jeudi 1 décembre 2011

Sorties à Hong Kong (décembre 2011)

Magic to win (開心魔法, Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Wilson Yip avec Karena Ng, Louis Koo, Wu Chun, Wu Jing, Raymond Wong Pak-ming, Yan Ni, Tonny Jan, Tan Li-na, Yip Sai-wing, Rachel Lee, Pau Hei-ching, Vincent Kok. 100 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 1er décembre 2011.

lundi 28 novembre 2011

The Lady


The Lady c’est Aung San Suu Kyi et Aung San Suu Kyi c’est Michelle Yeoh. Luc Besson est allé chercher une figure de la résistance à la junte birmane, prix Nobel de la paix, comme en 1999, il avait fait de sa Jeanne D’Arc (son meilleur film jusqu’à présent) une résistante de la France. The Lady est un biopic tout ce qui il y a de plus simple et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le film fonctionne. La raison majeure est Michelle Yeoh qui incarne parfaitement Suu, comme tous les personnages l’appellent.

Le film commence en 1947 avec l’assassinat du père de Suu au moment de l’indépendance quand le « père de la nation » décide d’apporter la démocratie en Birmanie. C’est cette image du père que Suu va incarner toute sa vie. Le récit reprend immédiatement en 1998 quand l’époux de Suu, Michael Aris (David Thewlis), professeur de langues orientales à Oxford apprend qu’il a le cancer et qu’il va mourir sans doute sans avoir pu revoir sa femme. Pire que cela, sans que leurs deux garçons, ne puissent pas revoir leur mère. C’est ce rôle de mère et d’épouse qu’elle ne pourra pas tenir.

Retour en arrière en 1988 quand la mère de Suu tombe malade. Elle décide de la rejoindre à Rangoon. Les autorités commencent à comprendre que Suu est en train de devenir la figure d’un espoir de démocratie (le mot le plus employé dans le film). Les généraux de la junte au pouvoir vont tout faire pour la dissuader de rester dans son pays natal et de rentrer à Oxford dans sa famille. Mais le destin va en décider autrement et le reste, c’est l’Histoire. Suu ne quitte pas la Birmanie, elle va mener une campagne pour les élections législatives. Elections qu’elle va gagner mais dont la junte ne va tenir compte.

Les militaires, joués essentiellement par des acteurs birmans, sont certes montrés de manière caricaturale : violents et stupides (le chef de l’état est superstitieux et décide de l’avenir du pays en consultant un voyante ou en tirant les cartes), mais ils ne peuvent pas se débarasser si facilement d’elle parce qu’elle incarne la figure de son père, héros national. Le film parle essentiellement birman, sauf Suu et sa famille qui parlent anglais. Pour bien faire comprendre à Suu qu’elle n’est pas considérée par la junte comme une birmane, les militaires s’adressent à elle en anglais.

The Lady n’est pas exempt de maladresses. Il est parfois tire-larmes (en même temps, il y a un peu de quoi), les scènes de la campagne électorale sont un peu trop jolies, le discours de remise du prix Nobel crée un suspense un peu simpliste, mais le scénario, que Besson n’a pas écrit cette fois – comme me le rappelait un de mes amis – tient la route. Et donc, c’est Michelle Yeoh qui impressionne par la dignité qu’elle offre à la figure d’Aung San Suu Kyi. On la voit défier les soldats d’un regard, sourire quand elle retrouve ses enfants, garder un visage ferme quand elle est dépossédée de sa liberté, de ses livres et qu’elle doit vivre seule. Mais en se débarrassant de ses tics (les mouvements de caméras sont moins voyant que d’habitude), en demandant à Eric Serra de se calmer sur sa musique et en engageant Michelle Yeoh, Luc Besson a réussi son film politique.

The Lady (France – Grande-Bretagne, 2011) Un film de Luc Besson avec Michelle Yeoh, David Thewlis, Jonathan Raggett, Jonathan Woodhouse, Susan Wooldridge, Benedict Wong.

dimanche 27 novembre 2011

Trouble couples


Il était une fois quatre sœurs qui habitaient ensemble. Depuis le décès de leur maman, c’est Ta-hsiang (Anita Mui) qui fait office de chef de la famille Mei. C’est l’aînée qui tient le restaurant qui leur permet de vivre. Les trois plus jeunes sœurs viennent aider après leurs études. Yee-hsiang (Ann Bridgewater), la deuxième est amoureuse d’un animateur de radio, Joe (Matthew Wong). Les deux plus jeunes Szu-hsiang (Charine Chan) et San-hsiang (Fennie Yuen) sont encore lycéennes. Elles se font draguer par Prince (Remus Choi), le fils d’un riche homme d’affaires et ses deux comparses le « binoclard » (Calvin Choi) et Jen (Edmond So). Voilà pour les présentations montrées classiquement, dans un mode léger typique de ces comédies romantiques des années 1980.

Le trublion qui va rentrer dans cette famille est Tseng Chao-tsai (Eric Tsang, également réalisateur via sa compagnie CCC, Cinema & City Company Films). Les trois jeunes sœurs l’entendent se disputer avec sa fiancée Agnes (Sandra Ng) qui le largue. Pour tenter de retenir sa copine, Tsai menace de se suicider en plongeant dans l’eau. Alors, il est inutile de chercher à savoir pourquoi les filles se trouvent là, mais l’occasion fait le larron, elles vont lui proposer de rencontrer Ta. D’abord parce qu’elle est encore célibataire au grand dam de toute sa famille et parce qu’elles pensent que ça adoucira leur sœur aînée qui leur interdit de voir les garçons. La première rencontre entre Tsai et Ta est catastrophique, et bien entendu comique, tant le duo Eric Tsang et Anita Mui détonne, lui tout petit et grassouillet, elle grande et sèche. Tsai renonce, tente de reconquérir Agnes qui, entre temps, s’est fiancée à Hsiao Ma (Shing Fui-on, dans son rôle habituel de brûte), un parrain de triades. Tsai, par défi, annonce qu’il se mariera la veille des noces d’Agnes et Hsiao Ma.

A partir de ce moment, il va falloir que les trois sœurs et leurs quatre amis trouvent des plans pour que Ta accepte de se marier avec Tsiao. Ce dernier va devoir faire la cour à la grande sœur qui ne s’en laisse pas compter. Il faut dire qu’elle impressionne de son autorité Tsiao. Elle décide d’imposer sa loi pour accepter le mariage où Tsiao devra obéir à toutes ses régles, y compris à prendre son nom de famille, ce qui dans la culture chinoise est inenvisageable. Comme il se doit, Ta découvre le pot aux roses et la raison véritable de la cour de Tsiao. Le mariage a eu lieu mais entre temps, il est sincèrement tombé amoureux d’elle et vice-versa, bien qu’elle refuse de se l’avouer. Tout le reste de Trouble couples sera donc de déployer toute une mise en scène pour que Tsiao soit accepté par Ta. Evidemment, puisqu’on est dans une comédie loufoque, il se produira de nombreux quiproquos où le personnage de couard geignard d’Eric Tsang fait le show. Le film est un peu idiot, totalement invraisemblable mais ce qui reste plaisant, c’est le cabotinage des interprètes.

Trouble couples (開心勿語, Hong Kong, 1987) Un film d’Eric Tsang avec Eric Tsang, Anita Mui, Ann Bridgewater, Charine Chan, Fennie Yuen, Matthew Wong, Calvin Choi, Remus Choi, Edmond So, Charlie Cho, Teresa Ha Ping, Wu Fung, Helena Law, Sandra Ng, Lau Kar-wing, Clarence Ford, Ann Mui, Shing Fui-on, Wong Jing, Hui Ying-ying.

samedi 26 novembre 2011

Anna Magdalena


La vie de Chan Kar-fu (Takeshi Kaneshiro) est morne. La journée, il bosse. Il est accordeur de pianos. Après le boulot, il rentre chez lui en transports en commun. Chez lui, il mange tout seul ses nouilles pendant la lessive. Il s’ennuie dans la vie et ça se voit sur lui, derrière ses lunettes et ses cheveux gras mi-longs, il arbore un visage sans sourire, sans émotion, sans vie. Tout va changer le jour où il rencontre Yau Muk-yan (Aaron Kwok). Rencontre due au hasard, Fu allait réparer un piano chez la petite amie de Yau précisément le jour où le jeune couple se disputait.
Yau quitte sa copine. Pour tout bagage, il a un carton avec quelques affaires dedans. Il se retrouve dans le bus qui ramène Fu chez lui, s’assoit à côté de ce dernier, va s’inviter à manger chez lui et s’incruster pour la nuit. Vêtu d’un vieux t-shirt qui s’est déformé à force de porter toujours le même, Yau a le caractère inverse de Fu. C’est un homme qui semble ne pas se soucier de l’avenir, qui est grossier, qui parle à tout le monde et souvent pour dire pas grand-chose. Il gagne sa vie en jouant aux courses hippiques et prétend vouloir écrire un roman. Par la force des choses, Yau va vivre chez Fu. Ce sont leurs oppositions, leurs caractères si différents qui donnent les meilleurs moments comiques tellement Fu est scié par l’aplomb de son colocataire.
Tout va changer avec l’arrivée de Mok Man-yee (Kelly Chan) dans l’immeuble. Elle vient d’emménager dans l’appartement au dessus de Fu et joue au piano. Mais le problème, c’est que Man joue atrocement au piano et ça énerve Yau qui, en caleçon, va frapper à la porte de la jeune voisine pour l’engueuler. Evidemment, Monsieur sans-gêne se fait remettre à sa place mais ce couillon voit ça comme de la drague. Il va donc tenter de séduire Man, et petit à petit elle succombe à son bagou. C’est sa méthode de séduction. Elle confesse à Fu qu’elle trouve Yau grossier mais elle commence à sortir avec lui. Mais, ce qu’elle ignore, c’est que Fu est aussi amoureux d’elle et qu’il n’ose pas lui dire.
Anna Magdalena est une romance sur un trio amoureux rythmé par la musique de Bach (le film s’appelle ainsi pour cette raison) que joue Man sur son piano et qui fascine Fu. Le duo Kaneshiro Kwok fonctionne sur un mode comique qui sort le film du tout venant des comédies romantiques. Dans le dernier tiers du film, le ton change. Fu écrit un roman qu’il cherche à faire publier et l’histoire de ce roman épique et fantastique est mise en scène. La rupture de style étonne d’abord mais finalement permet d’éviter les écueils habituels du genre. Produit par Eric Tsang, via sa société UFO, qui joue un petit rôle de concierge curieux Anna Magdalena soigne aussi ses seconds rôles. Jacky Cheung joue un flic intrusif, Leslie Cheung joue l’éditeur du roman et Anita Yuen son employée qui découvre le roman. C’est un film tout à fait charmant.
Anna Magdalena (安娜瑪德蓮娜, Hong Kong, 1998) Un film de Hai Chung-man avec Takeshi Kaneshiro, Kelly Chan, Aaron Kwok, Anita Yuen, Leslie Cheung, Jacky Cheung, Josie Ho, Eric Tsang, Leo Koo, Wei Wei, Yu Wai-lung, Lai Yuen-tung.

jeudi 24 novembre 2011

Black blood


Filmé en scope, en longs plans séquences, en noir et blanc (sauf dans quelques scènes où une usine crache sa fumée), tourné clandestinement et d’une durée de plus de deux heures, Black blood se mérite. Le film parle d’une famille de paysans (le père, la mère et leur petite fille) au beau milieu d’une région aride et très peu peuplée de la Chine. Le père pour gagner un peu d’argent vend son sang à un homme qui passe par là. Il ne dit rien à sa femme, lui donne seulement les billets qu’il a gagné. Il est persuadé que pour que son sang se renouvelle plus vite (et donc en vendre encore plus), il doit boire de l’eau. Il se gave en buvant à l’écuelle. Il boit de plus en plus et son épouse commence à se demander ce qu’il se passe. Quand elle comprend de quoi il s’agit, elle décide de vendre également son sang.

Le père et la mère boit et boit et boit encore de l’eau. Et très régulièrement, ils vendent leur sang à cet homme qui arrive en camionnette et qui se sert, les paie et s’en va, sans qu’on ne le voit vraiment, sans que l’on sache s’il est du gouvernement ou de la mafia. Les conditions matérielles commencent à s’améliorer avec cette arrivée d’argent. L’homme s’achète un costume et une cravate dont il n’aura pourtant aucune utilité. Ils s’achètent une cuvette de WC pour s’engager dans la modernité, pour être comme les gens de la ville. Après tout, les messages de propagande de la radio nationale ne vantent-ils pas le progrès de la Nation chinoise ? Ces messages, entendus à la radio, sont l’unique contact avec le reste de la Chine et apparaissent tellement dérisoires face à la réalité de ce qu’ils vivent au quotidien. La critique est de ce point de vue plutôt finement illustrée.

L’argent peut faire la richesse mais il ne fera pas le bonheur de la famille. A force de vendre son sang à cet homme, la mère tombe malade et ne peut plus rien faire à la maison, s’occuper de la fillette et faire à manger quand le mari revient du travail. Elle essaie de le convaincre d’arrêter de vendre son sang. Lui tente d’aller voir sa famille pour qu’ils puissent s’occuper de la gamine. Personne ne voudra lui répondre, comme si cette fortune soudaine les avait mis à l’écart. Et c’est l’enfant qui dira à son père que la mère a le SIDA. Black blood (métaphore du sang contaminé) devient alors de plus en plus désespéré, alors qu’il était déjà peu joyeux. Le père tentera de se suicider dans des scènes presque comiques (il se rate à chaque fois) mais il faut avoir de la patience pour arriver jusqu’au bout du film qui prend son temps pour incarner la vie de cette famille détruite par cette guerre capitaliste dans ce désert émotionnel.

Black blood (黑血, Chine – France, 2010) Un film de Zhang Miaoyan avec Liu Mengjuan, Mao Danhui, Yingying.

Sorties à Hong Kong (novembre 2011)


East meets West 2011 (東成西就2011, Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Jeff Lau avec Karen Mok, Eason Chan, Ekin Cheng, William So, Stephy Tang, Alex Fong Lik-sun, Kenny Bee, Tan Wei-wei, Crystal Huang, Jonathan Lee, Hu Ge, Liu Yu-qi, Jaycee Chan. 100 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 24 novembre 2011.

mardi 22 novembre 2011

Alan & Eric : Between hello and goodbye


Deux amis d’enfance, deux destins opposés et, entre eux, une femme. Alan (Alan Tam) et Eric (Eric Tsang) se connaissent depuis l’enfance. On les voit enfants jouer ensemble, s’imaginer qu’ils découvrent une île au trésor, qu’ils resteront amis pour la vie. Puis Eric part avec son père en Californie. Pour faire fortune, mais c’est la ruine qui arrivera. Eric et Alan s’échangent des lettres, puis les nouvelles se raréfient. Des années ont passé, Alan est serveur dans un petit restau. Ses rêves de devenir chanteur n’ont jamais été menés à terme.

Et un beau jour, après bien des années, Eric arrive au restau. Alan est très heureux, il lui présente son patron Barry (Barry Wong, bourru mais généreux, Hairy (Paul Fonoroff) qui lit l’avenir dans les cartes et Pierre (Blacky Ko) un baroudeur jovial. Eric a un projet qu’il espère juteux : ouvrir un poulailler et vendre des œufs, puis des poules. Les deux amis construisent joyeusement ce poulailler fait avec des planches. Ce qui manque : un chien pour garder le bâtiment. Eric se rend au chenil et adopte le chien dont veut se séparer Olive (Maggie Cheung) avec qui il sympathise.

Eric promet à Olive de venir rendre visite au chien quand elle le veut. Elle viendra et il en tombera amoureux. Jusqu’au jour où Alan passe par là et Olive en tombe amoureuse. Dilemme. Mais Eric n’a jamais déclaré clairement sa flamme à Olive qui commence à sortir avec Alan. Le destin s’accable sur Eric : une tempête détruit son poulailler et tue ses volailles. Inversement, Alan est repéré par un gros producteur de cantopop et est engagé. Il devient rapidement une star avec tout ce que cela implique : les fans hystériques, les grandes salles de concert et surtout, il délaisse de plus en plus Olive qui prend mal ses absences.

La crise éclate un soir de Noël où Alan doit participer à une émission de télévision en direct. La cabane d’Eric est décorée mais il ne viendra pas et Olive se soule. Dans l’ivresse, elle va se laisser embrasser par Eric. C’est la fin de son couple mais Eric décide de quitter Hong Kong et de voyager, de découvrir le monde, d’oublier cette vie morose. Alan est l’une des plus grandes stars de la cantopop et le film prend bien le soin de faire sa pub puisqu’il est effectivement chanteur. On entend plusieurs de ses chansons dont une reprise en cantonais de Oh Sharona. La critique que le film fait du milieu est bien faible et demeure au niveau du cliché.

Alan & Eric : Between hello and goodbye est d'abord et avant tout un mélo mais moins sur un trio amoureux que sur l’amitié indéfectible. Le film ne prend pas le risque de faire un Jules et Jim, jamais aucun des membres du trio n’envisage de composer un trio amoureux. Pour parvenir à faire tirer quelques larmes au spectateur, Eric devient malade. Il est atteint de diabète et n’a plus que quelques mois à vivre. Les trois amis se retrouvent et vont faire quelques tours de carrousel (dans une scène qui frise le ridicule). La dernière partie est de ce point de vue franchement peu emballante. Mais il reste l’énergie de Maggie Cheung, pourtant dans un rôle assez ingrat puisqu’elle reste dépendante des désirs des deux hommes, comme si le sien ne comptait pas. Alan Tam est un peu faible tandis qu’Eric Tsang est toujours bon. Il reçut cette année-là un Hong Kong Film Award du meilleur acteur pour ce rôle.

Alan & Eric : Between hello and goodbye (雙城故事, Hong Kong, 1991) Un film de Peter Chan avec Alan Tam, Eric Tsang, Maggie Cheung, Blacky Ko, Barry Wong, Paul Fonoroff, Michael Dinga, Cheung Ying-tsoi, Steve Chan Ho, Yeung Sze-yee, Chan Pak-hou.

dimanche 20 novembre 2011

Eros + massacre


1916 : Noe + Ôsugi

Eros + massacre dure presque trois heures et trente minutes. Comme Les Sept samouraïs d’Akira Kurosawa, mais rien ne rapproche les deux films. Il faut tenir le coup chez Yoshida, s’armer de patience pour comprendre de quoi ça parle et lire, lire tous les sous-titres dialogues sans lesquels rien n’est compréhensible. Ce qui frappe dès l’ouverture, c’est que les images semblent désaccordées avec ce que disent les personnages. Pendant le film, je me demandais si on pouvait comprendre la moindre chose d’Eros + massacre sans les sous-titres. Une vieille théorie critique disait que c’était possible et vraisemblable chez les grands cinéastes, mais chez Yoshida, je crois qu’on est passé dans une autre expérience, proche de l’expérimental.

Deux époques s’entrechoquent. 1916, le Japon impérial. Ôsugi (Toshiyuki Hosokawa) discute sous les cerisiers en fleurs avec sa maîtresse Noe (Mariko Okada). Cette dernière se pose des questions sur leur relation car Ôsugi est marié à Yasuko (Masako Yagi) et a une autre maîtresse Itsuko (Yūko Kusunoki). Noe, quant à elle, est marié à Tsuji (Etsushi Takahashi) et est mère de deux enfants. Elle discutera longtemps de sa liaison avec Ôsugi avec son époux parce qu’ils ne se cachent pas ces choses. On peut appeler ça l’amour libre, comme il est dit dans le film, mais pour Ôsugi et Noe, c’est un moyen de rejeter la société traditionnelle confucianiste, un moyen de refuser les règles de la culture impériale japonaise. En un moment, un anarchiste de l’amour.
1969 : Eiko + Wada
Il va sans dire qu’il est mal jugé par ses contemporains, par sa femme, qu’il est espionné par la police. Il en mourra. Sa mort est mise en scène de nombreuses fois. Comme une répétition tragique (la première fois, il est tué par ses comparses anarchistes qui estiment qu’il trahi la cause politique en se vautrant dans ses liaisons) puis grotesque (sa maîtresse l’égorgera par surprise et une autre fois en lui demandant provoquant une chorégraphie entre eux deux proche du burlesque). Finalement, puisque Ôsugi a existé, Yoshida montre son corps abandonné dans une carrière d’usine, entouré de son neveu et de Noe. Ôsugi est une légende et le cinéaste brouille les cartes, recrée une histoire de toutes pièces, invente la mythologie de cette mort.

C’est autour de cette légende que tourne Eiko (Kazuko Ineno), une jeune femme qui couche avec un réalisateur de publicité obsédé sexuel qui passe son temps, lors des tournages, à humilier les mannequins. Eiko aimerait plutôt coucher avec Wada (Daijiro Harada), une sorte de dandy qui déclame à longueur de temps des phrases péremptoires et absconses et qui veut brûler la société. Le jeune étudiant n’a pas envie de coucher avec Eiko et ne quittera jamais son sous-pull et ses lunettes de tout le film (sauf quand il faudra bien y aller). Ça parle politique, ça parle de relations sexuelles et ça parle d’amour. Eiko, comme Noe, a plusieurs hommes dans sa vie et la confrontation entre les deux époques, 1916 et 1969, montrent que la société n’a pas tant évolué que cela. Finalement, les deux femmes ne font qu’une, c’est une idée de femme moderne. Elles se rencontrent d’ailleurs quand bien même Noe est morte en 1923, Yoshida s’offrant une licence poétique où Eiko interviewe Noe.

1916 + 1969 : Noe + Eiko
Eros + massacre est un film politique, non pas comme un brûlot ou un pamphlet comme le ferait Wakamatsu. Pas ici de slogans sociaux ou de revendications facilement assimilables. Le film serait plutôt un mélange entre le Bergman du Rite et le Godard du Gai savoir. Il faut décrypter, replier et sous-entendre le discours politique autour de la liberté individuelle. Le film de ce point de vue est très marqué par son époque de la même manière qu’est daté le cinéma de Godard de cette époque. Aucuns des deux cinéastes n’arrive à dire directement ce qu’ils expriment. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. En revanche, ce qui demeure sublime est la beauté et la variété des plans. L’alternance entre les gros plans sur les visages des acteurs et actrices et les plans larges sur les paysages où ils se perdent, dans une photographie la plupart du temps surexposée, crée un effet d’étonnement et de perte de repères constants.

Eros + massacre (エロス+虐殺, Japon, 1969) Un film de Yoshishige Yoshida avec Mariko Okada, Toshiyuki Hosokawa, Yūko Kusunoki, Kazuko Ineno, Etsushi Takahashi, Daijiro Harada, Taeko Shinbashi, Ejko Sokutai, Masako Yagi.

jeudi 17 novembre 2011

The Lion roars


Cette année aura été marquée par le retour de Cecilia Cheung au cinéma après cinq années d’absence. Un second rôle dans la franchise chorale du Nouvel An Lunaire All’s well end’s well. Une comédie de Wong Jing avec son fils (Treasure hunt, sorti en août à Hong Kong) et aujourd’hui Legendary amazons, co-production avec la Chine où elle tient le premier rôle en compagnie de Richie Ren, qui fût son partenaire à ses tous débuts dans Fly me to Polaris. Cette actrice revient, je l’aime beaucoup et je ne peux que m’en réjouir. Il trainait sur mon bureau ce The Lion roars tourné par Joe Ma. Allons voir ce que c’est.

Tout commence sur le ton de la comédie en costumes de la Chine impériale. Cecilia Cheung est Moth Liu, une jeune femme célibataire que son frère espère marier au plus vite. Le frangin (Wyman Wong) est si débordé par l’énergie de sa sœur qu’il en perdu tous ses cheveux. Il faut dire que c’est pas une femme commode, elle tape sur tous ceux qui la contredisent, elle n’hésite jamais à donner du poing. Elle est très costaude et arracher un pilonne pour s’en servir de massue est un jeu d’enfant. Bref Moth Liu est un poison et personne ne veut d’elle en épouse.

Le caractère de Seasonal Chan (Louis Koo) est l’inverse de celui de Moth Liu. C’est un homme posé, qui se dit poète mais qui n’a jamais été capable d’écrire une seule ligne. Dans la séquence la plus hilarante du film, on le voit tenter d’interpréter un de ses textes sous une pluie de huées. Ce qui est drôle dans cette scène est son anachronisme volontaire puisqu’il s’agit de parodier un concert de cantopop avec ses fans hystériques, sa star adulée et tous les clichés qui vont avec ce genre de concerts. Tout le monde veut que Chang quitte la scène, sauf Moth Liu qui semble la seule à apprécier. Le coup de foudre immédiat qui sera suivi d’un mariage express puisque l’empereur se trouve là par hasard.

Voilà une première partie rigolote. Place au mariage. Chan a peur de son épouse pour les raisons évoquées plus haut. Elle a du mal à être douce et il est de plus en plus incapable d’agir, d’écrire le moindre mot. Bref, il y a un malaise. Qui plus est cette peur gangrène toute la ville notamment Soo (Hui Siu-hung) et sa famille. Tout cabossés, ils viennent se plaindre de la conduite de Liu. Elle n’a rien fait, elle ne les a pas frappés mais l’angoisse est là, constante, irrémédiable. Le film ne se transforme pas en film d’horreur mais, avec un peu de courage, il aurait pu l’être. D’ailleurs, The Lion roars frôle avec le film de fantômes quand la princesse (Fan Bing-bing), la fille de l’empereur, vient séduire Chan, alors que Moth Liu est absente, en se faisant passer pour un « démon ».

La dernière partie du film prend une tournure digne d’une tragédie. Débarrassé de tout élément comique, le film s’engage dans un propos quasi féministe. Moth Liu constate l’adultère (forcé) de son mari et doit subir le diktat de l’empereur qui exige que sa fille devienne la concubine de Chan. Liu proteste et Cecilia Cheung a cette capacité de faire passer son visage du rire aux larmes avec une force de conviction inégalée. Le film se fait féministe parce qu’elle plaide la cause de la liberté des femmes. Certes, tout cela ne va pas bien loin mais les choses sont dites. De toute façon, sur le mode comique ou dramatique, tout le film repose sur le charme de Cecilia Cheung. D’ailleurs, Joe Ma a tourné avec elle un The Lion roars 2 qui devrait sortir prochainement.

The Lion roars (我家有一隻河東獅, Hong Kong, 2002) Un film de Joe Ma avec Cecilia Cheung, Louis Koo, Wyman Wong, Hui Siu-hung, Fan Bing-bing, Cheung Kam-ching, Raymond Wong Ho-yin, Joe Lee, Mou Jian.

Sorties à Hong Kong (novembre 2011)


Big blue lake (大藍湖, Hong Kong, 2011) Un film de Tsang Tsui-shan avec Leila Kong, Lawrence Chou, Amy Chum. 104 minutes. Catégorie I. Sortie à Hong Kong : 17 novembre 2011.