mardi 16 octobre 2007

Contract lover


Quand la Chine se met à la comédie, ce n’est pas forcément dans la plus grande finesse. Alfred Cheung signe Contract lover un vaudeville comme en faisait en masse il y a quinze ans à Hong Kong, la grande époque de Clifton Ko. Depuis Pang Ho-cheung a dépoussiéré le genre, mais apparemment, Cheung s’en moque.

Fat (Richie Ren) est un homme d’affaires de Shanghai. Sa fiancée est une fille délurée qu’il n’ose pas présenter à ses parents, des Chinois qui admirent la tradition. Maître Fok (Yuen Wah), le père de Fat, est la sifu d’une école d’arts martiaux. Il est strict dans la discipline (voir la scène de fouet d’un de ses mauvais élèves) et s’habille en costume traditionnel : c’est tout dire.

Fat a alors une idée brillante : faire passer un casting à des jeunes filles peu recommandables. Choisir la pire, la présenter à ses parents. Elle fera plein de bêtises choquantes, les parents seront révoltés. Ensuite, Fat pourra présenter sa vraie fiancée qui paraîtra très acceptable. Je sais, c’est un plan tordu mais que ne faut-il pas faire pour nous faire rire ?

Fat et sa fiancée choisissent Joe (Fan Bing-bing) qui adore faire de la danse autour d’une barre comme dans les boîtes de strip-tease. Oh ! que c’est dégoûtant pour des Chinois de la campagne. Ni une, ni deux, Fat et Joe partent chez les parents. Bizarrement, Alex (Ian Powers, vu dans Le Maître d’armes se battre contre Jet Li, le film y fait référence) le meilleur ami de Fat les accompagne. Aucune cohérence scénaristique là-dedans, si ce n’est pour faire avancer l’histoire car Alex est homo. Bien sûr, c’est un homo sans mec, un homo célibataire et évidemment un occidental car tout le monde le sait en Chine populaire, il n’y a pas d’homos chinois.

Voilà le trio chez les parents et c’est parti pour les conneries que ne va pas manquer de faire Joe. En vérité, tout est très gentil. Elle donne des conseils de beauté à sa future belle-mère, elle danse devant les élèves de son futur beau-père, elle brise le sceptre sacré de l’école. On se marre. Elle fait des bêtises, mais les parents pardonnent tout. Le plan initial est un échec.

Alex est un personnage plus intéressant bien qu’ingrat. La belle sœur de Fat est attirée par lui. Le mari est jaloux mais Alex le trouve bien à son goût. Ce qui donne droit à deux scènes homoérotiques bien foutues : Alex masse le torse musclé du monsieur, puis ils s’affrontent dans un petit combat et Alex le prend dans ses bras.

On s’en doute, Fat comprendra un peu tard que Joe est la femme de sa vie et tout s’achève dans une fin bâclée où ils se retrouvent un an plus tard. Contract lover se laisse regarder avec un certain plaisir, quelques gags sont assez drôles mais tout est dû aux acteurs qui en font des tonnes.

Contract lover (合约情人, Chine Hong Kong, 2007) Un film d’Alfred Cheung avec Richie Ren, Fan Bing-bing, Yuen Wah, Ian Powers, Kate Tsui, Alfred Cheung.

lundi 15 octobre 2007

A battle of wits


A priori, un film épique coproduit par Hong Kong, la Chine, la Corée et le Japon ne laisse pas grand espoir de qualité : les productions internationales doivent ratisser large et satisfaire tous les publics. Il s’agit toujours d’édulcorer pour fédérer. A battle of wits n’échappe pas à la règle et s’avère décevant. Académique, le film l’est.

Jacob Cheung et son équipe usent et abusent de beaux mouvements d’appareils (pas un plan sans travelling dans tous les sens, à gauche, à droite, en haut, en bas, à la louma ou sur les rails). Très bien mais pour filmer quoi ? Andy Lau en superstar qui vient sauver par ses conseils une ville état face aux assauts d’un royaume bien plus important. Fin stratège, il tente de ménager la chèvre et le chou, il est plus rusé que tout le monde pour parvenir à ses fins.

A ceux qui voudraient y voir une métaphore de la situation de Hong Kong face la Chine, je leur réponds que A battle of wits est un curieux mélange de Tsui Hark (un certain sens du réalisme notamment pour la grisaille ambiante des décors et costumes) mais sans la rage et de Zhang Yimou (une grandiloquence constante) mais sans les effets spéciaux pourris – sauf pour une scène où l’armée Zhao se déploit et une autre où un cheval prend feu.

Sinon, A battle of wits est ennuyeux parce que trop long, trop sentimental, trop gnangnan. L’exemple même du film qui n’a rien à défendre si ce n’est sa star Andy Lau qui joue au milieu d’acteurs de séries télés.

A battle of wits (墨攻, Hong Kong - Chine - Corée - Japon, 2006) Un film de Jacob Cheung avec Andy Lau

vendredi 12 octobre 2007

La Forêt de Mogari


Les films de la cinéaste Naomi Kawase ne sont pas faciles. Quatre ans après Shara, elle reçoit pour La Forêt de Mogari un prix du Jury au Festival de Cannes 2007. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les jurés cannois n’ont pas franchement fait dans la gaudriole cette année. Après 4 mois 3 semaine et 2 jours et avant le mexicain Stellet licht, j’ai vraiment l’impression que ces gens ont envie de défendre la sinistrose ambiante.

Le scénario de La Forêt de Mogari se résume en trois lignes à peine. Machiko (Machiko Ono) se rend dans une maison de retraite pour s’occuper de Monsieur Shigeki (Shigeki Uda). Lors d’un voyage en voiture, Machiko a un accident. Partie chercher de l’aide, Shigeki en profite pour quitter les lieux. Elle le retrouve, il veut aller au milieu de la forêt.

Chacun a un deuil à effectuer. Elle son fils, lui son épouse. Shigeki perd un peu la tête, fait des caprices : certains scènes dans la maison de retraite sont à ce titre assez drôles puisqu’il fait tourner en bourrique le personnel. C’est dans cette idée d’un vieillard qui retombe en enfance que va se lover cette histoire. Machiko va devenir mère à nouveau.

Derrière le deuil, c’est l’idée de la solitude qui recouvre le film. La solitude de la forêt, celle de l’enfance où les peurs primaires. Et il faut avoir un certain culot pour filmer en cinémascope, format horizontal par excellence) des grands arbres (format vertical). Qui plus est en caméra à l’épaule, comme l’était déjà Shara. Cela accentue encore l’étrangeté de cette forêt.

La durée du film est celle de l’action, ou peu s’en faut. L’égarement dans la forêt est donc vu d’un point de vue documentaire avec une volonté de faire entendre plus que de voir. Car petit à petit, la nuit tombe. Mais les sons se font plus présents : craquement, eau des rus, oiseaux. C’est d’autant plus la panique pour Machiko que le vieux têtu ne veut pas renoncer à son périple initiatique, qui évoque la légende du Narayama. Mais sur le mode inversé.

On est tout à fait en droit de trouver ce film bouleversant, d’y voir un récit zen, un grand film sur le deuil. Bref, on peut y voir un grand film extatique et contemplatif. Sans snobisme, on peut aussi le trouver tout à fait conforme à l’idéologie du cinéma d’auteur contemporain, tel que l’envisagent aussi Jia Zhangke, Apichatpong Weerasethakul, Hong Sang-soo. Pour trouver de l’émotion, faut vraiment la vouloir.

La Forêt de Mogari (殯の森, Japon, 2007) Un film de Naomi Kawase avec Machiko Ono et Shigeki Uda

jeudi 11 octobre 2007

Le Maître d'armes


Après Wong Fei-hung dans la série des Il était une fois en Chine de Tsui Hark ou pour Wong Jing (Claws of steel), après Fong Sai-yuk, films tournés par Corey Yuen, Jet li endoss le costume de Huo Yuan-jia. L'homme vécut au début du 20ème siècle et fonda en 1910 l'école d'art martial Jing Wu : " Corps, Esprit, Moralité " était sa devise. Certes ce personnage, inspiré de faits réels comme l'on dit, a eu moins d'influence et de prestige que les deux précédents, mais choisir ce rôle permet à la star de s'excuser d'avoir quitté la terre qui l'a tant aimé.

Car bien entendu, le récit des aventures de Huo Yuan-jia est exemplaire. Récit composé du schéma classique : apprentissage, grandeur, décadence et rédemption. En effet, un beau résumé de la carrière de Jet Li. Il n'apparaît donc pas anecdotique d'avoir choisi ce rôle. Il n'est pas non plus anodin que derrière la caméra Ronny Yu le dirige. Lui aussi a connu Hollywood et ses films de série B (ah ! quel bonheur que Freddy contre Jason), lui aussi a connu son plus grand succè avec un wu xia pian, le très beau Bride with white hair. Le Maître d'armes est sorti début février 2006 à Hong Kong et a été un grand succès populaire.

Le récit du Maître d'armes est en forme de flash-back, au moins dans la version de Hong Kong. Nous sommes en 1910 à Shanghai quand les pays occidentaux commencent à occuper le littoral chinois en vue d'exploiter le pays à leur profit. Ici, on retrouve l'opposition entre l'Orient et l'Occident, la même que celle que développait Tsui Hark dans Il était une fois en Chine. Huo Yuan-jia s'apprête à livrer une série de combats contre des boxeurs étrangers : un Belge, un Allemand, un Anglais et un Japonais. Dès la fin du combat, on revient dans l'enfance de Huo Yuan-jia.

Qu'est-ce qui fait que Huo a envie de gagner ? Son père est un grand artiste martial. Enfant, il l'admirait lorsqu'il livrait combat. Lui-même jure, un jour où il essaie de se battre comme son père, de ne jamais être battu par quiconque. Tel est le fondement de sa doctrine avant qu'il ne trouve la sagesse. L'ambition de Huo est grande et il accepte les défis de tous. Et bat tout le monde. Petit à petit, sa réputation grandit. Des disciples viennent rejoindre ses rangs. Mais pris dans un engrenage de grande prétention, il se persuade que ces disciples sont ses amis alors qu'ils ne veulent que manger et boire à l'œil.

Tout ne se passe pas comme Huo Yuan-jia le souhaitait. Il défie Maître Qin par pure arrogance et le tue. Se rendant compte des vraies raisons pour lesquelles il a défié Qin, Huo décide de s'exiler pour se repentir. Il va apprendre à vivre simplement, et aussi à apprendre des autres, lui qui s'est toujours donné comme but d'être le meilleur doit recommencer à zéro, à la base, être modeste. Dans cet exil campagnard, Huo Yuan-jia fait la connaissance d'une femme aveugle qui le remet dans le droit chemin, lui qui est veuf et qui a perdu sa fille.

Le Maître d'armes est pavé de bonnes intentions et de bons sentiments qui devraient, a priori, être assez rebutants. Jet Li a aujourd'hui 43 ans et nous apparaît un peu bouffi. Quoi qu'il en soit, il a quinze de plus que le personnage qu'il incarne. Mais, s'il y a bien quelque chose qu'on ne peut pas retirer à Jet Li c'est sa capacité à se battre et à faire du kung-fu. Ça tombe bien parce que Le Maître d'armes regorge de combats excellemment chorégraphié par Yuen Woo-ping. Certes, les effets spéciaux et la mise en scène nerveuse de Ronny Yu aident à l'efficacité mais il ne faudrait pas nier son plaisir et saluer le retour de Jet Li dans le cinéma pour lequel on l'apprécie depuis déjà vingt ans.

Le Maître d’armes (霍元甲, Fearless, Hong Kong - Chine - Etats-Unis, 2006) Un film de Ronny Yu avec Jet Li, Li Sun, Collin Chou, Ian Powers, Shido Nakamura, Yong Dong, chorégraphie des combats de Yuen Woo-ping

Sorties à Hong Kong (octobre 2007)

The Drummer ()
(Hong Kong – Taiwan) Un film de Kenneth Bi avec Jaycee Chan, Tony Leung Ka-fai, Angelica Lee, Roy Cheung, Kenneth Tsang, Josie Ho, Liu Ruo-yu, Huang Chih-chun et U theatre. 100 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 11 octobre 2007.
Site officiel : cliquer ici






mercredi 10 octobre 2007

Jours d'hiver


En 2003, Imagica et la Dentsu produisait Jours d’hiver, un film adapté des 7 livres de Bashô, un renku. Je ne vais pas faire le malin en disant que je suis un spécialiste du renku. Je crois savoir que c’est un recueil de haïkus composés par plusieurs auteurs. Le premier est écrit par un maître du genre et les suivants par d’autres poètes. Chaque haïku commence par le mot qui termine le précédent.

Le film Jours d’hiver est composé de 36 courts métrages d’une durée totale d’environ 40 minutes qui illustrent ce renku. Le premier est réalisé par Youri Norstein, animateur russe qui eu son heure de gloire dans les années 1960. Il y a peu de noms connus du grand public dans les autres animateurs.

On trouve différents styles d’animation. Pâte à modeler, dessin, papier découpé, 3D. Certains sont poétiques, d’autres réalistes, d’autres naïfs, d’autres encore triviaux, de quoi satisfaire à peu près tout le monde. Aucun ne sort réellement du lot, comme bloqués par une poésie assez complexe voire hermétique.

Passée la vision de cette anthologie, Jours d’hiver continue par des entretiens avec chacun des animateurs qui ont contribué à l’ensemble. Un making of géant qui tente d’expliquer les choix faits par chacun. Dans la version française raccourcie on ne trouve pas même la moitié des réalisateurs (un peu plus de 30 minutes coupées). Les Films du paradoxe, distributeur français du film, a décidé d’en faire un outil pédagogique expliquant les diverses animations existantes et la portée du renku dans la poésie japonaise. On reste sur sa faim sur tous les points de vue passées les 63 minutes de projection. Mais au moins, je connais l’existence du renku maintenant.

Jours d’hiver (冬の日, Japon, 2003 – version française courte, 2006) Un film produit par Tatsuo Shimamura réalisé respectivement par Youri Norstein, Kihachiro Kawamoto, Fumio Ooi, Tatsuhiro Nomura, Shinichi Suzuki, Hal Fukushima, Takuya Ishida, Raoul Servais, Noriko Morita, Tatsuo Shimamura, Kotabe & Okuyama, Anleksandr Petrov, Maya Yoneshyo, Yoji Kuri, Urumadelvi, Seiichi Hayashi, Azuru Isshiki, Bretislav Pojar, Katsushi Bowda, Mashiro Katayama, Mark Baker, Yuichi Ito, Keita Kurosaka, Reiko Yokosuka, Yuko Asano, IKIF, Wang Bai-rong, Isao Takahata, Norio Hikone, Masaaki Mori, Taku Furukawa, Co Hoedeman, Jacques Drouin, Fusako Yasuki, Koji Yamamura

mardi 9 octobre 2007

Dancing lion


C’est étonnant que, juste après The Lady Iron Chef, une autre comédie cantonaise exprime la différence entre les traditions du Sud et celles du Nord. Là la cuisine, ici dans Dancing lion, les défilés dansés. Mais Francis Ng et Marco Mak, réalisateurs du film, y ajoutent aussi l’occidentalisation à Hong Kong.

Fai (Francis Ng) et Nine (Lam Tze-chung) travaillent pour une grosse boîte. Suite à des difficultés financières, ils se retrouvent sans boulot. Que vont-ils bien pouvoir faire ? Ils sont incompétents pour tout. L’Oncle Jiang (Anthony Wong) leur suggère d’apprendre la danse du lion. Ce qu’ils font.

Ils n’ont pas grand succès mais un évènement va les mettre devant les médias : un ponte local appelle la police parce qu’ils font trop de bruit. Les gens qui assistent à leur danse protestent. Font-ils de l’art de rue ou mendient-ils ? Oui, ils font de l’art et rapidement l’engouement pour la danse du lion prend toute la population.

Madame Chang (Teresa Mo), restauratrice radine comme pas deux (elle préfère utiliser du charbon pour chauffer les fondues plutôt que l’électricité), lance des opérations autour de la danse du lion : voiture de mariages, perruques, lait de lion, cours de danse, sonnerie de téléphone avec les tambours et cymbales. La fortune arrive.

Mais trop de lions tuent la danse. Et ce qui est à la mode dérange désormais les gens. Tout le monde s’est mis à la pratiquer et la danse fait trop de bruit : les enfants ne peuvent plus dormir. En plus Madame Chan, qui est aussi la sœur de Fai, lui a piqué son fric, en bonne radine qu’elle est. S’ajoute à cela, des Chinois du continent qui viennent profiter du marché.

Dancing lion n’est pas une critique du libéralisme, loin s’en faut. Mais il exprime que l’argent rend fou. L’arrivée des Chinois sur l’archipel est vue comme un envahissement, même si tout se résout à l’amiable.

Dancing lion vaut surtout pour ses acteurs. Francis Ng est habillé comme un rappeur. Casquette, survêt, boucle d’oreille en diams, grosse chaîne autour du cou. Il n’arrête pas de bouger les bras quand il parle comme une star de RnB et se déplace avec la démarche d’un mec de la West Coast.

Anthony Wong campe un personnage tout ancré dans la tradition. Il prétend avoir 73 ans. Il parle comme dans un film de kung-fu et se lance même parfois dans la chanson. Bonnes idées.

Teresa Mo en baratineuse est délicieuse de mauvaise foi. Elle vendrait des congélateurs aux eskimos. Son retour sur le devant de la scène est une bonne nouvelle.

En revanche, l’idylle entre Lam Tze-chung et Gia Lin (qui joue le rôle de Pik, la fille de Madame Chang) est un anecdotique. Elle semble posée là comme une convention, même si elle ose un gag sur une éventuelle homosexualité du personnage de Fai.

Dancing lion est souvent filmé comme un dessin animé. Il est à peu près impossible de raconter les nombreux gags, souvent très drôles, parfois scatos, qui peuplent le film. Francis Ng semble s’être amusé comme un fou pour tourner son film, le plus cool de l'année 2007, comme le montre le générique de fin, d’habitude composé d’un bêtisier et où les acteurs se mettent en abîme.

Les danses de lion sont pas mal bien que filmées comme des clips.

Dancing lion (醒獅, Hong Kong, 2007) Un film de Francis Ng et Marco Mak avec Francis Ng, Lam Tze-chung, Anthony Wong, Teresa Mo, Gia Lin, Lam Suet.

lundi 8 octobre 2007

Bishonen


C’est probablement grâce au succès et à l’aura internationale de Happy together que Yonfan, photographe de profession, a pu tourné Bishonen. Traiter ouvertement de l’homosexualité, sans en faire une bouffonnerie, est assez rare à Hong Kong.

C’est dans le milieu de la prostitution masculine que Yonfan choisit de faire se dérouler Bishonen. On y suit la vie de Jet (Stephen Fung) qui travaille au bar à putes SM Bay que tient Tsu (Cheung Tat-ming). Mais c’est dans la rue qu’il remarque Sam (Daniel Wu) dont il va immédiatement tomber amoureux.

Sam est flic. Il vit dans un petit appartement mais va régulièrement manger chez ses parents. Il invite de plus en plus souvent Jet qui apprécie beaucoup les plats de la maman de son nouvel ami.

Mais Jet n’arrive pas à coucher avec Sam. Chaque fois, il se contente de la raccompagner chez lui et s’en va devant la porte d’entrée. Il ne va pas plus loin que la stricte amitié, ce qui désespère Jet qui va poser quelques questions à Kana (Shu Qi), la meilleure amie de Sam, par ailleurs lesbienne. Mais, elle ne dit rien. Sam reste mystérieux pour Jet.

Jet a pour colocataire Ching (Jason Tsang), qui est, lui aussi, un prostitué. Moins sexy que son comparse il doit souvent satisfaire de vieux messieurs. Un jour, Ching croise Sam dans la rue et croit reconnaître Fai, son premier amour. Mais Sam dément et, en tant que policier, demande vertement ses papiers à Ching.

Sam et Fai ne sont qu’un. A 18 ans, il travaillait dans la même boîte que Ching et sont sortis ensemble. Jusqu’à ce que Sam rencontre KS (Terence Yin), un jeune gars arrogant dont l’ambition est de devenir chanteur de cantopop. Ici, est cité implicitement Leslie Cheung. On voit dans une scène KS signer des autographes à des adolescentes, tandis qu’il regarde langoureusement Sam.

Sam a trompé Ching et s’en est toujours voulu, même si son histoire d’amour et de cul avec KS lui a procuré beaucoup de bonheur. Mais pour aider KS à accomplir son rêve, il a obligé Ching à commencer la prostitution. Sam s’en est toujours voulu. Il a décidé de rester chaste et sage. Mais il est très amoureux de Jet.

Pour aider le spectateur à mieux démêler les fils de son récit, Yonfan a demandé à Brigitte Lin (qui avait abandonné le cinéma quatre ans plus tôt) de faire une voix off qui explicite certains sentiments des protagonistes. Ce qui fait parfois doublon avec les expressions des acteurs.

A l’époque, Daniel Wu, Terence Yin et Stephen Fung, qui avaient 24 ans chacun, débutaient au cinéma. Ils n’étaient pas encore connus et il est difficile de parler de courage pour jouer des homos. Ils ne l’ont plus jamais fait depuis qu’ils sont des stars. On connaît la difficulté qu’ont les acteurs hongkongais à interpréter des gays, comme l’avait dit Tony Leung au moment de Happy together.

Yonfan, par ailleurs lui-même homo, filme avec beaucoup de délice ses acteurs. Comme il y a pas mal de scènes d’amour entre les garçons, ils apparaissent souvent torse nu ou en simple slip blanc. Yonfan inclus aussi un photographe, appelé Gucci ou Auntie (Joe Junior) qui adore prendre des clichés de ces jeunes gens en costume de flic, qu’il fait se déshabiller ensuite. Il paraît que ces scènes sont tirées d’un fait divers qui a fait scandale à Hong Kong.

Pour en revenir aux acteurs, ils sont assez convaincants même si jamais, ils ne s’embrassent vraiment sur la bouche. Le sourire de Terence Yin est ravageur. Daniel Wu est aussi sexy en costume de salaryman que dans celui de policier. Quand il est torse nu, il illumine l’écran. Et évidemment, quand tous les deux prennent une douche ensemble, Yonfan tient une scène d’anthologie.

Bishonen est évidemment un ode à la beauté masculine. On a parfois un peu l’impression de feuilleter Têtu version Hong Kong. Du coup, le film manque singulièrement de réalisme : trop de hasard, trop d’imagerie papier glacé. En revanche, l’homosexualité, bien que montrée dans une vision doloriste, est décrite de manière positive.

Bishonen (美少年之戀, Hong Kong, 1998) Un film de Yonfan avec Daniel Wu, Stephen Fung, Terence Yin, Jason Tsang, Shu Qi, Cheung Tat-ming, Kenneth Tsang, Chiao Chiao, Joe Junior et la voix de Brigitte Lin

dimanche 7 octobre 2007

Operation Pink Squad II


Le mélange des genres peut produire des films magnifiques comme l’a montré un bon nombre de films avec Stephen Chow. Jeff Lau, six ans avant Out of the dark, ratait déjà Operation Pink Squad II. Film policier, ghost comedy, vaudeville marital, Operation Pink Squad II est tout cela à la fois.

Sandra Ng, Ann Bridgewater, Man Cheung et Suki Kwan composent cette équipe de fliquettes de choc appelée Pink Squad. Elle doivent cette fois enquêter sur un réseau de prostitution. Le méchant du film a la gueule de l’emploi, puisque c’est l’excellent Shing Fui-hin. Le chef de la police les envoie en mission pour mieux l’appréhender.

Pendant ce temps, Billy Lau, qui joue le mari de Sandra Ng, flic lui aussi, entend des bribes de conversation et se persuade que sa femme va le tromper. Il décide de l’espionner au risque de compromettre la mission.

Dans le même temps, un moine chasse des fantômes dans l’immeuble où se déroule la planque. Il enferme les fantômes errants qu’il trouve dans une pièce au fond du sous-sol. Il s’apprête à partir mais une femme fantôme, particulièrement vicieuse, n’a pas été attrapée. Sandra Ng va jusqu’à croire qu’elle est la maîtresse de son mari.

Portes qui claquent, poursuites dans les couloirs, quiproquos sur l’adultère. Operation Pink Squad II tente pendant tout son déroulement de créer des situations drôles mais échoue sans panache. Jeff Lau ne filme que dans l’immeuble et utilise tous les couloirs et les pièces des centaines de fois. C’est ce qui s’appelle tourner en rond. Sans toutefois donner le vertige. Hélas !

A un moment, les vivants coupent la tête de la fantômette. On frise le ridicule quand on la voit se promener étêtée : juste un acteur mal déguisée. Un film bâclé et rarement drôle. Comme quoi, il faut parfois se contenter d’une seule ligne directrice pour réussir un film et ne pas trop en rajouter.

Operation Pink squad II (猛鬼大廈, Hong Kong, 1989) Un film de Jeff Lau avec Sandra Ng, Billy Lau, Ann Bridgewater, Man Cheung, Suki Kwan, Shing Fui-on, Yuen Cheung-yan

samedi 6 octobre 2007

Sinking of Japan


La submersion du Japon est proche ! D’ici cinq ans, affirme un ministre en suivant les conseils des scientifiques américains. En vérité, le Japon sombrera sous l’eau d’ici 338 jours. Gloups !

Le roman de Sakyo Komatsu, La submersion du Japon, avait déjà fait l’objet d’une adaptation en 1973, version d’ailleurs sortie en France mais avec une bonne heure de moins. Shinji Higuchi, maître ès effets spéciaux et déjà responsable de Lorelei, s’est vu confié la nouvelle mouture où bien entendu les effets spéciaux ont la part belle.

Le Professeur Tadokoro (Etsushi Toyokawa) essaie de répandre la mauvaise nouvelle que le Japon va périr en moins d’une année. Le Premier Ministre (Koji Ishizaka) a du mal à le croire. Cela rappelle le début du film de Roland Emmerich, Le Jour d’après. Mais le savant avait raison. Des tremblements de terre, des éruptions volcaniques et des tsunamis se produisent. La population s’affole (scènes de masse habituelles du cinéma japonais), dévalise les magasins, tente de s’enfuir vers l’étranger. Panique totale.

Le Premier Ministre meurt justement à cause d’un volcan. Un autre ministre ment en affirmant qu’on en a pour cinq ans avant la fin. Mais la conseillère Takamori (Mao Daichi) rappelle le scientifique qui va tenter de faire exploser le fonds marin avec une sorte de bombe nucléaire.

Sinking of Japan est une tentative de mêler le plus intime avec le gros film catastrophe. Le film suit le parcours de quelques personnages, notamment celui de Toshio (Tsuyoshi Kuasanagi), un océanographe qui tombe amoureux de Reiko (Kou Shibasaki), une femme pompier qui vient de Kobe (référence au tremblement de terre fatal). Ensemble, ils vont s’occuper de la petite Misaki (Mayuko Fukuda), adorable gamine à couettes. L’idée du film est de les faire se rapprocher sans y parvenir.

Au fur et à meusre que le Japon part sous les eaux, on voit du ciel l’archipel : un peu l’œil de Dieu qui laisse faire. Cela dit, ce sont sans doute ces plans fabriqués en numérique qui sont les plus beaux, ainsi que ceux qui montrent les villes détruites. En revanche, les scènes de tremblements de terre sont moins convaincantes.

Sinking of Japan abuse des resorts les plus simples pour provoquer l’émotion. On appelle ça la démagogie. Gros plan sur les visages d’enfants tristes, chantage affectif, esprit sacrificiel, cynisme des politicards. Il se permet, outre la référence à Kobe, de montrer Hiroshima sous une neige qui évoque immanquablement la bombe atomique.

Sinking of Japan n’ a aucun rythme. On s’y ennuie beaucoup. Et ça dure 130 minutes.

Sinking of Japan (日本沈没, Japon, 2006) Un film de Shinji Higuchi avec Tsuyoshi Kuasanagi, Kou Shibasaki, Etsushi Toyokawa, Mao Daichi, Koji Ishizaka, Mayuko Fukuda, Hideko Yoshida

Site officiel en japonais : cliquer ici