dimanche 14 juillet 2013

Dragon fight


Pour sa première incartade sur le sol américain (le film est entièrement tourné à San Francisco), Jet Li doit d’abord faire preuve de ses facultés de combat. Dragon fight s’ouvre sur une démonstration publique d’arts martiaux, en costumes chinois traditionnels où, avec son acolyte Tiger Wong (Dick Wei), Jimmy Lee (Jet Li) enchaine quelques mouvements devant un public conquis. Les deux hommes viennent de Chine continentale et, au moment du départ pour Pékin, Tiger décide de rester aux Etats-Unis. Voyant son ami s’enfuir dans l’aéroport, Jimmy tente de le convaincre de prendre l’avion. En vain. Tiger est contrôlé par un policier, il se défend à coups de tatanes et le policier meurt. Seulement voilà, auparavant, Jimmy avait donné son portefeuille à Tiger et désormais, c’est lui qui est suspecté. De plus, il a raté l’avion et se retrouve seul en Californie, sans argent, sans ami et la police à ses trousses.

Deux destins parallèles se mettent en place. Tiger devient le garde du corps de Marco (Henry Fong), un parrain de la mafia. Constatant le calme de sa nouvelle recrue, il en fait vite son tueur à gages. La police, omniprésente dans la séquence d’ouverture, ne montrera plus le bout de son nez. Jimmy erre dans la ville et tombe sur Andy (Stephen Chow), l’un de ses fans venu à la démonstration d’arts martiaux. Andy recueille Jimmy et l’assure qu’il aura vite un passeport. En attendant, il se fait engager par l’oncle Man (Go Wang) qui tient une petite épicerie (référence à La Fureur du dragon). La route des deux amis ne se croise pas mais chaque parcours est comparé. Jimmy devient un honnête homme accusé à tort d’un meurtre. Tiger devient le pantin du parrain, un homme cruel, vulgaire et qui trompe ouvertement son épouse (Nina Li). La caricature des triades est d’une très grande lourdeur, avec limousines rutilantes, beaux costumes et sbires nerveux.

La femme justement. Dans ce film totalement masculin, seule Nina Li l’incarne. C’est d’abord Stephen Chow dans un rôle d’obsédé sexuel qui la drague de son camion, torse nu et lunettes noires sur le nez. Face à ce personnage immature, qui d’ailleurs mettra en péril la vie de Jimmy et de l’oncle Man en voulant vendre de la drogue volée à Marco, Nina Li préfère Jimmy. La relation restera strictement platonique. Jimmy joue un rôle de redresseur de tort : libérer à la fois son ancien ami Tiger, devenu son premier ennemi, et la belle Nina Li du joug de l’affreux Marco. Le film est constamment prévisible, troué de béances scénaristiques qui irritent très vite et de combats assez plats. Cette première tentative de percer aux Etats-Unis est un grand échec, tout à fais comparable à celle qu’il fait juste après avec Tsui Hark dans The Master. Et c’est tant mieux car cela lui a permis de faire à Hong Kong la saga Il était une fois en Chine.

Dragon fight (龍在天涯, Hong Kong, 1989) Un film de Billy Tang avec Jet Li, Dick Wei, Nina Li, Stephen Chow, Henry Fong, Go Wang, Mark Williams

jeudi 11 juillet 2013

Sorties à Hong Kong (juillet 2013) Tales from the dark 1


Tales from the dark 1 (李碧華鬼魅系列迷離夜, Hong Kong, 2013) 
Un film de Simon Yam, Lee Chi-ngai et Fruit Chan avec Simon Yam, Tony Leung Ka-fai, Lam Suet, Dada Chan, Siu Yam-yam, Felix Lok, Fala Chen, Kelly Chan, Yuen Qiu, Maggie Siu, Josephine Koo, Lo Hoi-pang, Cherry Ngan, Eileen Tung, Jonathan Wong, Chan Lai-wan, Julius Brian Siswojo, Leung Wing-kit, Tony Ho. 108 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 11 juillet 2013.



mercredi 10 juillet 2013

Thunder cops II


Il faut d’abord expliquer ce titre Thunder cops II, spin off d’Operation pink squad II, qui avait été retitré Thunder cops pour la sortie en vidéo hors de Hong Kong. Plus vendeur sans doute. Sandra Ng est désormais seule à porter le film et l’option film de fantômes est abandonnée. Femme flic autoritaire, Fong Ngai-nam ouspille les vendeurs de rue quand elle tombe sur son père (Eddy Ko dans une très courte apparition), lui aussi policier, qui surveille un affreux jojo, Chan Leung (Sunny Fang) au rire évidemment sardonique qui abat de deux balles le père devant les yeux de la fille. Cette dernière se sent responsable car elle n’avait pas suivi l’ordre de quitter les lieux. Nam n’a désormais plus qu’n but dans sa vie : venger son père.

Sur sa route vers la vengeance, elle interroge une junkie, Tsan (Ann Bridgewater) qui lui sert d’indic. Le film ne s’embarrasse pas pour laisser l’actrice faire un cabotinage franchement lourd dans son personnage de droguée, notamment dans une scène de manque où elle supplie Nam. Mais, il faut reconnaitre qu’elle est dans le ton des autres interprètes. Ainsi, Sing Fui-on est encore une fois un brutal porte-flingues qui couche avec Tsan tout en lui refilant son héroïne. Tsat-ko (Sing Fui-on) est l’homme clé pour l’emmener sur les pas de Chan Leung. Thunder cops II se confronte aussi à la corruption des flics. Jeff Lau joue le chef de la police qui fait arrêter Fong Ngai-nam. Il est de mèche avec les trafiquants de drogue.

Les scènes comiques, qui sont tout de même parmi les spécialités de Sandra Ng, sont rares. Elle arbore une moustache pour surveiller Tsat-ko. Son fort peu habile déguisement met en péril une autre filature. Les successives morts qui jalonnent le récit (son père, Tsan, puis une de ses collègues) augmentent la colère de son personnage. Le souci de contre-emploi est qu’elle reste dans la caricature, mâchoire crispée, regard noir, geste brusque. Stephen Chow n’apparait que dans la dernière moitié. Il est le frère de Tsat-ko. Une idylle se crée avec Ngai-nam et il doit choisir entre la femme dont il est tombé amoureux et sa famille. Le classique final au gunfight est filmé au ralenti. Le ton global du film est très sombre mais d’une manière trop forcée pour convaincre.

Thunder cops II (流氓差婆, Hong Kong, 1989) Un film de Jeff Lau avec Sandra Ng, Sing Fui-on, Ann Bridgewater, Stephen Chow, Wu Fung, Jeff Lau, Lam Siu-lau, Eddy Ko, Wong Chi-keung, Sunny Fang, Joh Chung-sing, Lo Hung.

mardi 9 juillet 2013

Drug war


Un car qui transporte des passagers aux estomacs remplis de boulettes de drogue. Un camion qui passe de l’amphétamine. Un trafiquant qui perd le contrôle de sa voiture et s’écrase dans un magasin. L’ouverture de Drug war, premier polar de Johnnie To (produit et co-écrit par Wai Ka-fai) tourné entièrement en Chine, va droit au but. La drogue cherche par tous les moyens à traverser la frontière pour se répandre dans la République populaire. Dans le même mouvement, le cinéaste hongkongais apporte son savoir faire et son ambiance unique en Chine en traversant la frontière entre les deux pays. La question immédiate que l’on se pose : Drug war parviendra-t-il à abolir les limites de la censure chinoise en parlant de drogue, de policiers et de mafia, sujets ultra sensibles ?

Ce trafiquant, bave aux lèvres et couverts d’ecchymoses est Timmy Choi (Louis Koo). Son laboratoire clandestin, situé au beau milieu de la campagne chinoise, a explosé, tuant sa femme et deux de ses hommes. Son accident de voiture, filmé par les nombreuses caméras de surveillance, l’a conduit à un hôpital. Là, il doit faire face aux interrogatoires du lieutenant Zhang (Sun Honglei), chargé de la répression du trafic de drogues et de sa fidèle assistante Xiaobei (Crystal Huang). Il se tait d’abord. Son téléphone n’arrête pas de sonner et de délivrer des messages codés. Or Timmy risque la peine de mort et préfèrera collaborer avec la police pour réduire sa peine. Ensemble, ils vont partir en mission : démanteler le réseau que Timmy a lui-même mis en place.

Timmy va mettre en scène Zhang qui va se faire passer pour Chang devant le bien nommé Haha (Hao Ping). Chang (Tan Kai) est l’homme de main de l’oncle Bill (Li Zhenqi), qui doit acheter de l’héroïne pour la vendre en Corée et au Japon. D'abord trouver le costume de mafieux à Zhang. Puis, choisir le décor : un hôtel de luxe. Haha passe son temps à rire très fort et Chang a, au contraire, un visage impavide. La rencontre s'improvise comme une répétition de la scène qu’il faudra ensuite à nouveau interpréter. Zhang incarne cette fois Haha devant Chang et Xiaobei sera la petite amie frivole de Haha. Zhang doit jouer deux rôles opposés, se rappeler de chaque détail de ses personnages tout en surveillant Timmy qui, lui-même, le guide. Le public ne sera pas seulement constitué des spectateurs du film mais aussi de tous les policiers qui surveillent par caméra la chambre d’hôtel.

La tension, amplifiée par la superbe musique de Xavier Jamaux, est subtilement portée à son paroxysme. Il faut avouer que Johnnie To prend un malin plaisir à faire s’échanger les rôles à ses personnages et à créer des méandres qui menacent chaque fois de perdre le fil du récit. On retrouve les deux conducteurs du camion d’amphétamines, deux abrutis finis qui se sont servis dans la cargaison que Timmy va copieusement rosser. On découvre un deuxième laboratoire tenu par des muets qui se révèlent être de furieux manipulateurs de fusils en abattant la moitié des hommes de Zhang. Séquence magnifique de brutalité où les visages des deux muets (Guo tao et Li Jing) passent de la jovialité lors de leur retrouvaille avec Timmy (la célébration de la mort de son épouse où de vrais billets sont brûlés) à la fureur sourde. Chaque fois, Timmy garde la main sur le récit, Zhang n'est qu'une marionnette bien qu'il croit être le meneur de jeu.

Les personnages interprétés par les acteurs de Hong Kong sont tous de trafiquants de drogue. Outre Timmy (Louis Koo est remarquable, portant constamment un sparadrap sur le visage), plusieurs fidèles de Johnnie To et de la Milkyway sont de la partie : l’inévitable Lam Suet qui marmonne des mots en anglais, Lam Ka-tung et Michelle Ye en Bonnie et Clyde, Eddie Cheung, entre autres. Ils forment les bras droits de Timmy qui doivent organiser le trafic. Ils n’arrivent que dans le dernier tiers de Drug war mais leur partition, l’attention que leur porte le cinéaste et le caractère pince sans rire de leur personnage (un humour glacial est constant dans le film) les rend plus vivants que tous les policiers chinois. C’est là sans doute qu’est le plus grand pied de nez de Johnnie To : remplir son contrat de faire un film contre la drogue tout en égratignant la raideur de la justice et de la police de la Chine et en s’offrant le luxer de filmer l’un des plus beaux gunfights finaux vus depuis bien longtemps.

Drug war (毒戰, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Johnnie To avec Louis Koo, Sun Honglei, Crystal Huang, Hao Ping, Gan Ting-ting, Michelle Ye, Lam Suet, Wallace Chung, Gao Yun-xiang, Xiao Cong, Li Guang-jie, Yin Zhu-sheng, Lo Hoi-pang, Eddie Cheung, Lam Ka-tung, Wang Bao-qiang, Guo Tao, Cheng Tai-shen, Li Jing, Hai Qing, Tan Kai.

samedi 6 juillet 2013

Faithfully yours


Faithfully yours marque dans les débuts de la carrière de Stephen Chow sa première comédie. Il est accompagné de Jacky Cheung et Max Mok. Le trio d’amis se rend à l’inauguration du salon de coiffeur moderne et chic que tient Happy Chan (Jacky Cheung) et qu’il ouvre juste à côté de celui que tient le personnage de Richard Ng, coiffeur à l’ancienne. Ce dernier n’est pas tout à fait ravi de cette concurrence d’autant que Puddin Lai (Stephen Chow) et Big Eyes Yan (Max Mok) se confrontent à lui, en se trompant de boutique.

Les trois garçons ont surtout remarqué que Richard Ng a une jeune et jolie fille prénommée Ying (Cheung Man) et vont tout faire pour rentrer dans le salon de coiffure. Ils seront bien reçus : mousse à raser pour Happy, seau d’eau pour Puddin. Seul le binoclard Big Eyes s’n sort presque bien. Ying commence à le coiffer mais son rasoir coupe son sourcil. Ils décident, avec obséquiosité, de sympathiser avec leur voisin mais c’est pour mieux approcher Ying. Le père veille au grain et fait les gros yeux quand ils se montrent trop entreprenants.

Plutôt que de se cantonner dans une comédie de voisinage où tous les coups sont permis, comme l’avait fait Michael Hui dans Chicken and duck talk, sorti six mois plus tôt, le film diverge vers la romance avec Ying qui tombe enceinte après une soirée très arrosée. Aucun des trois amis ne se rappelle quoi que ce soit. Le père, comme la mère (Lydia Shum) ne sont pas contents de cette situation. La décision est prise que Happy, Puddin et Big Eyes s’occuperont d’elle dans l’appartement qu’ils louent. Ils étaient irresponsables et immatures, ils devront grandir.

La nature des gags est essentiellement burlesque. Lors de la soirée très arrosée, tout se termine avec des tartes à la crème que se lancent les personnages. Le problème du comique dans Faithfully yours est son caractère répétitif. Chaque gag est répété trois fois. Richard Ng et Lydia Shum interrogent à tour de rôles les pères putatifs. Le trio prépare, l’un à la suite de l’autre, un repas infect à Ying. Dans un bus, Ying se sent mal et les garçons se mettent torse nu pour essuyer le vomi. Seules les variantes changent mais les gags restent très pauvres et, à force, rarement drôles. Le film peut être vu comme une adaptation hongkongaise de 3 men and a baby de Leonard Nimoy, remake de 3 hommes et un couffin de Coline Serreau.

Faithfully yours (最佳女婿, Hong Kong, 1988) Un film de Wong Wah-kay avec Jacky Cheung, Stephen Chow, Max Mok, Cheung Man, Richard Ng, Lydia Shum, Teddy Yip.

vendredi 5 juillet 2013

Forever fever


La fièvre du samedi soir a enflammé le corps de Hock (Adrian Pang), jeune vendeur dans une épicerie de Singapour. En 1977, deux choses l’intéressent : la moto, qu’il rêve d’acheter, et Bruce Lee, dont les posters tapissent les murs de sa chambre. Le soir avec ses amis, ils vont voir des films de l’idole du kung-fu. Mais plus aucun cinéma ne passe ses films. A la place, plutôt que d’aller faire l’éternelle partie de bowling, Mei (Medaline Tan), convainc la bande d’aller jeter un œil à cette comédie « disco » titrée Forever fever, comme le film qu’on regarde donc. Yeux grands ouverts, Hock est immédiatement fasciné par les pas de danse exécutés par l’imitateur de John Travolta (Dominic Page). Car si on entend des chansons des Bee Gees, elles sont réinterprétées par un groupe de Singapour, tout comme on ne verra aucune image du film La Fièvre du samedi soir (question de droits on imagine) mais plusieurs pans de son récit sont empruntés.

Hock n’a désormais plus qu’une envie : apprendre à danser. Mei, amoureuse de lui, accepte d’âtre son partenaire. Et ça tombe bien, un concours de disco est lancé. Premier prix : 5000 $, de quoi s’acheter la moto dont il rêve. Il va voir et revoir le film et, là, comme par magie, le faux Travolta sort de l’écran pour lui donner quelques conseils pour enchainer les pas de danse. Mais aussi lui indiquer qu’il doit adopter la tenue adéquate : chemise ouverte, pantalon moulant et mise ne pli. Il faut avouer que les pas de danse du duo Mei et Hock sont hésitants et bien loin du modèle. En gros, les chorégraphies sont banales et molles, ce qui n’empêche pas Richard (Pierre Png) de voir en Hock un rival à éliminer. Julie (Anna Belle Francis), la partenaire de Richard, se rend compte que ce dernier est un homme mauvais. La preuve, il fait virer Hock de l’épicerie et le tabassera le soir du concours. Du coup, Julie veut faire le concours avec Hock mais il faut évincer Mei. La jeune femme accepte de se sacrifier par amour pour Hock.

Le récit de Forever fever est cousu de fil blanc. Peu importe qui va gagner le concours, c’est la somme sui est importante car la famille de Hock va changer le dessein du héros. Il vit encore avec ses parents et sa grand-mère, seul personnage à dire quelques mots en chinois. C’est très étrange de voir tout un film en anglais, mais c’est le particularisme de Singapour. Le père est autoritaire préférant le jeune frère Beng (Caleb Goh), étudiant médecin, qu’il va rejeter quand il apprendra son secret. La mère est très compatissante. La jeune sœur, Mui (Pamela Oei), passe son temps à lire des romans à l’eau de rose et change de prénom chaque jour. Hock est jaloux de l’attention qu’on porte à son frère, mais l’adversité va les rapprocher Le message du film, car il y en a un, est que chacun doit rester lui-même pour s’épanouir. Ce qui dans un pays qui pratiquait l’acculturation, notamment linguistique, à l’époque où le film se déroule (1977) a du être largement bien perçu par le public de Singapour. Message certes sympathique mais énoncé ici avec autant de maladresse que de sincérité.

Forever fever (Singapour, 1998) Un film de Glen Goei avec Adrian Pang, Medaline Tan, Pierre Png, Anna Belle Francis, Steven Lim, Westley Wong, Alaric Tay, Dominic Pace, Caleb Goh, Pamela Oei, Kay Siu Lim, Margaret Chan, Lily Siew Lin Ong.

jeudi 4 juillet 2013

Sorties à Hong Kong (juillet 2013) Blind detective

Blind detective (盲探, Hong Kong, 2013)
Un film de Johnnie To avec Andy Lau, Sammi Cheng, Guo Tao, Gao Yuan-yuan, Lo Hoi-pang, Bonnie Wong, Lam Suet, Patrick Keung, Zi Yi, Lang Yue-ting, Eileen Yeow. 130 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 4 juillet 2013.




mercredi 3 juillet 2013

The Last conflict

Téléfilm produit et diffusé par la chaîne TVB en 1988, The Last conflict marque non seulement les débuts en tant que réalisateur de Raymond Lee (avant qu'il ne rentre à la Film Workshop de Tsui Hark pour tourner les Swordsman et L'Auberge du Dragon) mais aussi ceux de Stephen Chow, Donnie Yen et Franic Ng. Les trois acteurs débutants n'avaient jusqu'à présent tourné que pour la télévision ou des troisièmes rôles pour le cinéma à l'exception notable de Donnie Yen qui a commis le nanar de Yuen Woo-ping, Mismatched couples. Il faut bien débuter un jour.

L'ouverture du film montre en détail une filature effectuée par Kang (Stephen Chow, un policier débutant (on le reconnaît à la gentillesse de ses méthodes et à sa coupe en brosse) qui fait équipe avec Pao (Lau Kong) qui doit partir à la retraite le mois suivant. Pao forme ce jeune, qui transpire devant la difficulté de sa mission, à garder son calme. Il fait figure de père de substitution lui prodiguant conseils et affection. En revanche, la mère de Kang (Angela Yu) est une source de problèmes : elle ne cesse de jouer aux jeux et d'accumuler les dettes que son fils rembourse contraint forcé. Et surtout, elle le culpabilise et le maintien dans un statut de gamin.

Pao a une charmante fille, Eva (Nadia Chan), infirmière qui va veiller sur son père quand celui-ci sera blessé lors d'une course poursuite. On donne à Kang un nouvel équipier, Dickson Kwan (Donnie Yen), flic d'Interpol, qui vient lutter à Hong Kong contre Tong (Francis Ng), le méchant de service, tout en grimace et en sarcasme. Dickson tombe amoureux d'Eva et réciproquement. Dickson n'est pas très bien vu par la police locale d'autant qu'il porte un chapeau de cow-boy pour bien montrer qu'il est Américain avec des méthodes à l'américaine. Au fil du scénario, il se met hors des règles et est recherché par les flics. La mère de Kang, pour toucher la récompense, dénonce ce pauvre Dickson.

Le résultat final de The Last conflict est peu convaincant. D'abord, le téléfilm souffre d'une durée trop importante (114 minutes) avec des scènes de poursuite interminables. Ensuite, on remarque que les personnages sont très caricaturaux mais que Francis Ng a déjà trouvé sa manière de jouer les ordures comme Donnie Yen fait preuve d'une remarquable souplesse dans ses combats. Seul Stephen Chow, qui se destinait aux personnages de gentils flics à ses débuts, semble à côté de ses pompes. L'un des personnages du film lui rétorque à un moment : « Tu est amusant quand tu es en colère ». On ne saurait mieux définir le style de l'acteur dans ses films suivants.

The Last conflict (刑警本色, Hong Kong, 1988) Un téléfilm de Raymond Lee avec Stephen Chow, Donnie Yen, Francis Ng, Lau Kong, Nadia Chan, Angela Yu


mardi 2 juillet 2013

Curry and Pepper


Ils se connaissent depuis l’école de police, depuis ils bossent ensemble et partagent un appartement. Curry (Jacky Cheung) et Pepper (Stephen Chow) sont surtout deux policiers plutôt paresseux, qui préviennent les vendeurs de rue de l’arrivée de leurs collègues en se faisant offrir des brochettes et, comme le dit leur chef, le bon gros inspecteur Chow (Barry Wong) qui ne cesse de couvrir leurs bêtises, ce sont des causeurs de trouble. Cela n’empêche pas une journaliste de la télévision, Mimi Law (Ann Bridgewater) de vouloir les suivre au quotidien pour un reportage. Leur patron ne pense pas qu’ils puissent représenter la meilleure image de la police mais l’autoritaire chef de la police Ma (Michael Dinga) se trouve être l’oncle de Mimi.

Les deux zozos sont bien connus dans leur quartier. L’irascible patron de restaurant (John Shum) les engueule comme des gamins en leur servant des nouilles au riz immangeables. Ils poursuivent des vilains américains qui arnaquent les gens avec de la fausse monnaie. Ils rencontrent dans le quartier chaud une de leur connaissance prostituée. Et enfin, Ten (Eric Tsang) vendeur à la sauvette dans la rue qui vend des fausses montres et qui leur sert d’indic occasionnel. Stephen Chow, plus que Jacky Cheung, se livre à toutes sortes de pitreries devant la caméra de la reporter, il se roule par terre, pousse des hurlements et fait le macho avec ses lunettes noires constamment vissées sur son nez. A lui tout seul, il fait le show.

Les deux comparses de Curry and Pepper son amis pour la vie mais quand l’amour s’en mêle, rien ne va plus entre eux. Ils tentent tous les deux de séduire Mimi Law et ils y vont avec leurs gros sabots, en insistant bien sur leur prétendu charme incomparable. Finalement, ce sera Curry qui aura les faveurs de la belle journaliste tandis que Pepper devra se contenter d’Anna (Chow Mei-yan), sa collègue serviable mais plus disgracieuse. Mais cette liaison entre Curry et Mimi va provoquer chez Pepper une jalousie comparable à celle d’un couple, ce que les deux hommes forment d’une certaine manière. Ils commencent par se rendre les fringues que chacun a prêtées à l’autre puis à dissoudre leur équipe. Sans être neuve, cette ambivalence sexuelle est l’un des meilleurs moments du film.

Puisque le film de Blacky Ko est typiquement une comédie policière des années 1980, il faut faire rentrer le super méchant du film interprété par le cinéaste lui-même. Barré d’une cicatrice sur le visage, Blacky Ko est un tueur à gages froid et impitoyable qui bosse pour la mafia philippine. Il tue d’abord un flic infiltré puis s’attaque à leur vieil ami Ten. Curry comprendra que le monde guindé de Mimi Law n’est pas fait pour lui et redeviendra ami avec Pepper au terme. Les deux amis ne peuvent alors que s’unir pour lutter contre cet assassin. Le film se termine sur l’habituelle séquence de gunfight pleine de coups de feu et de sang qui gicle.

Curry and Pepper (喱辣, Hong Kong, 1990) Un film de Blacky Ko avec Jacky Cheung, Stephen Chow, Ann Bridgewater, Blacky Ko, Eric Tsang, Chow Mei-yan, John Shum, Michael Dinga, Barry Wong, Billy Ching, Fruit Chan.

lundi 1 juillet 2013

Tai chi zero


Concilier l'ancien et le nouveau est l'ambition de Tai chi zero, premier volet du diptyque conçu par Stephen Chow et qui sort cette semaine en dvd chez Wild Side. La deuxième partie, Tai chi hero sortira fin août. L'ancien, c'est cette relecture actuelle de l'histoire de la Chine et de ses personnages emblématique (Ip Man vu au cinéma cinq fois, Chen Zhen, Qiu Jin) et désormais Lu-chan, le développeur de la technique du tai-chi. Il faut d'abord signaler que Tai chi zero n'est pas le remake de Tai chi master de Yuen Woo-ping avec Jet Li. En revanche, on peut constater qu'au début des années 1990, Hong Kong, juste avant la rétrocession revenait aussi sur l'histoire de certains de ces héros, Chen Zhen encore dans Fist of legend, Fong Sai-yuk et Wong Fei-hong dans les Il était une fois en Chine. Il est intéressant de voir que régulièrement le cinéma de Hong Kong et de Chine a besoin de se tourner sur son passé et récrire la légende de ses héros.

L'ouverture du film se fait en plusieurs temps. D'abord, une représentation de l'époque (dynastie Qing finissante, 19ème siècle), où Lu-chan (Jayden Huan) est l'un des soldats engagés dans une bataille de la guerre des clans. L'homme est pourvu d'une corne sur le front que son chef frappe et qui découple ses forces mais l'épuise physiquement. Puis, on continue avec un court flashback sur la naissance et l'enfance du personnage où Shu Qi incarne sa mère. Ce flashback est construit comme un film muet en noir et blanc, avec intertitres qui reprennent les dialogues. Puis, enfin le générique d'ouverture mêlant animation et prise de vues réelles avec Lu-chan adulte qui se rend au village de Chenjiagou. Comme dans un vieux Shaw Brothers, chaque acteur est présenté avec son nom et son personnage inscrit sur l'écran avec, cette fois, une indication aux plus jeunes spectateurs (Fung Hak-on « ancien cascadeur de Jackie Chan » par exemple).

L'idée de la distribution est de mêler jeunes et anciens acteurs. Les anciens : Bruce Leung, le méchant de Crazy kung-fu, film auquel on pense beaucoup, dans une courte apparition. Hung Yan-yan, le Pied-bot des Il était une fois en Chine, ici dans le court rôle du gardien du village des Chen. Car, tout le monde ne peut pas rentrer dans ce village et Lu-chan (incarné par un jeune champion olympique de kung-fu) doit passer quelques obstacles, dont l'ultime sera d'affronter Chen Yu-niang (Angelababy), la fille du chef du village. Plutôt que d'inscrire l'affrontement dans les dialogues, l'une des belles idées du film, à la fois ludique et didactique, est de montrer les mouvements de l'art martial visuellement, en décrivant avec des cercles, mots et flèches. Montrer ainsi la chorégraphie des combats de Sammo Hung est une nouveauté et affirme la volonté d'authenticité en appuyant sur l'aspect cartoonesque des scènes. Lu-chan rencontre alors un vieil artisan (Tony Leung Ka-fai) qui lui conseille d'imiter les gestes des adversaires. Cet homme, mystérieux, que l'on voit grimper obliquement les murs, est en fait le chef du village Chen.

Lu-chan est d'abord un homme innocent et naïf et surtout pas très malin (on a vite compris que l'artisan est le chef Chen) mais il apprend vite. Il affronte la belle Yu-niang par les arts martiaux, mais pour cette dernière, la rencontre avec Lu-chan lui permet un retour aux sources. Tout comme le personnage de Rosamund Kwan dans Il était une fois en Chine, Yu-niang est passionnée par les avancées technologiques occidentales. Passion qu'elle fait découvrir aux villageois (elle leur sert du café, elle allume des lampes, elle fait écouter un phonographe) et qu'elle partage avec Fang Zi-jing (Eddie Peng, acteur taïwanais, ce qui permet de réunir dans un même film des acteurs des trois Chine), son fiancé. L'une des répliques amusantes est sortie par un vieux paysan qui se demande pourquoi le jeune s'est mis un crachoir sur la tête en parlant de son chapeau haut de forme. Zi-jing est mandaté par le gouvernement impérial pour faire passer le train (la Chine commence à développer se chemins de fer) au milieu du village.

Ce qui est plaisant dans cette grosse machine commerciale qu'est Tai chi zero (et on imagine sa deuxième partie) est que précisément Stephen Fung tire les leçons des réussites passées pour faire de son film un habile mélange de nouveauté visuelle tout en rendant hommage au films d'arts martiaux anciens de la Shaw Brothers à Tsui Hark. Il réussit, à l'instar de Stephen Chow avec ses propres films, à combiner différents niveaux de comédie : gags visuels, humour qui joue sur les situations et les quiproquos, dialogues comiques ; et à alterner ces moments de comédie avec des enjeux dramatiques moins intéressants et peu développés. Le personnage de Zi-jing ne sait pas s'il doit obéir aveuglément à son chef et sacrifier son amour pour Yu-niang. L'arrivée de Claire (Mandy Lieu), femme au fort tempérament élevée à Londres va pousser Zi-jing a affronter les Chen, qui le méprisaient, avec la machine infernale conçue par les occidentaux. C'est une métaphore aucunement déguisée du cinéma hollywoodien désormais en concurrence avec justement des films de la trempe du diptyque. Tai chi zero parvient suffisamment à remplir son cahier des charges, à satisfaire ses ambitions et à divertir pendant 90 minutes pour donner envie de voir comment Lu-chan inventera dans Tai chi hero son art martial intérieur.

Tai chi zero (太極1:從零開始, Hong Kong – Chine, 2012) Un film de Stephen Fung avec Tony Leung Ka-fai, AngelaBaby, Jayden Yuan, Eddie Peng, Fung Shiu-fung, Shu Qi, Stanley Fung, Ying Da, Bruce Leung, Fung Hak-on, Chen Sicheng, Xiong Naijin, Hung Yan-yan, Yuan Wen-kang, Andrew Lau.