lundi 17 octobre 2011

Lee Rock + Lee Rock II


En quatre heures et deux parties (chaque segment est sorti à un moi de distance en septembre et octobre 1991), Lee Rock retrace la vie de son personnage éponyme depuis 1949 (année où Mao Tsé-toung accède au pouvoir) et le milieu des années 1970. Lee Rock (Andy Lau) est un jeune flic en début de flic. On découvre sa formation (dix ans plus tard Infernal affairs montrera le même genre de scènes, les futurs flics qui s’entrainent en short blanc torse nu, comme si rien n’avait changé). Lee Rock sait à peine lire et écrire mais il est engagé. C’est un gars plutôt gentil. Il est amoureux de Rose, une jeune fille (Chingmy Yau), qui doit cacher sa liaison à ses parents.

Cet amour est fondamental pour la suite du récit. Rose va disparaitre du jour au lendemain. Un incendie détruit la plupart des maisons de misère du quartier dans lequel sa famille habite. Le film met le doigt sur la pauvreté du Hong Kong de cette fin des années 1940, sur les mauvaises conditions de vie et sur la répression par les forces coloniales de ceux qui voudraient aider cette population (la manifestation des communistes). Rose aurait brulé dans l’incendie, mais son corps n’a jamais été retrouvé (contrairement à ceux de ses parents), mais pour Lee Rock, c’est suffisant pour ne plus avoir autant d’espoir dans l’avenir.

Jusqu’à présent, il était honnête mais il va rentrer dans le système. Lors des rondes, il avait remarqué que ses collègues taxaient les commerçants du quartier pour qu’ils puissent conserver leur petit étal. Lee Rock refuse de prendre le moindre pot de vin, mieux il oblige Lardo (Ng Man-tat) le marchand de beignets à accepter son argent. Les deux hommes vont bientôt devenir proches et amis. Lardo défend Lee Rock un jour où il agressé par des membres des triades. Son autre allié sera l’Oncle (Kwan Hoi-san), le chef de police du district dans lequel il bosse. L’Oncle lui fera comprendre que tout n’est pas blanc ni noir mais que pour tenir un quartier aussi bigarré, il faut parfois savoir contourner la stricte loi.

Qui dit alliés, dit ennemis. Celui contre lequel il va devoir se battre pendant vingt ans est le chef de la police de Hong Kong. Non pas qu’au fur et à mesure que Lee Rock accepte les règles de corruption intrinsèques à tout flic, son chef cherche à supprimer les pots de vin, mais au contraire parce que Ngan Tung (Paul Chun) veut régner en maître absolu sur la colonie et tirer le plus d’argent possible. La lutte de pouvoir durera tout le film. Les coups bas, les tentatives d’intimidation, les dossiers compromettants, tout va y passer. Chacun aura son moment de gloire, chacun aura sa période de placard. Mais ce qui est intéressant dans les deux Lee Rock est le calme de la mise en scène dans cette bataille de pouvoir. Une mise en scène de velours pour des hommes de fer.

Et les femmes dans tout ça ? J’ai déjà parlé de Rose, disparue au milieu du premier film. Elle revient pour lancer le deuxième film. Elle est désormais maman d’un garçon de sept ans qui est le fils de Lee Rock. Des années plus tard, Yin, le fils, sera interprété par Aaron Kwok et deviendra l’un des officiers chargés de la lutte contre la corruption de la police. Il s’est engagé dans cette branche de la police par haine pour son père qui a abandonné sa mère. Lee Rock s’est marié, après un jeu du chat et de la souris comique, avec Grace (Cheung Man), la fille d’un chef des triades. Elle était très arrogante lors de leur première rencontre, elle deviendra une mère de famille exemplaire et une épouse aimante. Ce récit linéaire est admirablement tenu, comme l’était celui du Parrain de Hong Kong de Poon Man-kit sorti tout juste six mois auparavant et qui montre la corruption du côté des triades.

Lee Rock (五億探長雷洛傳(雷老虎), Hong Kong, 1991) Un film de Lawrence Ah Mon avec Andy Lau, Cheung Man, Chingmy Yau, Ng Man-tat, Paul Chun, Kwan Hoi-san, Michael Chan, Tam Sin-hung, James Tien, Jimmy Lung, Victor Hon, Lee Siu-kei, Eddy Ko, Wong Yat-fei, Jamie Luk.

Lee Rock II (五億探長雷洛傳II之父子情仇, Hong Kong, 1991) Un film de Lawrence Ah Mon avec Andy Lau, Cheung Man, Chingmy Yau, Aaron Kwok, Ng Man-tat, Paul Chun, Kwan Hoi-san, Michael Chan, James Tien, Victor Hon, Cheung Tat-ming, Hung Yan-yan.

vendredi 14 octobre 2011

The Hole


Il pleut, des trombes d’eau, il n’arrêtera pas de pleuvoir, le son de l’eau qui coule, entre ploc ploc des fuites au plafond et le ruissellement ininterrompu dans la cour de l’immeuble déserté en cette semaine de changement d’année. On va rentrer dans l’an 2000 avec son bug informatique mais surtout un virus qui se répand dans toute la ville. Tous les habitants ont fui leurs logements parce que le gouvernement va couper l’eau potable. Tous sauf deux, lui (Lee Kang-sheng) et elle (Yang Kuei-mei). Il habite au dessus de chez elle et ne se sont jamais rencontrés.

Il boit beaucoup, rentre chez lui saoul et vomit dans le trou creusé par le plombier pour réparer une fuite qui se répandait dans la salle de bains de la voisine du dessous. Il tient le dernier magasin ouvert dans la galerie, de temps en temps un vieux monsieur (Miao Tian, qui jouait le père dans La Rivière) vient acheter un produit. Le vendeur est à côté, en train de donner à manger au chat errant qui a élu domicile ici et qui semble être la seule raison pour laquelle le jeune homme reste dans l’immeuble.

Elle passe son temps à écouter les infos à la télé (pas très rassurantes les infos qui semblent annoncer une fin du monde très proche), elle fait pipi avec une bassine sur la tête pour ne pas recevoir les gouttes de fuite, elle déplace des centaines de rouleaux de papier hygiénique du débarras dans le couloir et, surtout, elle essaie de convaincre le voisin de faire enfin réparer ce trou qui les conduit à la promiscuité. D’un appartement à l’autre, c’est un échange continu. Le réveil de l’homme sonne, ça dérange la femme, elle tue des cafards au spray, l’odeur rentre chez lui.

Les deux appartements de The Hole n’en formeront bientôt qu’un seul. Et les deux derniers survivants (puisque Tsai Ming-liang les voit ainsi) vont sans doute former un couple. Le cinéaste reste assez elliptique sur ce sujet mais les chansons qui ponctuent le film semblent plus claires. Régulièrement, comme mouvement du récit, des chansons de Grace Chang prennent en charge les sentiments des personnages. Jolies chorégraphies dans les couloirs où des couleurs vives viennent illuminer un quotidien blême. Le procédé sera repris par Tsai Ming-liang dans La Saveur de la pastèque, amplifié même.

Les chansons sont pimpantes, Yang Kuei-mei chante en play-back, danse en robe de soirée avec trois jeunes femmes ou cinq danseurs en tuxedo. Lee Kang-sheng, en smoking blanc, tente, tant bien que mal, d’esquisser une danse, un tango. Il a toujours du mal à bouger son corps qui semble endolori à jamais. C’est tout à fait charmant alors que les chorégraphies sont fauchées, le play-back à la limite du foirage et que ça sent l’approximation. Mais quand c’est la fin du monde, on ne fait pas attention à cela. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

The Hole (, Taïwan – France, 1998) Un film de Tsai Ming-liang avec Lee Kang-sheng, Yang Kuei-mei, Miao Tian.

jeudi 13 octobre 2011

Sorties à Hong Kong (octobre 2011)

Mural (畫壁, Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Gordon Chan avec Betty Sun, Deng Chao, Yan Ni, Ngai Sing, Andy On, Mo Xiao-qi, Eric Tsang, Zheng Shuang, Liu Yan, Bao Wenjing. 125 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 13 octobre 2011.



Sorties à Hong Kong (octobre 2011)

The Woman knight of mirror lake (Hong Kong – Chine, 2011)

Un film de Herman Yau avec Dennis To, Crystal Huang, Anthony Wong, Rose Chan, Kevin Cheng, Pat Ha, Lam Suet, Hung Yan-yan, Wong You-nam, Chiu Tien-you, Lau Siu-Ming. 114 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 13 octobre 2011.

Sorties à Hong Kong (octobre 2011)


Love You You (Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Jingle Ma avec Angelababy, Zhou Yang, Zhu Yu-chen, Eddie Peng. 91 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 13 octobre 2011.

mardi 11 octobre 2011

Wu xia


D’abord filmer le calme d’une journée de l’été 1917. Une vie tranquille dans un petit village isolé. Liu Jinxi (Donnie Yen) travaille dans une papeterie ; il est marié et a deux jeunes enfants. On découvre cette vie simple et de labeur, les techniques pour fabriquer le papier, la vie paysanne, sur un mode quasi documentaire. Yu (Tang Wei), la timide épouse prépare les repas, s’occupe des enfants. Tout le monde semble épanoui. Ça ne va pas durer bien longtemps, nous somme dans un film qui s’appelle Wu xia (sabre et épée) dont la star est Donnie Yen, le roi du film d’action. Ensuite filmer le chaos.

Les fauteurs de troubles sont deux hommes qui viennent braquer un commerce du village. Ils commandent du vin, plusieurs verres du vin local. Ils font la fine bouche et demandent l’argent de la caisse. Jinxi est justement dans le magasin, tapi derrière le comptoir, il attend que quelque chose se passe. Les deux malfrats vont taper sur le commerçant et son serveur, ils les menacent pour avoir l’argent qui ne doit pas couler à flots. Jinxi intervient, un peu mollement, il s’agrippe à l’un des marauds et ne le lâche plus. Sa méthode marche tant et si bien qu’il parvient à les battre. L’un d’eux se cogne la tête contre un meuble, auparavant il aura, dans sa maladresse, coupé l’oreille de son comparse, ce dernier recevra un sale coup de poing sur cette oreille et se noiera dans la rivière.

L’enquête sera menée par le détective Xu Baiju (Takeshi Kaneshiro), homme lettré, vêtu de blanc, portant chapeau et lunettes cerclées. En cela, il s’oppose d’abord physiquement à Jinxi qui est tout en habits noirs et n’a qu’une éducation primaire. Les deux hommes contrastent également dans leur comportement, Baiju est constamment fébrile dans ses investigations. C’est d’ailleurs l’un des moments les plus divertissants du film. Le limier recompose tout le combat entre Jinxi et les deux malfrats, il refait par rapport au récit et à ce que l’on a vu auparavant, ce qui a réellement pu se dérouler. On revoir donc entièrement l’action, avec Baiju qui entre dans le champ, qui corrige la mise en scène initiale. Tout cela est à la fois très sophistiqué (et évoque l’idée hitchcokienne du point de vue) et jouissif.

En recréant ce qui a pu se passer, en analysant la scène du crime et donc en devenant metteur en scène, Baiju estime que Jinxi n’est pas le simple bon père de famille qu’il affirme être. Il est persuadé qu’il est Tang Long, le fils du chef des 72 Démons, c'est-à-dire un groupe d’hommes qui s’est mis hors la loi et dirigé par l’impitoyable Grand Maitre (Jimmy Wang Yu). Wu Xia est donc l’histoire d’un homme qui voulait refaire sa vie et qui rencontre un homme qui veut lui faire payer son passé criminel. Ça rappelle bien entendu A history of violence mais avec un supplément de karma, de destin et de fatalité. Ce qui pousse Baiju à révéler en Jinxi le monstre qu’il était n’est pas tant sa soif de justice aveugle qu’à exorciser ses propres démons, son propre passé et la mort qu’il doit combattre tous les jours.

A trop vouloir que la vérité soit annoncée, Baiju va transformer ce village paisible en enfer sur terre. Le père de Jinxi veut aussi que le destin s’accomplisse. Jimmy Wang Yu pour son grand retour s’offre un combat face à Donnie Yen, en hommage au mythe du sabreur manchot. Wu xia comporte peu de scène d’arts martiaux. Au centre du film, Donnie Yen, mains nues, affrontera Kara Hui armée de deux poignards. Les trois combats (le premier étant celui dans le magasin en début de film) sont mis en scène avec précision par Donnie Yen sur une musique rock dominée par des riffs de guitare électrique. Ils offrent un bon contrepoint à la psychologie appuyée de Peter Chan qui donne l’un des meilleurs films de Hong Kong de l’année et peut-être son meilleur film tout simplement.

Wu Xia (武術, Hong Kong – Chine, 2011) Un film de Peter Chan Ho-sun avec Donnie Yen, Takeshi Kaneshiro, Tang Wei, Zheng Wei, Li Jiamin, Jimmy Wang Yu, Ethan Ruan, Kara Hui, Chun Hyn, Jiang Wu, Li Xiao-ran, Wan To-shing.

dimanche 9 octobre 2011

Les Rebelles du Dieu Néon


Dès le premier film de Tsai Ming-liang, on retrouvait cette eau si envahissante, ce rythme si lent, ces plans séquences pris avec une caméra fixe de l’autre bout de la pièce, cette absence de dialogues ; bref, tout ce que l’on connait du style du cinéaste taïwanais. Les Rebelles du Dieu Néon est essentiellement filmé de nuit, avec cette luminosité qui donne une étrangeté à la ville. La solitude du jeune Xiao Kang (Lee Kang-sheng) est au centre du film. Il est lycéen, mais n’en a rien à foutre de ses études. Il vit chez ses parents (Miao Tian et Lu Yi-ching, trio familial que l’on retrouvera dans les films suivants) mais ne s’entend pas avec eux.

Xiao Bang passe ses journées à jouer et rentre la nuit tombée chez lui. Il dépense l’argent récupéré de son inscription à la boite à bac. Il se promène en scooter et son véhicule sera mis en fourrière pendant une de ses journées d’oisiveté. Il va devoir marcher, il va croiser son père chauffeur de taxi, son père lui propose d’aller au cinéma, il ne répond même pas. Rien de passionnant dans cette vie. Tous ces micro-événements composent un personnage velléitaire, passif et ennuyeux. Jusqu’au jour où Che (Jerry Chan) pète le rétroviseur du taxi du père alors qu’il passe en moto à côté d’eux. Xiao Bang a trouvé une raison de vivre : rencontrer Che et devenir son ami.

Ce qui se passe vraiment dans la tête de Xiao Bang, on ne le saura jamais vraiment. Est-il tombé amoureux de lui ou veut-il juste un modèle d’homme ? Xiao Bang va se faire stalker, il va parvenir à retrouver Che. On avait déjà rencontré ce jeune homme dès le début du film, avec son pote (ou son frère) Ping (Ren Chang-bin) qui désossait une cabine téléphonique pour en récupérer la monnaie. Ils draguent la même fille Kuei (Wong Yue-man) qui bosse dans une patinoire. Ils passent leur temps ensemble, ils flânent, les garçons essaient de coucher avec elle, chacun à leur tour. Ils volent, de nuit, des plaques de jeux vidéos pour les revendre mais se font prendre, ils se font tabasser par le propriétaire qui s’est fait voler.

C’est finalement la frustration qui guidera Xiao Bang. Quand il voit Che draguer Kuei, il va les suivre et déchiqueter la moto de Che, casser la garde boue, tagguer AIDS à la bombe. Sous une pluie battante, il rentre chez ses parents qui le virent. Il loue une chambre d’hôtel en face de l’appartement de Che. Il pourrait observer l’objet de son attraction et il pense qu’il pourra le consoler de cette agression sur sa moto, comme si de rien n’était. Toute cette violence des sentiments, cette frustration sexuelle, cette solitude du quotidien est pourtant filmée avec une grande douceur. Parfois, une musique basique (clavier et basse sourde) accompagne les errements des personnages (la musique sera très rare dans ses films suivants). Tsai Ming-liang rend cette tristesse infiniment belle et c’est bien cela le plus troublant.

Les Rebelles du Dieu Néon (Rebels of the Neon God, 青少年哪吒, Taïwan, 1992) Un film de Tsai Ming-liang avec Lee Kang-sheng, Jerry Chan, Wong Yue-man, Ren Chang-bin, Miao Tian, Lu Yi-ching, Lu Hsiao-lin.

vendredi 7 octobre 2011

Miss Kicki


De temps en temps, une co-production internationale entre un pays européen et Taïwan donne un film. Ça devient de plus en plus rare, mais pour le jeune cinéaste Håkon Liu, cela semble une évidence. Mère suédoise, père taïwanais, il a vécu une bonne partie de sa vie à Taipei, mais je me garderai bien de dire que Miss Kicki est autobiographique. Le film suit à la trace une mère suédoise (Pernilla August), un peu paumée, solitaire et son fils Viktor (Ludwig Palmell), timide et qui a été élevé par sa grand-mère. Le soir de son anniversaire, fêté sinistrement, elle lui propose de l’accompagner à Taipei.

Ils ne se connaissent pas vraiment et ne savent pas quoi se dire. La mère Kicki est venue à Taiwan pour tenter de rencontrer Chang (Eric Tsang) avec qui elle a une « liaison » par skype. Ils ne se sont jamais vus compte tenu de la distance et cette idée de venir le voir, un peu folle, impulsive et irrationnelle, Micki n’en a jamais parlé à Chang. Elle ne l’a même pas avoué à son fils. La mère va aller dans les bureaux pour le voir ; elle ne se montrera pas. Pendant ce temps, Viktor se promène dans la ville, armé d’un plan, mais se perd dans un quartier pauvre. Didi (Huang He River), un jeune gars, a priori délinquant (il change de scooter tous les jours) et orphelin.

Les deux jeunes hommes vont sympathiser. Le lendemain, Didi attend Viktor devant l’hôtel minable loué par la mère. Ils ne vont pas visiter les lieux touristiques mais plutôt les squats, les maisons en travaux. En fait, le jeune homme se cache de ses « amis » qui veulent récupérer l’argent qu’ils lui ont prêté. Les rapports entre les deux garçons commencent à se transformer. Didi a quelques gestes de tendresse envers son ami sans que ce dernier ne comprenne réellement la portée de ces simples caresses. Kicki déprime de ne pas pouvoir voir Chang et elle boit avec le patron de l’hôtel (Tsai Chen-nan), qui la dragouille gentiment, l’alcool aidant.

C’est la pudeur qui prime dans Miss Kicki. Chaque thématique est abordée avec beaucoup de calme. Le réveil amoureux par l’homosexualité, la solitude d’une mère prête à tout pour recommencer sa vie, mais aussi les pouvoir de la famille dans la société chinoise, les petits malfrats qui menacent Didi, et encore la pauvreté de ce dernier face à l’écœurante richesse de Chang. Le regard porté est souvent empreint d’étonnement face aux comportements des personnages, un regard tendre mais triste.

Miss Kicki (Suède – Taïwan, 2009) Un film de Håkon Liu avec Pernilla August, Ludwig Palmell, Huang He River, Britta Andersson, Eric Tsang, Tsai Chen-nan, Ken Lin, Kuo Hsin-yao.

mercredi 5 octobre 2011

Cheburashka et ses amis


Alors, c’est quoi ce film ? Le réalisateur est Japonais mais l’histoire reprend celle d’une histoire populaire en Russie où, en 1969, on avait déjà adapté les aventures de Cheburashka, un adorable petit nounours aux grandes oreilles et à la petite taille. Un marchand d’oranges le trouve dans un carton et décide d’amener cet étrange animal au zoo. Cheburashka s’exprime et n’a pas forcément envie d’aller au zoo. Pour l’instant, il loge dans une cabine téléphonique. Autre personnage, autre animal. Guéna est un crocodile qui bosse au zoo. Après le taf, il enfile son pardessus, pointe et rentre chez lui. Il s’ennuie et cherche des amis. Il pose des affichettes dans la rue. Une fillette vient chez lui, un chiot et notre héros. Guéna et Cheburashka vont devenir très amis. C’est le début de leurs aventures.

Enfin, quand je parle d’aventures, je veux dire qu’ils ont quelques mini histoires. Le film s’adresse essentiellement aux tout petits. Les personnages, humains comme animaux, sont mignons. Le crocodile est gentil, il ne lui viendrait jamais à l’esprit de croquer quiconque. Au contraire, avec ses nouveaux amis Guéna va construire une maison pour Cheburashka, tout le monde s’y met, la solidarité et l’entraide est de mise. Dans la deuxième histoire, les deux amis (désormais en colocation) vont aider Macha, une jeune femme à devenir artiste de cirque puis dans la troisième histoire, ils vont faire en sorte qu’un grand-père retrouve sa petite fille qu’il n’a pas vue depuis des années. Le vieux monsieur est magicien et ses tours enchantent les enfants du village.

Tout cela serait trop mignon, édifiant voire écœurant (même pour les plus petits peut-être) si l’un des personnages secondaires ne venait pas régulièrement voler la vedette au crocodile et à l’ourson. Ce personnage est incarné par une dame appelée Madame Chapeau-claque. Elle se trimballe avec son rat domestiqué qui fait peur à presque tout le monde (sauf à Cheburashka), ses vêtements sont engoncés, elle porte un chignon strict et parle séchement à tout le monde. Bref, une pimbeche, une femme à la mauvaise foi constante, une dame jalouse de tout ce qui arrive aux autres. Son arrivée puis ses mauvaises actions (donner des conseils farfelus aux gens contre de l’argent, embêter les amis dans la construction de la maison, essayer de faire un numéro au cirque sans compétence) apportent (pour les adultes aussi) pas mal de fous rires puisque ses tours pendables se retournent toujours contre elles. Pour cela aussi, le film vaut le détour.

Cheburashka et ses amis (Russie – Japon, 2010) Un film de Makoto Nakamura (animation).

mardi 4 octobre 2011

King of chess


L’histoire dit que Tsui Hark, producteur via la Film Workshop de King of chess, aurait trouvé que le récit de Yim Ho trop complaisant dans sa manière de dépeindre la Révolution Culturelle. L’histoire dit que Tsui Hark aurait tourné une deuxième histoire contemporaine et utilisé le reste en tant que flash-back. Cela explique en tout cas pourquoi le film a mis si longtemps à sortir à Hong Kong. Il explique surtout sa relative médiocrité mais qui d’une certaine manière trouve sa justification dans le chaos qu’il décrit. Mais qu’en est-il vraiment de la « censure » de Tsui Hark et de ses réelles modifications, je ne le sais pas.

Ce chaos, c’est celui des débuts de la Révolution Culturelle en 1967. King of chess commence sur des images d’archives de grands défilés populaires où les leaders chinois (Mao Tsé-tung, Zhou En-lai) haranguent la foule en brandissant le petit livre rouge. Ces archives sont accompagnées d’une chanson rock aux paroles emphatiques. Cela donne dès le départ un certain décalage critique et exprime que le film ne va pas défendre la Révolution Culturelle. Un petit groupe va se détacher de la masse. Direction la campagne pour la rééducation par le travail. Au sein de ce groupe Wong Yat-sun (Tony Leung Ka-fai), Chung (Yim Ho), Ngai (Chin Shih-chieh), ce dernier étant accompagné de son neveu hongkongais venu en vacances (quelle drôle d’idée !).

Chacun a de quoi être rééduqué. Chung est un intellectuel, d’ailleurs il porte des lunettes. Wong n’a qu’une passion : jouer aux échecs. Dans le train, il joue seul. Il se prend également à rêver de mets fins d’autant que le nourriture se fait rare et que les portions sont congrues. Lui aussi porte des lunettes, un signe qu’il doit être rééduqué. Ngai est catholique, il porte un crucifix autour du cou. La responsable de la brigade prendra grand soin de l’humilier chaque jour. Elle le traite de contre-révolutionnaire parce qu’il porte des lunettes (lui aussi) et l’oblige à jouer dans l’équipe de baskets parce qu’il est grand même s’il ne sait pas jouer. Et pendant ce temps-là, le neveu observe tout. Je me demande encore pourquoi il est venu passer ses vacances pendant la RévoCul.

Ce neveu sera joué adulte par John Sham. C’est un publicitaire qui veut sauver une émission de télé où des enfants viennent faire des tours. Et là, il pense avoir trouvé un petit génie doué de deviner l’avenir. C’est de John Sham que proviennent les flash-backes. Un parallèle se produit entre les deux époques. Tsui Hark compare le chaos idéologique à celui de l’argent dans la partie contemporaine. Car tout le monde est persuadé que le gamin pourra le rendre riche. Le vrai souci, c’est que cette partie est faite de manière si caricaturale, sans finesse qu’elle tombe complètement à plat. Il a cru bon d’ajouter une histoire d’amour tout à fait superflue. La partie Révolution Culturelle parait du coup plus réaliste, d’autant que Yim Ho s’emploie à décrire le désarroi de ces hommes, leur humiliation quotidienne, l’angoisse de se faire critiquer et pire encore la faim. On ne saura jamais ce que le film aurait pu être, mais une chose est certaine, seule la partie d’époque fonctionne, et encore, sur un mode assez faible.

King of chess (棋王, Hong Kong, 1992) Un film de Yim Ho avec Tony Leung Ka-fai, John Sham, Yim Ho, Yang Lin, Wong Sing-fong, Chin Shih-chieh, John Chan.