lundi 9 juin 2014

Le Royaume des chats


La vie de la lycéenne Haru est tout ce qu’il y a de plus normale. Elle se lève précipitamment le matin en oubliant d’avaler son petit déjeuner, elle passe sa journée au lycée avec sa meilleure amie, elle rentre chez elle en fin de journée en discutant des garçons. Normale jusqu’à ce qu’un chat au collier doré manque de se faire écraser par un camion. Elle prend son courage à deux mains, traverse la rue, attrape le chat et saute sur le trottoir.

Son geste héroïque ne va passer inaperçu. Le chat se dresse sur ses pattes, s’époussète et la remercie. Haru les yeux écarquillés n’y croit pas. Un chat qui parle.  L’extraordinaire continue avec à la nuit tombée une parade d’autres chats tout aussi doués de la parole et au comportement humain viennent la remercier d’avoir sauvé le chat Loon. Parmi eux, son père, le roi des chats sur sa chaise à porteurs ornée d’un drapeau avec un poisson dessiné.

Des cadeaux sont offerts à Haru, des souris dans son casier, des l’herbe à chat dans son jardin, comme si la jeune femme mangeait comme un chat. Et le roi des chats souhaite inviter la lycéenne à visiter son royaume avec comme but avoué qu’elle épouse son fils, le prince Loon. La vie normale d’Haru commence à ne plus être tout à fait comme celle d’une adolescente comme les autres, d’autant qu’elle seule parvient à parler aux chats.

Le voyage vers le royaume des chats est largement inspiré de celui d’Alice au pays des merveilles ou du Magicien d’Oz. Un monde avec ses propres règles se déploie sous les yeux d’Haru. L’excitation de découvrir l’inconnu est moteur de la jeune femme, bien qu’une voix mystérieuse l’ait prévenu du danger qu’elle encoure. La voix lui conseille d’aller rencontrer le chat Mouta qui pourra la conduire au Bureau des Chats.

L’attrait majeur du Royaume des chats est la variété des chats. Mouta est un gros matou blanc à l’oreille verte râleur et égoïste mais qui cache un cœur tendre. Le Baron Humbert don Gikkengen, responsable du Bureau des Chats est aussi distingué que Mouta est vulgaire. C’est avec eux, et un corbeau parlant, que Haru va faire le voyage vers le royaume où de nombreuses péripéties les attendent sur un mode foncièrement comique

Dans le royaume, le roi est un gros chat bleu aux poils ébouriffés semble être devenu fou tant ses ordres sont délirants. Son premier ministre évoque le snobisme des siamois tandis que des chats noirs et blancs symbolisent les forces de l’ordre. Le film se fait là moins léger évoquant une dictature dirigée par un homme qui inspire la terreur comme l’exprime la crainte de la chatte Neige, tout blanche, qui avait prévenu Haru.

Le film n’est pas le plus abouti des studios Ghibli, du point de vue de l’animation il est même souvent un peu pataud. On sourit aux jeux de mots avec le mot miaou qui ponctuent les dialogues : Sa miajesté, un mialentenu, etc. Le récit est relativement convenu, le périple d’Haru dans ce monde merveilleux mais tyrannique fait grandir la jeune lycéenne qui, en fin de film, se lèvera avant sa mère pour préparer le petit déjeuner.

Le Royaume des chats (猫の恩返し, Japon, 2002) Un film de Hiroyuki Morita avec les voix de Chizuru Ikewaki, Yoshihiko Hakamada, Tetsu Watanabe, Tetsuro Tamba, Mari Hamada, Kenta Sentoi, Aki Maeda, Takayuki Yamada, Yosuke Saito, Hitomi Sato, Kumiko Okae.

samedi 7 juin 2014

Kiki la petite sorcière


A treize ans, il temps pour Kiki de mettre sa plus belle robe noire, son joli nœud rouge dans ses cheveux et d’enfourcher le vieux balai de sa mère pour faire son apprentissage de sorcière. Il en est ainsi dans cette famille, où l’on est sorcière de mère en fille, et dans ce pays imaginaire tout droit sorti d’un conte de la Mitteleuropa des années 1950. Kiki ne part pas seule, son fidèle chat noir Jiji l’accompagne. Ce soir de pleine lune marque le départ de Kiki pour un nouveau monde.

La magie dans Kiki la petite sorcière se contente de deux éléments. Pas de tours extraordinaires, pas de sorts pendables et pas de transformations. Kiki vole sur son balai. Elle est encore un peu maladroite et brusque avec le balai maternel. Elle observe le monde, rencontre une autre sorcière qui rentre dans sa ville, suit avec les oies sauvages. Kiki cherche une ville où s’installer, une cité sans autre sorcière pour ne pas déranger, mais surtout un endroit au bord de la mer.

L’autre élément magique est que son chat Jiji parle. Non seulement il cause, mais en plus il râle, il donne des conseils, il plaisante. Jiji est le compagnon indispensable car il communique avec les autres animaux, ce qui est commode quand on doit demander à un chien un peu d’aide, le sens du vent à des oiseaux ou prévenir l’assaut de corbeaux. Le chat Jiji est un élément comique qui va de pair avec le caractère plutôt naïf de Kiki. Elle découvre le monde les yeux ébahis, il semble revenu de tout.

Ce sont quatre générations de femmes qui sont mises en avant dans le scénario. Kiki est la plus jeune. Elle rencontre une boulangère qui lui fournit un logement. La boulangère, très bavarde, et son mari, silencieux, sont des parents de substitution. Dans la forêt, Kiki rencontre une artiste d’une vingtaine d’années, libre et libérée qui s’habille comme un garçon. Enfin, elle se lie d’amitié avec une grand-mère généreuse. Kiki rencontre toutes ces femmes lors des livraisons qu’elle fait chevauchant son balai. Elle gagne ainsi sa vie.

Ces quatre femmes servent de modèle à Kiki. Elle a, en revanche, du mal à accepter l’amitié de Tombo, un garçon de son âge, rouquin à lunettes. Elle le repousse avec dédain quand il lui propose de se joindre à sa bande d’amis. Elle peut voler sur son balai. Il est en admiration devant elle car lui aussi aimerait voler. Il a construit un vélo équipé d’une hélice. Il va observer un dirigeable en panne et tout faire pour pouvoir voler. L’amitié qui va se lier entre Kiki et Tombo est compliquée, comme chez tous les adolescents.

L’initiation à l’âge adulte qui se produit chez Kiki passe par la phase de la perte de ses pouvoirs magiques. Elle ne peut plus voler et son chat ne peut que miauler. Cette épreuve est durement ressentie par Kiki qui aimerait pouvoir rester dans cet état constant d’insouciante adolescence mais elle est nécessaire pour être l’égal de son ami Tombo qu’elle va aider à sortir d’une situation dangereuse. Kiki a bien réussi son apprentissage de sorcière.

Kiki la petite sorcière (魔女の宅急便, Japon, 1989) Un film de Hayao Miyazaki avec les voix de Minami Takayama, Rei Sakuma, Kappei Yamaguchi, Keiko Toda, Mieko Nobusawa, Kôichi Miura, Haruko Kato, Hiroko Seki, Yuriko Fuchizaki.

vendredi 6 juin 2014

Le Vengeur (To kill with intrigue)


Une grande tunique blanche immaculée, des cheveux longs, des sourcils en pointe, telle est l’apparence de Jackie Chan pour interpréter son rôle de Siao-lei dans Le Vengeur. Il est le fils de Maître Lei, un notable qui fête son anniversaire en présence de nombreux invité à qui Siao-lei, tout plein d’arrogance et d’insolence demande de partir sous prétexte qu’ils « se remboursent le cadeau offert en se goinfrant au repas ». Offusqués devant tant de manque de savoir vivre, les invités quittent les lieux furieux.

De la même manière, le jeune impétueux avait humilié Tsien-tsien (Yu ling-lung), sa servante dont il est amoureux. Elle lui avait annoncé qu’elle est enceinte de lui mais il a mis en doute sa paternité. Ces deux actes qui rendent le personnage de Jackie Chan particulièrement déplaisants sont en fait un stratagème pour protéger sa bien-aimée, comme son père, contre l’ennemi dont Siao-lei a décelé l’arrivée imminente. Cet ennemi est la bande dite des « Abeilles tueuses » combattue 15 ans auparavant par Maître Lei.

L’arrivée des « Abeilles tueuses » est spectaculaire et spectrale : voix d’outre tombe d’un homme qui vient réclamer une main tranchée, combattants qui surgissent sur le toit torche à la main, cercueils qui volent jusque dans la cour des Lei. Destinée à impressionner tout autant le spectateur (par la richesse de ses effets spéciaux) que la famille Lei (par l’effroi qu’ils doivent ressentir), cette scène est l’une des meilleures du film. Elle permet de présenter le personnage de Ting Chan-yen (Hsu Feng).

Elle est une jeune femme de 20 ans venue venger la mort de ses parents par Maître Lei. Ce dernier l’avait aussi défigurée quand elle avait 5 ans. Depuis, elle porte constamment un voile sur son visage, accentuant son mystère. Qu’on se rassure, la blessure est superficielle et l’actrice reste très belle. Sa tunique changera de couleur à chacune de ses apparitions, verte, blanche, rose, jaune. Elle humilie Siao-Lei en le blessant. Il veut se venger d’elle pour cela comme pour la mort de son père qu’elle a causé en grande experte de kung-fu qu’elle est.

Assez vite le film s’embarque dans une double histoire d’amour contrariée. Ting se rend compte qu’elle a des sentiments pour Siao-lei qui refuse de les voir alors qu’il cherche à retrouver Tsien-tsien qui s’apprête à épouser Jin Chuan (Sin Il-ryong), le meilleur ami de Siao-lei, qui a pris soin d’elle après leur rupture, qu’elle prétend haïr mais aime encore. Le film est agrémenté de scènes romantiques avec harpe en fond sonore, sourires gentils et batifolages dans l’herbe. Niaiserie garantie.

Le Vengeur n’est pas avare de retournement de situations, de coups de théâtre et de rebondissements. C’est tant mieux que l’histoire parte dans tous les sens car l’intrigue initiale de simple vengeance n’est pas des plus originales. L’ambition du film est pourtant de faire aussi beau et intriguant qu’un film de King Hu, notamment dans son personnage féminin au tempérament fort. On y pense souvent même si les chorégraphies des combats sont bien plus monotones et peu inspirées.

Le Vengeur (To kill with intrigue, 劍花煙雨江南, Hong Kong, 1977) Un film de Lo Wei avec Hsu Feng, Jackie Chan, Sin Il-ryong, Yu Ling-lung, George Wang, Tung Lam, Ma Kei, Kong Ching-ha, Chan Wai-lau. PS : Le dvd édité en 2006 comprend deux versions. L’une intégrale en VO dure 102 minutes, l’autre en VF est amputée des 15 premières minutes, le film commence avec l’arrivée des « Abeilles tueuses ».

jeudi 5 juin 2014

Sorties à Hong Kong (juin 2014) Overheard 3


Overheard 3 (竊聽風雲3, Hong Kong – Chine, 2014) Un film d’Alan Mak et Felix Chong avec Louis Koo, Lau Ching-wan, Daniel Wu, Crystal Huang, Zhou Xun, Michelle Ye, Alex Fong Chung-sun, Zhang Jing-chu, Wu Xiubo, Ng Man-tat, Kenneth Tsang, Lam Ka-tung, Huang Lei, Dominic Lam, Stephen Au, Samuel Kwok, Helena Law, Felix Lok, Chin Ka-lok. 132 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 5 juin 2014.

Sorties à Hong Kong (juin 2014) Coming home


Coming home (歸來, Chine, 2014) Un film de Zhang Yimou avec Gong Li, Chen Dao-Ming, Zhang Jiayi, Chen Xiao-yi, Ding Jia-li, Zhang Hui-wen, Zu Feng, Liu Pei-qi, Yan Ni, Xin Bai-qing, Guo Tao, Wang Zhi-fei. 109 minutes. Classé Catégorie I. Sortie à Hong Kong : 5 juin 2014.

lundi 2 juin 2014

Le Tombeau des lucioles


L’événement de ce mois de juin sera la sortie au cinéma du Conte de la princesse Kaguya, le dernier film d’Isao Takahata présenté, avec succès, à la Quinzaine des Réalisateurs. Je n’avais pas encore parlé de certains vieux films du cinéaste japonais, c’est l’occasion pour moi de les revoir (et ceux de Hayao Miyazaki aussi). Le Tombeau des lucioles est sorti la même année que Mon voisin Totoro, qui semble en être l’antithèse si ce n’est que dans les deux films, les deux enfants souffrent de leur grande solitude face à l’absence de leur mère.

La maladie de la maman des petites filles dans Mon voisin Totoro, la mort de celle du grand frère et de la petite sœur dans Le Tombeau des lucioles. La douleur est grande dans les deux cas et plus grave chez Isao Takahata parce que le film se déroule dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale quand les avions américains bombardent le Japon. C’est lors d’un bombardement que la mère est brûlée vive, comme de nombreux autres villageois, laissant les deux enfants seuls.

L’aîné est Seita. Il porte son uniforme de collégien. Sa petite sœur est Setsuko qui n’aime rien d’autre que manger des bonbons aux fruits. Ils espèrent que leur père, soldat dans la marine, va venir s’occuper d’eux. Il ne viendra jamais, la flotte est décimée. Ils vont se réfugier chez une parente éloignée qui les accueille à bras ouverts mais très vite, les deux enfants doivent déchanter. Elle vend les kimonos de leur défunte mère pour acheter du riz. Son caractère va changer quand elle leur reproche de n’être que des oisifs et profiteurs.

Le film est une chronique de leur lente et inexorable déchéance. Dans Mon voisin Totoro, la plus petite allait se réfugier dans un tunnel qui accédait à la forêt magique. Ici, c’est un abri au bord d’une rivière qui leur sert de refuge après être partis de chez la parente ingrate. Mais, l’abri ne mène nulle part. Seita part dans leur ancienne maison chercher des duvets, un réchaud, une moustiquaire. C’est d’abord un jeu pour eux, chacun vaquant à sa tâche, puis la nourriture vient terriblement à manquer.

La pénurie de repas n’est pas le seul danger. Les avions continuent de lancer leurs bombes qui éclairent la nuit rouge de points rouges. Dans leur petit abri, les lucioles qu’ils ramassent à la tombée de la nuit et qui éclairent leur sommeil de leur lumière jaune et douce. L’inquiétude des bombes qui tombent au sol face à l’esprit rassurant des lucioles qui s’élèvent. Chacun de ces deux éléments annonce pourtant la mort qui va s’emparer du corps des deux enfants. Les lucioles, si protectrices, sont des insectes éphémères que Setsuko enterre le matin.

La douceur avec laquelle Isao Takahata filme la fin des deux enfants (Seita apparait mort dès l’ouverture du film) est d’une grande violence. Solitude, maladie, faim. Tout autant que l’indifférence des enfants devant le sort des deux gamins. La parente qui se plaint d’eux après les avoir volés, un vieux paysan qui refuse de leur donner à manger en sirotant son thé, un fermier qui roue de coups Seita qui a arraché des patates. Le film est la métaphore d’une société qui s’effondre et qui tue ses enfants. 

Le Tombeau des lucioles (火垂るの墓, Japon, 1988) Un film d’Isao Takahata avec les voix de Tsutomu Tatsumi, Ayano Shiraishi, Yoshiko Shinohara, Akemi Yamaguchi.

samedi 31 mai 2014

Les Associés


Ah, Paris, ses monuments historiques, ses musées, ses tableaux de maître. C’est justement une toile de Modigliani que Joe (Chow Yun-fat) repère, accrochée sur un mur avant qu’elle ne soit expédiée pour un autre musée. Puis, Cherie (Cherie Chung) pose du parfum sur la caisse qui contient le tableau. Ça aidera Joe à le sentir dans le camion qu’il va attaquer avec Jim (Leslie Cheung) sur la route qui les mène à Nice. Joe ouvrira la porte en grimpant sur le véhicule, Jim sautera de sa moto pour ouvrir une brèche et faire passer la toile.

La technique des deux frères et de leur amie semble parfaitement rodée et John Woo la filme comme une blague, dans un mélange de comédie et de film d’action en mode cool. Joe et Cherie sont dans leur voiture décapotable, feignant la romance devant le conducteur du camion et les vigiles qui le surveillent. Jim est sur une moto qui les suit de lui. On ne sait pas encore si les deux hommes sont alliés ou concurrents. La séquence d’ouverture des Associés donne le ton léger qui va prévaloir dans la première moitié du film.

Une fois à Nice et Cannes, comme dans La Main au collet d’Alfred Hitchcock autre histoire de voleurs de peintures, le trio se promène en voiture dans la ville, sourit sous le soleil de la Méditerranée et s’apprête à réaliser un nouveau vol dans un château de l’arrière pays. Une nouvelle fois, le cinéaste filme avec décontraction le casse, en y ajoutant quelques acrobaties que Jim et Joe effectuent pour échapper aux divers pièges et alarmes installés dans le château. Ils avaient prévu que ce soit leur dernier coup.

Le ton léger va laisser la place à une ambiance plus sombre. Ils sont pris dans un piège fatal. Les deux frères sont pourchassés par des hommes en arme et tout se termine dans un port, après une longue course poursuite mise en place par notre Rémy Julienne national, avec de nombreuses cascades de voitures et l’explosion d’un bateau. Joe meurt dans l’incendie. Jim et Cherie rentrent à Hong Kong, meurtris par le décès de Joe. Ils veulent vivre désormais une vie normale en restant discrets.

On se doute bien qu’au bout d’une heure de film, on ne va faire disparaitre Chow Yun-fat comme ça. Car, il n’était pas mort mais revient dans un fauteuil roulant. Seules ses jambes sont devenues invalides. Joe retrouve Jim et Cherie tombée enceinte. Dans la première partie, la jeune femme sortait avec Joe, homme fantasque et blagueur, dans la deuxième elle sort avec Jim, plus introverti. Les Associés rendent un hommage plutôt appuyé à Jule et Jim de François Truffaut.

L’heure de la revanche a sonné pour le trio reconstitué. Ils se rappellent comment ils sont devenus voleurs à cause du père des deux garçons, Chow (Kenneth Tsang), voleur lui-même et homme violent qui leur a appris les ficelles du métier. Ils se rappellent que leur rédemption est venue grâce à Chu (Paul Chu), policier qui les a aidés. Ils vont désormais rendre la monnaie de sa pièce à ce père ingrat qui est responsable du handicap de Joe. Chu va continuer à les aider en leur faisant confiance.

Le caractère mineur des Associés tourné entre deux films plus forts de John Woo (Une balle dans la tête et A toute épreuve) n’est pas à mettre au compte de la décontraction et des invraisemblances du scénario, qui sont de toute façon dans les autres films cités. Si le film est moins bon, c’est parce que le cinéaste semble ne pas savoir quel ton choisir, allant, au milieu d’une scène de gunfight en fin de film, s’engager dans le burlesque à la Jackie Chan, faisant faire des pirouettes à Chow Yun-fat. Le film a été suivi par une série médiocre à l’arrivée de John Woo à Hollywood.

Les Associés (Once a thief, 縱橫四海, Hong Kong, 1991) Un film de John Woo avec Chow Yun-fat, Leslie Cheung, Cherie Chung, Kenneth Tsang, Paul Chu, Wu Fuung, Pierre Yve Burton.

vendredi 30 mai 2014

Les Larmes d'un héros


Tourné en 1983 entre deux comédies burlesques mais sorti en 1986, Les Larmes d’un héros est le premier essai de John Woo dans le cinéma d’action avec gunfights, héros tragiques et méchants ultra violents. Sans doute faut-il commencer par évoquer ce titre français qui contredit le titre original (Heros shed no tears, les héros ne versent pas de larmes), car c’est bien le sens anglais qui annonce ce qui sera le fond du récit que va subir pendant 80 minutes Chan Chung, le personnage de mercenaire qu’interprète Eddy Ko ici.

Il est un Chinois de Hong Kong embauché par le gouvernement birman pour capturer un baron de la drogue (Bruce Cheung Mong). Le film se déroulera entièrement dans la forêt du triangle d’or de l’opium (Thaïlande, Birmane et Laos). Chan Chung et ses comparses ont réussi à enlever le trafiquant (un général cela dit en passant). Habillés en treillis, mal rasés, le corps en sueur, ils vont être rapidement poursuivis par toute une horde de méchants et en tout premier les soldats du général qui laisse ses médailles comme le petit poucet ses pierres.

Chan Chung doit d’abord récupérer son fils Kuen et sa sœur, qui vivent dans une cabane avant que les soldats ne viennent les prendre en otage. Puis, le film avec toute cette cargaison de personnages poursuit son récit programmatique : échapper à la mort. La menace vient des soldats birmans, et plus tard d’un sadique colonel vietnamien (Lam Ching-ying) que Chan Chung blesse à l’œil droit en lui tirant dessus pour sauver une française qui veut quitter le pays. La poursuite est inégale : deux armées contre un petit groupe.

Le héros va subir les pires outrages de la part de tous ses ennemis. On s’attaque d’abord à ses proches. Son fils est proche d’être brûlé vif par les soldats qui allument un feu autour de lui. Ses amis sont attaqués. Puis, son corps déjà bien mutilé (ses cicatrices au dos) sera torturé dans une séquence assez difficile où il se fait coudre les sourcils à vif par le colonel. Il s’agit d’appuyer l’émotion dans les rapports entre le fils et le père avec une musique à grand renfort de violons mielleux et des gros plans sur les visages épuisés par la bataille.

John Woo s’exerce ici à mettre en scène l’action avec beaucoup d’explosions, beaucoup de balles tirées et beaucoup de sang qui sera versé. Les comparses de Chan Chung vont tous mourir les uns après les autres. Le film lorgne du côté de Michael Cimino et de Voyage au bout de l’enfer (la scène de dés qui se termine par un flingue sur la tempe) avec cette folie qui gagne tous les personnages. Leur répétition et leur similitude apporte de la monotonie alors qu’elles sont envisagées pour apporter des rebondissements à l’action.

Film souvent considéré comme mineur (mais tout autant que ses comédies burlesques, ce qui est faux d’ailleurs), Les Larmes d’un héros est un film mal aimé de son créateur qui s’est vu enlever le montage final. Les scènes comiques ralentissent le récit et son peu drôles, une scène érotique ridicule avec un soldat français coupe le film en deux. Ce qui n’empêche pas que le méchant incarné par Lam Ching-ying, avec son œil en moins qui augmente sa cruauté, soit réussi. Les Larmes d’un héros est comme un brouillon de ses futurs polars.

Les Larmes d’un héros (Heroes shed no tears, 英雄無淚, Hong Kong, 1983) Un film de John Woo avec Eddy Ko, Lam Ching-ying, Ma Ying-chun, Philllip Loffredo, Cecile Le Bailly, Lee Hye-sook, Chin Yuet-sang, Tsang Choh-lam, Ka Lee, Pang Yun-cheung, Chow Gam-kong, Bruce Cheung Mong.

lundi 26 mai 2014

Once upon a time in Shanghai


Avant d’être amis à la vie, à la mort, Ma Zhong-zhen (Philip Ng) et Long Qi (Andy On) ont été des adversaires. L’histoire des deux hommes est celle de Once upon a time in Shanghai, la nouvelle adaptation de la vie dans les bas-fonds des triades d’un héros populaire du Shanghai des années 1930 produite et scénarisée par Wong Jing qui s’adjoint à la chorégraphie des combats Yuen Woo-ping et à la réalisation Wong Ching-po.

Ma Zhong-zhen quitte sa campagne natale avec sa petite sœur et son jeune frère (qui disparaitront assez vite du film) avec un cadeau de sa maman : un bracelet de jade qu’il doit porter au poignet droit. Car ainsi, il ne l’utilisera pour pratiquer son kung-fu. En effet, Ma est un homme si fort qu’il pourrait tuer un homme avec un seul coup. Notre héros est présenté comme un homme serrein mais qui pourrait se défendre contre n’importe qui.

Dans ce Shanghai des années 1930, aux rues quasi désertes, la gentillesse et la bonté ne paient pas de repas. C’est ce qu’ils vont vite comprendre. L’aide de leur grand frère, qu’ils ont rejoint, va les amener dans un quartier tenu par Frère Bing (Sammo Hung). Il les nourrit et les héberge dans une maison à la population pauvre toute droit sortie de celle de Crazy kung-fu, la folie furieuse de la propriétaire en moins. Pour survivre, il fait des petits boulots.

La vie de Long Qi est toute différente. Dans son beau costume trois pièces, arborant un joli nœud papillon et fumer des cigarettes, il tient un cabaret de luxe (le « Paradise ») qu’il a volé à un membre des triades. Long Qi a les dents longues, ce qui n’est pas du tout du goût des trois vétérans des triades incarnés par Yuen Cheung-yan, Fung Hak-on and Chen Kuan-tai, ce dernier interprétait d’ailleurs le personnage de Ma Zhong-zhen dans Le Justicier de Shanghai de Chang Cheh en 1972.

Ils se rencontrent quand Long Qi organise une vente d’opium avec des japonais qui commencent à envahir Shanghai et veulent contrôler le trafic. Ma Zhong-zhen, tout à sa quête de justice, défie dans un long combat Long Qi. Ce dernier, lui aussi expert en art martial, lui offre la cargaison de drogue si Ma réussit à le battre d’ici ce que sa cigarette finisse de se consumer. Ma gagne son combat mais aussi une amitié indéfectible et devient vite son bras droit au cabaret.

Les deux hommes sont l’antithèse l’un de l’autre et le film ne cesse de le répéter. Ma est toujours calme et posé, Long Qi constamment excité et violent. L’effet de l’un va agir sur l’autre. Contrairement aux précédentes versions, et peut-être à cause de la coproduction avec la Chine, Ma ne va pas sombrer dans les triades et devenir un criminel mais au contraire adoucir le caractère violent de Long Qi, montré pour illustrer son tempérament avec un tigre qu’il élève dans son salon.

Leur amitié est poussée dans le film jusqu’à devenir un quasi histoire d’amour. Ils se battent désormais pour le plaisir, y compris dans la grande salle du cabaret, où les chorégraphies aériennes les font voler à travers la pièce pour se retrouver tous les deux, se lançant des grands regards amoureux au clair de lune en mangeant un hot-dog au sommet d’un pont. Ces scènes homo-érotiques sont des grands moments involontaires d’humour mais plutôt réjouissants.

Le film laissait craindre dans sa première partie un ratage assez fatal. La mise en scène de Wong Ching-po est loin de la sobriété. Le cinéaste abuse de ralentis dans les scènes de combat filmés dans une lumière sépia qui donne par moment des aspects de film noir et blanc. Puis, petit à petit, on s’intéresse au destin de ces deux amis, à leur histoire d’amour respective pourtant très conformiste. Ma Zhong-zhen tombe amoureux de la fille de Sammo Hung et Long Qi de la chanteuse du cabaret.

La ressemblance du personnage de Ma avec celui de Bruce Lee dans La Fureur de vaincre (même coupe au bol, vêtements traditionnels, musculature très fine dans le combat final quand il se met torse nu) est assez frappante. Le film a la bonne idée de ne pas faire durer les combats et de ne pas les hacher avec un montage épileptique. Rien que pour cela, le film vaut d’être célébré. Comme quoi, quand Wong Jing s’en donne un peu la peine, il peut encore produire des films intéressants.

Once upon a time in Shanghai (惡戰, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Wong Ching-po avec Philip Ng, Andy On, Sammo Hung, Jiang Lu-xia, Chen Kuan-tai, Michelle Hu, Mao Jun-jie, Yuen Cheung-yan, Fung Hak-on.

vendredi 23 mai 2014

Police story 2013


La capitalisation du passé glorieux de Jackie Chan passe par la reformulation de ses franchises les plus connues. Après Chinese zodiac, aventure plutôt amusante de son personnage d’archéologue, le revoilà dans le rôle du policier honnête, loyal et droit dans Police story 2013. La dernière fois que la star avait tenu ce rôle, c’était avec New police story, tentative inaboutie d’adouber une nouvelle génération d’acteurs de Hong Kong (Sammo Hung a fait la même chose dans Dragon squad). Dix ans plus tard, d’ailleurs, ces acteurs n’ont pas vraiment percé.

Le premier plan de Police story 2013 montre Zhong Wen (Jackie Chan), visage fermé portant un révolver contre sa tempe et tirant. Le ton est immédiatement donné : on n’est pas là pour rigoler et, effectivement, Jackie Chan ne va pas desserrer les mâchoires pendant les 110 minutes de cette très longue histoire de vengeance que Wu (Liu Ye) a fomentée. Mais se venger de quoi ? Suspense. Pour attirer le papa, Wu a réussi à devenir ami avec Miao (Jiang Tian), la fille de Zhong. Ils se sont donnés rendez-vous au Wu Bar, boite de nuit à la mode décrite comme une porte de l’enfer.

Le film, une fois Zhong enfermé et menotté sur sa chaise par Wu, se contente d’être un long face à face entre les deux personnages où ils discutent dans de longs tunnels de dialogues. Ces dialogues amènent de courts flash-backs où on découvre la dure vie de policier qu’a eu Zhong. Poursuites en voiture pour sauver une petite fille kidnappée, sauvetage d’un homme qui menace de se suicider. L’homme est héroïque, cela va de soi, mais il est surtout courageux et téméraire. Sa propre vie, comme les deux scènes le montrent, est moins importante que celle des gens qu’il doit sauver.

C’est justement ce que lui reproche sa fille qu’il était venu rencontrer dans le bar. Leur rencontre après des années sans se voir tourne au vinaigre. Elle lui balance ses quatre vérités sur ses nombreuses absences. Mais dès qu’elle se rend compte que Wu a tendu un piège à son père et qu’il peut sauver tout le monde (les autres clients sont aussi des otages), elle doit bien admettre que son père avait raison d’avoir agi ainsi. Zhong parvient à se libérer de ses liens et va, avec l’aide de la police, à libérer tous les clients de la boite. Héroïque, on vous dit.

Celui qui n’est pas héroïque est Wu montré comme une bête immonde, froide et cruelle. Première étape de la démonstration : dans sa discothèque, il a un aquarium remplis de piranhas qu’il nourrit avec de la viande comme s’ils étaient des animaux domestiques. Poursuite de la démonstration : le passé de Wu. Il a été jadis un combattant de boxe thaïe. Surnommé le « serpent », il terrassait ses adversaires. Fin de la démonstration : on découvrira par étape en quoi consiste sa sournoise vengeance contre Zhong, avec des révélations à gogo.

Sans aucune once d’humour, Police story 2013 est visuellement indigent avec une caméra portée à l’épaule et un montage ultra rapide qui ne parvient pas à masquer les nombreuses invraisemblances d’un scénario étiré au-delà du nécessaire. Pour corser le récit, le film montre également des scènes telles qu’elles auraient pu se dérouler, créant de faux rebondissements avant de retourner au récit normal et balisé. Quant aux scènes d’action, elles sont terriblement ennuyeuses jouant la surenchère violente comme si Jackie Chan voulait démontrer qu’il a encore la main.

Police story 2013 (警察故事2013, Hong Kong – Chine, 2013) Un film de Ding Sheng avec Jackie Chan, Liu Ye, Jing Tian, Huang Bo, Zhang Lan-xin, Yu Rong-guang, Wang Zhi-fei, Zheng Xiao-ning, Yin Tao, Na Wei, Liu Yi-wei, Liu Hai-long, Liu Pei-qi, He Jun, Ma Tian-yu, Coulee Nazha, Zhou Xiao-ou, Ng Yuet.