mercredi 11 décembre 2013

A touch of sin


Le voyage de A touch of sin va du nord au sud de la Chine, empruntant tous les moyens de transport possibles : à pied, en train, en camionnette, en mobylette et parfois en avion. Quatre personnages, trois hommes et une femme, d’âge différent mais de condition similaire sont au centre de quatre histoires. Dès l’ouverture du film, Jia Zhang-ke donne le ton : celui de violence. Un ton auquel il ne nous avait pas habitués, c’est le moins que l’on puisse dire. Un camion transportant des tomates renversées, un homme en mobylette qui se fait agresser et qui abat avec son révolver ses trois braqueurs.

Ce ton ne va pas quitter le spectateur, gangrénant chacun des quatre personnages comme une maladie incurable, se la passant dans les courtes scènes de transition où ils se croisent parfois. Dans le petit village de mineurs, où la statue de Mao souriant trône sur la place centrale, c’est Dahai (Jiang Wu), la quarantaine, qui entend dénoncer l’enrichissement personnel du chef du village et du nouveau propriétaire de la mine. Ce dernier se promène en Audi ou en jet privé quand les mineurs crèvent de faim sous la neige.

Plus au sud, Zhou San (Wang Baoqiang) va de ville en ville armé de son révolver (c’est lui qui abat les trois malfrats). Il retourne voir sa femme et son fils puis s’en va braquer un couple qui vient de retirer de l’argent de la banque. Plus loin, Xiaoyu (Zhao Tao) est réceptionniste dans un sauna. Deux clients exigent d’elle des rapports sexuels. Vers Canton, le jeune Hui (Luo Lanshan)  quitte son boulot d’ouvrier pour travailler dans un bordel moderne et sympathise avec une des jeunes femmes. Tout se passe autour du Nouvel An, période de fête à laquelle les quatre personnages ne semblent pas être en mesure de participer.

Chacun des quatre récits se terminera, d’une façon ou d’une autre, dans le sang (celui sur le visage de Dahai, celui qui gicle sur la chemise d’un client de Xiaoyu) ou par une voire plusieurs morts violentes. Jusqu’à présent le cinéma de Jia Zhangke se limitait à montrer des sensations, il montre, dans A touch of sin, des coups de poing sur les corps, plein champ, des claques, des humiliations corporelles. Il n’avait jamais filmé cela comme cela. Chaque scène de violence et de brutalité mêlées sont admirablement chorégraphiées avec un réalisme égal aux scènes de misère. Dans les Cahiers du cinéma, Jia Zhangke annonce que son prochain film sera un film de sabre. A touch of sin prouve qu’il peut faire un grand film.

Le film évoque essentiellement un désenchantement, une colère, un désespoir, qui touchent tous les âges. La statue de Mao dans le village du nord n’est pas filmée par hasard. Les personnages du film ne l’ont jamais connu de son vivant et ce que dit le film est que, depuis la mort du grand timonier, l’argent est le maître de la Chine. L’argent contrôle et achète tout : les hommes du village minier, les prostituées. Il corrompt, fait tomber les promesses du chef de partager les gains. Le film affirme aussi que le travail détruit les gens, comme le montre le funeste destin du jeune Hui, qui passe d’une humiliation à une autre chaque fois qu’il change de travail.

A touch of sin montre une déshumanisation totale. L’homme est réduit au rang de bête sauvage, comme le dit Hadai. Le film expose tout un bestiaire à titre de comparaison : le pauvre cheval battu au fouet par son propriétaire, le serpent qui passe devant Xiaoyu, un extrait de Green snake de Tsui Hark à la télé, des bœufs dans une remorque, des poissons rouges qu’on délivre, un petit singe sur un marchand. Les hommes ne sont souvent pas mieux traités et subissent, en silence, l’injustice à l’image de la pauvre Su San, héroïne malheureuse d’un opéra joué au village, dans les derniers plans du film, qui clame son innocence quand personne ne veut l’entendre. Xiaoyu regarde cet opéra et doit penser qu’elle aussi est une Su San en puissance. Jia Zhangke livre ici son meilleur film à ce jour.

A touch of sin (天注定, Chine – Japon, 2013) Un film de Jia Zhangke avec Jiang Wu, Wang Baoqiang, Zhao Tao, Luo Lan-shan, Zhang Jiayi, Vivien Li Meng.

mardi 10 décembre 2013

Tales from the dark 2


Après Tales from the dark 1, les fantômes reviennent hanter les vivants dans Tales from the dark 2. Trois courtes histoires réalisées par trois cinéastes. Gordon Chan se charge de la première partie, la moins aboutie et la moins inspirée. Hong (Lam Ka-tung) et Ching (Fala Chen) forment un couple aisé dont la routine va être brisée par la jalousie de Ching. Cette dernière espionne le téléphone de son mari. Il s’en aperçoit, demande des explications. Elle lui demande à son tour pourquoi il est resté en contact avec son ex. Elle crie et casse des objets provoquant le départ de Hong.

Assistante médicale, Ching perd le sommeil depuis le départ de son homme. Sa collègue et son patron comprennent que ça ne va pas. Insomniaque, elle se goinfre de somnifères mais ne parvient pas à dormir jusqu’à l’achat d’un oreiller parfumé qui l’emmène dans un monde de rêves (filmée dans un flou vaporeux) où Hong s’avère plus amoureux d’elle que jamais. Pour Ching, c’est le début d’une plongée dans un univers de songes érotiques (nombreuses scènes de lit) qu’elle va préférer à sa vie éveillée. Les scènes oniriques alternent avec des révélations sur Hong, donnant des explications plutôt que rester dans un suspense haletant.

Hide and seek (cache-cache) joue au contraire sur le schéma classique mettant en scène des jeunes gens qui partent s’amuser tous ensemble et qui vont être confrontés à une bande de fantômes qui va chercher à les décimer. Huit amis, âgés d’environ vingt ans, décident de visiter leur ancienne école qui doit être démolie dans quelques jours. Le bâtiment est vétuste, les livres trainent sur le sol, l’obscurité est accentuée par l’absence d’électricité. Ils décident de jouer à un jeu qu’ils jugent innocent : chasser les fantômes. Ils tirent au sort qui jouera au fantôme et qui sera le chasseur.

Ils ont beau avoir été prévenus du danger par un vieil homme qui semble habiter là, qui les a suppliés de partir avant la nuit, les huit amis continuent leur jeu. Ils ne remarquent pas une peinture murale où des écoliers sont dessinés, ils auraient dû, car ces écoliers sont des fantômes qui viennent chasser les huit amis dirigés par un professeur disparu depuis longtemps. Le film joue à fond la carte de la pénombre, du personnage qui surgit, des bruits suspects pour faire sursauter le spectateur. Rien de bien nouveau dans le domaine de l’effroi mais c’est efficace et plutôt amusant.

Le dernier film, Black umbrella tourné par Teddy Robin avec lui-même dans le premier rôle est le plus mystérieux, donc le plus intéressant. Teddy Robin, costumes trois pièces, cravate et grosses lunettes, se promène à Hong Kong avec un parapluie noir à la main qui lui sert de canne. A chaque coin de rue, il aide les gens à ne pas mourir. Ici, une vieille femme qui traverse trop vite une rue, là un chauffeur qui est menacé par un voleur, plus loin un joueur qui se fait bastonner par un membre des triades. Enfin, il rencontre une jeune femme (Aliza Mo) qui se promène seule dans les rues désertées de Hong Kong.

Ces rencontres, au fur et à mesure du récit, semblent de moins en moins dues au hasard, comme si l’homme au parapluie noir avait prévu d’être là, comme si c’était son destin. Il s’adresse toujours aux personnes sauvées avec un petit proverbe puis repart plus loin. Les 25 minutes de Black umbrella composent le meilleur de Tales from the dark 2, notamment son finale où aucune réelle explication sur l’origine et la finalité de l’homme au parapluie noire. Le film de Teddy Robin ne fait pas à proprement peur mais il laisse dans une perplexité sourde et un plaisir de spectateur qu’aucun des autres courts-métrages des deux films ne procuraient à ce niveau.

Tales from the dark 2 (李碧華鬼魅系列-奇幻夜, Hong Kong, 2013) Un film de Gordon Chan, Lawrence Ah Mon et Teddy Robin. 1. Pillow avec avec Fala Chen, Lam Ka-tung, Tony Ho, Joman Chiang. 2. Hide and seek avec Chan FatKuk, Sham Ka-ki, Kiki Tam, Pam Cheung, Ronny Yuen, Tong Kit-leung, Yatho Wong, Jaqueline Chan, Eric Leung, Lai Hon-chi, Lam Suk-ching. 3. Black umbrella avec Teddy Robin, Aliza Mo, Kelvin Kwan, Cheung Kwok-keung, Vincent Wan, Lana Wong, Yick Tin-hung, Ho Ka-wah, Law Chi-sing.

Sorties à Hong Kong (décembre 2013) When C goes to G7


When C goes to G7 (C遇上G7, Hong Kong, 2013) Un film de Lawrence Kan avec Carlos Chan, Yukilovey, Anjayliya Chan, Roy Chow. 84 minutes. Classé Catégorie I. Sortie à Hong Kong : 10 décembre 2013.

lundi 9 décembre 2013

Always : Sunset on Third Street 2


Le printemps 1959 à Tokyo. Dans la troisième rue qui sert de décor à Always : Sunset on Third Street 2, la vie aurait pu continuer bien tranquillement. Mais il n’en est rien. A la radio, un message d’alerte est lancé à la population. Godzilla attaque Tokyo et détruit tout sur son passage. Madame Tomoe Suzuki (Hiroko Yakushimaru) ramasse quelques affaires pour le départ puis appelle son fils Ippei (Kazuki Koshimizu) et Mutsuko (Maki Horikita) leur apprentie pour s’enfuir. Ils doivent rejoindre Suzuki « Auto » (Shinichi Tsutsumi), le mari qui arrive à toute vitesse dans sa voiture trois roues et enrage que son garage ait été détruit par Godzilla.

Cette formidable ouverture du film parodiant les kaiju eiga très à la mode en ces années où vivent les personnages est particulièrement jouissive pour le spectateur. Mais il ne s’agit que d’une vue de l’esprit, celle de l’écrivain fauché et en manque d’inspiration Ryunosuke Chagawa (Hidetaka Yoshioka). Il tente d’écrire une histoire qui pourrait lui rapprter de l’argent. Et cet argent, il en a besoin pour nourrir et élever Junnosuke (Kenta Suga). Il a la garde du jeune garçon qui est très attaché à lui mais que son tuteur légal souhaiterait reprendre pour lui donner une meilleure éducation. Chagawa est toujours aussi paumé, avançant titubant sur ses soques, la coiffure en pétard.

Dans le garage Suzuki qui fait fasse à la modeste maison de l’écrivain, la famille s’apprête à accueillir la petite Mika, la fille d’un parent dont l’entreprise a fait faillite. Elle a le même âge qu’Ippei mais très vite, les deux enfants se chamaillent. Ippei ne veut pas de cette sœur d’adoption et Mika est une enfant pourrie gâtée qui se plaint de tout, critique toute le monde et refuse les mets trop pauvres selon ses goûts. Le film fait la part belle aux personnages des enfants. Ippei et Mika vont apprendre à se connaitre. Le garçon va être à l’écoute des autres et la fillette va aider sa nouvelle mère dans les tâches ménagères. Quant à Junnosuke, il sacrifie son repas à la cantine pour payer les dettes de Chagawa. L’enfant est bien adulte que son tuteur.

Dans le premier film, Chagawa avait le béguin pour Hiromi (Koyuki) qui l’avait laissé sans nouvelle. Ses voisins apprennent qu’elle est devenue danseuse dans un cabaret. Elle pense ainsi pouvoir gagner sa vie pour s’en sortir et retrouver son prince charmant d’écrivain. Mais l’une de ses plus anciennes collègues, avec un certain cynisme, lui déclare qu’elle ne pourra jamais quitter ce milieu, que cet écrivain ne pourra pas sortir de sa médiocrité et ne gagnera jamais d’argent grâce à la littérature. Hiromi est courtisée par un riche client qui lui promet de l’épouser. Autre histoire d’amour, celle de Mutsuko l’apprentie, toujours pleine d’énergie, retrouve un ami d’enfance pour lequel elle a le béguin.

Film choral aux nombreux personnages, Always : Sunset on Third Street 2 est composé de micro-récits au gré des personnages. Ainsi Ippei et Mika adoptent un chiot trouvé dans un terrain vague. Un escroc se fait passer pour un agent littéraire et convainc Chagawa et ses amis de lui donner de l’argent. Et toujours la petite vieille qui se moque de tout le monde. Le film alterne les moments humoristiques avec les scènes plus dramatiques. Tous les habitants du quartier se mêlent des affaires des autres, écoutant aux portes, donnant des conseils, s’énervant, s’émouvant. Le film parvient chaque fois, malgré une bonne dose de démagogie et de bons sentiments à faire aimer tous ces personnages surgis d’un concentré du Japon de la fin des années 1950.

Always : Sunset on Third Street 2 (ALWAYS 続・三丁目の夕日?, Japon, 2007) Un film de Takashi Yamazaki avec Shinichi Tsutsumi, Maki Horikita, Kazuki Koshimizu, Koyuki, Tomokazu Miura, Masako Motai, Kenta Suga, Hiroko Yakushimaru, Hidetaka Yoshioka.

vendredi 6 décembre 2013

La Légende de Zatoichi 13 : La Vengeance


Première rencontre. Dans un champ aux herbes hautes, Zatoichi (Shintaro Katsu) croise un samouraï. Ils se toisent du regard, ne se disent pas un mot et partent dans des directions opposées. Deuxième rencontre. Toujours dans ces herbes, un homme est assailli par sept mercenaires que Zatoichi tue chacun d’un seul coup de sabre. Cet homme moribond demande au masseur de donner à un certain Taichi une bourse pleine d’argent. Où se trouve-t-il ? Qui est-il ? L’homme meurt avant de répondre.

Zatoichi reprend son chemin et rencontre un prêtre aveugle (Jun Hamamura). Assis devant un arbre, son biwa – une guitare japonaise – en bandoulière, le prêtre semble lire en Zatoichi comme dans un livre ouvert, lui affirme qu’il n’est pas aveugle de naissance et que son ouïe n’est pas assez développé. Le prêtre lui suggère de se rendre avec lui dans un village voisin pour le festival des tambours. Or ce village a la grande chance de ne pas être dominé par un clan yakuza.

Les deux hommes se rendent dans ce village. Zatoichi avec l’argent du défunt paie son repas – copieux – au prêtre, cet argent était sans doute des gains de jeu de hasard. Mais c’est dans ce village que Zatoichi comprend vite que le Taichi en question est un enfant, en l’occurrence le fils du défunt. Zatoichi rencontre sa grand-mère (Kanae Kobayashi) qui se plaint du racket du clan de Gonzo (Kei Satô) qui veut mettre sous sa coupe les commerces qui tentent tant bien que mal de résister, transformer les hôtels et restaurants en bordel ou maison de jeux.

A propos de jeux de hasard, passe-temps favori du masseur aveugle et son gagne-pain le plus simple, jamais Zatoichi n’y joue dans cette treizième aventure. Pas de salle de jeux dans La vengeance et notre héros va justement empêcher Gonzo et sa bande de malfrats d’accomplir son méfait. Pourtant, on dirait que son destin est cette fois entièrement dû aux coups du hasard, à ces rencontres au gré du chemin qui lui dictent d’aller à tel endroit. Le film joue astucieusement des hasards qui n’en sont pas.

Le défunt était donc le père de l’enfant qui va prendre Zatoichi comme modèle et que Gonzo va tenter d’humilier. Ce dernier engage le samouraï des herbes hautes pour éliminer le masseur aveugle. Le samouraï est le fiancé de Cho (Mayumi Ogawa), une tenancière d’un bordel que Gonzo a créé dans le village et qui demande à Zatoichi un massage et pour laquelle il se prend de sympathie. L’enjeu du film est de faire en sorte que Zatoichi reprenne la main, comme si toute son aventure n’était plus qu’un jeu de rôles, défier les rencontres faites au hasard.

Cette aventure cherche à établir un nouveau rapport avec ses personnages qui ne semblent pas connaitre la réputation de Zatoichi. Ainsi, les aubergistes ligués contre Gonzo voyant la lame de son sabre dépasser de la canne pense qu’il est un mercenaire. Le jeune Taichi l’idéalise et Zatoichi doit feindre d’être battu pour que l’adolescent ne s’attache pas à lui, voyageur sans ami ni attache. Le calme tant espéré dans ce village, vanté par un prêtre aveugle qui apparait comme un double négatif, n’est pas encore à l’horizon de Zatoichi.

La légende de Zatoïchi : La Vengeance (座頭市の歌が聞える, Japon, 1966) Un film de Tokuzô Tanaka avec Shintarô Katsu, Shigeru Amachi, Jun Hamamura, Gen Kimura, Kanae Kobayashi, Koichi Mizuhara, Mayumi Ogawa, Kei Satô.

jeudi 5 décembre 2013

Sorties à Hong Kong (décembre 2013) The White storm


The White storm (掃毒, Hong Kong, 2013) Un film de Benny Chan avec Nick Cheung, Lau Ching-wan, Louis Koo, Yuan Quan, Ben Lam, Ken Lo, Lo Hoi-pang, Elanne Kong, Hou Yong, Berg Ng, Wang Zhi-fei, Alex Fong Lik-sun, Vittaya Pansingram, Treechada Petcharat, Helena Law, Xing Yu. 134 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 5 décembre 2013.

Sorties à Hong Kong (décembre 2013) The Four 2


The Four 2 (四大名捕2, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Gordon Chan et Janet Chun avec Anthony Wong, Ronald Cheng, Ngai Sing, Liu Yi-fei, Deng Chao, Ken Lo, Cheng Tai-shen, Lai Xi, Wu Xiubo, Liu Yan, Jiang Yi-yan, Sheren Tang, Wu Ying-jie, Waise Lee, Bao Bei-er, Miao Chi, Michael Tong. 117 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 5 décembre 2013.

mercredi 4 décembre 2013

Sorties en DVD/BluRay de Sex & Zen 3D et La Rivière Tumen


Le film était sorti à Hong Kong avec une rumeur qui enflait et qui est venu jusqu’à la presse française: le grand succès public d’un film érotique en 3D. Il était même prévu que le film sorte en salles en France en septembre 2011. L’annonce suivante était celle d’une sortie DVD par Metropolitan HK Vidéo. C’est désormais chose fait. Sex & zen 3D est là, en DVD et BluRay. Pas de bonus sur la galette, mais la version 3D est disponible avec dans le boîtier des paires de lunettes compatibles sur tous les écrans de TV. Metropolitan sort également aujourd’hui Nameless gangster, polar coréen glauque en costumes des années 1960 à 1990.


Dans un genre bien différent, Spectrum Films poursuit la sortie de films asiatiques fragiles avec La Rivière Tumen de Zhang Lu, l’un des rares films récents qui évoque le problème des frontaliers Nord-coréens. En bonus du DVD, une interview de neuf minutes avec François Quiquéré, le monteur du film, qui évoque sa rencontre avec le cinéaste une fois le projet achevé et la manière envisagé pour redonner une écriture au film à partir uniquement des images, vu qu’il ne parlait pas les langues du film. François Quiquéré a depuis été le monteur de Tip top et Tirez la langue mademoiselle.

mardi 3 décembre 2013

Nameless gangster


Au début des années 1990, le procureur de Busan décide de faire un grand nettoyage sur la mafia de Pusan. Il fait arrêter Choi Ik-hyeon (Choi Min-sik) qu’il soupçonne d’être le parrain local le plus important. Avec sa bonne tête de premier de la classe, bonnes joues, grosses lunettes, le procureur Jo Beom-soek (Kwak Do-won) ne laisse aucun choix à Choi : celui devra confesser par écrit tout depuis le début, ce qui permet à Nameless gangster de lancer facilement le fash-back sur l’histoire de son personnage principal.

Retour au milieu des années 1960 avec les débuts de Choi Ik-hyeon. Il est un simple douanier, petit fonctionnaire qui a pris l’habitude de se servir dans les containers pour arrondir ses fins de mois et donner un peu de confort à sa femme et ses trois enfants. Il se contente de minuscules trafics. Tout s’arrête quand leur chef le surprend avec ses acolytes. Parce qu’il est celui qui a la plus petite famille à nourrir, c’est Choi qui paye pour les autres, bouc émissaire facile.

Roublard, fort en gueule et sûr de lui, Choi continue seul son trafic et, quand il trouve un kilo d’héroïne, n’hésite pas à faire appel à un clan de gangster pour l’écouler. L’homme qu’il va rencontrer est Choi Hyeong-bae (Ha Jeong-woo), au physique totalement opposé de celui de Choi Ik-heyon : petite moustache, joli costume sur un corps svelte et tatouage sur tout le torse. Hyeong-bae est une gravure de mode quand Ik-hyeon est l’incarnation de la vulgarité. L’homme bouscule les conventions des mafieux.

En début de film, on sait déjà que Choi Ik-heyon est au sommet du pouvoir, ou tout du moins lui et le procureur le croient. Nameless gangster adopte le schéma scénaristique classique de l’accession au pouvoir, de son usage puis de la chute. Chaque fois, Choi cherche la faille qui lui permettra de terrasser son adversaire. Ainsi quand il rencontre Hyeong-bae, il se rend compte qu’ils font partie de la même famille et qu’en tant que grand-oncle, Ik-hyeon peut user de son ascendance comme pouvoir suprême et des ses relations pour échapper à la justice.

Toute une galerie de personnages viendra habiter le récit de Nameless gangster. Le beau-frère de Choi Ik-heyon, champion de taekwondo mais particulièrement peureux. Park, le bras droit de Hyeon-bae qui surveille son maître avec de longs regards langoureux. Kim Pan-ho (Jo Jin-woong), l’ennemi des Choi qui va devenir leur allié pour mieux les trahir. Les personnages féminins sont en revanche particulièrement pauvres : la directrice Yeo (Kim Hye-eun) propriétaire de la boite de nuit que les Choi vont exploiter et l’épouse de Yeong-bae (Kim Yeong-seon) que l’on ne verra qu’en tout début de film.

Plus que son son scénraio balisé, c’est bien entendu Choi Min-sik qui est l’attraction majeure du film, surpassant tous les autres acteurs avec ses modulations de voix, ses brusques changements de ton et sa voix grave qui étouffe un ricanement. L’idée la plus intéressante de Nameless gangster est de la faire renoncer à la violence physique, seuls les autres personnages donnent des coups, filmés plein cadre et complaisamment. L’arme secrète de Choi, c’est le combat psychologique, une arme que ne maitrisent pas ces abrutis de mafieux.

Nameless gangster (범죄와의 전쟁 : 나쁜놈들 전성시대, Corée, 2011) Un film de Yoon Jong-bin avec Choi Min-sik, Ha Jeong-woo, Jo Jin-woong, Ma Dong-seok, Kwak Do-won, Kim Seong-gyoon, Kim Jong-soo, Kim Jong-goo, Kwon Tae-won, Kim Hye-eun, Kim Yeong-seon, Song Yeong-chang,

dimanche 1 décembre 2013

The Musical singer


La star de la cantopop Jannie Fong (Anita Mui) annonce à son manager James Wong (James Wong, le compositeur attitré des musiques des films de Tsui Hark) qu’elle le quitte pour signer dans une nouvelle maison de disque. James le prend très mal car il avait découvert Jannie et, ensemble, ils avaient fait fortune. Le contrat qui les liait était amical. Pour se venger, il décide de monter de toute pièce la carrière d’un nouveau chanteur qu’il choisit au hasard.

Cette future star sera Russell (Russell Wong, ici dans son premier film, a travaillé pour la télévision américaine et accessoirement, est le frère de Michael Fitzgerald Wong). Russell a d’abord été engagé comme danseur pour le dernier show de Jannie. Russell donne des cours de danse à des petites filles en tutus roses mais il se voit déjà en haut de l’affiche alors qu’il n’a jamais chanté devant un public. Russell possède un joli sourire et un physique avantageux.

Il refuse d’abord de chanter, pensant avoir une voix médiocre, puis se prend au jeu. Son manager, James Wong, comprend vite que l’absence de modestie de Russell risque de lui jouer de mauvais tours. Russell veut tout, tout de suite. Il va calmer ses ambitions et lui faire ravaler sa fierté en le faisant chanter dans une salle de mahjong avec des clients bruyants qui le huent copieusement. James profite de la naïveté de Russell pour exploiter ses talents, comme il l’avait fait auparavant avec Jannie.

Gentil garçon, Russell se laisse d’abord faire avant de prendre les choses en main quand il comprend que James n’a plus d’argent pour financer un album et produire un concert. Le départ de Jannie l’a mis sur la paille. Russell s’était juré de ne jamais demandé de l’aide à son père (Roy Chiao), parrain local de triades qui a abandonné son épouse, la laissant élever seule Russell avec abnégation. Le père donnera de l’argent, tout heureux de pouvoir aider son fils prodigue.

Les soucis d’argent sont résolus, mais les problèmes de cœur commencent. Contre toute attente, The Musical singer ne crée pas de romance entre Jannie et Russell. Car ce dernier a une petite amie, Dionne (Cher Yeung). Ils sont très amoureux l’un de l’autre. Le souci ici est double : une star de la chanson ne peut pas avoir de petite amie car il appartient à son public, c’est en tout cas comme cela que James conçoit la carrière de son nouveau protégé. Or Dionne se retrouve enceinte.

L’autre petit couac dans la vie amoureuse de Russell et Dionne, c’est tout simplement la famille de Dionne, famille assez monstrueuse mais éminemment comique où tout le monde se dispute avec son voisin, où le père file des torgnoles à son fiston, où la grand-mère fait régner la terreur pendant que les oncles et tantes disent du mal de tout le monde. Tous sont caricaturés à l’extrême avec bonheur. L’univers de la cantopop est un paradis à côté de cette famille.

Le scénario de The Musical singer est un peu décousu et il est surtout cousu de fil blanc. La séquence finale voit tout le monde se réconcilier avec une certaine émotion. Cette comédie romantique fait souvent sourire parfois à ses dépends notamment grâce aux costumes de scène de Russell (ah les tenues aux couleurs flashy des années 1980). On y entend aussi plusieurs chansons de cantopop plutôt bien écrites (mention spéciale à celle du duo Anita Mui et Russell Wong).

The Musical singer (歌舞昇平, Hong Kong, 1985) Un film de Dennis Yu avec Russell Wong, Anita Mui, James Wong, Roy Chiao, Cher Yeung, Lee Heung-kam, Geung Chung-ping, Cheng Mang-ha, Tin Ching, Wong Man, Chun Wong, Cheng Siu-ping, Yu Miu-lin, Mui Lan, Tanny Tien, Gigi Wong, Angela Chan.