Baby
blues (詭嬰, Hong Kong, 2013) Un film Leong Po-chi avec Raymond Lam, Kate
Tsui, Janelle Sing Kwan, Karena Ng, Lo Hoi-pang, Yu Bo, Irene Wan, Cheng Qian. 91 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 31 octobre 2013.
jeudi 31 octobre 2013
mercredi 30 octobre 2013
Snowpiercer – Le Transperceneige
Et de trois. Après le très raté Dernier rempart de Kim Jee-won, après
le peu convaincant Stoker de Park
Chan-wook, dire que l’on attend avec crainte le nouveau film de Bong Joon-ho
est un euphémisme. Comment le meilleur cinéaste de la décennie précédente qui
n’a rien tourné depuis Mother en
2009 allait-il résister au rouleau compresseur de la super-production
internationale ? Qui plus est avec un casting et une équipe aussi
hétéroclites, Chris « Captain America » en tête, tournage en
République tchèque. Et en plus adapté d’une bande dessinée française des années
1980 un peu oubliée.
Le concept de Snowpiercer est simple. En 2031, notre planète n’est plus qu’une
immense banquise à cause du dérèglement climatique et de la bêtise des hommes.
Un train traverse à grande vitesse le globe, sans jamais s’arrêter. En tête du
train, la première classe, en queue de train la troisième classe. C’est
justement dans ce bout de train que le film démarre. Bong Joon-ho décrit les
conditions misérables de la vie des passagers, comparables à celles de
prisonniers, et lance immédiatement les enjeux. Une rébellion est en marche
pour atteindre la tête du train.
Tous les passagers sont des survivants du
cataclysme météorologique mais l’inégalité règne. Dans cette queue de train,
les gens sont comptés comme des bêtes, habillés de haillons et ne mangent que
des barres de protéines noires que des soldats leur apportent dans un grand
charriot métallique. Ils sont entassés depuis 17 ans, depuis le démarrage du
train. Ils vivent les uns sur les autres. Certains sont nés là, n’ont jamais pu
poser un pied sur la terre et ils n’ont jamais vu le soleil. L’absence de
lumière dans ces wagons donne une telle atmosphère lugubre magnifiée par la
lumière du chef opérateur.
La première tâche de couleur dans toute cette
grisaille vient de la veste orange d’une femme issue des premières classes.
Elle vient chercher deux enfants sans donner d’explication. Elle a tous les
droits, elle est de la race supérieure. Et de toute façon, elle est entourée de
soldats armés. Devant ce kidnapping, Gilliam (John Hurt) autorise Curtis
(Chris Evans) à lancer la révolte. Première étape : trouver Nam (Song
Hang-ko), l’ingénieur du train qui permettra d’ouvrir toutes les portes et de
pénétrer dans les wagons. Il accepte sous condition : recevoir à chaque
porte ouverte une dose de kronol, une drogue synthétique.
Là faut-il probablement arrêter de raconter
quoi que ce soit du scénario foisonnant de Snowpiercer,
histoire de ne pas gâcher le plaisir simple du spectateur. Le film de Bong Joon-ho,
tout comme The Host, ne se contente
pas d’être un film spectaculaire aux scènes d’action entre les rebelles et les
soldats superbement chorégraphiées mais il est aussi une réflexion profonde sur
la condition humaine. La classe dominante a recréé dans ce train une nouvelle
forme de société où Wilford (Ed Harris), le créateur du train est considéré
comme un Dieu vivant.
Tout comme dans ses précédents films, l’humour
est constamment présent dans Snowpiercer.
Tilda Swinton incarne le porte-parole fanatique et lâche de Wilford. Avec ses
lunettes rondes, son dentier, elle débite tout un discours sur la chance qu’ont
les habitants de la dernière classe d’avoir été sauvés, que chaque homme doit
rester à sa place et que les chefs doivent gouverner et les autres obéir. Son
personnage fait rire tout en étant absolument terrifiant. Snowpiercer se transforme alors en film d’horreur pure. Les
changements de ton créent un rythme frénétique, alternant moments de calme et
action.
Après un tiers du film passé dans la queue du
train, le soleil fait enfin son apparition pour les rebelles. Ils découvrent le
monde qu’on leur a interdit. Ils voient le monde sous la neige. Ce monde
artificiel recréé de toutes pièces semble changer de décennie suivant les
wagons. D’abord, les années 1950 dans les restaurants et l’école où les chères
têtes blondes apprennent à vénérer Wilford pour s’achever dans un monde futuriste
qui semble vidé de toute substance. La grande richesse du film supprime toutes
les craintes que j’avais plus haut. Snowpiercer
est un très grand film.
Snowpiercer – Le Transperceneige (Snowpiercer,
Corée – Etats-Unis – France, 2013) Un film de Bong Joon-ho avec Chris Evans, Ed
Harris, Jamie Bell, Alison Pill, Tilda Swinton, John Hurt, Octavia Spencer,
Ewen Bremner, Luke Pasqualino, Song Kang-ho, Steve Park, Clark Middleton, Kenny
Doughty, Adnan Haskovic, Tómas Lemarquis.
mardi 29 octobre 2013
Au-delà du sang
Au-delà
du sang est le premier long-métrage de Guillaume Tauveron, jeune photographe
basé à Tokyo et déjà auteur d’une douzaine de courts-métrages. Son film qui
sort ce mercredi 30 octobre en France a la bonne idée de ramasser son récit sur
82 minutes (générique compris). Tout se déroule en une seule nuit dans un Tokyo
pratiquement déserté de ses habitants, éclairé par des néons lugubres. Le
voyage à travers la nuit de Shinji (Takahiro Ono) commence après être rentré de
son boulot.
Il reçoit un étrange sms sur son portable qui
lui donne un rendez-vous dans un bar. On lui révélera qui a tué, un an
auparavant, son épouse Akemi (Omocha Chiba) à qui il pense. Le film est
régulièrement ponctué de flashbacks où le passé de Shinji, puis des autres
personnages, est raconté. Ces retours en arrière sont filmés avec une lumière
blanche qui contraste radicalement avec l’atmosphère sombre et nocturne du
récit au présent.
On se croit d’abord lancé dans un film de
fantômes puisque c’est Akemi qui donne des pistes pour retrouver son propre
meurtrier. Elle apparait comme dans un épisode de Ring, visage verdâtre et cheveux longs qui retombent sur son
visage. Elle donne un nom à un Shinji éberlué par ce qu’il est en train de
vivre. Il va devoir trouver Takeshi (Hiroei Ishihara), l’un de ses amis
qu’Akemi désigne comme son bourreau. Le périple de Shinji va l’emmener à
rencontrer quelques personnes qui sont, tout autant que lui, des solitaires
désespérés.
Pour se venger, Shinji décide d’acheter un
revolver. Il va en trouver un auprès d’un yakuza (Keisaku Kimura), patron d’une
boite de strip-tease. Sa chemise rouge vif, ses cheveux gominés et sa gueule de
méchant en font un yakuza idéal. Il est entouré de quelques hommes de main bien
plus jeunes que lui qui retiennent une jeune femme en uniforme de lycéenne.
Elle voulait s’échapper et Shinji va l’aider en tirant un coup de révolver dans
la jambe du yakuza.
Le duo doit fuir, à pieds, dans les rues
désertes. Ils rencontrent une femme Izumi (Miwako Izumi), tombée de vélo. Elle
les invite chez eux. Ils discutent longuement malgré la fatigue. Elle se trouve
de nombreux points communs avec Shinji. Ils partagent la même solitude, ils
sont hantés par les fantômes de leur passé, ils pourraient tous les trois
recommencer leurs vies, fonder une nouvelle famille, quitter la ville. Shinji
souhaite poursuivre sa vengeance. Elle ne va pas le laisser quitter son
appartement.
Le film repose sur des archétypes que l’on
connait tous. Shinji est un salaryman qui ne quittera jamais sa cravate. Il
agit froidement dans sa quête de vengeance comme s’il travaillait. Le yakuza
plus cruel que jamais qui clame son charisme à ses sbires. La lycéenne que le
yakuza retenait prisonnière pour en faire une strip-teaseuse. Et enfin la femme
quadragénaire, seule dans son petit appartement qui subit tout le poids de la
société japonaise. Ces personnages, le film les triture, cherche à en retourner
les clichés et leur fait passer des épreuves.
Au-delà
du sang fonctionne comme un thriller sous hypnose où les personnages subissent
les événements qui leur tombent dessus sans qu’ils ne puissent choisir leur
destin. On sent partout l’envie du cinéaste de se souvenir de certains pans du
cinéma japonais avec respect (la chanson du vieux Shimura dans Vivre d’Akira Kurosawa) ou amusement
(le clin d’œil à Kitano dans le dialogue entre Shinji et Takeshi, ce dernier
appelant le premier « haniki »), ces souvenirs fonctionnant comme
autant de fantômes. Finalement, Au-delà
du sang est peut-être bien un film de fantômes.
Au-delà du sang (France – Japon, 2013) Un film
de Guillaume Tauveron avec Takahiro Ono, Mari Yoshida, Omocha Chiba, Keisaku
Kimura, Miwako Izumi, Hiroei Ishihara, Ryu, Yasunari Kondo, Takashi Kokubu, Masato
Yamaguchi, Takuya Omoto, Kazuki Yamamoto.
samedi 26 octobre 2013
La Légende Zatoichi 9 : La Lettre
Le
jour de l’an est proche et Zatoichi (Shintarô Katsu) décide de le passer
tranquillement dans le village de Kasama. Un homme lui propose une
mission : donner une lettre à Sen (Eiko Taki), la servante de l’auberge.
Cet homme est Shinsuke, le frère de Sen, poursuivi par la police pour avoir tué
le chef d’un village voisin. Shinsuke se cache et espère pouvoir assouvir sa
vengeance. Zatoichi ignore tout cela mais il va vite découvrir que ce qu’il se
passe à Kasama ne lui réserve pas un jour de l’an très calme.
La
communauté s’apprête à fêter la nouvelle année. Les saltimbanques et les
marchands affluent pour divertir les villageois. Ils apprennent alors qu’ils
devront reverser une large part de leur revenu au nouvel chef du village Jinbei
(Kichijirô Ueda) qui pratique ce racket avec l’accord de Kojima (Akitake Kôno),
l’intendant de l’empereur. Personne n’ose rien dire de peur des représailles.
Personne ne veut partir maintenant qu’ils sont là. Pendant ce temps, les deux
édiles passent leur temps à jouer au go faisant fi de la grogne populaire.
Dans
l’auberge, Zatoichi doit cohabiter avec Mademoiselle Saki (Miwa Takada). Cette
très belle jeune femme est à la recherche de son père qui se trouve être le
chef de village que Shinsuke a tué sur commande de Kojima et Jinbei. La Lettre tourne autour du thème du
père avec le personnage du vieil ivrogne Giju. Zatoichi pense qu’il pourrait
être son propre père qu’il n’a jamais revu depuis dix-huit ans. Les deux hommes
sympathisent et pactisent ensemble jusqu’à la trahison de Giju qui met Zatoichi
dans tous ses états.
Les
personnages fonctionnent par paire. Les deux chefs mafieux du village Kozima et
Jinbei qui complotent pour accroitre leur pouvoir et s’accaparer l’argent du
peuple. Les deux jeunes femmes Sen et Saki qui vont chercher l’aide de
Zatoichi. Sur un mode plus mineur, deux saltimbanques qui apportent une pointe
d’humour en se disputant sans cesse. Et enfin deux enfants acrobates d’une
belle espièglerie qui vont aider Zatoichi à résoudre les problèmes des deux jeunes
femmes. Ainsi chaque fois qu’un membre de la paire tente d’agir seul, tout
tourne à la catastrophe.
Si
Zatoichi pensait retrouver son père, il a aussi maille à partir avec deux
samouraïs expérimentés, prolongeant ainsi le thème du double. Jinbei engage un
samouraï fort en gueule mais qui ne sortira jamais son sabre et préférera
s’enfuir plutôt que se battre contre Zatoichi. Le masseur aveugle trouvera son
double parfait face à Gounosuke (Mikijiro Hida) aussi vif dans le maniement du
sabre que Zatoichi. Les deux hommes sont ennemis mais se respectent, boivent du
saké ensemble. Pour Gounosuke, il s’agit de battre Zatoichi et devenir un grand
bretteur. Une mission impossible.
La
Légende Zatoichi 9 : La Lettre (座頭市関所破り, Japon, 1964) Un film de Kimiyoshi Yasuda avec Shintarô
Katsu, Miwa Takada, Eiko Taki, Kichijirô Ueda, Akitake Kôno, Mikijiro Hida.
jeudi 24 octobre 2013
Sorties à Hong Kong (octobre 2013) Rigor Mortis
Rigor mortis (殭屍, Hong Kong, 2013) Un film de Juno Mak
avec Chin Siu-ho, Anthony Chan, Kara Hui, Pau Hei-ching, Lo Hoi-pang, Richard
Ng, Chung Faat, Billy Lau. 101 minutes. Classé
Catégorie IIB & Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 24 octobre 2013.
mercredi 23 octobre 2013
Dimanche à Pékin + Sans soleil
Chris
Marker est largement dans l’actualité cinématographique cette semaine avec la
sortie de plusieurs de ses films. Largement veut dire ici par le nombre de
films : un programme de courts-métrages : La Jetée (1962), Junkopia
(1981), Dimanche à Pékin (1956) et Vive la baleine (1972) ; Lettre de Sibérie (1957), précieux
documentaire tout en ironie sur l’URSS, invisible depuis des décennies ; Sans soleil (1983) ; Level five (1997) que l’on peut éviter
et la semaine prochaine Le Fond de l’air
est rouge (1976), sans oublier une expo au Centre Pompidou. Peu de copies
existent en première semaine, mais les films vont tourner dans toute la France.
Dimanche à Pékin dure 20 minutes. Son générique est à la fois en
chinois et en français. On remarque qu’Agnès Varda est créditée comme
conseiller sinologique. L’idée du film est filmer des souvenirs de Pékin et,
effectivement, ce sont des bribes d’images touristiques et typiques que l’on
voit à l’image. « Un spectacle si joliment conventionnel », comme le
dit le commentaire en voix off. Le film commence avec l’entrée du temple Ming
(le plus vieux passé) pour finir avec le défilé de l’armée chinoise (la Chine
de Mao Tsé-toung). Son regard est souvent celui d’un touriste un peu candide qui
écarquille les yeux pour pouvoir tout découvrir.
Entre
les deux, Chris Marker et son équipe observe la population dans ce qu’elle a de
plus pittoresque. Cela va de deux hommes qui s’entrainent à la boxe chinoise au
tireur de « pedicab » en passant par les écolières modèles. Le
commentaire est encore sérieux, loin de l’ironie de Lettre de Sibérie et tente
de se raccrocher à des comparaisons compréhensibles pour le spectateur
français. Le cinéaste cherche dans Pékin des traces de Jules Verne ou de Marco
Polo, compare les vieilles demeures aux décors de cinéma d’où Humphrey Bogart
pourrait sortir d’une fumerie d’opium (bien que les films américains étaient
censés se situer à Shanghai). On ne trouve aucun chat à Pékin. L’animal fétiche
du cinéaste est cependant dessiné dans le générique et cité dans le
commentaire.
Sans soleil n’est pas un film rare. Le regard du cinéaste est
tout autre que dans Dimanche à Pékin,
moins touristique et plus expérimental, de manière aujourd’hui souvent très
désuète avec sa musique électronique et les images d’archives déformées.
L’actrice Florence Delay lit des lettres de Sandor Krasna, un voyageur inventé
qui n’est autre que Chris Marker, sur des images filmés en Afrique, en Islande,
en Californie et au Japon. Toutes les lettres sont à la première personne du
singulier. Ce « Je » qui s’adresse au spectateur propose de rentrer
dans la mémoire du cinéaste globe-trotter. Le film est un montage d’images
diverses non narratives où aucune des personnes filmées ne s’expriment devant
la caméra, comme si il s’agissait d’une promenade.
Les
parties les plus intéressantes sont filmées au Japon où l’on découvre la vie
banale et quotidienne des habitants. Chris Marker filme les pieds des
habitants, leurs mains, leurs visages, dans des plans très courts assimilables
à des photographies, voire des clichés. Il filme surtout leurs rituels
ancestraux, notamment ceux qui n’ont pas cours en France : la cérémonie
des 20 ans des jeunes femmes où des cadeaux sont offerts pour devenir une bonne
mère et épouse, l’arrivée de l’année du chien et les prières dans les temples.
Ces rituels ancestraux, Chris Marker les confronte avec le trivial du présent.
Il filme aussi au Japon beaucoup les chats sous toutes leurs formes, ceux qui
se promènent dans les rues en toute liberté, comme les figurines qui
accueillent le client dans les boutiques.
Dimanche
à Pékin (France, 1956) Un film de Chris Marker.
Sans
soleil (France, 1983) Un film de Chris Marker.
mardi 22 octobre 2013
La Légende de Zatoichi 8 : Voyage meurtrier
Pour
son retour à la mise en scène de Zatoichi, Kenji Misumi encombre les bras de
son héros d’un nourrisson. On ne peut pas, rétrospectivement, s’empêcher de
penser à la série des Baby Cart que Kenji Misumi entamera huit ans plus tard en
regardant ce Voyage meurtrier.
Zatoichi est lui aussi un loup solitaire poursuivi par une meute de mercenaires
qui en veulent à sa peau. Sauf que le ton de cette huitième aventure du masseur
aveugle est plutôt joyeux et fonctionne sur le mode du road movie.
Si
Zatoichi a un bébé avec lui, c’est à cause d’un concours de circonstance. Il se
cache de ces cinq mercenaires qui cherchent à le tuer. C’est d’abord grâce à
une procession d’aveugles qui le protègent qu’il leur échappe. Puis, il se fait
transporter dans un palanquin. Sur le chemin, une femme portant un bébé
trébuche de fatigue. Il lui cède la place mais les mercenaires, ayant vu
Zatoichi se glisser dans la chaise à porteur, transpercent de leurs sabres le
palanquin. La mère meurt. Le bébé est désormais seul au monde.
Si
ce début de scénario est plutôt triste, le voyage de quelques jours que va engager
Zatoichi pour emmener le bébé à son père sera plus léger. Kenji Misumi s’amuse
d’abord de l’incongruité à mettre son personnage dans cette situation :
comment nourrir le bambin, comment changer ses couches, comment échapper aux pleurs
du nourrisson ? Pour les langes que Zatoichi jette au fur et à mesure des
besoins du petit, il a une belle solution : il dépouille les épouvantails
de leur chemise, les déchire et en fait des couches.
C’est
justement au bord d’un champ qu’il fait la connaissance d’une femme (Ikuko
Môri), personne de mauvaise vie, voleuse et sans doute prostituée, qu’il
retrouve au village voisin en train de dérober un samouraï. Zatoichi décide de
l’engager pour servir de nourrice. Ce trio cocasse traverse la campagne et les
villes telle une nouvelle famille. La nourrice se rêve alors en mère de famille
et, pourquoi pas, en épouse de Zatoichi. Elle lui fait d’ailleurs cette
proposition de garder le bébé et de vivre ensemble.
Le
film développe quelques moments comiques entre la nourrice et Zatoichi,
notamment lors de leur première nuit ensemble dans la même chambre. Elle croit
avoir été engagée pour donner su plaisir. Elle comprendra qu’elle doit
s’occuper du bébé, Zatoichi souhaite seulement passer une nuit de calme. Au fil
du trajet, elle se vexera que le masseur repasse toujours derrière elle pour
chacune des taches accomplies. Des disputes de couple finalement bien
ordinaires pour ce solitaire de Zatoichi.
Pendant
ce temps, les mercenaires tentent de poursuivre le masseur. Il passe un accord
de dupes avec eux : ils pourront s’occuper de lui quand il aura rendu
l’enfant à son père. Comme on connait les habitudes de Zatoichi, on sait que
peu survivront à l’habileté de son maniement d’arme. La scène finale de Voyage meurtrier est plus convenue que
le reste du film, même si elle parvient à émouvoir partiellement par sa
mélancolie. Le destin de Zatoichi ne change pas, il doit continuer à vivre seul
et à éviter ceux qui veulent sa peau.
La
Légende de Zatoichi : Voyage meurtrier (座頭市血笑旅, Japon, 1964)
Un film de Kenji Misumi avec Shintarô Katsu, Nobuo Kaneko, Gen Kimura, Ikuko
Môri, Shôsaku Sugiyama, Hizuru Takachiho.
lundi 21 octobre 2013
La Légende de Zatoichi 7 : La Lame
« J’ai
abattu Zatoichi avec mon mousquet », crie le jeune Seiroku à ses
compagnons yakuza qui demandent des preuves. Le corps du masseur aveugle est
introuvable. Il a été touché dans le dos mais n’est pas mort. Remis de ses
blessures, Zatoichi (Shintarô Katsu) part à la recherche de Kuni (Naoko Kubo),
sa bienfaitrice qui a payé le médecin. Il se trouve qu’elle est la fille du
chef Bunkichi du village de Kajikazawa. Elle ignore qui est l’homme qu’elle a
sauvé puisqu’il n’a pas pu donner son nom. C’est donc tout naturellement
qu’elle l’accueille dans sa demeure.
Elle
vit avec son père Bunkichi et sa jeune sœur Shizu. Depuis un an, leur frère a
quitté le foyer, parti pour des aventures plus viriles : il est devenu
yakuza. Il s’agit de Seiroku qui, tel un fils prodigue, fait son retour à
Kajikazawa, humilié de n’avoir pas trouvé le corps de Zatoichi. Shizu
n’apprécie pas le retour de Seiroku d’autant qu’elle juge son frère immature,
vantard et violent. Ce qu’il est. Cependant l’humeur chez les Bunkichi est à la
fête car tout le village s’apprête à célébrer l’été avec des beaux feux
d’artifices.
Tout
se passerait pour le mieux si une rivalité avec le chef du village voisin,
Yasugoro (Tatsuo Endô) ne compromettait cette ambiance. Yasugoro veut la
concession du gué de la rivière qui sert de limite entre les deux clans,
concession qui appartient aux Bunkichi. Pour cela, il est prêt à tous les coups
bas, l’un d’eux sera de capturer Seiroku tout en faisant croire à son père que
le jeune homme impétueux a blessé le chef Yasugoro. Zatoichi, pas rancunier,
ira le délivrer et ne recevra aucun remerciement.
Cette
septième aventure de Zatoichi, réalisée comme la sixième par Kazuo Ikehiro,
revient sur les conflits entre clans rivaux au milieu desquels Zatoichi se trouve
mêlé bien malgré lui. Cette fois, le masseur aveugle prend clairement parti
pour les Bunkichi. Le chef Yasugoro, avec son bégaiement et ses éructations,
est montré comme un homme sournois. Zatoichi reconnait les gens aux grands
cœurs. Parmi eux, Kuni, femme célibataire, est d’une moralité à toute épreuve.
Le film évite pourtant la romance entre Kuni et Zatoichi.
La Lame retrouve, le temps d’une séquence, la beauté d’une
mise en scène des combats parfaitement maîtrisée. Zatoichi se bat de nuit. A
l’extérieur, les feux d’artifices sont lancés et crépitent. A l’intérieur, les
bougies éclairent le couloir de la demeure des Yasugoro. La lame de Zatoichi
les tranchent les unes après les autres, seul son visage dans l’obscurité reste
à peine visible. Ce seront les lumières des feux d’artifices qui éclaireront
les adversaires dans un couloir, filmés dans un travelling latéral.
Le
film est volontiers sanglant et les morts s’accumulent. Pour contraster avec
cette funeste atmosphère, La Lame
dissémine çà et là quelques courts moments burlesques. Zatoichi s’énerve contre
une mouche qu’il tranche avec son sabre. Des enfants lui font acheter des
sucreries par malice. Il tombe dans un trou dans une route. Il se fait porter
pour traverser la rivière à gué et son porteur est bien encombré avec le corps
massif du masseur. Ces saynètes comiques permettent au spectateur de reprendre
son souffle entre deux combats violents
La
Légende de Zatoichi : La Lame (座頭市あばれ凧, Japon, 1964)
Un film de Kazuo Ikehiro avec Shintarô Katsu, Tatsuo Endô, Takashi Etajima, Ryûtarô
Gomi, Bokuzen Hidari, Jun Katsumura, Naoko Kubo, Ikuko Môri, Mayumi Nagisa,
Yutaka Nakamura, Koh Sugita, Teruko Ômi.
dimanche 20 octobre 2013
Haewon et les hommes
Comme
dans ses films les plus récents, la petite rengaine d’Hong Sang-soo continue
dans Haewon et les hommes. Des
promenades dans la ville, ici le quartier ouest de Séoul et une forteresse
médiévale dans la campagne. Deux personnages travaillant dans le cinéma, Hae-won
(Jeong
Eun-chae), apprentie actrice est
l’étudiante de Lee (Lee Seon-gyoon), réalisateur de cinéma qui donne des cours de cinéma à
la fac. Ils étaient amants, ils ne le sont plus. Tout le récit tourne autour
d’eux, de leur crise existentielle.
Avec
son pull rouge vif aux manches trop longues, Hae-won traine sa solitude dans
les cafés. Elle rencontre Jane Birkin qui cherche son chemin et lui confesse
qu’elle ressemble à Charlotte. Elle retrouve sa mère (Kim Ja-ok) pour une
ultime conversation. Sa mère quitte la Corée pour s’établir au Canada. Hae-won
va se retrouver encore plus seule. Elles visitent un parc, une librairie où les
livres sont offerts, croisent un jeune homme qui fume. Hae-won se lance dans
une danse enfantine autour d’une statue.
En
passant devient un hôtel, elle se rappelle qu’elle a couché avec Lee ici pour
la première fois. Elle décide de l’appeler. Il est marié et a trois enfants.
Leur relation a toujours été gardée secrète, du moins le pensent-ils. Car lors
d’une conversation alcoolisée, comme Hong Sang-soo en place toujours dans ses
films, dans un restaurant, le soju – l’alcool de riz coréen – fait délier les
langues. Hae-won et Lee sont entourés de six étudiants qui jugent bien
sévèrement la jeune femme.
Les
hommes qui illustrent le titre français ont tous les âges mais sont tous des
intellectuels. Le jeune libraire que la mère tente de pousser dans les bras de
sa fille, l’étudiant triste qui a consolé Hae-won, des mois auparavant, quand
elle a rompu avec le professeur Lee et un homme plus âgé qui travaille lui
aussi dans le cinéma mais à Hollywood qui lui propose de l’épouser au coin
d’une rue. Et ce vieillard qui agit comme un chœur antique au milieu de la
forteresse qui commente les disputes entre Hae-won et Lee.
Le
film d’Hong Sang-soo accumule les répétitions, d’abord avec ses anciens films (la
scène de restaurant alcoolisée) puis au sein même du récit. Une cigarette sur
le sol que la jeune femme écrase du pied, les allers et retours dans la
forteresse où elle emprunte les mêmes sentiers, les dialogues se répètent y
compris quand les protagonistes changent. Hong Sang-soo procède par
substitution, tente toutes les possibilités en déplaçant les personnages d’un
lieu à un autre.
L’atmosphère
de Haewon et les hommes est grisâtre,
reflétant les sentiments de ses personnages principaux. On est au printemps (la
voix off d’Hae-won égrène les dates, comme si elle rédigeait un journal intime)
mais l’amour à du mal à éclore en cette saison de renouveau. Et finalement, on
se rend compte que peut-être la jeune femme est en train de rêver tout cela,
qu’elle vit sa vie comme un songe ou qu’elle imagine tout ce qui lui arrive,
comme si elle écrivait le scénario de sa vie amoureuse dont elle serait le
personnage central.
Haewon
et les hommes (누구의
딸도 아닌 해원,
Corée, 2012) Un film d’Hong Sang-soo avec Lee Seon-gyoon, Jeong Eun-chae, Kim
Ee-seong, Yoo Joon-sang, Ye Ji-won, Ki Joo-bong, Kim Ja-ok, Ryoo Deok-hwan, Ahn
Jae-hong, Bae Yoo-ram, Sin Seon, Jeong Da-won, Ahn Seon-yeong, Park Joo-hee-I,
Jane Birkin.
vendredi 18 octobre 2013
Sorties à Hong Kong (octobre 2013) Special ID
Special
ID (特殊身份, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Clarence Ford avec Donnie
Yen, Andy On, Jing Tian, Zhang Han-yu,
Yang Kun, Qi Daji, Ngai Sing, Pau Hei-ching, Frankie Ng, Ronald Cheng, Ying
Zhi-gang, Ken Lo. 98 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong
Kong : 18 octobre 2013.
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