lundi 22 décembre 2008

Dostana


Depuis quelques semaines, j’ai remarqué qu’allociné annonce la sortie d’un film Bollywood dans une salle de la banlieue parisienne. Dostana est sorti dans une seule salle le 14 novembre et personne n’en a parlé. La bande annonce présente quelque chose d’assez inédit dans le film indien : un couple d’homos. Mes amis spécialistes de Bollywood n’en croyaient pas leurs yeux, j’ai vu le film.


Dostana c’est sea, sex and sun. Ça se passe à Miami et non pas en Inde, c’est plus exotique. John Abraham est Kunal. Il est photographe. John Abraham c’est surtout des abdos, des biceps, des triceps et un torse nu pendant presque tout le film ou une chemise largement ouverte. Un sourire à toute épreuve. Abhisehk Bachchan est Sameer. Il est infirmier. Ce Bachchan est le fils d’Amitabh et accessoirement le mari d’Aishwarya Rai. Les deux hommes se rencontrent par hasard et veulent louer le même appartement. Mais la propriétaire craint qu’ils ne ramènent trop de filles. Pas de problèmes, ils se font passer pour des homos et peuvent vivre en colocation avec Neha (Priyanka Chopra).


Les deux garçons trouvent Neha tout à fait à leur goût mais vont devoir tenir la supercherie jusqu’au bout pour rester dans l’appartement. Sammer invente et improvise l’histoire de leur rencontre à Venise et le film utilise très vite les clichés de la folle pour figurer un gay. C’est pas très fin, on se marre parce qu’on sait que les deux acteurs sont des sex symbols en Inde et qu’ils en jouent. Neha aime bien les homos d’autant qu’elle travaille dans le milieu de la mode. D’ailleurs pour essayer d’avoir une promotion, elle invite son patron pour qu’il se fasse séduire par Sameer. Quiproquos et vaudeville. Les deux garçons ont demandé une carte de séjour en se faisant passer pour un couple et le contrôleur du service d’immigration arrive dans l’appartement. Quiproquos et vaudeville, suite. La mère de Sameer apprend ça et arrive sur les lieux, honteuse que son fils soit gay. Quiproquos et vaudeville, fin. Ça frôle la cata pour les garçons, ils veulent tout avouer, mais ils restent gays.


Voilà pour la première partie du film fait d’un comique un peu lourd. La deuxième moitié est consacrée à la romance. Les deux garçons tombent amoureux de Neha et chacun va tenter de la séduire de son côté. Mais Neha va rencontrer son nouveau patron Abhi (Bobby Deol), par ailleurs papa divorcé. Kanul et Sameer vont tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de cette idylle naissante jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert. Ils vont manipuler tout le monde mais tout reviendra dans l’ordre à la fin, bien entendu. La romance est assez convenue mais elle présente un joli moment quand Kanul séduit Neha en reprenant une scène de Kuch kuch hota hai où il imite les gestes de Shah Rukh Khan.


Il faut préciser que Dostana est produit par Karan Johar, le créateur de Kuch kuch hota hai. D’ailleurs, certaines chansons sont des pâles imitations de celles de ce film. C’est sans doute là le plus gros point faible de Dostana. Les chansons et les danses manquent terriblement d’inspiration. Hormis la dernière, les acteurs ne dansent pas ni ne chantent, ce qui étonne. On sait qu’on ne s’embrasse pas dans les films indiens, mais Dostana essaie de déroger à cette règle. Sameer et Kanul s’embrassent sur la bouche, enfin presque. C’est une sorte de baiser à l’américaine, dans le cou, mais un baiser tout de même. Le cinéma indien va peut être un peu de décoincer, qui sait ?


Dostana (Inde, 2008) Un film de Tarun Mansukhani avec John Abraham, Abhishek Bachchan, Priyanka Chopra, Bobby Deol, Kiron Kher, Sushmita Mukherjee.

vendredi 19 décembre 2008

Serbis


Michel Ciment, le super-intendant de la revue de cinéma Positit, avait pris ses plus belles armes vocales lors de plusieurs numéros du Masque & la Plume pour dire toute sa haine de Serbis. En substance, c’était une honte, voire une infamie, que ce film philippin soit présenté en compétition au Festival de Cannes 2008. C’est bien entendu trop d’honneur et trop d’indignité. Serbis s’avère extrêmement décevant d’à peu près tous les points de vue.


En comparaison avec John John, le précédent film de Mendoza sorti en France, Serbis semble manquer cruellement d’envergure. Le film suit le parcours sur une journée d’une famille qui tient un cinéma porno dans une ville de province. Le personnage principal semble être Nayda (Jacklyn Jose). Mère de famille d’un adorable petit garçon, elle tient d’une main de maître le cinéma. Vivent aussi ici le frère et la sœur de Nayda et sa mère. C’est autour de son personnage que tourne la partie familiale du récit : elle fait un procès à son mari qui l’a trompée et vitupère contre son fils qui témoigne en faveur du père.


Nayda tente de concilier toute sa famille. De faire que sa sœur ne se maquille pas trop, que son frère ne s’engueule pas avec la mère, que la mère calme sa colère malgré l’adultère du mari, que son fils travaille à l’école pour que lui ne soit obligé de travailler dans ce cinéma minable et vétuste. Nayda doit aussi s’occuper du cinéma, veiller à ce que son projectionniste ne passe pas son temps à baiser. Mendoza voudrait en faire une mère-courage égale de la mère adoptive de John John, mais Nayda n’a pas autant de force et le scénario de Serbis s’apparente plus à celui d’un soap opéra qu’à un film social.


Quelques scènes choc ponctuent régulièrement le film. Une ou deux scènes de cul dans la salle tandis que le film se déroule, une fellation prodiguée au projectionniste, une scène de mutilation avec une bouteille. Rien de vraiment choquant en vérité. Il y une tentative assez vaine de filmer vrai, caméra à l’épaule et jeu naturaliste. Il y a surtout un gros travail sur le son où Mendoza fait enregistrer tous les bruits de l’extérieur, voitures, klaxons, qui saturent notre appréhension du film. Ça n’est jamais émouvant, juste un peu fatigant et somme toute très décevant.


Serbis (Philippines – France, 2008) Un film de Brillante Mendoza avec Dan Alvaro, Mercedes Cabral, Julio Diaz, Bobby Jerome Go, Roxanne Jordan, Jacklyn Jose, Kristoffer King, Coco Martin.

jeudi 18 décembre 2008

Largo Winch


Naïvement, je croyais qu’un film qui se déroule à Hong Kong utiliserait les décors de Hong Kong. Eh bien non ! Largo Winch commence effectivement bel et bien à Hong Kong, de nos jours. On le voit bien, c’est marqué sur l’écran et on reconnaît ce décor si familier. Pour les besoins du scénario (Largo veut venger la mort de son père qui a été éliminé pour voler sa compagnie), le film se déroule également au Brésil (où Largo s’est exilé) et en Croatie (d’où vient sa famille). Mais la majeure partie du film a lieu à Hong Kong.


Pour les scénaristes, Hong Kong est la plaque tournante du commerce actuel (moi, j’aurais dit Shanghai pour l’Asie, mais je ne suis pas scénariste) et l’entreprise a donc un immense immeuble d’où est dirigée l’activité – que l’on ignorera jusqu’au bout. En fait, toutes les scènes (ou presque) se dérouleront dans un bureau atour d’un conseil d’administration. Il n’y aura que deux scènes en extérieur. La première où Largo se promène tranquillement dans une rue populaire juste après être sorti de l’immeuble de luxe. La deuxième dans la passerelle d’un centre commercial avec une poursuite. C’est une passerelle qu’on voit dans plein de films d’action hongkongais.


Etonnement, le scénario ne cherche même pas à introduire dans l’action une bande des triades qui auraient pu corser le suspense. On est censé avoir assassiner Winch père et pas un personnage ne semble envisager la nuisance des triades. Quel manque d’inspiration. Quand aux scènes de baston, elles sont d’une repoussante banalité. Là non plus le cinéma de Hong Kong n’a pas influencé le réalisateur. Largo Winch est un film invraisemblable, ennuyeux et sans l’once d’une quelconque modernité. Du vrai cinéma franchouillard ringard qui pète plus haut que son cul. J’essaierai d’être moins naïf dans mes choix.


Largo Winch (France, 2008) Un film de Jérôme Salle avec Tomer Sisley, Kristin Scott Thomas, Miki Manojlovic, Gilbert Melki, Mélanie Thierry, Anne Consigny, Karel Roden, Steven Waddington, Racha Bukvic, Benjamin Siksou.

Sorties à Hong Kong (décembre 2008)

Ip man (葉問)

Un film de Wilson Yip avec Donnie Yen, Lynn Hung, Simon Yam, Lam Ka-tung, Wong Yau-nam, Fan Siu-wong. 107 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 18 décembre 2008.








mercredi 17 décembre 2008

C'est la vie, mon chéri


C’est la vie, mon chéri (en français dans le texte pour son titre, y compris au générique) est un des plus gros succès du cinéma de Hong Kong en 1993, une période entièrement dominée par les comédies burlesques de Stephen Chow. Derek Yee est aux commandes de ce mélodrame qui va lancer la carrière de Lau Ching-wan qui, jusqu’à présent, n’était qu’un acteur de seconde zone cantonné dans de petits rôles sans envergure.


Kit (Lau Ching-wan) est musicien. Un homme seul depuis qu’il s’est séparé de Tracy (Carina Lau) une star de la cantopop. Il passe son temps à ne rien faire, à ruminer son mal de vivre et n’arrive pas à avancer dans la vie. Kit habite un modeste appartement mal meublé. Au rez-de-chaussée de son immeuble, habite Min (Anita Yuen), une jeune femme qui arbore constamment un beau sourire. Elle va entreprendre de lui redonner de la joie de vie. Ils se rencontrent dans un jardin public où elle donner à manger aux chiens errants. Puis il l’aperçoit dans la troupe de musiciens que tient son oncle (Paul Chun).


Commence entre eux une amitié établie sur une douce complicité. Min va régulièrement sonner à la porte de Kit, qui bougon, la reçoit avec son éternel caleçon bleu et son débardeur de la même couleur. Elle l’entraîne dans les rues pour des promenades où elle va tenter de lui redonner le sourire, ce qui s’avère une tâche ardue. Mais ils apprennent à se connaître, parlent beaucoup et elle espère réussir à le faire sortir de sa coquille. Puis, petit à petit une idylle naît entre eux et ils commencent à sortir ensemble, sous l’œil fort peu bienveillant de la mère de Min (Fong Bo-bo).


Ce que va vite apprendre Kit, c’est que sa nouvelle petite amie est atteinte de leucémie. Une moribonde qui apprend à vivre à un déprimé. Et c’est sur ce postulat que le film de Derek Yee engage sa seconde moitié. Jusque là, C’est la vie, mon chéri ne semblait qu’une romance un peu éculée, mais le virage vers le mélodrame pur est inattendu. Le cinéaste refuse le pathos, comme la mièvrerie, et continue à faire du personnage d’Anita Yuen une femme pleine d’allant et d’espoir. Kit rêve d’ailleurs de lui faire enregistrer une chanson qu’il avait commencé à écrire pour son ex et qu’il prévoit pour Min maintenant qu’elle lui a fait retrouver l’inspiration.


Tout le film est ainsi baigné de musique de tous les genres. La cantopop évidemment, le genre phare aujourd’hui à Hong Kong, pour lequel travaillent les personnages de Tracy et Kit, mais un genre superficiel et lié à la fin de l’amour. On y entend la troupe de Paul Chun jouer des vieilles chansons populaires, un air d’opéra lors d’une tournée en province ou du jazz pour l’anniversaire de la mère de Min, moment crucial où Kit est enfin accepté dans la famille. Tous ces éléments ainsi que l’interprétation incarnée des acteurs font de C’est la vie, mon chéri un film émouvant très justement récompensé cette année-là aux Hong Kong Films Awards.


C'est la vie, mon chéri (新不了情, Hong Kong, 1993) Un film de Derek Yee avec Anita Yuen, Lau Ching-wan, Carrie Ng, Carina Lau, Fung Bo-bo, Paul Chun, Sylvia Chang, Jacob Cheung, David Wu, Wong Ching-wah, Peter Chan Ho-san, Teddy Chan, Joe Cheung, Jamie Luk, Tats Lau, Herman Yau.

mardi 16 décembre 2008

Painted skin 2008


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Painted skin de Gordon Chan n’est pas un remake du film de King Hu, mais une nouvelle adaptation d’un des nombreux récits de Pu Sun-ling, auteur chinois du début du XVIIIe siècle. L’œuvre de Pu a longtemps inspiré Tsui Hark notamment pour ses Histoires de fantômes chinois, en l’adaptant à sa convenance qui se trouve être également la mienne et celle de nombreux cinéphiles. Gordon Chan et ses producteurs ont affirmé vouloir revenir au récit initial de Pu en profitant de toutes les techniques actuelles.

Passée la surprise du format scope Panavision, on entre dans un campement dans le désert où quelques barbares entendent compter fleurette à une jeune femme seulement couverte d’une fourrure de renard blanc. Des soldats vont combattre ces barbares et venir à la rescousse de la belle victime, sans se douter que c’est elle la prédatrice et qu’elle s’apprêtait à dévorer leurs cœurs. Xiaowei est un fantôme en recherche de proie et la prochaine sera le Général Wang Sheng (Chen Kun). Il ignore qui elle est et ramène Xiaowei dans sa cité.

L’épouse de Sheng, Peirong (Vicky Zhao), une femme timide et calme comprend vite la vraie nature de cette femme. Très vite, dans la cité, des cœurs sont arrachés, des victimes affolent la population. Peirong va voir un prêtre taoïste qui se fait assassiner. Elle trouve un écho à ses soupçons auprès de Pang Yong (Donnie Yen) puis de Xia Bing (Sun Li), qui exerce la profession de chasseur de fantôme. Cette dernière vient d’une longue lignée de chasseur. Un autre démon se cache dans la cité, Xiao Yi (Qi Yuwu) à la chevelure argenté et qui a la capacité de devenir invisible. C’est le démon caméléon qui va aider la diablesse renard.

L’idée de Gordon Chan pour cette nouvelle version de Painted skin est de dessiner un carré amoureux entre les personnages. Peirong est amoureuse de son mari Wang Sheng qui n’est pas insensible aux charmes de Xiaowei qui elle-même affirme aimer Sheng mais méprise l’amour éperdu que lui porte Xiao Yi. C’est tout autour de cette quadrature que va tourner la dramaturgie avec de nombreuses longueurs dues essentiellement aux discussions qui discutent de la nature démoniaque de Xiaowei. La renarde réussit à passer les rets tendus par Peirong et ses alliés et à accuser son adversaire de sorcellerie.

Et Donnie Yen dans tout ça ? L’acteur joue les comiques dans un duo avec Sun Li qui propose un burlesque léger. Xia Bing n’est pas une très bonne chasseuse de démon et Yong se moque d’elle. Il la rembarre régulièrement et elle se rebelle derechef arguant qu’elle est un maître en chasse de fantômes. Donnie Yen se bat également dans des combats inspirés de Tigre et Dragon. Il saute de toit en toit de vieille cité et affronte le démon Xiao Yi. Donnie Yen en fait des tonnes dans ses parties comiques. Gordon Chan essaie de retrouver le goût des succès du film épique avec des fantômes d’il y a vingt ans et y arrive parfois. Painted skin est un film divertissant avec un agréable mélange de romance, d’art martial, d’humour et d’érotisme soft.

Painted skin (畫皮, Chine – Hong Kong – Singapour) Un film de Gordon Chan avec Zhou Xun, Chen Kun, Vicky Zhao, Donnie Yen, Sun Li, Qi Yuwu.

lundi 15 décembre 2008

The Warlords, meilleur film aux 45ème Golden Horse Awards

Le film épique à Hong Kong fait preuve d’un petit renouveau depuis quelques temps. The Warlords de Peter Chan Ho-sun a gagné un grand nombre de récompenses depuis sa sortie il y a tout juste un an. Presque tous les Hong Kong Film Awards et le 6 décembre 2008, lors des 45ème Golden Horse Awards, le prix du meilleur film, meilleu réalisateur, meilleurs effets visuels. Depuis, cette sortie les cinéastes de renom et les stars se bousculent au portillon pour tenter eux aussi de rafler la mise. Un tel engouement est une assez bonne occasion pour comparer les affiches de ces films épiques, par ailleurs des productions panasiatiques, sortis depuis un an et constater que, pour attirer le public, mieux vaut ne pas innover et regarder ce qui se fait ailleurs.


Warlords (投名狀) Un film de Peter Chan Ho-sun. Sortie : 13 décembre 2007.


An empress and the warriors (江山美人) Un film de Ching Siu-tung. Sortie : 20 mars 2008.


Three kingdoms Resurrection of the dragon (三國之見龍卸甲) Un film de Daniel Lee. Sortie : 3 avril 2008.


Red cliff (赤壁) Un film de John Woo. Sortie le 10 juillet 2008.


Painted skin (畫皮) Un film de Gordon Chan. Sortie : 26 septembre 2008.


Butterfly lovers (武俠梁祝) Un film de Jingle Ma. Sortie : 9 octobre 2008.


A cette liste, il serait possible de rajouter Le Royaume interdit avec Jackie Chan et Jet Li et, pourquoi pas, La Momie 3, deux films américains assez ratés.

dimanche 14 décembre 2008

Painted skin 1993


Après les petits problèmes logistiques subis lors du tournage de Swordsman et qui ont mené à son remplacement derrière la caméra, King Hu tourne deux ans plus tard son dernier film Painted skin. Tsui Hark n’est plus à la production mais son ombre est présente puisque les personnages principaux sont joués par Adam Cheng, Sammo Hung et Joey Wong, tous trois habitués de l’univers de Tsui Hark. King Hu reste dans cette mouvance du film fantastique en costumes, qui pourtant n’était plus tellement à la mode auprès des spectateurs.


Maître Wang (Adam Cheng) est un lettré et aussi un musicien qui pratique la harpe chinoise. Il joue avec des amis. King Hu installe longuement sa plage musicale et la fait durer. Enfin, au bout du morceau, Wang se lève et s’en va, sans que l’on ne comprenne quel sens avait cette introduction, si ce n’est le plaisir de King Hu de nous faire entendre de la musique. Maître Wang sort, c’est la nuit et il aperçoit un marchand ambulant de viande de chien. C’est Wu Ma, qui s’avèrera un moine taoïste. Il fait un petit tour de magie en faisant disparaître son étal. King Hu ne change pas sa mise en scène, le champ contrechamp suffit à faire l’illusion.


Dans une rue étroite, Wang renverse une jeune femme, Miss Feng (Joey Wang). Il lui propose de venir chez lui, elle semble désemparée. Elle est toute vêtue de blanc, couleur du deuil et de la mort. Il n’avertit pas sa femme et la conduit dans sa bibliothèque. L’attitude de Miss Feng est étrange lorsque le matin survient. On comprend qu’elle est un fantôme. Dans la matinée, Maître Wang rencontrera Daoling (Lau Shun) qui lui affirmera qu’il est hanté. Pour le lettré, c’est incompréhensible. Il a du mal à imaginer un univers de l’au-delà. Mais Miss Feng va lui raconter pourquoi elle ne peut se réincarner.


Le roi démoniaque du Yin Yang la tenait prisonnière, elle s’est échappée. Elle doit souvent enlever la peau de son visage pour lui redonner du lustre, d’où le titre du film, qui est une adaptation des récits de Pu Sun-ling. Le démon va chercher à récupérer sa proie. Il entre dans le corps de Maître Wang et la chasse avec ses sbires. Mais les deux moines taoïstes partent à la recherche du Grand Moine (Sammo Hung) qui permettra à l’innocente dame fantôme d’échapper à son destin. La route sera longue jusqu’au monastère du Grand Moine et les embûches seront nombreuses de la part des sbires et du roi démoniaque.


Painted skin est un film d’un autre âge. King Hu tente de faire un film fantastique avec sa propre méthode, celle de A touch of zen. Tout le monde semble jouer au ralenti en prenant bien garde de rester dans le cadre lors des nombreux mouvements d’appareil. C’est très joli ces travellings dans la prairie, mais cela donne un rythme indolent. Les rares scènes d’arts martiaux avec Sammo Hung ou Lam Ching-yin (qui fait une très courte apparition) souffrent de cette vieille méthode du champ contrechamp. Les effets spéciaux sont très bricolés. Le film manque totalement d’humour malgré quelques tentatives. King Hu, pour son dernier film, ne parvenait pas à renouveler un genre entièrement dominé par les productions de la Film Workshop.


Painted skin (画皮之阴阳法王, Hong Kong – Chine, 1993) Un film de King Hu avec Adam Cheng, Joey Wong, Sammo Hung, Wu Ma, Lau Shun, Lam Ching-yin.

vendredi 12 décembre 2008

Fatal move


Quand les noms des acteurs apparaissent dans le générique de début du film, une légère impression de déjà-vu m’a envahi. Cela rappelle les génériques de SPL ou des deux Election, tous sont là et je m’attendais à voir le nom de Johnnie To en tant que producteur. Mais même pas. C’est Charles Heung qui illumina Hong Kong dans les années 1990 avec ses productions qui est derrière le projet. Il a toujours surfé sur les succès et s’est spécialisé dans les films de triades, dont on dit qu’il connaît très bien le milieu.


On pourrait s’amuser au jeu des ressemblances entre Fatal move et d’autres films. Simon Yam entame le film dans une belle scène en chromo rouge où il tire à bout portant sur un pauvre gars. Il est bien entendu habillé très chic, façon Armani comme dans les Election. Sammo Hung, qui joue son grand frère et le parrain, a un enfant malgré son grand âge, comme dans SPL, et là aussi il intervient face à la police qu’il somme de quitter son quartier général. Wu Jing n’a plus les cheveux teints en blond comme dans SPL, mais en bleu avec une large mèche sur les yeux.


Fatal move montre le destin qui s’abat sur une triade dirigé par Sammo Hung et Simon Yam. Les deux frères travaillent dans la drogue et vont devoir affronter le flic Danny Lee, assisté de Lam Suet et de Maggie Siu. Danny Lee, pour le spectateur de Hong Kong, est l’incarnation du bon flic droit dans ses bottes, incorruptible et macho. Il est le flic des années 1980 et ce que montre Denni Law dans son film, c’est l’affrontement entre le polar moderne à la Johnnie To et le film de lic & gangster vieille manière à la John Woo. Danny Lee devine tout, il comprend qu’il a un traître dans son équipe. Il se montre aussi généreux quand Lam Suet se fait tuer et qu’il décide d’adopter ses enfants.


Les triades cherchent aussi le traître parmi les leurs. Ce sera tout l’enjeu de Fatal move. Qui fait en sorte que les coups qu’ils montent soient voués à l’échec. Le clan voit ses troupes se faire éliminer. Sammo Hung essaie de faire un accord avec la triade ennemie menée par un Wong Tin-lam qui reprend son rôle de super parrain. Mais le ver est dans la pomme et, dans un camp comme dans l’autre, la femme est une menace. En fin de film, Kelly Chu fait un poignant monologue pour exprimer son désarroi face à Sammo Hung, avant que l’action ne reprenne. Tout le film est basé sur de longs dialogues entre les personnages où ils s’expliquent.


Mais l’action est bien sûr présente. Fatal move est classé Catégorie III, comme SPL et Election et pour les mêmes raisons. La violence se fait brutalité, comme dans la séquence de torture de Pinky Cheung où Simon Yam lui arrache des dents et un ongle. C’est Wu Jing qui est le plus fort. Avec son sabre, il virevolte dans les airs et trucide à tout va. Les giclées de sang sont esthétisantes et s’extirpent du corps des victimes par la grâce des effets spéciaux comme dans le Zatoichi de Takeshi Kitano. Si l’effet est beau, il déréalise le scénario, tout comme le nombre de morts semble exagéré même en temps de guerre des gangs. Le film dure 117 minutes et il y a, au moins, autant de morts. Certes, il n’en restera qu’un à la fin, mais ce systématisme fatigue vite au bout d’un moment. Fatal move est un film très bancal qui manque d’inspiration, d’humour et d’émotion.


Fatal move (奪師, Hong Kong, 2008) Un film de Dennis Law avec Sammo Hung, Simon Yam, Kelly Chu, Danny Lee, Wu Jing, Lam Suet, Cheung Siu-fai, Kenneth Low, Jacky Heung, Maggie Siu, Hui Siu-hung, Pinky Cheung, Johnny Chen, Wong Ting-lam.

jeudi 11 décembre 2008

Sorties à Hong Kong (décembre 2008)


All about women (女人不壞)
Un film de Tsui Hark avec Alex Fong Chung-sun, Stephen Fung, Kwai Lunmei, Eddie Peng, Kitty Zhang, Zhou Xun. 120 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 11 décembre 2008.