jeudi 2 mai 2013

La Bête blanche


A son arrivée au foyer « Lys blanc », la fière et élégante Yukawa (Mitsuko Miura) doit troquer sa superbe robe pour une salopette de travail. Ce foyer, qui sera l’unique décor de La Bête blanche, est tenu par Ryosuke Izumi (Sô Yamamura), trentenaire célibataire assisté de la femme médecin Nakahara (Kimiko Iino). La maison est grande mais toutes les filles du foyer dorment dans une chambre collective. Elles font des travaux des champs ou de la couture. Le but est de les réhabiliter à la société. Elles ont toutes un passé de prostituées et le choix leur a été donné de venir un an dans ce foyer ou de passer devant un tribunal. Les méthodes d’Izumi sont douces, il considère les prostituées qu’il héberge comme ses égales, ce qui n’est pas le cas de ses mécènes, qui, dans une scène en fin de film, les condamnent à la damnation si elles ne se repentent pas. Cela met Yukawa hors d’elle qui les traite d’hypocrites.

Elle a son petit caractère et ses tenues provoquent quelques railleries parmi ses camarades de chambrée. Elle se disputera violemment avec l’une d’elle, bataille dans la chambre, crêpage de chignons et gifles bien senties. Yukawa cherche leur amitié en leur offrant des cigarettes, or le règlement interdit de fumer. Elle cherche à connaitre les limites d’Izumi. Ce dernier ne fera que la gronder bien gentiment. Elle pose de nombreuses questions à Nakahara sur son célibat, histoire de savoir si elle pourrait séduire Izumi. Elle ira jusqu’aà voler le journal intime du médecin. Lascivement, elle tentera de le séduire en ondulant en jupe sur son lit quand il vient la chercher pour venir faire une promenade un jour de repos. Sa provocation sensuelle n’a aucun effet sur lui. La Bête blanche cherche à créer un triangle amoureux un peu trop limpide pour qu’il soit vraiment intéressant.

Le film est très théâtral à la fois dans son scénario et dans ses effets mais aussi dans son décor dont on ne sortira guère. La jeune Mari (Kumiko Mokusho), arrivée en même temps que Yukawa se retrouve enceinte d’un de ses clients resté fou amoureux d’elle mais elle refuse de le voir. Masuda (Tanie Kitabayashi) se rend compte qu’elle a attrapé la syphilis et qu’elle risque de bientôt mourir. Chaque coup de théâtre est annoncé avec une musique très appuyée qui dramatise à l’extrême chaque scène et en annule la portée. Mikio Naruse, qui a toujours aimé soutenir ses personnages même les moins engageants, semble ici un peu coincé par son scénario progressiste qui dénonce autant les hypocrites indiqués plus haut que la prostitution. Ses arguments manquent de finesse pour vraiment convaincre.

La Bête blanche (白い野獣, Japon, 1950) Un film de Mikio Naruse avec Sô Yamamura, Kimiko Iino, Mitsuko Miura, Tanie Kitabayashi, Kumiko Mokusho, Haruko Ashida, Tatsuya Ishiguro, Eiji Okada, Chieko Nakakita.

lundi 29 avril 2013

Bounce ko GALS


Parmi toutes les spécificités de la sexualité, il existe une perversion typiquement japonaise : l’amour pour les jeunes lycéennes. Tel est le sujet de Bounce ko GALS (ko GALS étant la prononciation japonaise de call girls et bounce signifiant enthousiaste) où quelques adolescentes passent quelques heures ensemble. Le film de Masato Harada se déroule en une seule journée, commence dans l’après-midi au lycée et se termine le lendemain matin sur un quai de gare. Ce sont d’abord les uniformes que l’on découvre, des jupettes, des chaussettes blanches et les jambes de ces jeunes filles qui ne finissent pas de défiler. Ce seront les seules moments où la peau des actrices est données à voir, le cinéaste ne cherche jamais le racolage, filmant avec beaucoup de bienveillance et de douceur toute cette journée.

Ce sont des calls girls avec le sourire, qui parlent de leur problème d’ados (le lycée, les garçons etc.), et au milieu Jonco (Hitomi Satô) passe donner à ses amies des billets qu’elles ont gagné la veille. Maru (Shin Yazawa) doit passer dans une clinique pour un nouvel avortement. Elle est mineure, elle ne veut pas demander à ses parents. Un pote jouera quelques secondes le mari puis retourne à la lecture de son manga. Maru est accompagnée de Raku (Yasue Satô), dans la salle d’attente, fixent avec un regard provocateur un salary man en train d’attendre son épouse. Elles éclatent de rire à son départ. Elles ne se font pas de soucis sur tout cela, un avortement, c’est une simple formalité. Pendant ce temps, Maru continue à préparer ses prochains rendez-vous avec des clients.

Pendant ce temps, Lisa (Yukiko Okamoto) arrive en train à Tokyo. Elle doit prendre l’avion le lendemain pour New York, elle a un passeport américain et de l’argent pour son séjour. En attendant, elle va se faire un peu d’argent en vendant ses culottes que des clients pourront sentir. La femme qui va acheter ce lot lui affirme que son uniforme lui rapporterait encore plus. Elle rejoint ensuite Raku pour une séance où elles seront filmées en contre-plongée en train de se promener en uniforme, cet AV (adult video) montrera surtout leur dessous. Lisa se fait suivre par un jeune homme, surnommé « Destiny Boy » (Jun Murakami) qui va l’aider quand un gang vient lui voler ses papiers et son argent. Il est surtout persuadé qu’il a trouvé son âme sœur. Il se retrouve à l’hôpital (le gang l’a bien amoché) et va passer le reste de la nuit à retrouver Lisa.

Les ennuis ne font que commencer pour Lisa désormais incapable de prendre son avion. Et pour Maru, ils sont encore plus grave puisqu’un homme, Oshima (Kôji Yakusho) se fait passer pour un client mais il vient menacer la jeune femme, lui demande de travailler pour lui ou de lui verser une compensation financière. Seulement voilà, les filles couchent rarement avec les clients, elles dérobent leur pognon, les assomment et partent en courant en misant que le pervers ne portera pas plainte vu qu’elles sont mineures. C’est Jonco qui décide d’aller voir Oshima pour payer la « dette » de Maru. L’homme, excentrique, tient une boite de nuit. Tous les deux feront un karaoké où ils chanteront l’Internationale en japonais. Son garde du corps est beaucoup moins commode et va poursuivre Jonco à travers la ville pour récupérer l’argent.

Les call girls auront toute la nuit pour résoudre leurs problèmes qui s’accumulent. Les plus importants permettent au film de mettre du suspense dans le récit. Lisa et Jonco, par l’intermédiaire de Raku (qui est fâchée avec Jonco) vont rencontrer des clients plus bizarres les uns que les autres. L’un d’eux passe, par exemple, la séance à raconter son passé de proxénète. Le film donne aussi des moments de comédie loufoque (Destiny Boy et ses amis, certaines jeunes filles excentriques) et de tendresse absolue pour les lycéennes lors de leurs déambulations nocturnes. Bounce ko GALS passe constamment du chaud au froid, réserve de nombreuses surprises scénaristiques, fait rire et frissonner, et il faut encore le préciser, le film n’est absolument pas racoleur, ni vulgaire, ni mièvre.

Bounce ko GALS (バウンス ko GALS, Japon, 1997) Un film de Masato Harada avec Hitomi Satô, Yasue Satô, Yukiko Okamoto, Jun Murakami, Shin Yazawa, Kaori Momoi, Kôji Yakusho.

dimanche 28 avril 2013

Filmographie : Wong Kar-wai


Wong Kar-wai
王家衛

As tears go by (旺角卡門, 1988) Sortie à Hong Kong le 9 juin 1988.
Nos années sauvages (Days of being wild, 阿飛正傳, 1990) Sortie à Hong Kong le 15 décembre 1990.
Les Cendre du temps (Ashes of time, 東邪西毒, 1994) Sortie à Hong Kong le 17 septembre 1994.
Chungking Express (重慶森林, 1994) Sortie à Hong Kong le 14 juillet 1994.
Les Anges déchus (Fallen angels, 墮落天使, 1995) Sortie à Hong Kong le 21 septembre 1995.
Happy together (春光乍洩, 1997) Sortie à Hong Kong le 30 mai 1997.
In the mood for love (花樣年華, 2000) Sortie à Hong Kong le 29 septembre 2000.
2046 (2004) Sortie à Hong Kong le 29 septembre 2004.
Eros (2004) Sortie à Hong Kong le 12 mai 2005.
My blueberry nights (2007) Sortie à Hong Kong le 3 janvier 2008.
The Grandmaster (2013) Sortie à Hong Kong le 10 janvier 2013.

Autres films non réalisés par Wong Kar-wai :
Unforgetable fantasy (小狐仙, 1985) Un film de Frankie Chan. Scénario de Wong Kar-wai. Sortie à Hong Kong le 26 août 1985.
Final victory Final victory (最後勝利, Hong Kong, 1987) Un film de Patrick Tam. Scénario de Wong Kar-wai. Sortie à Hong Kong le 12 mars 1987.
Flaming brothers (江湖龍虎門, Hong Kong, 1987) Un film de Joe Cheung. Scénario de Wong Kar-wai. Sortie à Hong Kong le 30 juillet 1987.
Buenos Aires zero degree (布宜诺斯艾利斯·摄氏零度, 1999) Un film de Kwan Pun-leung et Amos Lee. Documentaire sur Happy together

samedi 27 avril 2013

Unforgettable fantasy


Pour finir ce mois d’avril consacré à Wong Kar-wai à l’occasion de la sortie de The Grandmaster, je reviens rapidement sur ses débuts au cinéma dans les années 1980. Ses tous premiers pas de scénariste, Wong Kar-wai les a fait pour l’acteur producteur réalisateur Frankie Chan. Les deux hommes ont collaboré sur cinq films, dont cet Unforgettable fantasy. Frankie Chan est surtout connu comme compositeur de musique de films : il en a écrit plus de 300 depuis le début des années 1970. C’est tout naturellement qu’il a composé les musiques des premiers films de Wong Kar-wai (Chungking Express, Les Anges déchus et Les Cendres du temps).

Frankie Chan (pseudo à la Jackie Chan) est un homme de taille normale plutôt fin, petite moustache, jambes archées, il représente le middle class de Hong Kong. Ah, détail important : il porte des pulls invraisemblables. La première partie du film se concentre sur Robert (Frankie Chan) qui vit avec son oncle (Stanley Fung), ce dernier faisant la leçon à son neveu qui réplique immédiatement. Puis, on découvre que Robert travaille dans la publicité et qu’il trouve sa nouvelle patronne Cleo (Joyce Ngai) tout à fait à son goût mais que la concurrence est rude face à son collègue (Charlie Cho) qui ne rate pas une occasion pour rabaisser Robert. Mais comme dans tout film comique, c’est le retour à l’envoyeur et le collègue se fait humilier devant tout le monde.



En attendant, Robert doit payer l’addition salée du restaurant chic où il a invité Cleo. Son oncle va chercher de l’argent chez un antiquaire (Lai Ying-chau, pour qui Wong Kar-wai écrira aussi des scénarios) et en profite pour voler un miroir circulaire doté de pouvoirs magiques. Quand Cleo se regarde dans cette glace, des petites étoiles en sortent et créent un esprit aussi espiègle que facétieux. En l’occurrence, c’est la même actrice qui joue cet esprit qui va tendre quelques pièges à Robert dans le décor en carton pâte de la publicité : une statue de la liberté, un sphinx géant, des gratte-ciels qui se mettent à vivre et à assaillir Robert. Les effets spéciaux sont particulièrement pauvres, sous les décors on devine les figurants qui doivent tant bien que mal se déplacer.

La troisième partie du film œuvre à l’accomplissement de la romance entre Cleo et Robert. Il faut d’abord que son esprit joyeux retourne chez Cleo qui est en contradiction avec sa vraie nature profonde. Voyant dans quelle situation « l’esprit » a mis Robert, elle va se matérialiser et créer quelques quiproquos comiques : le miroir affecte Monica (Wong Wan-si), régisseuse du tournage et fiancée de l’oncle, puis une vieille dame qui assaille Robert sexuellement. Enfin, c’est sur un mode tragique quand Robert a un accident de voiture et que l’esprit de Cleo doit tout réparer grâce à la magie. Unforgettable fantasy est surtout une romance très fauchée et pas franchement réussie où l’on aurait du mal à trouver la marque de Wong Kar-wai, si ce n’est dans l’idée que l’accomplissement de l’amour entre un homme et une femme dépasse la raison.

Unforgettable fantasy (小狐仙, Hong Kong, 1985) Un film de Frankie Chan avec Frankie Chan, Joyce Ngai, Stanley Fung, Wong Wan-si, Charlie Cho, Kitty Chan, Guy Lai Ying-chau, Law Ho-kai, Jamie Luk, Stephan Yip, Joh Chung-sing, Sarah Lee, Si Gaai-keung.

jeudi 25 avril 2013

2046 + La Main (Eros)


En 2004, Wong Kar-wai tourne son film le plus long (2046, durée 133 minutes) et La Main (dure 39 minutes). Ce dernier sélectionné à la Mostra de Venise 2004 fait partie d’un film à sketches (Eros, sorti en salles en mais 2005). C’est Michelangelo Antonioni qui est à l’initiative d’Eros, coproduction européenne et qui souhaitait le cinéaste hongkongais travaille avec lui sur ce projet, car il est vrai que très superficiellement les deux cinéastes labourent le même sillon thématique. Le troisième cinéaste est Steven Soderbergh, sans doute choisi parce que le titre de son premier film est Sexe mensonges et vidéo.

Quant à 2046, sa légende a précédé sa découverte par le public. Sélectionné au Festival de Cannes avant même la première scène tournée (une sorte de commande de Gilles Jacob, Président du Festival), arrivé en avion quelques minutes sa projection officielle, les bobines étaient données directement par Wong Kar-wai au projectionniste. Et puis on a dit que le film n’était pas achevé d’être fini, que le montage sonore était inabouti, que le cinéaste a coupé beaucoup de scènes avec Maggie Cheung pour la sortie du film et qu’en conséquence l’actrice se serait fâchée à mort avec le cinéaste. Qu’on se souvienne que le film a été vendu comme une suite à In the mood for love.

Plus qu’une suite, 2046 est un démarquage du film précédent de Wong Kar-wai, une sorte de palimpseste où les personnages seraient les mêmes avec des situations et des lieux assez proches mais tout serait différent. Ainsi M. Chow (Tont Leung Chiu-wai) est bien à Hong Kong en 1966, il est effectivement écrivain et il cherche une chambre où se loger. Il est cette fois célibataire. L’une des scènes d’ouverture située en 1964 à Singapour le montre en pleine rupture. Il se souvient de la chambre 2046 qu’il veut louer, elle n’est pas libre. Le propriétaire de l’hôtel doit la faire nettoyer, une femme vient d’y mourir (est-ce le personnage de Madame Chan qu’incarnait Maggie Cheung ?). On lui propose la chambre 2047 d’où il pourra observer tout ce qui se passe et raconter en voix off tout cela au spectateur.

Ce qu’il se passe, c’est la routine du cinéma de Wong Kar-wai. Puisqu’il n’y a pas Maggie Cheung, le spectateur a droit à un défilé de jeunes actrices qui portent le même genre de robes moulantes sur la musique de Peer Raben (ainsi que sur d’autres morceaux). Le hasard a toujours été la marotte de Wong Kar-wai. Le personnage de Chow rencontre donc des femmes au hasard ou restera avec elle si le destin en décide (la scène des cartes en ouverture). On y voit quelques bribes de vie un peu triste où les femmes demeurent les objets de convoitise des hommes. Les scènes au ralenti semblent également choisies au hasard. Bien plus présentes que dans In the mood for love, le ralenti n’accentue ici jamais les moments de grâce que vivaient les deux amoureux.

Le film s’embourbe vite dans une parodie du style de Wong Kar-wai, ou comme on dirait poliment « Wong Kar-wai fait du Wong Kar-wai ». Tony Leung Chiu-wai a beau sourire, les duos avec les autres actrices tournent à vide. Et puis dans 2046, le vrai souci reste cette partie futuriste, peu présente (à peine un quart du film) mais d’une rare laideur visuelle où les effets spéciaux font rire, où le rouge des décors et les talons hauts lumineux doivent créer de l’érotisme. Cette partie futuriste, c’est le roman de science fiction que M. Chow est censé écrire inspiré par les personnes rencontrées dans l’hôtel. 2046, c’est aussi la date où Hong Kong cessera d’être autonome et sera englouti par Pékin. Mais de cela, il ne sera jamais question.



Dans La Main, Mademoiselle Hua (Gong Li) est une cocotte, une femme entretenue, qui aime les robes par dessus tout. Son tailleur favori envoie un jour son commis (Chang Chen) qui tombe immédiatement amoureux de cette femme. Dès leur première rencontre, une fois que l’amant de Hua est parti et que la bonne a fait rentré le commis, la femme fatale lui fait baisser son pantalon et son slip et le masturbe, comme pour prendre possession du jeune homme qui deviendra son livreur attitré tout autant que son amoureux transi et secret. Leur liaison platonique dure des années, mais bientôt, elle manque d’argent car elle est rejetée par ses amants fortunés. Mais le commis continue de lui fournir ses robes avec ce regard de Chang Chen d’un grand désespoir, sauvant la plupart des scènes face au cabotinage de Gong Li qui se la joue tragédie grecque.

Le court-métrage de Wong Kar-wai se déroule dans deux lieux : l’atelier de couture où les ouvriers sont tous en débardeur, en sueur, dans le bruit des machines à coudre, le décor est vide, les pièces sont petites et la promiscuité est grande ; l’appartement de mademoiselle Hua est vaste, décoré avec goût (comme dans 2046, on retrouve l’attrait de Wong Kar-wai pour les couleurs vert et ocre), elle vit seule. Quand le commis doit aller chez elle, il passe du débardeur au costume chic, l’escalier qui mène chez elle fait office de préliminaire. Puis, il écoute les disputes entre Hua et son amant, espérant un jour se trouver dans cette pièce où il pourra l’aimer. La Main poursuit la thématique du cinéaste des amours inachevées mais impossibles sans que son film n’apporte une nouvelle pierre à l’édifice de son œuvre.

2046 (Hong Kong – France, 2004) Un film de Wong Kar-wai avec Tony Leung Chiu-wai, Zhang Ziyi, Faye Wong, Kimura Takuya, Gong Li, Carina Lau, Siu Ping-lam, Chang Chen,

Eros - La Main (The Hand, France – Luxembourg – Italie, 2004) Un film de Wong Kar-wai avec Gong Li, Chang Chen, Tien Feng, Chan Chun-luk, Chow Kin-kwan.

mardi 23 avril 2013

Le Fossé


Trois ans après Fengming, Chronique d’une femme chinoise, Wang Bing poursuit son analyse des camps de travail en Chine. Le Fossé, son unique fiction à ce jour se déroule en 1960 au beau milieu du désert de Gobi. Il met en scène l’une des parties du récit que Fengming consacrait à son époux. La gageure est que la vieille dame n’as pas vécu ce qu’il a subi, Le Fossé apparait donc comme un contrepoint à sa propre vie. Il est d’abord difficile de différencier les différents personnages du film, sauf le cadre du parti qui chapote le camp et celui qu’il va choisir parmi les prisonniers pour le seconder. Cela fait partie du contrat du film, une immersion totale comme si le spectateur était un prisonnier, une entrée dans l’inconnu Puis, petit à petit, certains se détachent du récit. Il faut dire que les décès sont nombreux et qu’il n’en reste que peu à la fin du film.

L’immersion dans le camp se fait avec l’accueil par le cadre qui désigne à chaque prisonnier son trou. En effet, ils logent dans des cavernes creusées dans le sable. Une planche pour dormir, une couette pour survivre au froid de la nuit et de l’hiver rigoureux. Le travail consiste à creuser une digue au milieu du sable sous le soleil. Histoire de bien rendre inutile leur labeur. La nourriture est maigre, composée d’un bol de soupe au riz. La faim tenaille les ventres. Certains vont cueillir des graines dans les maigres plantes qui parviennent à pousser. Le cadre les gronde comme des enfants, argumentant qu’ils vont gonfler. L’un des prisonniers a tellement faim qu’il avale le vomi d’un de ses comparses. Le cadre du parti continue à avoir son bol de nouilles bien fumantes, histoire dans rajouter dans la démonstration du sort malheureux des antirévolutionnaires. Et les humiliations quotidiennes sur leur manque d’engouement au travail. Et chaque nuit, les morts qu’il faut enlever du dortoir.

La description de la vie se plie à la méthode de Wang Bing. Les détails sont montrés avec lenteur accentuant l’impression de lassitude et de répétition du même jour. L’atmosphère du camp est d’autant plus sinistre que les gardiens appliquent à un haut degré les absurdes recommandations du cadre du parti. Parce que les prisonniers meurent de faim et de fatigue la nuit, le cadre décide que le contremaître doit leur parler la nuit et les garder éveillés. Ce qui bien entendu augmente leur fatigue. On est chez Kafka. Au fur et à mesure du film, Wang Bing ne s’intéresse plus au travail des prisonniers mais aux relations qu’ils entretiennent entre eux entre désespoir et envie d’en finir. Et puis les vestes sont de plus en plus élimées, l’hiver apporte la neige. On se croirait dans un film de zombies, ils peinent à se déplacer, titubent, ils rampent. Ils vivent comme des rats qu’ils mangent pour avoir un peu de viande.  Le Fossé, à sa manière, est un film d’horreur.

La deuxième heure du Fossé voit l’arrivée d’un personnage féminin, inspiré de Fengming. Comme cette dernière, elle cherche son mari qui vient de mourir quelques jours auparavant. Cette partie convainc moins que la précédente, tant l’actrice se complait dans la création d’une émotion et dans l’expression appuyée de son chagrin. Elle déambule dans le désert enneigé à la recherche de la tombe de son époux. Quand on parle de tombe, ce sont en fait des monticules de sable tout juste déposés sur eux. Cependant l’horreur continue avec le récit d’un co-prisonnier qui explique la raison pour laquelle il ne veut dire où se trouve cette tombe : des parties de son corps ont été dévorées. Par des loups qui rodent ou par cannibalisme ? Le film laisse planer le doute. On retrouve dans cette deuxième partie plusieurs témoignages que Fengming donnait dans son film : le mépris du cadre (« Pourquoi n’as-tu pas divorcé ? Tu aurais du te désolidariser de ton mari » lui sort le cadre, la peur de dormir à côté de ses hommes, les victuailles qu’elle leur offre). Que ce soit dans Le Fossé comme dans Fengming, l’horreur des camps est décrite avec une acuité rarement égalée.

Le Fossé (The Ditch, 夹边, Hong Kong – France – Belgique, 2010) Un film de Wang Bing avec Cheng Zhengwu, Jing Niansong, Li Xiangnian, Lian Renjun, Lu Ye, Xu Cenzi, Yang Haoyu.

Fengming, Chronique d'une femme chinoise


« Bon, je commence au début ». C’est la première phrase que prononce He Fengming, vieille dame au centre du long documentaire (3heures et 04 minutes) que Wang Bing lui consacre. Elle s’assoit dans son salon, la caméra sera fixe et ne bougera guère, si ce n’est dans le plan d’ouverture où le cinéaste la filme de dos dans la rue tandis qu’elle rentre chez elle sous la neige. Le début, c’est en 1949 dans la ville de Lanzhou. Jeune femme, elle abandonne ses études pour entrer dans un journal communiste. Mao Tsé-toung vient de gagner la guerre civile et il est au pouvoir. Elle concède que naïvement, elle voulait changer la Chine et s’engager dans la lutte des classes. Elle se considère comme une bonne militante, elle porte l’uniforme avec fierté, elle applique les directives du parti. Elle se marie avec Wang Jingchao, elle a deux enfants avec lui, ils s’aiment, la vie est belle.

En mai 1957, la musique change de ton. Fengming part pour la première fois de sa vie en voyage à Pékin. Quand elle revient à Lanzhou, une nouvelle directive annonce que la chasse aux « droitiers » est lancée. Les droitiers sont des membres du parti qui semblent dévier de la ligne officielle révolutionnaire. Jingchao écrit, suivant l’appel dit des 100 fleurs, un article fort apprécié dans le journal. Il critique vertement les cadres qui s’enfoncent dans la bureaucratie. Le deuxième texte commence à susciter des réactions plus contrastées. Le troisième texte n’est pas publié. Les humiliantes séances de critiques, seul face à une centaine de ses collègues, commencent. Puis c’est Fengming, qui a écrit quelques dazibaos (tracts public), qui est accusée de dérive droitière.

La suite de l’histoire de Jiongchao et Fengming continue. Assise tranquillement dans son fauteuil, elle explique qu’ils ont été séparés. Volontairement. Persuadés par leur conviction qu’ils pourraient se réhabiliter très vite au sein du parti, ils acceptent d’aller dans des camps de travail. Elle dans une ferme collective, lui dans un camp au milieu du désert où il creuse une digue. Ils ne se reverront jamais. Ils seront séparés de leurs enfants. C’était en 1960. Il mourra en camp. Elle l’apprendra en s’y rendant et les cadres du parti qui la reçoivent ne prennent même pas la peine de la regarder. Fengming continue son récit en expliquant qu’en 1969 lors de la Révolution Culturelle, la machine s’emballe à nouveau, pour les mêmes raisons, celle de la soupçonner d’être droitière. Puis, le film se termine par sa lutte pour la réhabilitation de ces militants envoyés en camp et sa recherche de témoignages similaires au sien.

La grande force de Fengming, Chronique d’une femme chinoise, au-delà du témoignage poignant de He Fengming, est son dispositif d’une grande simplicité. Elle narre sa vie sur quarante ans sans images d’archive, sans autre chose que le son de sa propre voix, sans intervention ou question de Wang Bing. Mais elle est d’une telle précision dans les détails (les aliments disponibles, les gens qu’elle rencontre, la description des lieux où elle séjournait) comme dans l’analyse de ses sentiments (sa naïveté devant la ligne du parti, sa peur des éventuelles punitions, ses espoirs de retrouver son mari) que le récit est extrêmement vivant, trouvant le mot juste y compris pour raconter les quelques moments de joie. Le spectateur qui regarde le film, puisqu’elle est assise en face de lui, produit mentalement et imagine, à force d’évocation, le scénario du documentaire. Tout cela fonctionne grâce à la pudeur avec laquelle Fengming raconte cela ne tombant jamais dans l’émotion facile et la mièvrerie.

Fengming, Chronique d'une femme chinoise (凤鸣, Chine – Hong Kong – France, 2007) Un film de Wang Bing.

dimanche 21 avril 2013

The Land of hope


Comment filmer la catastrophe de Fukushima ? La méthode la plus simple aurait pu être dans la reconstitution des événements tragiques, d’en faire un film catastrophe avec toute la population affolée et évacuée de la zone irradiée et de faire un pamphlet sur l’imbécillité et l’égoïsme de l’homme face à la nature en argumentant sur l’incompétence des pouvoirs publics. Sono Sion dans The Land of hope fait exactement l’inverse et cela risque de décevoir bon nombre de ses fans hardcore habitués à l’énergie folle de la mise en scène du cinéaste japonais. Et d’abord, The Land of hope ne parle pas de Fukushima. Mieux que cela, il invente une nouvelle catastrophe nucléaire similaire dans une ville nommée Nagashima, jeu de mots transparent entre Nagasaki et Fukushima. Son film est avant tout une œuvre de science fiction qui prend pour cadre ce bourg de campagne.

La famille Ono habite dans cette paisible ville. Le vieux père (Isao Natsuyagi) élève des vaches avec l’aide de Yoichi (Jun Murakami) son fils trentenaire et de Yoko (Hikari Kajiwara) sa belle-fille. Ils cultivent aussi des légumes bio. Leur brocoli est réputé au village. La mère (Megumi Kagurazaka) bichonne les fleurs de son jardin. En face de chez eux, on rencontre les voisins tout aussi sympathiques et leur chien jaune trop kawaï nommé Peggy. Tout se passe bien, les oiseaux gazouillent, les gens sourient, tout le monde s’entend bien. Un havre de paix qui va être brisé par la catastrophe nucléaire. On ne verra que la centrale atomique dans le poste de télévision pendant le journal, Sono Sion ne laisse entendre que quelques sons sourds et courts. Au spectateur d’éventuellement imaginer ce qui ne peut de toute façon pas se filmer. Le cinéaste sait qu’on ne peut pas mettre en scène avec réalisme des atomes qui explosent et un tsunami qui s’abat sur la côte.

Les forces de police entrent en scène dans leur combinaison blanche et débitent le discours habituel sur le nucléaire. Avec un sens du cynisme certain, les autorités placent une barrière qu’il ne faudra pas franchir dans une zone de vingt kilomètres autour de la centrale. Tous ceux qui habitent dans cette zone doivent être évacués rapidement. L’ironie du film typiquement kafkaïenne est que cette barrière faite de quelques planches passe juste devant la maison des Ono. Si leurs voisins sont évacués, les Ono peuvent rester chez eux et continuer de vaquer à leurs occupations. Eux, ils ne risquent rien ! Le film pointe la gestion désastreuse de la catastrophe par l’état, les personnages rappellent que les paroles rassurantes mais mensongères entendues à la télévision à l’époque de Fukushima sont les mêmes que celles de cette catastrophe. Ils se retrouvent seuls dans un no man’s land, ils recueillent le chien laissé sur place par les voisins et écoutent les informations. Le père trouve dans son garage le compteur Geiger qu’il avait acheté en 1986 après Tchernobyl. Pour une fois, il va servir.

Rester ou ne pas rester est l’unique question que se posent les personnages. Le fils est convaincu par son père de partir, d’aller dans un autre lieu. Il emmène sa femme. Parce qu’il vient de Nagashima, on le soupçonne de pouvoir contaminer ceux qu’il rencontre. Il clame haut et fort qu’il vient d’une zone non irradiée. Il faut trouver un nouveau boulot. Sa copine est enceinte et s’affole de savoir si son enfant sera irradié. Le film se lance alors dans une fiction de pure paranoïa où la petite-amie du fils va calfeutrer chaque cloison de son appartement et revêtir une combinaison de cosmonaute. Le règne du plastic est arrivé. Les collègues de travail ne voient pas d’un bon œil la peur de la copine d’autant qu’ils entendent à la télé que tout va aller mieux. Sono Sion ne renonce pas à la poésie avec la tentative de retour à Nagashima des fils de voisins qui croisent deux enfants mystérieux au milieu d’une ville dévastée et envahie par la neige. Ce trajet métaphorise une quête ininterrompue vers un au-delà meilleur.

Là où The Land of hope risque le plus d’étonner, et d’irriter plus d’un spectateur, est dans son traitement strictement mélodramatique des rapports entre le père et la mère. Cette dernière demande constamment quand « ils vont rentrer à la maison », elle se met à lever les yeux au ciel en souriant mystérieusement ou encore elle s’émeut des fleurs qui se mettent à faner. En un seul mot, elle a la maladie d’Alzheimer et elle est condamnée. Alors qu’un habitant de la ville tente de finalement faire évacuer le vieux couple, le film s’acharne à filmer leurs derniers moments de vie commune. A quoi cela peut servir de partir ? pense Monsieur Ono. Ils admirent les arbres qui dominent leur propriété depuis des générations, ils se regardent yeux dans les yeux, elle monte sur son dos et rient de bon cœur. Paradoxalement, ces scènes sont dénuées d’émotion mièvre et c’est tant mieux. Pour reprendre le titre du film, Sono Sion affirme avec un grand désespoir non dénuée de panache que s’il existe un pays de l’espoir, il ne se trouve pas ici.

The Land of hope (希望の国, Japon, 2012) Un film de Sono Sion avec Isao Natsuyagi, Jun Murakami, Megumi Kagurazaka, Mitsuru Fukikoshi, Hikari Kajiwara, Motoki Fukami, Shirô Namiki, Yusuke Iseya, Mariko Tsutsui, Fusako Urabe.

vendredi 19 avril 2013

In the mood for love


Un décor, deux personnages, il ne faut guère plus d’éléments à Wong Kar-wai pour concevoir l’univers de In the mood for love. Elle s’appelle Madame Chan (Maggie Cheung), il se nomme Monsieur Chow (Tony Leung Chiu-wai). On ne connaitra jamais leurs prénoms, ils seront toujours appelés ainsi. En cette année 1962 à Hong Kong, ils louent avec leur mari et femme respectifs dans deux appartements mitoyens. Ils vont faire connaissance lors de leur emménagement. Les livreurs se trompent constamment dans les paquets, déposant certains chez l’un et d’autre chez l’autre. Monsieur Chow en profitera pour ramener l’un de ces paquets échangés à Madame Chan et se parler pour la première fois après s’être déjà regardé. Très vite, Monsieur Chan et Madame Chow vont quitter le récit, on ne verra jamais leurs visages, tout juste entend-on leur voix quand chacun d’eux annonce son retard après le travail, un séjour au Japon. Ils ne sont plus dans leur appartement, et cette absence est la première raison du rapprochement entre Madame Chan et Monsieur Chow.

L’adultère est dans l’air du temps. M. Ho (Lai Chen), le patron de Madame Chan – elle travaille comme secrétaire dans une compagne de transports maritimes – lui demande d’appeler son épouse pour annoncer son retard et voir Mlle. Yu sa maîtresse. De son côté, Monsieur Chow – lui est auteur de feuilletons dans un journal – a un ami Ping (Siu Ping-lam) qui vient régulièrement lui taper un peu d’argent pour se payer une prostituée. Madame Chan et Monsieur Chow se croise dans les couloirs menant à leur appartement, dans l’escalier du restaurateur. Elle préfère s’acheter quelques nouilles qu’elle mettra dans son thermos plutôt que de se faire inviter par Madame Suen (Rebecca Pan), l’encombrante et indiscrète propriétaire du lieu qui passe ses soirées à jouer au mah-jong avec les voisins, dont Monsieur Koo (Chan Man-lei), propriétaire de l’appartement de Monsieur Chow. Ama (Mama Hung), la vieille bonne de Mme. Suen n’est pas en reste pour fourrer son nez dans les affaires des autres. Le paroxysme sera atteint au milieu du film dans la chambre de Monsieur Chow où se trouve Madame Chan qui ne peut pas sortir de peur du qu’en dira-t-on. In the mood for love montre un Hong Kong étriqué, vivant dans la promiscuité et paradoxalement, comme dans Nos années sauvages, les rues sont toujours vides.

Comme le dit Chow, il faut « maitriser ses sentiments », d’autant qu’il reste persuadé que Madame Chan ne quittera pas son époux pour lui. Malgré le constat qu’ils font, Monsieur Chan est devenu l’amant de Madame Chow. Ils s’en sont aperçus parce que l’une porte le même sac à main que Madame Chan et que l’autre revêt la même cravate que Monsieur Chow. Des cadeaux d’amants similaires aux cadeaux des époux. Les tenues des personnages ont encore plus d’importance que les décors, somme toute assez simple, Wong Kar-wai et son chef décorateur refusant de tomber dans le décorum et la naphtaline facile de la recréation des années 1960. Finis les slips et les marcels blancs de Leslie Cheung et Tony Leung Chiu-wai dans Happy together. Ce dernier est désormais constamment en costumes et cravate. Le personnage de Maggie Cheung porte toute une collection de robes parfaitement ajustées à sa taille et aux couleurs et motifs variés. C’est bien simple, elle change de robe à chaque séquence. L’érotisation de son corps passe par ses robes. Jamais les deux amants putatifs n’enlèveront le moindre vêtement. Ils se toucheront à peine, n’échangeront aucun baiser, toujours dans cette volonté de maîtriser ses sentiments. L’érotisation atteint son comble dans les quelques ralentis où se dandine l’actrice tenant son thermos.

En parlant de maîtrise justement, In the mood for love apparait comme l’aboutissement de la mise en scène de Wong Kar-wai. Il pratique avec ce film le retranchement, moins de personnages, moins de décors, moins de récit. Ses scènes sont très courtes, finissant souvent (au moins dans la première partie) par des fondus au noir. Il ne subsiste que des bribes de dialogues entre Madame Chan et Monsieur Chow. Les scènes sont scandées par la musique lancinante de Michael Galasso et les mélancoliques chansons en espagnol de Nat King Cole. Comme dans ses films précédents, le désir d’évasion hante les personnages. L’évasion d’abord immobile avec la tentation de l’adultère puis le départ de Monsieur Chow, dans la deuxième partie, pour Singapour et ensuite le Cambodge, le départ pour les Etats-Unis de Madame Suen, les produits inédits ramenés du Japon par Monsieur Chan. Paradoxalement, cette évasion ne fait qu’accentuer le sur-place sentimental du personnage de Tony keung Chiu-wai. Or cet aboutissement dans l’œuvre du cinéaste est aussi sa limite, comme s’il était devenu avec 2046 et plus encore dans My blueberry nights incapable de recréer la magie hypnotique de In the mood for love, dont le succès critique et public a été phénoménal, plaçant jusqu’à aujourd’hui Maggie Cheung et Tony Leung Chiu-wai au firmament des stars glamour et sexy.

In the mood for love (花樣年華, Hong Kong, 2000) Un film de Wong Kar-wai avec Maggie Cheung, Tony Leung Chiu-wai, Rebecca Pan, Siu Ping-lam, Lai Chen, Chan Man-lei, Mama Hung, Roy Cheung.

jeudi 18 avril 2013

Sorties à Hong Kong (avril 2013) Drug war


Drug war (毒戰, Hong Kong – Chine, 2013) 
Un film de Johnnie To avec Louis Koo, Sun Hong-lei, Crystal Huang, Michelle Ye, Lam Suet, Wallace Chung, Gan Ting-ting, Gao Yun-xiang, Xiao Cong, Li Guang-jie, Yin Zhu-sheng, Lo Hoi-pang, Eddie Cheung, Lam Ka-tung, Wang Bao-qiang, Guo Tao, Cheng Tai-shen, Li Jing, Hai Qing, Patrick Keung, Tan Kai, Alex Fong Lik-sun. 105 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 18 avril 2013.