
dimanche 6 novembre 2011
The Lost Bladesman

jeudi 3 novembre 2011
Love and bruises

Sorties à Hong Kong (novembre 2011)
mercredi 2 novembre 2011
Les Funérailles des roses

Plonger dans Les Funérailles des roses, c’est ce retrouver dans un autre espace-temps, un cinéma qui n’est ni narratif, ni documentaire, ni expérimental, mais un peu tout cela à la fois. Film hybride comme il s’en faisait beaucoup dans la nouvelle vague japonaise mais qui est resté dans les mémoires à cause de son sujet, somme toute rarement abordé, les travestis. Eddie (Peter), jeune et joli travesti est suivi à la trace dans sa vie amoureuse, dans son travail et dans sa vie familiale. Eddie sort avec un homme plus âgé, qui semble être son patron. Il bosse dans un night-club avec d’autres travestis. On découvre cette vie nocturne où des clients viennent s’encanailler loin de leurs foyers, loin de leurs femmes. Les jeunes travestis les divertissent avec leurs jeux de séduction auxquels personne n’est dupe.
A priori, ce night-club ne cache pas un réseau de prostitution mais se distingue des autres boites de nuit, justement parce que la clientèle est gay. Face caméra, les travestis (Eddie et ses amis) répondent tant bien que mal à quelques questions maladroites sur leur mode de vie « allez vous vous habiller en femmes toute votre vie ». En parallèle, des images de manifestants réprimés par la police sont montrées. On est en pleine guerre du Viet-Nam et certains étudiants, comme les travestis qui regardent une manif silencieuse et hiératique, ne veulent plus des règles de ce monde. Le film refuse de la même manière la narration traditionnelle, la fiction habituelle. Ici, seules des bribes de récit (la vie d’Eddie, la jalousie de Leda, le pouvoir de Rabbit) est le fil conducteur du film. Tout est déstructuré comme la mise en scène, comme la vie d’Eddie, comme la société japonaise de 1969. Il fallait alors surprendre le spectateur, le mettre mal à l’aise et faire dans l’originalité. En fait, le film retombe un peu trop facilement sur ses pattes et finit par être classique.
Toute une panoplie d’effets est mise en œuvre pour rendre Funérailles des roses original. La peau d’Eddie et de son amant sont filmées de très près, dans une lumière quasi blanche, comme surexposée (le film est en noir et blanc). Régulièrement, une scène est coupée cut par une image qui intervient de manière quasi subliminale (une ligne d’hommes nus, une photo de famille où le visage du père brûle, le numéro de visa en gros plan). On y découvre une courte scène où une femme saigne de l’abdomen, image récurrente qui s’avèrera être celle de la mère d’Eddie. A de nombreuses reprises, un vase rempli de roses tombe sur le sol au ralenti. Deux fois, pour donne un effet comique, la scène est accélérée : une fois sur une danse de French cancan, plus tard dans une baston entre travestis et rockeuses. Le réalisateur rend évidemment, avec toute cette variété d’images, hommage à plusieurs cinéastes parmi lesquels Jean-Luc Godard et Ingmar Bergman dont les ombres planent de manière évidente.
Film cerveau, celui d’Eddie que l’on peut considérer comme malade et dégénéré, Les Funérailles des roses alterne l’humour et la plus grande tristesse. Sans dévoiler le finale, on comprend qu’Eddie aie la haine de la société dans laquelle il vit. Eddie se cherche et le réalisateur multiplie les scènes avec des miroirs. A commencer par celle de la réplique dans Blanche Neige et les sept nains. Plus tard, Eddie fera l’amour avec son patron devant un miroir ou il fera une confession face à la caméra qui s’avère être une mise en abyme. Enfin, il s’embrassera dans un miroir après s’être maquillé et se ramassera une grosse gifle de sa mère. Les dialogues sont décousus, ce qui procure encore plus de mystère et la musique typique de cette période évoque les expérimentations musicales de Richard Wright dans les albums de Pink Floyd (More, Ummagumma) du même millésime. Bref, Les Funérailles des roses est à la fois intrigant, démodé, intéressant, trop long, fascinant, sublime et cucul la praline. Un film incontournable.
Les Funérailles des roses (Funeral parade of roses, 薔薇の葬列, Japon, 1969) Un film de Toshio Matsumoto avec Peter, Osamu Ogasawara, Yoshio Tsuchiya, Emiko Azuma.
dimanche 30 octobre 2011
The Suspect

jeudi 27 octobre 2011
Sorties à Hong Kong (octobre 2011)
Hong Kong ghost stories (猛鬼愛情故事, Hong Kong, 2011)
Un film de Wong Jing et Patrick Kong avec Chrissie Chau, Law Chung-him, Timmy Hung, Charmaine Fong, Jeana Ho, Stephy Tang, Jennifer Tse, Pau Hei-ching, Leung Kar-yan, Crystal Tin, Carol Yeung, Jacqueline Chong, Harriet Yeung. 97 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 27 octobre 2011.

mercredi 26 octobre 2011
Full alert

Regarder à quelques heures de distance Full contact puis Full alert est un exercice très amusant. J’avais déjà vu ce film de Ringo Lam tourné en plein rétrocession de la colonie britannique à la Chine, mais je n’en gardais pas beaucoup de souvenirs. Autant Full contact est totalement irréaliste, dans un monde qui n’existe qu’au cinéma, autant Full alert se confronte à un certain réalisme et pour le coup à l’Histoire de Hong Kong. Ce qui reste entre les deux films, c’est un personnage qui ira jusqu’au bout de la mission qu’il s’est donné. Cette fois, c’est un policier, Pao (Lau Ching-wan) qui tente d’empêcher un cambriolage.
L’homme qui veut faire un braquage, on le connait dès le début. Mak Kwan (Francis Ng) se fait arrêter assez vite et Pao l’interroge. Un homme a été retrouvé noyé dans sa baignoire, c’est un architecte. Un plan de coffre fort est retrouvé chez Mak Kwan. Le lien est vite fait mais le suspect ne dit rien. Ils tirent les vers du nez de la copine de Mak Kwan mais Chung Lai-hung (Amanda Lee), malgré les menaces de complicité ne dira rien. Il faudra la relâcher tandis que Kwan est amené en prison d’où il parviendra à s’échapper grâce à quelques complices.
Kwan s’est entouré de malfrats taïwanais menés par Ping (Jack Kao) dont les méthodes sont très expéditives. A vrai dire, son intention est de garder le magot du coffre fort pour lui tout seul. Il n’hésite pas à éliminer son comparse qui pourrait être reconnu par les flics et un autre qui proteste parce qu’il a tué le premier. Ping est le bras du braquage et Kwan en est le cerveau. Le premier est nerveux et violent, le deuxième est calme et loyal. Son unique ambition est de quitter le pays avec suffisamment d’argent en poche pour mener une vie tranquille. Soit l’ambition de beaucoup de hongkongais à l’approche de la rétrocession.
Face à eux, l’équipe de Pao fait ce qu’elle peut. Elle a toujours un coup de retard sur les malfrats. Ils parviennent à éviter que Ping ne délivre Kwan dans son transfert. Cette séquence de course poursuite dans le trafic de Hong Kong est l’un des moments les plus réussis. Il est plus réaliste car filmé de jour, sur une autoroute encombrée, chose qui arrive rarement dans le cinéma de Hong Kong où la plupart des courses poursuite en voiture sont tournées sur le même tronçon d’autoroute libérée du trafic pour l’occasion. On la reconnait dans tous les films. Ce surcroit de réalisme apporte un caractère d’authenticité à Full alert, tout comme le son direct qui commençait à l’époque à se développer.
Pao devient de plus en plus nerveux. L’enquête avance mais très lentement. Chacun semble lui mettre des bâtons dans les roues. Il accuse Biu (Chin Kar-lok) de ne penser plus qu’à parier aux courses de chevaux qu’à suivre les suspects. Il tire en pleine rue dans une poursuite avec Kwan et blesse un motocycliste. Il engueule les employés de l’hippodrome qui ont du mal à coopérer. Il perd son sang froid mais continue jusqu’au bout, comme lorsqu’il cherche son flingue jeté dans une poubelle par Kwan. Il fouille, jette les détritus par terre, s’y enfonce presque, glisse et ressort dégueulasse mais à nouveau entier. Les performances des deux acteurs sont exceptionnelles.
Pao file sa déprime à tous les personnages et à tout le film. Les femmes, elles-mêmes, ne peuvent plus aider leurs maris à remonter la pente. L’épouse de Pao (Monica Chan) est terrorisée par Kwan et la femme de Kwan est surveillée par Pao. Elles subissent plus qu’elles n’agissent et, pourtant, elles ont essayé d’influencer les destins, qui, inexorablement, vont s’accomplir malgré elles.
Full alert (高度戒備, Hong Kong, 1997) Un film de Ringo Lam avec Lau Ching-wan, Francis Ng, Jack Kao, Amanda Lee, Monica Chan, Raymond Tso, Chin kar-lok, Emily Kwan, Lee Siu-kei, Peter Yung,
mardi 25 octobre 2011
Full contact

Ce qui frappe dès le début de Full contact, c’est sa vulgarité. Mais le dit l’expression critique facile « c’est voulu ». Oui, Ringo Lam a choisi de montrer des personnages bêtes et méchants habillés dans des couleurs qui ne s’accordent, il a choisi de les filmer en grand angle et en gros plan, il a choisi de les rendre totalement amoraux et inconséquents. Et d’une certaine manière, Full contact rappelle les premiers films de Wai Ka-fai conçus quelques années plus tard pour la Milkyway (Too many ways to be N°1 est le prototype parfait).
D’ailleurs, Ringo Lam présente d’abord les affreux du film, la bande de cambrioleurs de Judge (Simon Yam), un homo tellement raffiné qu’il en est kitsch. Son mignon lui fait les ongles, le peigne, l’habille avec des tenues extravagantes. Chemises à jabot vertes ou violettes, des vestes improbables. Sa petite mèche sur le front, son regard narquois et ses pauses féminines en font pourtant un redoutable salaud qui n’hésite jamais à flinguer n’importe qui à la moindre occasion. Il est accompagné d’un couple, Ngang (Bonnie Fu) et Psycho (Frankie Chan). Lui est le costaud bagarreur, elle est l’hystérique nymphomane de service qui montre sa culotte à tout vent. Une fine équipe.
Sam Sei (Anthony Wong, constamment dans le sur-jeu jouissif) n’arrive pas à payer ses dettes. Il fait appel à son vieil ami Gou Fei (Chow Yun-fat), un videur de boites de nuit à qui on ne la raconte pas. Lui aussi a le poing facile. Il sort avec une gentille fille Mona (Ann Bridgewater), le seul personnage calme de tout le film, le seul auquel on peut éventuellement s’identifier s’il elle n’était pas aussi manipulable. Bref, le scénario se lance et tient dans les phrases suivantes : Judge va faire un gros coup en Thaïlande avec sa bande, Gou Fei et Sam Sei. Mais Judge décide de tuer Gou Fei qui passe pour mort. Gou Fei va chercher à se venger.
La vengeance est un film qui se mange à grands coups de flingues pour Ringo Lam. Et il n’ira pas avec le dos de la cuillère. Le braquage en Thaïlande en faisant déjà beaucoup, Judge flingue sur une maison où Gou Fei s’était réfugié. Toute la famille y passe, puis quelques grenades font flamber le tout, Gou Fei parvient à sauver une la fille et le chiot. Guérir, panser ses blessures, recouvrir des forces, apprendre à nouveau à tirer malgré sa blessure à la main droite. Quelques doigts ont été arrachés et on pense forcément au sabreur manchot, Ringo Lam place son film dans la lignée de ces films où le héros solitaire va prendre sa revanche. Et la revanche, la vengeance sera sanglante, on s’en doute. Jusqu’à la toute fin, ça va crever dans la bidoche, ça va exploser les viscères, ça va juter de l’hémoglobine.
Ce que parvient à produire Full contact est pourtant remarquable. En décomplexant son film de toute morale telle qu’on l’entend communément (seuls Gou Fei et Mona en gardent encore quelques relents), Ringo Lam crée un monde qui n’a plus rien à voir avec la réalité. La noirceur du monde décrit est radicalement opposée aux couleurs criardes des vêtements, le rire crétin et aigu de Ngang contraste avec la voix doucereuse et hypocrite de Judge (qui passe son temps à admirer les yeux de Gou Fei), l’angoisse de Sam Sei détonne face au calme de Gou Fei, quelle que soit la situation. Ce monde sans douceur, tout en brutalité, n’est qu’un monde de cinéma dans toute sa cohérence, qui plus est illustré par la musique en riffs de guitare composée par Teddy Robin. On en sort épuisé et ravi de savoir que ce genre de film existe.
Full contact (俠盜高飛, Hong Kong, 1992) Un film de Ringo Lam avec Chow Yun-fat, Simon Yam, Anthony Wong, Ann Bridgewater, Bonnie Fu, Frankie Chan, Nam Yin, Victor Hon, Chris Lee, Chun Hung.
vendredi 21 octobre 2011
Arrest the restless

Hong Kong, 1966, le sergent chez Lam (Charles Heung) a été muté par son vieil meilleur ennemi, le sergent Ngan Tung (Paul Chun, qui reprend ici son rôle dans Lee Rock de policier corrompu et en collusion avec les puissants). Lam a été puni après une opération qui n’a pas très bien tourné et il est chargé de gérer la brigade de répression des délinquants juvéniles. Lam est un bon agent mais incorruptible. Chez lui, sa femme lui mène la vie dure. Parce qu’il ne se laisse pas corrompre, il n’amène chez lui que sa maigre paie, ce qui fait somme toute assez peu. Le couple vit dans un modeste appartement et ne participe guère à la vie mondaine, contrairement à Ngan Tung.
Qui sont ces jeunes délinquants ? Teddy (Leslie Cheung, il avait tout de même 36 ans) est le chef de bande charismatique et qui fait régner l’ordre dans la boite de nuit à la mode. Petits trafics de drogue, un peu de proxénétisme et de menus larcins. Teddy passe son temps à draguer les filles et a une attention toute particulière pour Siu Man (Vivian Chow, elle avait 25 ans). Teddy fait son coq devant tous ses amis pour séduire Siu Man, il montre qu’il est le plus fort, celui qui en impose le plus, celui qui fait tourner la boite. De plus, il est ami avec le chanteur du groupe de rock qui jour tous les soirs. Bref, il fait illusion et Siu Man, après un Coca et une baston, lui tombe dans les bras.
Teddy réussit à inviter Siu Man chez lui mais là, c’est une autre chanson. Il vit avec sa mère (Deannie Yip, qui a seulement dans la vraie vie neuf ans de plus que Leslie Cheung ; mais ça fonctionne bien malgré tout). C’est une femme totalement immature qui n’a jamais le sou. Elle passe son temps à jouer et à mettre au prêteur sur gages tout ce qu’elle voit trainer. Teddy voulait mettre de la musique, sa mère a vendu le poste de radio. Il doit s’occuper d’elle et l’argent qu’il a gagné de ses larcins va directement dans le porte-monnaie de cette mère indigne. C’est un personnage pitoyable mais il fournit les rares moments comiques du film.
Le tournant dramatique d’Arrest the restless commence avec l’arrivée de Sam Chow (Eddie Ng) qui est l’antithèse de Teddy. Sam Chow est un fils de riche, en l’occurrence son père est l’un des dignitaires de Hong Kong. Sam Chow se considère comme impuni et, avec sa bande, il sait que, quoi qu’il fasse, il ne sera jamais arrêté. De toute façon, pour les chefs de la police, le seul coupable sera encore et toujours Teddy. Sam Chow viole une jeune femme, mais Lam doit le libérer sous la pression du pouvoir. Puis, il tue une amie de Siu Man et défigure cette dernière. Là encore, la police accuse Teddy, pourtant innocent. Le sergent Lam va tout faire pour la vérité surgisse.
Tout comme Lee Rock sorti tout juste un an auparavant, Arrest the restless analyse la corruption qui régnait à cette époque dans la police de Hong Kong. C’est un film sur la lutte des classes qui démontre que l’injustice est du côté des nantis. Leslie Cheung, éternel adolescent avec son visage poupin, est excellent dans son rôle. En quelques regards, il parvient à montrer tout le désespoir d’une jeunesse sacrifiée. Le film n’est pas dépourvu de clichés. La bande à Sam Chow est très caricaturale, ils sont tous cruels, décérébrés et inconscients de leurs actes. Ils sont trop chargés, tout comme les édiles. Mais la mise en scène est très enlevée, la reconstitution des années 1960 crédible sans qu’elle soit trop appuyée.
Arrest the restless (藍江傳之反飛組風雲, Hong Kong, 1992) Un film de Lawrence Ah Mon avec Leslie Cheung, Charles Heung, Vivian Chow, Deannie Yip, Paul Chun, Eddie Ng, Guy Lai, Fruit Chan, Ricky Ho, Lam King-kong, Law Yiu-hung, Alex To.




