samedi 12 mars 2011

Le Maître intrépide (Knockabout)


Deux petits voleurs, Sai-po (Yuen Biao) et Tai-po (Leung Kar-yan) parcourent les villes à la recherche d’escroquerie. Les deux frères sont insouciants de la justice mais sont deux petits malins qui parviennent à leur fin. Dans la ville où se déroule Knockabout, ils vont arnaquer le préteur sur gages. Sai-po arrive à l’office pour échanger une pépite. Là, Tai-po se présente comme un coursier venu donner un colis à Sai-po. Le colis contient un lingot d’or qui selon le courrier de son oncle fait 20 onces. Le commerçant pèse, le lingot en fait plus et il décide de lui donner 120 pièces correspondant cependant à 20 onces d’or. Mais ça n’est pas de l’or et quand le policier (Karl Maka) vient régler l’histoire, le préteur sur gages est accusé d’avoir voulu escroquer Sai-po sur le poids mais aussi sur les pièces, que les frères ont échangées contre des fausses. Résultat des courses : ils se retrouvent libres, malgré leur escroquerie, et avec deux sacs de pièces, puisque le marchand a du leur en donner à nouveau.

Les deux frangins sont ravis de leur bon coup. Ils filent hors de la ville pour partager le butin et repartir sur un autre coup. Sai-po tente d’arnaquer son frère en accaparant une plus grosse part. Pendant qu’ils se disputent, on leur vole leur argent. On ne voit pas qui c’est mais on se doute que c’est le vagabond (Sammo Hung) qui passait par là. Ce vagabond qui a l’air un peu idiot est perclus de tics, il cligne des yeux, fait des grimaces. C’est d’ailleurs un ressort comique du film puisque Yuen Biao, quand il prépare un bon coup, fait des ronds avec sa main droite et Leung Kar-yan se caresse la barbe. Mais pour l’instant, nos deux frérots se retrouvent sans le sou et affamés. Retour en ville pour tenter d’arnaquer quelqu’un d’autre. Ils tentent leur chance dans une salle de jeu, mais doivent se battre quand le pot aux roses est découvert. Finalement, ils se dirigent au restaurant où ils trouveront bien sur place un gogo à plumer.

Leur choix tombe sur un homme aux cheveux gris, Ka Mo-to (Lau Kar-wing). Ils veulent faire croire qu’il a volé la bague de jade de Tai-po, mais le renard est plus malin qu’eux. Ils le suivent hors du village mais leur donne une raclée. Ils décident qu’ils devraient devenir leur maîtres. Voilà nos deux escrocs disciples. Il va leur apprendre, dans la tradition du film de kung-fu, son art martial et ils vont peiner pour cela. Et il faut voir les deux frères bien obéissants même s’ils ne comprennent pas à quoi cela sert (comme c’était le cas dans Drunken master). Lors de leur première sortie en ville, après leur entrainement, ils restent gentiment debout derrière lui au restaurant. Puis, sans lui, ils rendent justice à une bande de malfrats venus incommoder des commerçants. Sai-po et Tai-po sont devenus des hommes respectables aux yeux de tous.

Seulement voilà, Sammo Hung n’en n’a que faire de la tradition du film de kung-fu. Il va prendre à rebours le schéma classique tel que le développaient, à l’époque, Liu Chia-liang ou Yuen Woo-ping. On avait déjà repéré un homme muni d’affiches (Mars) qui cherche des repris de justice. On pouvait penser qu’il s’agissait des deux frères, mais c’est Ka Mo-to et deux de ses complices qui sont recherchés. Or, les deux complices sont justement chez lui venus cherche leur part du butin. Les frangins vont les affronter dans un combat mise en scène de manière burlesque, d’abord parce que l’un des deux complices est montré avec ridicule (il est montré comme une tapette) et ensuite parce que l’autre reçoit plein de coups sur la tête qui lui donne plein de bosses en forme de champignons.

Mais quand ils s’aperçoivent que leur maître est maléfique, ils vont se rebeller. Ka Mo-to va tuer Tai-po et son frère va s’enfuir. Dans sa fuite, il tombe dans la cabane du vagabond qui n’est pas un mauvais bougre, bien au contraire puisqu’il va partager son repas et l’inviter à dormir, malgré quelques facéties que le vagabond fait subir à Sai-po. Ce dernier va chercher à venger la mort de son frère. Là, le cinéma de Sammo Hung reprend ses droits puisque la vengeance est la plupart du temps le moteur du scénario. Le film redevient sec et dénué d’humour, d’autant que le scénario n’est même pas accaparé par une histoire d’amour prétexte à plus de douceur (le film n’a aucun personnage féminin). Après avoir ri pendant une heure, Knockabout devient particulièrement sombre dans sa partie vengeance.

Le Maître intrépide (Knockabout, 雜家小子, Hong Kong, 1979) Un film de Sammo Hung avec Yuen Biao, Leung Kar-yan, Lau Kar-wing, Sammo Hung, Karl Maka, Wang Kuan-yu, Lee Hoi-sang, Mars, Lau Tin-chi, Ho Pak-wong.

vendredi 11 mars 2011

Warriors two


Warriors two est entièrement consacré au wing chun, ce style d’art martial dont il défend la prépondérance. D’une certaine manière, il est possible de voir dans ce troisième long métrage de Sammo Hung, en tant que réalisateur, un documentaire sur cette discipline. Le générique de lancement décrit la généalogie du wing chun, de sa création jusqu’au moment où se déroule film. Sur une musique dramatique, on découvre les deux protagonistes, Maître Tsang (Leung Kar-yan) et Wah (Casanova Wong) qui s’entraînent. Chacun de leurs coups est arrêté dans un plan fixe. Mais avant d’en arriver là, le disciple devra travailler.

La boxe du wing chun fait la fierté de Chun (Sammo Hung), gentil benêt qui vend des gâteaux dans la rue. Si gentil que certains en profite pour abuser de sa fierté et lui jouer un tour pendable et parier sa marchandise. Il va la perdre et chercher de l’argent à la banque où Wah, un simple caissier, lui conseille de ne pas être aussi fier. Après son travail, Wah entend une conversation entre Mo (Fung Hak-on), le patron la banque et deux mercenaires qu’il a engagés. Mo veut s’emparer de la ville et tuer le maire en place. Wah ne sait pas à qui s’adresser et il tombe sur le conseiller du maire (Dean Shek) qui lui donne rendez-vous le lendemain.

Bien mal lui en pris car ce conseiller est un traitre. Il est d’ailleurs amusant de constater que Dean Shek jouait souvent dans les films de Sammo Hung ce rôle de traitre à la fois obséquieux et pleutre. Avec sa petite voix aigue, ses lunettes rondes, des longs ongles, il est une incarnation parfaite de l’homme qui vendra toujours ses services au plus offrant et au plus cruel en l’occurrence. Sa grande taille et son corps fin en font un personnage au physique totalement inverse de celui de Sammo Hung, donc un ennemi évident. Dans Le Moine d’acier, il était un affreux Mandchou et était vite écrasé par Sammo Hung. Dans Warriors two, l’acteur lui offre une scène de combat mais sur le registre comique.

Wah faisait confiance au conseiller et se retrouve devant les sbires de Mo. Wah ne sait pas se battre et se fera salement amoché et sauvé de justesse par Chun qui le défend. Il sera soigné par Tsang tandis que sa mère est froidement assassinée en représailles. Wah voudrait être le disciple de Tsang mais ce dernier refuse. Chun, qui a bon cœur, va monter un gentil stratagème pour que son sifu l’accepte comme élève de l’école de wing chun. S’en suit une longue partie d’apprentissage où les progrès seront minutieusement notés. Malgré les conseils de Tsang, Wah n’a qu’une envie se venger.

Il est assez savoureux de savoir que maître Tsang est interprété par Leung Kar-yan, acteur qui n’avait aucune pratique des arts martiaux. Il a joué l’adversaire chinois de Sammo Hung dans le combat à trois dans Enter the fat dragon et son frère dans Knockabout. Or la plupart des combats dans ces films sont filmés en long plans séquence montrent l’amplitude des coups et leurs chutes. Leung Kar-yan suivait à la lettre les gestes que lui mimait Sammo Hung et les scènes dans lesquelles il apparait sont bien plus découpées. Cela n’enlève rien à la qualité des combats mais dévoile leur extrême précision. Cependant, idéologiquement le film défend avec force la vengeance et elle sera sanglante et inéluctable.

Warriors two (贊先生與找錢華, Hong Kong, 1978) Un film de Sammo Hung avec Leung Kar-yan, Casanova Wong, Sammo Hung, Dean Shek, Fung Hak-on, Lee Hoi-sang, Tiger Yang Cheng-wu, Yeung Wai, Lam Ching-ying, Yuen Biao, Billy Chan, Wellson Chin, Mang Hoi, Chung Faat, Eric Tsang, Peter Chan, Lau Kar-wing, Mars.

jeudi 10 mars 2011

Enter the fat dragon


Après la mort de Bruce Lee, la bruceploitation a repris son aura pour proposer des films souvent très nuls. Il existe plusieurs catégories. Les clones (Bruce Le, Bruce Li, Bruce Law, Bruce Leung), les films qui mettaient dans les titres Bruce (Bruce Lee against Superman, Legend of Bruce Lee, Bruce Lee’s ways of kung-fu), les films conçus par ceux qui avaient connu Bruce Lee. Dans cette dernière catégorie, Sammo Hung rend hommage à sa manière à la star dans Enter the fat dragon (en parodiant le titre anglais de Opération dragon alias Enter the dragon). Il y a peu de chance que l’on confonde le petit dragon avec le bon gros tant physiquement que dans les scénarios.

Lung (Sammo Hung) vit dans sa campagne et s’occupe d’élever des cochons. Il ne rêve que de Bruce Lee dont il est fan absolu. Son père lui demande d’aller à Hong Kong aider l’oncle Hung (Fung Fung) qui a besoin de main d’œuvre. Hop, le générique du film qui parodie ceux des Shaw Brothers où Sammo se bat contre une douzaine d’artistes martiaux (on reconnait Yuen Biao) dans un décor avec un fond rouge. Mais la réalité sera tout autre car Lung est un gros maladroit qui ne va faire que des bêtises. Il faut dire qu’à part garder les cochons il ne sait pas faire grand-chose.

Le restaurant est aussi tenu par son cousin Kao (Lu Chu-sek) et ils doivent se battre contre le restaurant mitoyen (en fait une impasse coupée en deux) dont la patronne est plutôt féroce. Elle ne tolère aucun dépassement de chaise et n’hésite pas à voler les clients. Un jour, une bande de petites frappes veut partir du restaurant de cette dame sans payer. Elle tente de les contrer en leur suggérant d’aller voir chez Hung et Kao. Les malfrats veulent bouffer à l’œil mais Lung, avec sa naïveté et sa force, leur fout quelques coups de tatanes. Mais, un jour où notre bon gros n’est pas là, ils reviennent et détruisent le restaurant.

En attendant, il faut trouver un autre job. Lung devient figurant dans un film de bruceploitation mais est trop fort pour la vedette clone. C’est alors que Chen (Lee Hoi-suk), la cousine qui travaille dans un restaurant chic réussit à leur trouver un boulot de serveur lors d’une réception. Le hasard fait bien les choses, Pai (Peter Yang) est le boss des malfrats. Apparemment, il connait très bien Chen dont il est amoureux depuis toujours mais elle s’est refusée à lui. Il décide de la kidnapper et Lung va chercher à la retrouver. Une longue course poursuite sur le mode comique va avoir lieu, Kao est dans un taxi et Lung, qui n’a pas pu monter dedans, le suit en courant puis en vélo en offrant quelques cascades.

L’essentiel de Enter the fat dragon repose sur des codes connus des spectateurs qui se trouvent dans les films de Bruce Lee. Le restaurant que veulent voler les malfrats en premier lieu, Lung utilise le nunchaku pour les battre. Il prodiguera quelques cris imités de la star, son petit geste de la main pour les faire venir et il touchera ses lèvres avec son doigt. Et en toute fin, il affrontera dans un hangar trois hommes comme dans Opération dragon. Un blanc (David Nick), un noir (Lee Hoi-sang, grimé) et un jaune (Leung Kar-yan). Le problème du film tient dans son absence de rythme et à son scénario qui part parfois dans tous les sens avec ses rebondissements excessifs.

Enter the fat dragon (肥龍過江, Hong Kong, 1978) Un film de Sammo Hung avec Sammo Hung, Lee Hoi-suk, Lau Heung-ping, Luk Chu-sek, Peter Yang, Lam Kin-ming, Roy Chiao, Leung Kar-yan, Lee Hoi-sang, David Nick, Fung Hak-on, Fung Fung, Mars, Yuen Biao, Eric Tsang.

Sorties à Hong Kong (mars 2011)

Men suddenly in love (猛男滾死隊)

Un film de Wong Jing avec Chapman To, Jim Chim, Chrissie Chau, Carol Yeung, Caroline Zhu, Di Yee-tat, Wong Jing, Eric Tsang, Jessica Xu, Rainbow Woo, Betrys Kong, Monica Chan, Maggie Cheung Hoh-yee, Richard Ng, Jacqueline Chong, Yeung Sze-man, Alex Lam, Charmaine Fong, Bonnie Wong, Yu Miu-lin. 89 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 10 mars 2011.



mardi 8 mars 2011

Le Moine d'acier


Avec Le Moine d’acier, Sammo Hung passe enfin à la réalisation après une décennie d’apprentissage au sein de la Golden Harvest (il se bat contre Bruce Lee dans Opération dragon) ou pour King Hu (dont il signe les chorégraphies). Le studio lui fait confiance et il en profite pour faire exactement ce qu’il envie. Le scénario s’applique à suivre une histoire de vengeance très basique en mêlant les styles, un peu de comédie, beaucoup de violence et de nombreux combats réglés à sa manière.

Après la mort de son oncle tué par des Mandchous au beau milieu de son magasin de nouilles, le jeune Chong Mai-long (Sammo Hung) a été recueilli dans une école de kung-fu. Son espièglerie fait qu’il reçoit souvent quelques punitions de la part du sifu. Son appétit énorme ne correspond pas non plus au régime auquel sont astreints les autres élèves. Bref, il veut s’en aller, vivre sa vie et surtout venger son oncle. Il estime avoir suffisamment appris le kung-fu de Shaolin pour se débrouiller tout seul et affronter les vicieux Mandchous. Cela différencie beaucoup d’autres films de kung-fu où l’apprentissage était le moteur du récit.

Les Mandchous sont cruels et sans pitié, dit un dialogue du film et effectivement, on les voit dans leurs basses œuvres. Ils ont envahi cette région peuplée de Hans dans l’espoir d’accaparer leurs terres. Le Moine d’acier reprend de manière transparente la problématique de la colonisation qui était au centre du récit de la Fureur de vaincre. Le chef (Fung Hak-on) a un regard cruel et tient, dans sa main, un éventail. Dans la rue, ils embêtent des enfants et leur coupent les nattes. Mais, ils s’attaquent aussi aux femmes et violent la sœur de Liang (Lo Hoi-pang), un ouvrier de l’usine de tissus qu’il aimerait acquérir. Le film montre donc des hommes qui ne s’attaquent qu’aux plus faibles qu’eux.

La première moitié du film est consacrée à la montée de la lassitude des habitants face à l’arrogance des Mandchous. Liang et Chong vont se rencontrer au milieu du village où Liang, fou de colère, poignarde un Mandchou. Ensemble, ils vont chercher à assouvir leur vengeance. Pour cela, Chong va demander l’aide d’un moine Tak (Chan Sing) qu’il va ramener en ville. Parce que Chong et Liang aiment les plaisirs simples, ils vont dans une maison de plaisirs. Les Mandchous sont persuadés que Chong est celui qui a tué l’un des leurs et ils vont l’humilier devant tous les clients. Mais Chong va à son tour les battre et cette fois ce seront les ennemis qui seront ridiculisés.

Devant la force et la témérité de Chong, le chef va engager deux mercenaires pour les piéger. Tout ne se passe pas comme prévu et Liang parvient à contrer l’escroquerie montée contre son patron de l’usine de tissus. Pour l’anecdote, l’un des ouvriers est interprété par Eric Tsang dans un de ses premiers rôles. Mais les mercenaires ne supportent pas cette humiliation et décident de tuer tous les ouvriers. Le film plonge alors dans une noirceur et expose des combats de plus en plus violents. Les morts des adversaires sont scandées par une prière du moine Tak, qui apporte d’abord un peu d’humour noir. Cela se transforme en chant funèbre laissant découvrir un aspect sombre de la personnalité de Sammo Hung, considéré surtout comme un gentil comique. Le combat final dure un bon quart d’heure et les chutes sont filmées en courts plans séquence et non plus en montage champ-contrechamp. D’une certaine manière, c’est en cela que le cinéma de Sammo Hung est moderne.

Le Moine d’acier (The Iron fisted monk, 三德和尚與舂米六, Hong Kong, 1977) Un film de Sammo Hung avec Sammo Hung, Chan Sing, Lo Hoi-pang, Chu Ching, Wang Hsieh, Fung Hak-on, Wu Ma, Lam Ching-ying, Casanova Wong, Yeung Wai, Dean Shek, James Tin, Eric Tsang.

dimanche 6 mars 2011

The Hitman


Un tueur à gages anonyme élimine des gens riches sur lesquels la justice est inefficace. Il se fait appeler « l’ange exterminateur » et l’un de ses particularités et de ne pas se faire payer. The Hitman s’ouvre sur la mise en place de l’exécution de Tsukamoto, un homme d’affaires japonais montré comme un obsédé sexuel qui aime par-dessus tout violer les jeunes femmes vierges. Le hitman est masqué, il s’introduit dans le building où se trouvent les bureaux de Tsukamoto, tire sur les caméras de surveillance pour ne pas être filmé. Face au Japonais, il se voit menacer de représailles s’il est tué. Une prime de 100 millions de dollars est prévue en cas d’assassinat. Sans un mot, le hitman tue Tsukamoto.

Le fils de Tsukamoto (Sato Keiji) met immédiatement en place un conseil de guerre pour venger son père et annonce que la prime sera offerte à la personne qui découvrira qui est le tueur masqué et invisible. Ngor alias Crocodile (Eric Tsang) croit à sa chance décrocher le gros lot. Ngor est une grande gueule mais c’est un petit escroc qui rate à peu près tout ce qu’il entreprend. Régulièrement, sa fille Gigi (Gigi Leung) qui fait des études de droit pour devenir avocate de venir lui payer ses cautions quand il se fait prendre par la police. L’avocat de Tsukamoto reçoit tous les candidats à la prime. C’est là qu’il rencontre Fu (Jet Li) venu lui aussi pour empocher l’argent.

Fu est un jeune immigré chinois débarqué à Hong Kong et qui vit, avec des compatriotes, dans un taudis. Il est tueur à gages à la recherche du moindre cachet. Il porte de vieux vêtements qui sentent pas bon. Il reprise son pantalon usé jusqu’à la corde. Il est surtout très radin, il économise le moindre centime et refuse de dépenser quoi que ce soit, y compris pour la bouffe. Toute cette radinerie tend vers l’humour comme si Fu ne rendait pas compte de son défaut. On le voit ainsi manger à côté d’un Indien qui lui propose un bout de poulet dont Fu s’empare sans partager alors que ce dernier offre au pauvre Indien une minuscule portion d’omelettes. Fu le radin et Ngor le tocard font faire affaire ensemble.

Le duo est l’attraction majeure de The Hitman. Il fonctionne sur le registre inépuisable du buddy movie où les deux héros sont très mal assortis mais parviennent à surmonter les épreuves qui se trouvent sur leur chemin. Fu va s’incruster chez Ngor qui voit cela d’un mauvais œil. Et quand Gigi passe à l’appartement, Fu ne semble pas insensible à son charme, ce qui rend Ngor encore plus en colère d’autant qu’elle est fiancée à un de ses collègues avocats. Mais en attendant, il faut que Fu ressemble à un vrai tueur à gages : direction le tailleur avec une séquence classique d’essayage de costumes où Fu est habillé comme Chow Yun-fat dans Le Syndicat du crime ou comme Jean Réno dans Léon.

Au bout d’un moment, il faut bien que le scénario revienne à cette histoire de tueur à gages. Je n’ai pas encore parlé d’un personnage important du film, celui de l’inspecteur Chan (Simon Yam) qui a été mis au courant de la prime et qui soupçonne Fu d’être le hitman vengeur et bénévole. Il va donc augmenter la surveillance sur le duo. Jusqu’à la révélation finale, on ne saura pas qui est le tueur. Mais à vrai dire, ça n’est pas très important puisque la valeur de The Hitman vient de l’irrésistible duo comique entre Jet Li et Eric Tsang. De la même manière, l’affrontement final entre le fils Tsukamoto et le duo n’apporte aucune nouveauté.

The Hitman (殺手之王, Hong Kong, 1998) Un film de Stephen Tung avec Jet Li, Eric Tsang, Gigi Leung, Simon Yam, Yip Kwong-kim, Timmy Ho, Frankie Ng, John Ching, Paul Rapovski, Sato Keiji, Hidari Meiken, Isuzu Nokoto, Sahara Kenji.

vendredi 4 mars 2011

Pirates et guerriers


Sous l’empire Ming, des hordes de pirates attaquent les bateaux en mer. Lutter contre eux est la priorité du pouvoir d’autant que ces corsaires sont aidés par des ronins, ces yakuzas japonais déclassés. Comme dans les autres films de King Hu, une voix off ouvre Pirates et guerriers illustrant des gravures d’époque. On nous présente les personnages et les acteurs qui vont les interpréter. L’empereur envoie le général Yu Dayou (Roy Chao) et ses hommes les combattre. Ils sont sept pour évincer un grand nombre de pirates.

La méthode de Yu est de se faire passer pour des commerçants. Ils font semblant de vendre des marchandises pour attirer les pirates, les faire prisonniers et les interroger afin de retrouver leur repère où est caché leur trésor de guerre. Ils sont experts en kung-fu et en simulation, mais les pirates qu’ils arrêtent ne savent pas où se trouve la cachette. Le lieu leur a toujours été interdit d’entrée. Ce sont les mercenaires Japonais qui en connaissent l’accès. Il faudra qu’ils s’infiltrent dans la bande des pirates.

Ce sera Wu Jiyun (Pai Ying) et sa femme mutique Wu Shaopang (Hsu Feng) qui entrer en contact avec le maître de l’île où les pirates ont choisi d’y avoir leur repaire. Après moultes négociations, le couple Wu parvient à leur fin et rencontrent les chefs des pirates. Ils devront faire leur preuve en combattant au sabre, en envoyant des flèches et en prodiguant leur art martial. Parmi les combattants, on découvre un jeun Yuen Biao dans une courte scène. L’un des ronins japonais est incarné par Sammo Hung, par ailleurs maquillé de blanc. Sammo Hung est par ailleurs l’auteur des chorégraphies.

Ce Japonais, Bodojin (Sammo Hung) est le seul à ne pas faire confiance à Wu. Et quand l’assaut des guerriers se déclenche, il va en profiter pour tenter de spoiler ses comparses. Le film suggère que les Japonais n’ont pas de parole. King Hu filme les affrontements avec de nombreux travellings qui enserrent les personnages. Les combats ne sont pas spectaculaires et sont construits essentiellement avec le montage (champ sur un coup de sabre, contrechamp sur son effet). C’est une vieille méthode qui sera avec l’avènement du cinéma de Sammo Hung, entre autres, mise de côté quand l’acteur choisira de montrer les chutes et les coups dans les films qu’il réalisera.

Pirates et guerriers marque la fin d’une époque, celle de ses wu xia pian épique et héroïque qui verra triompher la justice. Si King Hu utilise des personnages japonais négatifs et vicieux, c’est sans doute parce que Bruce Lee est passé par là. Mais c’est l’absence quasi-totale des femmes qui frappe. Seule madame Wu incarne une présence féminine, mais elle parle très peu et se bat comme les autres hommes, niant ainsi toute féminité. Cette absence contraste tout à fait avec l’héroïsme et la présence féminine dans L’Auberge du printemps.

Pirates et guerriers (The Valiant ones, 忠烈圖, Hong Kong, 1974) Un film de King Hu avec Hsu Feng, Pai Ying, Roy Chiao, Han Ying-chieh, Sammo Hung, Yuen Biao, Lee Man-tai, Hao Li-jen, Mars, Yeung Wai, Lau Kong, Simon Yuen, Ng Ming-choi.

mercredi 2 mars 2011

Horror hotline... Big head monster


Une émission de radio nocturne produit par Ben (Francis Ng) a pour thème les histoires d’horreur. Les auditeurs appellent à l’antenne pour y raconter leurs histoires. Un soir, les animateurs écoutent celle de Chris qui parle d’un monstre avec une tête énorme. Il semble terrifié par ce souvenir qui a eu lieu en 1963 alors qu’il était écolier. Ben croit tenir une bonne histoire mais l’homme raccroche avant de l’avoir terminée.
L’émission intéresse une télévision américaine qui a dépêché Mavis (Josie Ho) pour faire un reportage. Aves ses cameramen, elle arrive pile au moment où Chris raconte son histoire. Elle décide d’enquêter sur cette troublante histoire mais les esprits ne l’entendent pas de cette oreille. Un médium, madame Ying (Bonnie Wong) la prévient que cela va mal se terminer, qu’il va y avoir un mort et qu’elle ne devrait pas poursuivre ses investigations. Madame Ying est inquiétante avec son visage fermé. Ben et Mavis la croient puisqu’elle raconte des choses intimes sur leurs vies qu’eux seuls peuvent savoir.
Au fil de l’enquête, ils apprennent qu’un bébé avec une tête monstrueuse est effectivement né au début des années 1960. Dans la bibliothèque où ils se rendent pour consulter les journaux de l’époque, un incendie brûle tout. Puis un des cameramen disparait sans rien dire et appelle ensuite au téléphone Mavis. Il dit être dans un entrepôt où elle se rend avec Ben mais il est mort depuis plusieurs heures affirme le médecin légiste. C’est enfin Chris qui, au téléphone, leur conseille de ne pas en savoir plus. Ils apprendront qu’il s’est suicidé avec ses camarades des années auparavant. Ben et Mavis ne savent plus ce qu’ils doivent faire et commencent à angoisser pour leurs vies.
Horror hotline... Big head monster est un film d’horreur classique avec ses fantômes qui interviennent dans la vie des gens. Soi Cheang n’a pas encore la liberté de ton qu’il aura à partir de Dog bite dog et son film parodie à la fois la série des Ring d’Hideo Nakata (le téléphone menaçant) et The Blair witch project notamment dans son final où les scènes sont filmées en caméra subjective la nuit dans un hangar désaffecté. Le monstre ne sera jamais visible, juste suggéré, ce qui demeure une idée classique mais très rare dans les films d’horreur de Hong Kong.
Horror hotline... Big head monster (恐怖熱線之大頭怪嬰, Hong Kong, 2001) Un film de Soi cheang avec Francis Ng, Josie Ho, Sam Lee, Niki Chow, Michelle Zhang, Ruth, Edmund Poon, Bonnie Wong, Wilson Yip, Alan Mak, Szeto Kam-yuen, Roy Szeto, Michael Clements, Yu Sai-tang, Vincent Chik, Chiu Yue-ming.

mardi 1 mars 2011

La Flûte et le grelot


Régulièrement, la société de distribution Gébéka sort une compilation de courts-métrages issus des studios d’animation de Shanghai. Ces films d’animation sont éducatifs mais aujourd’hui leur valeur est essentiellement esthétique. Les deux courts métrages de vingt minutes qui composent La Flûte et le grelot mettent en scène deux enfants face à des animaux. Les deux films sont sans paroles mais non sans musique. Ils sont dessinés au lavis et filmé plan par plan.

Dans Le Grelot du faon, une petite fille qui habite dans les montagnes recueille un faon. L’animal s’est blessé après une attaque d’un aigle et s’est éloigné des ses parents. Perdu, le faon a faim et accepte malgré ses réticences la nourriture de la fillette. Elle décide de l’apprivoiser, non sans peine, et il devient son animal de compagnie qu’elle appelle en faisant tinter un grelot. Il devient très câlin. Ils se promènent ensemble vont au village et n’a plus peur. Le faon grandit et retrouve ses parents. Pour la fillette, c’est difficile de se séparer de lui, mais la vie sauvage doit reprendre ses droits. Le dessin des deux animateurs est superbe et réaliste tout en conservant sa poésie. C’est une ode à la nature et à son esprit sauvage.

Dans La Flûte du bouvier, un jeune garçon se promène sur son buffle dans les marécages d’un fleuve. Le garçon s’endort et rêve que son buffle s’enfuit. Il doit donc le chercher à travers les montagnes. Pour se faire entendre, il joue un air à la flûte. Au fil de sa promenade, le film montre de nombreux oiseaux qui s’envolent, picorent et observent le dépit du garçon. Mais tout ceci n’était qu’un rêve. L’animation est plus brute et moins fluide que celle du film précédent, mais atteint une grâce dans les dessins des oiseaux. Mais il faut signaler que le film a vingt ans de plus.

La Flûte et le grelot

Le Grelot du faon (Chine, 1982) Un film de Tang Cheng et Wu Qiang.

La Flûte du bouvier (Chine, 1963) Un film de Te Wei et Qian Jiajun.

A toute épreuve


Je ne sais pas si quelqu’un s’est un jour lancé dans le recensement de tous les morts que compte A toute épreuve. Il faut dire que John Woo n’y est pas allé de main morte pour son dernier film à Hong Kong avant de partir aux Etats-Unis pour la carrière et le résultat que l’on connait. Comme s’il savait que ce serait sans doute son dernier film libre et qu’il fallait qu’il offre le spectacle le plus fou possible, avec un final à l’hôpital de près de trois quarts d’heures où tout les décors seraient détruits dans des explosions, où les personnages abondent, où l’humour côtoierait l’extrême violence. Bref, A toute épreuve est un film très copieux.

Chow Yun-fat en est le centre, le personnage autour duquel tout va tourner. Dès la scène d’introduction, on le voit boire quelques verres de tequila dans un bar. Cela lui donnera son surnom. Tequila joue de la flute dans un orchestre de jazz. On le suit ensuite dans un salon de thé avec à son bras une cage et un pinson. L’atmosphère se fait de plus en plus lourde dans la salon de thé. John Woo joue sur la multiplicité des regards, sur des panoramiques de la caméra qui observent toute la pièce, on ne sait pas qui observe qui et surtout vraiment pourquoi. Tequila semble agir comme un gangster dans ce lancement du film mais c’est un flic. Il est impulsif et se lance sans réfléchir dans l’action. En l’occurrence, il va empêcher la vente de trois révolvers. Dès les dix premières minutes, A toute épreuve plonge le spectateur dans un gunfight où Tequila tire avec un révolver dans chaque main.

Cette attitude impulsive n’est pas du goût de son supérieur, le chef Pang (Philip Chan) qui n’en peut plus de devoir le contrôler. Il est furieux que Tequila aie gâché la filature qu’il avait mis en place pour coincer un trafic d’armes. Il est viré de l’affaire et, après l’enterrement d’un de ses collègues, va dans son jazz club où le patron (John Woo) lui donne quelques conseils. Le cinéaste apparait dans un rôle très secondaire mais son personnage est pour lui un moyen de signer son film. Il est aussi dans les quelques scènes qu’il a avec Chow Yun-fat, l’homme qui donnera quelques leçons de mise en place du récit. Il annoncera ce qui va arriver dans le reste du film et lui donnera des indices sur d’autres personnages.

Pendant ce temps-là, les triades veulent faire entrer des armes à feu à Hong Kong. La possession d’armes, à l’exception de la police, est interdite. Un meurtre dans une bibliothèque va les lancer dans une nouvelle enquête. Le meurtre est filmé dans son intégralité. Un jeune homme bien sapé, Tony (Tony Leung Chiu-wai) déboule dans sa belle Ferrari rouge. Il entre dans la librairie, se dirige dans les rayons, effleure de son index les livres, en choisit un et se dirige vers un homme assis à une table. Calmement, il ouvre le livre qui contient un révolver silencieux et abat l’homme. Tony vit dans un bateau et, entre deux bouffées de cigarette, construit des oiseaux de papier qu’il accroche au plafond. Il y a désormais une douzaine d’oiseaux de papier. Ce sont les hommes qu’il a tués.

Tony travaille pour Monsieur Hoi (Kwan Hoi-san), un parrain qui aimerait, à l’approche de la vieillesse, se retirer. Johnny (Anthony Wong) aimerait reprendre les affaires de Hoi et rencontre Tony qui n’a que la paix à lui proposer. Après cette rencontre, Johnny tombe sur Tequila. Les deux hommes se battent et Tony intervient pour que Johnny n’abatte pas le flic. Tequila portera un sparadrap sur le front pendant tout le reste du film. Tony accepte de bosser pour Johnny et de tuer Hoi. Johnny va voler toute sa cargaison d’armes. La séquence offre le deuxième gunfight dans l’entrepôt. La lassitude et le calme de Tony contrastent avec l’excitation de Johnny qui veut être le seul à diriger les triades. Mais la police va intervenir et quand Tony a au bout de son flingue Tequila, il ne tirera pas, au grand étonnement de ce dernier.

Ce qu’ignore Tequila est que Tony est un flic infiltré dans la mafia. Tony communique avec le chef Pang d’une manière originale. Il envoie des bouquets de fleurs à la commissaire Teresa Chang (Teresa Mo), ancien flirt de Tequila qui en est encore amoureux. Dans chaque bouquet, qui titille la jalousie de Tequila, un message codé est glissé sur les avancées de la bande à Johnny. Ces séquences d’arrivée des bouquets et de décryptage sont les seuls moments de comédie d’A toute épreuve. Teresa et Tequila flirtent gentiment, même si le personnage de Teresa est creux prouvant, encore une fois, que le cinéma de John Woo est essentiellement masculin. Tony essaie de mettre en garde Pang sur le danger de l’impulsivité de Tequila. Cela pourrait menacer l’enquête. Les deux hommes vont devoir travailler ensemble.

Le final grandiose et apocalyptique se déroule dans un hôpital. En l’occurrence un hôpital que possède Johnny et où Tony est envoyé pour être soigné après une altercation. C’est là que sera aussi soigné un indic que le borgne (Philip Kwok) a torturé. Assez vite, Tony et Tequila comprendront que les armes sont cachées dans cet hôpital et il va falloir les trouver. Bien sûr, qui dit grand nombre d’armes à feu, dit grosses fusillades. D’un côté, Tequila et Tony, qui seront rejoints par Teresa, Pang et des flics. Et de l’autre Johnny et le borgne ainsi qu’un grand nombre d’hommes de main. Au milieu les patients et la pédiatrie où toute une ribambelle de bébés viennent de naître.

John Woo fait monter lentement le suspense sur près d’une heure, comme en temps réel. Il isole d’abord les deux protagonistes dans la morgue où ils cherchent les armes ce qui leur permet de mieux se connaitre et de finalement s’apprécier. Puis, il fait rentrer le personnage du borgne, homme mutique mais impitoyable. Il faut dire que les méchants sont gratinés. Johnny n’hésitera pas à tirer à l’arme lourde sur les patients pour tenter de supprimer Tequila. Le nombre de flics qui va mourir est aussi impressionnant que celui des gangsters. Mais il reste encore une once d’humanité au borgne, il voulait que Johnny épargne les malades. Et puis il y a la longue évacuation des bébés qui donne un soupçon de sensibilité dans ce monde de brutalité.

A toute épreuve condense tout le savoir-faire de John Woo en matière de polar d’action avec des fusillades et des explosions. C’est son cadeau de départ au public de Hong Kong bien plus qu’une preuve aux studios hollywoodiens qui vont le mépriser en lui offrant Jean-Claude Van Damme. A ce titre, le bébé que sauve Chow Yun-fat en le mettant dans son blouson est le symbole de ce cadeau, il sauve ce qu’il reste du cinéma de Hong Kong qui angoissait de la rétrocession et du départ de ses cinéastes phares. Le public a réservé au film un très grand succès malgré ses défauts et son absence totale de réalisme. C’était le dernier film de John Woo. Le dernier.

A toute épreuve (Hard boiled, 辣手神探, Hong Kong, 1992) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Anthony Wong, Philip Chan, Philip Kwok, Kwan Hoi-san, Stephen Tung, Bowie Lam, John Woo, Michael Dinga.