vendredi 26 octobre 2007

Le Chinois


Pour son premier film américain, Jackie Chan tourne avec Robert Clouse, l’homme qui fit Opération Dragon avec Bruce Lee. Raymond Chow, big boss de la Golden Harvest, voulait lancer Jackie Chan sur le plan international et Clouse était le mieux préparé pour cela.

Jerry Kwan (Jackie Chan) est un gentil garçon. Il a une jolie fiancée, Nancy (Kristine DeBell) et ils sont amoureux. M. Kwan, le papa de Jerry, tient un petit restaurant mais dans le Chicago des années 1930, la mafia italienne est aussi puissante et néfaste que les triades chinoises. Des mafiosi veulent s’emparer du restau. Jerry fout quelques trempes aux méchants, mais son père ne veut pas qu’il se batte.

Jerry a aussi un oncle, Herbert Kwan (Mako) chiropracteur qui le soutient dans son entraînement de kung-fu. Mais pour gagner de l’argent il préfère faire des courses de patins à roulettes avec Nancy et un autre de ses potes. Mais les mafieux vont lui mettre des bâtons dans les roues, d’autant qu’ils sont assez racistes. Ils vont enlever la fiancée du frère de Jerry.

Chantage, manipulations, menaces. Le Chinois déploie son scénario habituel du film de gangsters qui ennuient les gentils. Le Chinois ressemble presque au navet de Bruce Lee La Fureur du drgaon qu’il avait tourné en Italie.

Sauf qu’ici, le scénario reste cohérent et que la mise en scène est bonne. Il est assez plaisant de retrouver la lumière si particulière des films américains de série B de la fin des années 1970. Une lumière blanche, frontale qui neutralise les couleurs et la profondeur de champ.

Et puis surtout, il y a la brillante musique de Lalo Shiffrin. Une bande originale très jazzy avec une contrebasse qui emporte la partition. Le compositeur avait déjà beaucoup apporté à Opération Dragon.

Les moments de comédie sont pas mal. Les scènes de combat filmées en plan séquence à deux caméras, puis montées en champ contrechamp, donnent du punch au film.

Un film agréable et talentueux. Mais Jackie Chan ne trouvera jamais un autre projet intéressant aux Etats-Unis.

Le Chinois (Battle creek brawl, Etats-Unis, 1980) Un film de Robert Clouse avec Jackie Chan, Mako, Jose Ferrer

jeudi 25 octobre 2007

Sorties à Hong Kong (octobre 2007)

Who’s next (葬禮揸Fit)

Un film de Rico Chung avec Jordan Chan, Patrick tam, Lam Ka-tung. 94 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 25 octobre 2007




Bullets over Summer


C’est l’histoire de deux flics qui vont vivre des aventures très banales et qui ne vont pas s’en remettre. D’un côté Mike (Francis Ng), plutôt nerveux, cheveux rasés. De l’autre côté Yan (Louis Koo), nonchalant et chemise hawaïenne.

La mission initiale dans Bullets over Summer est d’aller arrêter deux braqueurs de supermarché. Mike arrive en courant sur les lieux. Yan est déjà là, il finit sa glace avant d’aller dans le supermarché. Mike y rentre avec un sac de chips, il se fait mettre au fonds du magasin avec les clients otages. Puis Yan rentre et se fait passer pour un braqueur ce qui déstabilise les vrais braqueurs. Les deux flics passent à l’attaque et sauvent la situation.

Ils doivent enquêter sur un gangster vicieux surnommé Dragon qui vient de dégommer de nombreux clients dans un centre commercial. Après avoir pris quelques renseignements auprès un indic, ils vont planquer dans un petit appartement. Dans l’immeuble en face, il doit y avoir un des membres du gang de Dragon. Ils vont surveiller tout ça pour mieux appréhender la bande. Ils doivent d’abord trouver quelqu’un et atterrissent chez une mémé qui accepte qu’ils planquent chez elle.

Mais la grand-mère n’a pas de mémoire et prend les deux garçons pour ses petits enfants. Elle commence à la fois à les dorloter en préparant des pâtes) et à les gronder comme des gosses pour des balivernes. Petit à petit, une fois que Mike et Yan, ont compris la situation de la vieille dame, une relation de complicité s’établie entre eux.

Ainsi quand un des voisins vient protester que le chat de la grand-mère vient faire ses crottes devant chez lui, Mike prend le problème à sa charge. Mais du coup, il commence à s’impliquer dans la vie sociale de l’immeuble et il est présenté comme un président du syndic de l’immeuble. Mike est impulsif et prend vite des décisions pour régler les problèmes.

Ainsi quand Yan, qui est plus jeune que Mike, décide d’inviter une fille pour tirer un coup, Mike lui file de l’argent pour qu’elle s’en aille. Yan reverra la jeune fille d’autant que Mike rencontre dans la blanchisserie au coin de la rue une autre jeune femme enceinte celle-là dont il va s’occuper.

Ce qu’il de particulièrement savoureux dans Bullets over Summer est justement que Wilson Yip mélange avec beaucoup de bonheur les scènes de comédie crypto familiales, toutes très réussies, drôles et tendres à la fois, et les scènes policières plus brutales. Avec chaque fois l’idée que les deux éléments sont contradictoires et que chacun risque de foutre en l’air l’autre.

Le ton musical change pour les deux genres et le tout culmine dans une très belle scène où les gangsters s’incrustent par accident dans l’appartement de la grand-mère et où policiers et malfrats mangent ensemble.

Bullets over Summer est une des plus belles réussites de l’œuvre de Wilson Yip, un film calme et tendu, drôle et sinistre et où les acteurs sont prodigieux.

Bullets over Summer (爆裂刑警, Hong Kong, 1999) Un film de Wilson Yip avec Louis Koo, Francis Ng, Law Lan, Michelle Saram, Stephanie Lam

mercredi 24 octobre 2007

Rush hour 3


J’ai eu l’impression de sortir assez sali de la projection de Rush hour 3. Les deux premiers étaient agréables, souvent drôles même si les deux acteurs jouaient toujours sur leue propre registre : Chris Tucker la grande gueule qui drague tout ce qui a un soutien-gorge et Jackie Chan le gars tranquille mais ferme qui réparait les conneries de son comparse.

On se foutait comme de notre première chemise du scénario de la franchise. On se moquait encore plus que Brett Ratner soit aux commandes. Le tâcheron était appliqué à réussir ses gags. Dans Rush hour 3 toute l’équipe est aux abonnés absents.

On essaie de nous faire croire à une histoire de ligue internationale des triades. Jackie et Tucker chercheraient le super méchant qui contrôlerait tout cette engeance. Leur enquête les mène en France. Et ces bons flics vont loger au Plaza Athénée. Putain, les flics sont payés combien en Californie ? Le scénariste croit qu’ils sont tous hyper friqués ou Jackie refusait d’aller ailleurs pour y dormir entre les prises ?

On y voit un suspect d’origine asiatique (français en VO, québécois en VF) qui traite le personnage de Tucker de « mot en N ». Fin comme humour ! Puis arrivés à l’aéroport, nos deux héros sont accueillis par Roman Polanski qui joue un commissaire vicieux et vaguement adepte du touché rectal. Arrêtez, je ris trop. On continue avec Yvan Attal en chauffeur de taxi fumeur (pouah ça dérange Tucker) qui veut pas les prendre parce qu’il hait les Amerloques. Car c’est bien connu les Français détestent les Ricains. Mais très vite cet âne va comprendre que ces deux gars sont des héros. Mieux, ce sont ses héros. Mais sa femme, Julie Depardieu ne l’entend pas de cette oreille.

Et on termine avec Noméie Lenoir alias Geneviève (quel doux prénom actuel et sexy en diable). Elle fait de la pub mais Jackie et Tucker savent qu’elle est en danger. Tucker essaie de se la taper, mais les méchants arrivent trop tôt. Là, on s’aperçoit que les noms des chefs des triades tatoués sur son crâne. N’en jetez plus messieurs les scénaristes.

Et on n’oublie pas ce pauvre Maw Von Sydow en fourbe gentil. Peut-être ferait-il un bon méchant ! Ingmar Bergman doit se retourner dans sa tombe. Nous on en tombe du fauteuil du multiplexe !

On y entend de l’accordéon. Tout se passe autour de la Tour Eiffel. Les personnages de Français ne sont même pas assez caricaturés franchouillards pour être comiques. On a l’impression de regarder un remake de Mad mission 3, l’inénarrable nanar de Tsui Hark. Ah, la scène de parachute avec le drapeau tricolore entre la Tour et la fontaine devant le Trocadéro.

C’est peu de dire que rien n’est drôle dans Rush hour 3, sauf éventuellement la scène de chanson dans le cabaret. Que tout y est bas de plafond, que l’appétit sexuel de Chris Tucker est navrant. Que les scènes de combat, notamment celle dans l’école de kung-fu, sont plates et sans savuer ? Que la grande scène finale dans la Tour Eiffel ne fera pas date parce que filmée en numérique.

Jackie Chan a l’air de sa faire chier. Il est incapable d’avoir la moindre expression, comme si le botox bloquait son visage (saleté de chirurgie esthétique). Ses films récents sont assez merdiques avec une palme au navrant Le Smoking. La bonne idée aurait été de placer au milieu du duo un élément perturbateur, comme l’était Joe Pesci dans L’Arme fatale 3. Des noms : Michael Youn (que Jackie avait croisé dans Le Tour du monde en 80 jours), Jamel, Mathilde Seigner…

Rush hour 3 (Etats-Unis, 2007) Un navet bien fade de Brett Ratner avec Jackie Chan et d’autres personnes

mardi 23 octobre 2007

Kié la petite peste


Dans le Osaka du début des années 1980, Kié est une petite fille qui essaie de vivre au milieu d'une famille dont les parents sont séparés. Elle a les cheveux noirs avec deux couettes. Sur une de ses pinces à cheveux, il ya une paire de cerises. De grands yeux au milieu d'un visage rond. Elle porte une jupe noire et une chemise beige. En guise de chaussures, elle met des soques en bois. Elle met souvent ses bras derrière sa nuque. Elle, c'est Kié, l'héroïne du troisième film de Isao Takahata Kié la petite peste (1981).

La petite Kié n'a pas une vie facile. Au lieu de faire ses devoirs pour l'école, elle est obligée de tenir le restaurant familial. Son père, Tetsuo est un incapable qui passe son temps à avoir des dettes de jeu. Il est obligé de demander aux grands parents de Kié de l'argent pour rembourser le patron de la boîte de jeux. Dès le début du film, Isao Takahata porte l'attention sur le fait que la vraie adulte de la parentèle c'est Kié. Le père est irresponsable et il fera catastrophe sur catastrophe, notamment lorsqu'il va à l'école et qu'il lui fait honte.

Kié est une enfant dont les parents sont séparés. Ce qui lui pèse beaucoup. Elle voit sa maman en cachette, sans le dire en personne. Elle aimerait bien que ses parents se remettent ensemble. Elle voudrait une vie de petite fille normale. Mais les adultes sont si bêtes parfois. Et si égoïstes. Mais les autres enfants ne sont pas forcément de anges non plus. Et surtout à l'école où ils se moquent de Kié qui a du mal à faire ses devoirs.

Du coup le meilleur ami de Kié sera un chat de gouttière. Il vient miauler grassement devant le restaurant et elle lui donne une brochette. Qu'elle n'est pas sa surprise quand elle voit le matou prendre la brochette avec sa patte et s'adosser tranquillement contre une poubelle pour manger sa viande. Car les chats dans Kié la petite peste sont plus humains que certains humains. Et ils sont pourvus de testicules énormes. Parfois ils parlent aussi.

Le monde de Kié la petite peste est ainsi peuplé de personnages caractérisés à l'extrême, tel le patron du salon de jeux qui se prend pour un yakuza. Lui aussi a un chat sévèrement monté, le diabolique Antonio, le plus méchant de la bande. On trouve les camarades d'école de Kié qui sont des poltrons. Et aussi les grands parents qui parlent à Tetsuo, le papa de Kié, comme à un gamin.

Cette caractérisation, proche de la caricature, ne plombe pas le récit des aventures de Kié parce que tout est fait avec beaucoup d'humour où la tendresse pour ces habitants des quartiers populaires d'Osaka n'est pas loin. Isao Takahata a choisi de faire de Kié la petite peste une œuvre sociale où se mêlent des éléments de loufoque et de fantastique.

Parvenu assez tardivement jusqu'en France, sorti en 1981 au Japon et en 2005 en France, Kié la petite peste n'a pas la beauté du Tombeau des lucioles. Son dessin est assez grossier. Les animateurs ne se gênent pas pour déformer les têtes des personnages (Kié qui hurle sur ses camarades de classe), pour forcir les traits (les grosses gouttes de sueur dès qu'un embarras surgit) et à faire une animation minimaliste comme lorsque des personnages se tapent dessus. Mais c'est un plaisir de regarder Kié la petite peste, surtout en version originale où les voix donnent une vraie ampleur à chaque personnage.

Kié la petite peste (Japon, 1981) Un film de Isao Takahata

lundi 22 octobre 2007

Nouvelle cuisine


Décidément, la cuisine inspire toujours autant les cinéastes chinois. Après Be with me où un veuf préparait pour Madame Teresa Chan, après La Saveur de la pastèque où les nouilles étaient un préliminaire à la copulation, voici cette semaine Nouvelle cuisine. Ce nouveau long métrage de Fruit Chan avait pu être visible en 2005 dans une version courte dans 3 extrêmes.

Madame Li est une ancienne actrice de série télévisée. Aujourd'hui, son mari la trompe avec une jeunesse qui a la moitié de son âge. Elle décide d'aller voir Tante Mei, vieille chinoise de 64 ans qui conserve sa beauté juvénile grâce à ses raviolis (les dumplings du titre anglais) dont elle a le secret. Tante Mei est interprétée par Bai Ling, actrice tout juste trentenaire. Belle idée buñuelienne surréaliste et carrément burlesque. Tante Mei n'arrête pas de bouger dans son pantalon moulant. Elle parle à tire larigot (en mandarin). Tout le contraire de Madame Li, réservée, dubitative et qui retrouver son rôle de femme et d'épouse comblée sexuellement. Le seul rôle, qu'actrice déchue, elle peut désormais jouer. Pour cela, Tante Mei lui annonce la couleur : ses raviolis à la vapeur sont issus d'une recette typiquement chinoise.

Fruit Chan n'y va pas avec le dos de la cuiller. On comprend petit à petit quel est cet ingrédient secret. Mei va faire une visite en Chine continentale pour se fournir illégalement. On savait Fruit Chan, comme dans Made in Hong Kong, capable de cruauté envers ses personnages, mais ici, il développe toute une panoplie de l'horreur feutrée pour mener à bien son récit. Madame Li a bien du mal à avaler ses raviolis. Et nous, spectateurs qui en avons vu bien d'autres dans l'abjection, avons bien du mal à ne pas retenir notre dégoût. Et c'est là tout le talent de Fruit Chan d'arriver par des moyens purement cinématographiques à provoquer cette émotion si forte.

Car montrer l'ingrédient nécessaire à la confection des raviolis est une chose (et Chan ne se gêne pas pour nous le montrer), mais que l'on y croit est une autre paire de manches. Plus Madame Li prend goût à la dégustation, jusqu'à ce qu'elle devienne complètement accro, plus le réalisme de la consommation s'accroît en nous. Alors que la raison voudrait que cela cesse, et pour nous spectateurs, et pour Madame Li, on en redemande, on veut croire que c'est possible. On sait pertinemment que ce qu'elle mange pendant le tournage de la séquence est un vrai ravioli, mais Fruit Chan nous convainc par la suggestion que ce ravioli est bien fabriqué à partir de ce que l'on sait.

Eric Khoo dans Be with me mettait au centre de son film une aveugle sourde muette qui réussissait à s'exprimer à nous par la magie du cinéma. Fruit Chan dans Nouvelle cuisine met au centre de son film deux sens difficiles à rendre : le goût et l'odeur. Mais cela fonctionne grâce à un montage image-son des plus audacieux. Il montre, sans image choc, ce que Tante Mei confectionne dans sa cuisine avec la plus grande qualification, mais aussi la plus grande désinvolture. Or, ce talent culinaire va à l'encontre des vertus communément partagées. Le discours rassurant de la cuisinière est sans cesse contredit par la bande sonore composée de bruits sourds et inquiétants, renvoyant aux films horrifiques – bruits de porte, par exemple – qui témoignent de l'incongruité de la situation.

Madame Li va-t-elle reconquérir son époux (excellent Leung Ka-fai, tout en vulgarité) à cause des raviolis ? Ou est-ce que le fait de manger ces raviolis lui donne une plus grande confiance pour le reconquérir ? Quand elle apprend que la maîtresse de son mari attend un enfant, elle n'hésite pas une seconde : elle décide elle aussi de se lancer dans la confection de raviolis. Implacable conclusion d'un film délicieusement atroce.

Nouvelle cuisine (餃子三更2之一, Dumplings, Hong Kong, 2004) Un film de Fruit Chan avec Miriam Yeung, Bai Ling, Tony Leung Ka-fai

dimanche 21 octobre 2007

Running on karma


L’habit ne fait pas le moine. Le seul vêtement de Costaud (Andy Lau) est un petit slip. Il est strip-teaseur dans une boîte. Lee Fung-yee (Cecilia Cheung) est parmi les spectatrices super excitées par l’effeuillage des ces messieurs. Au moment où ils enlèvent leurs slips, Fung-yee sort sa carte de flic pour les arrêter. Ils se carapatent à poil.

Dans le même temps, une autre équipe de policiers arrivent sur les lieux d’un crime. Ça se passe dans un entrepôt et les flics sont en pleine expectative. Qu’a-t-il bien pu se passer dans ici ? Ils découvrent qu’un Indien géant est caché dans un petit pot de peinture. Il s’enfuit.

Costaud croise l’Indien et les flics croisent Fung-yee. Le géant parvient à s’échapper mais Costaud est arrêté et torturé. Il est Chinois et va donc être expulsé. Il rentre à Shenzhen, mais revient clandestinement et va retrouver Fung-yee pour l’aider à élucider le crime sanglant de l’Indien.

Car Costaud, qui porte bien son surnom puisqu’il est bodybuildé, a des pouvoirs. Quelques années auparavant, il fût moine. Un jour, il tue un petit oiseau. Depuis, il voit le karma des gens qu’il a en face de lui. Il comprend que Fung-yee a été dans une vie précédente un cruel soldat japonais. Grâce à son don, il montre ce qui s’est passé dans l’entrepôt.

Running on karma est sorti à Hong Kong six mois après PTU. Tourné seul par Johnnie To, PTU est un polar nocturne avec unité de temps, d’action et de lieu. C’est un récit linéaire et réaliste sur l’univers des policiers. Un éclat brutal et noir.

Running on karma semble avoir été tourné en réaction. Wai Ka-fai est un orfèvre du scénario tordu et il a écrit ici un polar diurne et surnaturel. Mais les cinéastes filment leurs personnages comme si tout était normal. On ne s’étonne pas des visions de Costaud, de la souplesse du géant, des prouesses des combats qui défient les lois de l’attraction.

Ce qui fait la grande force de Running on karma est paradoxalement l’absence de psychologie. Les personnages avancent constamment masqués. Andy Lau, deux ans après Love on a diet, revête à nouveau une prothèse pour devenir un culturiste. Perruques, combinaisons, déguisements, bure de moine, tout est bon pour ne pas être celui ou celle que l’on est.

Et d’une certaine manière, Running on karma apparaît encore plus brutal que PTU devant cette absence d’explication. Les moments de comédie compensent la noirceur du polar et notamment la figure du flic à la cigarette. Running on karma est une bizarrerie typiquement cantonaise.

Evidemment, Cecilia Cheung est absolument géniale. Tout comme Andy Lau. Running on karma a reçu cette année-là les Hong Kong Award du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur acteur.

Running on karma (大隻佬, Hong Kong, 2003) Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Andy Lau, Cecilia Cheung

samedi 20 octobre 2007

Secret sunshine


Le titre original du film est Miryang qui est le nom de la ville où va se dérouler le film. Shin-ae (Jeon Do-yeon) explique au garagiste qui lui a porté secours (Song Kang-ho) que les caractères chinois de la ville veulent dire ensoleillement secret. D’où le titre en anglais, parce que quand même mettre un titre en français pour un film coréen, ça le fait pas.

Depuis quelques années, chaque Festival de Cannes a son film sur le deuil d’un fils : Tout sur ma mère d’Almodovar, La Chambre du fils de Moretti, Le Fils des Dardenne, Shara de Kawase ou encore Red road d’Arnold. C’est en train de devenir un genre en soi. Et en plus ça rapporte. Pour Secret sunshine, le Prix d’Interprétation Féminine. Pourquoi pas ? Et on se fait traiter de mec sans cœur si on n’aime pas ça.

On est désormais très loin de la grandeur du film d’Almodovar, pour moi le film indépassable sur le sujet du deuil d’un enfant. Aujourd’hui, c’est lumière crue, caméra à l’épaule, un nouvel académisme dans lequel se complait Lee Chang-dong. Il ne suffit pas de filmer Jeon Do-yeon en train de pleurer pour faire pleurer le spectateur. Comme dans une comédie, montrer les personnages rire de leurs propres gags ne garantie pas que l’on se marre devant le film.

La ville de Miryang se situe à deux heures de Séoul, au nord est de la Corée. Shin-ae, désormais veuve, s’y rend avec son fils. C’est la ville natale de son défunt mari. Lors d’une panne de voiture, elle fait la rencontre de Jong-chan (Song Kang-ho), garagiste qui la dépanne. Il va aussi l’aider à trouver un logement.

Shin-ae va découvrir cette ville et ses habitants. L’instituteur de son fils qui est nationaliste. La pharmacienne qui est une protestante évangélique. Le fils se fait kidnapper. C’était l’instit qui pensait qu’elle était riche et qui voulait la rançonner. L’instit tue l’enfant. Le film n’en donne pas de raison précise.

Shin-ae se plonge dans la religion et va prier. Sans doute Lee Chang-dong veut montrer les ravages du nouvel obscurantisme, mais il échoue tout à fait. Les protestants sont dévots mais ni sectaires ni illuminés. On est loin de l’univers de Jesus camp. Ce qu’ils veulent c’est aider Shin-ae et ils sont persuadés que la prière va lui amener la quiétude, même si cela est aberrant. D’une séquence à l’autre, Shin-ae devient heureuse. Ou feint de l’être. On n’en voit pas le processus, ce qui rend la chose peu crédible.

Car jusqu’à présent, le scénario de Secret sunshine faisait preuve d’une minutie descriptive qui tout à coup est absente. La deuxième heure contredit la première. Il s’agit bien de contradiction et non d’opposition. Shin-ae veut pardonner au meurtrier de son fils, mais l’homme s’est lui aussi plongé dans la religion. Là, notre héroïne passe de la vertu au vice en voulant coucher avec tous les mecs. Elle sombre dans la folie, mais devant les effets lacrymaux, tout cela nous passe au dessus.

Lee Chang-dong croit détourner le genre mélodramatique, mais étouffe son récit dans une volonté de réalisme. Il a demandé à ses acteurs de jouer naturel. Seulement voilà, comme dans un film de Tavernier, à force de travailler le naturel de l’interprétation, on ne voit plus que le travail. Secret sunshine demeure en l’état un simple scénario filmé. Un film parfait pour les dossiers de l'écran.

Secret sunshine (밀양, Corée, 2007) Un film de Lee Chang-dong avec Jeon Do-yeon, Song Kang-ho, Jo Yeong-jin, Kim Yeong-jae,

vendredi 19 octobre 2007

Love on a diet


Deux ans avant Running on karma, Johnnie To et Wai Ka-fai transformaient déjà le corps d’Andy Lau et l’affublaient d’une prothèse corporelle pour le transformer en obèse.
Love on a diet raconte la vie de Mini Mo (Sammi Cheng) qui est elle aussi obèse. Elle assiste au début du film à un concert de piano. Le jeune homme se met à jouer un morceau quand Mini s’effondre en larmes et quitte précipitamment la salle, non sans faire quelque bruit. Affalée au bas d’un escalier, elle rencontre le pianiste qui lui signe un autographe. Il lui dit qu’il y a dix ans, il avait une petite qui avait le même prénom qu’elle. Et pour cause.
Flash back : Mini n’a pas toujours été grosse. Dix ans auparavant, elle était fine comme Sammi Cheng est fine. Elle était partie faire ses études au Japon (Love on a diet se déroule à Tokyo). Son amoureux est parti étudier le piano aux Etats-Unis. Elle a compensé son absence en se goinfrant. A son retour, elle n’a pas pris contact avec lui, honteuse qu’elle était d’avoir pris tant de poids.
Fatso (Andy Lau) lui s’en fout de son poids. Il rencontre Mini dans un hôtel. Elle est incapable de payer la note. Elle dépense tout son argent pour assister à tous les concerts de son ancien amoureux. Un peu forcé, il l’héberge. Elle est un peu encombrante, non pas parce qu’elle est grosse, mais parce que sa timidité et l’absence d’estime qu’elle a pour elle-même, l’ont menée dans la galère.
Fatso vend des couteaux. Elle va l’aider à augmenter le rendement. Parce qu’il se rend bien compte qu’elle est toujours amoureuse de ce pianiste, il va l’encourager à retrouver sa ligne originelle. Mais, l’effort à fournir est grand et cela coûte très cher.
Fatso va voir ses amis du quartier chinois et demande des conseils. Ils seront tous plus farfelus les uns que les autres : avoir une bonne grosse diarrhée, avaler un ver solitaire. Finalement, le mieux est encore de faire de l’exercice. Seulement voilà, Fatso l’aide mais il continue à bouffer ses chips devant elle.
Love on a diet joue sur deux tons tout à fait opposés : la comédie loufoque et le drame existentiel. Très souvent, les cinéastes passent de l’un à l’autre dans une même scène sans que l’on sache s’il faut rire ou pleurer des malheurs de Mini. Comme dans la séquence où elle cherche à se suicider et où son poids brise la corde pour se pendre.
Ce que montre le film, c’est bien entendu la dictature du paraître. Cela est parfaitement illustré dans la scène des retrouvailles entre Mini et le pianiste. Elle s’attend à une belle intimité, il a averti les journalistes qui gâchent ce moment. Love on a diet ne fait pas rire aux dépends des obèses, cela en fait sa force.
Mais, il reste une énigme irrésolue dans le film. Celle qui accompagne le personnage d’Andy Lau. A aucun moment, on ne saura quoi que ce soit de sa vie, de son passé, contrairement au personnage de Sammi Cheng. Il sera constamment appelé par son surnom Fatso, le Gros, et quand Mini lui demandera son nom, il ne le dira pas. On ne saura pas non plus pourquoi il a atterri au Japon.
Quand Fatso se lance dans le combat de rue pour aider Mini (il fait payer les passants 600 yens pour servir de punching-ball), là on arrête vite de rire. On est mis devant une situation douloureuse, d’autant que Mini ignore tout de cela. Fatso se sacrifie comme s’il n’avait rien à perdre et surtout pas l’amour qu’il semble porter à Mini.
Love on a diet est plus profond qu’il n’en a l’air. Le happy end de pure convenance n’enlève pas le goût d’amertume, accentué par les airs d’accordéon de la bande originale, que l’on a ressenti devant ces deux personnages mal dans leur peau.
Love on a diet (瘦身男女, Hong Kong, 2001) Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Andy Lau, Sammi Cheng, Lam Suet, Wong Tin-lam

jeudi 18 octobre 2007

Sorties à Hong Kong (octobre 2007)

Brothers (兄弟)

Un film de Derek Chiu (Chine – Hong Kong) avec Eason Chan, Andy Lau, Miu Kui-wai, Crystal Huang, Lam Ka-tung, Felix Wong. 104 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 18 octobre 2007.

Site officiel : cliquer ici