dimanche 18 août 2013

Retour à la 36ème chambre


Retour à la 36ème chambre n’est pas une suite directe de La 36ème chambre de Shaolin puisque Gordon Liu n’interprète pas San De, le créateur de cette chambre qui a pour but d’initier au kung-fu les laïcs. L’acteur est Jen-jie, jeune charlatan qui se fait passer pour un moine. Sa famille a honte qu’il ne cherche pas un travail honnête. Il demande de l’argent pour restaurer le monastère. Il a le crâne rasé, porte une toge orange mais est incapable de se battre.

Pourtant la teinturerie où travaillent son grand frère Sheng (Wa Lun) et ses amis Chao (Hsiao Ho) et Hung (Kara Hui) aurait besoin d’être défendu. Dans ce second volet, les Mandchous ont fait main basse sur le patronat. Désormais, les ouvriers seront payés 20% de moins. Les rebelles risquent quelques grands coups de bâton donnés par les contremaîtres fort peu commodes. Chao a l’idée de faire passer Jen-jie pour San De pour impressionner les Mandchous.

Ce qui plait dans la première partie de Retour à la 36ème chambre est le recyclage de l’imagerie de Shaolin. Jen-jie joue le moine sans l’être. Des câbles visibles l’aident à voler, les ouvriers simulent leur chute quand Jean-jie lance sa paume contre eux. Liu Chia-liang joue sur les clichés dans un style burlesque qui doit beaucoup aux apports des concurrents de la Shaw Brothers, en l’occurrence la comédie kung-fu de la Golden Harvest. Les gags vont jusqu’au scatologique (le moine qui a la chiasse) et sont agrémentés d’une musique adéquate.

Pour Liu Chia-liang, chantre du combat d’arts martiaux pur et authentique, cette manière de se moquer de Shaolin est intéressante. Il répond, par ce moyen, à Jackie Chan ou Sammo Hung qui employaient dans leurs films des acteurs qui ne faisaient que reproduire les gestes du kung-fu (Leung Kar-yan par exemple dans Le maître intrépide). Mais cette critique est sur un ton jovial. Le cinéaste n’entend jamais faire la leçon aux jeunes acteurs. Il cherche plutôt à prouver qu’il peut jouer sur le même terrain qu’eux.

Les deux parties suivantes se concentrent sur l’apprentissage de Jen-jie puis sur la vengeance sur les Mandchous. Le héros tente de rentrer au monastère de Shaolin, là encore en se déguisant en disciple, se créant les marques de brulure crânienne avec des graines de courge et en volant un uniforme. San De (King Lee, plus rondouillard que Gordon Liu) a bien compris que Jen-jie est rentré dans la 36ème chambre par effraction. Ses premiers pas sont difficiles et pas roublardise, avec de nombreux gags, il parvient finalement à être admis.

Comme dans chaque film de Liu Chia-liang (et d’autres récits d’apprentissage du kung-fu), la discipline passe par de manière déviée. En l’occurrence, San De ordonne à Jean-jie de construire un échafaudage en bambous pour rénover le monastère (finalement, il reprend l’idée que Jen-jie avait lorsqu’il mendiait en début du film). Cette belle idée permet d’édulcorer l’habituel et fastidieux catalogue des épreuves d’apprentissage qui alourdissaient souvent ses précédents films. Jen-jie observe ainsi les moines s’entrainer sur ses bambous.

Retour à la 36ème chambre est l’un des films les plus amusants de Liu Chia-liang. Le retour dans le village natal de Jen-jie suivi de sa vengeance permet de comparer l’imagerie et les clichés avancés en début de film avec l’érudition au combat du héros dans la dernière partie. Il passe en souplesse du burlesque échevelé au sérieux absolu. Les Mandchous croit devoir se battre contre un incapable naïf et prétentieux, ils trouvent en face d’eux un expert. Là aussi, le message s’adresse à ses concurrents tant la fluidité des chorégraphies ravit.

Retour à la 36ème chambre (Return to the 36th chamber, 少林搭棚大師, Hong Kong, 1980) Un film de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, Kara Hui, Hsiao Ho, Dang Wai-ho, Wong Ching-ho, Wa Lun, King Lee, Yau Chui-ling, Chan Si-gaai, Sek Gong, Kwan Yung-moon, Yeung Jing-jing, Johnny Wang, Chiang Tao, Chang Yi-tao.

vendredi 16 août 2013

Shaolin contre Ninja


Après le monastère de Shaolin (La 36ème chambre de Shaolin) et la cour de l’Empereur (La Mante religieuse) le troisième film de Liu Chia-liang sorti en 1978 délaisse la Chine historique pour le début du 20ème siècle. Shaolin contre Ninja est d’abord une comédie sur le mariage entre la Chine et le Japon. Plus précisément, entre He Tao (Gordon Liu), jeune homme moderne, et Yumiko (Mizuno Yuko), fille d’un homme d’affaires qui commerce avec le père de He Tao. Ce dernier n’a pas revu la jeune femme depuis leur enfance, il imagine qu’elle ne doit pas être jolie et est près de refuser ce mariage arrangé depuis des années. Devant la beauté de Yumiko, les noces sont célébrées dans la plus pure tradition chinoise, ou presque car la mariée s’habille en blanc (couleur de la robe de noces au Japon mais celle des funérailles en Chine), ce qui ne manque de provoquer parmi certaines invitées des commentaires acerbes.

Leur vie commune commence et on se croirait à certains moments plongés dans une de ces comédies matrimoniales chères à Ernst Lubitsch où les deux époux, mariés trop vite, ne cesse ensuite de se disputer. En l’occurrence, la jeune japonaise est adepte des arts martiaux de son pays et décide de s’entrainer dans son nouveau foyer. Le film prend rapidement un tour burlesque quand Yumiko détruit les statuts et les murs du jardin. Lau-shun (Chang Kang-yeh), le valet de la famille maladroit et encombrant croit que He Tao bat sa femme, à cause des cris qu’elle pousse pendant son entrainement. Mais c’est Yumiko qui commence à dominer la maisonnée et à affoler ce même serviteur quand sa tunique de karaté laisse entrevoir sa poitrine. Le couple ne se dispute pas en s’envoyant des assiettes, comme dans un film américain des années 1930, mais à coups de sabres, lances et de poing, le tout non sans une bonne pointe d’humour.

En creux de cette dispute, la comparaison des différents arts martiaux chinois et japonais. Elle pratique le karaté, le judo ou le kendo et les juge supérieurs au kung-fu. Il rétorque que ce qui compte n’est pas la force et la férocité, mais la voie de la sagesse inspirée de Shaolin. Liu Chia-liang se garde bien de prendre parti frontalement renvoyant la plupart du temps ses deux personnages dos à dos. Il les montre à la fois immature et impulsifs, incapables de s’entendre et de comprendre que les différents écoles de combat pourraient s’entendre plutôt que se combattre. Chacun vante ses arts martiaux et dénigre ceux de l’autre. Ces disputes à répétition provoquent le retour au Japon de la jeune mariée. Dépité, car malgré tout amoureux, mais aussi blessé dans son orgueil, He Tao suit les malheureux conseils de son serviteur et lui expédie une lettre de défi. Il espère ainsi qu’elle reviendra au foyer et que tout reviendra à la normale.

La deuxième partie de Shaolin contre Ninja est plus classique que la comédie matrimoniale et aborde les oppositions entre les arts martiaux chinois et japonais. La lettre de défi provoque la colère de Takeno (Yasuaki Kurata), ninja qui s’est entrainé avec Yumiko depuis leur enfance. Avec son sensei et six autres ninjas, ils partent en Chine affronter He Tao et laver leur honneur. Chacun est spécialiste d’une discipline : karaté, judo, kendo, sabre, nunchaku et lance. Comme souvent dans les films de Liu Chia-liang, les combats se suivent de manière un peu monotone. Ici, il les ponctue d’un peu d’humour (un combattant a un tic visuel), de trouvailles visuelles (les épouvantails dans le dernier combat). Le meilleur consiste en l’apparition de Liu Chia-liang du maitre du kung-fu ivre où He Tao imite chacun de ses gestes. Encore une fois, Liu Chia-liang souligne que le kung-fu et les arts martiaux chinois sont avant tout une histoire de transmission entre le sifu et le disciple.

Shaolin contre Ninja (Heroes of the East, 中華丈夫, Hong Kong, 1978) Un film de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, Mizuno Yuko, Cheng Kang-yeh, Cheng Miu, Yasuaki Kurata, Kato Naozo, Harada Riki, Sumi Tetsu, Shirai Manabu, Yana Nobuo, Nakazaki Yasutaka, Omae Hitoshi, Liu Chia-liang, Norman Chu, Wong Bat-ging, Ou-yang Sha-fei, Simon Yuen, Chow Siu-loi.

jeudi 15 août 2013

Sorties à Hong Kong (août 2013) Unbeatable


Unbeatable (激戰, Hong Kong – Chine, 2013)
Un film de Dante Lam avec Nick Cheung, Eddie Peng, Crystal Lee, Jack Kao, Mei Ting, Patrick Keung, Andy On, Wang Bao-qiang, Li Fei-er, Michelle Lo, Liu Geng-hong. 116 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 15 août 2013.

lundi 12 août 2013

La 36ème chambre de Shaolin


Avant l’arrivée au monastère de Shaolin, la première demi-heure de La 36ème chambre de Shaolin expose le contexte dans lequel Liu Yu-de (Gordon Liu) vivait. L’action commence à Canton (Chine du sud) où la domination mandchoue (Chine du nord) se fait cruellement ressentir sur la population locale. Tian (Loh Lie), le gouverneur dirige d’une main de fer et élimine tous ses opposants. Le film débute sur l’exécution de six résistants en place publique.

Le professeur Ho mène la résistance et il convainc trois de ses étudiants, dont Liu Yu-de, de transporter des messages secrets dissimulés dans divers cachettes : un poisson salé, un abalone, produits qui entrent et sortent des enceintes de la ville. Le gouverneur et ses deux fidèles sbires s’en aperçoivent vite. Les trois étudiants, pas toujours très discrets, se font prendre sur le fait. Pour eux, une seule solution s’impose : la fuite.

Liu Yu-de, qui revêt encore ses longs cheveux en natte, et l’un de ses camarades tombent sur l’un des sbires du gouverneur. Son ami est tué mais il parvient à s’enfuir, très blessé à la jambe. Il veut rejoindre Shaolin pour apprendre le kung-fu, puis pour ensuite enseigner les arts martiaux aux cantonais soumis aux Mandchous, afin qu’ils se défendent. Un aubergiste, le voyant déliquescent, le cache sur la charrette des moines venus acheter légumes et riz. A Shaolin, il aura le crâne rasé surmonté de six marques rondes.

Liu parvient à convaincre le moine supérieur de rester à Shaolin, lieu entièrement peuplé d’hommes. Il se voit donner le nom de San De. La première année, il se contente de balayer inlassablement les feuilles qui jonchent le sol. Puis, il ose un jour demander quand il pourra apprendre le kung-fu. Un moine lui répond ironiquement qu’il n’avait jamais demandé à apprendre les arts martiaux depuis son arrivée. L’apprentissage peut enfin commencer. Et bien entendu, San De, toujours trop pressé, veut débuter par le niveau supérieur. Il échoue et doit commencer au bas de l’échelle, par la 35ème chambre.

Plus de quarante minutes de La 36ème chambre de Shaolin sont consacrées à cet apprentissage. Pour aller à la cantine, les moines doivent enjamber un bassin d’eau sans y tomber pour apprendre l’équilibre. Pour avoir de bons bras, ils doivent porter des baquets d’eau. Pour sculpter leurs poignets, ils tiennent un marteau pour frapper un gong au rythme des prières des moines. Evidemment, San De brille d’abord par son incompétence, sa maladresse et son impatience développées sur un mode comique. Ces gestes qu’il va répéter pendant des années vont faire de lui l’un des meilleurs disciples du monastère.

Tous les autres disciples resteront à l’état de simples figurants, le film se contente de suivre San De dans son apprentissage. Seuls quelques moines se détachent dans les seconds rôles. Le film passe d’une chambre de Shaolin à l’autre, c'est-à-dire d’une discipline à une autre. L’enseignant de chaque discipline constate d’abord la nullité de San De. Il pousse le disciple à se surpasser et, avec un sourire complice, remarque qu’il a la maitrise de l’art martial. L’impression globale est un peu celle d’un long catalogue répétitif. Quand il arrive à la première chambre, plus aucun autre élève ne se trouve avec San De.

L’apprentissage est progressif, chaque aptitude acquise pour se battre sera utilisée dans sa vengeance contre le gouverneur mandchoue, une fois revenue dans sa ville d’origine. Ce n’est que dans cette partie que Liu Chia-liang met en scène des combats filmés en longs plans où la caméra suit les adversaires. Cette vengeance, à laquelle participe quelques jeunes gens qu’il recrute pour la bonne cause, est la plus réussie du film. San De peut ensuite enfin fonder sa propre chambre de Shaolin où il enseignera le kung-fu, ce sera la 36ème chambre.

La 36ème chambe de Shaolin (The 36th chamber of Shaolin, 少林卅六房, Hong Kong, 1978) Un film de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, Lo Lieh, John Cheung, Wilson Tong, Wa Lun, Hon Gwok-choi, Lau Kar-wing, Wai Wang, Chan Si-gaai, Wong Ching-ho, Woo Wang-daat, Lee Hoi-sang, Henry Yu, Ng Hong-sang, Norman Chu, Wong Yu, Wong Bat-ging.

dimanche 11 août 2013

Four chefs and a feast


Le plus grand souhait de Monsieur Lee (Sohung Lung), vieux millionnaire excentrique est de pouvoir déguster l’un des plus fameux plats de son enfance : le « Quatre Familles Heureuses ». Ce mets composé de poulet mariné à la cerise avait été servi la dernière fois en 1945 pour un banquet de la victoire de la Chine sur le Japon. Le plat, dernier des treize qui composait le repas, a été préparé par le restaurant des trois chefs May, Lone et Chun. Cinquante ans plus tard, Lee cherche à retrouver la saveur et le goût de jadis et réunit les descendants des cuisiniers.

De retour à Taïwan, May Fa (Jacklyn Wu) se remet difficilement que sa sœur jumelle soit tombée enceinte de son petit ami. Elle décide donc d’accepter l’invitation. A Hong Kong, Lone (Jordan Chan), vendeur de boulettes de poisson dans une petite boutique est obligé de fermer car il n’a plus d’argent pour payer le loyer. Ils se rendent à Shanghai chez Chun (Chin Shih-chieh) qui vit sur la réputation du restaurant May, Lone et Chun. Ce sont ainsi les spécialités culinaires des trois Chine qui se trouvent réunies pour retrouver la recette de ce plat fameux.

Les caractères des personnages sont tous opposés. Chun est un vieux célibataire qui vit avec sa sœur. Son seul but dans la vie est de cuisiner. C’est un homme doux mais velléitaire. Lone est au contraire un jeune chien fou qui drague, sans succès, toutes les filles qu’il rencontre. Jordan Chan excelle dans ce rôle d’homme immature. May subit une déception amoureuse et fait désormais une allergie aux nouilles à la sauce au sésame, plat favori de son ex et de sa sœur jumelle. Ensemble, ils vont combattre leurs démons intérieurs, chasser leur faiblesse et s’apprivoiser pour cuisiner main dans la main.

Le vieux monsieur Lee ne va pas leur faciliter la tâche en gardant quelques secrets sur lui-même. Les trois héros vont découvrir bien plus tard que le spectateur (grâce à un flash-back en ouverture de film) qu’il a été présent lors de ce banquet de la victoire. Ce personnage permet d’apporter un peu d’humour à Four chefs and a feast (la scène où ils doivent reconnaitre les saveurs des sauces), film qui n’a pas l’énergie du Festin chinois de Tsui Hark et de Salé sucré d’Ang Lee (où jouait Sihung Lung). Cependant, c’est encore une fois un régal de voir tous ces jolis plats concoctés par ces quatre chefs pour cette consensuelle comédie du nouvel an 1999.

Four chefs and a feast (四個廚師一圍菜, Hong Kong, 1999) Un film de Lee Kwok-lap avec Jordan Chan, Jacklyn Wu, Chin Shih-chieh, Sihung Lung, Wayne Lai, Ma Li-li, Chiu Yan-jun, Wong Yue-man, O Sing-pui, Yeow Ying-ying, Chan Kwok-bong, Moses Chan, Cheng Pei-pei, Ruby Siu.

jeudi 8 août 2013

Sorties à Hong Kong (août 2013) Tales from the dark 2


Tales from the dark 2 (李碧華鬼魅系列奇幻夜, Hong Kong, 2013)
Un film de Teddy Robin, Gordon Chan et Lawrence Ah Mon avec Fala Chen, Lam Ka-tung, Teddy Robin,  Mo Qiwen, Chan Yiu-wing, Sham Ka-ki, Lai Hon-chi, Vincent Wan, Kelvin Kwan, Cheung Kwok-keung, Siu Yam-yam. 90 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 8 août 2013.

Sorties à Hong Kong (août 2013) The Way we dance


The Way we dance (狂舞派, Hong Kong, 2013)
Un film d’Adam Wong avec Cherry Ngan, Lokman Yeung, Choi Hon-yik, Paul Wong, Tommy Ly. 110 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 8 août 2013.

mercredi 7 août 2013

Young lovers on flying wheels


Parmi les centaines de films produits ou distribués par la Shaw Brothers, on trouve des films sociaux censés causer de la jeunesse de Hong Kong. En 1974, l’acteur Ti Lung a réalisé Young lovers on flying wheels. Il incarne le premier rôle, Song Da, un jeune homme qui a trois passions : les filles, le kung-fu et la moto. Sa petite amie Ye Wei (Got Dik-wa) en a plus qu’assez de se déplacer dans les bus bondés pour aller retrouver Song Da ; la promiscuité, l’impolitesse des passagers, les hommes qui la regardent de trop près, la dégoûtent. Faut dire que Ye Wei est plutôt une jolie fille qui s’habille à la mode.

La solution serait que son mec achète une moto. Mais une moto ça coûte très cher et il n’a pas de boulot stable. Song Da vit seul dans un appartement dont les murs sont couverts de posters de moto. Chaque jour il passe devant le concessionnaire de motos tandis qu’il se rend à ses leçons de kung-fu. Parce que Ti Lung était une star de la compagnie à l’époque, il se met en valeur dans son propre film, apparaissant torse nu lors des entrainements de kung-fu (mis en scène par Liu Chia-liang et Law Kar-wing). Il s’agit de s’attirer non seulement le public masculin alléché par cette histoire de moto et féminin venu voir le corps sculptural de Ti Lung.

L’espoir renait quand un concours de kung-fu est lancé. Premier prix : une moto. Il s’inscrit parce qu’il est sûr de gagner. Mais il arrive deuxième et ne remporte qu’un casque. C’est déjà un début mais pas suffisant. Solution : travailler dur. Au bout de quelques semaines de boulot dans une banque et après avoir emprunté de l’argent à un usurier, il réussit à avoir la moitié de la somme. Il peut acheter à crédit sa moto. Sa copine est ravie. Le bus, c’est fini. Sang Do peut enfin frimer sur sa moto sauf qu’il ne sait pas encore la conduire et il se plante dans le décor. La jeunesse est tellement impatiente et impétueuse.

Tout était trop beau pour être vrai. Lors de son premier trajet, Song Da est pris à partie par une bande de motards qui le défie. Il se fait tabasser. Sa copine le quitte pour un autre motard. Enfin, comble du malheur, deux voleurs (Dean Shek et Lee Hoi-sang) lui piquent sa moto. La police ne fait pas beaucoup d’efforts pour retrouver les truands. Du coup, Song Da fait seul des recherches, s’absente de son travail et manque de se faire virer. Conclusion, il n’a plus assez d’argent pour rembourser l’usurier qui devient menaçant. Ça fait beaucoup pour un seul et beaucoup pour un seul film.

Toute la dernière partie de Young lovers on flying wheels sera consacrée à la résolution des soucis du héros qui a le cœur sur la main. Cette plongée en enfer, ultra caricaturale, va s’améliorer avec la rencontre de Yumei (Ching Hoh-wai), une gentille jeune femme qui est à l’opposé de son ex : modeste, simple et aimable. Mais un douloureux souvenir plombe sa relation : sa grande sœur est morte dans un accident de moto. Mais la rédemption est proche et le message global du film est de ne pas brûler les chandelles par les deux bouts. Il vaut mieux rester soi-même plutôt que chercher à en mettre plein la vue. Un bien beau message pour la jeunesse

Young lovers on flying wheels (Hong Kong, 電單車, 1974) Un film de Ti Lung avec Ti Lung, Ching Hoh-wai, Got Dik-wa, Chiang Nan, Dean Shek, Lee Hoi-sang, Lam Fai-wong, Wong Ching, Lee Man-tai, Lau Mei-fung, Gam Lau, Man Sau, Law Keung, Wong Chi-keung, Yuen Shun-yi.

lundi 5 août 2013

Ip Man, the final fight


Cinquième film sur Ip Man, sorti près de trois mois après The Grandmaster de Wong Kar-wai, Ip Man, the final fight suit les années du maître des arts martiaux à Hong Kong où il débarque seul et sans le sou en 1950. Herman Yau avait évoqué la jeunesse du personnage dans La Légende est née, Ip Man avec Dennis To dans le rôle titre. C’est désormais Anthony Wong qui incarne Ip Man à la fin de sa vie. Il mène un train de vie modeste dans un petit appartement où il vit avec son fils Chun. En ouverture du film, Chun signale qu’un de ses anciens disciples (dont le nom n’est pas prononcé mais on a reconnu Bruce Lee), fait une démonstration de Wing Chun à la télé. Ip Man continuera d’arroser ses plantes sur le balcon, ne détournera pas la tête. Le film commence donc en 1971 et le fils, en voix off dans un long flashback, devient narrateur de la vie de son père.

Exilé, il doit trouver un logement. Il lui sera fourni par Leung Sheung (Timmy Hung, le fils de Sammo) qui, décide de devenir son disciple. Il sera accepté après un superbe combat dans le salon entre les deux hommes. Ip Man pose un journal sur le sol et se place dessus. Si Leung Sheung peut déloger Ip Man, il deviendra son élève. Le combat est très simple, corps à corps entre les deux hommes, échanges de coups de bras filmés sans esbroufe par Herman Yau. Ip Ma, the final fight ne cherche pas à chorégraphier à outrance, contrairement aux films de Wilson Yip et de Wong Kar-wai. Anthony Wong a son âge (52 ans au moment du tournage) et il serait ridicule de le voir sauter sur des tables ou des rondins de bois pour affronter ses adversaires. L’objectif est de rendre son parcours le plus réaliste possible et d’effacer l’héroïsme et le romantisme.

Il devient donc un simple professeur d’arts martiaux, installé sur le toit de l’immeuble. Ses élèves viennent de différents milieux et ont diverses raisons d’apprendre le Wing Chun. Jordan Chan est Tang Sing, un modeste policier qui espère monter en grade sans se corrompre. Gillian Chung est Chan Sei-mui qui épousera Wong Tung (Chow Ting-yu), qui fera des combats de boxe clandestins pour gagner de l’argent. Jiang Luxia est Lee King. Tous ont des problèmes qu’ils tentent de résoudre avec les leçons du maître. Mais parfois, leur impulsivité et leur manque de discipline les font détourner de la vision strictement défensive qu’Ip Man a des arts martiaux. Ils les grondent comme des enfants quand ils se battent après avoir perdu aux jeux de hasard. Le film décrit avec détails la vie à Hong Kong dans les années 1950, la pauvreté, la précarité et la répression d’une grève par les Britanniques.

Les soucis d’Ip Man ne sont pas oubliés. Il a laissé son épouse Wing Sing (Anita Yuen) et son fils en Chine. Elle pourra faire un séjour à Hong Kong puis retournera en Chine chercher leur fils. Jamais Ip Man n’aura l’occasion de revoir sa femme. Mais jamais il ne s’énervera, ne se plaindra de son sort, montrant bien la différence avec ses disciples toujours à râler. La grande compassion du maître sera mise en avant par ses rapports avec Miss Jenny (Zhou Chouchou), une chanteuse de cabaret, toujours vêtue de superbes robes colorées. Il se prend de sympathie pour cette femme que tous ses élèves méprisent compte tenu de sa profession. La tension et la rancœur sont palpables lors d’un repas d’anniversaire où personne n’adresse la parole à Jenny. Personne ne semble avoir retenu les leçons prodiguées par Ip Man.

Il faut également évoquer les adversaires d’Ip Man. L’un est son alter ego. Eric Tsang incarne Ng Chung, un maître d’une école concurrente d’arts martiaux. Dix ans après Infernal affairs, il est amusant de retrouver le duo d’acteurs et de les voir combattre comme s’ils étaient de jeunes gens. C’est aussi plaisant de revoir Hung Yan-yan dans un rôle de méchant balafré. Il est Dragon, le chef d’un quartier où toutes les lois sont bafouées, où la police ne rentre pas et où les combats de boxe illégaux sont organisés. Il tente, avec l’aide de Tang Sing, désormais passé dans le camp des policiers corrompus, de truquer une parade du dragon en faisant affronter son bras droit (Ken Lo) et Ng Chung. Ce dernier recevra le soutien d’Ip Man malgré leurs différents.

Ce qui plait et séduit le plus dans Ip Man, the final fight est la modestie du projet. La volonté d’Herman Yau, de sa scénariste Erica Li et des chorégraphes des combats Li Chung-chi et Sin Kwok-lam (le premier a commencé avec Jackie Chan, le second a travaillé sur La Légende est née, Ip Man et Qiu Jin, la guerrière) est de ne jamais séparer les moments de bravoure du quotidien des personnages. Inutile de préciser que les acteurs sont tous magnifiques. Malgré un aspect un peu théâtral, le film gagne ainsi en équilibre et en cohérence, laissant de côté les écueils vus dans les autres Ip Man, le nationalisme rance chez Wilson Yip et l’esthétisation à outrance chez Wong Kar-wai. Herman Yau décrit une personnalité débarrassée de la légende pour mieux réécrire la légende. C’est un tour de force de cinéma.

Ip Man, the final fight (葉問終極一戰, Hong Kong, 2013) Un film d’Herman Yau avec Anthony Wong, Anita Yuen, Eric Tsang, Gillian Chung, Jordan Chan, Jiang Lu-xia, Timmy Hung, Zhou Dingyu, Rose Chan, Hung Yan-yan, Liu Kai-chi, Ken Lo, Wong Cho-lam, Yip Chun, Kevin Cheng.

dimanche 4 août 2013

Les Sept vampires d'or


« Entièrement tourné en décors à Hong Kong », annonce fièrement le générique des Sept vampires d’or. Le film commence pourtant en Transylvanie, en toute logique. En 1804, un moine chinois (Chan Shen) se rend au château du comte Dracula pour lui demander de l’aide. Dracula (John Forbes-Robertson) sort de son cercueil en se levant tel Nosferatu, sa cape bien repassée et le visage vert comme un déterré. Le moine souhaite faire revenir sept vampires chinois. Il raconte en cantonais que seul Dracula peut faire revivre cette légende ancestrale des vampires d’or. C’est alors que le comte, dans un effet spécial d’une beauté étourdissante (un peu de fumée qui sort du sol et deux chauves souris en plastic qui volent), intègre le corps du moine pour accomplir cette mission funeste.


Un siècle plus tard, en Chine, le professeur Van Helsing (Peter Cushing, car le film est une co-production entre la Hammer et la Shaw Brothers) fait une conférence devant des étudiants chinois. Tous se moquent de lui après qu’il ait raconté une histoire située bien des décennies auparavant. Flashback qui débute avec l’image qui se floute. Dans un village chinois, sept vampires portant un masque d’or et un pendentif en forme de chauve souris qui leur descend au nombril font des razzias de jeunes filles qu’ils sacrifient. Attachées nues (ce qui permet de faire un soupçon d’érotisme à peu de frais), les vampires boivent leur sang. Seul un villageois a tenté de s’opposer à eux, tue un vampire, s’empare de son pendentif et le dépose sur une statue de Bouddha.


Aucun étudiant n’apporte son aide sauf Hsi Ching (David Chiang, à l’anglais un peu difficile, car tout le film parle anglais) lui viendra en aide. Il se trouve, par le plus grand des hasards, être le petit-fils de ce villageois. Eliminer les vampires d’or est sa mission. Il veut se venger. Une équipe est formée pour partir dans le village. Hsi Ching sera entouré de six hommes forts qui sauront se battre (dont Lau Kar-wing, le frère de Liu Chia-liang, par ailleurs chorégraphe des combats et que l’on aperçoit dans le flashback situé dans le village. Aucun de ces acteurs hongkongais n’aura la moindre ligne de dialogue) et de la belle Mai (Shih Szu), la sœur de Ching. Le fils de Van Helsing (Robin Stewart), tombera amoureux de Mai, car il ne faut pas oublier de faire un peu de romance, sera de la partie ainsi que Vanessa Buren (Julie Ege), une mondaine suédoise. Elle tombera amoureuse de Hsi Ching.


Le scénario des Sept vampires d’or est truffé de poncifs sur les vampires et d’incohérences narratives. Van Helsing affirme qu’en occident, Dracula a peur des crucifix et qu’en orient, les vampires seront, logiquement, effrayés par des statues de Bouddha. Le film adopte un ton européen qui sera, quelques années plus tard, largement démenti et contredit par la vogue des kung fu ghost comedies chères à Sammo Hung et Wu Ma. Là, se seront les prêtres taoïstes armés de talismans qui feront reculer les vampires. Dans Les Sept vampires d’or, les revenants, tous squelettiques quand ils sortent de terre, ne sautent pas encore comme dans L’Exorciste chinois ou Mr. Vampire. Le film n’invente jamais une forme chinoise des vampires, il ne fait que reproduire la forme européenne.


Ce qui fait le grain de sel du film, ce sont donc ces revenants. Ils sont incarnés par des acteurs grimés avec un épais maquillage et porte un masque doré qui leur couvre les yeux. Ils grognent quand ils se battent. Et ils se battent tels des pratiquants de kung-fu, ce qui n’est pas vraiment le cas des acteurs anglais Quand ils sont éliminés avec un pieu dans le cœur, ils se transforment en une sorte de flasque visqueuse qui se repend sur le sol. Les effets spéciaux sont très bricolés, souvent image par image, donnant au film une facture bricolée plutôt agréable à regarder. Quant à l’armée des morts que réveille le moine Dracula grâce à un gong, elle est composée de figurants déguisés en squelettes qui sortent des tombeaux. Rien de tout cela n’est vraiment effrayant et l’ensemble est déclamé avec le plus grand sérieux, ce qui autorise quelques moments décalés où l’on peut sourire avec bienveillance.

Les Sept Vampires d'or (The Legend of the Seven Golden Vampires, 七金屍, Grande-Bretagne – Hong Kong, 1974) Un film de Roy Ward Baker avec Peter Cushing, David Chiang, Robin Stewart, John Forbes-Robertson, Robert Hanna, Chan Shen, James Ma, Lau Kar-wing, Feng Ko-an, Chen Tien-lung, Julie Ege, Shih Szu, Wong Han Chan.