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dimanche 29 juin 2014

Aberdeen


Il faut environ 13 minutes à Pang Ho-cheung pour présenter les personnages d’Aberdeen, son douzième film.  Miriam Yeung, la première à apparaitre, est dans un bunker de la seconde guerre mondiale d’où elle voit Hong Kong par une fenêtre étroite. Elle est Ching, guide touristique et historique qui se fait parfois contredire par ses clients. Eric Tsang est Yau, un gynécologue las de répéter les mêmes mots à ses patientes (inspirez, retenez votre souffle, respirez) pendant qu’il fait passer ses échographies. Il sera diverti par sa jeune assistante (Jacky Choi) qui est sa maîtresse.

Gigi Leung est Ceci, une ancienne mannequin reconvertie en actrice mais dont la carrière bat de l’aile. Lors de son casting, on lui fait comprendre qu’elle doit coucher pour avoir le rôle. Ng Man-tat est Dong, un prêtre taoïste excentrique qui répond à son portable en pleine cérémonie funéraire. Enfin, Louis Koo est Tao un conseiller tutoriel qui négocie, au téléphone, avec ses futurs clients tandis que sa fillette Chloe (Lee Man-kwai) s’entraine au kung-fu. Et puis Carrie Ng est Ta, dirigeante d’un cabaret dans un quartier mal famé.

Le récit fonctionne par bribes, par fragments d’un puzzle que Pang Ho-cheung rend mystérieux. Rien a priori n’unit les personnages présentés, on passe de l’un à l’autre avec un sens du suspense élaboré. Quand ils sont tous réunis pour célébrer le décès de l’épouse de Dong, on comprend qu’ils forment une famille. Dong est le père de Ching et Tao. Ching est l’épouse de Yau et Ceci celle de Tao. Ce qui trouble cette famille est que le père s’affiche avec Ta, sa nouvelle compagne, alors que la mère est à peine décédée.

Les rapports entre les membres de la famille sont le fond du scénario d’Aberdeen, chacun ayant un problème avec l’autre. Disputes, ressentiments et rancœurs sont les sujets de la famille. Tao trouve sa fille très vilaine et se demande s’il est vraiment le père de l’enfant. Il va passer un test ADN. Il se dispute souvent avec son père au sujet du métier, peu recommandable selon lui, de sa maîtresse. Il quitte le repas familial. Ceci cache un secret de son passé à Tao, ce qui lui fait perdre sa confiance. Sa carrière d’actrice est au point mort.

Le couple de Ching et Yau ne va pas mieux. Yau trompe sa femme avec une femme bien plus jeune qui va le harceler jusque chez lui. Ching est persuadée que ses parents la détestaient. Elle s’est même convaincu que le fantôme de sa mère lui a renvoyé les billets destinés au service funéraire. D’une manière générale, les femmes sont tournées vers leur passé alors que les hommes sont plutôt du côté de l’avenir (l’idée des enfants). Tout cela est montré de manière un peu schématique et souvent symbolique.

Le film déçoit parfois dans sa manière de ne laisser le récit évoluer que par les dialogues débités un peu tristement comme si Pang Ho-cheung tentait de tourner un film Sundance. Ceci dit, quelques moments bizarres sont toujours là, une baleine qui échoue sur une plage près du tunnel Aberdeen, le caméléon de la petite Chloe qui se transforme en mini Godzilla, Hong Kong qui est représenté en maquette sert de toile de fond aux cauchemars de la fillette. Une bombe de la seconde guerre mondiale est découverte dans le jardin de Yau et Ching.

Comme à son habitude Pang Ho-cheung est fidèle à ses acteurs préférés. Miriam Yeung et Eric Tsang, habitués de ses films accueillent les nouveaux venus dans son cinéma Ng Man-tat, Louis Koo et Gigi Leung. Dans des rôles plus petits, on retrouve Chapman To (le meilleur ami de Tao qui ne donne que des mauvais conseils), Derek Tsang (un réalisateur qui malmène Ceci dans un film de vampires qui semble être un beau nanr) et Shawn Yue (un client dans un hôtel quand Ceci cherche à gagner de l’argent en faisant l’escort girl).

Aberdeen (香港仔, Hong Kong, 2014) Un film de Pang Ho-cheung avec Miriam Yeung, Eric Tsang, Gigi Leung, Louis Koo, Ng Man-tat, Carrie Ng, Dada Chan, Shawn Yue, Chapman To, Yumiko Cheng, Jacky Choi Kit, Derek Tsang, Lawrence Chou, Lee Man-kwai.

vendredi 27 juin 2014

Le Protecteur


Le scénario du Protecteur (ah, ces titres français !) se résume à un simple MacGuffin. Fang Wei, un maître d’arts martiaux, sa fille et leur serviteur traversent la Chine avec deux pierres précieuses nommées Jade de 1000 ans et la Sphère qui ressuscite. Tous les méchants vont vouloir s’en emparer. Peu importe à quoi ces joyaux peuvent servir, encore moins à quoi ils ressemblent, on ne le saura jamais et on ne les verra jamais. Ils ne sont que le prétexte à lancer des combats pendant les 93 minutes du film.

Jackie Chan incarne Keung, un bon à rien, incapable de trouver du travail pour se payer à manger. Il ne connait rien au kung-fu et quand il se présente pour être un gardien d’une maison de riches, il se voit proposer à la place de balayer la cour. Son personnage passe son temps à rêver de gloire, à s’imaginer comme un immense artiste martial capable de terrasser les plus costauds (comme on le découvre dans le long générique d’ouverture). Tout ce qu’il reçoit, c’est une bonne paire de baffes.

Tout va changer quand il croise le chemin de deux hommes. Caché, il les regarde se battre, chacun achevant l’autre. Il comprend qu’une prime est offerte pour l’un. Il reçoit une forte somme d’argent. De l’autre, il récupère son fouet et usurpe son identité. Il se met à parader en ville, fier comme un coq. Mais forcément, quand en usurpant une identité, il se fait de nombreux ennemis, dont les membres des 5 Venins, qui veulent sa peau. Il sera sauvé par un mendiant qui l’envoie aider les Fang qu’il rencontre dans une auberge.

L’intérêt mineur de cette production de Lo Wei n’est pas dans ce périple entrepris par les Fang et le personnage de Keung, qui se contente de proposer des combats toutes les dix minutes, tous formatés et pas franchement intéressants. L’intérêt est plutôt dans l’humour potache constant du film, avec comme point d’orgue les rencontres régulières entre Keung et un étrange mendiant que joue Dean Shek. Ce dernier arrive toujours en pétant sur les lieux de leur rencontre et il fait un concours de grimaces et mimiques avec Jackie Chan.

L’humour gras est aussi présent que les gags burlesques qui se déclinent sur tous les modes. Le mendiant puant est censé enseigner le kung-fu à Keung, mais ses mouvements ridicules se retournent contre lui. Le film parodie les figures d’arts martiaux et la sacro-sainte représentation des rapports entre maître et disciple. Certains personnages portent des tenues au-delà du kitsch, une cape dorée ou une peau de léopard. Jackie Chan lance des œufs à la figure d’un costaud, ou se devient fort comme Popeye en mangeant des épinards.

Quant à la coiffure qu’arbore Jackie Chan, elle lui donne un air de bouffon (il se bat d’ailleurs avec une perruque dans une parodie de Bruce Lee et son nunchaku). Pour accentuer un peu plus les gags, histoire de les rendre rigolos, la musique est essentiellement composée de petites musiquettes qui évoquent invariablement les cartoons. Le tout donne une impression de film assez dégénéré, jamais abouti et à peine écrit mais qui étonne souvent dans cette manière outrée de faire de l’humour non-sensique. Dans ce genre, Jackie Chan fera beaucoup mieux quelques années plus tard.

Le Protecteur (Half a loaf of kung fu, 點止功夫咁簡單, Hong Kong, 1978) Un film de Chen Chi-hua avec Jackie Chan, James Tin, Doris Lung, Kim Jeong-nan, Kam Kong, Lee Hoi-lung, Ma Ju-lung, Miao Tian, Lam Chiu-hung, Dean Shek, Julie Lee, Lee Man-tai, Ko Keung, Gam Sai-yuk.Le scénario du Protecteur (ah, ces titres français !) se résume à un simple MacGuffin. Fang Wei, un maître d’arts martiaux, sa fille et leur serviteur traversent la Chine avec deux pierres précieuses nommées Jade de 1000 ans et la Sphère qui ressuscite. Tous les méchants vont vouloir s’en emparer. Peu importe à quoi ces joyaux peuvent servir, encore moins à quoi ils ressemblent, on ne le saura jamais et on ne les verra jamais. Ils ne sont que le prétexte à lancer des combats pendant les 93 minutes du film.

Jackie Chan incarne Keung, un bon à rien, incapable de trouver du travail pour se payer à manger. Il ne connait rien au kung-fu et quand il se présente pour être un gardien d’une maison de riches, il se voit proposer à la place de balayer la cour. Son personnage passe son temps à rêver de gloire, à s’imaginer comme un immense artiste martial capable de terrasser les plus costauds (comme on le découvre dans le long générique d’ouverture). Tout ce qu’il reçoit, c’est une bonne paire de baffes.

Tout va changer quand il croise le chemin de deux hommes. Caché, il les regarde se battre, chacun achevant l’autre. Il comprend qu’une prime est offerte pour l’un. Il reçoit une forte somme d’argent. De l’autre, il récupère son fouet et usurpe son identité. Il se met à parader en ville, fier comme un coq. Mais forcément, quand en usurpant une identité, il se fait de nombreux ennemis, dont les membres des 5 Venins, qui veulent sa peau. Il sera sauvé par un mendiant qui l’envoie aider les Fang qu’il rencontre dans une auberge.

L’intérêt mineur de cette production de Lo Wei n’est pas dans ce périple entrepris par les Fang et le personnage de Keung, qui se contente de proposer des combats toutes les dix minutes, tous formatés et pas franchement intéressants. L’intérêt est plutôt dans l’humour potache constant du film, avec comme point d’orgue les rencontres régulières entre Keung et un étrange mendiant que joue Dean Shek. Ce dernier arrive toujours en pétant sur les lieux de leur rencontre et il fait un concours de grimaces et mimiques avec Jackie Chan.

L’humour gras est aussi présent que les gags burlesques qui se déclinent sur tous les modes. Le mendiant puant est censé enseigner le kung-fu à Keung, mais ses mouvements ridicules se retournent contre lui. Le film parodie les figures d’arts martiaux et la sacro-sainte représentation des rapports entre maître et disciple. Certains personnages portent des tenues au-delà du kitsch, une cape dorée ou une peau de léopard. Jackie Chan lance des œufs à la figure d’un costaud, ou se devient fort comme Popeye en mangeant des épinards.

Quant à la coiffure qu’arbore Jackie Chan, elle lui donne un air de bouffon (il se bat d’ailleurs avec une perruque dans une parodie de Bruce Lee et son nunchaku). Pour accentuer un peu plus les gags, histoire de les rendre rigolos, la musique est essentiellement composée de petites musiquettes qui évoquent invariablement les cartoons. Le tout donne une impression de film assez dégénéré, jamais abouti et à peine écrit mais qui étonne souvent dans cette manière outrée de faire de l’humour non-sensique. Dans ce genre, Jackie Chan fera beaucoup mieux quelques années plus tard.

Le Protecteur (Half a loaf of kung fu, 點止功夫咁簡單, Hong Kong, 1978) Un film de Chen Chi-hua avec Jackie Chan, James Tin, Doris Lung, Kim Jeong-nan, Kam Kong, Lee Hoi-lung, Ma Ju-lung, Miao Tian, Lam Chiu-hung, Dean Shek, Julie Lee, Lee Man-tai, Ko Keung, Gam Sai-yuk.

samedi 21 juin 2014

That demon within


J’ai toujours trouvé que le visage de Daniel Wu avait quelque chose de très enfantin, qu’il dégage une innocence avec ses yeux doux, son nez ronds et ses dents qui se chevauchent. Cette image candide, Dante Lam l’utilise pour montrer toute la bonté et le calme du flic Dave Wong qu’incarne Daniel Wu, en le filmant dans un lent travelling arrière. Dave Wong travaille dans un hôpital public dont il est le gardien, une sorte de policier d’accueil. En voix off, il exprime sa joie d’avoir un travail si tranquille.

Ce visage serein est immédiatement opposé à celui de Hon (Nick Cheung), l’alter ego maléfique de Dave Wong. Hon est membre d’un gang de sept malfrats. On les découvre en ouverture de films priant pour que leur casse de déroule bien. Ils commettent leurs forfaits en portant des masques de démon. Ultra violents, ils n’hésitent pas à utiliser des gros calibres pour tirer sur les flics et les passants. Lors d’un vol de bijoux qui se termine mal, Hon finit à l’hôpital.

Le premier regard entre les deux hommes, le gentil flic et le violent braqueur, a lieu sur deux lits d’hôpital. Dave, avec son bon cœur, accepte de donner un peu de sang à Hon qui en a beaucoup perdu dans la fusillade. Pops (Dominic Lam), comme ses hommes l’appellent, est le chef de la brigade anti-gang et engueule le jeune flic comme du poisson pourri. Alors que plusieurs de ses policiers sont morts, lui sauve le tireur.

Derrière ses allures classiques de film de flics qui chassent les braqueurs, That demon within cherche à dresser le portrait d’un homme mentalement dérangé. Non pas celui de Hon, tueur froid que Nick Cheung incarne encore une fois brillamment, non pas ceux de ses six collègues braqueurs que l’appât du gain va rendre nerveux au point de ne plus se faire confiance, mais celui du brave policier qu’est Dave. Derrière ce visage impavide et neutre se cache un fou.

Il n’est pas présenté comme fou, mais plutôt comme un flic têtu, respectant le code à la lettre, étant un policier procédurier qui reproche à ses collègues de faire des pauses. Personne ne veut être son équipier et il est d’ailleurs solitaire. Chez lui, quand il estime avoir mal fait son travail, il se punit lui-même, torse nu il se flagelle avec la boucle de sa ceinture, comme pour expier ses péchés. Petit à petit, on comprendra que tout ne tourne pas rond.

C’est que tout cela vient d’un traumatisme de l’enfance, explique en long, en large et en travers le film. Il faut d’abord en passer par la cellule psychologique que lui impose sa supérieure (Christie Chen). Peu loquace, Dave avoue ne pas avoir d’amis et que la seule chose qui le calme est de nager. Sous hypnose, il confessera que son père le battait et qu’il répète ce geste. Il affirme aussi vouloir venger la mort des collègues morts sous le feu de Hon lançant le film dans un long règlement de comptes.

Le démon qui habite Dave, pour reprendre le titre du film, est celui d’une justice aveugle. That demon within adoptera l’unique point de vue de Dave, alternant les images mentales (regard caméra, caméra harnachée sur Daniel Wu qui filme ses déplacements, filtres rouges quand il perd la raison) avec des scènes d’action où les coups de feu sont incessants. Le mystère qui s’épaissit est gangréné par les explications de fin de film.

C’est rien de dire que tout le film repose sur le jeu de Daniel Wu qui excelle dans sa partition de personnage aux multiples personnalités. Il passe en un clin d’œil du gentil garçon qui prend soin de sa grand-mère au salaud qui tue de sang froid les malfrats. Seulement voilà, face à lui, les autres acteurs font un peu office de figurants,  (il est assez étonnant que Nick Cheung se retrouve finalement dans un second rôle) rendant parfois bancale la progression du film.

That demon within (魔警, Hong Kong – Chine, 2014) Un film de Dante Lam avec Daniel Wu, Nick Cheung, Christie Chen, Andy On, Dominic Lam, Liu Kai-chi, Stephen Au, Lee Kwok-lun, Chi Kuan-chun, Astrid Chan, Samuel Leung, Fung So-po.

jeudi 19 juin 2014

Sorties à Hong Kong (juin 2013) Z storm


Z storm (Z 風暴, Hong Kong, 2014) Un film de David Lam avec Louis Koo, Lam Ka-tung, Dada Chan, Janelle Sing, Michael Wong, Lo Hoi-pang, Stephen Au, Derek Tsang, Eddie Cheung, Felix Lok, Liu Kai-chi, Patrick Keung, Tony Ho, Cheung Chung-kei, Tin Hok-wai, Tsui Ching-man, Alfred Cheung, May Law, Henry Fong, Joe Cheung. 92 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 19 juin 2014.

Sorties à Hong Kong (juin 2014) May we chat


May we chat (微交少女, Hong Kong, 2014) Un film de Philip Yung avec Irene Wan, Kabby Hui, Peter Mak, Rainky Wai, Heidi Li, Derek Kwok, Fung Chih-chiang, Dominic Ho, Yu Yu, Danny Poon, Au Cheuk-man, Wong Hin-chung, Chan Lai-wan. 100 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 19 juin 2014.

mardi 17 juin 2014

L'Irrésistible (Spiritual kung fu)


Le premier plan de L’Irrésistible montre Jackie Chan portant deux grands bols pleins d’eau dans chaque main et un banc sur ses épaules, comme une image de marque montrant bien qu’il est maintenant maître des films dans lesquels il joue. Il a bien entendu le rôle principal et il dirige les chorégraphies des nombreux combats qui ponctuent le film. Il incarne Yi-lang, un jeune disciple en plein apprentissage au monastère de Shaolin. S’il porte des bols et un banc, c’est qu’il est encore une fois puni par son maître spirituel.

Yi-lang est un jeune homme indiscipliné et espiègle. Comme ses camarades (dont Dean Shek, ici en apprenti un peu veule), il a toujours vécu dans le monastère, n’a jamais connu le monde extérieur et n’a jamais vu aucune femme. Il va être confronté à des événements qui le dépassent. Un manuel de boxe, dit des Sept Démons, a été subtilisé dans la bibliothèque par un ravisseur masqué. Ce dernier a tué un moine. Le Vénérable de Shaolin se sentant responsable s’isole dans une grotte pour se repentir.

Le manuscrit décrit une boxe particulièrement violente et interdite depuis un siècle à Shaolin. L’auteur du vol est Lu-Ching (James Tin) qui cherche à se venger des moines pour une histoire qui remonte à trente ans. Certains Chinois ont la vengeance tenace. L’unique boxe qui pourra arrêter celui qui utilise les Sept Démons est le kung-fu des Cinq Formes. Pas de chance, le manuel a disparu depuis cinq siècles. C’était sans compter sans un orage providentiel qui brise un mur et libère le manuel.

Il faut décrire le mieux possible ces cinq esprits qui donnent leur sens au titre anglais (le kung-fu des esprits). Ils ne disent pas un mot, mais s’expriment par gestes tels des mimes. Ils sont tout en blanc, couleur de la mort, avec une sorte de tutu autour de la taille et porte une étrange et longue perruque rouge. L’idée ici est de les rendre ridicules pour apporter du comique au récit. Chacun représente une forme d’art martial : celui du dragon, du serpent, de la grue, du tigre et du léopard.

Ils effrayent certains moines car ils les considèrent comme des fantômes malfaisants et ne sont pas visibles des laïcs. Pourtant, Yi-lang va pouvoir les voir et devenir leur disciple. Avec leurs costumes grotesques et la mentalité de Yi-lang, l’apprentissage est avant tout le moyen pour Jackie Chan de déployer ses talents comiques. Il s’en donne à cœur joie avec certains gags parfois régressifs, comme quand il se met à leur pisser dessus quand les esprits prennent une taille miniature.

Le scénario est inconsistant et bourré d’invraisemblances. Assez vite, les rebondissements vont s’enchainer comme chaque fois dans un film de Lo Wei. Les moines sont accusés les uns après les autres d’avoir tué Maître Feng, un visiteur. La fille (Mo Man-sau) de se dernier veut se venger. Elle est la première femme que voit Yi-lang qui a un air d’ahuri quand il la voit. Elle est l’unique personnage féminin de tout le récit, mélange de séduction et de fort caractère.

Peu importe, ce qui compte dans L’Irrésistible, ce sont les combats, filmés en longs plans fixes où les acteurs se déplacent à l’intérieur du cadre, mais qui ne portent pas encore la marque de Jackie Chan (les objets du quotidien servent d’armes). Jackie Chan se bat contre presque tous les autres acteurs du film, et aussi contre Miss Feng, bien qu’ils soient du même bord. Il faudra attendre quelques films (Dragon Lord en 1982) pour que son art prenne toute son ampleur.

L’Irrésistible (Spititual kung fu, 拳精, Hong Kong, 1978) Un film de Lo Wei avec Jackie Chan, James Tin, Mo Man-sau, Li Tong-chun, Lee Kwan, Dean Shek, Ko Keung, Lee Hoi-lung, Lee Man-tai, Wang Kuang-yu, Wong Ching.                   

mardi 10 juin 2014

L'Impitoyable (Shaolin wooden men)


Les titres français des premiers Jackie Chan étaient souvent composés d’un unique adjectif. Le Vengeur, Le Magnifique, L’Irrésistible ou L’Impitoyable. Le titre chinois et anglais se traduit par les hommes de bois de Shaolin. Ces féroces combattants sont les gardiens d’une allée qu’un apprenti doit affronter pour pouvoir quitter le monastère. Ces hommes de bois sont des pantins articulés dans un long couloir qui donnent mécaniquement des coups de poings ou de pieds. Peu parviennent à les vaincre mais c’est le rêve du personnage de muet qu’incarne Jackie Chan.

Ce rêve de redevenir un laïc et retourner dans le monde profane, le muet l’a depuis dix ans. Il revoit les images d’un homme qui tue son père devant ses yeux. Le muet veut se venger et pour cela doit quitter le monastère. Pour l’instant, il subit l’apprentissage du vénérable Fa-tsi (Chang I-fei). Porter des seaux d’eau de la rivière jusqu’au sommet d’une colline les pieds dans des sandales en fer. Couper des buches avec une serpette. Et surtout, se contenter de deux maigres repas quotidiens. Le muet ne supporte plus cette discipline mais il se rend bien compte qu’il n’a pas la technique pour se rendre dans le couloir des hommes de bois.

Son salut viendra de sa curiosité qui le pousse à se rendre dans une grotte pourtant interdite dans laquelle est enfermé un prisonnier. L’homme, les mains enchainées aux parois, ne cesse de crier contre les moines et de les insulter qui viennent lui apporter à manger. Cet homme (Kam Kong) dont on ne connaitra pas immédiatement le nom, ni la raison de son enfermement, éructe d’abord contre le muet. Puis, voyant l’obstination avec laquelle il lui procure des brioches ou du vin, il décide d’en faire son disciple et de lui enseigner son kung-fu. Le jeune homme accepte sans rechigner.

L’impitoyable du titre français, c’est donc ce prisonnier qui prétend pratiquer le kung-fu du rugissement. Au monastère, certains moines comprennent bien que le muet est en train de muer, de passer d’un homme frêle et timide à un combattant fort et expert. Le moine ivre (Miu Tak-san) lui enseigne la confiance en soi en le nommant commis à la cuisine. La nonne bouddhiste (Cheung Bing-yuk) cherche à lui apprendre l’art de l’esquive et du respect de l’adversaire pour ne pas faire couler le sang. Le muet apprendra autant de chacun de ces maîtres en kung-fu que du prisonnier.

La soif de vengeance est plus forte que l’art de l’esquive, se dit en substance le muet, qui choisit de rester loyal à l’impitoyable Fa-ju (car tel est son nom). Sorti vainqueur du couloir des hommes de bois, il peut enfin accomplir son dessein. C’est sans compter sur le destin qui va lui mettre bien des bâtons dans les roues. Les complots contre ceux qui avaient enfermé Fa-ju, contre les moines ou contre un aimable aubergiste et sa jolie fille se fomentent. Chaque fois, le muet se trompe de camp jusqu’à ce qu’il comprenne que l’homme qu’il défendait était son premier ennemi.

Jackie Chan fait son apprentissage d’acteur vedette en cumulant ici avec la charge de chorégraphe des combats qui sont nombreux et très inégaux en qualité. On remarquera l’utilisation qu’il fait des bancs et qui deviendra l’une de ses marques de fabrique. Jackie Chan ne dit pas un mot de tout le film, vu qu’il incarne un muet, mais il joue de ses mimiques pour s’exprimer. C’est au personnage du moine ivre qu’est dévolue la fonction comique sans que cela n’atteigne la splendeur de Drunken master, dont L’Impitoyable est un brouillon acceptable.

L’Impitoyable (Shaolin wooden men (少林木人巷, Hong Kong, 1976) Un film de Lo Wei avec Jackie Chan, Kam Kong, Doris Lung, Chang I-fei, Chiang Kam, Cheung Bing-yuk, Miu Tak-san, Liu Ping, Li Min-lang, Weng Hsiao-hu, To Wai-wo, Yuen Biao, Miao Tian, Lee Siu-chung.

vendredi 6 juin 2014

Le Vengeur (To kill with intrigue)


Une grande tunique blanche immaculée, des cheveux longs, des sourcils en pointe, telle est l’apparence de Jackie Chan pour interpréter son rôle de Siao-lei dans Le Vengeur. Il est le fils de Maître Lei, un notable qui fête son anniversaire en présence de nombreux invité à qui Siao-lei, tout plein d’arrogance et d’insolence demande de partir sous prétexte qu’ils « se remboursent le cadeau offert en se goinfrant au repas ». Offusqués devant tant de manque de savoir vivre, les invités quittent les lieux furieux.

De la même manière, le jeune impétueux avait humilié Tsien-tsien (Yu ling-lung), sa servante dont il est amoureux. Elle lui avait annoncé qu’elle est enceinte de lui mais il a mis en doute sa paternité. Ces deux actes qui rendent le personnage de Jackie Chan particulièrement déplaisants sont en fait un stratagème pour protéger sa bien-aimée, comme son père, contre l’ennemi dont Siao-lei a décelé l’arrivée imminente. Cet ennemi est la bande dite des « Abeilles tueuses » combattue 15 ans auparavant par Maître Lei.

L’arrivée des « Abeilles tueuses » est spectaculaire et spectrale : voix d’outre tombe d’un homme qui vient réclamer une main tranchée, combattants qui surgissent sur le toit torche à la main, cercueils qui volent jusque dans la cour des Lei. Destinée à impressionner tout autant le spectateur (par la richesse de ses effets spéciaux) que la famille Lei (par l’effroi qu’ils doivent ressentir), cette scène est l’une des meilleures du film. Elle permet de présenter le personnage de Ting Chan-yen (Hsu Feng).

Elle est une jeune femme de 20 ans venue venger la mort de ses parents par Maître Lei. Ce dernier l’avait aussi défigurée quand elle avait 5 ans. Depuis, elle porte constamment un voile sur son visage, accentuant son mystère. Qu’on se rassure, la blessure est superficielle et l’actrice reste très belle. Sa tunique changera de couleur à chacune de ses apparitions, verte, blanche, rose, jaune. Elle humilie Siao-Lei en le blessant. Il veut se venger d’elle pour cela comme pour la mort de son père qu’elle a causé en grande experte de kung-fu qu’elle est.

Assez vite le film s’embarque dans une double histoire d’amour contrariée. Ting se rend compte qu’elle a des sentiments pour Siao-lei qui refuse de les voir alors qu’il cherche à retrouver Tsien-tsien qui s’apprête à épouser Jin Chuan (Sin Il-ryong), le meilleur ami de Siao-lei, qui a pris soin d’elle après leur rupture, qu’elle prétend haïr mais aime encore. Le film est agrémenté de scènes romantiques avec harpe en fond sonore, sourires gentils et batifolages dans l’herbe. Niaiserie garantie.

Le Vengeur n’est pas avare de retournement de situations, de coups de théâtre et de rebondissements. C’est tant mieux que l’histoire parte dans tous les sens car l’intrigue initiale de simple vengeance n’est pas des plus originales. L’ambition du film est pourtant de faire aussi beau et intriguant qu’un film de King Hu, notamment dans son personnage féminin au tempérament fort. On y pense souvent même si les chorégraphies des combats sont bien plus monotones et peu inspirées.

Le Vengeur (To kill with intrigue, 劍花煙雨江南, Hong Kong, 1977) Un film de Lo Wei avec Hsu Feng, Jackie Chan, Sin Il-ryong, Yu Ling-lung, George Wang, Tung Lam, Ma Kei, Kong Ching-ha, Chan Wai-lau. PS : Le dvd édité en 2006 comprend deux versions. L’une intégrale en VO dure 102 minutes, l’autre en VF est amputée des 15 premières minutes, le film commence avec l’arrivée des « Abeilles tueuses ».

jeudi 5 juin 2014

Sorties à Hong Kong (juin 2014) Overheard 3


Overheard 3 (竊聽風雲3, Hong Kong – Chine, 2014) Un film d’Alan Mak et Felix Chong avec Louis Koo, Lau Ching-wan, Daniel Wu, Crystal Huang, Zhou Xun, Michelle Ye, Alex Fong Chung-sun, Zhang Jing-chu, Wu Xiubo, Ng Man-tat, Kenneth Tsang, Lam Ka-tung, Huang Lei, Dominic Lam, Stephen Au, Samuel Kwok, Helena Law, Felix Lok, Chin Ka-lok. 132 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 5 juin 2014.

samedi 31 mai 2014

Les Associés


Ah, Paris, ses monuments historiques, ses musées, ses tableaux de maître. C’est justement une toile de Modigliani que Joe (Chow Yun-fat) repère, accrochée sur un mur avant qu’elle ne soit expédiée pour un autre musée. Puis, Cherie (Cherie Chung) pose du parfum sur la caisse qui contient le tableau. Ça aidera Joe à le sentir dans le camion qu’il va attaquer avec Jim (Leslie Cheung) sur la route qui les mène à Nice. Joe ouvrira la porte en grimpant sur le véhicule, Jim sautera de sa moto pour ouvrir une brèche et faire passer la toile.

La technique des deux frères et de leur amie semble parfaitement rodée et John Woo la filme comme une blague, dans un mélange de comédie et de film d’action en mode cool. Joe et Cherie sont dans leur voiture décapotable, feignant la romance devant le conducteur du camion et les vigiles qui le surveillent. Jim est sur une moto qui les suit de lui. On ne sait pas encore si les deux hommes sont alliés ou concurrents. La séquence d’ouverture des Associés donne le ton léger qui va prévaloir dans la première moitié du film.

Une fois à Nice et Cannes, comme dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock autre histoire de voleurs de peintures, le trio se promène en voiture dans la ville, sourit sous le soleil de la Méditerranée et s’apprête à réaliser un nouveau vol dans un château de l’arrière pays. Une nouvelle fois, le cinéaste filme avec décontraction le casse, en y ajoutant quelques acrobaties que Jim et Joe effectuent pour échapper aux divers pièges et alarmes installés dans le château. Ils avaient prévu que ce soit leur dernier coup.

Le ton léger va laisser la place à une ambiance plus sombre. Ils sont pris dans un piège fatal. Les deux frères sont pourchassés par des hommes en arme et tout se termine dans un port, après une longue course poursuite mise en place par notre Rémy Julienne national, avec de nombreuses cascades de voitures et l’explosion d’un bateau. Joe meurt dans l’incendie. Jim et Cherie rentrent à Hong Kong, meurtris par le décès de Joe. Ils veulent vivre désormais une vie normale en restant discrets.

On se doute bien qu’au bout d’une heure de film, on ne va faire disparaitre Chow Yun-fat comme ça. Car, il n’était pas mort mais revient dans un fauteuil roulant. Seules ses jambes sont devenues invalides. Joe retrouve Jim et Cherie tombée enceinte. Dans la première partie, la jeune femme sortait avec Joe, homme fantasque et blagueur, dans la deuxième elle sort avec Jim, plus introverti. Les Associés rendent un hommage plutôt appuyé à Jule et Jim de François Truffaut.

L’heure de la revanche a sonné pour le trio reconstitué. Ils se rappellent comment ils sont devenus voleurs à cause du père des deux garçons, Chow (Kenneth Tsang), voleur lui-même et homme violent qui leur a appris les ficelles du métier. Ils se rappellent que leur rédemption est venue grâce à Chu (Paul Chu), policier qui les a aidés. Ils vont désormais rendre la monnaie de sa pièce à ce père ingrat qui est responsable du handicap de Joe. Chu va continuer à les aider en leur faisant confiance.

Le caractère mineur des Associés tourné entre deux films plus forts de John Woo (Une balle dans la tête et A toute épreuve) n’est pas à mettre au compte de la décontraction et des invraisemblances du scénario, qui sont de toute façon dans les autres films cités. Si le film est moins bon, c’est parce que le cinéaste semble ne pas savoir quel ton choisir, allant, au milieu d’une scène de gunfight en fin de film, s’engager dans le burlesque à la Jackie Chan, faisant faire des pirouettes à Chow Yun-fat. Le film a été suivi par une série médiocre à l’arrivée de John Woo à Hollywood.

Les Associés (Once a thief, 縱橫四海, Hong Kong, 1991) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Leslie Cheung, Cherie Chung, Kenneth Tsang, Paul Chu, Wu Fuung, Pierre Yve Burton.

vendredi 30 mai 2014

Les Larmes d'un héros


Tourné en 1983 entre deux comédies burlesques mais sorti en 1986, Les Larmes d’un héros est le premier essai de John Woo dans le cinéma d’action avec gunfights, héros tragiques et méchants ultra violents. Sans doute faut-il commencer par évoquer ce titre français qui contredit le titre original (Heros shed no tears, les héros ne versent pas de larmes), car c’est bien le sens anglais qui annonce ce qui sera le fond du récit que va subir pendant 80 minutes Chan Chung, le personnage de mercenaire qu’interprète Eddy Ko ici.

Il est un Chinois de Hong Kong embauché par le gouvernement birman pour capturer un baron de la drogue (Bruce Cheung Mong). Le film se déroulera entièrement dans la forêt du triangle d’or de l’opium (Thaïlande, Birmane et Laos). Chan Chung et ses comparses ont réussi à enlever le trafiquant (un général cela dit en passant). Habillés en treillis, mal rasés, le corps en sueur, ils vont être rapidement poursuivis par toute une horde de méchants et en tout premier les soldats du général qui laisse ses médailles comme le petit poucet ses pierres.

Chan Chung doit d’abord récupérer son fils Kuen et sa sœur, qui vivent dans une cabane avant que les soldats ne viennent les prendre en otage. Puis, le film avec toute cette cargaison de personnages poursuit son récit programmatique : échapper à la mort. La menace vient des soldats birmans, et plus tard d’un sadique colonel vietnamien (Lam Ching-ying) que Chan Chung blesse à l’œil droit en lui tirant dessus pour sauver une française qui veut quitter le pays. La poursuite est inégale : deux armées contre un petit groupe.

Le héros va subir les pires outrages de la part de tous ses ennemis. On s’attaque d’abord à ses proches. Son fils est proche d’être brûlé vif par les soldats qui allument un feu autour de lui. Ses amis sont attaqués. Puis, son corps déjà bien mutilé (ses cicatrices au dos) sera torturé dans une séquence assez difficile où il se fait coudre les sourcils à vif par le colonel. Il s’agit d’appuyer l’émotion dans les rapports entre le fils et le père avec une musique à grand renfort de violons mielleux et des gros plans sur les visages épuisés par la bataille.

John Woo s’exerce ici à mettre en scène l’action avec beaucoup d’explosions, beaucoup de balles tirées et beaucoup de sang qui sera versé. Les comparses de Chan Chung vont tous mourir les uns après les autres. Le film lorgne du côté de Michael Cimino et de Voyage au bout de l’enfer (la scène de dés qui se termine par un flingue sur la tempe) avec cette folie qui gagne tous les personnages. Leur répétition et leur similitude apporte de la monotonie alors qu’elles sont envisagées pour apporter des rebondissements à l’action.

Film souvent considéré comme mineur (mais tout autant que ses comédies burlesques, ce qui est faux d’ailleurs), Les Larmes d’un héros est un film mal aimé de son créateur qui s’est vu enlever le montage final. Les scènes comiques ralentissent le récit et son peu drôles, une scène érotique ridicule avec un soldat français coupe le film en deux. Ce qui n’empêche pas que le méchant incarné par Lam Ching-ying, avec son œil en moins qui augmente sa cruauté, soit réussi. Les Larmes d’un héros est comme un brouillon de ses futurs polars.

Les Larmes d’un héros (Heroes shed no tears, 英雄無淚, Hong Kong, 1983) Un film de John Woo avec Eddy Ko, Lam Ching-ying, Ma Ying-chun, Philllip Loffredo, Cecile Le Bailly, Lee Hye-sook, Chin Yuet-sang, Tsang Choh-lam, Ka Lee, Pang Yun-cheung, Chow Gam-kong, Bruce Cheung Mong.

lundi 26 mai 2014

Once upon a time in Shanghai


Avant d’être amis à la vie, à la mort, Ma Zhong-zhen (Philip Ng) et Long Qi (Andy On) ont été des adversaires. L’histoire des deux hommes est celle de Once upon a time in Shanghai, la nouvelle adaptation de la vie dans les bas-fonds des triades d’un héros populaire du Shanghai des années 1930 produite et scénarisée par Wong Jing qui s’adjoint à la chorégraphie des combats Yuen Woo-ping et à la réalisation Wong Ching-po.

Ma Zhong-zhen quitte sa campagne natale avec sa petite sœur et son jeune frère (qui disparaitront assez vite du film) avec un cadeau de sa maman : un bracelet de jade qu’il doit porter au poignet droit. Car ainsi, il ne l’utilisera pour pratiquer son kung-fu. En effet, Ma est un homme si fort qu’il pourrait tuer un homme avec un seul coup. Notre héros est présenté comme un homme serrein mais qui pourrait se défendre contre n’importe qui.

Dans ce Shanghai des années 1930, aux rues quasi désertes, la gentillesse et la bonté ne paient pas de repas. C’est ce qu’ils vont vite comprendre. L’aide de leur grand frère, qu’ils ont rejoint, va les amener dans un quartier tenu par Frère Bing (Sammo Hung). Il les nourrit et les héberge dans une maison à la population pauvre toute droit sortie de celle de Crazy kung-fu, la folie furieuse de la propriétaire en moins. Pour survivre, il fait des petits boulots.

La vie de Long Qi est toute différente. Dans son beau costume trois pièces, arborant un joli nœud papillon et fumer des cigarettes, il tient un cabaret de luxe (le « Paradise ») qu’il a volé à un membre des triades. Long Qi a les dents longues, ce qui n’est pas du tout du goût des trois vétérans des triades incarnés par Yuen Cheung-yan, Fung Hak-on and Chen Kuan-tai, ce dernier interprétait d’ailleurs le personnage de Ma Zhong-zhen dans Le Justicier de Shanghai de Chang Cheh en 1972.

Ils se rencontrent quand Long Qi organise une vente d’opium avec des japonais qui commencent à envahir Shanghai et veulent contrôler le trafic. Ma Zhong-zhen, tout à sa quête de justice, défie dans un long combat Long Qi. Ce dernier, lui aussi expert en art martial, lui offre la cargaison de drogue si Ma réussit à le battre d’ici ce que sa cigarette finisse de se consumer. Ma gagne son combat mais aussi une amitié indéfectible et devient vite son bras droit au cabaret.

Les deux hommes sont l’antithèse l’un de l’autre et le film ne cesse de le répéter. Ma est toujours calme et posé, Long Qi constamment excité et violent. L’effet de l’un va agir sur l’autre. Contrairement aux précédentes versions, et peut-être à cause de la coproduction avec la Chine, Ma ne va pas sombrer dans les triades et devenir un criminel mais au contraire adoucir le caractère violent de Long Qi, montré pour illustrer son tempérament avec un tigre qu’il élève dans son salon.

Leur amitié est poussée dans le film jusqu’à devenir un quasi histoire d’amour. Ils se battent désormais pour le plaisir, y compris dans la grande salle du cabaret, où les chorégraphies aériennes les font voler à travers la pièce pour se retrouver tous les deux, se lançant des grands regards amoureux au clair de lune en mangeant un hot-dog au sommet d’un pont. Ces scènes homo-érotiques sont des grands moments involontaires d’humour mais plutôt réjouissants.

Le film laissait craindre dans sa première partie un ratage assez fatal. La mise en scène de Wong Ching-po est loin de la sobriété. Le cinéaste abuse de ralentis dans les scènes de combat filmés dans une lumière sépia qui donne par moment des aspects de film noir et blanc. Puis, petit à petit, on s’intéresse au destin de ces deux amis, à leur histoire d’amour respective pourtant très conformiste. Ma Zhong-zhen tombe amoureux de la fille de Sammo Hung et Long Qi de la chanteuse du cabaret.

La ressemblance du personnage de Ma avec celui de Bruce Lee dans La Fureur de vaincre (même coupe au bol, vêtements traditionnels, musculature très fine dans le combat final quand il se met torse nu) est assez frappante. Le film a la bonne idée de ne pas faire durer les combats et de ne pas les hacher avec un montage épileptique. Rien que pour cela, le film vaut d’être célébré. Comme quoi, quand Wong Jing s’en donne un peu la peine, il peut encore produire des films intéressants.

Once upon a time in Shanghai (惡戰, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Wong Ching-po avec Philip Ng, Andy On, Sammo Hung, Jiang Lu-xia, Chen Kuan-tai, Michelle Hu, Mao Jun-jie, Yuen Cheung-yan, Fung Hak-on.

vendredi 23 mai 2014

Police story 2013


La capitalisation du passé glorieux de Jackie Chan passe par la reformulation de ses franchises les plus connues. Après Chinese zodiac, aventure plutôt amusante de son personnage d’archéologue, le revoilà dans le rôle du policier honnête, loyal et droit dans Police story 2013. La dernière fois que la star avait tenu ce rôle, c’était avec New police story, tentative inaboutie d’adouber une nouvelle génération d’acteurs de Hong Kong (Sammo Hung a fait la même chose dans Dragon squad). Dix ans plus tard, d’ailleurs, ces acteurs n’ont pas vraiment percé.

Le premier plan de Police story 2013 montre Zhong Wen (Jackie Chan), visage fermé portant un révolver contre sa tempe et tirant. Le ton est immédiatement donné : on n’est pas là pour rigoler et, effectivement, Jackie Chan ne va pas desserrer les mâchoires pendant les 110 minutes de cette très longue histoire de vengeance que Wu (Liu Ye) a fomentée. Mais se venger de quoi ? Suspense. Pour attirer le papa, Wu a réussi à devenir ami avec Miao (Jiang Tian), la fille de Zhong. Ils se sont donnés rendez-vous au Wu Bar, boite de nuit à la mode décrite comme une porte de l’enfer.

Le film, une fois Zhong enfermé et menotté sur sa chaise par Wu, se contente d’être un long face à face entre les deux personnages où ils discutent dans de longs tunnels de dialogues. Ces dialogues amènent de courts flash-backs où on découvre la dure vie de policier qu’a eu Zhong. Poursuites en voiture pour sauver une petite fille kidnappée, sauvetage d’un homme qui menace de se suicider. L’homme est héroïque, cela va de soi, mais il est surtout courageux et téméraire. Sa propre vie, comme les deux scènes le montrent, est moins importante que celle des gens qu’il doit sauver.

C’est justement ce que lui reproche sa fille qu’il était venu rencontrer dans le bar. Leur rencontre après des années sans se voir tourne au vinaigre. Elle lui balance ses quatre vérités sur ses nombreuses absences. Mais dès qu’elle se rend compte que Wu a tendu un piège à son père et qu’il peut sauver tout le monde (les autres clients sont aussi des otages), elle doit bien admettre que son père avait raison d’avoir agi ainsi. Zhong parvient à se libérer de ses liens et va, avec l’aide de la police, à libérer tous les clients de la boite. Héroïque, on vous dit.

Celui qui n’est pas héroïque est Wu montré comme une bête immonde, froide et cruelle. Première étape de la démonstration : dans sa discothèque, il a un aquarium remplis de piranhas qu’il nourrit avec de la viande comme s’ils étaient des animaux domestiques. Poursuite de la démonstration : le passé de Wu. Il a été jadis un combattant de boxe thaïe. Surnommé le « serpent », il terrassait ses adversaires. Fin de la démonstration : on découvrira par étape en quoi consiste sa sournoise vengeance contre Zhong, avec des révélations à gogo.

Sans aucune once d’humour, Police story 2013 est visuellement indigent avec une caméra portée à l’épaule et un montage ultra rapide qui ne parvient pas à masquer les nombreuses invraisemblances d’un scénario étiré au-delà du nécessaire. Pour corser le récit, le film montre également des scènes telles qu’elles auraient pu se dérouler, créant de faux rebondissements avant de retourner au récit normal et balisé. Quant aux scènes d’action, elles sont terriblement ennuyeuses jouant la surenchère violente comme si Jackie Chan voulait démontrer qu’il a encore la main.

Police story 2013 (警察故事2013, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Ding Sheng avec Jackie Chan, Liu Ye, Jing Tian, Huang Bo, Zhang Lan-xin, Yu Rong-guang, Wang Zhi-fei, Zheng Xiao-ning, Yin Tao, Na Wei, Liu Yi-wei, Liu Hai-long, Liu Pei-qi, He Jun, Ma Tian-yu, Coulee Nazha, Zhou Xiao-ou, Ng Yuet.


mardi 20 mai 2014

The Romancing star


The Romancing star marque le sceau de la première collaboration entre Chow Yun-fat et Wong Jing, alors que l’acteur venait d’accéder, grâce au triomphe du Syndicat du crime au statut de star N°1 du cinéma de Hong Kong. Le film sera aussi le premier d’une très longue série de succès au box-office du cinéaste et l’archétype du romantisme balourd et vulgaire, à l’image de l’affiche, ultra colorée où les acteurs et actrices principaux apparaissent sans vêtement sous la ceinture tenant une pancarte devant leur entre-jambes.

Chow Yun-fat incarne Fat, un beau gosse, qui travaille avec ses deux amis moins lotis physiquement « Traffic Light » (Nat Chan, l’acteur de toutes les comédies précédentes de Wong Jing) et Ugly (Eric Tsang) dans un garage dirigé par leur oncle Ken (Stanley Fung). On les verra peu travailler car ce qui les intéresse, c’est draguer les filles. Avec leur balourdise, leur absence de bonnes manières et leur gaminerie, aucune fille n’accepte de sortir avec eux. Qui plus est, ils n’arrêtent pas de se chamailler.

Les quatre amis décident de faire un voyage en Malaisie où leur guide (Wong Jing) s’avère être un escroc qui leur vend une chambre d’hôtel vétuste, des randonnées médiocres et des repas épouvantables. L’humour consiste dans la toute première partie à humilier le quatuor avec ces désillusions qui s’abattent sur les amis, transformant ce séjour qui devait être un rêve pour la drague en cauchemar.  Ils vont pourtant rencontrer deux jeunes femmes Man Chi (Agnes Cheung) et Tung-tung (Maggie Cheung).

Les deux amies se présentent à eux comme étant des stars en voyage. Pour donner le change et ne pas se faire jeter par les filles, Fat fait croire qu’il est millionnaire et que ses amis sont ses larbins. L’essentiel du scénario consistera à dissimuler la pauvreté de chacun à l’autre. Wong Jing crée de nombreux quiproquos où les gags ne volent pas toujours très haut. Les personnages passent leur temps à se mentir et se trouvent dans des situations inextricables, comme Man Chi qui donnent rendez-vous aux trois amis de Fat le même soir.

A cela, il faut ajouter la concurrence déloyale d’un rival, Chui (Stuart Ong) qui aimerait tant épouser Tung-tung et qui va en faire voir de toutes les couleurs à Fat. Ils lui rendent la pareille, notamment en toute fin de film où Chui prend un bain tandis que les trois amis sont déguiser en statues (il ne s’en aperçoit pas) et qu’ils se mettent à lui pisser dessus. Les gags, et en particulier celui-ci, durent plus qu’il ne le faudrait. Ils s’éternisent mais c’est la méthode de Wong Jing pour faire rire.

The Romancing star (精裝追女仔, Hong Kong, 1987) Un film de Wong Jing avec Chow Yun-fat, Maggie Cheung, Nat Chan, Eric Tsang, Agnes Cheung, Stanley Fung, Stuart Ong, Wong Jing, Wong Tin-lam, Man Cheung, Maria Cordero, 

mardi 13 mai 2014

Les Trois sœurs du Yunnan


Un village de 80 habitants perché à 3200 mètres d’altitude dans la province chinoise du Yunnan. En son sein, trois sœurs de 10, 6 et 4 ans. Yingying l’aînée aux cheveux longs, Zhenzhen, la seconde et Fenfen, la plus petites, toutes les deux aux cheveux si courts que j’ai d’abord cru que c’était des garçons. Elles vivent dans une ferme aux murs vétustes, au sol de terre, sans fenêtres. L’électricité fonctionne quand elle peut (un repas familial en fin de film est menacé d’une panne), l’eau coule doucement par un unique robinet dans la cour.

La minutie de l’observation de ces trois enfants est à l’image de la durée du film, 2h33. On les verra se lever le matin, préparer à manger puis manger (souvent des pommes de terre), allumer le feu, jouer, se chamailler, s’habiller (de haillons, avec des chaussures trouées et des bottes percées qui abiment les pieds), aller à l’école, ramasser du bois (pour le feu) et s’occuper des animaux. Des moutons, trois cochons, des oies, des poules, un chien, un chat. La vie quotidienne est monotone et Wang Bing enregistre cette monotonie.

L’absence des parents étonne tout autant que le fait qu’elles soient trois. La politique de l’enfant unique semble ne pas être passée par là. Les autres familles aussi ont plusieurs enfants. Mais ces autres enfants ont des parents. Le père des trois sœurs, Monsieur Sun est parti à la ville chercher du travail. Il revient tous les six mois avec quelques cadeaux. Notamment des chaussures neuves. La mère a quitté le foyer depuis longtemps, comprend-on dans une discussion que le grand-père a. Ce dernier est le seul adulte.

Le film observe leur vie sur plusieurs mois. Dans cette montagne sans arbres, le froid et l’humidité sont les adversaires. La solitude également. Quand le père décide d’emmener ses deux plus jeunes filles avec lui à la ville, on reste estomaquée que Yingying reste toute seule à s’occuper de la ménagerie. Faire cuire les patates pour les cochons, le chou pour les volailles et parfois, elle s’offre une sucrerie. Jamais on ne verra cette enfant de dix ans sourire pendant tout le film. Elle joue à peine avec ses cousins ou les autres enfants.

La violence des Trois sœurs du Yunnan n’est pas uniquement dans l’immense pauvreté étalée sous nos yeux. Tous les habitants sont condamnés à la pauvreté mais ils mangent bien (les scènes de repas sont les seuls moments de bonheur). La violence vient plutôt de l’inamovibilité de la situation. On a souvent l’impression que tout cela a été tourné dans les années 1960, au pire moment de la Révolution Culturelle. Les signes de notre époque sont rares, un car, un téléphone portable et une télé qui sert à abrutir la population avec ses séries idiotes et ses films violents.

Les Trois sœurs du Yunnan (三姊妹, France – Hong Kong, 2013) Un film de Wang Bing.

dimanche 11 mai 2014

Midnight zone


Midnight zone est composé de trois sketches autour de fantômes qui viennent hanter les vivants. Dans Headless soul, un policier (Jerry Lamb) doit surveiller une scène de crime pendant la nuit. Dans Hit and run, un couple (Elvis Tsui et Liz Kong) tue accidentellement un piéton (Joey Leung) qui revient les hanter à leur domicile. Dans Midnight dinner, la grand-mère (Helena Law) d’une famille composée du père (Anthony Wong), de la mère (Kingdom Yuen) et de deux enfants revient la septième nuit après sa mort dans l’appartement familial.

Les trois histoires se déroulent pour l’essentiel de nuit avec chacune une idée autour des fantômes chinois. Mais c’est d’abord la peur des personnages principaux qui est mise en avant. Pour le policier, c’est la découverte des signes de la présence d’un revenant qui commence à l’angoisser. Un bruit étrange, une machine à écrire qui tape toute seule, des papiers qui s’envolent, des lumières qui s’allument sans raison. L’ennui, la solitude et la faim font redoubler ses craintes sur la présence d’un fantôme.

Sa supérieure se moque de son angoisse tandis que le gardien du lieu explique rationnellement ces phénomènes surnaturels. La peur du couple du deuxième sketch vient du remords d’avoir fui quand leur voiture a percuté le piéton (qui portait un t-shirt avec un dessin du panneau STOP). Pas de chance pour eux, le fantôme du mort vient habiter en face de chez eux, et avec un grand sourire, les harcèle pour qu’ils reconnaissent leur forfait. Les incantations taoïstes que fait le couple ne chasse pas le fantôme qui perturbera définitivement leur vie.

Le troisième sketch a également une base religieuse. La famille attend avec angoisse le septième jour, celui où les morts partent dans l’au-delà. Tout le monde a quitté l’appartement pour éviter la visite du fantôme de la grand-mère mais elle viendra tout de même les hanter. Ils ont été incapables de partir de chez eux. Il faut dire que le fils comme la belle-fille sont des égoïstes qui n’ont jamais cessé de mal traiter la vieille dame. Ils ont peur qu’elles viennent se venger. La visite se transforme en cauchemar pour les parents et les deux enfants.

Midnight zone est d’abord un film avec une épaisse morale sur l’honnêteté et le respect des anciens. Le message est édifiant et dit, en substance, qu’il faut vivre avec ses valeurs de peur que l’au-delà vienne hanter les malfaisants. Mais, par chance, cette leçon de morale est contrecarrée par un humour potache. Le duo Elvis Tsui et Liz Kong est très poussif dans l’inquiétude burlesque qui les fait agir avec inconséquence. Celui entre Anthony Wong et Kingdom Yuen, tout en lâcheté devant l’arrivée du fantôme de la vieille dame, est bien plus savoureux.

Midnight zone (迴轉壽屍, Hong Kong, 1997) Un film de Wilson Yip avec Jerry Lamb, Spencer Lam, Liz Kong, Elvis Tsui, Joey Leung, Anthony Wong, Kingdom Yuen, Helena Law, Wong Wai-nam, Maggie Wong, Kim Yip, Chiu Yue-ming, Chan Chiu-ming, Lee Kin-yan, Wilson Yip.

jeudi 8 mai 2014

Sorties à Hong Kong (mai 2014) Aberdeen


Aberdeen (香港仔, Hong Kong, 2014) Un film de Pang Ho-cheung avec Miriam Yeung, Eric Tsang, Dada Chan, Gigi Leung, Louis Koo, Ng Man-tat, Shawn Yue, Carrie Ng, Chapman To, Yumiko Cheng, Jacky Choi Kit, Lee Man-kwai. 97 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 8 mai 2014.

Sorties à Hong Kong (mai 2014) Delete my love


Delete my love (Delete 愛人, Hong Kong, 2014) Un film de Patrick Kong avec Wong Cho-lam, Michael Hui, Ivana Wong, Michael Wong, Alex Fong Lik-sun, Liu Fan, Yuen Qiu, Jacqueline Chong, Patrick Keung, Lam Shing-pun, Tai Yiu-ming, Nancy Sit. 108 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 8 mai 2014.

mardi 6 mai 2014

Vampire hunters


Comme chaque fois qu’il est en crise artistique et commerciale (bref qu’il produit ou tourne des mauvais films qui n’attirent pas le public), Tsui Hark reprend ses vieilles recettes. Ça arrive à peu près tous les dix ans. En 1991, avec Il était une fois en Chine, ça avait bien marché, en 2002 après son effroyable carrière à Hollywood, les épouvantables Legend of Zu et Black Mask 2, le cinéaste engage Wellson Chin, tâcheron responsable des Top squad pour tourner Vampire hunters, revival des kung-fu ghost comédies, genre fécond des années 1980 mais terriblement abâtardi au fil des années. Le film n'est jamais sorti à Hong Kong.

Soit, au 17ème siècle, un maitre taoïste et ses quatre disciples, chasseurs de vampires. Ils s’appellent Thunder (Ken Cheung), Rain (Michael Chow), Wind (Lam Suet) et Lightning (Danny Chan). Ils sont tous très inexpérimentés pour affronter le zombie / vampire qu’ils ont en face d’eux. Visage à la chair décomposée, fumée qui sort de sa gueule et tunique en lambeaux, le démon en encore beaucoup de force pour briser les chaines que les chasseurs de vampire lui lancent pour l’attraper. Le monstre s’échappe dans une immense explosion non sans laisser les quatre chasseurs sans leur maître.

Trois mois plus tard, le feu éteint, ils repartent à la recherche de leur maitre en espérant qu’il ne soit pas devenu un vampire. Ils se font embaucher par Monsieur Jiang (Yu Rong-guang) qui s’apprête à marier son fils, un célibataire pas très malin et mal dégrossi, à la très belle Sa-sa (Anya). Mais rien ne se passe comme prévu avec l’attaque du démon qui aspire la substance vitale du fiston mais aussi celle de nombreux de ses domestiques. Une fumée sort de la bouche du démon et rentre dans la gorge de sa victime qui meurt dans d’atroces souffrances.

Le film joue sur plusieurs tableaux en complexifiant les rapports entre les personnages. Le vampire au visage dégoûtant n’est pas le seul méchant du film. Le frère de Sa-sa, Dragon Tang (Horace Lee), porte la traitrise sur son visage. Il veut s’accaparer la fortune des Jiang en lançant une bande de mercenaires contre le riche homme d’affaires. Le visage de l’acteur évoque d’ailleurs celui de Dean Shek, qui a souvent joué les salauds ou les traitres. Quant à Sa-sa, elle tombe amoureuse de Thunder et réciproquement, romance de pure convention et sans grand intérêt pour la narration.

Tsui Hark, qui a écrit le scénario, cherche à renouveler la peur, ou au moins l’effroi. La profession de Jiang est le commerce de la cire, ainsi, il momifie tous les morts de sa demeure, sa femme en premier lieu, puis son fils. Toutes ces momies sont autant de vampires en puissance tandis que le démon s’empare de leurs corps. Et plus le nombre de vampires s’accroit plus celui des vivants diminue. Il ne restera bientôt plus que les quatre chasseurs (renommés Kung, Hei, Fat et Choi par le contremaître) pour sauver tout le monde

C’est ce décor immense et vide de la demeure Jiang qui est censé créer du mystère et de l’angoisse. Mais comme parfois chez Tsui Hark, le mouvement et la vitesse s’emballent. Le spectateur n’a pas le temps de s’acclimater à une tension naissante qu’on passe à la suivante. C’était certes déjà le cas dans les Histoires de fantômes chinois de Ching Siu-tung (auxquels sont empruntées les lumières bleues si caractéristiques). Mais dans Vampire hunters, tout est déjà vu, revu et rerevu, montrant que le cinéaste, surtout avec Wellson Chin, n’était pas encore capable de se renouveler.

Vampire hunters (殭屍大時代, Hong Kong – Etats-Unis, 2002) Un film de Wellson Chin avec Lam Suet, Ken Cheung, Michael Chow, Danny Chan, Yu Rong-guang, Anya, Horace Lee, Ji Chun-hua, Chen Kuan-tai, Lee Kin-yan, Lee Lik-chi, Wong Yat-fei, Shut Mei-yee, Zou Na.

lundi 5 mai 2014

Xanda


Le « xanda » est un dérivé de différentes écoles d’arts martiaux et a émergé dans les années 1970 en Chine. Depuis quelques années, c’est devenu une attraction populaire avec des championnats. C’est sur ces explications ainsi que les règles du combat que commence Xanda, production de Tsui Hark, dans sa période la moins féconde, sur Qiang (Sang Wei-lin), jeune Chinois qui quitte son pays désertique où un pont semble ne jamais être fini d’être pour la grande ville, en l’occurrence, Shenzhen et une nouvelle vie.

Depuis tout petit (flash-back sur l’enfance du héros), Qiang s’entraine. Devenu adulte, il a acquis une grosse masse musculaire contrairement à son meilleur ami Shrimp (Li Tie), l’intello du duo puisqu’il porte des lunettes et parait fluet. La force et l’esprit vont s’allier. Qiang entraine ses camarades du village mais décide de tout quitter. La vie à la ville n’est pas facile, les deux amis se comportent encore comme des paysans, tellement éblouis par les merveilles de la ville. Le film traite ces courts moments de comédie sur un mode grotesque.

Shrimp trouve enfin un boulot de vigile dans une boite de transport. C’est l’occasion pour Qiang de montrer sa dextérité. Les collègues de Shrimp parient sur son endurance à rester sur les toits des camions qui sortent de l’entrepôt. Assez vite, Qiang se dit qu’il pourrait combattre dans les tournois de xanda qui s’organisent dans la ville. Il se bagarre contre Wei (Teng Jun, autre acteur bodybuildé, mais aux cheveux blonds), champion qui lui met la pâté en l’humiliant et en les envoyant à l’hôpital.

Comme tout film d’art martial qui se respecte, Xanda mise sur l’arrogance de l’apprenti qui veut en découdre avant même d’avoir appris ses leçons. Qiang rencontre Lung (Zhao-Zi-long) qui lui suggère de venir s’entrainer dans l’école du coach Tieh (Zhang Hong-jun). Qiang ne comprend pas pourquoi Tieh lui donne des tâches ingrates à faire. Le jeune homme n’a apparemment jamais vu La 36ème chambre de Shaolin. Le film s’inspire de ces leçons du quotidien, sans jamais parvenir à renouveler le genre. L’autre souci vient de l’absence de charisme des acteurs.

Evidemment, Qiang veut brûler les étapes. Lung lui apprend, en cachette du coach, des rudiments. Il va s’inscrire à un combat où Si (Guo Hui) l’écrasera comme de la bouillie. Les acteurs choisis pour combattre semblent tous avoir été élevés aux hormones tellement ils sont baraqués. Les combats sur le ring sont filmés dans un montage très haché, quasiment comme un clip avec une musique très appuyée pour ménager du suspense. Seulement voilà, on se doute bien de ce qui va arriver à Qiang. Ce costaud va se faire battre pour revenir s’entrainer puis enfin retourner sur le ring.

Face à ce scénario sans surprise vu dans de nombreux films de kung-fu, les personnages féminins n’apportent pas non plus de nouveauté. Yu (Lu Yi), est une fille du passé de Qiang. Handicapée, elle apporte la raison dans la vie agitée du garçon. Son personnage est censé apporter de l’émotion. Ning (Ni Jing-wan) est au contraire l’incarnation d’un esprit rebelle. Qiang la rencontre à Shenzhen. Le schéma romantique basique est appliqué : coup de foudre, rupture puis réconciliation. De tous les points de vue, Xanda est balisé par un scénario et des personnages caricaturaux.

Xanda (散打, Hong Kong – Chine, 2003) Un film de Marco Mak avec Sang Wei-lin, Zhao Zi-long, Teng Jun, Ni Jing-yang, Zhang Hong-jun, Li Tie, Lu Yi, Guo Hui, Qian Wei, Yang Yu-chao.