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lundi 7 octobre 2013

Blind detective


C’est le grand retour du duo Sammi Cheng et Andy Lau sous la caméra de Johnnie To et Wai Ka-fai (ici uniquement scénariste). Après la timidité maladive dans Needing you, l’obésité dans Love on a diet et la leucémie dans Yesterday once more, le quatuor explore dans Blind detective la cécité  accidentelle de son personnage masculin principal, Johnston incarné par Andy Lau. Ancien policier, il a perdu la vue quatre ans auparavant lors d’une enquête. Depuis, il est chasseur de primes, tentant d’arrêter, avant la police, des personnes criminelles recherchées.

Le film commence ainsi, par une filature de Johnston dans la rue. Il a développé son odorat et suit un homme qui attaque la population à l’acide chlorhydrique. De loin, son ancien partenaire, Szeto Fatbo (Guo Tao) surveille l’affaire. Il a envoyé Ho (Sammi Cheng), une femme policier, acheter de quoi manger pendant la planque mais quand Szeto aperçoit Johnston dans la rue, il la charge de le suivre. Elle va se retrouver avec le chasseur de primes en haut d’un immeuble en train d’empêcher l’attentat d’être commis.

Le film est basé sur leurs relations de travail et n’envisage pas, dans presque toute sa durée, de romance entre Ho et Johnston. Elle l’engage parce qu’elle a entendu parler de lui et qu’elle admire ses résultats. Ho cherche à savoir ce qu’est devenue Minnie, une adolescente qu’elle voyait souvent devant chez elle et qui a disparu du jour au lendemain. Johnston accepte cette affaire en lui faisant passer des tests : elle pourra courir pour poursuivre suspects récalcitrants, elle lui servira de guide en étant ses yeux.

Les méthodes d’investigation de Johnston sont peu orthodoxes, Ho va vite se rendre compte de ses excentricités qui sont autant de gags burlesques. Il ne réfléchit qu’en mangeant fréquentant autant de restaurants qu’il y a d’avancées dans l’enquête qu’il mène. Quand il consulte dossiers que lui confie son ancien partenaire, le premier suspect interrogé se trouve toujours à côté d’un bon restaurant. Il a une passion pour les tripes qu’il mange avec un plaisir sans fin, se léchant les babines avec un grand sourire. Il parle très fort, s’énerve souvent et se montre inflexible dans ses directives.

Johnston initie Ho à ses curieuses reconstitutions des scènes de crime. Il joue tout ce qui a pu se passer, laissant libre court à son imagination débridée. Wai Ka-fai, scénariste ne se prive pas pour faire de ses reconstituions macabres des moments comiques irrésistibles. Pour le détective aveugle, il s’agit de mettre en scène les meurtres. Il connait le début et la fin des situations entre la victime et le suspect, Johnston se charge de recréer le milieu. Chacun prenant un rôle, recevant des coups de marteau sur la tête, étranglant un cou. Les personnages du passé se mettent à discuter avec Ho et Johnston dans des flashbacks imaginaires.

Seulement voilà, Ho est suffisamment maline pour comprendre que le détective aveugle ne l’aide pas vraiment dans la recherche de Minnie. En effet, il profite des yeux et des jambes de la policière pour travailler quelques cas irrésolus (immense second rôle de Lam Suet en joueur dans un casino de Macao que Ho tente d’énerver pour lui tendre un piège mais qui kidnappe Johnston). Chaque fois, Johnston ment allégrement en affirmant que l’enquête en cours a un rapport avec celle de Minnie. Il devra se résoudre à aider Ho.

Les deux protagonistes de Blind detective ont surtout à réconcilier avec leur passé. Ho cherche à retrouver Minnie qui a disparu en 1997. Elle culpabilise de n’avoir pas répondu à son appel tandis qu’elle était dans la rue en train de se taillader le bras. Johnston cherche à rentrer en contact avec Ding-ding (Gao Yuan-yuan) qu’il aimait avant de devenir aveugle, une jeune et belle professeur de danse qu’il regardait avec Szeto quand il faisait une pause pour manger des tripes. Il cherche à rattraper un passé qui se trouvera être une impasse pour lui.

C’est peu de dire que ce nouveau film de Johnnie To est un plaisir de spectateur, que le scénario de Wai Ka-fai et Yau Nai-hoi amène son lot de rebondissements, d’action, et d’humour liant chaque récit du passé avec la situation actuelle de Ho et Johnston. Il est plus accompli que Mad detective, auquel on pense souvent, tout en étant aussi foutraque. Blind detective n’est pas sans défaut et se force un peu à créer une histoire d’amour entre Ho et Johnston dans la toute dernière partie du film, mais en ces temps de disette dans le cinéma de Hong Kong, il est tellement rare de voir un film aussi maîtrisé qu’il serait inconvenant de faire la fine bouche.

Blind detective (盲探, Hong Kong, 2013) Un film de Johnnie To avec Andy Lau, Sammi Cheng, Guo Tao, Gao Yuan-yuan, Lo Hoi-pang, Bonnie Wong, Lam Suet, Patrick Keung, Zi Yi, Lang Yue-ting, Eileen Yeow.

mardi 9 juillet 2013

Drug war


Un car qui transporte des passagers aux estomacs remplis de boulettes de drogue. Un camion qui passe de l’amphétamine. Un trafiquant qui perd le contrôle de sa voiture et s’écrase dans un magasin. L’ouverture de Drug war, premier polar de Johnnie To (produit et co-écrit par Wai Ka-fai) tourné entièrement en Chine, va droit au but. La drogue cherche par tous les moyens à traverser la frontière pour se répandre dans la République populaire. Dans le même mouvement, le cinéaste hongkongais apporte son savoir faire et son ambiance unique en Chine en traversant la frontière entre les deux pays. La question immédiate que l’on se pose : Drug war parviendra-t-il à abolir les limites de la censure chinoise en parlant de drogue, de policiers et de mafia, sujets ultra sensibles ?

Ce trafiquant, bave aux lèvres et couverts d’ecchymoses est Timmy Choi (Louis Koo). Son laboratoire clandestin, situé au beau milieu de la campagne chinoise, a explosé, tuant sa femme et deux de ses hommes. Son accident de voiture, filmé par les nombreuses caméras de surveillance, l’a conduit à un hôpital. Là, il doit faire face aux interrogatoires du lieutenant Zhang (Sun Honglei), chargé de la répression du trafic de drogues et de sa fidèle assistante Xiaobei (Crystal Huang). Il se tait d’abord. Son téléphone n’arrête pas de sonner et de délivrer des messages codés. Or Timmy risque la peine de mort et préfèrera collaborer avec la police pour réduire sa peine. Ensemble, ils vont partir en mission : démanteler le réseau que Timmy a lui-même mis en place.

Timmy va mettre en scène Zhang qui va se faire passer pour Chang devant le bien nommé Haha (Hao Ping). Chang (Tan Kai) est l’homme de main de l’oncle Bill (Li Zhenqi), qui doit acheter de l’héroïne pour la vendre en Corée et au Japon. D'abord trouver le costume de mafieux à Zhang. Puis, choisir le décor : un hôtel de luxe. Haha passe son temps à rire très fort et Chang a, au contraire, un visage impavide. La rencontre s'improvise comme une répétition de la scène qu’il faudra ensuite à nouveau interpréter. Zhang incarne cette fois Haha devant Chang et Xiaobei sera la petite amie frivole de Haha. Zhang doit jouer deux rôles opposés, se rappeler de chaque détail de ses personnages tout en surveillant Timmy qui, lui-même, le guide. Le public ne sera pas seulement constitué des spectateurs du film mais aussi de tous les policiers qui surveillent par caméra la chambre d’hôtel.

La tension, amplifiée par la superbe musique de Xavier Jamaux, est subtilement portée à son paroxysme. Il faut avouer que Johnnie To prend un malin plaisir à faire s’échanger les rôles à ses personnages et à créer des méandres qui menacent chaque fois de perdre le fil du récit. On retrouve les deux conducteurs du camion d’amphétamines, deux abrutis finis qui se sont servis dans la cargaison que Timmy va copieusement rosser. On découvre un deuxième laboratoire tenu par des muets qui se révèlent être de furieux manipulateurs de fusils en abattant la moitié des hommes de Zhang. Séquence magnifique de brutalité où les visages des deux muets (Guo tao et Li Jing) passent de la jovialité lors de leur retrouvaille avec Timmy (la célébration de la mort de son épouse où de vrais billets sont brûlés) à la fureur sourde. Chaque fois, Timmy garde la main sur le récit, Zhang n'est qu'une marionnette bien qu'il croit être le meneur de jeu.

Les personnages interprétés par les acteurs de Hong Kong sont tous de trafiquants de drogue. Outre Timmy (Louis Koo est remarquable, portant constamment un sparadrap sur le visage), plusieurs fidèles de Johnnie To et de la Milkyway sont de la partie : l’inévitable Lam Suet qui marmonne des mots en anglais, Lam Ka-tung et Michelle Ye en Bonnie et Clyde, Eddie Cheung, entre autres. Ils forment les bras droits de Timmy qui doivent organiser le trafic. Ils n’arrivent que dans le dernier tiers de Drug war mais leur partition, l’attention que leur porte le cinéaste et le caractère pince sans rire de leur personnage (un humour glacial est constant dans le film) les rend plus vivants que tous les policiers chinois. C’est là sans doute qu’est le plus grand pied de nez de Johnnie To : remplir son contrat de faire un film contre la drogue tout en égratignant la raideur de la justice et de la police de la Chine et en s’offrant le luxer de filmer l’un des plus beaux gunfights finaux vus depuis bien longtemps.

Drug war (毒戰, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Johnnie To avec Louis Koo, Sun Honglei, Crystal Huang, Hao Ping, Gan Ting-ting, Michelle Ye, Lam Suet, Wallace Chung, Gao Yun-xiang, Xiao Cong, Li Guang-jie, Yin Zhu-sheng, Lo Hoi-pang, Eddie Cheung, Lam Ka-tung, Wang Bao-qiang, Guo Tao, Cheng Tai-shen, Li Jing, Hai Qing, Tan Kai.

mardi 7 juin 2011

Don't go breaking my heart


Après deux ans d’absence et un Vengeance franchement pas très enthousiasmant, Johnnie To revient avec une bonne grosse comédie romantique à faire pleurer tous ceux qui voudront bien croire aux histoires d’amour romanesques entre Daniel Wu, Louis Koo et Gao Yuan-yuan. Pendant les presque deux heures du film, sur une période de trois ans de récit, les deux hommes vont chercher à gagner les faveurs de la femme. Don’t go breaking my heart est écrit par Wai Ka-fai et le film rappelle Needing you (pour les rapports superficiels au sein d’une entreprise) et Turn left turn right (pour les rendez-vous manqués entre les personnages).

Soit deux grands immeubles de bureau aux vitres très larges. Chacun donne sur l’autre avec un vis-à-vis imprenable. D’un côté, la boîte où bosse Cheng Zixin (Gao Yuan-yuan), en face celle de Cheung Shen-ran (Louis Koo). Ils ne se connaissent pas encore mais Shen-ran l’a aperçue dans le bus qui l’a conduit au bureau. Elle en est sortie précipitamment après avoir rencontré son ex accompagné de sa femme enceinte. Shen-ran a compris qu’elle est célibataire et, de loin, la voit s’affairer toute stressée avec ses dossiers. A l’aide de post-its de différentes couleurs, il dessine sur sa vitre un smiley pour lui remonter le moral.

Juste avant qu’elle ne rentre dans son bureau, Zixin a tenté de traverser la rue. Hagarde, elle a manqué de se faire écraser plusieurs fois par des voitures. C’est Fang Qihong (Daniel Wu) qui la protège et ramasse ses dossiers éparpillés sur le bitume. Qihong porte une grosse barbe, est un peu dépenaillé et ressemble à un clochard. Il boit comme un trou, du whisky de préférence. Zixin va d’ailleurs lui en apporter de ses réserves, histoire d’oublier son ex qui en buvait aussi. Et un soir, après le travail, Qihong emmène Zixin chez le coiffeur, chez le tailleur et lui donne un look plus jeune. Elle apprend qu’il est architecte mais que la masse de travail l’a fait plonger dans l’alcoolisme et que l’alcoolisme l’a empêché de travailler.

Chacun voit dans ces rencontres un espoir de changer de vie. Shen-ran est un dragueur impénitent et il donne rendez-vous à Zixin, mais une autre femme qui travaille en dessous prend le rendez-vous pour elle. Deux rendez-vous à deux filles dans deux lieux différents, c’est guère gérable. D’autant que Zixin a donné aussi rendez-vous à Qihong qui s’est remis à dessiner avec sa nouvelle mascotte, le crapaud de l’ex. Finalement, ces gens qui ne se connaissaient que de vue ne pourrons jamais se rencontrer. Et là, tout s’arrête. La crise de 2008 est là. La boite de Shen-ran ferme. Personne ne se verra plus pendant trois ans.

Il restera plus d’une heure à nos trois personnages pour qu’ils puissent se retrouver, le tout sous l’œil complice de John (Lam Suet), le collègue de Zixin, qui va être le témoin de cette histoire d’amour à trois. Shan-ren est embauché dans la boîte de Zixin et Qihong a repris du poil de la bête (mais sans oublier de raser sa barbe) et son cabinet d’architecte occupe désormais les anciens bureaux de Shan-ren. Le petit manège des post-its reprend, les deux hommes cherchent à s’attribuer les faveurs de la belle. Les fans des polars de Johnnie To seront bien déçus par cette romance fleur-bleue destinée avant tout aux spectateurs chinois et à son gros marché. C’est d’ailleurs pour cette raison que les plupart des dialogues sont en mandarin (sauf ceux de Louis Koo et Lam Suet). La dernière partie se transporte à Suzhou dans la famille de Zixin. Certes le récit est bien tenu, on sourit un peu au déboires amoureux du trio, mais c’est un peu creux.

Don’t go breaking my heart (單身男女, Hong Kong – Chine, 2010) Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Louis Koo, Gao Yuan-yuan, Daniel Wu, Lam Suet, Larisa, JJ Jia, Terence Yin, Selena Li.

jeudi 31 mars 2011

Sorties à Hong Kong (mars 2011)

Don’t go breaking my heart (單身男女)

Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Louis Koo, Gao Yuan-yuan, Daniel Wu, Lam Suet, Larisa, JJ Jia, Terence Yin, Selena Li. 114 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 31 mars 2011.










vendredi 3 décembre 2010

Expect the unexpected


L’une des batailles favorites de l’exégèse autour de la Milkyway consiste à savoir si les trois films de Patrick Yau produits par la compagnie de Johnnie To et Wai Ka-fai ont bel et bien été réalisés par lui. Je ne compte pas m’aventurer sur ce terrain-là. Ce que je remarque est que ces trois films The Odd one dies, The Longest nite et Expect the unexpected sont trois bons films, maîtrisés et qui annonce les chefs d’œuvre à suive de la compagnie.

Un petit restau. En face, une bijouterie. Trois gangsters maladroits (dont Lam Suet) vont cambrioler la bijouterie. Ils sont à visage découverts et bien maladroits. Ils ne parviennent pas à briser les vitrines blindées qui enferment les bijoux. En face, Mandy (Yoyo Mung) observe tout cela. Dans son restaurent, trois clients observent rigolards la fine équipe qui échoue lamentablement. La police est alertée. On entend les sirènes. L’un des trois clients prend son portable, téléphone et le trio quitte le restau. Un de leur complice est dans un appartement en face. Dans leur fuite, les cabrioleurs sont partis se cacher dans cet immeuble.

Le trio de clients est en fait une bande de malfrats qui s’avère très violent. L’homme caché dans l’appartement n’hésite pas à tuer son otage et le trio de gangsters, pour récupérer le complice, abat une douzaine de policiers. Rien à voir avec l’amateurisme de la bande à Lam Suet. Le chef de la section de police criminelle « O » est Ken (Simon Yam). Il est chargé de cette enquête avec Sam (Lau Ching-wan). Tous deux se connaissent depuis l’enfance. Et ils sont aussi amis avec Mandy. Trois célibataires combien de possibilité.

Expect the unexpected joue sur les deux tableaux de l’enquête policière et de l’amitié à trois. Le film se fait très nerveux dès qu’il s’agit des gangsters. Ils violent les femmes qu’ils séquestrent et sont sans pitié envers ceux qui se trouvent en face d’eux. La mise en scène dans ces moments là (les gunfights notamment) est très précise et va droit au but. La désinvolture et la bonne humeur de Sam va à l’encontre du sérieux de Ken mais tous deux se complètent admirablement. Sam est pourtant un homme d’instinct qui parvient à se trouver toujours au bon endroit au bon moment. Ken ne parle pas beaucoup, ne sourit guère et est toujours concentré. Leur caractère respectif apporte un air frais dans cette violence qu’ils combattent.

L’amitié à trois est plus complexe. Sam semble vouloir que Ken se lie avec Mandy et les manigances qu’il prépare ne sont pas très fines. Il avance comme un balourd et cela ne marche pas. Et si c’était Macy (Ruby Wong) qui était amoureuse de Ken comme il le croit ? Dans ce cas-là, pourquoi irait-elle si souvent au chevet de Jimmy (Raymond Wong Ho-yin), flic blessé et qui plait à toutes les filles et à qui il leur rend bien ? Dans une production Johnnie To – Wai Ka-fai, rien n’est simple mais tout est lisible. Les rapports entre les gens sont complexes et la mise en scène est là pour les rendre compréhensibles. Tout sera à la fois tragique et comique dans ces morceaux de vie de quelques policiers ordinaires et si humains.

Expect the unexpected (非常突然, Hong Kong, 1998) Un film de Patrick Yau avec Simon Yam, Lau Ching-wan, Yoyo Mung, Ruby Wong, Hui Siu-hung, Raymond Wong Ho-yin, Bak Ka-sin, Sato Keiji, Joe Cheng, Lam Suet, Lester Chan, Yee Tin-hung, Ricky Lam, Cheung Wing-cheung, Yip Tat-kau, Chiu Chi-shing, Law Wing-cheong.

dimanche 13 septembre 2009

Written by


Sur la lancée du très bon Mad detective, Wai Ka-fai continue son exploration des mondes parallèles avec Written by avec, encore une fois l’aide de Lau Ching-wan décidément le meilleur acteur de Hong Kong en ce moment. Les liens thématiques sont très forts entre les deux ce qui permettra peut-être, pour ceux qui en doutaient toujours, d’affirmer sans trop se tromper, que Wai Ka-fai était bien l’auteur de Mad detective.


Le 11 novembre 1998, Tony Tong (Lau Ching-wan) meurt dans un terrible accident de voiture. Sa femme Mandy (Kelly Lin) et leurs enfants Oscar et Melody s’en sortent. La fille restera aveugle de l’accident ce qui ne l’empêchera pas de chercher à consoler la veuve qui ne parvient pas à faire le deuil de son mari. Wai Ka-fai a la bonne idée de ne pas filmer l’accident. L’écran devient subitement noir, on ne verra que le résultat, la voiture cabossée et renversée avec les quatre corps agonisant. Auparavant, dans les cinq premières minutes du film, on verra un très beau générique avec les noms des équipes écrits en braille. On n’identifiera les images qu’en fin de film. Puis on voit une jeune femme aveugle monter sur le mur d’une terrasse et être tenté de sauter tandis que des feuilles blanches s’envolent.


Faire mourir la star de son film au bout de cinq minutes est encore une fois l’une des idées les plus folles que Wai Ka-fai et Au Kin-yee, co-scénariste ont eu. On va vite identifier la jeune femme. C’est Melody (Mia Yam) désormais adulte. Toute la famille va se recueillir sur la tombe de Tony Tong et Mandy éclate en sanglots. Rentrés à leur domicile, Melody propose, pour en finir avec le deuil qui a déjà duré dix ans, d’écrire un roman. Très vite, les idées fusent et surtout celle d’inverser la réalité et d’imaginer que le père a survécu à l’accident initial, que la mère et les enfants sont morts, mais surtout que Tony est devenu aveugle.


Dès lors Written by montre l’autre vie de Tony Tong. Il a une bonne philippine qui prend soin de lui. Il ne semble plus exercer aucune activité professionnelle. Il va au cimetière, le lieu où il le plus de temps, fleurir la tombe de sa famille décédée. Il y reste jusqu’à la nuit ce qui ennuie profondément la bonne qui affirme avoir peur des fantômes. Car l’idée maîtresse de Melody en se lançant dans l’écriture de son roman est de faire d’elle, de son frère et de sa mère des fantômes qui pourront entrer en contact avec le père. Et puis, le père va se mettre à écrire également un roman où Oscar le fils se sera réincarné en petit chien et où Melody sera devenue une employée de Meng Por qui emmène les défunts vers leur nouvelle vie.


C’est donc une histoire dans une histoire dans une histoire. C’est simple en apparence mais Wai Ka-fai va compliquer toute l’histoire et très vite de nouveaux éléments scénaristiques vont s’imbriquer les uns dans les autres. Le monde réel et celui des morts vont se croiser et désaccorder la vie des protagonistes. L’apparition de Meng Por (Jo Koo) en gardienne du monde des défunts va encore plus embrouiller les données initiales et donner une explication aux deux premières scènes du film. Il va alors falloir suivre les fils de chaque ramification. C’est tout un travail de subtilité auquel s’attèle Wai Ka-fai avec beaucoup de brio.


La première partie du film est une comédie. On suit Tony Tong dans ses déambulations. Tout son potentiel comique est déployé et cette première partie est drôle. Je retiendrai la scène où les fantômes de la mère et du fils viennent rendre visite à Tony. Tous les habitants de l’immeuble ont les yeux écarquillés et tentent de comprendre pourquoi le fantôme. C’est alors que l’enfant se transforme en chien et que tous paniquent. Puis le film se transforme en drame suite à un événement qui va transformer les données initiales. Les interactions entre les deux mondes vont provoquer des dégâts dans la vie des morts comme dans celle des vivants.


Wai Ka-fai a tourné un film brillant et élégant. Mais c’est aussi un film épuisant dans sa manière qu’il a de toujours surprendre dans sa scénarisation. Rarement, Wai ka-fai n’aura soigné un de ses films. Les mouvements d’appareil dans Written by semblent toujours justifiés. La description du monde des morts est d’une rare poésie. Et ce qu’il dit sur les fantômes, la vie et la mort n’est jamais prétentieux ni pontifiant. Et évidemment, le film est largement porté par Lau Ching-wan qui n’en fait jamais trop dans son rôle d’aveugle. C’est l’un des meilleurs films de Hong Kong sortis ces derniers mois.


Written by (再生號, Hong Kong, 2009) Un film de Wai Ka-fai avec Lau Ching-wan, Kelly Lin, Mia Yan, Zeng Qi Qi, Ching Ying-kit, Yeung Shuk-man, Bonnie Wong, Jo Koo.

vendredi 10 juillet 2009

Sorties à Hong Kong (juillet 2009)

Written by (再生號)

Un film de Wai Ka-fai avec Lau Ching-wan, Kelly Lin, Mia Yan. 85 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 10 juillet 2009.





lundi 8 juin 2009

Filmographie : Wai Ka-fai


Wai Ka-fai 韋家輝

En tant que réalisateur :

Peace Hotel (和平飯店, 1995) Sortie à Hong Kong le 12 avril 1995

Too many ways to be No. 1 (一個字頭的誕生, 1997) Sortie à Hong Kong le 14 mars 1997

Needing you... (孤男寡女, 2000) Sortie à Hong Kong le 23 juin 2000

Help!!! (辣手回春, 2000) Sortie à Hong Kong le 11 août 2000

Wu Yen (鍾無艷, 2001) Sortie à Hong Kong le 18 janvier 2001

Love on a diet (瘦身男女, 2001) Sortie à Hong Kong le 21 juin 2001

Fulltime killer (全職殺手, 2001) Sortie à Hong Kong le 3 août 2001

Fat choi spirit (嚦咕嚦咕新年財, 2002) Sortie à Hong Kong le 8 février 2002

My left eye sees ghosts (我左眼見到鬼, 2002) Sortie à Hong Kong le 13 juillet 2002

Love for all seasons (百年好合, 2003) sorti à Hong Kong le 25 janvier 2003

Turn left turn right (向左走.向右走, 2003) Sortie à Hong Kong le 11 septembre 2003

Running on Karma (大隻佬, 2003) sorti à Hong Kong le 27 septembre 2003

Fantasia (鬼馬狂想曲, 2004) sorti à Hong Kong le 15 janvier 2004

Himalaya Singh (喜馬拉亞星, 2005) sorti à Hong Kong le 3 février 2005

The Shopaholics (最愛女人購物狂, 2006) sorti à Hong Kong le 20 janvier 2006

Mad detective (神探, 2007) sorti à Hong Kong le 29 novembre 2007

Written by (再生號, 2009) sorti à Hong Kong le 10 juillet 2009

Don't go breaking my heart (單身男女) Sortie à Hong Kong le 31 mars 2011.


En tant que scénariste :

The Odd one dies (兩個只能活一個, 1997)

Vengeance (復仇, 2009)


En tant que producteur :

The Longest nite (暗花, 1998)