dimanche 11 novembre 2007

Kinotayo commence

Kinotayo commence cette semaine avec une douzaine de films japonais totalement inédits. Et maintenant, ils font même des dvd!
Pour voir leur site, avoir le programme et tout le reste, cliquer ici

Le Combat des maîtres


Le Combat des maîtres de Liu Chia-liang raconte Wong Fei-hung dans ses années d’apprentissage. Gordon Liu prête son corps au héros chinois. Retour sur la légende…
On connaissait les aventures de Wong Fei-hung avec Jet Li dans le rôle du médecin sous la caméra de Tsui Hark. C'était il y a déjà quinze ans. La saga des Il était une fois en Chine redéfinissait la légende du héros. Tsui Hark, en amoureux de la culture chinoise, en faisait un homme qui découvrait son pays ravagé par l'impérialisme occidental. Il en faisait un naïf qui savait au bon moment rendre la justice. Les trois premiers épisodes de l'hexalogie sont de purs chefs d'œuvre. Les autres peuvent être oubliés. Jet Li a aussi incarné un agréable Wong Fei-hung pour Wong Jing : Claws of steel (1993).

On ne connaît pas encore en France les quelque 80 films tournés entre 1949 et 1974 avec Kwan Tak-hing. C'est cet acteur qui a immortalisé Wong Fei-hung. Né en 1905, il est devenu lui-même un héros pour le cinéma chinois. Yuen Woo-ping l'a par ailleurs embauché pour deux de ses films dans le rôle de Wong dans Magnificent butcher (1979) et Tigre blanc (1981). Un jour peut-être découvrirons-nous quelques uns des Wong Fei-hung. Kwan, certaines années comme en 1957 ou 1958, tournait plus de quinze films sur le personnage. C'est dire son extrême popularité.

Auparavant Yuen avait réinventé le personnage de Wong Fei-hung pour Jackie Chan dans Drunken master (1978). Sans doute l'un des rares Wong Fei-hung sans natte et sans tonsure. Jackie Chan gardait ses cheveux tels quels. Il apparaît évident que ces trois films furent produits pour concurrencer ceux de la Shaw Brothers, déjà largement en perte de vitesse face à la Golden Harvest. D'ailleurs, Jackie Chan, toujours avec ses cheveux, tournera Combats de maître (Drunken master 2) en 1993 sous la direction de Liu Chia-liang. La boucle était bouclée.

Le Combat des maîtres commence comme tous les Liu Chia-liang par une démonstration de kung-fu sur un décor nu. Ici, c'est Wong Fei-hung, ou Huang Fei Huang comme il est écrit sur le générique, qui s'entraîne avec son mentor Lu A Tsai (Chen Kuan-tai). Torses nus, ils enchaînent les mouvements sur le désormais célèbre thème musical que l'on a tous fredonné après avoir vu Il était une fois en Chine. Passé le générique, nous nous retrouvons à Canton où se déroule la Fête des Pétards. Les différentes écoles d'arts martiaux se battent pour en attraper un maximum.

Gordon Liu incarne un Wong Fei-hung impétueux et totalement inexpérimenté. Son père, Wong Qi-ying, pour le protéger lui interdit d'apprendre le kung-fu. Cela n'empêche pas le jeune homme de faire le pied de grue devant l'école de Lu A Tsai, un des meilleurs spécialistes de kung-fu. Mais jamais il n'ose franchir la porte de l'école. Wong essaie de se mêler aux étudiants de son père, mais sa maladresse et son impulsivité lui causent quelques désagréments. Les combats pour les pétards sont dangereux et violents, mais il s'en moque. Il veut en faire partie. Conclusion directe : l'école adverse remporte le tournoi au grand dam des étudiants et de Monsieur Wong.

Liu Chia-liang et ses scénaristes rajoutent quelques intrigues pour corser l'histoire. He Hu vient se réfugier dans l'école martiale adverse. L'homme, interprété par Liu Chia-liang lui-même, est un mercenaire sans foi ni loi. Il est activement recherché par la police pour meurtre. Il y a aussi une jeune fille qui fait trembler le cœur de Wong Fei-hung. Comme il se doit, c'est Lily Li qui l'incarne. Mais le film sacrifie se personnage de pure convenance comme si Liu Chia-liang ne s'en intéressait pas. Car Liu est avant tour un passionné d'art martial.

Et comme dans bon nombre de films de kung-fu, l'apprentissage par le sifu prend une grande importance. Wong Fei-hung sera désormais entraîné par Lu A Tsai. Ils passeront deux ans dans une forêt lointaine à apprendre la patience, le maniement du bâton et les figures imposées d'un artiste martial. Malgré l'avis du père, Lu A Tsai a décelé chez Wong Fei-hung un grand artiste martial. Il enroule sa natte de cheveux autour du cou et s'entraîne, s'entraîne et s'entraîne jusqu'à acquérir la maîtrise parfaite. Pour cela il en cassera de la vaisselle !

Le Combat des maîtres est l'un des premiers films de Liu Chia-liang. Sa mise en scène des combats collectifs lors des fêtes des pétards ne sont aussi magistraux que ce l'on attendait. Il semble mal à l'aise avec ses nombreux figurants. Tout le monde n'est pas Cheng Kang, le réalisateur des 14 Amazones. Comme on a pu le voir dans ses films ultérieurs, il soigne avant tout les chorégraphies des combats en duo. Lui-même contre Gordon Liu, ou Gordon Liu à l'entraînement avec Chen Kuan-tai. Sans être indispensable (car l'humour manque ici), Le Combat des maîtres est un élément important de l'histoire des aventures de Wong Fei-hung.

Le Combat des maîtres (Challenge of the masters, 陸阿采與黃飛鴻, Hong Kong, 1976) Un film de Liu Chia-liang avec Godon Liu, Chen Kuan-tai, Lily Li, Wang Yu, Liu CHia-liang

samedi 10 novembre 2007

Black magic


Ho Meng-hua quelques années avant de tourner ce qui restera son « chef d’œuvre » Le Colosse de Hong Kong, s’est essayé au film horrifique avec Black magic. C’était un des premiers rôles de Ti Lung en dehors du film de kung-fu. Il s’agissait pour la Shaw Brothers, avec qui il avait un contrat d’exclusivité, de capitaliser sur son statut de star. Et également de parier sur son sex appeal auprès des spectatrices.

Black magic est un film sur la magie noire (le titre original se traduit par "tête qui tombe") et c’est le sorcier Shan (Ku Feng) qui la pratique. Pour bien nous montrer dans quel sens va aller son film, Ho Meng-hua nous montre comment l’homme procède. Une femme l’engage pour tuer son époux et la maîtresse de ce dernier. L’homme procède au sort. On voit immédiatement l’effet sur le couple adultérin. Ils étaient tranquillement à poil dans la chambre (ce qui permet aussi de faire un peu d’érotisme) et ils meurent sous les piques de San.

Un médecin va poser des talismans sur le lieu du crime pour tenter d’enrayer le mauvais sort. Mais Shan est très fort et cela ne va pas aller sans mal. Comme vont l’apprendre à leurs dépends les autres personnages de Black magic.

Passé cette séquence introductive, on rentre dans le scénario principal qui va suivre le parcours de Xu Nuo (Ti Lung). Le beau gosse travaille comme chef de chantier (a priori on est en Malaysie) où il construit un building. Xu a une fiancée bien gentille, Mlle Wang (Lily Li) qui travaille dans une école. Le couple est très amoureux mais Mme Zhou Luo-yin (Tien Ni) veut mettre dans son lit le sexy Xu.

Seulement voilà, Jiaje (Lo Lieh, portant moustache et chemises disco) est amoureux de Luo-yin. Elle refuse de le voir et va jusqu’à casser sa voiture à coups de batte de baseball. Désespéré, Jiaje va voir la sorcier pour qu’il fasse un filtre d’amour. Jiaje arrive à ses fins jusqu’à ce que le charme finisse son effet.

C’est alors que Luo-yin décide elle aussi de faire appel au sorcier pour mettre un charme sur Xu. La jeune femme riche croit pouvoir tout se payer y compris un homme fiancé.

Black magic est un film de fantômes qui ne se passe pas dans un passé légendaire mais à l’époque de sa réalisation. Pour cette raison, Ho Meng-hua place des filles aux seins nus un peu partout dans son film et pas mal de musique disco. Parfois, on y voit une scène un plus poétique comme celle avec des fantômes se sautant avec des ombrelles. On admirera Ti Lung, très souvent torse nu pour les raisons évoquées plus haut, dans un superbe caleçon en peau de léopard.

Les séquences de magie proprement dites, notamment les effets spéciaux, sont rigolotes. Les visages répugnants des invités au mariage ou le passage de vie à trépas de Lo Lieh font sourire et rarement frissonner. Mais ça se regarde avec un petit plaisir pervers, surtout pour les tapisseries des appartements qui ont des couleurs pas possibles.

Black magic (降頭, Hong, Kong, 1975) Un film de Ho Meng-hua avec Ti Lung, Lo Lieh, Lily Li, Tien Ni, Ku Feng

vendredi 9 novembre 2007

Lady kung-fu


Lady kung-fu, sorti à Hong Kong le 1er janvier 1981, est d’une certaine manière, aux goûts de la nouveauté en matière de wu xia pian, tel qu’il se faisait à Hong Kong à cette époque. Cette fois, chose rare chez Liu Chia-liang, c’est une femme qui a le rôle principale. En l’occurrence Kara Hui qui interprète Dai-nan. Encore une histoire de succession entre frères d’une riche famille. Servant Dai-nan devient la deuxième épouse d’un patriarche. Le vieillard refuse qu’un de ses frères, obsédé par l’argent, ne s’empare de la fortune familiale. L’héritier sera Yu Zheng-chuan (Liu Chai-liang, qui porte la moustache). Dai-nan va donc remettre les titres de propriété à celui qui est devenu désormais son neveu. Le titre anglais, My young auntie (ma jeune tatie) exprime mieux ce vers quoi Liu Chia-liang veut porter son film : le fossé entre les générations. Lady kung-fu se déroule à l’époque des premières automobiles, au temps où la Chine s’occidentalise et crée des tensions entre les aspirations modernistes et un volonté traditionalistes.

Le personnage trouble-fête est incarné par Hsiao Hou, le fils de Liu Chia-liang qui débarque de Londres où il fait ses études. Avec ses camarades (dont Gordon Liu affublé d’une moustache et d’une perruque ridicule) sont tout imprégnés de culture occidentale, ce qui commence par les vêtements. Ils portent des costumes et des nœuds papillon. Il veulent organiser un bal (moment d’anthologie où Kara Hui doit danser déguisée en Marie-Antoinette et Hsiao Hou en Robin des Bois). L’humour de Lady kung-fu joue essentiellement sur deux tableaux : celui du quiproquo (comment expliquer que la tante est plus jeune que le neveu) et celui du déguisement. C’est frais, assez gentil et plutôt drôle.

En ce qui concerne le kung-fu, Kara Hui sait se défendre. La particularité des chorégraphies dans lesquelles la place Liu Chia-liang est d’être hiératique. Elle ne bouge pas. Vêtu des habits traditionnels chinois, elle contraste grandement avec l’excitation permanente de Hsiao Hou, qui habillé en occidental entend pratiquer la boxe anglaise. Pour Liu Chia-liang, sa vision est évidente : la boxe ne remplacera jamais le kung-fu. Oui à la modernisation des mentalités, non à la perte de la culture chinoise. Liu Chia-liang aura tenté coûte que coûte de s’adapter au nouveau film de kung-fu. En vain. Ce sont les films de la Golden Harvest dans le début des années 1980 qui renouvelleront le genre.

Lady kung-fu (My young auntie, 長輩, Hong Kong, 1981) Un film de Liu Chia-liang avec Kara Hui, Hsiao Hou, Liu Chia-liang, Gordon Liu

jeudi 8 novembre 2007

Sorties à Hong Kong (novembre 2007)

Magic boy (魔術男)

Un film d’Adam Wong avec Kate Yeung, Anjo Leung, Tsui Tin-yau, Siu Yee, Gloria Yip, Asuka Higuchi, Wong Yau-nam. 87 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie: 8 novembre 2007.



mercredi 7 novembre 2007

Les 14 Amazones



Dès le début du film, on est mis dans le bain. Le générique en scope de la Shaw Brothers utilise toute sa longueur pour établir la généalogie de la famille Yang. Des bas reliefs illustrent cette histoire quand tout à coup, pour montrer la guerre qui sévit à cette époque troublée où les Chinois étaient attaqués par les Mongoles, l'écran est coupé en son centre par des images de ces combats. Comme une lame qui viendrait briser cette famille respectable. Le reste du scénario des 14 Amazones ne sera que cela : comment les Yang seront détruits les uns après les autres par les hordes barbares. Les nombreuses péripéties qui découleront deux heures durant n'auront pas d'autre but.

Et à commencer par les chef de la tribu, Yang Tsung-pao. Parti combattre avec ses frères l'invasion mongole des Hsiao, il se retrouve pris au piège et exterminé par les soldats. Le roi Hsiao a cinq fils, dont le plus cruel est le dernier. Il prend un plaisir non feint à torturer ses prisonniers et les Yang seront décapités sans pitié au son d'un rire sardonique typique des méchants. Le cinquième Prince, c'est Lo Lieh, toque en fourrure blanche constamment vissé sur la tête et chaussures rouges aux pieds. Il semble prendre beaucoup de plaisir à son rôle de méchant. Il aura l'occasion de faire beaucoup le méchant, de donner des coups de fouet à de pauvres innocents, de bastonner une gentille fille et de décapiter ceux qui ne sont pas de son avis, d'organiser des combats sanglants entre ses hommes, de les autoriser à violer des jeunes filles capturées. Et d'autres horreurs encore. Plus méchant, c'est dur.

Les ennemis des Hsia, ce sont les Chinois, ici symboles de loyauté, de pureté et d'honnêteté. Ses meilleurs représentants en sont la famille Yang. Toute la parentèle nous est présentée en début de film : chaque actrice a son nom en lettres jaunes en bas de l'écran. Comme elles sont nombreuses, on a peu de temps pour vraiment faire connaissance avec elles. Mais, voilà les Yang, famille ô combien estimable en train de faire la fête pour l'anniversaire de Tsung-pao. Or, ce qu'elles ignorent c'est que Tsung-pao vient de mourir précisément ce jour-là. Sous la direction de la Grande Dame, et au grand dam du Ministre de l'Empereur qui voit défier son autorité et qui ne comprend comment des femmes pourraient lutter contre les Hsiao, les femmes décident de partir combattre les barbares et de rétablir l'ordre. Toutes ne reviendront pas.

De nombreux points différencient Les 14 Amazones des autres productions Shaw Brothers de la même époque. On ne trouve pas le héros solitaire et mélancolique de Chang Cheh. Il n'y a pas l'esthétisme des films de Chu Yuan pour qui il était plus important de faire le point sur une rose au premier plan que sur le combat en arrière plan. Les règles pures de combats chères à Liu Chia-liang ne seront pas respectées. C'est sur un tout autre plan que Cheng Kang réussit Les 14 Amazones. Il compte d'abord sur son casting impressionnant, sur ses méchants Lo Lieh et Tien Feng en tête. Et sur ses actrices toutes superbes. Elles ne seront pas assez de quatorze pour venir à bout des pièges tendus par l'ennemi.

Mais ce qui étonne le plus dans Les 14 Amazones reste les combats eux-mêmes. Pas tous, certes, mais certains notamment le dernier, sont filmés caméra à l'épaule, au plus près des personnages. Pour dire vrai on se croirait dans certaines scènes de The Blade. On ressent le chaos, la haine des combattants les uns pour les autres. Le scope permet à des centaines de figurants de se battre. C'est Ching Siu-tung, le fils de Cheng Kang qui avait alors 18 ans, qui a réglé certains combats. On retrouve la frénésie qu'il utilisera dans ses Histoires de fantômes chinois. Les combats, avec en contrepoint une musique qui mélange les genres, prennent une ampleur assez rare pour un Shaw Brothers.

On est du coup très indulgent, devant cet immense effort de rendre réaliste les scènes de sabre, pour les décors en carton pâte (l'attaque de la forteresse ou celle du barrage ou encore les miniatures dans le canyon), pour les chansons mièvres (les paroles sont de Cheng Kang), pour l'esprit puritain qui accompagne le wu xia pian (toujours l'honneur des époux à défendre et surtout pas le féminisme), pour le sang ketchup (Lo Lieh boit le sang de l'esclave qu'il vient de fouetter), pour les grimaces censées exprimer la douleur (et toujours quand une soldate pleure elle met ses yeux dans ses manches). Cheng Kang, qui reçut le Golden Horse du meilleur metteur en scène – récompense méritée – reste un cinéaste qu'on a envie de découvrir.

Les 14 Amazones (The 14 Amazons, 十四女英豪, Hong Kong, 1972) Un film de Cheng Kang avec Lisa Lu, Ivy Ling Po, Li Ching, Lily Ho, Lo Lieh, Yueh Hua, Shu Peipei, Wang Ping, Tina Chin Fei, Ting Pei, Wang Hsieh, Fan Mei-sheng, Chen Yen-yen, Hsia Ping, Lin Ching, Ching Miao, Tien Feng, Huang Chung-hsing

mardi 6 novembre 2007

Super Inframan


D'un côté, il y a les très méchants : la Reine des Glaces et ses monstres sortis de la montagne. De l'autre côté, il y a les gentils : le Professeur et Inframan qui vont sauver le monde des méchants. Au milieu, le spectateur conscient que ce qu'il voit sur son écran est un nanar. Le sachant, il est possible d'admirer la naïveté de l'action sans honte et de voir le film comme une pièce de musée. Pièce unique en son genre : le film de monstres de Hong Kong.


Super Inframan était sorti sur les écrans français le 18 mai 1977. Le voici qui déboule aujourd'hui en dvd sans la version française qui aurait permis de voir comment on doublait à l'époque les films d'actions HK avant de les sortir dans les cinémas de quartier. Cela aurait été très intéressant. Réalisé par Hua Shan et avec dans le rôle titre Daniel Lee, alors débutant – il jouera en 1989 dans The Killer de John Woo – Super Inframan est une production Shaw Brothers destinée au pur divertissement familial.


Il ne s'agit pas de réévaluer un film somme toute assez médiocre, réalisé par un habitué des films de grande consommation. Mais après tout, qui n'a jamais aimé un nanar pour des raisons inavouables ? Voir un Bruce Lee, voir certains Tsui Hark (Mad Mission III, par exemple) a toujours eu sur le spectateur amateur de films asiatiques un effet jubilatoire. On ne parlera pas de mise en scène, de direction d'acteurs, de réalisme ou de politique, mais plutôt des personnages du film, tous hauts en couleur, et du scénario typique des films d'action.


Le générique d'ouverture du film donne le ton. Daniel Lee devient Inframan. Sa combinaison bleue se change en rouge et d'homme ordinaire, il se transforme en super héros. La musique disco (le film date de 1975) scande la métamorphose. Puis arrive l'action. Une sorte de ptérodactyle dégénéré attaque un bus rempli d'enfants. Il crée un tremblement de terre. Puis, c'est la ville entière qui est en feu. Il se passe quelque chose. Quoi, se demandent les gens ? C'est la Reine des Glaces qui a réveillé des monstres plus terrifiants les uns que les autres, répond le Professeur.


La Reine des Glaces (pas celle de Zu de Tsui Hark) veut dominer le monde. Refrain entendu, certes, mais contre lequel le Professeur a une arme absolue : son meilleur homme (Daniel Lee, donc) qu'il va transformer en machine à combats : Super Inframan. La Reine, aidée d'une Démone-Vision dont les paumes des mains ont un œil, va riposter pour que son funeste dessein soit poursuivi. Coiffée d'une longue chevelure blonde peroxydée, vêtue d'une combinaison de cuir que surmonte une cape de tulle rose et tenant un fouet dans la main droite, la Reine des Glaces a, pour combattre, une armée de monstres préhistoriques patibulaires.


De sa cave située dans un volcan, elle dirige ces créatures. Découpe-Montagne, monstre de pierre à qui aucun mur ne résiste. Monstre-Araignée, rouge et qui prend une taille monumentale. Monstre-Plante qui envahit la base du Professeur. Ou encore un monstre tout poilu qui crache des rayons laser. Tous grognent, ricanent, gesticulent dans tous les sens... et laissent presque apparaître leur fermeture éclair. A côté des créatures diaboliques, la Reine possède une armée de soldats, les Squelettors. Ils ont des casques de moto surmontés de cornes blanches. Ça fait peur !


A chacun de découvrir les aventures riches en rebondissements de Super Inframan. Inutile de préciser que les méchants n'auront pas le dernier mot, malgré leurs vilenies particulièrement crasses. Le plaisir, pour autant qu'on goûte à ce genre de divertissements, reste intact


Super Inframan (中國超人, Hong Kong, 1975) Un film de Hua Shan avec Danny Lee, Yuan Man-tzu, Wang Hsia, Terry Liu, Fanny Leung

lundi 5 novembre 2007

Mad Monkey kung-fu


Mad monkey kung-fu sorti à Hong Kong le 5 octobre 1979 est symptomatique de la bataille entre les deux studios, Shaw Brothers et Golden Harvest. Liu Chia-liang interprète en personne le rôle principal. Il est Chen un acteur d’opéra adepte du kung-fu. Il joue avec sa sœur (Kara Hui) l’opéra. Parmi les spectateurs se trouve un homme riche, Maître Duan (Lo Lieh) qui lorgne sur la sœur. Il défie Chen, qui a beaucoup bu (c’est un alcoolique) et le bat. Il fait croire qu’il a violé sa femme et, par respect, la sœur devient la concubine de Duan pour payer la dette de Chen. Duan punie violemment Chen en brisant ses mains. Il ne peut plus pratiquer le kung-fu. On le retrouve deux ans plus tard et fait la rencontre de Petit Singe (Hsiao Hou). Les deux hommes s’allient contre la triade qui terrorise la petite ville où ils résident. Petit Singe devient le disciple de Chen et ira affronter les méchants.

Le scénario est classique des films de kung-fu. Il développe le thème, cher à Liu Chia-liang, de l’apprentissage, de la discipline et de la politesse. D’une certaine manière, Mad monkey kung-fu est un remake non officiel (évidemment) de Drunken master de Yuen Woo-ping avec Jackie Chan. L’idée de choisir le novice Hsiao Hou est de ce point de vue géniale. Son jeu est à l’opposé extrême de celui de Liu Chia-liang et fonctionne à plein régime. Hsiao Hou est un acteur bondissant, toujours souriant, d’une grâce exceptionnelle. Physiquement, il n’a rien à voir avec les acteurs habituels des films de Liu (Lo Lieh le géant, Gordon Liu, ou l’insipide Wong Yu). Constamment torse nu, comme l’était à l’époque Jackie Chan dans ses films, Hsiao Hou est très finement musclé et ressemble à un gamin. Ses facéties face au sérieux du personnage mélancolique de Liu Chia-liang font merveille.

Comme Simon Yuen dans le bien nommé Drunken master, Liu Chia-liang a un petit problème avec la boisson. De la même façon, l’entraînement qu’il fait subir à Hsiao Hou est aussi cruel et difficile que celui que subissait Jackie Chan : des épreuves de forçat. Autre référence au film de Yuen Woo-ping, la parodie de la musique de Wong Fei-hung. Liu Chia-liang et son scénariste habituel Ni Kuang proposnet également un critique frontale et sans ambiguïté de la montée en force des triades. Il va s’en dire que la mise en scène du cinéaste chorégraphe s’est largement améliorée depuis ses premiers films et cette fois il intègre encore mieux les scènes d’humour au milieu de l’action.

Mad Monkey kung-fu (瘋猴, Hong Kong, 1979) Un film de Liu Chia-liang avec Lo Lieh, Kara Hui, Hsiao Hou, Liu Chia-liang

samedi 3 novembre 2007

Kidnap


Le destin de quatre amis qui espéraient s'enrichir en kidnappant le fils de leur patron.

La Shaw Brothers n'a pas produit que des films de kung-fu. On a un peu tendance à l'oublier. Kidnap est un polar à suspense porté par des stars du studio. Le film est mis en scène par un réalisateur maison qui passait d'un genre à un autre sans problème. Cheng Kang est peu connu sous nos latitudes. Seul Les Douze médaillons d'or est sorti en France en 1978. Il est aussi l'auteur d'un Flying guillotine 2 (la suite produite par les Shaw pour concurrencer Jimmy Wang-yu). On va également cette année pouvoir découvrir son Magnificient swordsman. Lo Lieh et Tung Lam, soit les deux acteurs principaux de La Main de fer, sont en haut de l'affiche de Kidnap. On retrouve dans l'équipe du film, Cheng Yung-yu, compositeur de la musique de ce même film, désormais mondialement célèbre grâce à Kill Bill.

Lung Wei (Lo Lieh) est un modeste employé d'une station service. Son patron le méprise et l'humilie constamment. Un soir, il drague Ching Chue (Hi Chun), une jeune femme dans une discothèque. Il se fait passer pour un homme fortuné jusqu'à ce que son patron arrive et révèle le pot aux roses. Ching Chue avait pourtant prévenu Lung Wei " no money, no talk ", dit-elle en anglais dans le texte. Déçue d'avoir été séduite par un pauvre, elle abandonne le sympathique Lung Wei à son sort. Ce dernier décide de se venger et de séquestrer le fils de son patron pour lui réclamer une rançon. Il aura ainsi suffisamment d'argent pour plaire à la belle.

Lung Wei demande à trois de ses amis un bon coup de main. Ting Hsiao-chiang (Lam Wai-tu), le plus jeune, est un joueur professionnel (un gambler), il passe sa vie à tenter de gagner des tournois de domino. Niu Ta-kang (Tung Lam) est un chauffeur routier un peu brutal. Sa mère, très âgée, continue de travailler pour subvenir à ses besoins. Cela le remplit de honte. Enfin, dernier de la bande des quatre, Chao Hai-chuan (Fan Mui-sang) est maquilleur corps dans une boîte de strip tease. Marié, il a deux enfants. Ensemble, ils vont manigancer un plan pour kidnapper le gosse de riche. Le fiston du patron, en l'occurrence, a une bonne trentaine d'années.

Les quatre amis préparent leur plan en rigolant, persuadés de leur future réussite. Ils vont enlever le jeune Wang à la sortie d'une boîte de nuit et l'emmèneront plus loin. Pas de chance, Ching Chue est témoin de toute la scène et tente de faire chanter Lung Wei. Il est à deux doigts d'être très riche et la séduit sans mal, ils couchent ensemble et elle tombera enceinte. L'enlèvement ne se déroule pas les gars l'avaient prévu : le fils Wang reconnaît l'employé de son père. Et ça n'est pas parce que le fils meurt qu'ils ne vont pas continuer à demander leur rançon. Ils envoient une oreille au père. Petit à petit, ils tombent dans un engrenage dont ils ne peuvent plus contrôler le court.

Ils décident d'enlever le père. Deuxième kidnapping qui, cette fois, se solde par un succès. Les voilà riches et prêts à vivre la grande vie. D'ailleurs, c'est ce que s'empresse de faire Chiang, le joueur compulsif. Belle veste, briquet et montre en or, pourboire exorbitant. Chiang donne tous les indices à des hommes plus crapuleux que lui, qu'il est dans le coup de cette bande que la presse surnomme les loups. Le patron du tripot en profite pour faire chanter Chiang et ses amis. Un sale coup de pelle sur la nuque et voilà le maître chanteur hors du coup. Nouveau meurtre. Chiang tente alors d'arnaquer ses trois camarades en s'enfuyant avec le fric et va les dénoncer à la police.

Et le film ne s'arrête pas en si bon chemin. On n'en est qu'à la première heure. Dans la seconde partie, la police traque la bande. Les trois tentent de se cacher et se rendent bien compte qu'ils sont dans une impasse. La police les recherche fructueusement et ils sont condamnés à mort par la justice britannique. On ne se permettra de raconter la fin du film (l'affiche la dévoile avec cette corde de pendu), mais pas son déroulement qui ménage avec une redoutable efficacité un suspense haletant lors de la traque. L'angoisse de Lung Wei, Chao et Ta-kang de trouver une solution à leur problème est admirablement rendue. Il est difficile de ne pas se sentir en empathie avec ces personnages, quels que soient leurs crimes, tant la mise en scène de Cheng Kang tend vers cet effet d'identification.

Kidnap est certes un film moral où les vilains sont châtiés. Le scénario est souvent attendu, mais ce qui fait l'intérêt de ce film est la manière du cinéaste de dynamiter son récit (dont il est le scénariste) par certains procédés assez rares dans le cinéma de Hong Kong. L'introduction du film est à ce titre exemplaire. Un plan nocturne de la ville où un carton nous indique que les faits sont purement fictionnels et que toute ressemblance... Peut-être, mais tout dans le film nous dira le contraire, comme ces journaux où les photos des criminels de la bande des loups ne ressemblent pas aux acteurs du film. Cheng Kang donne, dans le même esprit, une dimension réaliste aux poursuites et un aspect très documenté sur les conditions de vie des otages. Cheng filme la solitude des ces gars sans le sou. La promiscuité des logements est clairement décrite comme leur misère sexuelle. Cheng a eu, pour interpréter ses personnages, des stars du studio, mais ils semblent jouer presque sans fioritures. Maquillage discret, vêtements ordinaires. Difficile de ne pas s'immerger dans le film.

Ce qui tranche singulièrement avec les autres productions Shaw Brothers est l'aspect esthétique de Kidnap. Cheng n'hésite pas non plus à filmer des scènes dans une obscurité presque totale (comme le fait aujourd'hui très souvent Johnnie To dans ses polars réalistes tel PTU ou Election). L'image et le cadre sont très travaillés comme dans la scène de présentation des quatre amis où les morcellements du plan décrivent la désintégration progressive des personnages. Kidnap commence par des cris ("K O M A" : aidez-moi, en cantonais) d'un personnage que l'on ne connaît pas encore. Scène inaugurale en noir et blanc qui tend vers le gris, image renversée, comme pour indiquer que, quoi qu'il en soit, tout ira mal. Cette scène, on ne le comprendra qu'une heure vingt minutes plus tard. Mais la chose la plus étonnante dans ce film de Cheng Kang est qu'il soit parlé en cantonais, chose rarissime dans les films produits par les frères Shaw. Comme si un message devait être délivré directement à la population de Hong Kong qui ne parlait pas le mandarin. Le crime ne paie pas, dit en substance Kidnap. Or, c'est le contraire. Le crime paie puisqu'il permet de réussir un chef d'œuvre noir et funèbre d'une force térébrante.

Kidnap (天網,Hong Kong, 1974) Un film de Cheng Kang avec Lo Lieh, Hu Chin, Fan Mei-sheng, Liu Wu-chi, Tung Lin, Lin Wei-tu, Chin Feng, Liu Tan, Wang Lai, Ching Miao, Chiang Nan, Hsia Ping, Chow Kat

jeudi 1 novembre 2007

Sorties à Hong Kong (novembre 2007)

Triangle (鐵三角)

Un film de Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To avec Louis Koo, Simon Yam, Sun Hong-lei, Lam Ka-tung, KellyLin, Yao Yung, Lam Suet. 93 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 1er novembre 2007.

Site officiel : cliquer ici.