jeudi 13 septembre 2012

Sorties à Hong Kong (septembre 2012)


Naked human nature (赤裸人性, Hong Kong, 2012) 
Un film en trois parties de Anastasia Tsang, Ches Yim, Lee Siu-lung, Ling Nip avec Kitty Lai, Chun Yin, Louise Wong. 72 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 13 septembre 2012.

Sorties à Hong Kong (septembre 2012)

The Bullet vanishes (消失的子彈, Hong Kong – Chine, 2012) 
Un film de Law Chi-leung avec Lau ching-wan, Nicholas Tse, Yang Mi, Liu Kai-chi, Wu Gang, Jing Bo-ran, Gao Hu, Jiang Yi-yan, Chin Ka-lok, Yumiko Cheng, Derek Tsang, Wang Zi-yi. 103 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 13 septembre 2012.

mercredi 12 septembre 2012

Fièvre sur Anatahan


Retour sur le cinéma « asiatique » de Josef Von Sternberg après ses deux films sur Shanghai. Fièvre sur Anatahan, son dernier film (Jet Pilot, tourné avant et sorti après celui-ci), est entièrement tourné au Japon où le cinéaste s’était installé en exil culturel. C’est un Japon de carton-pâte, où l’îlot d’Anatahan est reconstitué en studio, de loin on voit son sommet peint, comme cela se faisait à l’époque. Le décor consiste à reproduire une sorte de savane luxuriante où les lianes pussent en abondance. L’île minuscule et montagneuse où une douzaine de soldats japonais à la dérive se sont réfugiés en juin 1944. Leur bateau détruit n’a pas permis à tout le monde de survivre. Personne n’habite là, pensent-ils, mais au bout de quelques jours d’exploration, une cabane est découverte avec un homme y habitant.

Cet homme, Kusakabe (Tadashi Suganuma) vit ici avec Kieko (Akemi Negishi). Chacun a été marié, leur famille est retournée au Japon, fuyant les ravages de la guerre et la solitude inhérente à la vie sur Anatahan. Ils paraissent mariés, elle est plus jeune que lui. Il la protège avec excès, refusant qu’elle s’adresse aux intrus. Pour les soldats, voir une femme, surtout si jeune, est une chose très réjouissante. Les soldats sont jeunes et vigoureux mais dirigés d’une main de maître par leur supérieur qui décide de rester sur le qui-vive, de poursuivre la surveillance de l’île pour veiller à ce que l’ennemi militaire ne vienne pas attaquer. Chaque soldat exécute un tour de garde, va observer l’océan au sommet de l’île où une mitraillette a été ramenée pour se défendre. Plus tard, un avion échoué permettra de faire de la toile d’un parachute de nouveaux vêtements (société en progrès) alors que la découverte de deux pistolets fera changer de chef (société en regression).

Comme dans la plupart de ses films, la femme fatale est au centre du récit de Fièvre sur Anatahan. Cette fièvre, c’est elle qui la provoque dans le cœur des soldats. Jusqu’à présent, son seul loisir était de ramasser des coquillages, puis elle accepte de devenir le centre de l’attention des hommes, de se laisser séduire. C’est le plus jeune qui s’y colle, vite délogé et frappé par Kusakabe. Kieko recevra quelques coups pour sa témérité. Et les années passent, les haillons remplacent les uniformes militaires. Les corps sont de plus en plus nus, les hommes (à l’exception du chef) vivent torse nu. L’alcool fabriqué à partir de palme leur mettra un peu de baume au cœur, mais déchainera leur passion. Le désir se fait de plus en plus grand, Kieko – la reine des abeilles comme le dit le générique – se laisse de plus en plus tenter. Les années passent et le chef ne baisse pas la garde, refusant d’écouter le haut-parleur d’un croiseur qui affirme que la guerre est achevée. Il veut continuer de défendre l’île. Cela durera six ans.

Fièvre sur Anatahan est à la fois naïf et cruel. La naïveté n’est jamais éloignée avec cette voix off constante qui commente la société japonaise à grands coups de phrases péremptoires. « Les soldats doivent obéissance à leur chef », « les femmes sont soumises à leur mari », comme si le cinéaste désirait décrire une civilisation différente qui, isolée, se créerait une utopie autour de la femme. Aucun des dialogues que les interprètes japonais dans leur langue natale n’expriment ne sont traduits ou sous-titrés. La voix off, à la première personne, narre ce qu’ils font, leur action dans une évidente et parfois agaçante redondance. Le film prend parfois des aspects anthropologiques un peu basiques. Le film s’adresse clairement aux Américains qui, ironiquement, ne verront jamais ce film resté dans les armoires pendant des années. Le film est aussi cruel avec le sort réservé à l’unique femme de l’île qui passe du statut de reine des abeilles à celui d’objet que les hommes s’échangent sans son consentement. Le constat de Sternberg sur l’homme et la nature humaine est d’une grande tristesse. Il convient qu’aucune société ne peut échapper à ses plus bas instincts : le pouvoir sur l’autre, la domination et la haine.

Fièvre sur Anatahan (The Saga of Anatahan, Japon, 1953) Un film de Josef Von Sternberg avec Akemi Negishi, Tadashi Suganuma, Kisaburo Sawamura, Shôji Nakayama, Jun Fujikawa, Hiroshi Kondô, Shozo Miyashita, Tsuruemon Bando, Kikuji Onoe, Rokuriro Kineya, Daijiro Tamura, Chizuru Kitagawa, Takeshi Suzuki.

lundi 10 septembre 2012

Motorway


La base de Motorway repose sur le duo entre Lo (Anthony Wong) et Cheung (Shawn Yue), co-équipiers de la « brigade invisible » qui patrouillent, en voiture banalisée, dans les rues de Kowloon Est pour contrôler les excès de vitesse. Un boulot pas franchement passionnant pour aucun des deux. Cheung, le plus jeune, est bridé dans son envie d’aller poursuivre les contrevenants en allant à toute allure avec la pauvre voiture de police. Lo n’attend qu’une chose : enfin prendre sa retraite et passer du temps avec son épouse. On est donc dans un buddy movie policier classique produit par Johnnie To, via la MilkyWay Image, avec des caractères, des méthodes et des aspirations différentes.

Après une chasse un peu dangereuse, Cheung se voit interdire par son chef (Lam Ka-tung) de conduire et doit maintenant travailler derrière un radar, au grand contentement de son collègue qui peut manger tranquillement ses nouilles. Cette tranquillité sera de courte durée quand une voiture vient le narguer. Le bolide est conduit par Jian (Guo Xiao-dong), un chinois (il parle mandarin) qui prépare un casse avec Wong (Li Hai-tao), un de ses compatriotes. L’un conduira la voiture, l’autre ira dérober un diamant brut. Evidemment, on ne peut pas s’empêcher de penser à Drive, mais Motorway est rarement comparable avec le film de Nicolas Winding Refn.

Les préparatifs du cambriolage constituent une partie importante du film. Tout est d’abord mystérieux, car inexpliqué, avec l’objectif simple de laisser le spectateur dans l’expectative, mais avec néanmoins une longueur d’avance sur les policiers. Jian repère sur un plan les rues dans lesquelles il va circuler pour semer les flics. Il choisit des rues biscornues, aux angles anguleux où un mauvais conducteur sera coincé, puis il crée un événement pour que son véhicule soit disponible lors de l’évasion de Wong qui est en prison. Cette manière de décrire par le menu un plan si élaboré est jouissive pour le spectateur. L’évasion a lieu, Jian s’est fait arrêté par Lo et Cheung, il peut maintenant libérer son complice.

Quant à Cheung, il prépare une voiture plus rapide pour pallier la lenteur des véhicules de la police. Dans une scène, il montre sa précision en draguant une belle femme (Barbie Hsu), dans une séquence amusante. Les personnages féminins sont tous au second plan. Barbie Hsu a de belles scènes en tant que potentielle petite amie que Cheung n’arrive pas à séduire, comme cette partie de billard pour échanger les numéros de téléphone. Josie Ho incarne la chef de la police qui dirige l’opération pour arrêter Jian et Wong, quand les éléments de l’enquête sont assez fiables. Son personnage autoritaire est un peu ingrat. Enfin, Michele Ye est la femme de Lo. Aimante, elle apporte à son mari de quoi manger un soir de planque, et patiente, elle attend qu’il prenne sa retraite.

Pour Soi Cheang, il s’agit de trouver aussi de nouvelles manières de filmer une course poursuite sans lasser le spectateur. Contrairement au spécialiste du genre, Ringo Lam (les courses poursuite dans Full alert sont une référence majeure et des séquences inégalées en termes de mise en scène), elles sont tournées dans des autoroutes pratiquement vides le jour (personne ne conduit donc en journée ?) et peu de monde la nuit (idem). Passé cet écueil, les scènes sont vives, les plans variés (la caméra change de cadre souvent, elle est même parfois placée en plongée accrochée au capot avant), le tout filmé dans un clair obscur somptueux. La musique de Xavier Jamaux et Alex Gopher, quasi minimaliste, permet aux courses poursuite de ne pas tomber dans l’excès de précipitations.

Mais je reviens sur les rapports entre Lo et Cheung. L’une des idées du film consiste à développer leurs relations dans un schéma dramaturgique qui rappelle les récits d’apprentissage de certains classiques du wu xia pian. En trois moments. Le premier, Cheung est un jeune arrogant, chien fou qui n’écoute aucun conseil. Sa première chasse contre Jian se solde par un échec où il s’est mis en danger. Deuxième moment, il apprend que Lo a été jadis un habile conducteur et qu’il a déjà arrêté le méchant Jian. Il connait donc le méchant, ses forces et faiblesses. Il va enseigner son savoir afin de mener sa quête à bien. Troisième et dernier moment, Cheung est désormais formé, le disciple a bien appris auprès du sifu. Lors de la dernière course poursuite, il se rappellera les judicieux conseils (voix off  d'Anthony Wong). C’est souvent dans les plus vieux pots qu’on fait les meilleures plats.

Motorway (車手, Chine, 2012) Un film de Soi Cheang avec Shawn Yue, Anthony Wong, Guo Xiao-dong, Michelle Ye, Lam Ka-tung, Barbie Hsu, Li Guang-jie, Josie Ho, Li Hai-tao.

Shanghai express + The Shanghai gesture


Shanghai express
Comme je l’avais pour les films « asiatiques » de Samuel Fuller (ici – partie 1 et là – partie 2), j’aborde ici deux films « chinois » de Josef Von Sternberg, le réalisateur – entre autres – de L’Ange bleu. Dans son autobiographie (Fun in a Chinese laundry, 1965), Sternberg avoue n’avoir pris aucune documentation spécifique pour recréer un Shanghai de carton-pâte à Hollywood. Le cinéaste est connu pour ses décors grandiloquents. Ceux de L’Impératrice rouge retraçant une période de l’empire russe n’ont rien de russe mais sont somptueux et accentuent la folie des personnages, notamment celui de Marlene Dietrich. Il ne s’agit pas pour lui de faire de l’authentique mais de l’exotisme. De toute façon, il était rare que les films soient tournés là où ils se déroulaient à cette époque. Il fallait cependant faire grande impression sur le spectateur en le dépaysant, histoire de lui faire oublier la crise économique d’alors.

Toute l’action de Shanghai express se déroule dans un train qui va de Pékin à Shanghai, ville qui était en 1932 aux mains des occidentaux qui se la partageaient en concessions. C’était une colonie avec de nombreuses nationalités. Le film imprime ce fait en montrant des personnages de Français, Allemand, Britannique et Américains. Shanghai Lily (Marlene Dietrich), habillée de son manteau en plumes noires embarque dans ce train. Elle partage sa cabine avec Hui Fei (Anna May Wong), une Chinoise, vêtue d’une robe traditionnelle. Toutes deux sont des femmes modernes et chics qui écoutent fort leur gramophone, ce qui fait dire à la vieille dame voisine de cabine qu’elles doivent forcément être des femmes de mauvaise réputation. Lily découvre que son ancien amant, « Doc » Harvey (Clive Brook), qu’elle n’a pas revu depuis cinq ans, après lui avoir brisé le cœur, est dans le train.
Shanghai express

Le film s’amuse d’abord à montrer, sur le ton de la comédie, des personnages que tout oppose – si ce n’est leur fortune qui leur permet de voyager dans le wagon de 1ère classe – et qui vont ne jamais cesser de se chamailler, y compris dans le moment dramatique du film. L’Allemand râle contre tout et a peur de tomber malade. La vieille dame ne pense qu’à son petit chien qu’elle a du laisser dans la soute à bagages. Le pasteur estime que Lily et Hui Fei n’ont pas leur place à côté de gentlemen. Ce sont des personnages secondaires pour amuser la galerie, hauts en couleurs qui permettent de mettre en valeur Lily, à la petite vertu mais qui, contrairement à eux, n’est pas hypocrite. Le seul lien de tous ces personnages est leur mépris pour les Chinois, tout justes bons à les servir. Les figurants chinois sont du petit personnel du train. En gros, ce sont des colons xénophobes et Josef Von Sternberg raille leur mesquinerie.

Le voyage continuant, la réalité vient troubler ce voyage. Le train est arrêté par les révolutionnaires qui cherchent un otage pour faire libérer l’un d’eux emprisonné. En 1932, la guerre civile faisait rage. Le chef des insurgés est Henry Chang (Warner Oland), un homme qui pendant le début du trajet passait pour un aimable homme d’affaires. Métisse, il a subi lui aussi le mépris des autres voyageurs. Avec force figurants, le film montre de nombreux soldats qui traversent les plans. C’est une Chine grouillante et vivante qui est montrée (on avait déjà repéré cet aspect dans la scène du démarrage du train où la rue très occupée se vidait au passage de la locomotive). L’irruption de la guerre civile dans le film permet à Lily et à Harvey de régler leur contentieux avec l’aide de Hui Fei qui vient défendre son amie dans l’adversité.
The Shanghai gesture

Shanghai express est un beau film. The Shanghai gesture a moins de qualités esthétiques et même son réalisateur confesse ne pas aimer beaucoup son film. Le carton d’ouverture précise que le Shanghai représenté est hors du temps. Le film plonge dans le décor grandiose d’un casino en forme d’arène. Du pain et des jeux, mais surtout des jeux. Le casino est tenu par « Mother » Gin Sling (Ona Munson), monstresse habillée en robe traditionnelle chinoise, extrêmement maquillée à un point qu’il est difficile de connaitre son vrai visage. Quand un client est à court d’argent, elle avance, impériale et mystérieuse, fendant la foule grouillante (pratiquement tous les joueurs sont occidentaux) pour décider de leur sort. « Mother » Gin Sling (un nom de cocktail) est une femme de pouvoir qu’elle ne partage qu’avec Howe (Clyde Fillmore), un homme d’affaires chinois qui l’a sortie de la prostitution il y a des années de cela.
The Shanghai gesture

Elle s’est forgée un caractère de femme impitoyable et a décidé de se venger de Guy Charteris (Walter Huston) qui cherche à l’exproprier. Pour cela, elle va pervertir Poppy (Gene Tierney), jeune femme à la beauté juvénile qui s’avère être la fille de Charteris. Poppy va tomber sous le charme de Omar (Victor Mature), un mondain arabe qui ne vit que pour l’amour des femmes. Très vite, le récit, trop commun, finit par lasser. Shanghai n’est qu’un décor lointain mais représente aux yeux de Sternberg l’ultime déchéance de la société occidentale venue coloniser la ville et qui en a fait un bordel et un casino. Le climax du film se déroule pendant le Nouvel An Lunaire où l’on aperçoit les festivités (défilé, danse du dragon, pétards), la scène ayant été filmée dans le Chinatown de Los Angeles. La Chine recréée par le cinéaste est un strict fantasme, en réalité un cauchemar où les personnages tentent de survivre.

Shanghai express (Etats-Unis, 1932) Un film de Josef Von Sternberg avec Marlene Dietrich, Clive Brook, Anna May Wong, Warner Oland, Eugene Pallette, Lawrence Grant, Louise Closser Hale, Gustav von Seyffertitz, Emile Chautard.

The Shanghai gesture (Etats-Unis, 1941) Un film de Josef Von Sternberg avec Gene Tierney, Walter Huston, Victor Mature, Ona Munson, Phyllis Brooks, Albert Bassermann, Maria Ouspenskaya, Eric Blore, Ivan Lebedeff, Mike Mazurki, Clyde Fillmore.

samedi 8 septembre 2012

Le Sorcier et le serpent blanc


Ce sont deux sœurs serpents, nées sous le signe du démon. Serpent blanc (Eva Hung) jette son dévolu sur Xu Xian, un jeune cueilleur d’herbes (Raymond Lam) qui traverse leur territoire. Cet homme tombe à l’eau et elle va le secourir de la noyade et l’embrasse sous l’eau. Elle échange de cette manière un peu de son essence vitale, liant leur destin à jamais. Sa sœur, Serpent vert (Charlene Choi) lui avait fait peur en prenant la forme totale d’un serpent géant. Sinon, la plupart du temps, on les découvre mutante avec la queue qui se balance de branches en branches, rampant pour se déplacer, avec le buste dénudé en écailles, mais qui n’en montre pas trop. Vilain et franchement ridicule. Les deux sœurs sont de caractère opposé, Serpent vert étant taquin, espiègle et ne faisant pas confiance aux humains. Serpent blanc est une indécrottable romantique.

On le sait, les histoires d’amour entre humain et démon sont vouées à l’échec. D’autant plus qu’un abbé taoïste rode dans le coin. Le Sorcier et le serpent blanc démarrait sur le personnage de l’abbé Fahai (Jet Li) et de son fidèle assistant Nengren, un jeune moine (Wen Zhang) encore inexpérimenté qui chassait une femme démon des neiges. Dès l’ouverture, le ton est donné : beaucoup d’effets spéciaux grandiloquents. Intransigeant, l’abbé cherche à éliminer les deux serpents qui rodent en ville pour la fête des lanternes. Xu Xian ne reconnait pas Serpent blanc. Avec la complicité de Serpent vert, elle va réitérer la scène initiale pour qu’il tombe amoureux d’elle. Et le stratagème fonctionne. Xu Xian et Serpent blanc s’aiment désormais d’amour et d’herbes fraiches, puisqu’en tant que cueilleur, il est très pauvre.

Seulement voilà, lors de cette fête, un vampire se pavanait en gondole et le moinillon en voulant le chasser a été contaminé. Serpent vert était parvenu à retenir Nengren, dans l’une des rares scènes comiques réussies du film, où elle testait sa maladresse en cherchant à la séduire. Le film, une fois Nengren transformé en démon (oreilles en pointes, dents de vampires et griffes à la place des doigts) va tout simplement évacuer ce personnage et celui de Serpent vert pour ne se concentrer que sur Xu Xian et Serpent blanc. Les deux récits sont trop semblables pour apporter des contradictions scénaristiques, à moins que ce ne soit que de la paresse. Or ce vampire a contaminé beaucoup d’innocents que Xu Xian s’évertue à soigner. Ainsi, l’abbé Fahai retrouve la piste des deux amoureux et les pourchasse.

Xu Xian ignore tout de la nature de Serpent blanc, jusqu’à ce que Fahai l’oblige à montrer sa forme d’origine. Blessée, elle doit être soignée et une souris (oui, il ya des animaux qui parlent parce que ça doit être mignon et que les enfants doivent sans doute adorer ça, il y a aussi un lapin et une tortue qui causent) conseille à Xu Xian d’aller chercher une herbe magique dans la pagode où l’abbé avait fait prisonnier la plupart des démons qu’il a pu chasser. Evidemment, la plupart des démons sont libérés et l’apocalypse pointe le bout de son nez. C’est le début d’une longue bataille entre Serpent blanc et l’abbé. Et franchement, on avait connu Ching Siu-tung en meilleur forme, mais depuis dix ans, depuis l'épouvantable Hero de Zhang Yimou (dont il signait les chorégraphies) et l'atroce Naked weapon, Ching Siu-tung n'est plus que l'ombre de lui-même. Pour tout dire, Le Sorcier et le serpent blanc est très éloigné de Green snake de Tsui Hark, pourtant pas un chef d’œuvre mais qui avait un charme indéniable.

Le film est avant tout une romance entre deux personnages que tout oppose. Jamais ils n’auraient du s’aimer. Le lyrisme se transforme en mièvrerie : les deux scènes de baiser sous l’eau sont jolies mais vite leur amour passe en mode soap opera avec regard langoureux tellement appuyé qu’on dirait des veaux. Quant aus effets spéciaux qui occupent bien 80% des plans, ils jouent dans la surenchère. Fahai est attaqué par une femme démon qui a l’apparence d’un renard blanc : dix renards attaqueront, puis dix femmes sexy qui sortiront d’un bambou (là aussi un certain public avide de jolies filles est visé). Les deux sœurs se battent à l’épée contre l’abbé, une nuée de sabres seront lancés à son encontre. Plus tard, c’est un ras de marée qui envahit la pagode, et finalement, tout explosera. Aucun charme ne se dégage de ces scènes en numérique. C’était déjà ce qui plombait Legend of Zu, Wu Ji et dans une moindre mesure Green snake. Tant que les producteurs penseront que les décors numériques remplacent les émotions des acteurs, ces films seront irregardables et sans saveur.

Le Sorcier et le serpent blanc (The Sorcerer and the White Snake, 白蛇傳, Chine – Hong Kong, 2011) Un film de Ching Siu-tung avec Jet Li, Eva Huang, Raymond Lam, Charlene Choi, Vivian Hsu, Law Kar-ying, Kwok Sin-nae, Wen Zhang, Song Wenjia et les voix de Jiang Wu, Miriam Yeung, Chapman To, Lam Suet.

jeudi 6 septembre 2012

Sorties à Hong Kong (septembre 2012)


Passion Island (熱愛島, Hong Kong, 2012) 
Un film de Kam Kwok-leung avec Simon Yam, Joan Chen, Francis Ng, Chang Chen, Janice Man, Song Jia, Shen Fang-xi, Huang Wei-de. 94 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 6 septembre 2012.

mercredi 5 septembre 2012

The Happiest moment


Avant de lancer dans la réalisation, en 1974 avec Game gamblers play, Michael Hui a tourné dans quatre films produits par la Shaw Brothers et mis en scène par Li Han-hsiang. Dans The Happiest moment, films à sketches, le comique joue quatre personnages d’une petite ville de la Chine du nord pendant la seconde guerre mondiale. Les quatre histoires sont censées se dérouler sur une seule journée, des pendules, montres et horloges apparaissent régulièrement à l’écran pour rappeler cette coïncidence temporelle. The Happiest moment est une variété de film choral où les personnages différents sont incarnés par les mêmes acteurs. La première histoire débute dans les bains publics réservés aux hommes qui prennent des bains chauds, se font masser et passer du temps hors de chez eux. Leur tranquillité va être troublée par l’arrivée de femmes japonaises qui, elles aussi, ont très envie de prendre du bon temps. C’est surtout l’occasion de montrer de nombreuses actrices au large sourire qui apparaissent seins nus, peu habillés. Le spectateur, comme les clients su sauna, peuvent admirer leurs fesses et leur minois. Aucun de ces personnages n’aura un rôle à jouer, elles sont là pour faire joli, un point c’est tout.

Le premier personnage, un notable aux cheveux et moustache blancs, sur les conseils d’un mai, va rencontrer une femme avec qui il va commettre l’adultère. Ils font tellement l’amour que l’orgasme réveille toute la ville et que le pauvre homme en meure. La femme (Tanny Tien) fait l’objet d’une enquête de police et l’inspecteur est également interprété par Michael Hui dans ce deuxième sketch  où il décide, séduit par la belle, de fausser les résultats de l’enquête. L’histoire se poursuit, on inaugure un nouvel hôpital. L’occasion à nouveau de faire des dépistages sur des patientes nues. Dans cette histoire Tanny Tien est infirmière et Michael Hui joue une vieille patiente avec une dent en moins (le visage de l’acteur est peu habillement maquillé, la dent est juste peinte en noir). La vieille dame passe son temps à manger, l’opération chirurgicale commence. Une fois achevée, l’infirmière constate qu’il manque une pince. Rebelote et encore une deuxième fois. La malade finit le sketch en disant qu’ils devraient peut être lui coudre une fermeture éclair.

Le dernier sketch s’articule autour d’un barbier et de son apprenti, incarné par Michel Hui, qui est l’homme à tout faire, surtout les taches ingrates, et souffre douleur de son patron. Cette dernière partie illustre peut-être le mieux ce que sera l’humour de Michael Hui : faire subir aux autres ce que l’on ne voudrait pas subir. Ainsi le patron prend momentanément la place de l’apprenti mais du coup doit endurer chaque remontrance. L’humour de la cruauté était déjà un peu présent dans la première partie quand Michael Hui en riche homme d’affaire refusait de donner un pourboire aux employés des bains publics, ou quand aux conducteurs de pousse-pousse il demande lequel est moins cher et que chacun baisse ses prix alors qu’ils sont très pauvres. Mais l’essentiel de l’humour de ce film reste dans des situations convenues, avec des gags poussifs. Exemple typique : Michael Hui joue au mahjong dans une chambre funéraire (quelle idée saugrenue), tellement pris par la partie, il ne sent pas compte qu’un fantôme est derrière lui. Ses trois camarades tentent de lui faire signe pour qu’il quitte la pièce. La scène dure bien trop longtemps, les visages des amis sont trop expressifs et celui de Michael Hui trop impavide pour que le gag fonctionne vraiment. Le film est souvent à l’image de ce gag, un peu mou et étiré sans raison.

The Happiest moment (一樂也, Hong Kong, 1973) Un film de Li Han-hsiang avec Michael Hui, Tanny Tien, Woo Gam, Ku Feng, Chan Shen, Shum Lo, Chiang Nan, Wang Han-chen, Gam Yam, Hao Li-jen, Wong Sam, Wang Hsieh, Chu Mu.

lundi 3 septembre 2012

Les Enfants loups, Ame et Yuki


Comment élève-t-on les enfants loups, se demande Hana, jeune veuve partie s’installer au fin fond de la campagne japonaise avec ses deux enfants Yuki, l’ainée et Ame, son frère d’un an plus jeune. La manière dont cette maman est arrivée là, dans cette maison en ruine au milieu de ce trou perdu, est racontée en voix off par Yuki devenue adulte. Les Enfants loups, Ame et Yuki commence, après une courte séquence onirique qui conclura également le film, par la rencontre à l’université de Hana et de cet homme mystérieux qui n’a jamais de livre avec lui, qui ne parle à personne et qui intrigue beaucoup Hana.

Au bout de quelques rendez-vous maladroits, il lui confie qu’il est un descendant d’une race de loups. Non pas un loup-garou, mais bel et bien un loup. D’ailleurs, il se transforme quand il le souhaite et ne répond pas uniquement à l’appel de la pleine lune. Elle l’accepte et assez vite nait Yuki puis Ame. Parfois les instincts reprennent leu et il ramène à la maison un oiseau chassé. Un soir de pluie, c’est le drame, le mari de Hana meurt sous sa forme de loup, au bord d’une rivière. Elle va désormais élever ses enfants seule qu’elle porte l’une sur son dos l’autre sur son ventre.

Les enfants grandissent et ont des caractères opposés. Yuki est très vive, espiègle et bouge tout le temps. Elle mange tout le temps, une vraie goinfre et bien entendu en met de partout. Yuki est capricieuse et soupe-au-lait. Quand elle se fâche, elle se transforme en louve, avec ses petites oreilles en pointe. Tous ces moments où elle grandit donnent un air léger et comique au film. En revanche, Ame est taciturne, peu sociable, d’un caractère inverse de celui de sa grande sœur. Hana protège ses enfants du monde extérieur, ils font des promenades nocturnes et tente d’éviter des dangers : en l’occurrence les services sociaux étonnés de ne pas voir les enfants à l’école ou qu’ils ne soient pas vaccinés.

Voilà pourquoi Hana et ses enfants partent s’exiler dans cette maison éloignée. Elle essaie de ne pas rencontrer les rares voisins alentours de peur qu’ils ne découvrent leur secret. Yuki se plait au milieu de la nature où elle peut se transformer à sa guise. Ame reste craintif devant n’importe petit animal, reste dans la maison et ne communique. Les caractères des enfants s’affirment tandis qu’ils grandissent et s’opposent de plus en plus. Deux changements majeurs vont transformer leur vie et leur destin. Le premier est l’école à laquelle Yuki adore aller. Par un simple travelling temporel (la caméra passe d’une classe à l’autre sur cinq ans), on comprend que Yuki se dirige vers les humains et Ame vers la nature. Cette idée du destin traverse tout le film avec douceur. D’un côté la comédie et de l’autre la tragédie.

Toujours pour conserver son secret, Hana cherche à vivre en autarcie, mais elle n’est pas douée pour le jardin. La solidarité avec les voisins va venir à son secours. Sans qu’elle ne le sache, elle va être soutenue par un vieux grand-père bourru qui lui prodiguera des conseils, un peu comme Clint Eastwood le faisait avec son jeune protégé dans Gran Torino. Il donne ses ordres en peu de mots, feint d’en n’avoir rien à fiche mais a un cœur d’or. Yuki va découvrir l’amitié non seulement avec ses copines mais aussi avec Sohei, un nouvel élève, qui comprendra qu’elle est une louve. Ame, qui ne va plus à l’école, affirme à sa mère avoir rencontré son maitre dans la montagne. Un violent orage viendra sceller le destin des deux enfants, comme si la pluie qui ne cesse de se déverser sur la montagne et la campagne oblitérait tout leur passé pour écrire l’avenir que Yuki et Ame se sont choisis.

Les Enfants loups, Ame et Yuki (おおかみこどもの雨と雪, Japon, 2012) Un film de Mamoru Hosoda avec les voix de Aoi Miyazaki, Haru Kuroki, Momoka Ôno, Yukito Nishii, Amon Kabe, Takao Owasa, Takuma Iraoka.

samedi 1 septembre 2012

Love in the buff


Cela fait maintenant 159 jours que Cherie (Miriam Yeung) et Jimmy (Shawn Yue) ont arrêté de fumer et qu’ils sortent ensemble. Comme dans Love in a puff qui a raconté leur rencontre et leurs premiers pas amoureux, le décompte est inscrit sur l’écran. Plus de clopes mais de la glace et de la pastèque pour une soirée intime où elle lui raconte l’histoire étrange d’une amie dont chacun des petits amis seraient morts violement : le premier décède dans une laverie, le deuxième en étendant le linge et le troisième dans un salon de massage. Histoire de dire que même quand on a une vie calme et rangée comme celle que mène Cherie et Jimmy, le drame peut arriver à chaque instant. Il faut donc profiter de chaque moment de câlin.

Les câlins, c’est bien sympa, mais faut travailler. Cherie travaille toujours à Sephora et Jimmy est toujours dans la pub. Son boulot lui prend tellement de temps qu’il en oublie d’aller à l’anniversaire de sa belle-mère (Siu Yam-yam) auquel est présent également son jeune beau-frère (Derek Tsang) qui juge sévèrement que sa sœur sorte avec un homme si jeune et qui oublie si facilement les obligations familiales. Cherie reproche surtout à son mec de ne même pas avoir envoyé un sms. Et quand il lui annonce que son chef lui propose un bon boulot en Chine, elle ne peut répondre que par un « oh » qui en dit plus long que n’importe quelle discussion de couple. Les disputes se suivent et se ressemblent. Conséquence directe : la séparation. L’idée de Cherie est de communiquer par tous les moyens : portable, mail, sms, quitte à passer pour un goujat en soirée.

Nouveau pays, nouvelle vie. Jimmy tombe sur une hôtesse de l’air joliment prénommée You-you (Yang Mi) qui lui demandera son numéro de téléphone. Elle avait feint d’être agressée sexuellement pour mieux l’aborder. Après pas mal d’échanges de sms, ils commenceront à sortir ensemble. Souvent en voyage, elle deviendra accro à ses messages et comprendra qu’il y a un problème dans leur couple quand le nombre de messages diminuera. Quant à Cherie, elle obtient aussi un poste en Chine, dans la même ville. Célibataire, une de ses collègues va l’amener dans un étrange marché aux célibataires. Plein de mamans vante sur une promenade au bord d’une rivière les atouts de leurs fistons. Elle va finalement rencontrer Sam (Xu Zheng), un cadre supérieur tout ce qu’il ya de gentil et prévenant. Elle le rencontre par hasard, aux toilettes, un jour où elle fait tomber son portable dans la cuvette. Bref tout va bien dans le meilleur des mondes, chacun de leur côté jusqu’à ce que chacun des deux retrouve dans le déménagement de leurs affaires un souvenir commun fort : leur dernier mégot. Faut-il le jeter, faut-il le garder ? Ce minuscule déchet représente une bonne partie de leur vie.

Leur nouvelle vie commencée, tout Love in the buff va se porter sur leur passé. Ce ne sera plus la clope qui va les rapprocher mais le portable, exactement ce qui les avait séparé. Jimmy, un jour d’ennui, envoie un sms à Cherie pour lui demander si ça va, puis un autre jour pour lui proposer de dîner, et finalement ils vont coucher ensemble. Leur rencontre est ponctuée de discussions franches où ils peuvent enfin se poser les questions qu’ils n’avaient jamais osé se poser.  Jimmy veut savoir si elle est vraiment sortie avec Ekin Cheng qui fait une courte apparition dans le film. Jimmy va s’incruster sur un tournage de pub où Ekin Cheng est là pour savoir la vérité dans une séquence parmi les plus réussies. Plus tard, Cherie rencontrera Linda Wong (l’ex d’Ekin Cheng) dans le film, retirée du business mais dont la chanson la plus célèbre rappelle à Cherie sa vie avec passée avec Jimmy.

Pang Ho-cheung tourne pour la première fois en Chine continentale et son scénario a donc été conçu pour échapper aux fourches caudines locales. Love in the buff est moins mordant que Love in a puff, les blagues sont plus sages et le romantisme plus appuyé. Avec sa musique jazz, Pang se place pour être le Woody Allen chinois avec ses bons mots et ses disputes entre les personnages. Beaucoup d’acteurs chinois présents pour attirer le public local se mettent au diapason de son style. La palme revient à Hung Xiao-ming, nouveau beau gosse du cinéma chinois, dans le rôle d’un gentil garçon censé être le blind date de Cherie. Sa mère l’avait vanté au marché des célibataires comme étant le sosie de l’acteur Hung Xiao-ming. Son personnage prétend ne pas savoir qui est cet acteur. Finalement, Love in the buff est un film sur la dissimulation des sentiments, éternel sujet du cinéma.

Love in the buff (春嬌與志明, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Pang Ho-cheung avec Miriam Yeung, Shawn Yue, Xu Zheng, Yang Mi, Huang Xiao-ming, Roy Szeto, Vincent Kok, Isabel Chan, Jim Chim, Mia Yam, Derek Tsang, Siu yam-yam, Linda Wong, Ekin Cheng, Crystal Tin.