, poulain de la société Focus d’Andy Lau. Un peu de pub ne fait pas de mal.

Tao reste handicapée. Son côté gauche ne fonctionne plus. Roger cherche une maison de repos, un hospice de vieux où elle pourra être soignée. Cette recherche n’est pas simple, son interlocutrice lui fait clairement comprendre que plus il pourra payer, mieux elle sera soignée. On pense d’abord qu’Ann Hui cherche à faire un film pamphlet sur les mauvais traitements que subissent les vieux, sur leur abandon par la nouvelle génération. Mais elle parvient à déjouer les écueils du film social. Roger parvient à magouiller une place pour sa vieille nourrice grâce à sa rencontre avec Grasshopper (Anthony Wong), un homme un peu étrange qui porte un bandeau sur l’œil. Ils semblent être amis depuis longtemps. Tao sera soignée par l’infirmière Choi (Qin Hailu).

La majorité du film se déroulera dans cet hospice de vieux. Tao a d’abord un peu de mal à s’y faire puis elle rencontre ses coturnes. Beaucoup de vieilles dames avec leurs soucis de sante et aussi monsieur Kin (Paul Chun) qui vient bousculer tout en proposant de donner des cours de danse, en faisant des blagues et surtout en demandant régulièrement 300 HK$ pour ses « besoins » personnels. La belle idée de A simple life est de s’adapter au rythme de son personnage principal, d’y montrer une vie lente mais qui vibre encore beaucoup. L’énergie de Deannie Yip, son jeu fort, son regard perçant sont pour beaucoup dans la réussite du film qui se veut le plus réaliste possible sans tomber à aucun moment dans le moindre misérabilisme.

Le film montre aussi une société chinoise qui a radicalement changé dans se hiérarchisation de ses classes sociales. Tao a toujours fait partie des gens qui servent les riches. Elle refuse de se faire soigner les dents par un dentiste incarné par Chapman To. Or, ces gens riches sont aujourd’hui devenus banals comme le montre cette scène où Roger, parce qu’il s’habille simplement, sans luxe, est pris par une secrétaire pour le plombier. Mais pour Tao, il faut continuer de perpétuer cette manière en restant obséquieuse devant la mère de Roger, en refusant cet argent dont elle pourtant bien besoin. Pas seulement un portrait sur la vieillesse, A simple life est un beau film sur l’amitié entre les âges qui parvient à donner la dose juste de l’émotion et de du sourire comme dans cette belle scène où Roger et ses anciens copains d’enfance parlent à Tao au téléphone et qu’elle les reconnait tous.

Une vie simple (A simple life, 桃姐, Hong Kong, 2011) Un film d’Ann Hui avec Andy Lau, Deannie Yip, Wang Fu-li, Qin Hailu, Lam Yi-man, Paul Chun, Hui Pik-kei, Elena Kong, Anthony Wong, Yu Man-si, Don Yu Dong, Helena Law, Sammo Hung, Tsui Hark, Chapman To, Ning Hao, John Shum, Raymond Chow, AngelaBaby, Leung Tin, Hui Siu-ying, Tam Bing-man, Andrew Lau, Gung Suet-fa, Joe Cheung.

vendredi 9 mars 2012

Sorties à Hong Kong (mars 2012)

A simple life (桃姐, Hong Kong, 2011)
Un film d’Ann Hui avec Andy Lau, Deannie Yip, Wang Fu-li, Qin Hailu, Lam Yi-man, Paul Chun, Hui Pik-kei, Elena Kong, Anthony Wong, Yu Man-si, Don Yu Dong, Helena Law, Raymond Chow, AngelaBaby, Chapman To, Tsui Hark, Ning Hao, John Shum, Sammo Hung, Leung Tin, Hui Siu-ying, Tam Bing-man, Andrew Lau, Gung Suet-fa, Joe Cheung. 119 minutes. Classé Catégorie I. Sortie à Hong Kong : 9 mars 2012.

mercredi 26 janvier 2011

Filmographie : Ann Hui


Ann Hui 許鞍華
The Secret (瘋劫, 1979) Sortie à Hong Kong le 1er novembre 1979.
The Spooky bunch (撞到正, 1980) Sortie à Hong Kong le 22 mai 1980.
The Story of Woo Viet (胡越的故事, 1981) Sortie à Hong Kong le 24 avril 1981.
Boat people (投奔怒海, 1982) Sortie à Hong Kong le 13 octobre 1982.
Love in a fallen city (傾城之戀, 1984) Sortie à Hong Kong 2 août 1984.
The Romance of book and sword (書劍恩仇錄, 1987) Sortie à Hong Kong le13 août 1987.
Princess Fragrance (香香公主, 1987) Sortie à Hong Kong le 28 août 1987.
Starry is the night (今夜星光燦爛, 1988) Sortie à Hong Kong le 13 octobre 1988.
Swordsman (笑傲江湖, 1990) Sortie à Hong Kong le 5 avril 1990.
Song of the exile (客途秋恨, 1990) Sortie à Hong Kong le 27 avril 1990.
My American grandson (上海假期, 1991) Sortie à Hong Kong le 7 novembre 1991.
Zodiac killers (極道追蹤, 1991) Sortie à Hong Kong le 20 juillet 1991.
Boy and his hero (少年與英雄, 1994)
Summer snow (女人四十, 1995) Sortie à Hong Kong le 4 mai 1995.
Stunt woman (Ah Kam, 阿金, 1996) Sortie à Hong Kong le 10 octobre 1996.
Eighteen springs (半生緣, 1997) Sortie à Hong Kong le 12 septembre 1997.
As time goes by (去日苦多, 1997)
Ordinary heroes (千言萬語, 1999) Sortie à Hong Kong le 10 avril 1999.
Visible secret (幽靈人間, 2001) Sortie à Hong Kong le 1er juin 2001.
July rhapsody (男人四十, 2002) Sortie à Hong Kong le 14 mars 2002.
Goddess of mercy (玉觀音, 2003) Sortie à Hong Kong le 15 avril 2004.
The Postmodern life of my aunt (姨媽的後現代生活, 2006) Sortie à Hong Kong le 8 mars 2007.
The Way we are (天水圍的日與夜, 2008) Sortie à Hong Kong le 28 août 2008.
Night and fog (天水圍的夜與霧, 2009) Sortie à Hong Kong le 7 mai 2009.
All about love (上上下下, 2010) Sortie à Hong Kong le 26 août 2010.
Une vie simple  (A simple life, 桃姐, 2011) Sortie à Hong Kong le 9 mars 2012.
Beautiful 2012 (美好2012, Hong Kong, 2012) 

mardi 25 janvier 2011

All about love


Elles ne s’étaient pas vues depuis douze ans, depuis leur séparation. Macy (Sandra Ng) et Anita (Vivian Chow) se retrouvent, par hasard, dans une réunion de femmes enceintes célibataires. Elles vont se raccompagner l’une l’autre, faire durer le plaisir de la discussion à rebrousser chemin, revenir sur leurs pas pour que cela continue un peu plus longtemps. Finalement, elles finiront la nuit ensemble et reprennent leur histoire d’amour là où elle s’était arrêtée.

Macy est avocate. Cheveux courts, habillée en costumes qu’elle porte avec des talons, elle milite pour la cause féministe. Plus largement, elle milite pour tous les droites. All about love commence par un mariage, celui de Macy avec un homme qui, une fois le marié file en lune de miel avec son petit ami. Depuis sa rupture avec Anita, elle a connue d’autres femmes dont Eleanor (Joey Meng), désormais en couple avec Wai (Joe Kuk) mais aussi d’autres hommes. Macy se considère comme bisexuelle ce qui est mal vue par les lesbiennes. Lors d’une réunion de militantes lesbiennes, Macy se fait gentiment houspillée à ce sujet. Elle rétorque qu’elle subit une triple discrimination : en tant que femme, féministe et bisexuelle. On lui reproche aussi de vouloir défendre un homme accusé de violences conjugales.

Cet homme, Robert (Eddie Cheung) travaille au même étage que Macy. Elle ne voulait pas le défendre, mais elle manque de clients, les factures s’accumulent et il faut bien manger. Macy rencontre Robert. Elle lui fait la leçon sur son couple et lui donne des conseils pour que ça marche mieux. Et le couple de Robert repart de plus belle. Ravi des conseils prodigués par Macy, il l’invite à dîner. Ils boivent quelques verres, s’entendent bien et finissent au lit. C’est ce soir-là qu’elle tombe enceinte, soit 10 semaines avant le retour d’Anita. Macy ne sait pas si elle doit garder l’enfant. Elle ne sait pas si elle doit le dire à Robert.

L’histoire d’Anita, belle brune aux cheveux longs, n’est pas très différente. Elle a rencontré le père de son enfant grâce à Internet. Mike (William Chan) a vingt ans. Il est étudiant et semble à peine sortir de l’adolescence. Quelques verres, une coucherie et hop. Anita est enceinte. Seulement, elle ne va pas lui dire. Il n’a pas de situation, vit de petits boulots mais il est accro à Anita. Il lui offre des petits sandwichs en forme de cœur. Pour les deux amoureuses, il va falloir faire comprendre aux deux hommes qu’elles sortent ensemble et qu’elles sont enceintes. Passée la surprise et une certaine incompréhension, ils vont tout accepter. Mike et Robert vont devenir très amis, le plus âgé deviendra un père de substitution pour son cadet.

En changeant de milieu social et de quartier (ses deux précédents films The Way we are et Night and fog analysaient le prolétariat de Tin Shui Wai), Ann Hui change aussi de forme. Sandra Ng, en tant qu’experte de personnages comiques, met son abattage au service de la comédie. Sa partition fonctionne mieux avec Eddie Cheung qu’avec Vivian Chow. William Chan, en jeune chien fou, est souvent très drôle. A certains moments, All about love fait penser à certains films de Janet Chun et Chang Hing-kai tellement l’ensemble parait léger. Bien que produit par le pachyderme Wong Jing, le film ne tombe jamais dans le graveleux. Bien au contraire, ce ton parvient à faire passer quelques messages sur la tolérance et sur les droits de chacun de choisir la vie qu’il entend vivre.


All about love (
得閒炒飯, Hong Kong, 2010) Un film d’Ann Hui avec Sandra Ng, Vivian Chow, William Chan, Eddie Cheung, Jo Kuk, Joey Meng, Eman Lam, Fan Yik-man, Conroy Chan, Simon Yam, Queenie Chu, Abe Kwong, Fung Bo-bo, Tina Lau.

samedi 22 janvier 2011

Night and fog


Après The Way we are, Ann Hui continue de filmer le quartier populaire de Tin Shui Wai dans Night and fog. L’amitié et la solidarité entre voisins cède la place à un drame de la violence conjugale. L’histoire est inspirée d’un fait divers où un homme a poignardé ses deux fillettes et sa femme. Le film commence par le journal télévisé qui annonce que l’épouse aurait tué les filles et le mari. En contrechamp, plusieurs femmes pleurent en criant que c’est l’homme qui a assassiné, que la police ment et qu’elles-mêmes le savaient. Night and fog va analyser, avec une grande précision, les raisons qui ont poussé à ce drame.

Ling (Zhang Jing-chu) est mariée depuis sept ans à Lee Sum (Simon Yam). Ensemble ils ont eu deux filles jumelles (Ariel et Audrey Chan). Tandis que Ling travaille dans un restaurant, Lee Sum emmène les petites à l’école où la directrice lui demande de l’argent pour la fête annuelle. Mais il n’a pas d’argent. Lee Sum refuse de travailler et vit sur les allocations familiales mais il ne supporte pas que Ling travaille et il la harcèle pour qu’elle quitte son boulot. La conversation au repas du soir est pleine de reproches, puis Lee Sum embrasse fougueusement sa femme et après le dîner, dans la chambre, il l’attache et la viole.

La violence que subit Ling est quotidienne. Elle sa fait insulter pour un rien pour un non. Le Sum la flanque dehors, avec les jumelles, un soir où elle renverse du riz par terre. Il jette dans le couloir de l’immeuble la gamelle de riz et quelques objets, ferme la porte à clé mais quand il entend du bruit dans le couloir, pétri de honte, il demande à Ling de vite rentrer. Elle n’en peut plus et décide de s’enfuir, sans affaires, sans vêtements, sans argent voir une assistante sociale. C’est la voisine Madame Au (Ammy Chun) qui le lui conseille. Elle se désespère d’entendre cet époux faire du mal à Ling.

L’assistance sociale ne sait pas bien quoi faire de Ling et de ses filles. Elles sont placées dans un refuge pour femmes. L’accueil est glacial. Les autres femmes ne lui souhaitent pas la bienvenue. Ling, originaire de Chine, a encore du mal avec le cantonais. Elle va être défendue pas Lily (Jacqueline Law) qui lui présente ses camarades, comme elle en bute à la société et qui se sont réfugiées là. Ce sont ces femmes là que l’on voyait en début de film. Puisque les protagonistes sont morts, Ann Hui fait de Au et Lily les témoins du calvaire de Ling, lors de l’enquête de police. Au raconte la vie familiale et Lily la vie au refuge.

Ce lieu n’est pas idéal pour une femme et ses deux filles et Ling envisage soit de rentrer chez ses parents soit chez elle. Sa mère lui rétorque que c’est normal que le mari batte sa femme. Elle est dévastée. Chez elle, elle a peur d’autant que Lee Sum n’arrête pas d’appeler sur son portable auquel elle ne répond pas. On sent qu’il devient de plus en plus nerveux, qu’il est prêt à tout et n’importe quoi pour qu’elle revienne. Une médiation est faite à l’assistance sociale mais il se met à exploser devant le conseiller. Ling repart au refuge.

On connait l’histoire actuelle grâce aux témoignages de Au et Lily. On va connaitre les débuts de l’histoire entre Ling et Lee Sum. Ling est partie adolescente de la maison familiale. Jeune adulte elle rencontre Lee Sum qu’elle amène un jour chez ses parents. Ils y resteront longtemps. Il sait se faire apprécier et construit une vaste maison pour eux et se fait appeler monsieur l’ingénieur par les villageois. Ling tombe enceinte et ils doivent se marier. C’est dans doute à ce moment précis que Lee Sum commence à regretter sa liberté et il commence à regarder la petite sœur de Ling.

Le drame de Night and fog, Ann Hui le film avec non seulement une grande sensibilité et sans sensationnalisme. Seules les scènes avec les policiers sont un peu accablantes pour eux, puisqu’ils n’ont rien fait pour sauver Ling ni même la comprendre. Le duo Simon Yam et Zhang Jing-chu terrifie par son réalisme. Elle permet à Simon Yam de montrer toute la folie de son personnage dans quelques regards caméra où son visage exprime la violence immense et irrépressible qui contraste avec la douceur et l’angoisse du visage de Ling. Un grand et beau film.

Night and fog (天水圍的夜與霧, Hong Kong, 2009) Un film de Ann Hui, avec Zhang Jing-chu, Simon Yam, Amy Chum, Law Wai-keung, Zhang Jingchu, Yim Chau-wa, Wong Yik-nam, May Che, Hui Man-ho, Angus Chan, Kenneth Cheung, Wong Hiu-yi, Ben Yuen, Yuen Tak-cheung, Stephen Ng, Zhou Jun, Ariel Chan, Audrey Chan.

lundi 10 janvier 2011

July rhapsody


Monsieur Lam (Jacky Cheung) est ce que l’on appelle un homme sans qualités, un homme passe-partout. La seule chose qui le passionne est la poésie qu’il enseigne dans ses cours de littérature. Il aime par-dessus tout les vers de Li Bai qui évoquent le fleuve Yangtse, la destination qu’il rêve de visiter depuis toujours. Ann Hui nous montre un prof qui donne son cours avec ferveur mais le contre-champ dévoile une salle de classe qui n’en a rien à fiche, à l’exception de Wu (Karena Lam) qui note scrupuleusement tout ce qui son prof.

Wu veut séduire son prof même si elle n’est qu’une lycéenne avec son petit uniforme, sans doute mineure. Lam ne veut voir en elle qu’une étudiante qui s’intéresse à la poésie. Wu lui fait du rentre-dedans, elle l’aguiche avec sa voix très douce et son regard direct. Lam ne veut pas céder à la tentation, il semble pourtant y penser, mais il résiste quand bien même Wu l’assure qu’il est aussi amoureux d’elle qu’elle de lui. Elle le sent, elle lui en fait part. Les dialogues qu’elle lui donne sont directs, donnant ses sentiments comme s’ils n’étaient jamais censurés.

Lam continue sa petite vie de famille bien tranquille. Il est marié à Ching (Anita Mui) et a deux fils. L’aîné Ang (Shaun Tam) est très sérieux, studieux et prêt à faire plaisir à ses parents. Le cadet Lui (Jin Hui) est plus libre, il désespère son père en écoutant du rap en faisant ses devoirs du soir. Les seules distractions que s’accorde Lam sont les études des poèmes de Li Bai en regardant des documentaires sur le Yangtse et les sorties avec Wong (Eric Kot) qui tient un bar à Hong Kong et qui compte s’installer à Shenzhen pour y ouvrir une discothèque.

Ang, un été, va demander à son père de lui raconter l’histoire de sa vie. Le fils n’a jamais eu l’impression de connaître son père. Il fait cette requête parce qu’un élément du passé de ses parents vient de réapparaitre. Monsieur Sheng (Tou Chung-wa) était l’ancien professeur de littérature de Lam et Ching. Sheng a un cancer et Ching va régulièrement veiller sur lui. Le fils demande une explication et le père commence à raconter les débuts de sa relation avec son épouse, qu’il ne voyait jamais que sa queue de cheval parce qu’elle était juste devant lui. Mais ce passé cache un lourd secret et Lam demande à son fils que ce soit sa mère qui lui raconte la fin de l’histoire.

Ces souvenirs attisent la possibilité d’un avenir différent pour Lam. Il envisage soudain l’adultère et se rend compte que la lycéenne qui le drague ne le rend pas insensible. C’est tout en douceur qu’Ann Hui nous amène vers la révélation de ce couple qui pourrait se former sur les bases du couple de Lam et Ching qui vécurent une histoire similaire. Il n’y aura pas d’éclats, de jalousie destructrice ou de séparation définitive. On est dans July rhapsody bien loin des canons habituels des films hongkongais où les couples ne se comprennent jamais pour, à la fin du film, se retrouver en dépit du réalisme.

Ann Hui est une conteuse de premier ordre et son thème de prédilection est la famille. L’élément perturbateur est toujours un morceau du passé qu’il faut adopter, dans lequel se lover est le moyen d’y mettre fin. Au fil des films, l’analyse de la société basée sur la famille se fait plus fine, le poids que les parents ont sur la vie de leur enfants n’est pas critiqué, il est montré comme un fait, comme un destin auquel on ne peut jamais échapper quelles que soient les faits et actes des personnages. Ann Hui est une grande cinéaste des mœurs familiaux.

July rhapsody (男人四十, Hong Kong, 2002) Un film d’Ann Hui avec Jacky Cheung, Anita Mui, Karena Lam, Tou Chung-wa, Shaun Tam, Jin Hui, Eric Kot, Leung Tin, Race Wong, Roddy Wong, Courtney Wu.

samedi 8 janvier 2011

Visible secret


Tout commence par un accident. Un homme pressé (Anthony Wong dans une courte mais magnifique apparition) veut traverser la rue et se fait happer par un tramway. Sa tête roule jusque sous la rame tandis que son corps décapité s’en va. Une gamine regarde sous le tramway pour récupérer sa pomme qui vient de tomber et se trouve nez à nez avec la tête d’Anthony Wong. Voilà comment Ann Hui lance Visible secret son film sur les fantômes. Le ton est donné : on est dans le burlesque.

Des années plus tard, Peter (Eason Chan) est un coiffeur médiocre. Il ne sait faire que des coupes au bol. Même s’il affirme que c’est à la mode, il se fait renvoyer. Ave son pote Simon (Sam Lee), il passe son temps à draguer les filles et ce soir là en boite de nuit, il rencontre June (Shu Qi) qui vient de se débarrasser de son petit ami. Un peu éméché et à la recherche d’une fille, Peter se laisse aborder par cette fille qui porte un bandeau sur l’œil gauche parce que, dit-elle, elle voit des fantômes de ce côté. Peter ramène June chez lui, ils couchent ensemble. Le lendemain matin, il est réveillé par Simon.

June n’est plus là, elle est partie sans un mot et en prenant l’argent de Peter. Certes, peu d’argent vu qu’il n’en a pas. Mais ce qui est plus troublant est la peinture rouge qui a été badigeonné sur les murs de l’appartement de Peter. Encore plus étrange, Kit le père de Peter (James Wong), se trouve hagard dans la douche. Simon et Pëter ne comprennent pas comment il a pu partir de sa maison de retraite. Le père a une explication très simple : il est possédé par un fantôme. Le fils a du mal à le croire mais cela fait deux fois dans la même journée qu’il entend parler de fantôme.

June a subitement disparu mais elle va apparaitre aussi vite dans la vie de Peter. Ils vont se retrouver à un barbecue impromptu au bord de la plage et ne plus se quitter. Il fait passer les visions de June pour un petit grain de folie plus plaisant. Mais il va vite se rendre compte que des esprits ont bel et bien pris possession des gens qu’ils croisent. Ils prennent soudain une voix caverneuse et deviennent violents. Et encore cette peinture rouge sur les murs. Et ces même mots qui sortent de la bouche des gens possédés : c’est le même fantôme chaque fois et il veut se venger.

Pas plus que ne le feront Johnnie To et Wai Ka-fai dans My left eye sees ghosts, Ann Hui ne cherche à faire peur. La grammaire basique du cinéma horrifique est là, comme dans cette scène où une voix grave appelle Peter en off. La caméra avance en travelling sur le visage circonspect d’Eason Chan. La voix l’appelle encore. Il va ouvrir la porte. Il s’agissait seulement de Simon qui ne voulait pas crier dans l’entrée pour ne réveiller les voisins. Visible secret joue constamment sur les codes du film d’horreur pour les retourner et produire des gags.

Le mélange de comédie et de romance fonctionne parfaitement. Eason Chan est l’acteur idéal pour incarner l’étonnement constant. Il ne comprend jamais ce qui se passe et il adopte le point de vue du spectateur qui n’en sait pas plus. Ses grands étonnés sont pour beaucoup dans la réussite des gags. Shu Qi a un jeu plus subtil. Elle sait exactement de quoi il retourne, ce qui se passe et pourquoi les fantômes sont là. Elle passe de l’amoureuse à la gamine espiègle en quelques secondes. C’est un personnage changeant qui est la clé de l’énigme. Ann Hui s’amuse aussi à donner à ses plans des colorations pop, histoire d’imprimer sa fantaisie sur un film de genre.

Visible secret (幽靈人間, Hong Kong, 2001) Un film d’Ann Hui avec Eason Chan, Shu Qi, Sam Lee, James Wong, Kara Hui, Wayne Lai, Anthony Wong, Lau Wing, Cheung Tat-ming, Jo Kuk, Perry Chan, Lee Fung, Yau Man-shing, Mo Ka-lai, Tiffany Lee, Ding Chu-wai, Fo Lin.

vendredi 7 janvier 2011

Summer snow


Quand le grand-père arrive dans la maison de la famille Sun, la tension monte. Le grand-père (Roy Chiao) n’est pas un type commode. Chacun doit être à ses ordres, les femmes doivent venir lui enlever ses chaussures et lui mettre les pantoufles ; Quand il a faim, elles doivent lui servir le repas. Le grand-père Liu ne sourit jamais et son fils Bing (Law Kar-ying) le craint. La belle fille May (Josephine Siao) est consternée de voir son mari se laisser faire. Mais aujourd’hui, c’est l’anniversaire de May. La grand-mère prépare des crevettes savoureuses pour May qui seront toutes dévorées par le grand-père qui ne se soucie guère du bonheur de sa bru.

May est une femme moderne et énergique. Elle travaille dans une entreprise de papier toilette. Elle s’occupe des ventes et des achats dans la boite et sait être indispensable même si l’arrivée d’une nouvelle employée qui ne jure que par l’ordinateur menace son poste. Quand elle n’est pas au boulot, May ne pense qu’à faire des économies pour les repas. Chez le poissonnier, elle attend que le poisson soit mort pour le payer moins cher. Dès qu’il y a une promotion chez un commerçant, elle y court quitte à se retrouver les bras chargés de sacs de riz. Elle croise le grand-père dans la rue, qui la suit, affirme que sa femme est paresseuse. Allen (Allen Ting), le fils de Ming se rend compte que sa grand-mère vient de mourir. Tous viennent aussi de comprendre que le grand-père perd la tête.

Qui va devoir s’occuper de lui ? A l’enterrement de la grand-mère, on découvre les membres de la famille. Le grand-père a un fils marié avec des enfants et une fille qui arrive en sanglots, toute mouillée (il pleut). Mais il prend sa fille pour une vieille femme. De toute façon, la seule personne qu’il reconnait est May. Tandis que tout le monde à du chagrin car la grand-mère était appréciée, Liu ne se rend compte de rien. Quand la famille va du temple au cimetière, il se met au garde à vous, comme s’il voyait un défilé militaire. May et Bing vont donc s’occuper de Liu puisque personne ne le veut, chacun cherche une excuse. Le grand-père semble vivre à nouveau la guerre quand il était soldat. Les jeux vidéo d’Allen ressemblent aux commandes de son avion de chasse. Un parapluie lui évoque un parachute et il saut de la terrasse. Tout cela effraie la famille.

Toute la famille va vivre au rythme de Liu. Ann Hui en profite pour passer en quelques plans du comique au tragique. Lan (May Law), la fille de Liu qu’il prend pour une vieille femme, décide de le garder une après-midi. Mais il s’enfuit de la maison et il marche plus vite qu’elle avec ses talons hauts. Elle vole des sandales pour la rattraper. Il manque de se faire écraser quand il traverse les rues. Finalement, il rentre tout seul à la maison, affirme avoir faim, va se faire un sandwich dans lequel il met le savon. Ce personnage de Liu a à la fois une force burlesque, il se permet de faire tout et n’importe quoi et surtout des belles bêtises dignes des idiots et à la fois un sentiment tragique puisque c’est le crépuscule d’un homme d’un autre âge que décrit Summer snow, sans misérabilisme ni sensiblerie. Le grand-père ira en journée dans un centre médical, idée radicale pour une culture où toutes les générations vivent ensemble.

Il ne reste plus beaucoup de place pour la vie familiale et de couple pour Bing et May. Ils vont commencer à se disputer une fois le grand-père installé à la maison. Mais la flamme se rallume parfois comme cette très belle scène où les époux se mettent à chanter et danser dans une fête de quartier devant les yeux ébahis du fils. Bien sûr Ann Hui fait l’éloge de la famille unie dans Summer snow, mais elle fait aussi le constat du passage d’une époque à une autre, elle observe que les générations ne fonctionnent pas de la même façon. Liu, le grand-père, est un dinosaure, un exemple de la Chine d’après guerre. Cette famille-là n’existe plus. L’autoritarisme que Liu exerçait sur sa famille est le symbole du passé. Son petit-fils, Allen, commence à flirter avec les filles et, pour lui, il n’est pas question de mariage mais d’attirance amoureuse. May à son travail commence à être trop vieille également, tout est signe de changement d’époque, la nouvelle recrue et son ordinateur. Ce qu’essaie de montrer Ann Hui est qu’il faut chercher à harmoniser le passé et le présent, que ce travail est complexe mais bénéfique pour tous.

Summer snow (女人四十, Hong Kong, 1995) Un film d’Ann Hui avec Josephine Siao, Roy Chiao, Law Kar-ying, Tam Sin-hung, May Law, Patricia Chong, Bao Fang, Teresa Ha, Allen Ting, Chang Git-ying, Allen Fong, Lau Shun, Manfred Wong, Stephen Fung, Chow Chi-fai, Shirley Wong, Ann Hui, Cheung Chang.

lundi 3 janvier 2011

La Rivière


Une cinéaste (incarnée par Ann Hui) tourne une scène de noyage au bord d’une rivière. Par souci de précaution, un mannequin est employé mais cela ne satisfait pas la réalisatrice. Le mannequin en plastic ne se meut pas comme elle le veut et fait refaire la scène au grand dam de ses techniciens. La pause déjeuner est annoncée. Pendant son repas et entre deux clopes, la cinéaste remarque un jeune homme habillé tout en blanc. Il venait de rencontrer l’assistante de la réalisatrice et sont venus ensemble voir le tournage. Elle propose au jeune homme (Lee Kang-sheng) de faire le noyé. Il ne sait pas nager, il n’aura qu’à flotter. La prise est bonne. L’assistante amène Kang-sheng à l’hôtel pour qu’il se nettoie, puis ils font l’amour.

Un homme (Miao Tian) est allongé une serviette autour de la taille. Il est au sauna. Une main se glisse sur sa cuisse, main qu’il rejette. Il part prendre une douche, rentre chez lui, prépare à manger, repasse sa chemise, sort acheter des victuailles et croise dans la rue Kang-sheng qui tombe de son scooter juste devant lui. Une femme (Lu Yi-ching) travaille comme liftière dans un grand magasin. Elle doit sourire aux clients qui rentrent et sortent constamment de l’ascenseur. A l’appartement, Shan-keng commence à se plaindre d’une douleur au cou qu’il n’arrive plus à tenir sa tête. Elle va l’amener voir un guérisseur. L’appartement est sujet à des fuites d’eau qui vient du voisin du dessus. L’homme tente d’y remédier.

Kang-sheng est le fils de cet homme et de cette femme. Ils ne se parlent pas beaucoup, communiquent à peine. Le père et la mère semblent d’ailleurs séparés, ils font chambre séparée et ne mangent plus ensemble. Mais chacun va tenter d’aider le fils. Le père va par exemple tenir le cou du fils lors de ses déplacements en scooter. Personne ne réussit à le soigner, il commence à souffrir de plus en plus, la douleur n’arrive pas à être atténuée. Rien ne marche, ni les piqûres, ni les massages. La tête de Kang-sheng semble vouloir prendre son indépendance. Elle ne répond plus au reste du corps et se désarticule. L’acteur fétiche de Tsai Ming-liang avec son corps si particulier, si étrange, son corps brun musclé et fin surmonté d’une grosse tête aux yeux qui ne cessent d’être ébahis font merveille.

Le style de Tsai Ming-liang est connu et identifiable immédiatement. Il s’agit moins pour lui de plan séquence que de donner à chaque scène la durée qui lui permet de s’épanouir. Le spectateur va rentrer dans cette famille désunie, qui n’a plus rien à se dire et se mettre à l’épreuve de ces fluides qui ne se cessent de couler pour donner une atmosphère quasi fantastique. De la rivière polluée qui donne ce mal à Keng-sheng à l’eau qui tombe goutte à goutte dans le seau tandis que le père essaye de dormir en passant par les flots d’urine du père, tout est signe de dérèglement. La famille n’est pas dans La Rivière synonyme de bien être, c’est au contraire une cage de laquelle chaque personnage ne cessera de vouloir sortir. On met du temps à comprendre qu’ils forment une famille. Rien ne l’indique. Ils ne se croisent jamais dans l’appartement. Or, c’est la maladie qui va les réunir, comme si le mal était leur lien.

Le père, la mère et le fils vont chercher l’issue dans la sexualité. Plutôt que de s’engluer dans leur quotidien, ils fuient. La mère n’arrive pas à se faire aimer de son amant. Le père couche avec des jeunes hommes qui ne veulent pas lui pratiquer une fellation. Le fils écoute, à travers le mur, ce que fait sa jolie voisine. Le sexe n’est pas heureux et ils auront beau se laver, ils se sentent souillés. La frustration sexuelle est une malédiction tout autant que la maladie articulaire de Kang-sheng et atteindra son point limite dans la scène où le père masturbe son fils dans le sauna sans savoir sue c’est lui. L’univers que décrit La Rivière est sinistre, ou plutôt, Tsai Ming-liang met en scène de manière radicale (longs plans, absence de musique, dialogues rares) mais sublime (chaque plan est harmonieusement construit) des personnages profondément désespérés.

La Rivière (河流, Taiwan, 1997) Un film de Tsai Ming-liang avec Lee Kang-sheng, Miao Tian, Lu Yi-ching, Chen Shiang-chyi, Lu Hsiao-lin, Ann Hui.

vendredi 1 octobre 2010

Zodiac killers

Le Japon et le milieu des yakuzas sont la toile de fond de l’histoire de Zodiac killers où quelques étudiants chinois vont être confrontés à la mafia de manière impitoyable. Ils seront plongés dans un monde qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne maîtrisent pas les codes, si ce n’est par le biais de la bande dessinée et du cinéma. Et Ann Hui joue précisément sur ces codes en poursuivant sa thématique de l’exil, en l’approfondissant en faisant de Tokyo son décor où les marionnettes seront écrasées.

Le film commence par son réveil dans une séquence où les réveils se mettent tous à sonner en même temps dans un maelström sonore et visuel d’une grande beauté. On se croirait dans un manège mais il s’agit bien de la piaule de Ben (Andy Lau), un jeune étudiant à l’université du Japon qui fait visiter Tokyo aux Chinois quand il n’a pas cours. C’est un homme enjoué et heureux, assez fier de lui et de son corps, sûr de son pouvoir de séduction qu’il se plait à appliquer sur les femmes.

La femme qu’il veut séduire est Tie-lan (Cherie Chung) aperçue un soir dans un bar où Ben se rend avec son cousin Ming (Suen Pang) qui a pour ambition de devenir le gendre d’un parrain. Ben est aussi avec Zhang (Tok Chung-wa), un garçon totalement paumé qui passe son temps à montrer la photo de sa copine qui a disparu et qu’il cherche depuis des mois. Tie-lan est une entraineuse, comme on dit, qui accompagne un Japonais grossier. C’est une fille timide qui n’ose pas parler et qui se refuse à Ben.

Mais Ben est tenace. Tie-lan est retenue par Harada, un homme libidineux qui profite des l’hébergement pour abuser sexuellement d’elle. Tie-lan vit avec une de ses compatriotes qui accepte cet état, mais Tie-lan s’enfuit et trouve un autre Japonais, Asano (Ishida Junichi) qui s’avère être un yakuza en rupture de ban qui tente de faire un retour dans les affaires. Mais le clan ennemi veut l’éliminer. Ben s’immisce dans cette histoire. Il veut offrir des fleurs à Tie-lan mais Asano le prend pour un tueur. Là, la mécanique s’enraye et le filet de la pieuvre commence à les encercler.

Zodiac killers commençait de manière quasi baroque, quasi irréelle et régulièrement Ann Hui offre des scènes étranges, parfois répétées, comme lorsque Ben Et Tie-lan court dans la nuit bleutée, comme ces poursuites en moto, comme cette vieille prostituée fardée. Le film accélère son rythme au fur et à mesure jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la mort de presque tous ses personnages. Toutes les cinq minutes, un événement nouveau se produit qui fait bifurquer les personnages dans une nouvelle direction. C’est toujours très beau, les plans sont composés avec beaucoup de goût et de talent, mais c’est épuisant.

Zodiac killers (極道追蹤, Hong Kong, 1991) Un film d’Ann Hui avec Andy Lau, Cherie Chung, Ishida Junichi, Kishida Kyoko, Takazawa Zunko, Kurata Yasuaki, Tok Chung-wa, Suen Paang, Law Fei-yu, Tsang Wai-fai.

lundi 27 septembre 2010

Song of the exile

En 1973, à Londres Cheung Hue-yin (Maggie Cheung) finit ses études. Elle est jeune et passe du temps avec ses camardes d’université en attendant d’avoir des rendez-vous d’embauche. Une des ses amies en a un à la BBC. Yin a également un entretien mais un courrier la perturbe. Sa mère (Luk Siu-fan) qui vit à Hong Kong lui demande de rentrer pour assister au mariage de sa petite sœur. Après avoir résisté un peu, elle prend l’avion et va retrouver sa famille.

Très vite, les souvenirs reviennent à la mémoire quand elle vivait à Canton avec ses grands parents qui s’occupent de la petite. Le père (Waise Lee) travaille à Hong Kong et a laissé fille et mère chez ses parents. La mère passe son temps à travailler sans enthousiasme. Elle vit mal l’absence de son époux et demeure silencieuse et triste. Du coup, la petit Yin passe tout son temps avec ses grands parents et quand le père vient chercher la famille, la gamine ne veut pas partir et les grands parents vont la garder avec eux.

En 1963, Yin va à Hong Kong parce que les grands parents commencent à vieillir. C’est une ville qu’elle ne connait pas. Elle ne connait d’ailleurs pas plus sa famille. Ses parents ont eu une autre fille qui est déjà grande. Le père de Yin trouve qu’elle est bien ingrate. Une dispute s’en suit et le père lui annonce que sa mère est Japonaise. Yin l’ignorait. C’est tout un pan de l’histoire de sa famille et d’elle-même qu’elle apprend. Elle comprend qu’elles se ressemblent, qu’elles sont toutes deux des exilées.

Ann Hui mêle dans Song of the exile les époques à coup de longs flash backs qui exposent un moment marquant du passé. On passe d’une décennie à une autre pour reconstituer le puzzle de cette famille où les choses ne sont pas dites, où les secrets restent lourds à porter et où l’amour manque autant qu’il est demandé. Le passage d’une période à une autre se fait sans heurt, tout en douceur au gré des souvenirs de Yin. Elle va au coiffeur pour le mariage et cela lui rappelle son premier jour d’école où sa mère lui coupe les cheveux, drame dont elle ne s’est jamais remise.

Ces souvenirs amènent la mère à penser à son avenir. Et cet avenir la pousse à vouloir rentrer au Japon, à retrouver sa famille et terre natale. Point de nostalgie dans le film d’Ann Hui, pas plus d’idée de nationalisme, mais un sentiment de bien être à recouvrer. Yin suit sa mère au Japon. Son frère est toujours vivant et l’accueille volontiers, mais sa vieille institutrice lui reproche son départ. Yin va à la rencontre du passé de sa mère, elle se promène en vélo dans la campagne, créant quelques incidents à une ferme parce qu’elle ne parle pas la langue. Et surtout, elle apprend comment ses parents se sont rencontrés.

De manière un peu maladroite, Ann Hui filme les fêtes traditionnelles japonaises comme une touriste le ferait. Cela n’apporte pas grand-chose à l’histoire de Song of the exile. Il semble bien évident que la cinéaste a mis beaucoup d’elle-même dans son film, qu’elle parle de son propre parcours, de sa propre vie. Tout est conté avec une grande délicatesse qui dénote une grande tendresse pour tous les personnages et Maggie Cheung, dans le rôle de la cinéaste, atteint une grande justesse.

Song of the exile (客途秋恨, Hong Kong – Taiwan, 1990) Un film d’Ann Hui avec Maggie Cheung, Luk Siu-fan, Waise Lee, Siu Seung, Tien Feng, Yeung Ting-yan, Kaji Kentaro.

jeudi 26 août 2010

Sorties à Hong Kong (août 2010)

-->Curse of the deserted (荒村公寓)
Un film de Law Chi-leung avec Shawn Yue, Kitty Zhang. 96 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 26 août 2010.





-->The Stool pigeon (铫人)
Un film de Dante Lam avec Nick Cheung, Nicholas Tse, Liu Kai-chi, Kwai Lunmei, Miao Pu, Lu Yi, Sherman Chung. 112 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 26 août 2010.

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-->All about love (得閒炒飯)
Un film d’Ann Hui avec Sandra Ng, Vivian Chow, William Chan, Eddie Cheung, Jo Kuk, Joey Meng. 105 minutes. Classé Catégorie IIB.
Sortie : 26 août 2010.