lundi 16 juin 2008

Soleils de demain (Shochiku)




En complément de programme du DVD d’Une ville d’amour et d’espoir, Carlotta a eu la bonne idée de mettre un court métrage de Nagisa Oshima qui présente quelques unes des vedettes montantes – ou en devenir – du studio Shochiku. C’est drôle, espiègle et très coloré. Une jeune actrice avec un parapluie rouge présente ses camarades acteurs et actrices qui ont commencé leur carrière de cinéma il y a de cela déjà 50 ans. Je n’ai reconnu aucun nom, ce qui n’est guère étonnant de ma part, mais sans doute ont-ils eu l’heure de gloire. Seul un spécialiste pourrait me le dire. Cela étant, cette abnde-annonce de six minutes présente aussi toute la variété que pouvait proposer le studio à ses spectateurs : romance, polar, chambara, comédie musicale, épopée, etc… Oshima accorde ses plans – tout est tourné en décor – à chacun des genres et le tout est très amusant.


Soleils de demain (明日の太陽 , Japon, 1959) Une bande-annonce de Nagisa Oshima.

vendredi 13 juin 2008

Loving you


C’est le premier grand rôle que Johnnie To offre à Lau Ching-wan. Le premier d’une longue série qui a continué jusqu’à Mad detective. C’est aussi pour To une manière inédite d’aborder le polar hongkongais. Il va y mettre une bonne dose de réalisme et filmer de nombreuses scènes caméra à l’épaule. Ça fait souvent penser à la série NYPB Blue.

Loving you souffre de quelques défauts importants et à commencer par son scénario. Liu (Lau Ching-wan) est un flic autoritaire et peu amène. Son travail passe avant tout et surtout avant sa femme. En fait, sa femme passe après tout. Le soir de l’anniversaire de leur rencontre, il préfère penser à autre chose. Liu trompe aussi sa femme, mais elle lui rend bien. Elle essaie de lui dire quelque chose. Il ne rentre pas chez eux. Il préfère aller baiser une jeune femme. Elle lui dira quelques jours plus tard qu’elle est enceinte… de son patron.

Le travail ne se passe pas aussi bien que voulu. Un méchant particulièrement retord (un trafiquant de drogue) découvre que les gens avec qui il traite affaires sont deux flics infiltrés. Il en abat un (une femme flic) et provoque une overdose sur l’autre. Le méchant s’enfuit après une course poursuite sur les toits (déjà, bien avant Running out of time) et Liu balance la drogue aux quatre vents. Le méchant va se venger. Liu sera attaqué violement lors d’un piège qu’on lui a tendu. Une balle se loge dans sa tête. Il ne sera plus lui-même.

Il s’agira alors de vivre avec son nouvel handicap : il boite et a perdu le goût. Métaphoriquement, il n’a plus le goût de vivre d’autant que sa femme, qui va s’occuper de lui lors de la convalescence, porte l’enfant d’un autre. Il peut tenter de refaire son couple, elle va peut-être ne pas retourner chez sa mère. Mais une chose est sûre, rien ne sera facile, surtout quand on veut l’assassiner.

La mise en scène de Johnnie To est encore très hasardeuse. Les scènes d’action sont filmées au plus près, les rendant assez invisibles pour un film hongkongais, mais cela relève de la méthode américaine. Il s’agit de plans très rapides, cut et donnant de la confusion sur l’issue du combat. Pourquoi pas.

Mais là où Loving you se fait un peu plus intéressant, c’est dans sa métaphore de la peur de la rétrocession, la naissance d’un bébé étant vue comme un saut vers l’inconnu, comme la méconnaissance de l’avenir. La femme de Liu prévoyait de partir au Canada avec son nouvel amant comme beaucoup de Hongkongais l’auraient voulu. La peur aussi des changements au sein de la police avec l’exclusion de ses prérogatives (un jeune flic est muté ailleurs malgré sa loyauté envers Liu). Enfin, dernier détail, la chute de la maison Shaw Brothers qui distribue le film. La dernière séquence est tournée dans les locaux de la TVB, la chaîne télé des frères Shaw. Tout est décombre et désolation et la production n’hésite pas à faire brûler ce décor pour les besoins de l’action.

Loving you marque la fin d’une ère. Il n’est pas encore le film de la maturité pour Johnnie To, mais il est le terrain d’expérimentations que l’on retrouvera dans ses films majeurs.

Loving you (无味神探, Hong Kong, 1995) Un film de Johnnie To avec Lau Ching-wan, Carmen Lee, Tok Chung-wa, Ruby Wong, Yuen Bun, Wong Wa-wo, Lam Suet, Alan Mak.

jeudi 12 juin 2008

Sorties à Hong Kong (juin 2008)

Missing (深海尋人)

Un film de Tsui Hark avec Angelica Lee, Isabella Leong, Chang Chen, Tony Leung Ka-fai, Chang Chen-yue, Guo Xiadong. 118 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 12 juin 2008.





mercredi 11 juin 2008

JCVD


Clint Eastwood aura attendu 52 ans et son neuvième film Honky tonk man en 1982 pour connaître la reconnaissance de la critique française, ce qui est un peu le must d’une carrière internationale, admettons-le. Jean-Claude Van Damme n’a jamais eu la reconnaissance de la critique (à part peut-être chez nanarland) et depuis près d’une décennie à peine celle du public, qui ne va même plus voir ses films. Je ne compare pas Clint à Van Damme par facétie, mais parce que les critiques qu’ils ont sur leurs films peuvent être comparées. Clint s’est fait traiter de fasciste au début de sa carrière de cinéaste. Il faut les critiques de l’époque sur Un frisson dans la nuit, son premier film. On n’en revient pas.

Pareillement, Van Damme n’a jamais la faveur de la critique. La bêtise de ses films n’y est pas pour rien. Cela est d’ailleurs largement repris dans la séquence au tribunal où l’avocat décrit comment l’acteur tue ses victimes dans les films. Mais Jean-Claude Van Damme est cependant devenu une star du film bourrin et n’a jamais été connu pour autre chose. Van Damme est-il encore aujourd’hui une star, comme veut le faire croire JCVD ? Ou n’est-il juste qu’un has been de plus qui, comme Chuck Norris, fascine les amateurs de mauvais films. Il y a là une nouvelle tendance de la cinéphilie très à la mode et assez régressive, mais parfois amusante. Van Damme est-il un bon acteur, ou même seulement un acteur ? Le film répond oui avec enthousiasme et beaucoup de mauvaise foi.

Le jeu de Van Damme n’est pas très intéressant, il essaie d’intérioriser ses émotions (scène du tribunal), son affliction (scène où on passe ses aphorismes à la télé), mais la tête est la même. Il se penche et semble réfléchir. Van Damme a aujourd’hui 47 ans et ce film tente de le réhabiliter, de redéfinir son statut actuel. La vie privée décrite dans JCVD est fausse, elle n’est pas réelle. Jean-Claude Van Damme doit donc interpréter Jean-Claude Van Damme, ce qui n’est pas une mince affaire puisque le réalisateur lui impose une image, l’image qu’il a envie que l’on retienne de la star belge. Ceci implique une vie familiale fantasmée et surtout l’absence de tout rappel de sa vie de drogué (qui lui a permis de nous offrir ces célèbres réflexions).

Question cinéma, donc acting – comme le dite Jean-Claude, JCVD regarde vers les gloires passées, c’est-à-dire son unique film avec John Woo. Il est dit deux fois dans les dialogues que John Woo aurait été amené aux Etats-Unis par Van Damme. Beau fantasme, certes. Mais pourquoi pas parler de Tsui Hark (deux films ensemble) ou Ringo Lam (quatre films ensemble) ? Parce que JCVD est un film de pur marketing. La scène inaugurale, assez médiocre et démagogique, montre un cinéaste chinois imbu de lui-même faire une scène d’action en plan séquence à notre quadragénaire dans une image d’une rare laideur. Ce dernier souffre. Car Van Damme a souffert dans ce cinéma d’action alors qu’il est un acteur shakespearien (nous dite le film épris de citation).

JCVD est le dernier avatar du cinéma post-moderne qui regarde de partout, imite tout le monde (enfin, plus exactement certains cinéastes cultes en ce moment). Sidney Lumet est allégrement cité et Un après-midi de chien imité et parodié (Soualem, très mauvais, déguisé en John Cazale). Le plus pénible est cette image sépia, couleur glauque (littéralement et figurativement) qui tend, en vain, à donner son atmosphère sombre. Hommage à Tarantino (musique en décalage avec l’action, scénario non linéaire) à Monte Hellman ou Ingmar Bergman (accident de pellicules). Le clou du film devant être le solo de Van Damme qui évoque plus largement celui de Delon dans Les Acteurs de Bertrand Blier. D’une certaine manière, ce que l’on reprochait justement à Delon dans Astérix aux Jeux Olympiques est ici érigé en génie pour Van Damme.

JCVD aurait pu être un très bon court métrage, il est un long métrage poussif pour happy few, pour ceux qui ont vu des films de Van Damme (un genre à lui tout seul) dans leur jeunesse. Le cinéphile doit-il aimer ces navets-là pour apprécier JCVD. Hélas oui. Dans quelques années, quelqu’un fera bien un film sur Ben Affleck avec lui-même jouant son propre rôle. A moins que ça n’existe déjà.

JCVD (France – Belgique – Luxembourg, 2008) Un film de Mabrouk El Mechri avec Jean-Claude Van Damme.

mardi 10 juin 2008

Running out of time + Running out of time 2


J’ai toujours trouvé que Lau Ching-wan est un acteur qui a la classe. Dans les films de Johnnie To, il a pourtant rarement eu l’occasion d’être classieux, bien au contraire, il a souvent dû endosser des rôles de débris de la société avec des costumes ridicules. De ses loques funèbres dans My left eye sees ghosts au costume étriqué dans Mad detective en passant par les fringues de racaille dans Fat choi spirit, Lau Ching-wan a eu dans les Running out of time de porter de magnifiques costumes sombres qui le mettent si bien en valeur.

Les deux films ne se valent pas. Seul l’original, avec Andy Lau, vaut beaucoup. Johnnie To en fait la matrice de ses films suivants, tout autant que dans The Mission en développant son sens inné de l’incongru. Running out of time, rattraper le temps, est un bon film même si ses défauts sont particulièrement pénibles (des ralentis en début de récit fatiguent vite), mais comparé à Running out of time 2, c’est grandiose.

Dans les deux films, Lau Ching-wan joue l’inspecteur Ho. Un homme célibataire qui s’habille très bien, en noir (toujours) et dont la fonction consiste à être le négociateur de la police en cas de prise d’otage. Ho est aussi un homme qui passe son temps à tout planifier et qui dirige sa brigade de manière très maniaque ne laissant aucune initiative. Il se comporte toujours en gentil papa avec ses subalternes mais aussi avec son patron le commissaire Wong Kai-fai (Hui Siu-hung). Leur rapport entre ces deux là sont constamment sur le registre comique, Wong jouant le trouble-fête, le monsieur catastrophe, gênant l’action de Ho.

Andy Lau sera le méchant du film. Enfin méchant, il faut le dire vite pusiqu’il va passer son temps à jouer au chat et à la souris avec Ho, sur tous les lieux possibles, dans un taxi, sur un toit, dans un bowling, dans un parking. Andy va demander de l’aide à l’inspecteur sans que Ho ne le sache, guidant l’inspecteur dans des lieux où ils ne serait jamais aller. Au programme, des déguisements et des masques. Andy Lau se grime en vieillard ou en femme. Des chausse-trappes et des pièges, un scénario en forme de jeu de pistes, ce qui permet de ne pas respecter la moindre crédibilité.

C’est cela qui est plaisant dans Running out of time et qui ne fonctionne pas dans Running out of time 2. Dans ce deuxième film, Ekin Cheng y est une sorte de magicien qui se prend pour un Robin des Bois urbain. Il est toujours suivi par un aigle lamentablement créé avec de pauvres effets spéciaux. Il y a dans Running out of time de belles idées sur l’amitié entre les deux Lau. Ils se retrouvent régulièrement dans les mêmes lieux (un taxi) et finissent par s’aider pour arriver à leurs fins. Dans Running out of time 2, il y a une tentative de créer du fantastique quand Ekin Cheng disparaît comme par magie, mais cela ne fonctionne jamais. L’équilibre qui existe dans le premier film n’est jamais présent dans le deuxième.

Essentiellement comique, l’enquête policière de Running out of time réserve aussi quelques moments de pure tendresse entre Andy Lau et Yoyo Mung dans un bus où Johnnie To les filme en silence tandis qu’il tente de s’échapper. Ce personnage de Yoyo Mung, délicat et mystérieux, tranche avec le dynamisme du reste du film. Dans Running out of time 2, c’est Lam Suet qui incarne ce mystère avec ses comportements anormaux face à Ekin Cheng. Lam Suet et Ekin Cheng jouent à pile ou face et Lam Suet perd toujours. Mais, cela ne mène à rien.

A la limite, on pourrait presque croire que To a sabordé lui-même le second film, laissant la réalisation à Low Wing-cheong, qui fût son assistant sur le premier. Il refait, sans conviction, la même chose. Bref, Running out of time est l’un des films les plus équilibrés, les plus drôles et scénaristiquement les plus malins et amibtieux de Johnnie To.

Running out of time (暗战, Hong Kong, 1999) Un film de Johnnie To avec Lau Ching-wan, Andy Lau, Yoyo Mung, Waise Lee, Hui Siu-hung, Lam Suet, Ruby Wong.

Running out of time 2 (暗战2, Hong Kong, 2001) Un film de Johnnie To et Low Wing-cheong avec Lau Wing-chan, Ekin Cheng, Kelly Lin, Hui Siu-hung, Lam Suet, Ruby Wong.

dimanche 8 juin 2008

Les Orphelins de Huang Shi


Les films inspirés d’histoire vraie ont tous l’ambition d’être réalistes, ou au moins crédibles. Les Orphelins de Huang Shi a cette ambition. Le récit de cette production pour le moins hétéroclite (un cinéaste canadien, deux acteurs chinois du cinéma hongkongais, des fonds chinois, allemand et australien) se déroule pendant la deuxième guerre mondiale. Les Japonais (seule l’armée est visible) occupent la Chine tandis que les Chinois, divisés, tentent de s’unir contre eux en suspendant leur guerre civile.

George Hogg (Jonathan Rhys-Meyers) est un journaliste anglais venu faire un reportage sur le conflit. Il va être pris sous les feux des différents combattants. George parle japonais ce qui lui permet de se défendre lorsque les Japonais l’arrêtent. Ils le prennent pour un espion, vont l’exécuter mais il est sauvé par Chen (Chow Yun-fat) un communiste. Sur les conseils de ce dernier, il va dans une maison qui s’avère être l’orphelinat de Huang Shui.

Là, les enfants sont en mauvais état. Ils souffrent de malnutrition, ils sont sales et ils sont seuls et apeurés. George ne veut pas s’occuper d’eux mais très vite il va se donner comme mission de leur rendre la vie meilleure. Il commence par leur apprendre l’hygiène (ils ont des poux), puis à leur apprendre quelques rudiments d’anglais (ils ne savent même pas le parler ces ringards) et accessoirement le basket-ball. Ce brillant journaliste décide aussi d’assurer leur autosuffisance alimentaire en créant de toute pièce un jardin potager grâce à l’aide de Madame Wang (Michelle Yeoh). Cet homme regorge de talents.

Dans l’orphelinat il rencontre une femme médecin blonde qui parle chinois dont il tombera bien entendu amoureux. Lee (Radha Mitchell) n’est là que pour apporter une vague touche féminine qui fera que l’homme pourra s’accomplir dans tous les domaines. Quant aux enfants, ils sont tous mignons et attentifs aux leçons du maîtres, tous sauf un qui ne comprend pas le bien que l’occidental peut apporter à l’oriental. Qu’on se rassure, cet adolescent ignare mourra dans d’atroces souffrances.

Tel le grand Timonier, George va avec les enfants traverser une bonne partie de la Chine pour amener ses enfants en lieu sûr. Les conditions ne sont pas si dures que ça car ils n’ont jamais faim (on ne les voit d’ailleurs jamais manger), ne sont pas fatigués et Jonathan Rhys-Meyers est toujours très bien rasé. Cette longue marche ne doit à vrai dire rien à Mao mais tout à Marco Polo et à sa route de la soie. On est donc dans une occidentalisation des rapports.

Les Orphelins de Huang Shi c’est la bonne conscience européenne dans les paysages grandioses chinois. Le film est très rarement crédible et ressemble à un long téléfilm étalé sur deux heures. Autant dire que c’est très ennuyeux et totalement inutile. Jamais le film ne réussit à créer la moindre émotion malgré son pathos. D’ailleurs même les acteurs semblent se demander ce qu’ils font dans cette entreprise.

Les Orphelins de Huang Shi (The Children of Huang Shui, Chine – Allemagne – Australie, 2007) Un film de Roger Spottiswoode avec Jonathan Rhys-Meyers, Chow Yun-fat, Michelle Yeoh, Radha Mitchell, Guang Li.

vendredi 6 juin 2008

La Source thermale d'Akitsu


C’est un film en costumes. C’est un film en couleurs. C’est le centième film de l’actrice Mariko Okada. C’est leur rencontre entre eux deux, une rencontre fructueuse qui va les emmener à travailler souvent ensemble, et plus si affinités. C’est Mariko qui produit ce film et qui en fait les costumes, cela s’appelle La Source thermale d’Akitsu et c’est un film sublime.
C’est surtout un mélodrame, un vrai, un pur, un beau qui se déroule sur près de deux décennies et qui va mettre à l’épreuve la passion réciproque mais contradictoire de Shinko (Mariko, donc) et Shusaku Kawamoto (Hiroyuki Nagato). Ils se rencontrent quelques semaines avant la fin de la guerre. L’Empereur n’a pas encore capitulé. Lui est malade, il est soldat, il se traîne. Une femme O-Tami (Sumiko Hidaka) lui donne comme conseil d’aller se faire soigner dans les bonnes eaux de la source thermale d’Akitsu. Ce qu’il va faire. Il y rencontre Shinko qui tient l’auberge. Elle est jeune, elle a 17 ans et ils tombent amoureux l’un de l’autre. Enfin, tout cela est un peu plus compliqué comme va nous le démontrer de manière magistrale la mise en scène de Yoshida.
Shusaku quitte Akitsu. Il n’est plus malade. Il part en ville. Il devient alcoolique, il pense à Shinko et va la voir dans sa campagne. C’est une autre époque, les soldats américains sont là, ils amènent leur modernité, leur nouveauté, leurs mœurs, mais Shinko ne bouge pas. Elle reste la même avec son kimono traditionnel et propose à Shusaku le rituel du double suicide. Ils vont au bord de la rivière et se préparent à se noyer. Mais Shinko sait nager, Shinsaku sort des cordes de son manteau pour se lier et plonger. Devant le ridicule de la scène, ils se mettent à éclater de rire. Yoshida dédramatise la scène. Du cliché, il fait une scène comique dans une volonté de faire exploser le genre mélodramatique.
La musique a une grande importance dans le film. Elle est composée par Hikaru Hayashi. Son omniprésence donne un effet inattendu. On y entend des violons larmoyants voire mièvres qui soulignent l’effet mélo puis souvent la partition atteint une gravité quasi insoutenable pour le spectateur qui annonce un élément purement dramatique. On y est pris au ventre, on sait que l’on va entrer dans une phase de malentendu entre les deux protagonistes. On sait que c’est à ce moment là que les décisions qu’ils vont prendre ne seront pas bonnes et qu’elles vont aller à l’encontre de leur bonheur.
L’essentiel de la mise en scène de Yoshida est de filmer son actrice et héroïne. Il la filme sous toutes les coutures dans de superbes travellings à travers la campagne japonaise où les cerisiers sont en fleurs. Ses kimonos évoquent sa condition de femme de l’ancien temps, d’avant guerre et les années 1950 puis 1960 n’entameront en rien sa passion interdite pour Shusaku qui, entre temps, s’est marié et a eu une fille. Leurs scènes communes sont pour la plupart filmées dans l’auberge que tient Shinko. Les portes coulissantes sont autant de barreaux qui l’enferment dans une prison. Les champs contrechamps sont filmés à deux personnages mais un des personnages est filmé de dos.
Le drame de Shinko est qu’elle ne rend pas compte qu’elle est en train de sombrer. Elle va perdre son sourire et sa joie de vie au fur et à mesure que sa déception augmente. Elle va se mettre à boire alors que lui s’est arrêté, elle va se mettre à fumer, puis elle n’aura presque plus figure humaine. Ses cheveux seront défaits, son sourire éteint. C’est tragique mais c’est sublime.
La Source thermale d’Akitsu (秋津温泉, Japon, 1962) Un film de Yoshishige Yoshida avec Mariko Okada, Hiroyuki Nagato, Sumiko Hidaka.

jeudi 5 juin 2008

La Fin d'une douce nuit


Yoshishige Yoshida, Acte III. Je reprends ma phase de découverte du cinéaste japonais en regardant ses films par ordre chronologique. Pour l’instant ça va.
Ce qu’il y a de frappant dans son troisième film, ironiquement titré La Fin d’une douce nuit, c’est sa rapidité. Le premier quart d’heure va à une vitesse folle et je dois avouer que je me suis un peu surpris à lire la jaquette du DVD pour comprendre. Je ne devrais pas faire ça, mais j’ai parfois un peu de mal avec les acteurs japonais. J’ai surtout du mal à les reconnaître. Et ensuite à distinguer les personnages, d’où parfois ma confusion pour comprendre un scénario même linéaire.
Ça commence par le personnage principal qui se fait lourder par sa copine parce qu’elle va se marier avec un autre. Ils sont allongés dehors sous le ciel bleu d’hiver. D’ailleurs, la fille parle du ciel bleu d’hiver. Ils partent, c’est elle qui conduit la voiture, elle le lâche en ville sans plus de ménagement. Voici l’ambition de Jirô : essayer de trouver une femme pour se marier. Voici son destin : se faire larguer. Dès la première séquence, Yoshida nous dit ce qui va constamment arriver à son personnage principal masculin.
Un accident de tunnel plus tard, tunnel dans lequel une voiture a pris feu et qui éclaire le visage de Jirô, nous nous trouvons dans un restaurant minable où il repère la jeune Harumi qui sert les repas aux clients. Jirô lui parle et la drague lourdement. Mais Harumi n’est pas douce, loin de là et sa réplique est cinglante. Ce qui constituera une nouvelle humiliation pour Jirô. Cela ne fait que commencer. Retour en ville. Jirô va piquoler dans un bar tenu par Sawako qui se trouve être la fille de son patron. Il travaille comme simple employé dans un magasin.
Un homme est saoul. Jirô l’aide à sortir du bar et le ramène chez lui. Madame Sawako lui en très reconnaissante. L’homme s’appelle Monsieur Oka et c’est un riche patron. Il travaille dans la raffinerie de pétrole (on est en plein boum économique avec de nouvelles fortunes. Monsieur Oka vit avec sa bru qui vit mal son veuvage. Jirô voit pour lui l’occasion de trouver une porte de secours pour faire un bon mariage.
Dans le bar de Sawako, il a cependant entendu que la patronne recherche une jeune femme pour en remplacer une autre. Jirô prend sa moto et kidnappe presque la jeune fille. Elle viendra s’incruster chez lui, lui qui n’habite qu’une pauvre pièce sale et mal arrangée. Sa patronne va vite lui présenter l’honorable Monsieur Hondô, qui trouve Harumi très à son goût et qui va en faire sa protégée.
Tout cela se déroule en très peu de temps, le reste du film va se contenter, si j’ose dire, de faire graviter tous ces personnages dans une quête effroyable pour gagner de l’argent, pour faire l’amour et surtout pour profiter des autres. Ironie du titre, il n’y a pas vraiment de douceur dans une quelconque nuit que chaque protagoniste passera. Sawako fera de Jirô son amant mais elle traitera comme une putain en lui lançant avec mépris quelques billets. Elle est persuadée que Harumi et lui ont une liaison et va encore plus pousser la fille dans les griffes de Hondô. Puis, elle se moquera des tentatives de Jirô pour devenir le nouveau mari de Madame Oka. Elle se moquera surtout de sa vénalité.
Face à la classe dominante, nos deux pauvres (Jirô et Harumi) ne font pas le poids et fatalement vont se brûler les ailes. Non pas perdre leur innocence car ils n’en avaient déjà plus. Yoshida nous montre un monde des affaires. Il compare l’amour avec le libéralisme. Ça n’est pas glorieux. La jeunesse, c’est la vitesse. Jirô roule en moto, il va très vite, il ne réfléchit pas, il fonce, ses mots vont plus vite que sa pensée. Il n’arrive à penser que sur sa moto : belle scène sur un circuit. Les vieux riches eux sont toujours calmes, ils jouent au golf, ils sont assis et mûrissent longuement leurs sales coups. Ils ont cependant toujours une longueur d’avance. Quand Jirô croit avoir été plus malin qu’eux, Yoshida nous le montre sur une grande roue de foire foraine. Non seulement elle va très lentement, mais en plus elle tourne en rond.
La Fin d’une douce nuit est d’une grande noirceur et se termine dans un étrange sentiment de plénitude et d’amertume conjuguées.
La Fin d’une douce nuit (甘い夜の果て, Japon, 1961) Un film de Yoshishige Yoshida avec Masahiko Tsugawa, Michiko Saga, Teruyo Yamagami, Sumiko Hidaka, Osamu Takizawa, Jun Hamamura, Takamaru Sasaki, Hiroko Sugita, Reiko Hitomi, Kei Sato.

mercredi 4 juin 2008

Sorties en France (et pas à Hong Kong)


Sparrow le dernier film de Johnnie To sort aujourd’hui en France dans un réseau limité certes, mais il sort. Depuis que le cinéaste est devenu l’image-même du cinéma hongkongais, il est l’auteur favori de la presse et dans une moindre mesure du public, puisque la disponibilité des films reste un problème. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Sparrow sorte en France puisque ses films précédents étaient sortis, sauf Linger, faut-il le rappeler. Bref, les « polars » de Johnnie To sortent en France. Pour l’instant. Ce qui surprend, c’est que Sparrow n’est pas encore sorti à Hong Kong. Il débarquera sur les écrans le 19 juin. Cette (fausse) bonne nouvelle en cache une autre, très mauvaise. La sortie de CJ7 de Stephen Chow a tout simplement été annulée. Poliment, on dira qu’elle est reportée sine die. Le dernier film de Stephen, un beau film, va sans aucun doute se retrouver directement dans les bacs DVD, avec un peu de chance. Explication : entre le moment où Sony Pictures a acheté les droits de distribution du film et le moment où les « décideurs » ont vu CJ7, il a du se passer quelques semaines. Ils ont pensé avoir acquis une nouvelle comédie d’action du cinéaste de Shaolin soccer et de Crazy kung-fu, ils se sont retrouvés devant une comédie dramatique sur la pauvreté en Chine. Et là, c’est le drame. Comment vendre le film aux fans qui attendent quelque chose qu’ils ont déjà vu ? En allant sur allociné, on pouvait voir il y a quelques semaines des bandes-annonces et de la pub. Et là plus rien. C’est un nouvel avatar de la méconnaissance crasse du cinéma cantonais. Apparemment, cela n’est pas près de s’arrêter.

dimanche 1 juin 2008

Slim till dead


La sortie d’un film de Wong Jing est toujours un évènement. Enfin presque. On peut toujours se moquer de lui, de ses méthodes et de ses choix, mais Wong Jing est encore là, à tenir le cap, à écrire des films, à en réaliser certains (de moins en moins), à en produire (une bonne moyenne de trois par an) et comme dans Slim till dead à faire l’acteur. Wong Jing est vivant et ce film sort aujourd’hui en DVD. La réalisation du film est dévolue à Marco Mak, monteur de son état, qui va filmer ce thriller comme on peut attendre qu’un producteur balourd comme Wong le souhaite : avec un maximum d’effets visuels.

Le respectable Anthony Wong campe Wong Tak, un policier qui enquête sur le meurtre crapuleux d’un mannequin. Un film est retrouvée morte et ne pesant plus que 35 kilos. Sur elle, la police trouve une étiquette sur laquelle est indiquée 70 lb (70 livres), comme si elle était une marchandise. Wong Tak est marié à Ling (Sheren Tang) qui a quitté la police. C’est une fine psychologue et sera très utile à la résolution de l’enquête. D’autant qu’une autre mannequin disparaît. La mort rode. Très vite un indice vient aider Tak et son collègue Bull (Raymond Wong) : un homme, Ken, devient le suspect numéro un.

L’enquête doit vite avancer car il y a le concours de beauté organisé par une célèbre marque internationale de produits amaigrissant qui se prépare. Pour coacher les filles, entre en scène Cheerie (Cherrie Ying) qui tient un magasin de diététique et de beauté. Sa clientèle devient rapidement des proies potentielles pour le tueur en série. Ken devient introuvable, mais Cheerie sait où il se trouve : il est tombé amoureux d’elle et tente de la séduire. Toute cette histoire de meurtres va suivre son cours, avec son lot de courses poursuite, de chausse-trappes, de faux indices et une résolution de l’intrigue qui est assez facilement devinable. Oui, on peut deviner avec un peu de jugeote qui tue toutes ces mannequins. On est dans une production Wong Jing quand même.

Mais ce qui est intéressant dans Slim till dead s’appelle Anthony Wong. L’acteur est souverain et s’en donne à cœur joie. Non pas qu’il cabotine mais sa partition est souvent du ressort comique comme dans la scène où il veut faire l’amour à sa femme et qu’elle se refuse à lui. C’est évidemment lui le seul personnage important du film. D’ailleurs tous les autres acteurs paraissent d’une grande fadeur à côté de lui, même si avec beaucoup de générosité, il parvient à les mettre en valeur. Il ne faudra pas oublier non plus la parodie du film de Fruit Chan Nouvelle cuisine où Crystal Tin imite à merveille Myriam Yeung.

L’autre attrait de Slim till dead est ailleurs et il est bien plus vénal. Il s’agit pour Wong Jing de mettre le plus d’actrices jeunes et jolies en bikini. Les spectateurs amateurs de beautés chinoises pourront facilement se rincer l’œil. Marco Mak filme ses actrices comme dans un clip avec des filtres bleus d’un mauvais goût assez prononcé. Tout cela est un pur produit Wong Jing.

Slim till dead (瘦身, Hong, Kong, 2005) Un film de Marco Mak avec Anthony Wong, Sheren Tang, Cherrie Ying, Raymond Wong Ho-yin, Crystal Tin, Zuki Lee, Vonnie Lui, Wong Jing, Jing Gang-shan, Andrew Wu.