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mardi 31 décembre 2013

Bilan de l'année 2013


Les mains de Shu Qi dans Journey to the West de Stephen Chow & Derek Kwok

Comme en 2012, le nombre de films issus du sud-est asiatique est stable : 25 films, auxquels on peut ajouter Le Dernier rempart de Kim Jee-woon (264 030 spectateurs) et Stoker de Parl Chan-wook (124 218 spectateurs), deux films américains mais réalisés par deux des plus célèbres cinéastes coréens. C’est le troisième larron, Bong Joon-ho avec son Snowpiercer Le Transperceneige qui réussit le mieux son passage international, tout en maintenant une production majoritaire coréenne. Pour moi, c’est l’un des meilleurs films de l’année 2013, tout simplement. Peu de découvertes cette année dans le cinéma coréen, Hong Sang-soo, Im Sang-soo et Kim Ki-duk sont toujours là, avec leurs thématiques habituelles et les engouements critiques habituels. Toujours à propos de Corée, la sortie du remake de Old boy par Spike Lee le 1er janvier 2014 ne cesse de m’étonner.

Ce que je viens de dire pour le manque de nouveauté concernant le cinéma coréen s’applique aussi au cinéma de Hong Kong et de la Chine Populaire comme du Japon, hormis Une vie simple d’Ann Hui et A touch of sin de Jia Zhangke, tous les deux très réussis. La grande déception devant The Grandmaster de Wong Kar-wai (cinq ans pour ne faire que ça) est l’arbre défraichi qui cache la forêt brûlée du cinéma cantonais. Encore plus que les années précédentes, produire un film à Hong Kong demande aujourd’hui que le film soit visible par les spectateurs de Chine Populaire, donc qu’il passe par la censure du scénario. Ainsi, la plupart des films récents de Hong Kong sont d’une platitude incroyable et semblent ne plus regarder la ville comme auparavant.

D’ailleurs à Hong Kong, rien ne va plus. Ce sont les films hollywoodiens qui dominent (cette année Iron Man 3, Monstres Academy, World war Z et Thor 2 sont dans le top 5). Le plus gros succès local est Unbeatable de Dante Lam (N°3 au box office). Le grand retour de Stephen Chow derrière la caméra avec sa nouvelle version de Journey to the West (N°10 au box office) n’a pas été le choc commercial auprès des spectateurs de Hong Kong. En revanche, le film a cassé la baraque en Chine Populaire, nouvel eldorado, battant Iron Man 3. Plus loin, l’immense succès en Chine de So young, premier film de l’actrice Vicky Zhao est logique. Sa gentille chronique sur la Chine des vingt dernières années a sans doute permis à son public de se reconnaitre dans ses personnages.

Pour ma part, continuer à écrire sur ce blog avec le rythme que je tiens depuis mai 2007 (en gros, un film tous les deux jours) est de plus en plus difficile. J’aime toujours regarder des films mais je suis souvent déçu. Une fois l’hiver fini, il va bientôt être temps pour moi de prendre une pause, d’arrêter de regarder autant de films et peut-être de repartir avec de nouvelles résolutions. Voici cinq films que je retiendrai en 2013 : Snowpiercer de Bong Joon-ho, Journey to the West : Conquering the demons de Stephen Chow et Derek Kwok, L’Ivresse de l’argent de Im Sang-soo, Blind detective de Johnnie To et Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-eda. En attendant, je vous souhaite une belle année 2014 et plein de bons films. Si possible.

Les films sortis en France en 2013 :
Snowpiercer – Le Transperceneige de Bong Joon-ho : 649 700 spectateurs
The Grandmaster de Wong Kar-wai : 361 387 spectateurs
Shokuzai, celles qui voulaient se souvenir de Kiyoshi Kurosawa : 90 542 spectateurs
Ilo Ilo d'Anthony Chen : 83 376 spectateurs
A touch of sin de Jia Zhang-ke : 80 399 spectateurs
Lettre à Momo de Hiroyuki Okiura : 62 511 spectateurs
Shokuzai, celles qui voulaient oublier de Kiyoshi Kurosawa : 62 807 spectateurs
One piece Z de Tatsuya Nagamine : 54 532 spectateurs
L’Homme aux poings de fer de RZA : 38 927 spectateurs
Une vie simple d’Ann Hui : 38 260 spectateurs
L’Ivresse de l’argent d’Im Sang-soo : 22 217 spectateurs
Mystery de Lou Ye : 19 505 spectateurs
People mountain people sea de Cai Shangjun : 13 100 spectateurs
The Land of hope de Sono Sion : 11 116 spectateurs
Haewon et les hommes d’Hong Sang-soo : 10 134 spectateurs
Le Fils unique de Yasujiro Ozu : 7 961 spectateurs
Pieta de Kim Ki-duk : 7 872 spectateurs
Les Petits canards de papier : 5 353 spectateurs
After School Midnighters de Hitoshi Takekiyo : 2 773 spectateurs
Mundane history de Anocha Suwichakornpong : 731 spectateurs
Pink de Jeon Soo-il : 318 spectateurs
25 novembre 1970, Le Jour où Mishima a choisi son destin de Koji Wakamatsu : 1 194 spectateurs
Merci à Mathias pour le box-office.

mercredi 4 septembre 2013

Ilo Ilo

Caméra d'or au festival de Cannes 2013, une première pour un film de Singapour, le très joli Ilo Ilo suit quelques mois de la vie de la famille Lim, couple de la classe moyenne qui élève leur garçon de dix ans. Teck Lim (Chen Tianwen), le père, est représentant de commerce. Les affaires ne sont pas florissantes d'autant qu'il vend de la camelote. Leng (Yeo Yann Yann), la mère, est secrétaire dans une entreprise qui doit taper des lettres de licenciement de ses collègues. Le film, où l'anglais, le cantonais, le tagalog et le mandarin se mêlent, se déroule au beau milieu de la crise boursière de 1998 quand l'expansion économique des dragons asiatiques vacille.

La famille Lim pour l'instant a d'autres soucis. La mère est enceinte et décide d'embaucher une nounou pour garder Jiale (Koh Jia Ler), leur fils. Ce dernier n'est pas un garçon très calme ni très gentil. Il répond aux parents qui l'ont sans aucun doute trop gâté. Il est très indiscipliné à l'école, ce qui à Singapour n'est pas du meilleur effet. Il passe son temps à jouer au tamagotchi ce qui a le don d’énerver son père. Jiale ne fait que ce qu'il veut quand il le veut. La présentation du fils fait craindre une caricature d'ado pré-pubère qui en fait voir des vertes et des pas mûres à tout le monde. Pour tout dire, ses caprices peuvent rapidement gonfler.

C'est donc une des raisons pour laquelle les parents engage cette nounou. Teresa (Angeli Bayani) est philippine. Elle veut qu'on l'appelle Terry. Immédiatement, la mère lui confisque son passeport « pour qu'elle ne s'enfuit pas ». Elle fait la même taille que Jiale, c'est donc une femme frêle et timide que le garçon prend immédiatement en grippe. Il fait tout pour faire craquer la nounou. Ils doivent dormir dans la même chambre mais il sort du lit au milieu de la nuit pour aller avec ses parents. Il fuit à la sortie de l'école quand elle vient le chercher. Il refuse de manger les plats qu'elle prépare. Le parfait petit crétin fait payer à sa mère le manque de confiance qu'il place en lui.

Un incident va changer le court des choses. Le gamin se casse un bras et Terry est obligée de s'occuper intimement de Jiale. L'enfant va se mettre littéralement à nu devant la nounou. Mais également figurativement, et cela provoque un changement. De la même manière, la situation se modifie pour Terry. On apprend au court d'un discret dialogue qu'elle est une jeune maman et qu'elle a laissé son fils aux Philippines pour gagner un peu d'argent qu'elle compte envoyer régulièrement. D'une certaine manière, la situation est symétrique : Jiale se sent abandonné par sa mère et Terry, qui a quitté son fils s'occupe, par procuration, de Jiale. Petit à petit, on change totalement d'avis sur l'enfant qui énervait d'abord et pour lequel on éprouve ensuite de la tendresse.

Ilo Ilo aborde avec une grande pudeur les rapports entre les enfants et les parents, ces derniers étant convaincus que Jiale ne comprend rien à leurs histoires d'adultes, comme le chômage, l'absence d'argent, le poids de la famille. Anthony Chen, par fines touches (et sans aucune musique, en filmant quelques regards entre les personnages. Les gros yeux de cette mère, parfois un peu raciste, jalouse de l'amitié entre son fils et la nounou. Le regard constamment triste de Teresa. La colère sourde du père épuisé par les galères continuelles au boulot comme dans la famille. L es yeux moqueurs et parfois inquiets pour l'avenir de ce garçon qui en une année aura grandi plus vite que les autres.

Ilo Ilo (爸妈不在家, Singapour, 2013) Un film d'Anthony Chen avec Yeo Yann Yann, Chen Tianwen, Angeli Bayani, Jo Kukathas.

vendredi 5 juillet 2013

Forever fever


La fièvre du samedi soir a enflammé le corps de Hock (Adrian Pang), jeune vendeur dans une épicerie de Singapour. En 1977, deux choses l’intéressent : la moto, qu’il rêve d’acheter, et Bruce Lee, dont les posters tapissent les murs de sa chambre. Le soir avec ses amis, ils vont voir des films de l’idole du kung-fu. Mais plus aucun cinéma ne passe ses films. A la place, plutôt que d’aller faire l’éternelle partie de bowling, Mei (Medaline Tan), convainc la bande d’aller jeter un œil à cette comédie « disco » titrée Forever fever, comme le film qu’on regarde donc. Yeux grands ouverts, Hock est immédiatement fasciné par les pas de danse exécutés par l’imitateur de John Travolta (Dominic Page). Car si on entend des chansons des Bee Gees, elles sont réinterprétées par un groupe de Singapour, tout comme on ne verra aucune image du film La Fièvre du samedi soir (question de droits on imagine) mais plusieurs pans de son récit sont empruntés.

Hock n’a désormais plus qu’une envie : apprendre à danser. Mei, amoureuse de lui, accepte d’âtre son partenaire. Et ça tombe bien, un concours de disco est lancé. Premier prix : 5000 $, de quoi s’acheter la moto dont il rêve. Il va voir et revoir le film et, là, comme par magie, le faux Travolta sort de l’écran pour lui donner quelques conseils pour enchainer les pas de danse. Mais aussi lui indiquer qu’il doit adopter la tenue adéquate : chemise ouverte, pantalon moulant et mise ne pli. Il faut avouer que les pas de danse du duo Mei et Hock sont hésitants et bien loin du modèle. En gros, les chorégraphies sont banales et molles, ce qui n’empêche pas Richard (Pierre Png) de voir en Hock un rival à éliminer. Julie (Anna Belle Francis), la partenaire de Richard, se rend compte que ce dernier est un homme mauvais. La preuve, il fait virer Hock de l’épicerie et le tabassera le soir du concours. Du coup, Julie veut faire le concours avec Hock mais il faut évincer Mei. La jeune femme accepte de se sacrifier par amour pour Hock.

Le récit de Forever fever est cousu de fil blanc. Peu importe qui va gagner le concours, c’est la somme sui est importante car la famille de Hock va changer le dessein du héros. Il vit encore avec ses parents et sa grand-mère, seul personnage à dire quelques mots en chinois. C’est très étrange de voir tout un film en anglais, mais c’est le particularisme de Singapour. Le père est autoritaire préférant le jeune frère Beng (Caleb Goh), étudiant médecin, qu’il va rejeter quand il apprendra son secret. La mère est très compatissante. La jeune sœur, Mui (Pamela Oei), passe son temps à lire des romans à l’eau de rose et change de prénom chaque jour. Hock est jaloux de l’attention qu’on porte à son frère, mais l’adversité va les rapprocher Le message du film, car il y en a un, est que chacun doit rester lui-même pour s’épanouir. Ce qui dans un pays qui pratiquait l’acculturation, notamment linguistique, à l’époque où le film se déroule (1977) a du être largement bien perçu par le public de Singapour. Message certes sympathique mais énoncé ici avec autant de maladresse que de sincérité.

Forever fever (Singapour, 1998) Un film de Glen Goei avec Adrian Pang, Medaline Tan, Pierre Png, Anna Belle Francis, Steven Lim, Westley Wong, Alaric Tay, Dominic Pace, Caleb Goh, Pamela Oei, Kay Siu Lim, Margaret Chan, Lily Siew Lin Ong.

dimanche 26 mai 2013

Hirokazu Kore-eda, Jia Zhangke, Anthony Chen et Moon Byoung-gon primés à Cannes 2013


Voilà, le 66ème Festival de Cannes est terminé, le palmarès a été annoncé par Steven Spielberg. Parmi tous les films primés, je me réjouis que Hirokazu Kore-eda, cinéaste que j’apprécie particulièrement, reçoivent un beau prix du Jury pour Tel père tel fils. Aucune date n’est prévue pour l’instant pour une sortie en France de son film mais la société Le Pacte le distribuera. Jia Zhangke (que j’aime moins) a été célébré pour le scénario de son film A touch of sin (sortie prévue en janvier 2014). Un cinéaste peu connu venu de Singapour, Anthony Chen a reçu la Caméro d’or pour son premier film Ilo Ilo et le cinéaste coréen Moon Byoung-gon a été récompensé pour son court-métrage Safe (pas de sortie prévue pour ces deux films).



Le Palmarès de Cannes 2013
Palme d'or : La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche
Grand Prix du jury : Inside Llewyn Davis de Ethan et Joel Coen
Prix de la mise en scène : Amat Escalante pour Heli
Prix du jury : Tel père tel fils d’Hirokazu Kore-Eda
Prix du scénario : A touch of sin de Jia Zhangke
Prix d'interprétation masculine : Bruce Dern pour Nebraska d'Alexander Payne
Prix d'interprétation féminine : Bérénice Béjo pour Le Passé d'Asghar Farhadi
La caméra d'or : Ilo Ilo d'Anthony Chen
Palme d'or du court-métrage : Safe de Moon Byoung-Gon

vendredi 9 novembre 2012

Le Sommeil d'or


Ils s’appellent Ly Bun Yim, Yvon Hem, Ly You Sreang, c’étaient des réalisateurs ou producteurs. Ils s’appellent Vichara Dany, Kong Sam Oeun, Couk Rath, Dy Saveth, c’étaient des acteurs et actrices stars. Le Sommeil d’or revient sur l’âge d’or du cinéma cambodgien, entre 1960 et 1975, avec une gageure monstre : ne pas pouvoir montrer une seule image des films tournés alors, au nombre de 400, et qui attiraient des milliers de spectateurs dans les salles obscures. Plus précisément, le film aborde la mémoire de ce cinéma. Pour faire ce voyage dans le temps, Davy Chou, réalisateur du documentaire, nous embarque dans sa voiture, débutant son film par un travelling arrière, l’image est montée à l’envers.

Les intervenants se succèdent devant la caméra. Ly Bun Yim raconte avoir été déçu par les films qu’il voyait jeune. Après un séjour à Hong Kong, il se sent capable de faire bien mieux. Il commence à produire et à réaliser des films. Il fonde sa propre salle de cinéma, la Hemakcheat. Yvon Hem a d’abord été l’assistant de Marcel Camus sur le tournage de L’Oiseau de paradis en 1962. Il créera son propre studio en le nommant Oiseau de paradis. Ly You Sreang fera tourner son épouse Chouk Rath qui s’exilera au début des années 1970 en France. Chouk Rath (tournesol en cambodgien) deviendra l’une des plus grandes stars du Cambodge.

Dy Saveth est une actrice vedette (aujourd’hui, elle donne des cours de danse). Sur le mur de son salon sont collées des dizaines de photos d’elle de cette époque. Davyd Chou l’emmène sur les lieux du tournage de l’un de ses plus grands succès. Elle évoque des souvenirs avec des figurants qui avaient tourné avec elle à l’époque. L’un d’eux se rappelle avoir été présent le jour d’une scène où elle devait être lapidée. Dy Saveth est ravie de pourvoir revivre ces moments. En revanche, Ly You Sreang est bien plus triste à l’évocation de son film L’Etang sacré où l’acteur Kong Sam Oeun jouait. Un collectif mémoriel retourne la fameuse scène où l’acteur devait se baigner nu dans l’étang avant d’en sortir et de séduire la princesse. Ly Bun Yim s’amuse comme un enfant en narrant les effets spéciaux de son film La Vierge démon.

Aucun de ces films ne subsiste. Les Khmers rouges à leur arrivée au pouvoir les ont détruits. Ce qu’il reste de ce cinéma florissant et populaire (les Cambodgiens allaient en masse dans les salles pendant la guerre civile – 1970-1975 – parce qu’ils ne pouvaient plus sortir dans les campagnes à cause des combats), ce sont des chansons. Chaque film comportait des chansons qui sont restées jusqu’aujourd’hui dans la mémoire collective et qui sont encore entonnées dans les karaokés. Des salles de cinémas que visite Davy Chou, il ne reste que la devanture. Le Hemakcheat est occupé par des familles qui s’entassent comme ils le peuvent. On les voit regarder la télévision.

Et ce voyage dans le temps ne pouvait pas se faire sans l’évocation de l’arrivée des Khmers rouges et de leur dictature. Yvon Hem raconte ces années en camp à la campagne où il devait couper du bois. Il raconte que, lorsque le régime s’est durci, sa femme et ses enfants ont été déplacés ailleurs. Il ne les a jamais revus. Le récit de ces années-là par Ly You Sreang est tout aussi douloureux. Chouk Rath partie en France, il a tenté de la rejoindre avec six copies de ses films. En vain. Il est parvenu à sortir du Cambodge, à aller au Viet Nam puis au Laos pour finalement parvenir à s’exiler en France où son épouse avait refait sa vie. Les regrets sont perceptibles, l’émotion gagne le spectateur, la douleur est encore ouverte et ce beau documentaire en rend parfaitement compte et on se prend à rêver de pouvoir un jour découvrir les très rares films qui existent encore.

Le Sommeil d’or (France – Cambodge, 2011) Un film de Davy Chou avec Dy Saveth, Ly Bun Yim, Yvon Hem, Ly You Sreang, Sohong Stehlin.

jeudi 28 juin 2012

The Raid



Il ne sort pas toutes les semaines un film indonésien dans les salles françaises. The Raid ne parlera pas beaucoup de la vie de la population locale mais le but de The Raid, titre implacable et sec, est ailleurs. Le film de Gareth Huw Evans, réalisateur britannique installé en Indonésie, cherche à retrouver la force du cinéma d’action brutal et de combat. Hong Kong s’installe depuis quelques années dans le confort des coproductions avec la Chine de Pékin et ne produit, en termes de films d’action et d’arts martiaux, plus que de films en costumes d’inspiration historique. En Thaïlande, on a déjà un peu oublié Tony Jaa qui avait tant ébloui avec Ong Bak en 2003. Ça commençait à dater.

Le scénario de The Raid est d’une simplicité éclatante. Un commando de policiers surarmés et surentrainés doit affronter un gang de la mafia de la drogue également surarmés et surentrainés. Parmi les policiers, le film suit le parcours de Rama (Iko Uwais, également l’un des chorégraphes des combats). On le découvre le matin du raid faire gentiment sa prière, faire quelques mouvements de boxe et prendre soin de son épouse enceinte – ce sera la seule très courte apparition d’une femme dans tout le film. Logiquement, elle lui conseille la prudence. Il en aura, il part pour l’enfer dans cet immeuble qu’illustre l’affiche : l’homme à l’assaut du chaos. Il ne part pas seul, ils seront 18.

Les méchants ne comptent pas se laisser faire. On s’en doute bien, c’est le but du jeu. Tama (Ray Sahetapy) est un vendeur de drogue. Autant dire un homme qui défie la loi et qui surtout n’a peur de rien et de personne. Il a corrompu la police pour pouvoir continuer son trafic (pour rappel, la consommation comme le trafic de drogues est condamné par la peine capitale en Indonésie) et s’est installé dans cet immeuble qu’il contrôle entièrement. Il y fait loger ses trafiquants qui sont à sa botte. Il peut compter sur eux pour aller couper en morceaux à la machette les soldats ou pour les flinguer à la mitraillette tandis qu’ils montent les escaliers jusqu’au bureau de Tama, au quinzième étage, d’où il les surveille à la caméra de surveillance.

Sur un schéma d’unité de lieu, de temps et d’action, The Raid se contente d’alterner les scènes de combats avec des moments de calme, histoire que le spectateur souffle un peu. C’est précisément dans ces scènes de dialogues que le récit avance. Non seulement dans les stratégies des flics pour arriver à Tama, en ce sens, le film joue sur l’idée du jeu vidéo où le héros (Rama en l’occurrence) recule parfois pour mieux avancer. La bonne idée est de faire passer les personnages par le plancher, par la fenêtre, comme si aucun obstacle ne les empêchait de se mouvoir. Chaque fois, il faut trouver une cachette ainsi Rama et un collègue se dissimulent derrière un mur de planches dans une scène pleine de suspense. Les dialogues permettent aussi de connaitre un peu mieux quelques personnages et de fournir un gros rebondissement.

Et puis, il y a le reste. C'est-à-dire l’action, les tatanes, les bastons, les coups de coude un peu partout sur les corps, les coups de machette qui tranchent les oreilles ou les joues, les balles de mitraillettes qui rentrent dans la chair. Iko Uwais et Gareth Huw Evans ont réglé les combats en filmant en plan large et dans des longs plans, avec peu de montage ce qui permet d’admirer les mouvements des coups des acteurs et en accentue l’impact. Une sorte d’effet du réel qui permet d’oublier les écueils inhérents au genre (les méchants n’attaquent jamais en même temps Rama et attendent leur tour). L’enjeu du film est de donner des scènes d’action et des combats qui soit tous différents : divers adversaires en grand nombre ou en duo, lieu et armes variés, plusieurs techniques de combats. Et au milieu de tout cela, The Raid offre une belle scène poétique avec l’obscurité dans l’immeuble, un fusil qui éclaire par mégarde les soldats et les mercenaires qui se mettent à les arroser de balles. On trouve chez Gareth Huw Evans un sens de la mise en scène qui fait plaisir à voir.

The Raid (Serbuan maut, Indonésie, 2011) Un film de Gareth Huw Evans avec Iko Uwais, Joe Taslim, Donny Alamsyah,Yayan Ruhian, Pierre Gruno, Ray Sahetapy, Tegar Satrya, Iang Darmawan, Eka 'Piranha' Rahmadia, Verdi Solaiman.

mercredi 1 février 2012

Tatsumi


Yoshihiro Tatsumi a 75 ans au moment de la réalisation de Tatsumi qui est sa biographie en animation tournée par Eric Khoo. Le cinéaste de Singapour est amateur de projet incongru. Après Be with me, qui parlait de son pays, il avait tourné My Magic qui avait déconcerté beaucoup de monde (enfin, le film a été tellement peu montré que finalement, il a déconcerté uniquement ceux qui s’attendaient à voir une suite de son précédent film). Le film commence avec en voix off le dessinateur (ou l’illustrateur selon ses propres mots), qui vient d’ailleurs de recevoir un Prix au Festival d’Angoulème, qui narre les moments cruciaux de sa vie. Mais Tatsumi rend d’abord un hommage à Osamu Tezuka qu’il a rencontré à 15 ans.

Enfant, Yoshihiro Tatsumi était fan du dessinateur et c’est en espérant être son égal qu’il commence à créer des mangas. Il en envoie à des éditeurs dès ses dix ans rendant jaloux son grand frère qui, malade, ne peut dessiner. La confrontation sera violente puisqu’un jour son frère, dans un excès de colère, déchire tout ses bandes. Tatsumi est publié pour la première fois à l’âge de 15 ans. Comme cadeau, en plus d’être payé, il aura la joie de rencontrer Tezuka. « Le plus jour de ma vie », s’exclame-t-il. Petit à petit, ses travaux sont achetés régulièrement. Puis, il s’installe avec deux autres mangakas dans un appartement d’Osaka, sa ville d’origine. Puis, il tombe amoureux.

Ces parties biographiques (ou données comme telles) en couleur sont souvent très émouvantes. Son esthétique créée avec Phil Mitchell est simple, somme toute peu animée (les dessins sont saccadés). L’animation est plutôt enfantine sur une jolie musique mélancolique de Christopher Khoo. L’illustrateur ne se vante jamais, au contraire, il est parfois critique avec lui-même, expliquant parfois sa naïveté devant ses mangas pour enfants, ou encore expliquant ses moments de creux dans sa carrière. Il narre aussi l’avènement du gekiga, le manga pour adultes dont les histoires seraient plus sombres et matures.

Ces gekigas fournissent l’autre partie du film. Entre quelques moments de biographie, on plonge dans des histoires écrites par Tatsumi dans les années 1970 et qui, selon ses propres mots, décrivaient son grand malaise. Animées en noir et blanc, ces cinq histoires de fiction montrent des personnages solitaires et dépressifs. Hell évoque un photographe qui travaille sur un reportage à Hiroshima juste après le lancement de la bombe. Beloved monkey montre un ouvrier qui vit seul avec un singe et qui perd un bras dans un accident de travail. Just a man est le récit d’un homme bientôt à la retraite qui désespère de devoir passer le reste de sa vie avec une femme qu’il hait. Occupied décrit l’ennui d’un mangaka à qui l’inspiration fait défaut et qui va la retrouver en observant les graffitis obscènes dans les toilettes. Good-bye exprime la déprime d’un vieux père face à sa fille « pute à soldats américains » qui se fait rejeter par tout le monde.

Ces cinq histoires, bien que plus dures, plus rudes, plus sèches, sont paradoxalement moins émouvantes que le récit biographique. Elles montrent cependant l’univers de Tatsumi. Mis en parallèle, on constate que la vie du dessinateur irrigue ses fictions. On sent qu’il a observé et qu’il a tiré de ce qu’il a pu voir de quoi écrire et dessiner (on le sent particulièrement dans Occupied). Il n’est sans soute pas le seul à parler du Japon contemporain, à faire des récits sérieux, mais sa manière est sans romanesque, sans fin à proprement parler laissant un fin ouverte. Tatsumi dessine sur le quotidien et sur les marginaux. C’est un auteur, à ce titre, contestataire et critique du Japon. Et Eric Khoo porte sur son œuvre un regard plein de tendresse. On comprend que son univers est très proche de celui de Yoshihiro Tatsumi.

Tatsumi (Singapour, 2011) Un film d’Eric Khoo avec les voix de Tetsuya Bessho, Motoko Gollent, Yoshihiro Tatsumi, Mike Wiluan.

samedi 16 juillet 2011

Les Deux chevaux de Gengis Khan


Avec son nouveau film (qui a mis deux ans à sortir), la cinéaste mongole Byambasuren Davaa renonce en partie à ce qui faisait le charme de ses films précédents : une visite touristique où la Mongolie nous semblait bien jolie avec ses paysages, ses yourtes, ses rivières en zigzag, ses chevaux, ses personnages typiques et ses légendes. Les Deux chevaux de Gengis Khan commence avec le départ de Urna pour Ulan Baator.

La capitale est filmée de manière documentaire avec ses gens pauvres, ses poubelles à ciel ouvert et surtout cette idée que le nomadisme a été abandonné par la population. Urna se déplace en habit traditionnel et elle détonne par rapport aux gens qu’elle rencontre. Urna cherche les paroles d’une vieille chanson (qui donne son titre au film), les premiers vers sont écrits sur un violon à tête de cheval. Urna vient de Mongolie chinoise. Elle parle régulièrement de la Révolution Culturelle qui a supprimé toute la culture mongole en Chine au profit de celle des Hans, mais ça n’est guère mieux en Mongolie où, depuis la fin de l’URSS, le libéralisme sauvage a détruit la société et la culture millénaire.

Une image est typique de cet arrêt de la vieille image de la Mongolie. Urna part en car pour aller dans la steppe. Elle tient à rester en contact avec le luthier qui doit réparer son violon. Pour cela elle n’a que son téléphone portable et le réseau manque hors des villes. Le car fait un pause devant un monticule de pierres à prières. Les autres voyageurs prient tandis qu’elle téléphone, essaie d’envoyer un sms en jetant son portable en l’air. La cinéaste se demande si la modernité peut fonctionner en Mongolie. Elle marque aussi les différences entre les deux Mongolie, l’un qui écrit en caractère ancien, l’autre en cyrillique comme pour mieux souligner que c’est d’abord une culture orale et nomade.

Il s’agira donc pour Urna d’aller de yourte en yourte pour trouver des personnes assez âgées pour qu’elle puisse connaitre les paroles. Là, le film revient en terrain connu et balisé. Le road movie fait que Urna rencontre des gens toujours sympathiques, toujours souriants, toujours prévenants. Les clichés habituels. C’est tout plein de bonnes intentions, on est logiquement ravis qu’une vieille dame connaisse les paroles mais ça ne fait pas de tout cela un film passionnant.

Les Deux chevaux de Gengis Khan (Allemagne, 2009) Un film de Byambasuren Davaa avec Urna Chahar-Tugchi.

mercredi 1 juin 2011

Maudite pluie !


« A quoi ça sert de cultiver du coton puisque l’argent de la récolte servira à rembourser tes dettes » dit en substance le vagabond qui loge dans un abri de fortune à Kisna (Girish Kulkarni). Le pauvre paysan attend la pluie pour que sa semence pousse. La pluie ne vient pas, la mousson est retardée dans sa région. La récolte est perdue d’avance, comme le prédisait l’oisif qui vit à côté du champ de Kisan. Il faut replanter. Avec quelles graines achetées avec quel argent ? Maudite pluie ! est une analyse fictionnelle de cette problématique de la difficulté d’être paysan pauvre en Inde aujourd’hui.

Le voisin, endetté, vient de se suicider en se pendant dans un arbre au bout de son champ. La veuve attend l’indemnisation que fournira le gouvernement. Alka (Sonali Kulkarni), l’épouse de Kisna demande à la voisine quels furent les symptômes : il devenait de plus en plus silencieux, ne parlait jamais de ses soucis et n’avait plus que son champ comme obsession. Alka est inquiète puisque Kisna se referme sur lui-même. Elle fait en sorte que leur fils de sept ans Dinu (Veena Jamkar) le suive partout où il va et qu’il surveille son père. Il lui arrive de demander à la belle-mère (Aman Attar), mais elle s’endort chaque fois.

Le film joue alors sur ce suspense de manière retorse. Le père pense-t-il à se suicider ? Son mutisme est-il une manière de réfléchir ou un désespoir ? On sent bien que le cinéaste cherche à émouvoir avec cette histoire de paysans pauvres que les banques escroquent avec leurs prêts à des taux très élevés. Mais dans cette manière d’impliquer la fiston dans la surveillance du père, et évidemment d’en faire, éventuellement, le responsable de sa mort a quelque chose d’assez lourd. D’autant que le personnage du vagabond apparait comme une sorte d’oracle qui vante l’oisiveté et annonce les difficultés à venir.

Pour faire oublier ses soucis à son époux, Alka lui prépare des desserts. Mais au magasin, on rechigne à lui vendre les produits à crédit. L’époux va acheter des graines de coton, mais rien ne pousse. Il va falloir acheter à nouveau des graines et s’endetter encore plus. Autre mauvaise nouvelle, le puits du village commence à être à sec. Et enfin il pleut. Mais là, c’est l’inondation. Les malheurs s’accumulent et les solutions de débrouillard que trouvent Kisna sont sans cesse contrecarrées par la nature qui semble s’être liguée contre la famille. Le film tend vers une forme documentée bien éloignée des films indiens chantés qu’on peut voir. Mais le vrai souci est l’interprétation des acteurs assez faible qui gâche vraiment cette fiction qui aspirait à évoquer un douloureux problème.

Maudite pluie ! (The Damned rain, गाभ्रीचा पाऊस, Inde, 2009) Un film de Satish Manwar avec Girish Kulkarni, Sonali Kulkarni, Jyoti Subhash, Aman Attar, Veena Jamkar, Mukund Vasule, Madhukar Dhore, Rajesh More.

mardi 15 février 2011

Vertiges


Le mariage bat son plein. Les hommes boivent jusqu’à s’en rendre malades et les femmes attendent en les regardant. Duyen (Đ Th Hi Yn) est dans sa robe de mariée blanche, Hai (Duy Khoa Nguyn) boit de l’alcool est s’écroule dans le lit en guise de nuit de noces. Le lendemain, ils partent s’installer dans leur nouvel appartement. Hai quitte pour la première fois sa famille, sa mère très envahissante et ses petits frères et sœurs. Il est chauffeur de taxi, elle est guide de musée (elle sait parler anglais). Ils se sont connus trois mois auparavant. Le soir, il revient épuisé de sa journée, parfois rocambolesque comme avec ce client particulier qui passe ses journées à jouer au jeu de hasard et à voir des prostituées. Elle n’a toujours pas consommé le mariage, comme on dit.

Duyen va voir son amie Cam (Linh-Đan Phm), célibataire endurcie. Elle comprend bien que ce mariage commence mal, elle regrette qu’il se soit produit si vite. L’ensemble de la critique a beau jeu de voir dans la relation des deux femmes une attirance de Cam pour Duyen. Pour ma part, je ne l’ai guère sentie. L’affiche française les montre dans une scène de fin de film, nues, or dans cette scène, loin d’être sexuelle, les deux femmes prennent un bain de vapeur pour soigner leur peau. Ce que Cam fait c’est pousser Duyen à aller voir d’autres hommes, à s’épanouir dans la sexualité, à sortir du carcan habituel et répressif de la femme vietnamienne cantonnée à son rôle d’épouse. L’homme s’appelle Thô (Jonn Tri Nguyn), beau gosse à qui elle se refuse.

Thô va embaucher Duyen pour un voyage avec des Japonais. Ils seront accompagnés d’une femme aux cheveux rasés et de sa fille. Cette femme est amoureuse de Thô mais n’a jamais pu avoir une relation saine avec lui. C’est un séducteur, une sorte de gigolo, pas un amant. Dans le même temps, Dai recueille sa jeune voisine, une adolescente espiègle qui fui la violence de son père. Chacun des deux époux va comprendre, à distance l’un de l’autre, que leur mariage est un échec. Ils sont à la dérive, terme qui correspond mieux à la traduction du titre original que vertiges. L’influence du cinéma de Tsai Ming-liang dans Vertiges est constamment présente. Par sa photographie, à la fois léchée et crépusculaire, par ses plans séquence et par le mutisme de certains des personnages. L’eau et les fluides ont une grande importance. Il pleut beaucoup (Dai joue au foot sous la pluie), une inondation a lieu en ville, la jeune voisine rêve d’une baignoire, le voyage au bord de la mer et l’amie de Thô qui se noie. Bien entendu, on pourra dire que Vertiges est un film calibré pour les festivals, mais ce qu’il raconte et sa mise en scène valent le coup d’œil.

Vertiges (Chơi vơi, Viêt Nam – France, 2009) Un film de Bùi Thc Chuyên avec Duy Khoa Nguyn, Jonn Tri Nguyn, Linh-Đan Phm, Đ Th Hi Yn, NSND Như Quỳnh.

mercredi 19 mai 2010

My name is Khan


Il faut d’abord commencer par dire ce que n’est pas My name is Khan. On n’y chante pas, on n’y danse pas, ce n’est pas une comédie musicale en hindi, ou comme on dit un Bollywood. Le film dure pourtant 2 h 40 et étire sa fiction sur une trentaine d’années, du début des années 1980 à aujourd’hui, soit l’élection de Barack Obama, dont un mauvais sosie apparaît en fin pour rencontrer notre héros, Rizwan Khan (Shah Rukh Khan).


« My name is Khan and I’m not a terrorist » est la phrase leitmotiv qu’il prononce dès le début du film quand il se fait suspecter par les douanes américaines. Karan Johar filme sa première séquence comme une séquence de suspense, comme sir Khan pouvait être un terroriste avec une grosse musique bien basique à l’appui de ses images. Khan semble inquiétant, son regard est fuyant, il ne regarde pas les gens dans les yeux et ses propos sont incohérents. Khan est le suspect idéal pour commettre un attentat. Ce que l’on ne sait pas encore c’est que Khan est autiste et qu’il ne supporte pas qu’on le touche. Et on ne sait pas non plus pourquoi, il veut rencontrer le président des Etats-Unis, c'est-à-dire au moment de l’action, George W. Bush.


Gros flash-back. Inde, Bombay, quartier musulman. Le film nous plonge en 1983 dans l’enfance de Rizwan alors que les affrontements entre musulmans et hindous font rage. Rizwan ne supporte pas le bruit, ni le jaune, et sa mère entend lui faire comprendre qu’un homme est bon quelle que soit sa religion. Il retiendra toute sa vie. L’enfant qui joue Rizwan fait bien l’autiste. Son petit frère vient de naître. Rizwan, à cause de sa maladie mal diagnostiquée, retient toute l’attention de sa mère au détriment du frère, qui lui en voudra très longtemps.


Justement Zakir le petit frère (Jimmy Shergill) émigre aux Etats-Unis, y travaille, épouse Hassena (Sonya Jehan), une musulmane qui porte le voile. Tous deux sont très bien intégrés et Zakir a sa propre entreprise de vente de cosmétiques. Rizwan, à la mort de leur mère, part en Californie où il se met à travailler avec son frère. Lors d’une de ses tournées dans les salons de beauté, il ne peut pas traverser la rue à cause des lignes piétons qui sont jaunes. Il manque de se faire écraser par un trolley (on est à San Francisco). Là, une jeune femme le sauve. C’est Mandira (Kajol) et Rizwan va tomber amoureux d’elle.


On n’en est pas encore à une demi-heure de film. Il en faudra autant à Rizwan pour séduire Mandira. Tout cela se fait sur le mode comique puisqu’en tant qu’autiste, Rizwan est maladroit, balourd et bien peu romantique. Il ne peut s’empêcher de dire la vérité. C’est la seule partie de My name is Khan qui est plaisante. On découvre que Mandira a un fils, adolescent. Il aura d’abord du mal à apprécier Rizwan, mais ça viendra. Puis, le mariage vient mais le frère ne peut accepter que Rizwan épouse une hindoue. Seule Hassena viendra au mariage. Tout va bien dans le meilleur des mondes, les affaires marchent, ils sont amoureux, le fiston est dans une bonne école et a des super potes.


Et là c’est le drame. Le drame s’appelle 11 septembre. Karan Johar filme la mise au ban de la société des musulmans de manière si caricaturale que ça en devient assez abject. Il commet l’irréparable en faisant mourir le fils de Mandira sous les coups de ses camarades de classe et de son meilleur ami Jesse. En conséquence de quoi, Mandira reproche avec véhémence à son époux la responsabilité de la mort de son fils. Elle le chasse de sa vie en lui demandant d’aller dire au Président des Etats-Unis qu’il n’est pas un terroriste. D’où la phrase leitmotiv que je rappelle « My name is Khan and I’m not a terrorist », avec une grosse insistance sur la manière de prononcer Khan, RRRRRRRRRRRRRRRAAAAAAN, en remuant l’épiglotte.


Le voyage en solitaire de Khan durera donc sept ans ou presque. Il sera accusé d’être un terroriste, emprisonné pour cela à cause de sa phrase que les gardes du corps de Bush avaient mal interprétée. Une psychiatre va le comprendre. Et des étudiants en journalisme indiens également. Il sera libéré. Dans son périple, il part aussi en Géorgie où il se lie d’amitié avec un village d’Américains-Africains. Il deviendra un héros national quand il leur portera secours au moment d'un ouragan. On s’en doute, Mandira reviendra vers lui, l’ingrate et Obama le rencontrera.


My name is Khan veut critiquer le racisme et notamment la vague d’islamophobie qui a envahit les Etats-Unis après le 11 septembre. Mais tout cela est fait à grand renforts mélodramatiques qui tourne à l’obscénité. Pour ainsi dire, le film perd toute crédibilité dans sa deuxième moitié dès que le périple commence. Bien sûr, parler de crédibilité dans un film en hindi est un peu forcé, mais l’absence de chansons et de danse pouvait faire basculer le film vers le champ de la fiction politique à thèse. Ce qu’a voulu faire Karan Johar et le studio Dharma, c’est produire une réplique à Slumdog millionaire, déjà bien chargé, en reproduisant les méthodes de Danny Boyle et rafler la mise. Effectivement, My name is Khan est le plus gros succès commercial de tous les temps en Inde. Mais il est encore plus démagogique, caricatural et médiocre.


My name is Khan (माय नेम इज़ ख़ान, Inde, 2009) Un film de Karan Johar avec Shah Rukh Khan, Kajol, Yuvaan Makaar, Zarina Wahab, Tanay Chheda, Jimmy Shergill, Sonya Jehan, Parvin Dabas, Arjun Mathur, Sugandha Garg, Sheetal Menon, Christopher B. Duncan, Kenton Duty, Michael Arnold, Umesh Tonpe, Dominic Renda, Katie A. Keane, Harmony Blossom, Arif Zakaria, Vinay Pathak, Jennifer Echols, Adrian Kali Turner, Benny Nieves.

vendredi 2 avril 2010

4 : 30


4 : 30 commence par une chansonnette et donne tout de suite l'explication de son titre. Il s'agit tout simplement de l'heure à laquelle se lève chaque nuit le petit Xiao Wu (Yuan Xiao Li). Si Xiao Wu se lève si tôt, ça n'est pas pour faire ses devoirs, aller travailler ou pour quelque raison plus sombre encore. C'est pour observer un homme qui dort en caleçon dans la chambre à côté de la sienne. Xiao Wu rentre dans la chambre, vérifie que l'homme dort bien, le prend en photo avec un téléphone. Ou encore, il coupe une mèche de ses cheveux, un bout de sa barbe et un poil pubien. Ce rite, se lever à 4 h 30, Xiao Wu semble l'accomplir tous les jours entre le 15 et le 20 décembre, puisque 4 : 30 se passe durant ces six jours.


On ne sait rien de cet homme pendant un bon moment dans le film. On remarque qu'ils ne se parlent pas. L'homme fume ses cigarettes, il part le soir en costume et revient au milieu de la nuit pour s'écrouler complètement soûl. Royston Tan donnera petit à petit des indices. L'homme est un Coréen. Apparemment c'est le père du gamin. D'ailleurs la mère est absente. On ne l'entendra qu'au cours de brèves conversations téléphoniques avec Xiao Wu. Elle travaille à Pékin. Logiquement, on peut en déduire qu'elle a rencontré cet homme en Corée et qu'elle en est tombée enceinte. Mais la raison de sa venue à Singapour reste un mystère.


Xiao Wu est un écolier et chaque matin, il accomplit un autre rite. Sur son chemin, il croise un groupe de gens qui font du taï chi au son d'une musique chinoise. Le gamin prend un malin plaisir à les enquiquiner. Le premier jour, il coupe la musique du poste. Le deuxième il réussit à mettre du hard rock. Mais les adeptes du taï chi ne se laisseront plus faire. Et plus tard, Xiao Wu ne les croisera plus à cause de travaux sur la chaussée. Royston Tan filme ses affrontements muets en simples champs contrechamps. Ces gentilles bêtises deviennent gags tant que Xiao Wu peut encore être un garçon heureux. Leur disparition entraîne le gamin vers un sort moins chanceux.


L'école, par exemple, est le lieu de souffrance du gamin. On ne voit d'ailleurs jamais ses professeurs qui s'expriment en anglais et qui le briment. Xiao Wu devait faire un devoir sur son héros préféré, en l'occurrence son père, mais le texte est trop court et sa prof le punit pour ça. Ou encore quand les enfants doivent dessiner leurs rêves et que le dessin de Xiao Wu n'est que grisaille. Ses camarades ne sont pas plus sympathiques que les enseignants. C'est finalement la terre entière qui en veut à Xiao Wu. Et pourtant lui ne cherche qu'à s'exprimer et à faire comprendre sa mélancolie.


C'est peut-être là où 4 : 30 devient précieux, dans cette volonté de rentrer dans la tête d'un gamin qui vit dans un monde uniformisé. Xiao Wu est abandonné par ses parents, d'abord sur le plan affectif, puis sur le plan matériel. Le père coréen n'a rien à lui offrir. Ni argent pour payer la nourriture, ni paroles tendres à offrir en gage d'affection d'autant qu'il ne parle ni anglais ni mandarin. Le père ne pense qu'à se suicider, à fuir, à boire. Xiao Wu fait tout pour se faire remarquer. Il peut être attentionné en préparant du jus d'orange pour le papa, comme faire les pires bêtises telles que pisser dans la baignoire pendant que le père prend son bain. En vain.


Ceux qui avaient pu voir 15, précédent et premier film de Royston Tan, gardent en mémoire ces adolescents en marge, habités par la violence, souvent filmés à moitié nus. Certaines scènes étaient de la pure provocation, telles les scarifications que l'on pouvait dès le premier quart d'heure. Royston Tan lançait un pavé dans la mare. On ne doute pas des ennuis qu'il a dû avoir à Singapour, ni des ennemis qu'il a pu se faire dans un pays qui cherche à tout prix à donner une image lisse de lui-même. Les admirateurs inconditionnels de 15 risquent de moins aimer 4 : 30. Les provocations faciles mais réelles font place à mise en scène plus fluide composée essentiellement de plans fixes assez longs sur une musique douce. Finies les images épileptiques et rock'n roll. Contrairement à 15, il réussit avec son nouveau film à ne pas lasser son spectateur, à trouver les moyens pour rendre le destin de Xiao Wu poignant.


4 : 30 (Singapour, 2005) Un film de Royston Tan avec Kim Young-jun, Yuan Xiao Li.

samedi 31 janvier 2009

Volta

Un ami m’a envoyé le dvd d’un film philippin. Ça s’appelle Volta. Ça me change des films de Brillante Mendoza. En revanche, ça ressemble furieusement à certains films de Hong Kong, par exemple à Super Inframan. Volta est une super héroïne, elle porte une culotte rouge, une cape de la même couleur et des cheveux qui tirent vers le cramoisi le plus ultime. Elle porte un masque sur son visage qui n’est pas sans évoquer Fernandel. Notre héroïne est interprétée par Ai Ai Delas Alas, star de la chanson aux Philippines.


Mais dans la vie Volta est Perla. Dans son enfance, elle a été contaminée par l’électricité et depuis vit cette malédiction. Elle a brûlé la peau de son petit frère Percy (Justin Cuyugan) qui travaille dans une grande entreprise de téléphone avec Lloyd (Diether Ocampo) et Kelly (Jean Garcia), une jeune femme arriviste qui veut les super pouvoirs de Volta. Kelly se transformera en Celphora et avec l’aide de mutants, Oh Vlading, Oh Blah Blah et 9 Volts (une gamine joue le rôle), elle va semer la panique dans Manille. Perla a du mal avec son pouvoir, ses collègues de travail Deden et Nancy y voient le moyen de gagner beaucoup d’argent mais Volta a une mission : éliminer les méchants. Perla veut plus simplement que sa famille soit heureuse, se réconcilier avec son frère et sauver sa sœur Penny (Pauleen Luna) du coma dont elle est responsable.


Ce qui amuse dans Volta n’est pas le mélodrame digne d’un soap opéra, comme le dit un des personnages pour se moquer des préoccupations purement familiales et amoureuses de Perla. Ce qui est très drôle, c’est d’abord les effets spéciaux bricolés avec trois francs six sous. Volta maîtrise l’électricité et s’en sert pour pulvériser les méchants. On a droit à des effets lumineux de toutes les couleurs pour montrer le fluide électrique. Les transformations sont assez marrantes. Quand Volta doit se battre, tout est pataud, une des raisons pour lesquelles, la bataille entre Volta et Celphora est montrée en dessin animé. La pauvre actrice a souvent du mal à se relever, elle est très lente. Evidemment, les costumes sont du pain bénit, d’une beauté kitsch qui ravira n’importe quel fan de nanar. Les méchants sont assez stupides, Oh Vlading est une espèce de folle et Oh Blah Blah a une voix métallique. Volta est plutôt bien foutu, dans la limite d’un budget qu’on imagine par forcément énorme. Mais le film a dû avoir un grand succès puisqu’une série inspirée du film a vu le jour à la télévision.


Perla sort de son cercueil telle un fantôme japonais effrayant Deden et Nancy
Perla avec sa sœur et son frère
les méchants : Oh Vlading, 9 Volts, Kelly et Oh Blah Blah
le génie de l'électricité qui donne ses pouvoirs à Volta
Volta sort de chez elle pour faire régner la justice
Volta menace des violeurs potentiels
Volta fout sa pâté à Celphora dans une scène animée d'anthologie
un téléphone portable géant très "transformer", bel hommage à Michael Bay
Volta se bat contre 9 Volts avec grâce
Volta utilise ses effets spéciaux contre Celphora

Volta (Philippines, 2004) Un film de Wenn V. Deramas avec Ai Ai Delas Alas, Diether Ocampo, Jean Garcia, Justin Cuyugan, Bobby Andrews, Onemig Bondoc, Eugene Domingo, Boy Abunda, Pauleen Luna, Chokoleit, Mura.


lundi 22 décembre 2008

Dostana


Depuis quelques semaines, j’ai remarqué qu’allociné annonce la sortie d’un film Bollywood dans une salle de la banlieue parisienne. Dostana est sorti dans une seule salle le 14 novembre et personne n’en a parlé. La bande annonce présente quelque chose d’assez inédit dans le film indien : un couple d’homos. Mes amis spécialistes de Bollywood n’en croyaient pas leurs yeux, j’ai vu le film.


Dostana c’est sea, sex and sun. Ça se passe à Miami et non pas en Inde, c’est plus exotique. John Abraham est Kunal. Il est photographe. John Abraham c’est surtout des abdos, des biceps, des triceps et un torse nu pendant presque tout le film ou une chemise largement ouverte. Un sourire à toute épreuve. Abhisehk Bachchan est Sameer. Il est infirmier. Ce Bachchan est le fils d’Amitabh et accessoirement le mari d’Aishwarya Rai. Les deux hommes se rencontrent par hasard et veulent louer le même appartement. Mais la propriétaire craint qu’ils ne ramènent trop de filles. Pas de problèmes, ils se font passer pour des homos et peuvent vivre en colocation avec Neha (Priyanka Chopra).


Les deux garçons trouvent Neha tout à fait à leur goût mais vont devoir tenir la supercherie jusqu’au bout pour rester dans l’appartement. Sammer invente et improvise l’histoire de leur rencontre à Venise et le film utilise très vite les clichés de la folle pour figurer un gay. C’est pas très fin, on se marre parce qu’on sait que les deux acteurs sont des sex symbols en Inde et qu’ils en jouent. Neha aime bien les homos d’autant qu’elle travaille dans le milieu de la mode. D’ailleurs pour essayer d’avoir une promotion, elle invite son patron pour qu’il se fasse séduire par Sameer. Quiproquos et vaudeville. Les deux garçons ont demandé une carte de séjour en se faisant passer pour un couple et le contrôleur du service d’immigration arrive dans l’appartement. Quiproquos et vaudeville, suite. La mère de Sameer apprend ça et arrive sur les lieux, honteuse que son fils soit gay. Quiproquos et vaudeville, fin. Ça frôle la cata pour les garçons, ils veulent tout avouer, mais ils restent gays.


Voilà pour la première partie du film fait d’un comique un peu lourd. La deuxième moitié est consacrée à la romance. Les deux garçons tombent amoureux de Neha et chacun va tenter de la séduire de son côté. Mais Neha va rencontrer son nouveau patron Abhi (Bobby Deol), par ailleurs papa divorcé. Kanul et Sameer vont tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de cette idylle naissante jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert. Ils vont manipuler tout le monde mais tout reviendra dans l’ordre à la fin, bien entendu. La romance est assez convenue mais elle présente un joli moment quand Kanul séduit Neha en reprenant une scène de Kuch kuch hota hai où il imite les gestes de Shah Rukh Khan.


Il faut préciser que Dostana est produit par Karan Johar, le créateur de Kuch kuch hota hai. D’ailleurs, certaines chansons sont des pâles imitations de celles de ce film. C’est sans doute là le plus gros point faible de Dostana. Les chansons et les danses manquent terriblement d’inspiration. Hormis la dernière, les acteurs ne dansent pas ni ne chantent, ce qui étonne. On sait qu’on ne s’embrasse pas dans les films indiens, mais Dostana essaie de déroger à cette règle. Sameer et Kanul s’embrassent sur la bouche, enfin presque. C’est une sorte de baiser à l’américaine, dans le cou, mais un baiser tout de même. Le cinéma indien va peut être un peu de décoincer, qui sait ?


Dostana (Inde, 2008) Un film de Tarun Mansukhani avec John Abraham, Abhishek Bachchan, Priyanka Chopra, Bobby Deol, Kiron Kher, Sushmita Mukherjee.