jeudi 1 décembre 2011
Sorties à Hong Kong (décembre 2011)
lundi 28 novembre 2011
The Lady

The Lady c’est Aung San Suu Kyi et Aung San Suu Kyi c’est Michelle Yeoh. Luc Besson est allé chercher une figure de la résistance à la junte birmane, prix Nobel de la paix, comme en 1999, il avait fait de sa Jeanne D’Arc (son meilleur film jusqu’à présent) une résistante de la France. The Lady est un biopic tout ce qui il y a de plus simple et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le film fonctionne. La raison majeure est Michelle Yeoh qui incarne parfaitement Suu, comme tous les personnages l’appellent.
Le film commence en 1947 avec l’assassinat du père de Suu au moment de l’indépendance quand le « père de la nation » décide d’apporter la démocratie en Birmanie. C’est cette image du père que Suu va incarner toute sa vie. Le récit reprend immédiatement en 1998 quand l’époux de Suu, Michael Aris (David Thewlis), professeur de langues orientales à Oxford apprend qu’il a le cancer et qu’il va mourir sans doute sans avoir pu revoir sa femme. Pire que cela, sans que leurs deux garçons, ne puissent pas revoir leur mère. C’est ce rôle de mère et d’épouse qu’elle ne pourra pas tenir.
Retour en arrière en 1988 quand la mère de Suu tombe malade. Elle décide de la rejoindre à Rangoon. Les autorités commencent à comprendre que Suu est en train de devenir la figure d’un espoir de démocratie (le mot le plus employé dans le film). Les généraux de la junte au pouvoir vont tout faire pour la dissuader de rester dans son pays natal et de rentrer à Oxford dans sa famille. Mais le destin va en décider autrement et le reste, c’est l’Histoire. Suu ne quitte pas la Birmanie, elle va mener une campagne pour les élections législatives. Elections qu’elle va gagner mais dont la junte ne va tenir compte.
Les militaires, joués essentiellement par des acteurs birmans, sont certes montrés de manière caricaturale : violents et stupides (le chef de l’état est superstitieux et décide de l’avenir du pays en consultant un voyante ou en tirant les cartes), mais ils ne peuvent pas se débarasser si facilement d’elle parce qu’elle incarne la figure de son père, héros national. Le film parle essentiellement birman, sauf Suu et sa famille qui parlent anglais. Pour bien faire comprendre à Suu qu’elle n’est pas considérée par la junte comme une birmane, les militaires s’adressent à elle en anglais.
The Lady n’est pas exempt de maladresses. Il est parfois tire-larmes (en même temps, il y a un peu de quoi), les scènes de la campagne électorale sont un peu trop jolies, le discours de remise du prix Nobel crée un suspense un peu simpliste, mais le scénario, que Besson n’a pas écrit cette fois – comme me le rappelait un de mes amis – tient la route. Et donc, c’est Michelle Yeoh qui impressionne par la dignité qu’elle offre à la figure d’Aung San Suu Kyi. On la voit défier les soldats d’un regard, sourire quand elle retrouve ses enfants, garder un visage ferme quand elle est dépossédée de sa liberté, de ses livres et qu’elle doit vivre seule. Mais en se débarrassant de ses tics (les mouvements de caméras sont moins voyant que d’habitude), en demandant à Eric Serra de se calmer sur sa musique et en engageant Michelle Yeoh, Luc Besson a réussi son film politique.
The Lady (France – Grande-Bretagne, 2011) Un film de Luc Besson avec Michelle Yeoh, David Thewlis, Jonathan Raggett, Jonathan Woodhouse, Susan Wooldridge, Benedict Wong.
dimanche 27 novembre 2011
Trouble couples

Il était une fois quatre sœurs qui habitaient ensemble. Depuis le décès de leur maman, c’est Ta-hsiang (Anita Mui) qui fait office de chef de la famille Mei. C’est l’aînée qui tient le restaurant qui leur permet de vivre. Les trois plus jeunes sœurs viennent aider après leurs études. Yee-hsiang (Ann Bridgewater), la deuxième est amoureuse d’un animateur de radio, Joe (Matthew Wong). Les deux plus jeunes Szu-hsiang (Charine Chan) et San-hsiang (Fennie Yuen) sont encore lycéennes. Elles se font draguer par Prince (Remus Choi), le fils d’un riche homme d’affaires et ses deux comparses le « binoclard » (Calvin Choi) et Jen (Edmond So). Voilà pour les présentations montrées classiquement, dans un mode léger typique de ces comédies romantiques des années 1980.
Le trublion qui va rentrer dans cette famille est Tseng Chao-tsai (Eric Tsang, également réalisateur via sa compagnie CCC, Cinema & City Company Films). Les trois jeunes sœurs l’entendent se disputer avec sa fiancée Agnes (Sandra Ng) qui le largue. Pour tenter de retenir sa copine, Tsai menace de se suicider en plongeant dans l’eau. Alors, il est inutile de chercher à savoir pourquoi les filles se trouvent là, mais l’occasion fait le larron, elles vont lui proposer de rencontrer Ta. D’abord parce qu’elle est encore célibataire au grand dam de toute sa famille et parce qu’elles pensent que ça adoucira leur sœur aînée qui leur interdit de voir les garçons. La première rencontre entre Tsai et Ta est catastrophique, et bien entendu comique, tant le duo Eric Tsang et Anita Mui détonne, lui tout petit et grassouillet, elle grande et sèche. Tsai renonce, tente de reconquérir Agnes qui, entre temps, s’est fiancée à Hsiao Ma (Shing Fui-on, dans son rôle habituel de brûte), un parrain de triades. Tsai, par défi, annonce qu’il se mariera la veille des noces d’Agnes et Hsiao Ma.
A partir de ce moment, il va falloir que les trois sœurs et leurs quatre amis trouvent des plans pour que Ta accepte de se marier avec Tsiao. Ce dernier va devoir faire la cour à la grande sœur qui ne s’en laisse pas compter. Il faut dire qu’elle impressionne de son autorité Tsiao. Elle décide d’imposer sa loi pour accepter le mariage où Tsiao devra obéir à toutes ses régles, y compris à prendre son nom de famille, ce qui dans la culture chinoise est inenvisageable. Comme il se doit, Ta découvre le pot aux roses et la raison véritable de la cour de Tsiao. Le mariage a eu lieu mais entre temps, il est sincèrement tombé amoureux d’elle et vice-versa, bien qu’elle refuse de se l’avouer. Tout le reste de Trouble couples sera donc de déployer toute une mise en scène pour que Tsiao soit accepté par Ta. Evidemment, puisqu’on est dans une comédie loufoque, il se produira de nombreux quiproquos où le personnage de couard geignard d’Eric Tsang fait le show. Le film est un peu idiot, totalement invraisemblable mais ce qui reste plaisant, c’est le cabotinage des interprètes.
Trouble couples (開心勿語, Hong Kong, 1987) Un film d’Eric Tsang avec Eric Tsang, Anita Mui, Ann Bridgewater, Charine Chan, Fennie Yuen, Matthew Wong, Calvin Choi, Remus Choi, Edmond So, Charlie Cho, Teresa Ha Ping, Wu Fung, Helena Law, Sandra Ng, Lau Kar-wing, Clarence Ford, Ann Mui, Shing Fui-on, Wong Jing, Hui Ying-ying.
samedi 26 novembre 2011
Anna Magdalena

jeudi 24 novembre 2011
Black blood

Filmé en scope, en longs plans séquences, en noir et blanc (sauf dans quelques scènes où une usine crache sa fumée), tourné clandestinement et d’une durée de plus de deux heures, Black blood se mérite. Le film parle d’une famille de paysans (le père, la mère et leur petite fille) au beau milieu d’une région aride et très peu peuplée de la Chine. Le père pour gagner un peu d’argent vend son sang à un homme qui passe par là. Il ne dit rien à sa femme, lui donne seulement les billets qu’il a gagné. Il est persuadé que pour que son sang se renouvelle plus vite (et donc en vendre encore plus), il doit boire de l’eau. Il se gave en buvant à l’écuelle. Il boit de plus en plus et son épouse commence à se demander ce qu’il se passe. Quand elle comprend de quoi il s’agit, elle décide de vendre également son sang.
Le père et la mère boit et boit et boit encore de l’eau. Et très régulièrement, ils vendent leur sang à cet homme qui arrive en camionnette et qui se sert, les paie et s’en va, sans qu’on ne le voit vraiment, sans que l’on sache s’il est du gouvernement ou de la mafia. Les conditions matérielles commencent à s’améliorer avec cette arrivée d’argent. L’homme s’achète un costume et une cravate dont il n’aura pourtant aucune utilité. Ils s’achètent une cuvette de WC pour s’engager dans la modernité, pour être comme les gens de la ville. Après tout, les messages de propagande de la radio nationale ne vantent-ils pas le progrès de la Nation chinoise ? Ces messages, entendus à la radio, sont l’unique contact avec le reste de la Chine et apparaissent tellement dérisoires face à la réalité de ce qu’ils vivent au quotidien. La critique est de ce point de vue plutôt finement illustrée.
L’argent peut faire la richesse mais il ne fera pas le bonheur de la famille. A force de vendre son sang à cet homme, la mère tombe malade et ne peut plus rien faire à la maison, s’occuper de la fillette et faire à manger quand le mari revient du travail. Elle essaie de le convaincre d’arrêter de vendre son sang. Lui tente d’aller voir sa famille pour qu’ils puissent s’occuper de la gamine. Personne ne voudra lui répondre, comme si cette fortune soudaine les avait mis à l’écart. Et c’est l’enfant qui dira à son père que la mère a le SIDA. Black blood (métaphore du sang contaminé) devient alors de plus en plus désespéré, alors qu’il était déjà peu joyeux. Le père tentera de se suicider dans des scènes presque comiques (il se rate à chaque fois) mais il faut avoir de la patience pour arriver jusqu’au bout du film qui prend son temps pour incarner la vie de cette famille détruite par cette guerre capitaliste dans ce désert émotionnel.
Black blood (黑血, Chine – France, 2010) Un film de Zhang Miaoyan avec Liu Mengjuan, Mao Danhui, Yingying.
Sorties à Hong Kong (novembre 2011)
mardi 22 novembre 2011
Alan & Eric : Between hello and goodbye

Deux amis d’enfance, deux destins opposés et, entre eux, une femme. Alan (Alan Tam) et Eric (Eric Tsang) se connaissent depuis l’enfance. On les voit enfants jouer ensemble, s’imaginer qu’ils découvrent une île au trésor, qu’ils resteront amis pour la vie. Puis Eric part avec son père en Californie. Pour faire fortune, mais c’est la ruine qui arrivera. Eric et Alan s’échangent des lettres, puis les nouvelles se raréfient. Des années ont passé, Alan est serveur dans un petit restau. Ses rêves de devenir chanteur n’ont jamais été menés à terme.
Et un beau jour, après bien des années, Eric arrive au restau. Alan est très heureux, il lui présente son patron Barry (Barry Wong, bourru mais généreux, Hairy (Paul Fonoroff) qui lit l’avenir dans les cartes et Pierre (Blacky Ko) un baroudeur jovial. Eric a un projet qu’il espère juteux : ouvrir un poulailler et vendre des œufs, puis des poules. Les deux amis construisent joyeusement ce poulailler fait avec des planches. Ce qui manque : un chien pour garder le bâtiment. Eric se rend au chenil et adopte le chien dont veut se séparer Olive (Maggie Cheung) avec qui il sympathise.
Eric promet à Olive de venir rendre visite au chien quand elle le veut. Elle viendra et il en tombera amoureux. Jusqu’au jour où Alan passe par là et Olive en tombe amoureuse. Dilemme. Mais Eric n’a jamais déclaré clairement sa flamme à Olive qui commence à sortir avec Alan. Le destin s’accable sur Eric : une tempête détruit son poulailler et tue ses volailles. Inversement, Alan est repéré par un gros producteur de cantopop et est engagé. Il devient rapidement une star avec tout ce que cela implique : les fans hystériques, les grandes salles de concert et surtout, il délaisse de plus en plus Olive qui prend mal ses absences.
La crise éclate un soir de Noël où Alan doit participer à une émission de télévision en direct. La cabane d’Eric est décorée mais il ne viendra pas et Olive se soule. Dans l’ivresse, elle va se laisser embrasser par Eric. C’est la fin de son couple mais Eric décide de quitter Hong Kong et de voyager, de découvrir le monde, d’oublier cette vie morose. Alan est l’une des plus grandes stars de la cantopop et le film prend bien le soin de faire sa pub puisqu’il est effectivement chanteur. On entend plusieurs de ses chansons dont une reprise en cantonais de Oh Sharona. La critique que le film fait du milieu est bien faible et demeure au niveau du cliché.
Alan & Eric : Between hello and goodbye est d'abord et avant tout un mélo mais moins sur un trio amoureux que sur l’amitié indéfectible. Le film ne prend pas le risque de faire un Jules et Jim, jamais aucun des membres du trio n’envisage de composer un trio amoureux. Pour parvenir à faire tirer quelques larmes au spectateur, Eric devient malade. Il est atteint de diabète et n’a plus que quelques mois à vivre. Les trois amis se retrouvent et vont faire quelques tours de carrousel (dans une scène qui frise le ridicule). La dernière partie est de ce point de vue franchement peu emballante. Mais il reste l’énergie de Maggie Cheung, pourtant dans un rôle assez ingrat puisqu’elle reste dépendante des désirs des deux hommes, comme si le sien ne comptait pas. Alan Tam est un peu faible tandis qu’Eric Tsang est toujours bon. Il reçut cette année-là un Hong Kong Film Award du meilleur acteur pour ce rôle.
Alan & Eric : Between hello and goodbye (雙城故事, Hong Kong, 1991) Un film de Peter Chan avec Alan Tam, Eric Tsang, Maggie Cheung, Blacky Ko, Barry Wong, Paul Fonoroff, Michael Dinga, Cheung Ying-tsoi, Steve Chan Ho, Yeung Sze-yee, Chan Pak-hou.
dimanche 20 novembre 2011
Eros + massacre

jeudi 17 novembre 2011
The Lion roars

Cette année aura été marquée par le retour de Cecilia Cheung au cinéma après cinq années d’absence. Un second rôle dans la franchise chorale du Nouvel An Lunaire All’s well end’s well. Une comédie de Wong Jing avec son fils (Treasure hunt, sorti en août à Hong Kong) et aujourd’hui Legendary amazons, co-production avec la Chine où elle tient le premier rôle en compagnie de Richie Ren, qui fût son partenaire à ses tous débuts dans Fly me to Polaris. Cette actrice revient, je l’aime beaucoup et je ne peux que m’en réjouir. Il trainait sur mon bureau ce The Lion roars tourné par Joe Ma. Allons voir ce que c’est.
Tout commence sur le ton de la comédie en costumes de la Chine impériale. Cecilia Cheung est Moth Liu, une jeune femme célibataire que son frère espère marier au plus vite. Le frangin (Wyman Wong) est si débordé par l’énergie de sa sœur qu’il en perdu tous ses cheveux. Il faut dire que c’est pas une femme commode, elle tape sur tous ceux qui la contredisent, elle n’hésite jamais à donner du poing. Elle est très costaude et arracher un pilonne pour s’en servir de massue est un jeu d’enfant. Bref Moth Liu est un poison et personne ne veut d’elle en épouse.
Le caractère de Seasonal Chan (Louis Koo) est l’inverse de celui de Moth Liu. C’est un homme posé, qui se dit poète mais qui n’a jamais été capable d’écrire une seule ligne. Dans la séquence la plus hilarante du film, on le voit tenter d’interpréter un de ses textes sous une pluie de huées. Ce qui est drôle dans cette scène est son anachronisme volontaire puisqu’il s’agit de parodier un concert de cantopop avec ses fans hystériques, sa star adulée et tous les clichés qui vont avec ce genre de concerts. Tout le monde veut que Chang quitte la scène, sauf Moth Liu qui semble la seule à apprécier. Le coup de foudre immédiat qui sera suivi d’un mariage express puisque l’empereur se trouve là par hasard.
Voilà une première partie rigolote. Place au mariage. Chan a peur de son épouse pour les raisons évoquées plus haut. Elle a du mal à être douce et il est de plus en plus incapable d’agir, d’écrire le moindre mot. Bref, il y a un malaise. Qui plus est cette peur gangrène toute la ville notamment Soo (Hui Siu-hung) et sa famille. Tout cabossés, ils viennent se plaindre de la conduite de Liu. Elle n’a rien fait, elle ne les a pas frappés mais l’angoisse est là, constante, irrémédiable. Le film ne se transforme pas en film d’horreur mais, avec un peu de courage, il aurait pu l’être. D’ailleurs, The Lion roars frôle avec le film de fantômes quand la princesse (Fan Bing-bing), la fille de l’empereur, vient séduire Chan, alors que Moth Liu est absente, en se faisant passer pour un « démon ».
La dernière partie du film prend une tournure digne d’une tragédie. Débarrassé de tout élément comique, le film s’engage dans un propos quasi féministe. Moth Liu constate l’adultère (forcé) de son mari et doit subir le diktat de l’empereur qui exige que sa fille devienne la concubine de Chan. Liu proteste et Cecilia Cheung a cette capacité de faire passer son visage du rire aux larmes avec une force de conviction inégalée. Le film se fait féministe parce qu’elle plaide la cause de la liberté des femmes. Certes, tout cela ne va pas bien loin mais les choses sont dites. De toute façon, sur le mode comique ou dramatique, tout le film repose sur le charme de Cecilia Cheung. D’ailleurs, Joe Ma a tourné avec elle un The Lion roars 2 qui devrait sortir prochainement.
The Lion roars (我家有一隻河東獅, Hong Kong, 2002) Un film de Joe Ma avec Cecilia Cheung, Louis Koo, Wyman Wong, Hui Siu-hung, Fan Bing-bing, Cheung Kam-ching, Raymond Wong Ho-yin, Joe Lee, Mou Jian.


