samedi 3 août 2013

La Rage du tigre


Exit Jimmy Wang Yu, bonjour David Chiang qui devient le nouveau sabreur manchot de la Shaw Brothers, comme le titre original le signale. En France, The New one-armed swordsman est sorti sous le titre La Rage du tigre au tout début de la vague de films « karaté  soja», comme le disait la critique de l’époque non sans un gros mépris, soit le 5 juillet 1973, tout juste un mois avant La Fureur de vaincre de Lo Wei. David Chiang n’est pas Fang Gang, le personnage de Jimmy Wang Yu, mais Lei Li. Le générique, fameux, voit Lei Li sur un cheval, sabres aux mains, en train de trancher toute une horde d’ennemis. L’ouverture combine les sons des sabres, des sabots des chevaux sur une musique jouée par une guitare saturée.

Car en début de film, tout comme dans Un seul bras les tua tous, Lei Li a ses deux bras. C’est un bretteur redouté et réputé mais son sourire arrogant n’impressionne en aucune manière Long Yi-zhi (Ku Feng), maître des lieux qui profite des guerres de clans pour voler les convois d’or. Lei Li accepte un défi du chevalier Long. Le perdant se tranchera le bras droit. Lei Li, malgré son habileté, sera défait grâce au bâton rétractable de Long, sorte de nunchaku en trois parties. Lei Li décide d’abandonner les arts martiaux. Pour montrer avec simplicité le temps qui passe, Chang Cheh avec un travelling aller retour montre le bras planté sur un arbre puis le bras devenu squelette.

Deux ans se sont passés. Lei Li est devenu l’homme à tout faire d’un aubergiste et le sujet de la moquerie de certains clients, des soldats à la solde de Long et de son allié Chen (Chan Sing), chef du clan du tigre (donnant là l’explication du titre français avec un beau contresens). Il reste de beau reste à l’ancien sabreur. On lui demande de laver une table, il fait se soulever les assiettes et les bols et nettoie pendant qu’ils sont en l’air, il fait de même pour servir le vin. Mais quand on l’agresse, il ne répond pas, il se laisse frapper par les deux soldats, recevant des coups de pieds, de mains, se laissant briser la main gauche sous les bottes des agresseurs. Le sourire arrogant qu’il arborait en début de film n’est plus là.

La Rage du tigre se poursuit avec l’arrivée de Feng (Ti Lung), un autre sabreur qui débarque au village. Il manie également deux sabres. Puis, Ba Jiao (Li Ching), la fille du forgeron, est enlevée par les deux soldats qui veulent la violer. Elle vient souvent acheter du vin à l’auberge. C’est Feng qui ira la sauver des griffes des soldats. Feng se voit défié par Long et Chan. Lei Li a beau le prévenir de la botte secrète de Long, Feng n’a pas peur. Il est aussi arrogant et sûr de lui que l’était Lei Li deux ans auparavant. Feng veut défendre son nouvel ami devant les soldats si agressifs, il incité Lei Li à reprendre le sabre et les arts martiaux. D’une certaine manière, ce sont deux âmes sœurs.

On a souvent parlé au sujet des films de Chang Cheh qu’ils recélaient une part d’homosexualité latente dans les rapports entre les hommes. Dans La Rage du tigre, c’est précisément cela. Les deux hommes sympathisent, se sourient longuement, puis, sous le regard compréhensif de Ba Jiao, se soutiennent mutuellement, au sens propre comme au sens figuré. Puis, une fois qu’ils auront été débarrassés de leur ennemis, ils pourront partir vivre en semble et travailler la terre tous les deux. Bien sûr, Feng mentionne que Ba Jiao sera l’épouse de Lei Li, mais ce projet de vie commune reste prépondérant. C’est parce que Feng est tué par Long que Lei Li reprend les armes, alors qu’il ne les a pas prises pour aider Ba Jiao. Sa rage n’en sera que plus grande pour le final devant le palais où Lei Li va affronter Long.

La Rage du Tigre (The New one-armed swordsman, 新獨臂刀, Hong Kong, 1971) Un film de Chang Cheh avec David Chiang, Ti Lung, Ku Feng, Li Ching, Cheng Lei, Cheng Kang-ye, Chen Sing, Wang Chung, Wang Ching-ho, Liu Kang, Shen Lao, Wang Kuang-yu, Yasuaki Kurata, Yang Sze.

vendredi 2 août 2013

Le Bras de la vengeance


Je consacre une partie de ce mois d’août aux décors en carton-pâte et au paysage peints sur toile avec un petit hommage à Liu Chia-liang. Et pour commencer Le Bras de la vengeance, deuxième volet de la trilogie que Chang Cheh a consacré au sabreur manchot pour la Shaw Brothers. J’avais décrit comment Fang Gang (Jimmy Wang Yu) a perdu son bras droit dans Un seul bras les tua tous. Trois ans plus tard, Fang a épousé Xiao-man (Lisa Chiao) à qui il a promis de ne plus utiliser son sabre pour se battre. Il est désormais un honnête paysan dans la campagne chinoise.

C’était sans compter sans le Roi Sans Forme (Tien Feng), potentat local qui terrorise tous les maîtres des différentes écoles d’arts martiaux, qui défie Fang Gang pour savoir qui est le maître du sabre. Il envoie deux missionnaires (Wu Ma et Fong Yau), l’un vêtu de blanc, l’autre de noir, pour le convoquer sous la menace. Tenant à sa parole, il refuse tout net. Devant l’insistance guerrière des deux frères, il utilise son sabre pour laminer leurs tenues et les chasse. Il décline la demande d’aide venant des frères Lu, eux aussi défiés par le Roi.

Seulement voilà, les maîtres des écoles d’arts martiaux ont également été convoqués. Ils veulent la paix et pensent, bien naïvement qu’aller à ce défi leur permettra de vivre hors du joug du Roi Sans Forme. Ce dernier vit dans une forteresse avec sept autres chefs autoproclamés rois, six hommes et une femme. Le film les montre dans une rapide démonstration de leurs bottes secrètes. L’un fait tourner des roues équipées de lames, un autre envoie du poison, la reine jette des couteaux, quant à Liu Chia-liang, par ailleurs chorégraphe des combats, il lance une chaine munie d’une serpe. Seule l’arme du Rois Sans Forme est inconnue car il n’a jamais laissé de survivants.

Chacun a un nom de guerre très évocateur : Roi Grande Force, Roi Long Bras, Reine aux Mille Doigts, Roi Illusion Céleste, Roi Bouddha de l’Enfer, Roi Dragon Venimeux, Roi Roue Tranchante. Je donne ici leurs noms tels qu’ils sont donnés dans les sous-titres du DVD édité par Wild Side. Ils sont tous cruels et ne font pas de prisonniers, d’ailleurs le nombre de morts dans Le Bras de la vengeance est énorme. Les cadavres s’amoncellement sur le sol au fur et à mesure que les gentils (tous habillés en blanc) rencontrent les méchants (en tenues noires). Cela est très commode pour se repérer dans les affrontements et pour se rendre compte du nombre de survivants dans chaque camp.

Un ultimatum du Roi Sans Forme demande aux fils des maîtres de se couper le bras droit s’ils veulent que leurs pères soient libérés. Ils ont été pris en otage. Fang Gang prend la tête d’une expédition avec les disciples des écoles. Xiao-man, son épouse est contrainte de les accompagner, retardant l’annonce heureuse qu’elle veut faire à son mari. Sur le chemin vers la forteresse, comme dans un catalogue, ils vont rencontrer chaque roi, l’un après l’autre, qu’ils vont affronter et défaire. Mais c’est la Reine aux Mille Doigts qui est la plus vicieuse puisqu’elle se fait passer pour une jeune femme égarée et infiltrer la troupe menée par Fang Gang.

Pour faire durer son suspense, Chang Cheh mise d’abord sur les dialogues entre les disciples et Fang Gang. Chaque renseignement, chaque information est annoncée par un vigile à l’avant-garde aux disciples puis donnée une deuxième fois à Fang Gang. Ces répétitions sont à la longue fastidieuses. Les disciples sont à la fois naïfs, se laissant embobiner par le charme de la Reine, et débordent d’énergie les poussant à partir au combat mal préparés. Jimmy Wang Yu, avec son fin collier de barbe, joue avec le plus grand sérieux, sans décrocher le moindre sourire, son personnage de redresseur de torts. Ce sera son dernier rôle marquant pour la Shaw Brothers, préférant quitter la compagnie l’année suivante pour divergences artistiques.

Le Bras de la vengeance (Return of the one-armed swordsman, (獨臂刀王, Hong Kong, 1969) Un film de Chang Cheh avec Jimmy Wang Yu, Lisa Chiao, Chung Wa, Cheng Lui, Hoh Ban, Tien Feng, Essie Lin, Ku Feng, Tung Li, Tong Gai, Lau Kar-wing, Liu Chia-liang, Yuen Cheung-yan, Ti Lung, Wang Kuang-yu, Wu Ma, Fong Yau.

jeudi 1 août 2013

Who’s the woman who’s the man


Deux ans après He’s a woman she’s a man, Sam Koo (Leslie Cheung) est toujours le petit ami de Wing (Anita Yuen). Ils ont décidé de tout re-décorer l’appartement où ils habitent avec Fish (Jordan Chan), l’ami d’enfance un peu brut de décoffrage de Wing. Un nouveau décor pour une nouvelle vie pour chacun des personnages de Who’s the woman who’s the man. Le personnage de star de la cantopop de Rose (Carina Lau) n’est là que sur une photo dans le salon, c’est désormais Wing, jeune femme qui se fait passer pour un homme depuis le premier film. En recevant, une récompense pour son dernier album Wing déclare sur scène son amour à Sam, qui s’écroule dans son fauteuil, désolé que le public puisse penser qu’il est gay.

Le milieu de la cantopop que décrit Peter Chan dans son film est le plus gentil du monde. Tout le monde s’apprécie et aucun paparazzi ne vient troubler la tranquillité du couple que forment Sam et Wing. Auntie (Eric Tsang), l’agent haut en couleur aux cheveux blonds et à la fine moustache noire du couple, vient apporter la touche queer au film. Eric Tsang fait le job en une seule séquence où il engage un chanteur médiocre parce qu’il est mignon. Plus tard, il consolera Sam dans une scène un peu forcée où il joue du piano. Il est le seul à connaitre la vraie vie du couple. La cérémonie rend hommage à Fan Fan (Anita Mui), star qui a introduit l’androgynéité dans la chanson et qui a quitté le milieu depuis des années. Elle vogue sur son voilier au gré de ses envies et décide de débarquer pour rencontrer ce drôle de couple.

Les figures majeures de Who’s the woman who’s the man sont le masque et le travestissement. D’abord le masque invisible que porte Wing composé uniquement d’une paire de lunettes et d’une coupe de garçon. Personne n’a encore compris que Wing n’est pas un homme. Après la cérémonie, Wing organise une soirée déguisée. Elle porte, tout comme Fan Fan, un masque de Whoopi Goldberg, elles vont se rencontrer, se parler et comprendre que si elles arborent la même tête, c’est que quelque chose va les rapprocher. Or, Sam quand il arrive à la soirée n’a pas compris qu’il doit porter un masque, il est le seul personnage du film qui veut rester lui-même. Il choisit un masque de Woody Allen, métaphore des gros soucis de cœur qui vont lui tomber dessus. Mais masqué, chacun peut dire ce qu’il pense sans peur de se révéler trop, et l’alcool aidant, tout peut se terminer dans le lit.

Le travestissement est double. Celui des vêtements qui donnera à Fish l’envie de s’habiller en femme pour plaire à O (Theresa Lee), l’assistante lesbienne de Fan Fan. Fish tente de la séduire et se berce d’illusion malgré les refus d’O. Wing est engagée pour tourner un film. Elle devra jouer une femme et son partenaire masculin sera Fan Fan déguisée en homme. C’est là que le travestissement de la vérité commence pour ces deux couples hors-norme. Wing et Fan Fan entament une liaison d’abord strictement cinématographique (le film dans le film avec la scène du baiser sans cesse retardée à cause du hoquet de Wing) puis réelle, sous les yeux de Sam désespéré. Le film propose beaucoup de combinaisons amoureuses et sexuelles avec une volonté de surenchère par rapport à He’s the woman she’s the man. Pourtant ce marivaudage très chic dans le très grand appartement s’avère très gentil et parfois très banal.

Who's the woman who's the man (金枝玉葉2, Hong Kong, 1996) Un film de Peter Chan avec Leslie Cheung, Anita Mui, Anita Yuen, Jordan Chan, Theresa Lee, Eric Tsang, Carina Lau, Clarence Hui, Andy Hui, Edmond Leung, Ann Hui, Alfred Cheung, Clifton Ko, Joe Cheung.

Sorties à Hong Kong (août 2013) The Rooftop


The Rooftop (天台, Taïwan – Hong Kong, 2013)
Un film de Jay Chou avec Jay Chou, Eric Tsang, Oh Yau-lun, Li Xin-ai, Wang Xue-qi, Song Jian-zhang, Huang Jun-lang, Xu Fan, Na-Do, Kenny Bee, Ken Lin, Darren Chiu, Andrew Lau, David Chiang, Fu Yi-wei, Huang Huai-chen. 122 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 1er août 2013.

mercredi 31 juillet 2013

The Tricky master


The Tricky master marque la fin d’une époque dans la carrière de Stephen Chow puisque c’est avec ce film qu’il achève sa carrière de simple acteur. Désormais, il ne jouera plus que dans ses propres films. Compte tenu de sa faible participation au film, on peut se demander s’il n’a pas été obligé de finir son contrat avec la BoB de Wong Jing (la compagnie Best of Best, en toute modestie). Ses gags sont rares mais souvent très drôles, son jeu limité, et sa tenue le fait ressembler au chanteur Prince période Sign o’ the times, lunettes teintées arrondies et cheveux d’enfant sage. Stephen Chow est Master Wong (Wong Si-fu en VO), le « roi des filous ». Il est en prison et ses gardiens sont Tin Kai-man et Lee Siu-kei, qui sont au garde à vous devant lui.

Le véritable héros de The Tricky master est Leung Foon (Nick Cheung), jeune flic qui doit, comme dans les Fight back to school, surveiller sous couverture la fille d’un riche homme d’affaires menacée d’enlèvement. On retrouve l’habitude de Wong Jing de parodier les succès précédents des films plus ou moins récents. Ici entre autres, Mission impossible avec Tats Lau, le chef de la police, qui enlève son masque pour ensuite balbutier son dialogue dans son phrasé de semi-débile ou encore The Ring avec Sandra Ng, longs cheveux lui cachant le visage, qui sort de la télé que regarde Stephen Chow. Sans oublier, bien entendu, les références aux « héros » locaux de Stormriders au God of gamblers (car, on n’est jamais autant servi que par soi-même) ainsi que seconds rôles prestigieux (Ken Lo ou Law Jar-ying)

L’adversaire de Leung Foon est tout simplement Ferrari (Wong Jing, qui, avant chaque réplique, ricane sardoniquement). Le goût du cinéaste pour les résidences luxueuses, les belles voitures ainsi que les jolies femmes est à son comble. Cinéma publicitaire à l’extrême, la mise en scène de Wong Jing fait tout pour rendre son film luxueux et sexy. Gros plans en montage cut sur de jolies créatures à la plage, plan à la grue sur Ferrari qui arrive sous les applaudissements, l’acteur/producteur/réalisateur peut donc se permettre d’arborer de beaux costumes quand il écrase l’équipe olympique japonaise de ping-pong (oui, c’est un gag) face aux tenues et au brushing ridicules qu’arbore Leung Foon. Une veste composée de cartes, une chemise bariolée, des bouclettes aux bigoudis, rien n’y fait, Nick Cheung n’est pas un acteur comique.

Le film se veut également sexy avec l’arrivée de First Love (Kelly Lin), joli sourire mais espionne pour le compte de Ferrari. Leung Foon va tomber sous son charme mais il est marié à Pizza (Suki Kwan), au tempérament plus réservé. Il se trouve que Pizza est la sœur de Wasabi (Sandra Ng), sans doute dans un de ses rôles les plus ingrats de femme encombrante et humiliée par à peu près tous les personnages (Master Wong la jette régulièrement dans les meubles). Dans The Tricky master, les femmes n’ont pas de jolis rôles (cela dit les hommes sont tous des crétins, soyons honnêtes). Déjà, leurs noms sont stupides : First Love, Pizza et Wasabi. Pourquoi ? Puis, il vient à l’idée de Wong Jing de pousser encore plus la vulgarité avec l’apparition de Baat Leung-gam et son visage d’arriéré mental déguisé en femme. Il n’oublie pas d’armer Master Wong de trois concubines jouées par trois acteurs au physique ingrat.

Pourtant malgré cette description chargée que je viens de faire The Tricky master, certains gags sont très drôles. Wong Jing ne s’intéresse pas du tout à son histoire, la laisse vaguement se développer (on sait que Leung Foon gagnera malgré les tricheries de Ferrari, et à vrai dire on s’en moque). Il se contente de soigner les aspects comiques de ses personnages dégénérés, incapables de se plier aux règles communes, entre Master Wong qui refuse qu’on lui adresse directement la parole, Wasabi et sa peur de la richesse, Leung Foon et sa haine des jeux. Finalement, c’est dans ce genre de films que Wong Jing peut parvenir à convaincre, comme une sorte d’autoportrait d’une cinéaste lui-même décrié et considéré comme dégénéré pour ses navets apocalyptiques. Parfois, sous le navet s’avère être un film totalement jouissif.

The Tricky Master (千王之王2000, Hong Kong, 1999) Un film de Wong Jing avec Nick Cheung, Wong Jing, Tats Lau, Suki Kwan, Kelly Lin, Stephen Chow, Sandra Ng, Baat Leung-Gam, Ken Lo, Law Kar-ying, Lee Siu-kei, Tin Kai-man, Frankie Ng, Kingdom Yuen, Bowie Lau.

mardi 30 juillet 2013

Always on my mind


Lui, Chan Yau-wai (Michael Hui) est présentateur du journal télévisé à la télé (la chaîne CCN). Elle, Yin (Josephine Yau), sa femme en profite pour dire qu’il ment tous les jours à tout le monde. Yin a élevé pendant de nombreuses années leurs trois enfants. L’aînée Sze, le second Chung et la dernière Ka-man. les adolescents sont grands et vont prendre leur envol et qu’il Ka-man va rentrer en école primaire, Yin se dit qu’elle va chercher à nouveau un travail. Cette nouvelle met la place de chef de famille de Yau-wai en position de faiblesse. Il marque un changement dans ses habitudes, décrites en ouverture de film comme les piliers de la vie familiale, avec en son centre la tenue du journal télé.

Les enfants vont également bousculer les habitudes. Sze n’attend qu’une chose : le retour du Canada d’Adam, joueur de guitare à ses heures qui cause de temps en temps anglais. Chung, bourreau des cœurs et portrait craché de son père (l’accessoire, ce sont les lunettes), sort avec des tas de jeunes filles aux prénoms occidentaux. Always on my mind se déroule en 1993 et les personnages sont occidentalisés à outrance et par l’idée de quitter Hong Kong avant la rétrocession en tout premier lieu. Le film de Jacob Cheung filme une famille bourgeoise et aisée en pleine déconfiture vivant une période où la peur entre dans chaque famille. Dans son film, cette peur de la rétrocession est symbolisée par le cancer.

C’est Yau-wai qui a un cancer. Il ne veut pas le dire à sa femme pour ne pas l’alarmer, et comme elle a l’habitude qu’il raconte des bobards sur sa santé (il est hypocondriaque). Elle est persuadé que ce cancer, qu’elle croit faux, n’est inventé par Yau-wai que pour faire passer l’arrivée du nouveau patron de la chaine de télé qui veut du sang neuf  à l’antenne. Chan Yau-wai est viré mais est vite réembauché tant ses nouvelles manières de présenter le journal plaisent au public. Le film tente un critique convenue du traitement de l’information. Yau-wai, au plus fort de sa maladie, se fait une joie de commenter l’actualité avec ironie, non sans parfois une certaine démagogie.

L’intérêt majeur d’Always on my mind est moins dans son traitement des rapports familiaux, puisque les enfants semblent répondre à des critères conventionnels : ils ne sont que des jeunes gens tiraillés par leur libido naissante ; à peine plus dans sa critique des médias que dans le jeu entre Josephine Siao et Michael Hui. Les deux interprètes sont au centre du film et Jacob Cheung les met en scène dans de longs plans séquences où ils peuvent exprimer leur talent du mieux qu’ils le savent. Connus pour leur capacité comique, ils parviennent au détour d’une scène à émouvoir sur leurs petits malheurs du quotidien. Always on my mind est le chant du cygne des deux acteurs à la comédie cantonaise, une manière élégante de prendre leur retraite du public.

Always on my mind (搶錢夫妻, Hong Kong, 1993) Un film de Jacob Cheung avec Michael Hui, Josephine Siao, John Dang, Cherie Chan, Joh Si-pooi, Boby, Simon Louis, Rain Lau, Hoh Ho-yuen, Che Foon-yung, Joe Junior, Regi, Spencer Chan, Jacob Cheung, Simon Liu.

lundi 29 juillet 2013

Don't fool me


Ils étaient amis au lycée et un jour, ils se retrouvent après des années sans s’êtres vus. Hero Wah (Andy Lau) n’a jamais eu de diplôme. Petite frappe qui vit grâce à ses poings qu’il utilise à escroquer de pauvres gens (dont le gentil Wong Yat-san alias la Tortue) pour le compte de Shing Fui-on, un sbire des triades. Cheung Ho-kit (Tony Leung Chiu-wai) est courtier en assurance et travaille pour une grosse entreprise. Kit fait comprendre à Wah que son boulot est bien plus compliqué que le sien tant il doit croiser des gens bizarres. Ils décident alors d’échanger leur poste pour faire le travail de l’autre.

Changement d’abord de tenue. Wah troque ses fringues décontractées pour un costume de bureau. Hero Wah rencontre Madame Mui (Teresa Mo), la stricte patronne de Kit. Elle impose une discipline à ses employés et Wah, qui fait exploser les règles, va séduire cette patronne coincée. Quant à Kit, il débarque sur une course illégale de voitures. Son costume cravate le fait immédiatement remarqué par tous, et surtout Fanny (Fennie Yuen), qui sur sa moto aide Kit à s’échapper quand la police débarque. Il découvre que Fanny est la fille d’un chef de gang (Michael Chan).

L’habit fait le moine et Fanny va relooker son nouveau protégé avec une veste en jean’s et du gel dans les cheveux. Une bonne partie de l’humour du film est autour de l’apparence des acteurs (« Madame Mui, comme Anita Mui », dit Wah à Kit), les coupes des acteurs (les cheveux bouclés ridicules de Teresa Mo et Anthony Wong) et les fringues tape-à-l’œil dont se moquent les personnages (le costume de Michael Chan), les différents costumes que porte Andy Lau pour son premier jour de travail : une veste violette, puis une tenue traditionnelle chinois et enfin une djellaba comme s’il était un cheikh arabe.

Le duo entre Tony Leung Chiu-wai et Andy Lau est finalement assez peu présent dans Don’t fool me. Les deux acteurs se rencontrent qu’en début et en fin de film, tout le reste est dévolu à leur romance respective car bien évidemment, les deux hommes vont se disputer avec leur petite copine avant la réconciliation finale. Car les deux gars vont s’améliorer au contact des femmes au caractère bien trempé. Le film d’Herman Yau est une comédie burlesque qui joue sur l’incompétence de chaque personnage dans un univers inconnu. En gros, les triades ce n’est pas si éloigné que ça du milieu des assurances. Les gags qui traversent Don’t fool me sont d’abord du comique de la situation d’échange des emplois.

Certains gags visuels illustrent l’idée non-sensique en vogue à cette époque : une confrontation entre Andy Lau et Anthony Wong au restaurant. Ce dernier jette au visage tous les ingrédients qui se trouvent sur sa table et Andy Lau les rattrape dans sa bouche. Vers la fin du film, les deux héros sont suspendus à une corde d’un immeuble d’où ils s’échappaient mais ils sont à 50 centimètres. La scène finale de prise d’otages qui tourne au grotesque avec la TV en direct. On sent que de nombreux jeux de mots existent dans les dialogues, pas forcément détectables grâce aux sous-titres. Du coup, Don’t fool me navigue suivant la qualité des gags entre le très nul et l’hilarant.

Don't fool me (
中環英雄, Hong Kong, 1991) Un film de Herman Yau avec Andy Lau, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Fennie Yuen, Michael Chan, Shing Fui-on, Anthony Wong, Charine Chan, Wong Yat-san, Jeffrey Lam, Chow Mei-yan, Lee Hoi-sang, Wong Chi-keung, Bruce Law.

dimanche 28 juillet 2013

Colorful


Je n’avais pas écrit sur Colorful lors de sa sortie française (en novembre 2011). Je n’avais pas vu le film sans doute parce que je n’avais pas franchement aimé Un été avec Coo, précédent film de Keiichi Hara. Le fantastique continue son chemin avec cette fois, non pas une créature de contes, mais un jeune homme aux cheveux gris, habillé en écolier, mais s’exprimant comme un adulte. Pura-Pura a pour mission de convaincre une âme qui vient d’arriver au purgatoire d’accepter de retourner sur terre pour se réincarner dans le corps de Makoto Kobayashi, un adolescent de quinze ans qui vient de se suicider.

Makoto revit, pour le plus grand bonheur de ses parents, et se repose chez lui. Pura-Pura devient le guide de cette âme, sans que personne d’autre ne le voie. Qui est vraiment Makoto ? Quels sont ses amis ? Et surtout, pourquoi a-t-il voulu mourir ? C’est d’abord un peu de comédie qui se glisse avec l’apparition de cet « ange » au caractère espiègle qui va et vient selon son humeur. Les indices sont donnés au compte goute, Pura-pura agissant comme un narrateur omniscient ménageant le suspense. Il ne répond pas à toutes les questions de Makoto mais lui déclare qu’il a six mois pour choisir de rester dans ce corps.

On découvre ensuite la famille Kobayashi. Le père, la mère et le grand frère, étudiant. Les deux parents font tous les efforts possibles pour que Makoto se sente bien. Mais les rapports sont difficiles. Le grand-frère n’adresse pas la parole à Makoto et ce dernier ne parle guère à ses parents. Plus précisément, ne connaissant pas l’histoire de Makoto, sa nouvelle âme parle aux parents, puis découvrant que la veille du suicide, Makoto a découvert sa mère sortant d’un hôtel avec son professeur de flamenco, il se terre dans un silence absolu et refuse de manger les plats qu’elle prépare.

Enfin, il y a le collège. Makoto a un téléphone portable vide. Pas de sms, pas d’appels, pas de contact. Une seule photo, celle d’Hiroka, une camarade du collège. L’âme apprendra qu’elle rentrait dans le même hôtel, accompagnée d’un adulte, que celui dont sa mère sortait. Il y a Shoko, fille à lunettes timide et bègue, qui tente, en vain, de sympathiser avec Makoto. Deux filles, l’une dont il est amoureux, l’autre qui cherche son amitié. Il y a le cours de dessin où l’adolescent a peint un cheval qui s’élève dans le ciel à moins qu’il ne sorte de l’eau. Deux visions radicalement opposées sur la vision de la vie, l’une pessimiste, l’autre optimiste.

C’est un portrait cruel et désabusé que dessine Colorful. Celui d’un ado solitaire et triste qui vit une vie d’une grande banalité. Makoto n’a pas d’amis et n’aime pas sa famille. On s’en doute, la rédemption va arriver avec une meilleure compréhension de tous les autres personnages et d’abord de lui-même, grâce à ses cours de dessin et grâce à l’amitié qui se crée avec Saotome, un de ses camarades de collège, aussi jovial que Makoto est triste. Il sera son ange gardien terrestre avec la disparition de Pura-pura. Mais avec une animation souvent imprécise, le film dissipe ses bons sentiments dans une narration nonchalante et sans surprise.

Colorful (カラフル, Japon, 2010) Un film de Keiichi Hara avec les voix de Kumiko Asô, Keiji Fujiwara, Jingi Irie, Michael, Akina Minami, Aoi Miyazaki, Akiyoshi Nakao, Katsumi Takahashi, Kazato Tomizawa.

vendredi 26 juillet 2013

Triad story


Après 22 ans de prison, Feng (Ko Chun-hsiung) rentre chez lui. Il était un parrain à la vie facile, désormais il doit se laver dans un bac et dormir dans une petite chambre et cohabiter avec Sing (Stephen Chow), son fils et la femme de ce dernier. La fille de Feng ne veut pas le voir, elle lui reproche sa vie passée et ne console pas de la mort de sa mère survenue six ans plus tôt. Sa vie est maintenant celle d’un modeste homme qui a perdu son train de vie d’antan mais qui a gardé tous ses amis : Ng Man-tat, Wu Ma, Shing Fui-on et Shum Wai interprètent ses anciens hommes de main au sein de la triade qu’il dirigeait. Chacun a refait sa vie, oubliant le clan : l’un serveur de restaurant, un autre flic bientôt à la retraire. Par loyauté pour le parrain, ils vont organiser une soirée pour célébrer son retour.

Lors de cette soirée, ils apprennent que la fille de Feng fricote avec Jason (Alan Ng), nouvelle pousse des triades qui entend développer le trafic de drogue à son profit à Hong Kong. Il veut se faire un maximum de fric avant la rétrocession, thème archi-rebattu à cette époque dans le cinéma cantonais, ici employé sans portée sociale et politique. Jason est aussi une brute qui frappe sa copine. Les amis de Feng s’emportent sur la méthode à employer. Le film est essentiellement composé de longues scènes de discussion entre Feng et ses amis, tous assis autour d’une table dans une théâtralisation surannée. Shing Fui-on, emporté par ses réactions primaires,  veut aller se battre mais la nouvelle génération possède des armes à feu. Triad story veut montrer que les générations ont changé et que c’était mieux avant.

Le film de Shum Wai ne vaut que pour son ton outrancier dans le mélodrame. Jason décide de capturer la fille et la belle-fille de Feng pour lui faire bien comprendre que l’ancienne génération doit laisser sa place. Les amis de Feng ne l’entendent pas de cette oreille. Toute la deuxième moitié de Triad story est une accumulation se scène où les femmes se feront couper un doigt et frapper, où Shum Wai et Shing Fui-on se feront abattre, où Ng Man-tat les yeux exorbités attaquera ses ennemis à coups de hache, et où Billy Chow se battra avec une violence inouïe contre une amazone. Rarement les combats, chorégraphiés ici par Tony Leung Hung-wah, n’auront autant donné l’impression de douleur : tête contre des escaliers, corps dépliés qui se fracassent au sol, coups de poing ultra violents au visage et à l’estomac, le tout appuyé par une musique tonitruante. Mais le film est trop caricatural dans son traitement des personnages pour vraiment intéresser.

Triad story (江湖最後一個大佬, Hong Kong, 1990) Un film de Shum Wai avec Ko Chun-hsiung, Wu Ma, Shing Fui-on, Ng Man-tat, Shum Wai, Stephen Chow, Kwai Chung, Billy Chow, Lo Wei, Alan Ng.

jeudi 25 juillet 2013

Sorties à Hong Kong (juillet 2013) SDU: Sex Duties Unit

SDU: Sex Duties Unit (飛虎出征, Hong Kong, 2013)
Un film de Gary Mak avec Chapman To, Shawn Yue, Matt Chow, Derek Tsang, Lau On-kei, Dada Chan, Jim Chim, Siu Yam-yam, Simon Loui, Lam Suet, June Lam. 95 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 25 juillet 2013.