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lundi 17 février 2014

Ninja + Ninja Shadow of a tear


J’avoue qu’avant de regarder ces deux Ninja et Ninja Shadow of a tear (qui sortent en combo DVD cette semaine), je n’en avais jamais entendu parler. Pas plus que de son réalisateur Isaac Florentine et de son acteur Scott Adkins au physique musclé et poilu à la Jason Statham et au visage candide de Ryan Reynolds. Il joue Casey Bowman, film d’un militaire américain en poste à Okinawa. Orphelin à l’âge de 12 ans, il a été élevé dans un dojo par le sensei Takeda (Togo Igawa), descendant d’une lignée de ninja. Il lui a appris, ainsi qu’à sa fille Namiko (Mika Hijii) l’art martial du ninjustu présenté en ouverture de film de manière pseudo-historique.

Dans les deux films, Casey va chercher à se venger suite à la mort d’un proche. Dans Ninja, Masazuka (Tsuyoshi Ihara) tue le sensei après avoir été exclu du dojo. Le maître ninja ne voulait pas que le rival de Casey devienne le nouveau chef et s’empare du trésor ninjutsu (un coffre plein d’armes). Dans Ninja Shadow of a tear, c’est Namiko qui est assassinée avec une arme en forme de lasso barbelé. Entre les deux films, Casey et Namiko se sont mariés et elle est tombée enceinte. La vengeance est abordée comme un palliatif à la justice, plaçant les deux films dans le genre du film vigilante, genre controversé tant il appuie souvent une idéologie réactionnaire (la justice ça coûte cher, autant tuer soi-même).

Ninja commence au Japon, se poursuit à Vladivostok où un homme d’affaires russe est assassiné, continue à Londres pour se terminer à New York. En dehors de quelques plans extérieurs tournés par la seconde équipe, tout à été tourné en studio en Bulgarie, ce qui donne une impression durable de fausseté. Le film enfile surtout les clichés sur chacun des lieux, notamment à New York qui ressemble au Bronx des Guerriers de la nuit. Ninja Shadow of tear, situé en Thaïlande puis en Birmanie a, en revanche, été tourné entièrement en Thaïlande, mais les clichés sur les trafiquants sont présents, représentés sans aucune subtilité.

Bien entendu, ce n’est pas la vraisemblance qu’on recherche quand on produit et qu’on regarde ces deux films. Mais tout de même, au bout d’un moment ça devient gênant comme quand on est devant un Godfrey Ho. Entre les sbires d’un cartel ennemi tous habillés pareil et qui utilisent leurs mitraillettes sans atteindre personne (mais eux meurent à tour de bras et arrivent d’on ne sait où), entre la torture au fer au repasser en Birmanie (un moyen peu convaincant), entre les tentatives de Scott Adkins de créer de l’émotion avec son regard de chien battu, il reste beaucoup de scènes de baston souvent filmées en plan séquence et qui parviennent à être efficaces à défaut d’être novatrices.

Ninja (Etats-Unis, 2009) Un film de Isaac Florentine avec Scott Adkins, Tsuyoshi Ihara, Mika Hijii, Todd Jensen, Togo Igawa, Garrick Hagon, Miles Anderson, Valentin Ganev, Atanas Srebrev, Fumio Demura, Masaki Onishi, Kenji Motomiya.

Ninja 2 Shadow of a tear (Etats-Unis – Thaïlande, 2013) Un film de Isaac Florentine avec Scott Adkins, Mika Hijii, Kane Kosugi, Shun Sugata, Vithaya Pansringarm, Mukesh Bhatt, Tim Man, Saichia Wongwirot, Shogo Tanikawa, Futoshi Hashimoto.

samedi 1 février 2014

Mekong Hotel


Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2012, Mekong Hotel vient de sortir en dvd. Film court (56 minutes), il a été tourné, comme son titre l’indique bien, au bord du fleuve Mékong et plus précisément dans un hôtel de la ville de Nong Khai. Le Laos est juste de l’autre côté du fleuve, les personnages évoquent d’ailleurs, en passant, les réfugiés laotiens venus en Thaïlande et que la police a ensuite expulsé.

Apichatpong Weerasthakul est à l’image, il discute avec un guitariste de ses amis qui cherche à retrouver l’air qu’il a composé. Cette petite musique va accompagner tout le film, avec de courtes pauses. Ce ne sont que deux ou trois notes mais ça dure quand même une heure. Puis, dans une chambre, un jeune homme change de t-shirt et rejoint sur la terrasse une jeune femme qui, comme sa mère, est une employée de l’hôtel.

On ne peut pas parler de personnages, les interprètes du film se contentent de dire leurs dialogues sur eux-mêmes (dans une idée de faire un documentaire sur le lieu et ses habitants, les retrouvailles entre le cinéaste et un de ses vieux amis, les deux femmes qui font les chambres) ou sur un fantôme « pob » qui hante les lieux depuis des temps ancestraux, prolongeant ainsi la part fantastique présente dans toute l’œuvre d’Apichatpong.

On découvre ainsi, en plan fixe, les deux femmes mangeant des viscères pendant de longues minutes, puis le jeune homme parlant avec la voix de la mère mangeant lui aussi de la chair humaine. Le film espère incarner la légende du « pob » avec cette vieille idée de la suggestion qui consiste à énoncer ce que l’on n’est pas capable de mettre en scène. Le film échoue à la fois à créer le moindre effroi et un semblant de poésie.

Enfin, toujours en plan fixe et d’une durée extrême (ce que l’on appelle communément un plan séquence), Apichatpong Weerasethakul enregistre le fleuve Mékong. D’une fenêtre, d’une terrasse, en contre plongée la plupart du temps. Le fleuve est calme, comme le film, il ne se passe pas grand-chose et on a de plus en plus l’impression que le cinéaste attend qu’il se passe soudain quelque choses sur l’eau, comme dans le plan final de six minutes. Mais le Mékong reste muet aux incantations du cinéaste.

Mekong Hotel (แม่โขงโฮเต็ล, Thaïlande – France – Grande-Bretagne, 2012) Un film d’Apichatpong Weerasethakul avec Jenjira Pongpas, Maiyatan Techaparn, Sakda Kaewbuadee, Apichatpong Weerasethakul, Chai Bhatana, Chatchai Suban.

mardi 31 décembre 2013

Bilan de l'année 2013


Les mains de Shu Qi dans Journey to the West de Stephen Chow & Derek Kwok

Comme en 2012, le nombre de films issus du sud-est asiatique est stable : 25 films, auxquels on peut ajouter Le Dernier rempart de Kim Jee-woon (264 030 spectateurs) et Stoker de Parl Chan-wook (124 218 spectateurs), deux films américains mais réalisés par deux des plus célèbres cinéastes coréens. C’est le troisième larron, Bong Joon-ho avec son Snowpiercer Le Transperceneige qui réussit le mieux son passage international, tout en maintenant une production majoritaire coréenne. Pour moi, c’est l’un des meilleurs films de l’année 2013, tout simplement. Peu de découvertes cette année dans le cinéma coréen, Hong Sang-soo, Im Sang-soo et Kim Ki-duk sont toujours là, avec leurs thématiques habituelles et les engouements critiques habituels. Toujours à propos de Corée, la sortie du remake de Old boy par Spike Lee le 1er janvier 2014 ne cesse de m’étonner.

Ce que je viens de dire pour le manque de nouveauté concernant le cinéma coréen s’applique aussi au cinéma de Hong Kong et de la Chine Populaire comme du Japon, hormis Une vie simple d’Ann Hui et A touch of sin de Jia Zhangke, tous les deux très réussis. La grande déception devant The Grandmaster de Wong Kar-wai (cinq ans pour ne faire que ça) est l’arbre défraichi qui cache la forêt brûlée du cinéma cantonais. Encore plus que les années précédentes, produire un film à Hong Kong demande aujourd’hui que le film soit visible par les spectateurs de Chine Populaire, donc qu’il passe par la censure du scénario. Ainsi, la plupart des films récents de Hong Kong sont d’une platitude incroyable et semblent ne plus regarder la ville comme auparavant.

D’ailleurs à Hong Kong, rien ne va plus. Ce sont les films hollywoodiens qui dominent (cette année Iron Man 3, Monstres Academy, World war Z et Thor 2 sont dans le top 5). Le plus gros succès local est Unbeatable de Dante Lam (N°3 au box office). Le grand retour de Stephen Chow derrière la caméra avec sa nouvelle version de Journey to the West (N°10 au box office) n’a pas été le choc commercial auprès des spectateurs de Hong Kong. En revanche, le film a cassé la baraque en Chine Populaire, nouvel eldorado, battant Iron Man 3. Plus loin, l’immense succès en Chine de So young, premier film de l’actrice Vicky Zhao est logique. Sa gentille chronique sur la Chine des vingt dernières années a sans doute permis à son public de se reconnaitre dans ses personnages.

Pour ma part, continuer à écrire sur ce blog avec le rythme que je tiens depuis mai 2007 (en gros, un film tous les deux jours) est de plus en plus difficile. J’aime toujours regarder des films mais je suis souvent déçu. Une fois l’hiver fini, il va bientôt être temps pour moi de prendre une pause, d’arrêter de regarder autant de films et peut-être de repartir avec de nouvelles résolutions. Voici cinq films que je retiendrai en 2013 : Snowpiercer de Bong Joon-ho, Journey to the West : Conquering the demons de Stephen Chow et Derek Kwok, L’Ivresse de l’argent de Im Sang-soo, Blind detective de Johnnie To et Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-eda. En attendant, je vous souhaite une belle année 2014 et plein de bons films. Si possible.

Les films sortis en France en 2013 :
Snowpiercer – Le Transperceneige de Bong Joon-ho : 649 700 spectateurs
The Grandmaster de Wong Kar-wai : 361 387 spectateurs
Shokuzai, celles qui voulaient se souvenir de Kiyoshi Kurosawa : 90 542 spectateurs
Ilo Ilo d'Anthony Chen : 83 376 spectateurs
A touch of sin de Jia Zhang-ke : 80 399 spectateurs
Lettre à Momo de Hiroyuki Okiura : 62 511 spectateurs
Shokuzai, celles qui voulaient oublier de Kiyoshi Kurosawa : 62 807 spectateurs
One piece Z de Tatsuya Nagamine : 54 532 spectateurs
L’Homme aux poings de fer de RZA : 38 927 spectateurs
Une vie simple d’Ann Hui : 38 260 spectateurs
L’Ivresse de l’argent d’Im Sang-soo : 22 217 spectateurs
Mystery de Lou Ye : 19 505 spectateurs
People mountain people sea de Cai Shangjun : 13 100 spectateurs
The Land of hope de Sono Sion : 11 116 spectateurs
Haewon et les hommes d’Hong Sang-soo : 10 134 spectateurs
Le Fils unique de Yasujiro Ozu : 7 961 spectateurs
Pieta de Kim Ki-duk : 7 872 spectateurs
Les Petits canards de papier : 5 353 spectateurs
After School Midnighters de Hitoshi Takekiyo : 2 773 spectateurs
Mundane history de Anocha Suwichakornpong : 731 spectateurs
Pink de Jeon Soo-il : 318 spectateurs
25 novembre 1970, Le Jour où Mishima a choisi son destin de Koji Wakamatsu : 1 194 spectateurs
Merci à Mathias pour le box-office.

vendredi 24 mai 2013

Only God forgives


C’est avec un générique en thaï que l’on pénètre dans Only God forgives. Immersion directe dans une salle de boxe thaïe où Julian (Ryan Gosling), Américain exilé à Bangkok, encourage le combattant qui s’apprête à monter sur le ring. Derrière lui, son frère aîné Billy (Tom Burke) fait passer de l’argent, sans doute pour faire un pari. Le frangin ne va pas rester très longtemps dans le récit. Il exige une prostituée mineure dans un bordel. Il veut coucher avec une fille de 14 ans et non pas avec une adulte et encore moins avec une ladyboy qui sont dans la vitrine. Le patron a proposé sa fille et Billy l’a violée puis sauvagement tuée. Le cinéaste ne montre pas ces scènes, préférant l’ellipse, on n’en voit que le résultat. De la même manière, on ne voit pas le père fracasser la tête de Billy. Seul son corps démembré et les grandes taches de sang sont montrés.

La violence, toujours au cœur du cinéma de Nicolas Winding Refn, arrive avec deux personnages. Un flic thaïlandais (Vithaya Pansringarm), habillé en civil et toujours suivis de policiers en uniforme, enquête sur ce double meurtre. Avec une machette qu’il tire de son dos (où est-elle vraiment rangée ?), il tranche le bras du père qui a tué Billy. Comme indiqué plus haut, la violence et les coups sont hors champ (sauf dans trois scènes, celle vue dans la bande annonce où Julian casse un verre sur la tête d’un homme puis le traine par terre, la scène du karaoké et le court combat final entre le flic et Julian). L’imagination du spectateur fonctionne comme dans un film d’horreur, il doit croire aux coups, à la brutalité et cela est avant tout une question d’ambiance. Cela fait la grande différence entre les films de Refn et ceux de Park Chan-wook, par exemple.

Cette ambiance se manifeste grâce aux longues scènes de couloir sur une musique de Cliff Martinez, assez proche de celles que l’on peut entendre dans Shining ou 2001, l’odyssée de l’espace (les morceaux de Ligeti). Cette fois, les références au cinéma de Kubrick sont mieux intégrées. Ces couloirs, magnifiquement cadrés, créent un sentiment d’étouffement et un malaise d’autant plus prononcés que la lumière rouge est abondante (lampions, vêtements, tapisseries, moquettes) et évoquent, immanquablement, le sang qui va couler. Les plans en légère contre-plongée accentuent encore plus le sentiment d’angoisse. Les personnages se déplacent très lentement, parlent peu, ont le regard vide. On dirait tout simplement des zombies. Les rues sont vides ce qui, quand on sait que Bangkok est très peuplée, rappelle la solitude des personnages, comme le faisait Wong Kar-wai dans certains de ses films.

Film de vengeance, certes, mais contre qui ? Quand la mère de Julian arrive (incarnée par une Kristin Scott Thomas déguisée en vieille bimbo, cheveux blonds et tenue d’adolescente), elle cherche à venger la mort de son fils. Mais tout le récit laisse à penser que Julian veut se débarrasser de cette mère particulièrement vulgaire qui traite tout le monde comme de la merde, qui insulte chaque personne qu’elle rencontre et méprise Julian. Dans une scène à la fois superbe et tragique, elle ne cesse de dire du mal de Maï (Ratha Phongam), la petite amie de Julian, en sa présence et l’appelle May. Elle compare la taille de la bite de ses fils, laissant entendre une relation incestueuse entre elle et Billy. Là aussi la complexité sexuelle est abordée. On a compris que Billy est pédophile et sans doute incestueux. Cette mère immorale et ordurière décide alors d’affronter directement le flic (car Julian n’a pas de couilles) dans un karaoké où les filles portent des robes du 18ème siècle donnant la plus belle scène du film.

Quant à Julian, il est clairement masochiste comme le montre la scène de fantasme où Maï l’attache, comme le montre sa volonté de se voir couper les mains, comme le montre son visage tuméfié par les coups du flic. Ryan Gosling est encore plus mutique que dans Drive et encore plus désespéré que Mads Mikkelsen dans Valhalla rising, et c’est plutôt à ce dernier film, le meilleur de Refn, qu’il faut comparer Only God forgives qui décevra forcément ceux qui s’attendent à une nouvelle version de Drive. Cela dit, je crois que la presse dans sa grande majorité a déjà bien montré sa déception. Le film n’est pas dénué d’écueils (une gamine pour faire un peu de bons sentiments), accuse une ou deux longueurs, mais sa richesse formelle (personne ne filme en rouge comme le cinéaste) et son vrai sujet (la misère sexuelle) sont exceptionnels.

Only God forgives (Danemark – France, 2012) Un film de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm, Tom Burke, Ratha Phongam.

lundi 31 décembre 2012

Bilan de l'année 2012



Si le nombre de films asiatiques sortis en France a augmenté en 2012 (25 longs-métrages soit six de plus qu’en 2011), les chiffres d’entrées est bien plus faible. Ainsi le Ghibli de l’année, La Colline aux coquelicots, a attiré presque 50% de spectateurs de moins qu’Arriety sorti exactement à la même période. Certes, la critique n’a pas été tendre avec ce nouvel film d’animation tourné par le fils d’Hayao Miyazaki mais cela n’explique pas tout. En revanche, l’inflation des sorties hebdomadaires n’aident pas pour les films les plus fragiles : d’abord, il sort chaque mercredi un grand nombre de films pouvant parfois aller jusqu’à 15, y compris l’été période habituellement moins fournie. Ensuite, les gros films, blockbusters hollywoodiens comme films français à stars, sortent sur un nombre de copies très important laissant peu de place aux autres. Enfin, la conséquence de ces deux données fait que les films restent peu de temps dans les cinémas. Il faut donc au spectateur être très attentif aux séances, parfois attendre le film longtemps quand il sort. Et j’ajouterai que certains films sont tellement faibles et sans surprises (Tokyo park, Sauna on Moon, Hanezu par exemple), qu’il est difficile de les défendre et de convaincre d’aller les voir. Il est très décevant de constater qu’un si beau film comme Les Enfants loups, Ame et Yuki ait eu si peu de spectateurs. On peut regretter aussi que le Festival de Cannes, toutes sections confondues, ne cherche plus à sélectionner des films inconnus et se contente d’inviter, encore une fois, Kim Ki-duk ou Hong Sang-soo, qui signe son plus gros succès cette année grâce à Isabelle Huppert. D’ailleurs, la Quinzaine des réalisateurs a programmé The King of pigs, descendu par la presse lors de sa présentation et qui risque de ne jamais être présenté au public malgré ses qualités. A propos de festival, il faut se féliciter de la rétrospective Ann Hui à Paris, en espérant que les films de la cinéaste seront un jour plus visibles (A simple life devrait sortir en mars). Il reste aussi les dvd, toujours à propos d’Ann Hui, Spectrum Films a édité The Way we are mais également The Heavenly kings de Daniel Wu (il était temps). Wild Side a sorti plusieurs films : The Stool pigeon (sous le titre de The Crash), Monga (sous le titre Dragons : la guerre des gangs) et Triple tap (sous le titre de Shooters) – sans que je comprenne l’intérêt de changer des titres en anglais pour des titres en anglais. Herman Yau a eu droit à deux sorties dvd (son Ip Man et Qiu Jin la guerrière), deux de ses films les plus récents. Carlotta poursuit son travail d’édition de films classiques tandis que Metropolitan-HKVidéo-Seven Sept alterne sorties dvd de films récents (13 assassins) et films rares (deux Teruo Ishii) abandonnant (de manière non définitive, je l’espère) la découverte de comédies cantonaises. Ceci étant, on attend encore la sortie du dernier Tsui Hark (qui passe souvent en festival), des Johnnie To inédits (il y en a encore beaucoup) ou d’autres films excellents mais qui n’on pas le prestige de ces deux cinéastes (Hong Kong ghost stories, Gallants, East meets west 2011, Love in the buff ou Vulgaria pour n’en citer que cinq). Il faut dire que trouver des bons films à Hong Kong est devenu un labeur. Je n’ai rien contre le fait de sortir Time warriors : la révolte des mutants alias Future X Cops de Wong Jing, sombre navet d’un ennui mortel ou Revenge : a love story de Wong Ching-po polar putassier ou encore le très médiocre Shaolin de Benny Chan, puisque plus il y a des films, plus je suis content, mais cela se fait au détriment des bons films : le nivellement par le bas, l’absence de qualité pourraient donner l’impression que tous les films hongkongais sont comme ça. Le pire est peut-être que les éditeurs pensent que le public aime ça. Or, même à Hong Kong, les spectateurs se détournent de ses films. La part de marché des films locaux est en chute libre par rapport à 2011. Sur les 25 plus gros succès de 2012, on trouve 19 films américains. Le premier film hongkongais arrive en 13ème position (Love in the buff), suivi de A simple life (14ème), The Viral factor (16ème) I love Hong Kong 2012 (21ème) et Motorway (25ème). Et les grosses productions avec la Chine, dont la quantité est en augmentation mais leur qualité en baisse, ne change rien à la donne. Le cinéma de Hong Kong va très mal. Très, très mal.

Box office des films d’Asie sortis en France :
La Colline aux coquelicots. 429192 spectateurs
The Raid 182575 spectateurs
Les Enfants loups, Ame et Yuki 167.716 spectateurs
In another country 71.120 spectateurs
I wish 58.330 spectateurs
Le Chien du Tibet 33.256
11 fleurs 23.303
La Servante 15.144
Lili à la découverte du monde sauvage 11.666
Tatsumi 9030
Saya Zamuraï 6.982
Fengming, Chronique d'une femme chinoise 6.945
La Rizière 6.169
Tokyo park 5.769
Saudade 4.233
Le Fossé 3.086
Headshot 1.849
Genpin 718
(merci à Mathias Mosely pour les chiffres)

Pour finir, 12 films que j’ai aimés en 2012 (par ordre alphabétique)

Bonne année 2013 pleine de bons films.

mercredi 31 octobre 2012

Headshot


« Comment fait-on pour passer de policier à malfaiteur » est la question au centre de Headshot, le nouveau film de Pen-ek Ratanaraung dont on n’avait guère eu de nouvelles depuis Ploy en 2007, ses plus récents films n’ayant pas été visibles par chez nous. Cet homme, c’est Tul (Nopachai Chaiyanam) que l’on découvre d’abord de dos portant des cheveux longs et qui se dirige vers une boite postale d’où il sort une enveloppe qui contient le nom de sa prochaine cible : un homme politique. Tul se rase la tête, revêt la bure orange de moine et abat l’homme. Mais les gardes du corps de ce dernier répliquent et Tul s’effondre, blessé à la tête. Le commanditaire, le Dr. Sruang (Krerkkiat Punpiputt) le soigne. Tul reste trois mois dans le coma.

A son réveil, il voit tout à l’envers et Pen-ek Ratanaruang retourne sa caméra en point de vue subjectif, en troublant l’image, pour nous montrer la sensation. La vie de Tul est bien sans dessus-dessous. Sa voix off va narrer comment il en est arrivé là. Policier honnête, notre homme enquête sur un trafic de drogues qui implique le frère d’un ministre. Incorruptible, il est la victime d’un chantage de la part de l’avocat véreux de l'inculpé. Tul se retrouve accusé d’un crime qu’il n’a pas commis et passe par la case prison. A grands coups de flashbacks, on découvre le coup monté de toutes pièces. Tul passera trois ans en prison. Jamais le film ne montrera, comme c’est le cas souvent dans les films où la corruption des édiles est un sujet, la hiérarchie de Tul réagir ou un journaliste enquêter. C’est tout simplement que cela n’intéresse pas le cinéaste.

C’est la longue dérive du héros (ou antihéros) qui intéresse le cinéaste, sa plongée irrémédiable en enfer qu’il accepte comme un destin tout tracé. Le film se veut un polar noir et Ratanaruang ne ménage pas ses efforts pour plonger dans le glauque le plus ultime. L’image d’abord souvent très sombre, peu éclairée. Tul à cause de son trouble visuel parvient à mieux tirer sur ses victimes dans le noir total. Quand il tue dans un hangar ou dans un appartement, il éteint brutalement la lumière. Quand il se trouve en extérieur, une pluie diluvienne obstrue la visibilité. Puis, ce sont des dizaines de morts qui ponctuent le récit. Tul est constamment poursuivi par des assaillants, le fils du politicien cherche à venger son père. Enfin, la musique sinistre est constante pour encore plus appuyer la noirceur.

Deux personnages féminins vont croiser le chemin de Tul. Il rencontre Tiwa (Chanokporn Sayoungkul) par hasard. Elle se fait appeler Joy, ils couchent ensemble et meurt sauvagement assassinée dans sa baignoire. C’est Tiwa qui est au centre du coup monté de l’avocat. Car en fait, elle n’est pas morte. Elle a été payée pour lui faire croire. Là aussi, le cinéaste fait passer en force ce gros mensonge et on se demande pourquoi elle ne va pas dire aux policiers qu’elle est encore vivante. Tiwa, bien que prostituée et droguée, est une fille bien qui va chercher Tul à sa sortie de prison et lui offre un logis. Sa fin sera pourtant tragique.

La deuxième femme est Rin (Chris Horwang). Tul monte dans sa voiture en la prenant en otage. Elle se trouvait là par hasard, il la menace de son révolver. Elle l’emmène loin de Bangkok. Alors qu’il pleut abondement, un pneu crève. Il faut le réparer. Alors, qu’elle pourrait fuir, elle se prend de sympathie pour lui. Elle a bien compris que c’était un homme avec un bon fond, que ses actions sont dues aux circonstances néfastes et qu’il ne va pas lui faire. Rin l’amène vers une nouvelle vie, celle de moine. Et encore une fois, Ratanaruang nous refile une facilité scénaristique (comprendre un retournement de situation) tellement lourdingue que la lassitude m’a envahie. Somme toute, Headshot donne l’effet d’un film poussif, comme l’étaient selon moi Last life in the universe comme Ploy, qui fait regretter la fausse naïveté de Monrak transistor. Comment fait-on pour passer de cinéaste enthousiasmant à réalisateur prétentieux ?

Headshot (ฝนตกขึ้นฟ้า, Thaïlande – France, 2011) Un film de Pen-ek Ratanaruang avec Nopachai Chaiyanam, Chris Horwang, Chanokporn Sayoungkul, Joey Boy, Apisit Opasaimlikit, Krerkkiat Punpiputt, Theeradanai Suwannahom, Nadim Xavier Salhani, Daisuke Kashiki, Yasu Peron.

jeudi 4 octobre 2012

Le Guerrier de feu


Le jeune Siang (Dan Chupong) est un Robin des Campagnes depuis qu’il cherche à se venger d’un voleur de buffles qui a tué ses parents vingt ans auparavant. Situé au début du 20ème siècle, alors que le Royaume de Siam subissait l’influence de la Grande Bretagne, Le Guerrier de feu est une comédie d’action qui voit s’affronter un justicier et toutes une bande d’affreux jojos aux tronches encore plus patibulaires que dans un film de Stephen Chow, la référence du film. Le pays n’est pas passé au mode d’agriculture occidentale, le buffle est l’élément moteur des paysans. Ça n’arrange pas le prince « Bec de lièvre » qui a décidé de vendre des tracteurs et qui engage des mercenaires pour voler les buffles et tuer leurs propriétaires.

C’est d’abord à toute une galerie de personnages que l’on a droit, et souvent bien plus amusants que le pâle Siang, bien trop gentil pour intéresser. Le prince tout d’abord et son bec de lièvre qu’il cache avec son index quand il parle (on pense au Dr. Evil des Austin Powers). Le prince qui a un gros problème d’élocution, il mange tous les mots. Ce problème sera résolu en fin de film (je ne dis pas pourquoi). Il s’habille très chic avec des vêtements clinquants et brillants. Il est coiffé avec des cheveux en énorme mèche. Le prince est prétentieux, mais aussi très capricieux (il veut que les gens achètent son tracteur même s’ils n’en ont pas besoin), colérique (il s’énerve pour un rien) et libidineux (il voudra sortir avec l’amoureuse de Sing). Un personnage de parfait crétin qui est le premier élément de comédie.

Le prince bec de lièvre engage un guerrier chauve complètement cinglé qui adore attaquer ses ennemis à midi au beau milieu du repas parce qu’il tue mieux le ventre vide et qu’il avale ensuite leur repas. Et si le repas n’est pas prêt, peu importe, il bouffe le bras d’un homme à terre. Ce grand gars se bat avec une arme courbe, variation de gourdin, avec laquelle il frappe en courant ceux qui sont devant lui. Les combats sont gentiment gore pour à la fois faire rire les amateurs du film d’action et pour ne pas faire trop peur aux enfants auxquels le film est aussi destiné. Les coups sont portés en plan séquence (sans champ contrechamp), filmés en double caméra montrant d’abord un angle puis l’autre. On en aura pour notre argent. La chorégraphie des combats est dynamique, le metteur en scène préférant laisser suivre ses acteurs dans le plan d’ensemble pour que le spectateur puisse mieux profiter du spectacle.

Dans sa deuxième moitié, Le Guerrier de feu se tourne à la fois vers le fantastique et vers la romance. Le prince fait appel à un homme nommé Démon Noir pour battre Sing un négociant en buffles. Il se trouve que les deux hommes se connaissent depuis vingt ans déjà et que l’un d’eux a croisé le chemin de Siang. Ils ont des pouvoirs magiques qui permettent de développer leur force pour affronter leurs adversaires. Sing, le négociant, d’un coup de poing transforme ses deux meilleurs hommes en tigre et singe de combat grâce à un sort. C’est là qu’on sent l’influence de Stephen Chow, dans ce mélange de burlesque au milieu de l’aventure, de personnages souvent ridicules mais capables de se battre comme des bêtes.

Je n’oublierai pas la romance de circonstance avec la fille de Démon Noir, le jeune et belle Sia qui va tomber amoureuse de Sing, et réciproquement. On a même droit à une chanson pop ultra romantique et franchement nulle. La jeune fille, vierge bien entendu, sera la convoitise d’à peu près tout le monde : du prince au Démon Noir. Son sang sera une arme contre les méchants que Siang, artificier émérite (d’où le titre du film) badigeonne sur ses fusées qu’il fait exploser à la tête des ennemis. Il faut bien entendu y voir un symbole sexuel évident. Malgré de nombreuses lourdeurs, le film s’avère finalement divertissant, amusant et plutôt réussi. Or, comme le cinéma thaïlandais devient très rare, il n’est pas interdit d’aller jeter un coup d’œil vers ce Guerrier de feu qui vient de sortir en DVD et BluRay.

Le Guerrier de feu (ฅนไฟบิน, Thaïlande, 2006) Un film de Chalerm Wongpim avec Dan Chupong, Leo Putt, Panna Rittikrai, Samart Payakarun, Kanyapak Suworakood, Somdet Kaew-ler, Ampon Rattanawong, Wichai Prommajan, Jaran Ngamdee, Amporn Pankratok.

jeudi 28 octobre 2010

Nothing lo lose


Au pied d’un grand immeuble, un jeune homme attend. Il regarde en l’air. Il veut monter mais l’ascenseur est en panne. Il décide de monter à pied jusqu’au toit. Somchai (Pierre Png) porte une belle chemise blanche qu’il enlève, plie comme il faut, pose dessus ses petites affaires et s’apprête à grimper sur le parapet. Mais il a le vertige et recule. A l’autre bout de la terrasse, Gogo (Fresh) se tient bien droite sur ses talons, prête à sauter. Elle porte une minijupe et des cheveux colorés. Somchai s’approche d’elle et engage la conversation.

Tous deux étaient là pour se suicider pour des raisons que Nothing to lose va donner au fur et à mesure de son récit mouvementé. Mais en attendant de se donner la mort, Somchai et Gogo décident d’aller manger un bout. Comme ils n’ont pas d’argent, ils s’enfuient du restaurant après s’être goinfrés. Et ils vont continuer leur chemin en duo à toute vitesse. Un passage à la banque où ils pourraient faire un hold up. Un passage à l’appartement de Gogo où elle récupère des vêtements pour Somchai. Un vol de perruques dans un magasin.

Etape dans un motel minable tenu par un tenancier complètement follasse. La chambre est toute crasseuse et Gogo exige que Samchoi dorme sur le sol. Mais lui trouve la fille tout à fait à son goût et aimerait bien que le duo se transforme en couple. Après tout, s’ils n’ont rien à perdre, ils n’ont qu’à baiser ensemble. Gogo refuse tout net et ils partent dans la ville, le lendemain matin, faire un petit casse dans un magasin. Et Somchai emmène Gogo dans le tripot où il joue et perd beaucoup d’argent. Et évidemment, ils vont jouer et perdre beaucoup d’argent et avoir le patron du tripot sur le dos.

Jusqu’à présent, Nothing to lose se démène pour être une petite comédie colorée au rythme trépidant. Le montage effectué par le réalisateur et un autre de ses frères y est pour beaucoup. Plans courts, montés cut, dialogues débités à toute vitesse. Dès son premier film, Danny Pang programme son style proche de celui de Wong Jing. Style américain si l’on peut dire, ou tel qu’il l’imagine. Et justement, le film va plonger dans le policier après avoir traversé la comédie par le truchement d’un super-flic, comme il se présente lui-même.

Ce flic enquête sur ce couple. Il prétend avoir fait ses armes au FBI et tout connaitre de la psychologie de « Bonnie and Clyde » comme il aime à appeler Gogo et Somchai. Parce que le spectateur découvre les tenants et aboutissants de leur vie minable, il se crée une tension entre le comique involontaire du flic filmé au premier degré et un suspense inhérent à son incompétence. C’est dans cette tension que Nothing to lose trouve sa saveur. Danny Pang joue sur l’attente du spectateur qui doit s’identifier (ou au moins prendre en sympathie) deux losers. Et ce pari est plutôt réussi sans changer quoi que ce soit du cinéma d’action.

Nothing to lose (1+1 เป็นสูญ, Thaïlande, 2002) Un film de Danny Pang avec Arisara Wongchalee, Pierre Png, Yvonne Lim, Nimponth Chaisirikul.

mercredi 1 septembre 2010

Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures


C’est un monde à part, au fin fond de la Thaïlande, au nord est en vérité, dans la forêt. Boonmee (Thanapat Saisaymar) y habite. Il revient de l’hôpital, de la ville, suite à des problèmes rénaux et il rentre avec sa sœur Jean (Jenjira Pongpas). Ils ne se voient pas souvent, d’ailleurs ils parlent peu. Ils ne savent pas quoi se dire mais Jen est sans aucun doute là pour le surveiller pendant sa convalescence, histoire qu’il ne passe pas trop de temps dans son verger de tamarinier, puisqu’il est exploitant agricole.


C’est Tong (Sakda Kaewbuadee), un jeune homme au sourire constant qui s’occupe de Boonmee, qui lui pose sa sonde pour évacuer l’eau de ses reins. Le vieil homme considère que Tong est comme son fils. Il est veuf et, justement, son fils est décédé et s’est pris d’affection pour Tong qui lui a construit un abri au milieu des arbres pour pouvoir se reposer, au cas où. Boonmee va mourir, tout le monde le sait, il vit ses derniers jours et le film le fera mourir bien avant la fin.


Avant cela, Oncle Boonmee va se plonger dans un fantastique d’une grande douceur, il va se lover dans un monde peuplé de fantômes pour que le moribond puisse se rappeler une dernière fois sa vie. Au cours d’un repas, Huay (Natthakarn Aphaiwonk), l’épouse décédée apparaît devant la table et la discussion commence entre tous. Pas de peur. Boonmee remarque que feu son épouse n’a pas changé depuis sa mort il y a dix-neuf ans de cela. La conversation reste badine, l’oncle n’a décidemment plus rien à dire, plus rien à exprimer.


Puis, c’est au tour du fils d’arriver par l’escalier. Boonsong (Geerasak Kulhong) n’a plus rien d’humain. C’est un singe avec des yeux rouges brillants, tout plein de poils qui évoque plus Chewbakka qu’un singe à vrai dire, mais Apichatpong Weerasethakul n’en plus à un gag près. Son singe est un singe parce qu’on l’énonce ainsi. La tante demande pourquoi il a tant de poils et tout le monde le reconnait à sa voix. On avait déjà vu un de ces monstres dans la scène inaugurale, derrière une vache. Et on en verra d’autres au fur et à mesure que la mort approche.


D’autres événements vont se produire. Oncle Boonmee suit maintenant un palanquin où une princesse qui a perdu sa beauté se promène et s’arrête au bord d’une rivière, y plonge dedans et fait l’amour à un poisson chat. Et Tong va s’habiller en moine puis venir prendre une douche dans la chambre de Jen. Il enlève tous ses vêtements, les uns après les autres, il retire les couches orange de la bure monacale et remet ses habits de ville pour aller manger tranquillement. Tout le monde change de vie.


Apichatpong Weerasethakul a reçu la Palme d’or à Cannes pour Oncle Boonmee. Il n’a pas changé de style. Le film est aussi peu éclairé que les autres, aussi énigmatique d’autant qu’il est avare de dialogues et que les différentes séquences semblent ne pas avoir de lien les unes avec les autres. Le travail sur le son se fait moins présent que dans d’autres films exotiques produits pour nous autres les Occidentaux (Oncle Boonmee et les autres films de Weerasethakul, les Thaïs n’en en rien à fouttre).


Ce qui change le plus est l’humour qui arrive au hasard de certaines scènes, non pas un burlesque cantonais propre aux films de fantômes, bien entendu quand l’épouse et le fils s’invitent chez les vivants, mais aussi l’amour avec des poissons et le personnage de Tong. Du point politique, le film se fait très feutré (d’autres appelleraient ça de la subtilité). Boonmee exploite les clandestins dans sa plantation, on le lui reproche, Jen la tante est un peu raciste. Le cinéaste exprime là une opinion très répandue. Et le film est traversé de photos d’enfants soldats qui évoquent la vie martiale de la Thaïlande, une abomination dictatoriale pour Weerasethakul qui affirme quelques pensées politiques sur le mode de la suggestion.


Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (Uncle Boonme who can recall his past lives, ลุงบุญมีระลึกชาติ, Thaïlande – France – Allemagne – Espagne – Grande Bretagne, 2010) Un film d’Apichatpong Weerasethakul avec Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, Sakda Kaewbuadee, Natthakarn Aphaiwonk, Geerasak Kulhong, Kanokporn Thongaram, Samud Kugasang, Wallapa Mongkolprasert, Sumit Suebsee, Vien Pimdee.

dimanche 23 mai 2010

Apichatpong Weerasethakul, Palme d'or 2010


La Palme d’or attribuée par Tim Burton et son Jury à Apichatpong Weerasethakul est un événement. D’abord parce que pour la première fois le Festival de Cannes récompense un film thaïlandais, et aussi haut. Depuis 1997 et L’Anguille, aucun film d’Asie n’avait reçu de Palme d’or alors même que la crise d’inspiration fait rage en Corée, au Japon et à Hong Kong. Ensuite parce qu’il fallait une sacrée dose de courage pour récompenser un cinéaste qui est d’abord un artiste d’art contemporain qui écume les galeries et les centres d’art, essentiellement en Europe il faut le dire. J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ses films Sud (Blissfully yours et Tropical malady) mais Syndromes and a century est très beau et The Adventures of Iron Pussy est si décale qu’il faut le coup d’œil. Pour la première fois, un film palmé, Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures n’a pas encore de distributeur en France, ce qui ne devrait pas tarder, même si l’on sait que le film ne fera pas beaucoup d’entrées, comme Le Goût de la cerise en 1997 ou Rosetta en 1999. Jusqu’à présent, Apichatpong Weerasethakul n’était que le cinéaste donc le nom est imprononçable, il faudra que les gens l’apprennent maintenant. Rendez-vous au prochain épisode.



jeudi 22 avril 2010

Beautiful boxer


Depuis le succès phénoménal de Satreelex the iron ladies, sorti en Thaïlande en 2002, le cinéma local a mis au goût du jour les transsexuels. En France, cette tendance n’a pas réellement eu d’écho, Satreelex, malgré son humour et son punch, est passé très inaperçu. La presse a surtout vanté le côté kitsch, donc rigolo, du film qui mérite plus que cela. Comme Satreelex, le film est inspiré d’une histoire vraie. La fiction ne dépasse pas toujours la réalité. Le générique inaugural décrit très bien ce que sera Beautiful boxer.


Nong Toom s’habille pour boxer. Pirinya se maquille et met sa robe rouge. Jamais le visage ne sera montré en gros plan. Le réalisateur s’attarde sur les gestes précis que demande chacune des deux activités. C’est le même rituel qui est décrit, sauf que chacun est l’inverse de l’autre. Mais par-dessus tout, il s’agit pour chacune de deux facettes du protagoniste de se mettre en scène. Nong Toom est la partie masculine et Pirinya la féminine d’une même personne. Pour Toom, il s’agira de ne plus être que Pirinya et chaque jour passé à boxer est une avancée pour s’affirmer.


Le récit étant réel, le cinéaste choisit de faire se rencontrer Toom avec un journaliste américain à qui il pourra narrer son histoire. Tout commence donc dans l’enfance de Toom. Il vit avec sa famille dans la province de Chiang Mai, au nord de la Thaïlande. Sa famille est très pauvre. Lui-même est brimé par ses camarades à l’école. Toom prend conscience que son âme de femme est enfermé dans un corps d’homme très tôt. Il est à la Fête du Temple. Il assiste successivement à un match de boxe puis à un opéra populaire. La chanteuse laisse tomber son rouge à lèvres. Toom, une fois chez lui, se maquille et chante l’air entendu au spectacle, pendant le repas familial devant les yeux médusés de ses parents.


Quelques malheurs édifiants arrivent à la famille de Toom. Des problèmes d’argent font que ses parents se retrouvent en prison. Toom devient moine novice, mais ne respecte pas les règles et part travailler pour aider ses parents. La vie monacale n’étant pas faite pour lui, à la fin de l’adolescence, il part pour la grande ville où il vend des souvenirs aux touristes avec une de ses amies. Toom est efféminé et il devient une sorte d’attraction pour certains touristes qui lui font les yeux doux.


Le destin de Toom bascule une nouvelle fois lors d’une autre Fête du Temple. Il accompagne son frère qui doit boxer et c’est finalement Toom qui monte sur le ring et remporte le match. Ce qui bien entendu provoque la jalousie du frère. Tous deux iront dans une école de muaythaï. L’entraînement est difficile et la promiscuité avec les autres élèves est encore plus rude, car comme on le sait si l’on vu un jour un reportage sur la muaythaï, tous dorment dans la même pièce. Toom est fasciné par le corps de ses collègues. Serait-il homosexuel ? Ses camarades décident quoi qu’il en soit de lui offrir une prostituée. Là-bas, il dit à la jeune femme qu’il n’a pas encore de poitrine, mais qu’un jour il en aura. Toom n’est pas homosexuel, c’est une femme en devenir.


La femme de l’entraîneur lui offre un jour une boîte de maquillage. Elle a bien remarqué quelque chose. Désormais Toom combattra maquillé. Il subit les moqueries de ses adversaires. Et moquerie est un euphémisme. Le cinéaste réussit pourtant dans ses scènes un peu dures à apporter de l’humour. L’entraîneur n’était pas partisan du maquillage et des fanfreluches qu’arbore Toom, mais un constat s’impose : Toom reste un grand champion, même maquillé. Le seul conseil que donnera l’entraîneur à ce sujet est que Toom devrait s’acheter du maquillage waterproof. Parce que la sueur fait couler le mascara.


Dès lors, Toom deviendra la coqueluche des médias thaïs. Et Toom va se présenter en tant que Pirinya. Ses manières et ses vêtements deviendront de plus en plus excentriques et sa crédibilité en prendra un coup. Le boxeur ne deviendra rien d’autre qu’une caricature aux yeux de tous, devant cette surenchère de la presse. Le cinéaste n’accable ni Toom, ni la presse, mais décrit précisément la grandeur et la décadence du jeune homme. Mais ce qu’il décrit le mieux est le désespoir de Toom, ou plutôt de Pirinya. Il devient une bête de foire. Jusqu’à ce qu’il prenne la décision de se faire opérer pour oublier définitivement sa vie d’homme.


Beautiful boxer ne tombe pas dans la mièvrerie. Et cela n’était pas gagné. Le film n’évite pas certains écueils faciles, telle la musique sentimentale. Il y a beaucoup de bons sentiments dans Beautiful boxer, mais Toom n’est pas un personnage décrit comme une victime. Au contraire, il est l’acteur principal de son destin. Et c’est cela qui fait la différence. Pour l’anecdote, il convient de signaler que Asanee Suwan qui interprète Toom a reçu l’oscar thaï du meilleur acteur et le film a également été récompensé pour le meilleur maquillage.


Beautiful boxer (Fighting beauty, บิวตี้ฟูล บ๊อกเซอร์, Thaïlande, 2003) Un film de Ekachai Uekrongtham avec Asanee Suwann, Sorapong Chatree, Orn-Anong Panyawong, Nukkid Boonthong, Sitiporn Niyom, Kyôko Inoue, Keagan Kang, Yuka Hyodo, Somsak Tuangmkuda, Tanyabuth Songsakul, Sarawuth Tangchit, Natee Pongsopol, Samnuan Sangpali, Natawuth Singlek, Pat Sasipragym.

lundi 22 février 2010

A moment in June


Pakorn (Shahkrit Yamnarm) est un metteur en scène de théâtre à Bangkok. Son ami Phon (Napatkorn Mitr-em) est parti depuis un mois en voyage pour faire le point sur leur couple. A vrai dire, Pakorn ne sait pas quand ils vont se revoir et Phon reste injoignable car il a oublié son téléphone portable chez son amant. Pakorn se plonge dans son travail, ne veut plus se consacrer qu’à cela, mais la pièce qu’il monte trouve des échos dans sa propre vie.


La pièce de théâtre a pour fond l’histoire de deux couples dans les années 1970. Deux femmes, deux hommes. L’un des hommes est Japonais. Il veut se marier avec sa fiancée et demande à l’autre homme, lui-même déjà marié, d’être son témoin. Le Japonais doit faire un voyage. Le futur témoin va rencontrer la fiancée et entre eux une idylle va naître, qu’aucun ne voudra assumer mais qui mettre en péril leur couple respectif.


Cette histoire, Pakorn la connait sur le bout des doigts. C’est celle de son père qui a renoncé voilà trente ans à la femme qu’il aimait. Et cette femme, auteur de la pièce, Phon va la rencontrer dans le train qui l’emmène de sa province jusqu’à Bangkok. Le film nous montre à la fois les répétitions de cet amour de jeune adulte et sa reconstitution, avec les mêmes acteurs, dans la Thaïlande de 1972. Pakorn met en scène cette pièce et va comprendre qu’il est en train de laisser filer l’homme qu’il aime, comme son père trente ans auparavant.


C’est sans doute l’un des écueils principaux de A moment in June. La reconstitution des événements de 1972 sont redondants avec les répétitions. Le propos de O. Nathapon est un peu trop appuyé. En revanche, sa reconstitution n’est pas sans évoquer le rythme (lent) et l’esthétique (précieuse) de In the mood for love de Wong Kar-wai. C’est avec beaucoup de délicatesse que le message d’amour universel est délivré. Quand l’amour est devant soi, il ne faut pas le laisser partir.


A moment in June ( ขณะรัก, Thaïlande, 2008) Un film de O. Nathapon avec Shahkrit Yamnarm, Sinitta Boonyasak, Krissada Sukosol, Deuntem Salitul, Suchao Pongwilai, Napatkorn Mitr-em , Hiro Sano, Mayurin Phongpudpanth.

dimanche 19 juillet 2009

Ong Bak 2, la naissance du dragon


Ong Bak 2 n’est pas la suite de Ong Bak ni sa préquelle. Ong Bak se situait à notre époque et Ong Bak 2 se déroule au 15ème siècle, une époque pleine de barbarie. Le film est poisseux à souhait avec que des personnages (ou presque) remplis de haine. On avait aimé Ong Bak pour les performances de combat de Tony Jaa. Là, il réalise lui-même mais on s’ennuie ferme.


Le pitch le plus simple évoque l’histoire de Conan le barbare. Tien, un jeune homme est fait prisonnier par un marchand d’esclaves. Il ne pourra survivre que s’il montre sa force face à un crocodile dans une arène. Il s’en sort. Libéré par une bande de pirates, il va apprendre la boxe afin de pouvoir venger le meurtre de ses parents par le marchand d’esclaves. Mort qui, bien entendu, s’est déroulé devant les yeux de Tien. Voilà pour les quarante premières minutes. Le jeune Tien est joué par Natdanai Kongthong.


Une fois bien formé et adulte, Tien va se venger. C’est désormais Tony Jaa qui joue : cheveux longs et visage en colère. Récit classique de l’entrainement du jeune homme tel qu’on peut le voir dans pas mal de wu xia pian. Tien va se venger d’abord du marchand d’esclaves qui a un peu vieilli mais qui continue sa monstrueuse activité, puis de l’homme qui tient pour responsable de son sort, le chef de son village. Le film nous montre par flash-back alternés ce qui s’est passé et lien affectif qu’il entretenait enfant avec une jeune danseuse plus jeune de quelques années et qu’il retrouvera comme danseuse d’un de ses ennemis.


Ong Bak 2 fait preuve dans ses combats non plus de violence mais souvent d’une réelle cruauté. Les méchants étant tous des affreux, rien ne nous est épargné et Tony Jaa fait dans la surenchère. Il faut dire que depuis le succès international de Ong Bak, des épigones de la boxe thaï ont cherché à marcher sur les plates bandes de l’acteur. Ce qu’on attend, ce sont les scènes de combats. Les toutes premières (combat avec le crocodile) sont filmées au ralenti. Beaucoup de mouvements de caméra, mais la sauce ne prend pas. Les combats et les scènes d’action de Ong Bak 2 ressemblent à toutes celles des films en costumes vus depuis quelques années.


Apparemment, Ong Bak 2 a été amputé de vingt minutes dans sa version française. C’est Europacorp et Luc Besson qui se sont chargés du charcutage. Qui sait si Tony Jaa est d’accord et sinon, va-t-il se venger ? Il semble facile de savoir quelles scènes ont été enlevées. Au milieu du film, il y a deux scènes de danse traditionnelles dans le palais du chef du village. On peut aussi imaginer que tous les flashbacks sur le jeune Tien et son amie apprentie danseuse ont été supprimées. Tout cela pour satisfaire un public qui ne veut voir que de la baston alors que ces scènes nécessaires à la psychologie du personnage donnait un peu d’air frais dans un film particulièrement sombre.


Ong Bak 2, la naissance du dragon (องค์บาก 2, Thaïlande, 2008) Un film de Tony Jaa et Panna Rittikrai avec Tony Jaa, Sorapong Chatree, Sarunyu Wongkrachang, Nirut Sirichanya, Santisuk Promsiri, Primorata Dejudom, Natdanai Kongthong.