vendredi 15 février 2013

Les Hauts de Hurlevent


Film d’amour et de haine, Les Hauts de Hurlevent est une adaptation du roman d’Emily Brontë située dans un Japon moyenâgeux. Le seigneur Yamabe (Rentarō Mikuni) ramène avec lui dans son château un jeune orphelin pouilleux et hirsute qu’il appelle Onimaru (Yusaku Matsuda l’incarnera dans l’âge adulte). Il est appelé ainsi à cause de son aspecxt repoussant, Oni signifiant démon en japonais. Il demande à ses deux enfants Hidemaru l’aîné (Nagare Hagiwara) et Kinu la cadette (Yûko Tanaka) de le considérer comme leur frère, de le traiter en égal et d’être gentil avec lui. Mais seule Kinu s’approchera de lui. Le grand frère le traitera en domestique, refusera qu’Onimaru ne franchise le seuil qui sépare les maîtres de leur personnel.

Comme dans le roman, une fois les enfants devenus adultes, Kinu et Onimaru commencent à éprouver des sentiments amoureux et réciproques. Ils brisent une double interdiction : l’inceste, même s’ils ne sont que biologiquement frères et sœurs et partent se promener au village quittant la demeure seigneuriale. Dans ce Japon ancien que décrit Yoshishige Yoshida, les rites rythment chaque élément. Les croyances païennes font que le seigneur ne doit pas quitter sa demeure située au sommet d’une montagne pelé où le brume est constante, le village leur est interdit sous la crainte d’une malédiction. Les Yamabe pratiquent un culte ancestral et barbare. Quand Onimaru observe de loin son père adoptif vénérer leur dieu, c’est le début de la fin pour le clan. Briser les rites, c’est détruire la famille.

L’une des coutumes est de faire de la fille du clan une prêtresse et de l’envoyer à la capitale. Kinu refuse ce sort. Elle décide d’aller voir son cousin dans la demeure de l’est pour l’épouser. Les deux familles sont censées être ennemis et ce prétexte pourrait permettre une réconciliation. Onimaru, la veille du mariage de sa demi-sœur, fait l’amour avec elle dans la chambre interdite, une pièce essentielle au récit. Cette chambre est un lieu où sont enfermés les traitres, les femmes de mauvaise vie et les ennemis du clan. Sur les murs, des giclées de sang sont encore présentes. Plus rude que jamais, Onimaru dit adieu à Kinu et s’apprête à devenir le nouveau seigneur Yamabe depuis que Hidemaru est tombé en disgrâce et s’exile. Il reviendra avec son épouse et leur fils et la guerre contre son demi-frère reprendra de plus belle.

Désormais mariée à son cousin Mitsuhito (Tatsuo Nadaka), Kinu donne naissance à une fille. L’accouchement, douloureux, se fait dans une pièce réservée aux femmes quand celle-ci ont leur règles. Elles doivent y rester le temps de leur menstruation appuyant ainsi leur place d’être soumis dans cette société arriérée. Le film sous-entend que cette fille serait celle d’Onimaru, la séquence du coït étant immédiatement suivie de celle de l’accouchement, ne montrant jamais le mariage de Kinu et Mitsuhito mais laissant planer le suspense. Ainsi, quand la fille de Kinu, devenue adulte, va voir son oncle et se déshabille devant lui, une tension incestueuse se crée. Quand sa bien-aimée décède, Onimaru renonce à la vie et profane sa sépulture. Après Eros, Thanatos. Le belle sœur de Kinu cherchera bien à amadouer Onimaru, il la traitera comme une moins que rien.

La férocité d’Onimaru ne fait que s’accentuer avec le temps. Habillé de peaux de bêtes, les cheveux ébouriffés, il entend régner par la terreur sur son domaine. La violence est devenue le seul mode de communication d’Onimaru. Portant bien son nom, il agit en démon, tuant de son sabre ceux qui mettent son pouvoir en doute. Le sang gicle dans ses scènes de combat hiératiques et théâtrales. Il traite les membres de sa famille adoptive comme des domestiques, enfermant Yoshimaru (Masato Furuoya), le fils de son demi-frère dans la cabane des serviteurs. La force des Hauts de Hurlevent, est là n’est pas le moindre paradoxe, est de parvenir tout en subtilité à ce que le spectateur entre en empathie avec Onimaru tandis qu’il sombre petit à petit dans la folie pure.

Les Hauts de Hurlevent (嵐が丘, Japon, 1988) Un film de Yoshishige Yoshida avec Yusaku Matsuda, Yûko Tanaka, Rentarō Mikuni, Tatsuo Nadaka, Eri Ishida, Nagare Hagiwara, Keïko Ito, Masato Furuoya, Tomoko Takabe, Masao Imafuku, Taro Shigaki.

mercredi 13 février 2013

Promesse


Après Beauté de la beauté, Yoshishige Yoshida a passé plusieurs années au Mexique (entre 1978 et 1982) pour préparer un film qui n’a jamais vu le jour. Promesse est donc la première fiction qu’il tourne depuis Coup d’état en 1973. Ce qui frappe d’abord est que le cinéaste japonais, héraut de la Nouvelle Vague, de la métaphore politique et du formalisme, est la totale lisibilité de son film, comme si après tant de films sans récit, il souhaitait revenir à une forme classique. Le sujet de Promesse n’est pas éloigné de celui de La Ballade de Narayama de Shohei Imamura : la vieillesse et ses conséquences sur une famille lambda de Tokyo. Dès l’ouverture, la grand-mère Tatsu Morimoto (Sachiko Murase) est morte. Elle vivait avec son époux Ryosaku Morimoto (Rentarô Mikuni) dans la maison de banlieue de leur fils Yoshio (Chûchirô Kawarasaki). Ce dernier est marié avec Ritsuko (Orie Satô), et le couple a un fils et une fille adolescents qui vivent avec eux. Voilà pour la famille.

Immédiatement, le grand-père s’accuse d’avoir tué sa femme. Il n’en démord pas à tel point que Ritsuko décide d’appeler la police pour mettre cette histoire au clair. L’inspecteur Yoshikawa (Kôichi Satô) vient chez eux, tente de comprendre ce qui s’est passé, cherche quelques indices. Le corps de la défunte est emporté pour une autopsie et le grand-père est amené au poste. Là, le policier constate vite que le vieillard radote et qu’il a des problèmes d’incontinence. La cérémonie funéraire se déroule sans lui au domicile des Morimoto. Le rituel est appliqué à la lettre, dans un cérémonial strict avec un autel où trône le portrait de la grand-mère, des offrandes et le recouvrement de son corps par des linges blancs. Mais ce rituel cache le trouble qui agite la famille. Tandis que le cercueil est amené au cimetière, un long flashback débute qui va montrer les conditions de cette mort.

Ce que pointe Promesse est le changement de la structure familiale. Tandis que sur le mur on aperçoit les photos du grand-frère de Yoshio mort en kamikaze pendant la guerre, on voit les deux enfants manger devant la télé en écoutant du rock. Le fil ainé est plutôt insolent clamant que ses parents n’en peuvent plus de devoir cohabiter avec leurs parents gâteux mais sans oser le dire. La mère se dévoue pour s’occuper de sa belle-mère, la lave, lui prépare à manger, discute avec elle. Mais lors d’un bain, elle ne manifeste aucune angoisse de voire la grand-mère se laisser mettre sa tête comme pour se noyer dans la baignoire. Le père, col blanc dans une boite de publicité, est l’incarnation du lâche qui trompe sa femme avec une de ses collègues et laisse Ritsuko dans son rôle de garde chiourme. Le portrait de cette famille est sévère mais ne tombe jamais dans l’écueil de la condamnation. Yoshihsige Yoshida enregistre cliniquement le changement de mœurs, le passage vers l’individualisme.

Le grand-père comprend que son épouse devient sénile lorsqu’elle fait sous elle. Il décide de la placer dans un hôpital. Dans une scène étonnante, on découvre dans une chambre quelques personnes âgées en train de rire, l’un d’eux cherche à se pendre mais le drap ne tient pas. Ailleurs, une vieille dame téléphone avec un verre parce que ses enfants ne viennent plus la voir. L’hospice n’est pas montré comme un enfer comme un espace à part, un dernier lieu de vie où les facéties des vieux n’ont plus aucun sens. D’une certaine manière, on est proche du fantastique, notamment grâce une musique lancinante composée de clochettes. Le grand-père, d’abord tout à fait vaillant, commence lui aussi à devenir gâteux, à se pisser dessus, à ramasser les poubelles dans la rue, à aller creuser sa propre tombe dans son village natal.

Le grand-père est sénile et bien entendu la police commence à avoir des doutes sur la véracité des faits dont il s’accuse. C’est qu’il commence à passer vers l’autre monde, pas celui de la sénilité, mais vers la mort. L’eau fait dans Promesse office de passage vers l’au-delà. L’eau sous diverses formes (pluie, rivière, bain mais aussi les fluides corporaux) est très présente dans le film. Au centre du récit se trouve le miroir d’eau de la grand-mère, une bassine où elle se nettoie et où elle se regarde vieillir, où son visage se déforme tout en tentant de rester femme. Ce miroir lui tend une image qu’elle refuse. Par un double effet de réflexion, la crise familiale se développe partout : la grand-mère quitte la maison, la mère veut quitter son mari ; le fils aîné sert de modèle, l’adolescent n’en est pas un ; le grand-père veut rester au plus près de sa femme, le père trompe la sienne. Chaque action de l’un est l’inverse de l’autre dans un effet de fascination destructrice de la famille. Promesse montre cette explosion avec un calme bouleversant.

Promesse (人間の約束, Japon, 1986) Un film de Yoshishige Yoshida avec Rentarô Mikuni, Sachiko Murase, Chûchirô Kawarasaki, Orie Satô, Kôichi Satô, Tetsuta Sugimoto.

dimanche 10 février 2013

Girlfriend*Boyfriend


Le récit de Girlfriend*Boyfriend repose sur le schéma bien connu, deux garçons une fille trois possibilités. En 1985, alors que la loi martiale est encore imposée à Taïwan depuis la scission de l’île avec la Chine continentale, trois lycéens tentent de trouver un espace de liberté dans leur établissement scolaire où règne une éducation quasi militaire. Qui plus est Liam (Joseph Chang), Mabel (Guey Lun-mei) et Aaron (Rhydian Vaughan) vivent dans une petite ville du sud de Taïwan. On les découvre tous les trois sur des branches de magnolia en train de ramasser des fleurs et des feuilles que Mabel frotte dans ses mains pour en sentir l’odeur. Cela la calme et Liam, très attentionné, lui en offrira souvent pendant le film quand elle se sent stressée. Ils ne se quittent jamais, vont se baigner ensemble, se promènent en scooter. Le soir, pour se faire un peu d’argent, ils vendent des objets au marché devant le spectacle de la mère de Mabel, chanteuse strip-teaseuse.

Mabel est un personnage que l’on peut considérer comme une rebelle. Après que les lycéens, dont Liam, se soient entraînés à la natation, elle fait irruption dans les vestiaires, vole avec d’autres filles les caleçons des garçons et courre dans la cour du lycée. Les nageurs, à poil, tentent de les récupérer tandis qu’Aaron les prend en photo. Cela n’est pas du goût de Madame Yin (Chou Ling), la directrice qui décide de punir ces effrontés. Ses méthodes sont expéditives. Elle a déjà rasé une partie des cheveux d’Aaron qui, avec Liam, fait passer de revues interdites à Taïwan sous le manteau, non pas des revues porno mais des magazines de Hong Kong plus libéraux. Ils décident de faire une grande action de protestation, en l’occurrence d’organiser au sein du lycée une boum, ce que Madame Yin interdit formellement. De nuit, ils badigeonnent les murs de slogans, puis tandis qu’un officier les sermonne, ils prennent la sono en otage et diffusent de la cantopop. Cette partie plutôt drôle joue sur les contrastes entre l’autorité du proviseur et l’innocence des lycées.

Le film se transporte en 1990. La loi martiale a été abolie et les trois amis sont maintenant étudiants. C’est aussi le temps des premières amours. Mabel est devenue la petite amie d’Aaron qui habite avec Liam en résidence universitaire. Ce que l’on comprend petit à petit, en touches de regards échangés, est que Liam est aussi amoureux d’Aaron. Ce dernier accompagne Mabel pour trouver un cadeau d’anniversaire au troisième. Elle comprendra qu’il lui aura offert le même présent mais ne se rendra pas compte de son amour pour lui. Il s’efface devant elle et ne se déclare pas à son ami. Cette partie lie deux romantismes : l’amour et la politique. C’est Aaron qui pousse le plus loin ces romantismes. En scooter, il hurle dans toutes les langues « je t’aime », sur la tribune où les étudiants manifestent pour la démocratie, il harangue ses camarades en récitant un poème. Le jeune homme semble avoir trouvé sa passion (la politique donc) tandis que Mabel continue de vivre en écervelée (son personnage est souvent énervant), apportant de l’alcool à la manif et que Liam va passer sa frustration dans les bras d’un homme rencontré par hasards.

Comme les deux premières parties, la troisième située en 1997 (l’année de la rétrocession de Hong Kong au grand frère chinois), se déroule sur un court laps de temps. Les trois amis ne se sont pas vus depuis des années. Chacun travaille maintenant. Aaron a épousé la fille du premier ministre et a un enfant. Mabel va chercher à les réunir lors du mariage gay de Ron (Bryan Chang), un vieux copain du lycée. Le film marque alors à la fois la liberté acquise à Taïwan mais aussi la perte des illusions. C’est aussi la moins réussie appuyant un peu trop sur le drame, plus convenue dans le traitement dans sa recherche de boucler son récit. Cette dernière partie se concentre sur Liam, le personnage le plus mystérieux et le plus malheureux de Girlfriend*Boyfriend. Il faut saluer l’interprétation de Joseph Chang qui par un seul mouvement des yeux exprime toute la détresse de son personnage. Jamais Liam ne parviendra à sublimer charnellement son amour pour Aaron. Par une astuce de scénario, Liam sera cependant l’héritier de la passion entre Mabel et Aaron. Le film avait débuté par cela, de manière énigmatique, et ce termine avec cette révélation émouvante.

Girlfriend*Boyfriend (女朋友。男朋友, Taïwan, 2012), Un film de Yang Ya-che avec Joseph Chang, Guey Lun-mei, Rhydian Vaughan, Bryan Chang, Chou Ling, Tang Guo-zhong, Yang Wen-wen, 

jeudi 7 février 2013

Nominations des 32ème Hong Kong Film Awards

Nominations des 32ème Hong Kong Film Awards. La cérémonie aura lieu le 21 avril 2013.

Meilleur film

Meilleur réalisateur
Law Chi-leung (The Bullet vanishes)
Longman Leung et Sunny Luk (Cold war)
Pang Ho-cheung (Love in the buff)
Soi Cheang (Motorway)
Dante Lam (The Viral factor)

The Bullet vanishes : 12 nominations

Meilleur acteur
Lau Ching-wan (The Bullet vanishes)
Tony Leung Ka-fai (Cold war)
Nick Cheung (Nightfall)
Tony Leung Chiu-wai (The Silent war)
Chapman To (Vulgaria)

Meilleure actrice
Zhou Xun (The Great magician)
Miriam Yeung (Love in the buff)
Elanne Kong (Love lifting)
Sammi Cheng (Romancing in thin air)
Zhou Xun (The Silent war)

Cold war : 12 nominations

Meilleur acteur dans un second rôle
Alex Man (The Bounty)
Liu Kai-chi (The Bullet vanishes)
Lam Ka-tung (Cold war)
Chapman To (Diva)
Ronald Cheng (Vulgaria)

Meilleure actrice dans un second rôle
Jiang Yiyan (The Bullet vanishes)
Mavis Fan (The Silent war)
Elaine Kam (The Viral factor)
Dada Chen (Vulgaria)
Siu Yam-yam (Vulgaria)

The Silent war : 8 nominations

Meilleur scénario
Law Chi-leung et Yeung Sin-ling (The Bullet vanishes)
Longman Leung et Sunny Luk (Cold war)
Pang Ho-cheung et Luk Yee-sum (Love in the buff)
Alan Mak et Felix Chong (The Silent war)
Pang Ho-cheung, Luk Yee-sum et Lam Chiu-wing (Vulgaria)

Meilleur nouvel interprète
Zhang Lanxin (CZ12)
Alex Tsui (Cold war)
Joyce Feng (The Last tycoon)
June Lam (Love in the buff)
Jayden Yuan (Tai Chi)

The Viral factor : 7 nominations

Meilleure photographie
Chan Chi-ying (The Bullet vanishes)
Jason Kwan et Kenny Tse (Cold war)
Andrew Lau et Jason Kwan (The Last tycoon)
Anthony Pun (The Silent war)
Kenny Tse (The Viral factor)

Meilleur montage
Yau Chi-wai (CZ12)
Kwong Chi-leung et Wong Hoi (Cold war)
David Richardson et Allen Leung (Motorway)
Kwong Chi-leung et Chan Chung-ming (The Bullet vanishes)
Azrael Chung (The Viral factor)

Motorway : 6 nominations

Meilleurs décors
Silver Cheung et Lee Kin-wai (The Bullet vanishes)
Yee Chung-man et Jessie Dai (The Great magician)
Lau Sai-wan (The Guillotines)
Man Lim-chung (The Silent war)
Tim Yip (Tai Chi)

Meilleurs costumes et maquillages
Stanley Cheung (The Bullet vanishes)
Yee Chung-man et Jessie Dai (The Great magician)
Dora Ng (The Guillotines)
Man Lim-chung (The Silent war)
Tim Yip (Tai Chi)

Vulgaria : 6 nominations

Meilleure chorégraphie des scènes d’action
Jackie Chan et He Jun (CZ12)
Chin Kar-lok et Wong Wai-fai (Cold war)
Chin Kar-lok, Wong Wai-fai et Ng Hoi-tong (Motorway)
Sammo Hung (Tai Chi)
Dante Lam, Chin Kar-lok, Wong Wai-fai, Ng Hoi-tong (The Viral factor)

Meilleure musique originale
Chan Kwong-wing et Yu Peng (The Last tycoon)
Teddy Robin et Tommy Wai (The Bullet vanishes)
Eman Lam et Veronica Lee (Diva)
Peter Kam (Cold War)
Chan Kwong-wing (The Silent war)

Tai Chi : 5 nominations

Meilleure chanson originale
追風箏的風箏 (Diva) Musique : Davy Chan, C.Y. Kong, Paroles : Lam Jik, Interprètes : Joey Yung et Mag Lam
刀鋒偏冷 (The Guillotines) Musique : Jay Chou, Paroles : Vincent Fang, Interprète : Li Yuchun
戀無可戀 (Lan Kwai Fong 2) Musique : Charmaine Fong, Paroles : Lam Jik, Interprète : Leo Koo
定風波 (The Last tycoon) Musique : Leon Ko, Paroles : Chris Shum, Interprète : Jacky Cheung
DoReMi (Romancing in thin air) Musique : Lo Tayu, Paroles : Lam Jik, Interprète : Sammi Cheng

Meilleur son
Phyllis Cheng (The Bullet vanishes)
Kinson Tsang (Cold war)
Kinson Tsang (The Guillotines)
Benny Chu et Steve Miller (Motorway)
Kinson Tsang (The Viral factor)

The Guillotines : 5 nominations

Meilleurs effets visuels
Cecil Cheng (Cold war)
Han Young-woo, Victor Wong, Patrick Chui et Seong Ho-jang (CZ12)
Victor Wong (The Guillotines)
Ken Law et Cheung Chin-wing (Motorway)
Chas Chau, Ho Pui-kin, Ng Yuen-fai et A Law (Tai Chi)

Meilleur film chinois ou taïwanais
Back to 1942 (Feng Xiaogang)
Girlfriend*Boyfriend (Yang Ya-che)
Love (Doze Niu)
Love is not blind (Teng Hua-tao)
Painted skin: The resurrection (Wuershan)

Love in the buff : 4 nominations

Meilleur nouveau réalisateur
Fung Chih-chiang (The Bounty)
Roy Chow (Nightfall)
Brian Tse (McDull : The Pork of music)


Sorties à Hong Kong (février 2013) Journey to the West: Conquering the demons

Journey to the West: Conquering the demons (西遊.降魔篇, Hong Kong – Chine, 2013)
Un film de Stephen Chow et Derek Kwok avec Shu Qi, Wen Zhang, Chrissie Chow, Xing Yu, Lee Sheung-ching, Huang Bo, Show Luo. 110 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 7 février 2013.

Sorties à Hong Kong (février 2013) Hotel Deluxe

Hotel Deluxe (百星酒店, Hong Kong, 2013)
Un film de Vincent Kok avec Ronald Cheng, Sandra Ng, Teresa Mo, Chapman To, Fiona Sit, Eric Kot, Jim Chim, Raymond Wong Bak-ming, Lynn Hung, Karena Ng, Siu Yam-yam, Ha Chun-chau, Yu Bo, Janelle Sheng, Winkie Lai, Joe Cheng, Steven Fung. 94 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 7 février 2013.

Sorties à Hong Kong (février 2013) I love Hong Kong 2013

I love Hong Kong 2013 (2013 我愛HK恭囍發財 (Hong Kong, 2013)
Un film de Zhong Qin avec Alan Tam, Veronica Yip, Nat Chan, Eric Tsang, Stanley Fung, Bosco Wong, Michael Tse, Kate Tsui, Joyce Cheng, Wong Cho-lam, Hui Siu-hung, Anthony Chan, Bennett Pang, Danny Yip, Tenky Tin, Alfred Cheung, Natalie Meng, Alvina Kong, Mak Cheung-ching, Goo Ming-wa, Otto Wong, Eddie Pang, Samantha Ko, Tommy Wong, 6 Wing. 98 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 7 février 2013.

mercredi 6 février 2013

The Silent war


En 1949, le morse était le moyen le plus sûr et discret d’envoyer des messages secrets. Dans cette période de transition et de troubles entre communistes et nationalistes, il fallait pouvoir communiquer sans se faire prendre par l’ennemi. Zhang Xuening (Zhou Xun) fait partie de l’unité 701 du gouvernement. C’est une espionne qui cherche à traquer les ennemis invisibles. The Silent war s’ouvre d’ailleurs sur une de ses missions où, par la ruse, elle enlève un homme en feignant de tuer Guo (Wang Xuebing). Ce derniers est son supérieur hiérarchique et, une fois rétabli, il l’envoie chercher des hommes capables de repérer les signaux des messages en morse, silencieux à une oreille normale mais audible pour des personnes plus sensibles.

Qui entend mieux qu’un aveugle ? Personne, pense  Zhang Xuening qui tombe dans une salle de concert sur Bing (Tony Leung Chiu-wai), l’accordeur de piano. Elle était venu recruter le pianiste mais c’est son employé qu’elle embauche après avoir vu combien ses capacités sont grandes : le mari de la maîtresse du pianiste débarque avec ses sbires et Bing l’avait entendu avant de le voir. Elle comprend qu’il est un homme d’action. Zhang amène son protégé dans un lieu tenu secret. Enlevant ses lunettes noires, on découvre ses yeux morts qui la fixent. Cela dérange la jeune femme mais on sent bien qu’elle commence déjà à tomber sous le charme. Bien entendu, Bing ne remarque pas les regards qu’elle lui porte mais il les sent.

L’entente entre eux deux est parfaite mais elle doit convaincre Guo de la valeur de son protégé. Toute une série de tests est mise en œuvre où Bing, unique aveugle au milieu de voyant portant un bandeau, entend les sons en basse fréquence, amène Zhang dans une autre pièce et savoure dans un grand sourire sa victoire. Cette partie, plutôt amusante, permet de découvrir un monde du contre-espionnage avec ses émetteurs radio, ses chambres de silence et ses bandes de papier recouvertes de trous. La formation au morse de Bing est montrée en détail. Or, si Guo doute de Bing, ça n’est pas seulement à cause de son assurance, c’est parce qu’il est illettré. Ainsi, il ne comprend pas ce qu’il tape mais retransmet tous les messages qui permettent de traquer les ennemis (c’est-à-dire les nationalistes et les anti-Mao).

Ces ennemis, Bing finira par les entendre dans la chambre capitonnée et silencieuse. Ils sont au nombre de six. Avec des images en surimpression et floutées artistiquement comme pour appuyer le mystère, Bing détermine précisément qui sont ces gens, comment ils tapent sur le poussoir (gaucher, droitier, vite lentement), s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Ces images mentales typiques des personnages qui savent tout avant tout le monde est plaisante, dans une volonté de marquer le caractère énigmatique de la mission. Bing devient la vedette de l’unité 701, acclamé et applaudi. La traque se précise, Zhang Xuening va maintenant s’infiltrer dans ce milieu en se faisant passer pour une femme d’affaires. Après la réflexion de Bing, l’action pour Zhang, la tête et les jambes. Là, le récit se fait un peu moins passionnant, devient plus transparent. Jamais le scénario ne jouera sur une éventuelle rivalité entre Zhang, Bing et Guo, tout concentré dans sa volonté, franchement lassante, de montrer l’unité pour sauver la patrie de ses traites.

Le film est très inégal dans sa narration abordant quelques pistes scénaristiques confuses. Il refuse d’établir une liaison entre Bing et Zhang Xuening mais fait intervenir un autre personnage féminin au milieu du film. Shen Jing (Mavis Fan) est une collègue qui décrypte les messages codés de l’ennemi. Seulement voilà, son père est exilé à Taïwan et est proche du pouvoir nationaliste. Les éventuels soupçons de trahison tombent en quelques lignes de dialogue : la jeune femme assure l’unité des deux Chine. Shen Jing tombe amoureuse de Bing. Ils se marient. Son personnage n’aura guère plus grande envergure. Le récit a alors l’idée malheureuse de faire recouvrer la vue à Bing par une opération chirurgicale. Cousue de fil blanc, cette ouverture scénaristique fait que Bing n’arrive plus à entendre les sons bas. The Silent war est un peu long (119 minutes) et le scénario est parfois incohérent mais parvient constamment à créer des coups de théâtre dignes d’un film d’espionnage qui se respecte.

The Silent war (聽風者, Hong Kong – Chine, 2012) Un film d’Alan Mak et Felix Chong avec Tony Leung Chiu-wai, Zhou Xun, Mavis Fan, Wang Xue-bing, Carrie Ng, Gan Ting-ting, Bai Ru, Dong Yong.

mardi 5 février 2013

Jackie Chan dans le Bronx


Il est possible de considérer Jackie Chan dans le Bronx (le titre français de Rumble in the Bronx), comme le premier film américain de Jackie Chan. Bien que ce film soit une coproduction entre Hong Kong et le Canada – il a d’ailleurs été tourné à Vancouver et non à New York – et que la star ait déjà tenté l’expérience sur le sol nord américain avec Tsui Hark et Ringo Lam (Twin dragons, qui se déroulait au Canada). Suivant lui aussi le mouvement pré-rétrocession, Jackie Chan part comme de nombreux de ses compatriotes, faire carrière à Hollywood. Autant le dire tout de suite, Jackie Chan in the Bronx est un navet tant du point de vue de l’humour, du scénario que de la mise en scène.

Kwong (Jackie Chan) est un jeune hongkongais (!) qui se rend à New York pour assister au mariage de son oncle Bill (Bill Tung) qui en profite pour vendre son magasin à Elaine (Anita Mui), une jeune chinoise partie elle aussi faire fortune en Amérique. C’est alors qu’une bande de loubards vient se servir dans les rayons et que Kwong vient leur apprendre la politesse à grands coups de poings. Trois choses traversent l’esprit : d’abord que le scénario du magasin en terre étrangère assiégé par des loubards rappelle La Fureur du dragon. Pour aborder Hollywood, Jackie Chan brandit la référence Bruce Lee. Ensuite, que l’acteur est ici sur un terrain idéal pour se battre. Chaque marchandise, chaque étalage du magasin devient une arme. Enfin, cette bande de loubards en moto, en blouson de cuir, jurant et ricanant est la bande la plus improbable vue depuis bien longtemps.

Les méchants du film sont au-delà de la caricature. Ils  font le mal pour le mal, c'est-à-dire qu’ils volent des carambars dans le magasin (mais rappelons-le nous : tout ceci se passe dans le Bronx et le Bronx ça craint) et casse des bouteilles de soda, ils roulent en moto sur des voitures pour le plaisir de casser les vitres et ils veulent se venger de Kwong, qui on le rappelle leur a appris la politesse à grands coups de poings. Pour ménager un vague suspense, Kwong se trouve aculé dans une impasse où les loubards lui balancent des bouteilles. On reste étonné que notre star ne bouge pas, qu’il encaisse les coups et se retrouve blessé. Mais c’est pour mieux amorcer la partie romance du film.

Alors qu’on croyait que Jackie Chan allait amorcer une romance amoureuse avec Anita Mui, il n’en est rien. L’actrice d’ailleurs fait de la figuration (un scandale) en souriant de temps en temps dans un personnage de gourde censée donner du comique au film. Kwong va se réfugier chez Danny (Morgan Lam), un ado handicapé avec lequel il a sympathisé. Il s’agit surtout d’émouvoir à peu de frais. Or, Danny est le petit frère de Nancy (Francoise Yip), la meuf du chef des loubards. Quand elle comprend que Kwong est dans son appartement, cette irresponsable ne veut pas l’aider. Mais son petit frère dit des choses si gentilles sur elle qu’elle tombe amoureuse de Kwong. Car oui, je le redis, il s’agit surtout d’émouvoir à peu de frais. Cette romance aussi peu crédible que banale créera quelques ennuis au couple fraichement formé.

Le chef de bande, Tony (Marc Akerstream, un cascadeur dans la vie) est évidemment jaloux. Et les autres membres de la bande veulent se venger. C’est sans compter sur une bande de vrais méchants, de sales voleurs de diamants qui sont prêts à tout pour récupérer le butin qui a été caché dans le coussin du fauteuil roulant de Danny (une cachette bien idéale en vérité). Finalement Tony n’était pas un si mauvais bougre que ça puisque Kwong décide de s’unir à lui pour battre les voleurs particulièrement vicieux (ils frappent Danny les salauds). Tout se termine avec une « course poursuite » en aéroglisseur. On imagine qu’en 1995, cela a pu passer pour une bonne idée pleine de nouveauté, aujourd’hui, on en rit encore. Jackie Chan dans le Bronx est un authentique navet, le premier d’une longue série pour Jackie Chan.

Jackie Chan dans le Bronx (Rumble in the Bronx, 紅番區, Hong Kong – Canada, 1995) Un film de Stanley Tong avec Jackie Chan, Anita Mui, Francoise Yip, Bill Tung, Morgan Lam, Marc Akerstream.

samedi 2 février 2013

Beauté de la beauté


Pour ceux qui se demandaient ce qu’avait pu faire Yoshishige Yoshida entre Coup d’état (1973) et Promesse (1986), l’une des réponses est dans le coffret Beauté de la beauté édité en ce mois de février par Carlotta. Le cinéaste japonais a tourné, entre 1974 et 1977, pour une chaine privée de la télévision japonaise 94 documentaires (diffusion hebdomadaire) de 24 minutes chacun sur l’art, peintres européens, asiatiques mais aussi mouvements esthétiques. Le coffret comprend 20 chapitres sur 8 peintres européens pour une durée globale de près de 8 heures. Ces films furent présentés au Centre Pompidou au printemps 2008. C’est à cette même période que j’ai commencé à écrire sur ses films, chronologiquement.

Le parcours du coffret est d’abord chronologique. De Bosch au 15ème siècle à Van Gogh à l’aube du 20ème siècle. C’est aussi un voyage dans l’Europe, des Flandres (Bosch et Bruegel) à la France (Delacroix, Manet, Cézanne et Van Gogh) en passant par l’Italie (Caravage) et l’Espagne (Goya). Ce voyage, Yoshida l’a fait seul avec une équipe très réduite (un caméraman et un preneur de son comme le précise Mathieu Chapel dans son introduction au coffret). Chaque chapitre commence de la même manière avec des travellings sur la ville où se trouvait alors le peintre dont il fait le portrait. Puis, il se rend dans les musées où se trouvent les toiles qu’il va commenter lui-même. Sa voix off est omniprésente. Chaque film se termine aussi sur des plans de la ville au son des cloches des églises.

Avant de décrypter les tableaux et d’en faire l’explication, Yoshida le regarde en silence. De dos, il passe devant chaque peinture (ou presque) se mettant ainsi à la place du téléspectateur de l’époque. Le format est carré (probablement celui du 16mm utilisé alors à la télévision), l’image est un peu terne. Puis, la caméra caresse les tableaux, s’attarde sur les détails avec de lents mouvements d’appareil, s’arrête sur des personnages, cadre à nouveau l’œuvre dans sa totalité. Parfois quelques sons reconstituent l’ambiance du tableau (une scène de corrida chez Goya avec ses clameurs, une scène de meurtre chez Caravage avec ses cris), plus souvent la musique de Toshi Ichiyanagi sert de support au récit de la vie du peintre. La musique, tout à fait remarquable, se fait l’écho du pays et de l’époque évoquée.

Faire le portrait de ces huit peintres choisis dans le coffret consiste pour Yoshida à évoquer leur contexte politique et religieux. Pour Bosch et Bruegel, c’est la lutte contre l’hérésie protestante et le début de la Réforme. Pour le Caravage et Goya, c’est l’ultra catholicisme du Vatican et de l’inquisition dans la très catholique Espagne. Peintres de la religion (les triptyques de Bosch, les portraits de Saint Jérôme du Caravage), peintre d’Etat (les portraits officiels des souverains de Goya), ils sont des peintres officiels des monarchies mais également des rebelles la société (Caravage est présenté comme un criminel, Goya et Bruegel peindront le peuple, Bosch imagine un monde peuplé de monstres). Leur pouvoir est de peindre l’horreur du monde grâce au soutien de ceux qui créent ces horreurs.

En filmant les vies de ces artistes, Yoshida parle aussi de lui. Ainsi quand il évoque Delacroix, il compare le classicisme de David (vieille méthode) et le romantisme de Delacroix (nouvelle vision), on ne peut s’empêcher de penser qu’il parle de lui et de son apport à la Nouvelle vague japonaise en provoquant une rupture avec le cinéma classique. Citant souvent Baudelaire, il se reconnait dans la critique de la bourgeoisie que peignit Manet. Tout comme Cézanne, Yoshida a longtemps été incompris par le public dans une posture avant-gardiste. Parcourant la vie de Van Gogh (le plus long portrait du coffret), on comprend que l’hypocrisie des moralisateurs est la même que celle que l’on retrouve dans ses films.

Ce qui frappe le plus est l’érudition totale de Yoshida. Il informe sur la vie privée des peintres, sur leurs démêlés avec leurs commendataires, sur leur influence comme sur leur particularisme, sur leur ascension comme sur leur déchéance. Mais ce qui est magnifique dans Beauté de la beauté, en dehors de la passion que le cinéaste met dans ces épisodes, est que le récit de leur vie est vivant, subtilement scénarisé pour offrir au spectateur du suspense (Caravage va-t-il échapper à la justice du Vatican en s’exilant à Malte ? Goya va-t-il se faire emprisonné pour avoir peint la Maja nue ? ). Les récits de leur vie et leur œuvre agissent comme autant de scénarios filmés pour de futures biopics de ces artistes. Passionnant et instructif.

Beauté de la beauté (美の美, Japon, 1974-1977) Une série documentaire télévisée de Yoshishige Yoshida. Episodes : Bosch, le peintre du fantastique ; Bruegel : quand le peintre est témoin de la ruine de son pays ; Les crimes du peintre Caravage ; Goya, le magicien de l’Espagne ; Delacroix ou le paradoxe du romantisme ; Le scandale sacré : le peintre Manet ; Cézanne, le regarde d’un solitaire ; Van Gogh, le prédicateur.