vendredi 9 décembre 2011

The Moss


Dans son acception première, le mot glauque désigne une couleur bleue qui tend vers le vert. Par extension, glauque a désigné des films dans lesquels cette lumière verdâtre, produite par des néons, baignaient. Une atmosphère malsaine, un milieu interlope, des couloirs ou des garages mal éclairés. Les personnages de The Moss vont s’empêtrer dans cette bourbe et ne jamais s’en défaire, comme si le destin allait s’acharner sur eux. Dans la glauquerie, le film est entre Fu Bo de Wong Ching-po et Dog bite dog de Soi Cheang.

Au centre du récit, Jan (Shawn Yue), un jeune gars habillé en chemise ouvertes sur un marcel. On ne sait pas au premier abord qui il est. Dans un restaurant des quartiers populaires, il discute avec On (Eric Tsang) et Fai (Matt Chow). On lui demande de se préparer. A quoi ? Jan monte à l’étage où il s’apprête à coucher avec une jeune prostituée, Lulu (Bonnie Sin). Cette dernière est avec sa petite sœur, Fa (Shi Xue-yi), qui vient d’arriver de Chine continentale. C’est une ado, elle est innocente, elle ne semble pas bien comprendre où elle se trouve. Dans la chambre au dessus, un gros type se donner à fond avec une fille. Elle va se défendre de sa brutalité et l’assommer. Dans le même temps, on comprend que On, Jan et Fai sont trois policiers venus faire une descente de police.

Jan n’est pas n’importe quel flic. C’est un ancien infiltré dans les triades. Il connait donc tout le monde, temporise à l’occasion entre les chefs de clans et justement, Mama Chong (Siu Yam-yam), une femme de tête le convoque. Elle cherche son fils qui a disparu. Elle accuse Tong (Liu Kai-chi) d’être le commanditaire de son enlèvement. Il se trouve être l’ancien boss de Jan. Il va falloir négocier serré parce que Mama Chong n’est pas une tendre. Visage fermé, yeux perçants, voix haute, elle accueille Jan dans un entrepôt où elle fait tabasser des hommes de Tong. Plongés torse nu dans un baquet d’eau froide, elle les fait sortir et les frappe avec un pied de biche. Quand à Tong, il refuse de discuter avec Mama Chong tant qu’elle ne rend pas ses hommes et affirme haut et fort qu’il n’est pour rien dans la disparition du fiston.

Tout va se gâter avec l’assassinat de Tong. Alors qu’il quitte son bureau pour rentrer chez lui, un clochard dont on ne saura jamais le nom (Fan Siu-wong) l’abat au révolver après avoir reçu un coup de téléphone. Hirsute, en aillons, ne parlant que mandarin, ce mendiant a rencontré quelques heures avant ce meurtre Fa, la petite sœur. Elle lui avait préparé un plat à son attention. Quand la police menace de l’arrêter, il la kidnappe et l’emmène dans son antre. On restera toujours dans les bas-fonds, dans le sombre, dans des lieux où ça suinte, où les poubelles jonchent le sol, la lumière est basse. Et au milieu, Jan doit faire face à tous les dangers, Mama Chong, le clochard et retrouver Fa alors que sa grande sœur est morte d’inquiétude. Et découvrir qui peut être l’homme qui a décidé de flinguer Tong.

Je situais plus haut The Moss (le clochard se compare à de la mousse, expliquant qu’il n’est pas grand-chose sur cette terre) dans la lignée de Fu Bo et Dog bite dog, deux films très sombres et franchement déprimant. D’une certaine manière, les cinéastes se livrent à une surenchère dans le glauque, dans les malheurs qui arrivent au personnage (la petite Fa manque de mourir), ça se castagne dur avec toute sorte d’objet, ça se flingue, ça saigne. Derek Kwok choisit pour de filmer cette plongée en enfer la caméra à l’épaule. C’est un procédé bien commun aujourd’hui, presqu’un écueil. Cela fonctionne mieux que le parcours des personnages. Au bout d’un moment, le film fait du sur-place, se lamente sur la psychologie du clochard (les lettres de sa maman), pour repartir de plus belle dans une scène de violence sanguinolante.

The Moss (青苔, Hong Kong, 2008) Un film de Derek Kwok avec Shawn Yue, Fan Siu-wong, Bonnie Sin, Eric Tsang, Liu Kai-chi, Siu Yam-yam, Shaun Tam, Shi Xue-yi, Gill Mohindepaul Singh, Lau Gam-ling, Matt Chow, Soi Cheang, Lee Yip-kin, Ho Sai-man.

jeudi 8 décembre 2011

Sorties à Hong Kong (décembre 2011)

White vengeance (鴻門宴, Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Daniel Lee avec Leon Lai, Jordan Chan, Zhang Hanyu, Liu Yifei, Anthony Wong, Jia Qing, Andy On, Fung Shiu-fung, Du Yiheng, Wu Ma, Chen Kuan-tai. 137 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 8 décembre 2011.

mardi 6 décembre 2011

Infernal affairs III


Deux ans et demi après avoir écrit sur Infernal affairs puis Infernal affairs II, il était temps que j’achève de causer de cette trilogie. Infernal affairs III démarre dès la fin du premier film. Ming (Andy Lau), après une mise à pied et une enquête suite à la mort irrésolue de Yan (Tony Leung Chiu-wai), reprend du service mais dans les bureaux et non plus sur le terrain. Le jour de la reprise de son travail, un jeune policier se suicide. Le seul témoin est l’inspecteur Yeung (Leon Lai), nouveau venu à la police et cela titille Ming qui a l’impression que Yeung n’est pas pour rien dans ce suicide.

Ming décide de chercher des indices sur cet inspecteur qui a une attitude continuellement calme. Jamais il ne semble montrer la moindre émotion, y compris lors de la mort de ce collègue. Un jeu du chat et de la souris s’engage entre les deux hommes, un jeu feutré et sournois. Ming installe sous la voiture de Yeung un émetteur pour suivre ses déplacements, il place des caméras dans son bureau pour le surveiller et surtout avoir le code d’accès de son coffre fort dans lequel Yeung a placé des cassettes où sont sans doute enregistrés des secrets. Yeung n’est pas dupe des petits secrets de Ming, il voit clair dans son jeu. Quand Ming pose l’émetteur, son téléphone sonne, feint de se disputer avec sa femme dont il divorce, mais Yeung a une mini caméra dans sa voiture et tout est filmé. Il a une longueur d’avance sur son adversaire. Ainsi, il s’amuse à regarder frontalement la caméra de surveillance en faisant comme s’il réfléchissait longuement, mettant les nerfs de Ming à rude épreuve (a-t-il deviné ?, se demande-t-il).

Pour les besoins de son enquête, Ming va demander l’aide du Docteur Lee (Kelly Chen). Dans Infernal affairs, on voyait régulièrement Yan venir faire la sieste dans son cabinet. Infernal affairs III montre comment Yan en est arrivé à devoir consulter une psychiatre sur les ordres de son chef, le commissaire Wong (Anthony Wong, que l’on voit peu dans ce volet, tout comme Eric Tsang, tous deux relégués comme personnages secondaires). Ming veut consulter le dossier de Yan, qui se trouve sur l’ordinateur du médecin. Il devra le voler, puis réussir à extorquer le mot de passe pour accéder aux dossiers. Le film revient longuement sur ces consultations de Yan chez le docteur Lee, changeant d’époque fréquemment, passant de six mois avant la mort du flic infiltré dans la triade à un temps bien postérieur à son décès. Et Ming commence lui aussi à s’assoir sur le divan. Le Docteur Lee pratique l’hypnose et il ne va pas tarder à révéler sa vraie nature.

Le fil narratif remonte jusqu’à la mort de Yan avec l’ajout d’un personnage énigmatique. Shen (Chen Dao-ming), tout aussi secret que celui de Yeung, mais qui est dans l’autre camp. De toute façon, avec les personnages de la trilogie Infernal affairs, il ne faut pas s’attendre à ce que quiconque ne soit ce qu’il semble être au premier abord. Sam (Eric Tsang) donne des ordres étranges à Yan, comme s’il voulait le piéger. Yeung fait-il partie des triades ? Connait-il Sam ? Qui est vraiment ce Shen ? Le film se plonge dans le cerveau de Ming qui veut tout voir, connaitre tous les secrets, espionner chacun des protagonistes. Il sombre peu à peu dans la schizophrénie, aidé en cela par une mise en scène qui alterne le passé et le présent, qui met dans le cadre Yan alors qu’il est mort, comme si les deux personnages n'étaient qu'un. J’avoue qu’il n’est pas toujours évident de s’y retrouver dans cette confusion, mais Andrew Lau et Alan Mak ont choisi de tout expliquer, peut-être un peu trop.

Infernal affairs III (無間道 III, Hong Kong, 2003) Un film d’Andrew Lau et Alan Mak avec Tony Leung Chiu-wai, Andy Lau, Leon Lai, Chen Dao-ming, Kelly Chen, Anthony Wong, Eric Tsang, Chapman To, Ng Ting-yip, Wan Chi-keung, Hwang Zhi-zhong, Sammi Cheng, Carina Lau, Edison Chen, Shawn Yue, Lam Ka-tung, Vincent Wan, Courtney Wu, Waise Lee.

jeudi 1 décembre 2011

Hara kiri, mort d’un samouraï


Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2011, Hara kiri, mort d’un samouraï sort aujourd’hui mais n’est projeté nulle part en 3D, alors que la projection cannoise l’était. C’est un remake d’un classique de Masaki Kobayashi ou une nouvelle version du roman de Yasuhiko Takiguchi. Je ne comparerai pas le film de Takashi Miike avec le roman ou le film, mais dans mon souvenir, le film n’est pas si éloigné que ça de cette mouture actuelle.

Le film nous place d’emblée dans le Japon de la première moitié du 17ème siècle. Un Japon de shogunats, de samouraïs et de rônins. On ne sortira jamais de ce milieu où les rituels, l’honneur et l’autorité sont les règles inamovibles. Un homme vient se présenter au château du clan Ii pour pratiquer le suicide rituel. Kageyu (Kôji Yakusho), le chef du clan veut dissuader Hanshiro (Ebizô Ichikawa), qui se présente comme un rônin – un samouraï sans maître – de pratiquer le hara kiri.

Il existe une nouvelle pratique depuis peu, le hara kiri pantomime. Le rônin vient chez un maître, annonce qu’il veut mourir dans le rituel mais le chef l’arrête dans son élan et décide de l’embaucher. Sauf que le chef du clan Ii, encouragé par son inflexible et intolérant bras droit Omodaka (Munetaka Aoki) pour qui l’honneur prime sur l’humanité, oblige le samouraï à mourir. Seulement voilà Motome Chiijiwa (Eita) ne venait que mendier un peu d’argent pour sa femme et son bébé malades et surtout, il n’a qu’un sabre en bois. Le film se fait documentaire sur le rituel du shepukku, montrant chaque détail vestimentaire, chaque posture, chaque parole à prononcer, chaque mouvement du sabre dans l’estomac. La musique se fait alors très discrète et, Miike ne montre que le visage d’Otome pétri de douleur.

Ce récit est fini, Kageyu pense avoir dissuadé Hanshiro qui embraye sur son propre récit (qui durera bien une heure). Il décide de raconter sa vie de rônin, sur la difficulté d’être pauvre quand on doit obéir à un shogun intransigeant. Là aussi, Miike décrit avec minutie une société basée sur l’inégalité, sur un pouvoir dictatorial. Hanshiro commence également à raconter la vie de son fils adoptif qui se trouve être Motome. Plus tard, le jeune homme épousera Miho (Hikari Mitsushima), la fille de Hanshiro. Le funeste destin du jeune homme est en train de s’accomplir.

Le récit de Hara kiri, mort d’un samouraï est lent. Miike prend son temps pour détailler la vie japonaise dans cette première moitié du 17ème siècle. Le cinéaste est plus connu pour ses fulgurances et la rapidité d’exécution de ses films (ce qui souvent veut dire qu’ils sont bâclés, un peu irregardables d’ailleurs). Mais ce serait oublier qu’Audition, par exemple, est aussi d’une grande lenteur narrative. La scène de découpage ne se déroule que dans le dernier quart d’heure après 100 minutes de drague. Mais on ne se rappelle que la fin. Le spectateur est tout de même en attente d’une grande scène de sabre. Elle arrivera dans le dernier quart d’heure. Là aussi, sans musique, avec les flocons de neige qui distancie encore plus les personnages, comme pour insister que les victimes tombent toujours dans les oubliettes de l’Histoire.

Hara kiri, mort d’un samouraï (一命, Japon, 2011) Un film de Takashi Miike avec Kôji Yakusho, Naoto Takenaka, Hikari Mitsushima, Eita, Kazuki Namioka, Ebizô Ichikawa, Hanshirô Tsugumo, Hirofumi Arai, Takashi Sasano, Ayumu Saitô, Munetaka Aoki, Goro Daimon, Baijaku Nakamura, Takehiro Hira, Yoshihisa Amano, Ippei Takahashi.

Sorties à Hong Kong (décembre 2011)

Magic to win (開心魔法, Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Wilson Yip avec Karena Ng, Louis Koo, Wu Chun, Wu Jing, Raymond Wong Pak-ming, Yan Ni, Tonny Jan, Tan Li-na, Yip Sai-wing, Rachel Lee, Pau Hei-ching, Vincent Kok. 100 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 1er décembre 2011.

lundi 28 novembre 2011

The Lady


The Lady c’est Aung San Suu Kyi et Aung San Suu Kyi c’est Michelle Yeoh. Luc Besson est allé chercher une figure de la résistance à la junte birmane, prix Nobel de la paix, comme en 1999, il avait fait de sa Jeanne D’Arc (son meilleur film jusqu’à présent) une résistante de la France. The Lady est un biopic tout ce qui il y a de plus simple et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le film fonctionne. La raison majeure est Michelle Yeoh qui incarne parfaitement Suu, comme tous les personnages l’appellent.

Le film commence en 1947 avec l’assassinat du père de Suu au moment de l’indépendance quand le « père de la nation » décide d’apporter la démocratie en Birmanie. C’est cette image du père que Suu va incarner toute sa vie. Le récit reprend immédiatement en 1998 quand l’époux de Suu, Michael Aris (David Thewlis), professeur de langues orientales à Oxford apprend qu’il a le cancer et qu’il va mourir sans doute sans avoir pu revoir sa femme. Pire que cela, sans que leurs deux garçons, ne puissent pas revoir leur mère. C’est ce rôle de mère et d’épouse qu’elle ne pourra pas tenir.

Retour en arrière en 1988 quand la mère de Suu tombe malade. Elle décide de la rejoindre à Rangoon. Les autorités commencent à comprendre que Suu est en train de devenir la figure d’un espoir de démocratie (le mot le plus employé dans le film). Les généraux de la junte au pouvoir vont tout faire pour la dissuader de rester dans son pays natal et de rentrer à Oxford dans sa famille. Mais le destin va en décider autrement et le reste, c’est l’Histoire. Suu ne quitte pas la Birmanie, elle va mener une campagne pour les élections législatives. Elections qu’elle va gagner mais dont la junte ne va tenir compte.

Les militaires, joués essentiellement par des acteurs birmans, sont certes montrés de manière caricaturale : violents et stupides (le chef de l’état est superstitieux et décide de l’avenir du pays en consultant un voyante ou en tirant les cartes), mais ils ne peuvent pas se débarasser si facilement d’elle parce qu’elle incarne la figure de son père, héros national. Le film parle essentiellement birman, sauf Suu et sa famille qui parlent anglais. Pour bien faire comprendre à Suu qu’elle n’est pas considérée par la junte comme une birmane, les militaires s’adressent à elle en anglais.

The Lady n’est pas exempt de maladresses. Il est parfois tire-larmes (en même temps, il y a un peu de quoi), les scènes de la campagne électorale sont un peu trop jolies, le discours de remise du prix Nobel crée un suspense un peu simpliste, mais le scénario, que Besson n’a pas écrit cette fois – comme me le rappelait un de mes amis – tient la route. Et donc, c’est Michelle Yeoh qui impressionne par la dignité qu’elle offre à la figure d’Aung San Suu Kyi. On la voit défier les soldats d’un regard, sourire quand elle retrouve ses enfants, garder un visage ferme quand elle est dépossédée de sa liberté, de ses livres et qu’elle doit vivre seule. Mais en se débarrassant de ses tics (les mouvements de caméras sont moins voyant que d’habitude), en demandant à Eric Serra de se calmer sur sa musique et en engageant Michelle Yeoh, Luc Besson a réussi son film politique.

The Lady (France – Grande-Bretagne, 2011) Un film de Luc Besson avec Michelle Yeoh, David Thewlis, Jonathan Raggett, Jonathan Woodhouse, Susan Wooldridge, Benedict Wong.

dimanche 27 novembre 2011

Trouble couples


Il était une fois quatre sœurs qui habitaient ensemble. Depuis le décès de leur maman, c’est Ta-hsiang (Anita Mui) qui fait office de chef de la famille Mei. C’est l’aînée qui tient le restaurant qui leur permet de vivre. Les trois plus jeunes sœurs viennent aider après leurs études. Yee-hsiang (Ann Bridgewater), la deuxième est amoureuse d’un animateur de radio, Joe (Matthew Wong). Les deux plus jeunes Szu-hsiang (Charine Chan) et San-hsiang (Fennie Yuen) sont encore lycéennes. Elles se font draguer par Prince (Remus Choi), le fils d’un riche homme d’affaires et ses deux comparses le « binoclard » (Calvin Choi) et Jen (Edmond So). Voilà pour les présentations montrées classiquement, dans un mode léger typique de ces comédies romantiques des années 1980.

Le trublion qui va rentrer dans cette famille est Tseng Chao-tsai (Eric Tsang, également réalisateur via sa compagnie CCC, Cinema & City Company Films). Les trois jeunes sœurs l’entendent se disputer avec sa fiancée Agnes (Sandra Ng) qui le largue. Pour tenter de retenir sa copine, Tsai menace de se suicider en plongeant dans l’eau. Alors, il est inutile de chercher à savoir pourquoi les filles se trouvent là, mais l’occasion fait le larron, elles vont lui proposer de rencontrer Ta. D’abord parce qu’elle est encore célibataire au grand dam de toute sa famille et parce qu’elles pensent que ça adoucira leur sœur aînée qui leur interdit de voir les garçons. La première rencontre entre Tsai et Ta est catastrophique, et bien entendu comique, tant le duo Eric Tsang et Anita Mui détonne, lui tout petit et grassouillet, elle grande et sèche. Tsai renonce, tente de reconquérir Agnes qui, entre temps, s’est fiancée à Hsiao Ma (Shing Fui-on, dans son rôle habituel de brûte), un parrain de triades. Tsai, par défi, annonce qu’il se mariera la veille des noces d’Agnes et Hsiao Ma.

A partir de ce moment, il va falloir que les trois sœurs et leurs quatre amis trouvent des plans pour que Ta accepte de se marier avec Tsiao. Ce dernier va devoir faire la cour à la grande sœur qui ne s’en laisse pas compter. Il faut dire qu’elle impressionne de son autorité Tsiao. Elle décide d’imposer sa loi pour accepter le mariage où Tsiao devra obéir à toutes ses régles, y compris à prendre son nom de famille, ce qui dans la culture chinoise est inenvisageable. Comme il se doit, Ta découvre le pot aux roses et la raison véritable de la cour de Tsiao. Le mariage a eu lieu mais entre temps, il est sincèrement tombé amoureux d’elle et vice-versa, bien qu’elle refuse de se l’avouer. Tout le reste de Trouble couples sera donc de déployer toute une mise en scène pour que Tsiao soit accepté par Ta. Evidemment, puisqu’on est dans une comédie loufoque, il se produira de nombreux quiproquos où le personnage de couard geignard d’Eric Tsang fait le show. Le film est un peu idiot, totalement invraisemblable mais ce qui reste plaisant, c’est le cabotinage des interprètes.

Trouble couples (開心勿語, Hong Kong, 1987) Un film d’Eric Tsang avec Eric Tsang, Anita Mui, Ann Bridgewater, Charine Chan, Fennie Yuen, Matthew Wong, Calvin Choi, Remus Choi, Edmond So, Charlie Cho, Teresa Ha Ping, Wu Fung, Helena Law, Sandra Ng, Lau Kar-wing, Clarence Ford, Ann Mui, Shing Fui-on, Wong Jing, Hui Ying-ying.

samedi 26 novembre 2011

Anna Magdalena


La vie de Chan Kar-fu (Takeshi Kaneshiro) est morne. La journée, il bosse. Il est accordeur de pianos. Après le boulot, il rentre chez lui en transports en commun. Chez lui, il mange tout seul ses nouilles pendant la lessive. Il s’ennuie dans la vie et ça se voit sur lui, derrière ses lunettes et ses cheveux gras mi-longs, il arbore un visage sans sourire, sans émotion, sans vie. Tout va changer le jour où il rencontre Yau Muk-yan (Aaron Kwok). Rencontre due au hasard, Fu allait réparer un piano chez la petite amie de Yau précisément le jour où le jeune couple se disputait.
Yau quitte sa copine. Pour tout bagage, il a un carton avec quelques affaires dedans. Il se retrouve dans le bus qui ramène Fu chez lui, s’assoit à côté de ce dernier, va s’inviter à manger chez lui et s’incruster pour la nuit. Vêtu d’un vieux t-shirt qui s’est déformé à force de porter toujours le même, Yau a le caractère inverse de Fu. C’est un homme qui semble ne pas se soucier de l’avenir, qui est grossier, qui parle à tout le monde et souvent pour dire pas grand-chose. Il gagne sa vie en jouant aux courses hippiques et prétend vouloir écrire un roman. Par la force des choses, Yau va vivre chez Fu. Ce sont leurs oppositions, leurs caractères si différents qui donnent les meilleurs moments comiques tellement Fu est scié par l’aplomb de son colocataire.
Tout va changer avec l’arrivée de Mok Man-yee (Kelly Chan) dans l’immeuble. Elle vient d’emménager dans l’appartement au dessus de Fu et joue au piano. Mais le problème, c’est que Man joue atrocement au piano et ça énerve Yau qui, en caleçon, va frapper à la porte de la jeune voisine pour l’engueuler. Evidemment, Monsieur sans-gêne se fait remettre à sa place mais ce couillon voit ça comme de la drague. Il va donc tenter de séduire Man, et petit à petit elle succombe à son bagou. C’est sa méthode de séduction. Elle confesse à Fu qu’elle trouve Yau grossier mais elle commence à sortir avec lui. Mais, ce qu’elle ignore, c’est que Fu est aussi amoureux d’elle et qu’il n’ose pas lui dire.
Anna Magdalena est une romance sur un trio amoureux rythmé par la musique de Bach (le film s’appelle ainsi pour cette raison) que joue Man sur son piano et qui fascine Fu. Le duo Kaneshiro Kwok fonctionne sur un mode comique qui sort le film du tout venant des comédies romantiques. Dans le dernier tiers du film, le ton change. Fu écrit un roman qu’il cherche à faire publier et l’histoire de ce roman épique et fantastique est mise en scène. La rupture de style étonne d’abord mais finalement permet d’éviter les écueils habituels du genre. Produit par Eric Tsang, via sa société UFO, qui joue un petit rôle de concierge curieux Anna Magdalena soigne aussi ses seconds rôles. Jacky Cheung joue un flic intrusif, Leslie Cheung joue l’éditeur du roman et Anita Yuen son employée qui découvre le roman. C’est un film tout à fait charmant.
Anna Magdalena (安娜瑪德蓮娜, Hong Kong, 1998) Un film de Hai Chung-man avec Takeshi Kaneshiro, Kelly Chan, Aaron Kwok, Anita Yuen, Leslie Cheung, Jacky Cheung, Josie Ho, Eric Tsang, Leo Koo, Wei Wei, Yu Wai-lung, Lai Yuen-tung.

jeudi 24 novembre 2011

Black blood


Filmé en scope, en longs plans séquences, en noir et blanc (sauf dans quelques scènes où une usine crache sa fumée), tourné clandestinement et d’une durée de plus de deux heures, Black blood se mérite. Le film parle d’une famille de paysans (le père, la mère et leur petite fille) au beau milieu d’une région aride et très peu peuplée de la Chine. Le père pour gagner un peu d’argent vend son sang à un homme qui passe par là. Il ne dit rien à sa femme, lui donne seulement les billets qu’il a gagné. Il est persuadé que pour que son sang se renouvelle plus vite (et donc en vendre encore plus), il doit boire de l’eau. Il se gave en buvant à l’écuelle. Il boit de plus en plus et son épouse commence à se demander ce qu’il se passe. Quand elle comprend de quoi il s’agit, elle décide de vendre également son sang.

Le père et la mère boit et boit et boit encore de l’eau. Et très régulièrement, ils vendent leur sang à cet homme qui arrive en camionnette et qui se sert, les paie et s’en va, sans qu’on ne le voit vraiment, sans que l’on sache s’il est du gouvernement ou de la mafia. Les conditions matérielles commencent à s’améliorer avec cette arrivée d’argent. L’homme s’achète un costume et une cravate dont il n’aura pourtant aucune utilité. Ils s’achètent une cuvette de WC pour s’engager dans la modernité, pour être comme les gens de la ville. Après tout, les messages de propagande de la radio nationale ne vantent-ils pas le progrès de la Nation chinoise ? Ces messages, entendus à la radio, sont l’unique contact avec le reste de la Chine et apparaissent tellement dérisoires face à la réalité de ce qu’ils vivent au quotidien. La critique est de ce point de vue plutôt finement illustrée.

L’argent peut faire la richesse mais il ne fera pas le bonheur de la famille. A force de vendre son sang à cet homme, la mère tombe malade et ne peut plus rien faire à la maison, s’occuper de la fillette et faire à manger quand le mari revient du travail. Elle essaie de le convaincre d’arrêter de vendre son sang. Lui tente d’aller voir sa famille pour qu’ils puissent s’occuper de la gamine. Personne ne voudra lui répondre, comme si cette fortune soudaine les avait mis à l’écart. Et c’est l’enfant qui dira à son père que la mère a le SIDA. Black blood (métaphore du sang contaminé) devient alors de plus en plus désespéré, alors qu’il était déjà peu joyeux. Le père tentera de se suicider dans des scènes presque comiques (il se rate à chaque fois) mais il faut avoir de la patience pour arriver jusqu’au bout du film qui prend son temps pour incarner la vie de cette famille détruite par cette guerre capitaliste dans ce désert émotionnel.

Black blood (黑血, Chine – France, 2010) Un film de Zhang Miaoyan avec Liu Mengjuan, Mao Danhui, Yingying.

Sorties à Hong Kong (novembre 2011)


East meets West 2011 (東成西就2011, Hong Kong – Chine, 2011)
Un film de Jeff Lau avec Karen Mok, Eason Chan, Ekin Cheng, William So, Stephy Tang, Alex Fong Lik-sun, Kenny Bee, Tan Wei-wei, Crystal Huang, Jonathan Lee, Hu Ge, Liu Yu-qi, Jaycee Chan. 100 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 24 novembre 2011.