jeudi 29 décembre 2011

Sorties à Hong Kong (décembre 2011)

Laughing Gor turning point 2 (Laughing Gor 潛罪犯, Hong Kong, 2001)

Un film d’Herman Yau avec Michael Tse, Bosco Wong, Francis Ng, Kate Tsui, Damian Lau, Ching Ou-yang, Rebecca Zhu, Lam Suet, Kara Hui, Lau Siu-ming, Janice Man, Chapman To. 89 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 29 décembre 2011.


samedi 24 décembre 2011

Doubles cause troubles


Un avocat vient annoncer à Liang Shan-bo (Dodo Cheng), infirmière de son état toujours en retard au travail, qu’elle a hérité de l’appartement de sa grand-mère. Puis, le même avocat va annoncer à Zhu Ying-tai (Maggie Cheung), dont l’ambition est d’être comédienne, qu’elle a aussi héritée de cet appartement. Dans son cabinet, l’avocat leur annonce qu’elles devront habiter ensemble un an sans quoi le logement sera mis en vente aux enchères. L’ouverture de Doubles cause troubles est trépidante, les deux actrices y vont à fond dans leurs personnages de jeunes femmes espiègles. Ce qui est immédiatement plaisant, c’est que les deux cousines ne peuvent pas se saquer et qu’elles se lancent des vannes, se disputent sans cesse, comparent leurs mérites et se jalousent l’un l’autre. Mais malgré leur hypocrisie, elles acceptent cette colocation forcée. Il faut dire que l’appartement est vaste et que trouver un aussi grand logement à Hong Kong n’est pas une chose facile.

C’est la guerre entre les deux filles, sur le mode hystérique absolu. Et tout va empirer quand elles se rendent compte que feue la grand-mère avait un locataire, le beau Ben (Poon Jan-wai) qu’elles ont décidé de séduire toutes les deux. Qui aura les faveurs du jeune homme ? Personne car il va mourir sous leurs yeux. Elles ne le savent pas encore mais Ben est un petit malfrat et il s’est fait tiré dessus. Au centre de tout cela, se trouve un trésor volé à Taïwan et que Ben voulait vendre à Viper (Hon Yee-sang), un barbu toujours accompagné de ses deux comparses féminins Liang (Sherman Wong, c’est un acteur qui joue en femme pour faire rire) et Shantung (Liu Fan, une grosse dame qui, dans l’idée de Wong Jing, doit faire lesbienne). Il va s’en dire que Viper va chercher des noises aux filles pour retrouver ce trésor. Il est franchement dommage que ce début de comédie où j’espérais que les deux personnages féminins allaient jouer sur leur affrontement sur le mode comique, le film se transforme en simple comédie policière où les méchants poursuivent les gentils, où les flics sont en fait des méchants.

Du coup, le duo entre Nat Chan et Charlie Cho, deux acteurs habitués des films de Wong Jing produits par la Shaw Brothers. Certes, Nat Chan n’est pas vraiment un de mes acteurs préférés, je ne le trouve jamais drôle, ni bon acteur, mais ici, il réussit à composer une partition meilleure que d’habitude. Nat Chan est Handsome et il se prend pour un chef de triade, ce qu’il n’est absolument pas. Quand Viper et sa bande se mettent en action pour récupérer le trésor et qu’ils flinguent et menacent à tout va, Handsome devient un couard comme jamais. Il est accompagné de Can-ying (Charlie Cho), un grand dadais qui lui sert à la fois de larbin et de souffre-douleur. Il envoie toujours son comparse à sa place pour se battre, pour négocier ou pour se prendre des coups. Can-ying lui sert aussi à lui masser les épaules dans une relation qui frôle l’amitié virile crypto-gay. Ce qui est plus intéressant dans ces rapports conflictuels mais indéfectibles, bien mieux construits que celui des deux femmes, c’est qu’il annonce ceux que Wong Jing formera avec Stephen Chow dans son personnage d’homme égoïste, irascible et de mauvaise foi. On le verra, le cinéaste donnera à l’acteur divers partenaires mais on le sait maintenant, c’est Ng Man-tat que Stephen Chow humilie le mieux pour faire rire.

Doubles cause troubles (神勇雙妹, Hong Kong, 1989) Un film de Wong Jing avec Maggie Cheung, Dodo Cheng, Nat Chan, Charlie Cho, Wilson Lam, Wong Jing, Poon Jan-wai, Gwaan Ming-yuk, Hon Yee-sang, Sherman Wong, Liu Fan.

vendredi 23 décembre 2011

The Flying Mr. B



Tout comme dans Prince Charming, on retrouve dans The Flying Mr. B le duo Kenny Bee – Cherie Chung, dans une nouvelle variation du chasing girls movie, genre florissant à Hong Kong. Les règles sont très simples : un gars timide qui veut se trouver une femme. Voilà, c’est à peu près tout. Tout est possible et souvent le plus n’importe quoi. Wong Jing atteint ici ses objectifs avec un certain brio, et en plus, on a la chance de le voir jouer sa partition habituelle : le loser fini.
Tout se passe dans un lycée. Shi Shang-fei (Kenny Bee), qui toujours ses lunettes de vue qui signifient qu’il est un peu timide, est prof de sport. Mais son équipe de foot se fait toujours battre par l’équipe adverse. Son collègue Zhu Yu-gan (Kent Cheng) est prof de physique et expérimente toutes sortes d’expérience dans son labo. Bien entendu, ce sont des expériences un peu loufoques, comme ces boulettes qui rebondissent et que Shi avale par accident. Cela produit chez lui le même effet, il peut voler partout mais jamais au bon moment, notamment quand il est convoqué par la directrice du lycée et qu’il ne peut tenir en place. L’humour est potache, souvent énorme.
Tout va changer quand Liu Ben (Wong Jing) laisse la femme de ménage vider une potion du laboratoire par inattention. Il était en train de discuter avec une lycéenne qui venait de l’humilier en public. Wong Jing se donne le rôle le plus ingrat du film : celui d’un lycéen de 30 ans qui a redoublé tant de fois qu’il a désormais l’âge de ses profs. Comme toujours quand il joue dans ses films, il se fait ridiculiser par les autres personnages, il joue le bouffon, le petit gros à lunettes que les filles méprisent. Il y a, pour le spectateur, un certain plaisir à prendre devant cet exercice de masochisme d’acteur. Mais sans cette bourde, l’histoire n’aurait pas avancé : Liu Ben tente de reproduire la formule que Zhu et Shi vont boire avec quelques effets désastreux et comiques. Zhu se transforme en monstre garou et Shi va acquérir la capacité de voler. Mais temporairement.
Et les femmes dans tout ça puisque c’est un chasing girls movie ? D’un côté Miss Ma (Pat Ha) que Zhu, avec son absence d’élégance, tente de séduire et de l’autre Miss Cheung (Cherie Chung) dont Shi est amoureux. Sa maladresse l’empêche de conquérir son cœur, mais dès qu’il devient « superman » et qu’il peut voler, tout change pour lui. Il va sauver grâce à ses pouvoirs le lycée confronté à des méchants sortis un peu de nulle part. « Superman » deviendra le héros de Cheung mais Shi ne veut pas dévoiler son secret. Les femmes sont toujours un peu trop pudiques et intransigeantes et les hommes trop entreprenants et gaffeurs. C’est le genre qui veut cela mais tout se terminera bien.
La potion miraculeuse permet aux hommes de devenir plus forts. Dans les matchs qu’ils tiennent, ils en boiront un peu et pourront gagner la compétition. Sans qu’on en retrouve l’ampleur, on pense à Stephen Chow et à Shaolin soccer. Le kung-fu est remplacé ici par la chimie du professeur Zhu, les lycéens volent dans les airs pour marquer des paniers (ils jouent au basket). Mais quand la potion magique fait défaut (parce que Zhu n’en a pas fabriqué assez), tout le monde s’unit pour défaire les méchants. Car oui, une tête bien pleine vaut mieux que des muscles bandés. Si c’est Wong Jing qui le dit, c’est que ça doit être vrai.
The Flying Mr. B (鬼馬飛人, Hong Kong, 1985) un film de Wong Jing avec Kenny Bee, Cherie Chung, Kent Cheng, Pat Ha, Rachel Lee, Phillip Ko, Wong Jing, John Chan, Wong Yu, Alfred Cheung, Anthony Chan, Nat Chan, Manfred Wong, Charlie Cho, Yu Miu-lin, To Siu-ming, Yip Ha-lei, Elvis Tsui.

jeudi 22 décembre 2011

Sorties à Hong Kong (décembre 2011)

The Flying swords of Dragon Gate (龍門飛甲, Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Tsui Hark avec Jet Li, Zhou Xun, Chen Kun, Kwai Lun-mei, Mavis Fan, Fan Siu-wong, Li Yuchun, Du Yi-hengn, Dillon Wu, Zhang Xin-yu, Sheng Jian, Gordon Liu, Sun Jian-Kui. 122 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 22 décembre 2011.

mercredi 21 décembre 2011

Prince Charming


L’amour selon Wong Jing, c’est simple comme des vacances ensoleillées à Honolulu où l’on peut draguer des jeunes femmes blondes. C’est l’activité favorite de Chen Li-pin (Kenny Bee) qui, tout en faisant son footing, suit une belle plante. Il est sur les îles avec ses parents (Wong Tin-lam – le père de Wong Jing – et Ou-yang Sha-fei) qui ne souhaite qu’une chose : que leur fils se marie enfin. Le père va jusqu’à lui conseiller de suivre l’exemple de Lolanto (Nat Chan), le pote de Li-pin, séducteur invétéré mais qui a aussi la mauvaise habitude de lui piquer ses flirts. Lolanto arrive à Hawaii et la chasse aux filles peut commencer.
Lolanto prodigue quelques conseils pour aborder les filles, conseils un peu vaseux que Li-pin suivra à ses dépends : il est pris pour un satyre. Leurs premières proies sont deux Chinoises en villégiature : May (Cherie Chung) et Kitty (Maggie Cheung) qui ne se laissent pas si facilement séduire. Ils leur jouent quelques tours pendables pour se venger, elles prendront une revanche encore plus grande en mettant du somnifère dans du jus de fruits et en abandonnant les garçons sur un rocher désert tandis que la mer monte. Li-pin et Lolanto doivent repartir sans avoir pu sortir avec une fille et le travail les attend à Hong Kong.
Chen Li-pin est un gosse de riches. Ses parents possèdent une grosse boite mais il existe des soupçons de détournement d’argent. Il va devoir mener une enquête discrète en se faisant embaucher comme un simple chauffeur du patron. Lolanto, lui se fera donc passer pour le fils du boss. Personne n’est au courant, pas même le sous-directeur, l’hypocrite et obséquieux Chen Pi-hou (Charlie Cho). Qu’elle n’est pas la surprise des deux garçons quand ils comprennent que May et Kitty travaillent dans cette boite. Ils pensent que ce sera plus facile de les emballer, mais ils mentent sur leur fonction respective. Le prince charmant, riche et puissant se fait passer pour un simple employé.
Mais c’est sans compter sur la vilaine Piao Piao (Rosamund Kawn) qui découvre que Pi-lin est le fils de son employeur et qui va salement manigancer pour tenter de l’épouser. Il va falloir bien du courage aux garçons pour prouver leur bonne foi, d’autant que Lolanto est tombé amoureux de Kitty et que le frère de May (Michael Chan) n’est pas un type commode. Prince Charming n’est pas franchement une bonne comédie. Les gags reposent sur les mauvais coups (des gamineries) que se font les personnages. Chen Li-pin est affecté d’un trouble de la parole dès qu’il croise une femme mais ça n’est pas très drôle. Le seul relatif intérêt est de voir Maggie Cheung à ses tout débuts.
Prince Charming (青蛙王子, Hong Kong, 1984) Un film de Wong Jing avec Kenny Bee, Nat Chan, Cherie Chung, Maggie Cheung, Rosamund Kwan, Alex Man, Michael Chan, Elaine Kam, Charlie Cho, Wong Tin-lam, Ou-yang Sha-fei, Alfred Cheung.

mardi 20 décembre 2011

Mercenaries from Hong Kong


Il est fort, il a du muscle, il soulève de la fonte, lui, c’est Luo Li (Ti Lung), le héros de Mercenaries from Hong Kong, l’un des premiers films de Wong Jing produit par la Shaw Brothers. L’ouverture du film donne le ton de ce film d’action qui se veut viril : Ti Lung est tatoué, donne un visage fermé pris en gros plan, un regard d’ancien bidasse reconverti en mercenaire qui manie les armes en tout genre qu’il a dans sa chambre. Il a une mission : éliminer Wen, un petit malfrat qui séquestre des jeunes femmes innocentes, les drogue pour ensuite abuser d’elles, parce qu’il est très vicieux. Wen se fait salement flinguer à la mitraillette chez lui et son frère (Yuen Wah) va chercher à se venger.

La réputation de Luo Li et connu. Madame He Ying (Candice Yu), une riche femme d’affaires qui roule en Rolls, veut l’engager pour retrouver Naiwen (Philip Ko), l’assassin de son père. Contre un million de dollars (sourire de satisfaction du mercenaire), il doit aller au Cambodge retrouver Naiwen (yeux inquiets de notre héros qui sait qu’il règne l’anarchie dans ce pays). Rien ne fait peur à Luo Li et accepte cette mission mais doit d’abord constituer son équipe de mercenaires, des mecs virils comme lui, des acteurs de la Shaw Brothers comme Ti Lung. Il part sur sa moto, fonce à vive allure pour retrouver ses anciens potes.

Cette partie des retrouvailles est la meilleure de tout Mercenaries from Hong Kong. Elle présente des souvenirs où on découvre ses amis en situation musclée où Luo Li explique en voix off qui ils sont puis, on les découvre dans leur vie actuelle forcément moins palpitante. Enfin, Luo Li les retrouve et leur explique qu’il a besoin d’eux. Ruan Nan-xing (Michael Chan) est un ancien du Viet Nam qui n’hésitait jamais à buter du Cong à la machette. Il est aujourd’hui cuistot. Blanche (Nat Chan) est aussi un militaire expert en explosifs mais sa passion pour les femmes lui joue souvent des tours pendables. Lei Tai (Lo Lieh) est un sniper d’une grande précision mais sa vie à Hong Kong est bien triste : sa petite fille a des problèmes de reins et attend une opération qui pourra la sauver. Hong Fan (Johnny Wang) est un boxeur devenu garagiste. Enfin, Curry (Wong Yu) est prestidigitateur et possède une habileté incroyable à se libérer de ses liens.

Voilà la fine équipe en place qui s’en va gaiement en moto en survêtement rouge largement ouvert sur leurs torses musclés. Il leur arrivera de porter une veste de sport bleue et blanche largement ouvertes sur leurs torses musclés. Ou parfois d’arborer des fringues militaires largement ouvertes sur leurs torses musclés. Mais ce sont de bons gars, comme leur histoire le montre, ils ont tous besoin d’un peu d’argent pour vivre. La société les a rejetés, laissés sur le bas-côté, mais grâce à cette opération, ils ont bon espoir de se refaire une santé. Direction, le Cambodge et ses guerriers sanguinaires qui posent des pièges vicieux. Ils auront auparavant fait comprendre à Yuen Wah qui est le maître en lui foutant quelques bons coups de tatanes dans la gueule.

Alors évidemment, Mercenaries from Hong Kong va se lancer dans l’action avec comme fond sonore de la musique vaguement rock (des guitares électriques). Le scénario sera alors cousu de fil blanc. Ils vont vite se rendre compte qu’un traitre est dans l’équipe et qu’il menace le bon fonctionnement de l’expédition. Schéma classique amené avec lourdeur. Ils vont aussi devoir se méfier du garde du corps (Lee Hoi-sang) de Miss He Ying, belle plante vénéneuse qui n’est pas aussi blanche qu’elle ne le prétendait. Elle va jusqu’à kidnapper la fille malade de Lei Tai pour se protéger. Au bout d’un moment, on se dit que quand même ces gars surentrainés à l’art de la guerre et habitués au salaud ne sont pas très malins de ne pas s’être rendu compte que He Ying les manipulait. Mais c’est ça les films d’action au premier degré, c’est bourré de clichés dont Wong Jing ne fait pas grand-chose.

Mercenaries from Hong Kong (獵魔者, Hong Kong, 1982) Un film de Wong Jing avec Ti Lung, Michael Chan, Candice Yu, Nat Chan, Lo Lieh, Ngaai Fei, Phillip Ko, Wong Yu, Johnny Wang, Yuen Wah, Lee Hoi-sang, Ko Hung, Cheng Miu, Wan Seung-lam, Nick Lam.

lundi 19 décembre 2011

Challenge of the gamesters


Challenge of the gamesters, le premier film de Wong Jing est sorti il y a plus de trente ans. Le cinéaste en est aujourd’hui à plus de 90 films, soit – pour comparer avec d’autres réalisateurs qui ont commencé à la même époque – deux fois plus de films que Johnnie To, trois fois plus que Tsui Hark (si je ne compte que ses propres films) ou Ann Hui. De méchantes langues diront (et parfois moi le premier) que Wong Jing tourne trop. Mais c’est aussi pour cela qu’on l’aime. Ses premiers films ont été produits par la Shaw Brothers toujours à la recherche d’habiles faiseurs capables de mettre en vedette les acteurs « maison ». J’avais envie de parler de quelques uns de ses premiers films.

Comme le titre l’indique bien, le film nous plonge dans l’univers des joueurs : mahjong, craps, billard, mais dans le Shanghai des années 1930, quand la ville était encore scindée en concessions étrangères. Lei Li (Wong Yu) aime jouer. C’est un homme jeune mais pauvre qui pense que les jeux de hasard sont faits pour lui. A l’occasion, il n’hésite pas à tricher tant son habileté est grande. Il va rencontrer dans un casino Luo Si-hai (Patrick Tse), un expert en jeux. D’un calme absolu, il est impeccable dans son look, costumes nœud pap, un œillet à la boutonnière, des lunettes dorées et un cigare à la bouche. Quand le gang des billards (en sous-pull colorés, bretelles et bérets) vient lui chercher des noises, il se montre adroit en kung-fu. Luo Si-hai a la classe, qu’on se le dise, et va faire équipe avec Lei Li, le petit gars des quartiers pauvres.

Leur ennemi va leur être fourni par l’inspecteur Guo (Melvin Wong) qui décide de les embaucher. Cet adversaire, de la même classe sociale que Luo, s’appelle Zhang Lie (Chen Kuan-tai). Amateur de beaux vêtements, de grosses bagnoles et de belles pépées, il est imbattable au mahjong. Guo le soupçonne d’être à la tête d’un complot (le « supreme impostor ») et ils vont devoir déjouer ce complot. Tout cela est le macguffin du film, Zhang Lie possède dans son coffre-fort une liste dont ils vont devoir s’emparer. Une solution s’impose : aller jouer au mahjong chez Zhang Lie et repérer les lieux. Lie Li aura auparavant séduit sa fille, Zhang Xiao-yang (Cecilia Wong) afin de pouvoir s’incruster dans la maison. Cette partie de mahjong est l’un des morceaux de bravoure du film, on sait déjà la passion de Wong Jing pour le jeu. Gros plans sur les visages, musique d’inspiration western et mélange des pièces du mahjong façon kung-fu. Un régal pour les yeux.

Puisque la mode était ainsi, Wong Jing place également un soupçon d’érotisme dans son film avec un strip-tease de Lulu (Booi Yue-fa) nécessaire à l’intrigue car elle doit détourner l’attention des gardes du corps de Zhang Lei. Puis, une autre scène entre Zhang Lei et Zhou Ling (Chan Si-gaai), une jeune et belle actrice qu’il tente, en vain, de séduire. Lumières tamisées et orangées par des voiles, la routine érotisante habituelle du studio. Ce qui plait plus est le gros coup que monte Luo Si-hai pour mettre la main sur cette liste. Il décide de recréer tout le décor de l’immense demeure de Zhang Lie avec l’aide de nombreux complices. Pendant qu’il croira être chez lui, Lie Li ira forcer le coffre du joueur impénitent. C’est l’un des moments les plus jouissifs du film. On attend le grain de sable dans le plan minutieusement élaboré par Luo et, heureusement, les embûches seront bien là. Ce premier film de ce cher Wong Jing est plutôt pas mal.

Challenge of the gamesters (千王鬥千霸, Hong Kong, 1981) Un film de Wong Jing avec Wong Yu, Patrick Tse, Chen Kuan-tai, Melvin Wong, Cecilia Wong, Chan Si-gaai, Chan Shen, Booi Yue-fa, Yeung Chi-hing, Shum Lo, Yeung Hung, Lam Fai-wong, Lee Pang-fei, Tony Lee, Chow Kin-ping.

dimanche 18 décembre 2011

Funny triple


Malgré tout l’estime, voire l’admiration, que j’ai pour Eric Tsang, il me faut reconnaitre que parfois son cabotinage ne permet pas de sauver ce film. Funny triple, comme le titre l’indique, est censé est amusant mais cette histoire de deux policiers (Eric Tsang et Anthony Chan) est tellement poussive et manque tant de subtilité que je n’ai ri à aucun gag. Soit donc deux flics en équipe, le petit gros habillé en bermuda et débardeur répondant au surnom de Woodpecker (Eric Tsang) et le grand maigre à lunettes qui est surnommé Goldfinger (Anthony Chan). Ils sont bien sympathiques et font des blagues à leurs collègues (piquer le sandwich de l’un, décoiffer l’autre et autres gentilles blagounettes bien inoffensives). Le niveau de l’humour est quand même assez bas.

A ce duo va s’ajouter le troisième larron, un petit malfrat, Fredman (Nat Chan) interrogé au sujet d’un parrain de triades, Mister Big (Shum Wai), caricature de mafieux (grosses lunettes de soleil). Evidemment le parrain est accompagné d’hommes de main aussi stupides qu’hypocrites. Big leur demande toujours de dire la vérité, notamment sur sa vénale petite amie, mais ils lui mentent de peur de représailles sauf Yue Tau-wan, dont la particularité comique réside dans ses yeux qui louchent. Bref, Fredman couche avec la femme du boss et là se lance la double course poursuite : Fredman est chassé d’un coté par la clique de Big et d’un autre coté par de duo de flics. Le seul intérêt du personnage de Nat Chan est qu’on dirait qu’il tente d’imiter le jeu cool de Chow Yun-fat (lunettes de soleil, petit sourire). Mais à vrai dire, cette histoire policière n’a pas beaucoup d’importance, le film va plutôt se consacrer aux rapports du trio avec les femmes. Funny triple ne reviendra à Mister Big que dans son final où Woodpecker et Goldfinger seront en équilibre très instable qui un camion qui roule à vive allure.

Donc, les femmes, l’obsession du trio. La première à entrer en scène est Gigi (Goo Ga-lau) qui travaille au commissariat et profite de la gentillesse des deux flics pour qu’ils fassent son boulot à sa place. Ils vont tomber amoureux d’elle mais sont persuadés qu’elle est la petite amie de leur chef (ils comprendront que c’est sa petite sœur). Ils vont se déchirer pour elle et Woodpecker va finalement abandonner la partie. Le film va prendre un tour de quiproquos très mal mis en scène où Goldfinger croit que Fredman a couché avec Gigi qui croit que Goldfinger a couché avec Grace que convoite Woodpecker alors qu’en fait Fredman a couché avec la femme de son boss, etc, etc. Ça discute à sens unique, ça s’engueule très fort en claquant les portes pour mieux se réconcilier, mais tout est balourd, laid et pas drôle.

Funny triple (開心三響砲, Hong Kong, 1985) Un film de Joe Cheung avec Eric Tsang, Anthony Chan, Nat Chan, Goo Ga-lau, Tien Niu, Shum Wai, Yam Choi-bo, Kam Hing-yin, Tam Chuen-hing.

mardi 13 décembre 2011

La Véritable histoire d'Ah Q


Pauvre Ah Q, sa vie est constamment juchée d’embuches, ses ennemis se comptent par dizaine et, en plus, il est vilain. En tout cas, c’est ainsi que le narrateur de La Véritable histoire d’Ah Q le décrit. Dans un village de province de la Chine de 1911, l’Empereur règne encore mais la Révolution arrive. Ah Q ne porte pas de nattes et commence à se dégarnir, ce qui lui vaut des moqueries. Il n’a pas non plus de nom, c’est pour cela que la voix off ne le désignera qu’avec une initiale. Il s’est vu interdire de porter son nom de famille Zhao parce que le « seigneur » local s’appelle ainsi et qu’il refuse que son nom soit associé à ce va-nu-pieds. Il fait cependant pour eux quelques menus travaux pour lesquels il est payé une misère. Cela se solde souvent par des réprimandes de Maitre Zhao, l’appel du garde-champêtre qui inflige une amende à Ah Q. L’argent manque et le restaurateur commence à ne plus vouloir lui faire crédit. Il se fait traiter de paresseux par les autres clients. Ah Q ne demande pourtant qu’à travailler mais sa naïveté profite aux autres qui abusent de sa gentillesse.

A 30 ans, Ah Q est célibataire, il n’a jamais réussi à trouver une époque, ce qui est fort mal vu à cette époque. Un soir que les Zhao exigent que Ah Q viennent piler du riz, Wuma, la servante de la famille, est plus compatissante avec lui. Dans sa candeur, Ah Q pense qu’il peut séduire la jeune femme qui réagit très mal aux avances directes mais bonhommes d’Ah Q. Elle s’en plaint à ses maîtres qui chassent notre héros de leur demeure, sans le payer bien entendu. Bientôt, c’est tout le village qui refusera de lui parler. Les femmes s’écartent à son passage, il est devenu le satyre du village. Il est devenu surtout un solitaire désormais sans le sou, sans nourriture et le peu d’amis qu’il avait ne lui adresse plus la parole. Une seule solution, quitter le village et partir à la ville.

Les tribulations d’Ah Q en ville ne seront pas montrées. C’est à son retour qu’il raconte quelques unes de ses expériences. Il a fait fortune et en a vu des choses. Il a vendu des vêtements que les clients s’arrachaient, il a vu un révolutionnaire se faire décapiter, il a travaillé pour le seigneur Bai, un potentat local montré comme un homme sans scrupule, avide de richesse et antipathique. Ah Q se donne le beau rôle dans ces récits. Les villageois ont peur des révolutionnaires qui semblent gagner en force. Le film, produit dans une période où la Chine communiste renouait ses liens avec un cinéma moins propagandiste, se veut une critique acerbe de l’usurpation des idéaux révolutionnaires de 1911 (quand la première république de Chine a été proclamée) par les anciens dominants.

La Véritable histoire d’Ah Q montre comment le peuple s’est vu spolié les changements politiques. Il montre la connivence des riches au travers des familles Bai et Zhao pour se montrer plus révolutionnaires que les révolutionnaires. Il montre la corruption de la police et des juges (le procès expédié d’Ah Q qui ne sait ni lire ni écrire) qui protègent les riches au dépends du peuple. Le personnage le plus gratiné et critiqué est sans doute Qian, honni par Ah Q pour son arrogance, un Chinois qui a étudié au Japon (l’ennemi historique de la Chine) et qui manipule tout le monde. Le film est édifiant sur cette part de mauvais destin qui s’abat sur ce pauvre Ah Q qui aurait aimé soutenir la révolution. Le film s’achève en précisant que ses idéaux seront repris par le peuple qui, quelques années plus tard, chasseront ces possédants pour établir la vraie révolution.

La Véritable histoire d’Ah Q (Q正傳, Chine, 1981) Un film de Cen Fan avec Yim Shun-hoi, Lee Wai, Wang Suya, Baau Fook-Ming, Liang Ming.

samedi 10 décembre 2011

The Fortune buddies


La Shaw Brothers parle de la crise ! La fameuse compagnie ne produit plus que quelques films par an (72 tenants of properity, Laughing Gor turning point et I love Hong Kong) mais pense à bien recycler les vedettes issues de sa chaine de télévision (la TVB). La recette de The Fortune buddies reprend celle élaborée par les frères Hui dans leurs films et de Plain Jane to the rescue de John Woo : soit trois amis au chômage et qui cherchent à tout prix à trouver un petit boulot. Car il faut bien vivre.

Donc trois amis qui partagent un petit appartement. Luk Wong (Wong Cho-lam, le nouveau comique à lunettes au petit gabarit) qui essaie de démarcher dans un hôpital des clients pour une compagnie funéraire – sans succès ; Fook Yuen (Louis Yuen, corps massif) qui a un fils de 8 ans, le petit Cheung (Henry Leung) qui ignore ce que fait son père, en l’occurrence gardien de nuit mais bien incompétent ; et enfin Sao Lee (Johnson Lee), apprenti comédien qui court le cachet, là, il est embauché par la police pour être dans le mur des suspects et imite à la perfection tous les acteurs des films de triades. Ce début est drôle surtout dans les imitations des acteurs.

Mais c’est vite le retour à la case Pôle Emploi où le chef de service (Tenky Tin que l’on avait vu en bras droit du chef du gang des haches dans Crazy kung-fu) n’a aucune offre d’emploi à donner. C’est la ruée, certes montrée de manière un peu démagogique mais qui fait sourire. Les trois gars vont faire figurant dans un film qui ressemble à tous ceux qui ont marché depuis deux ans à Hong Kong. Une variation de Ip Man où l’acteur star du long métrage (Michel Tse) est montré arrogant. Oui, il est possible d’y voir une critique de la place actuelle de Donnie Yen dans le star system de l’industrie du cinéma de Hong Kong. Le tournage est sans doute ce qu’il y a de plus drôle dans le film. Les trois amis font faire totalement foirer le tournage. Ils se font bien entendu virer.

Une nouvelle idée germe dans leurs têtes de losers : faire du spectacle vivant dans le quartier commerçant. Ça rapporte, ils le voient. Ils se déguisent en diva du disco (genre Donna Summer période Giorgio Moroder) et chanter. Ils n’on pas peur du ridicule mais ce spectacle va changer leur vie. Deux autres « artistes » (Lam Suet et Wong Ching) grimés en geisha vont venir troubler leur show et se battre avec eux. Tous les spectateurs filment ça avec leur portable, postent sur internet et ils deviennent vite très populaires. Ils vont chercher à rentabiliser cette soudaine reconnaissance publique en se lançant dans le catch.

Je n’ai pour l’instant pas encore évoqué les personnages féminins. Les femmes dans The Fortune buddies permettent aux hommes d’évoluer, de ne pas rester des losers. Luk Wong est amoureux de Fiona (Fiona Sit) la fille d’Eric Tsang et Pauline Wong. Luk Wong a promis à Fiona et à son père de faire fortune pour pouvoir l’épouser. Fook Yuen, quant à lui, ne veut plus avoir de rapport avec Miss Man (Fala Chen), la mère de son fils qui a fait fortune. Ils vont bien entendu se réconcilier en fin de film devant le sourire si mignon du fiston. Sao Lee, après avoir discuté avec son père (une brève apparition de Richard Ng), va tomber amoureux de Samatha Ko (dans son propre rôle), une catcheuse.

Le catch donc. Il est dit que cette discipline n’est pas populaire à Hong Kong. Mais Maggie (Maggie Cheung Ho-yee), l’ancienne maîtresse d’Eric, le père de Fiona lui-même ancien catcheur, cherche à faire démarrer ce spectacle à Hong Kong. Pourquoi du catch et pas un autre sport, sans doute pour pouvoir rire des costumes ridicules des trois amis. Maggie les fait combattre contre trois Américains bodybuildés et arrogants. Le film se tourne vers une haine de l’étranger qui revient dans les films. Les gars sont plus malins que les gros bras. C’est en substance le message du film qui dans sa dernière partie se traine et ennuie après avoir plutôt bien démarré.

The Fortune buddies (勁抽福祿壽, Hong Kong, 2011) Un film de Zhong Qing avec Wong Cho-lam, Fiona Sit, Louis Yuen, Fala Chen, Johnson Lee, Michael Tse, Eric Tsang, Maggie Cheung Hoh-yee, Pauline Wong, Lam Suet, Wong Ching, Henry Leung, Siu Yam-yam, Samantha Ko, Mars, Tenky Tin, King Kong, Richard Ng, Albert Tam, Bosco Wong.