vendredi 7 mars 2008

Pompoko


Pompoko est le film de Takahata qui ressemble le plus à l'univers de Miyazaki. Fable écologiste sur l'urbanisation galopante qui a eu lieu au Japon à la fin des années 1960 et plus particulièrement à Tokyo, Pompoko se distingue par une trivialité que l'on trouvait déjà dans Kié la petite peste. De tous les films que nous avons cités plus haut, c'est le seul où les humains n'ont pas les premiers rôles. On suit le destin des tanukis, gros mammifères proches par l'aspect du blaireau.

Une voix off nous les présente sur un mode humoristique comme des animaux paresseux et bagarreurs qui vont devoir faire face à la destruction de la forêt où ils résident, forêt qui est petit à petit rognée par les lotissements et les immeubles. Graphiquement, Takahata et ses animateurs ont eu l'idée de les représenter de deux manières opposées : le tanuki lorsqu'il est vu par des humains n'est qu'un animal dessiné de manière réaliste, mais dès que l'on rentre dans leur intimité, ils adoptent un aspect bonhomme de jolie petite peluche. Et bien sûr ils parlent.

Le don des tanukis est de pouvoir se transformer. Ils appellent cela le grand art. Cela consiste à prendre une autre forme pour achever leur œuvre, sauver leur forêt menacée. Ce grand art, oublié par les plus jeunes confortablement occupés à ne rien faire, doit être restauré et la vieille Oroku et l'ancêtre Tsurugame sont là pour enseigner la transformation à ces ignares. Takahata et son équipe s'en donnent à cœur joie dans des séquences, très nombreuses, où l'animation fait merveille. Un hommage particulièrement réussi est rendu aux films aux cent monstres, les Yokai, dans un défilé censé faire peur aux tokyoïtes. Hélas, habitués aux images et ne croyant plus aux légendes ancestrales du Japon, ils voient ce défilé comme un simple amusement. Qui plus est, ce défilé sera récupéré par le patron vénal d'un parc d'attractions. La mission des tanukis d'écarter les humains de leur territoire s'avère un échec.

Pompoko n'est pas une fable simpliste sur l'écologie où la nature devrait prendre le dessus sur la civilisation. Takahata refuse tout manichéisme en donnant à certains de ses personnages de tanukis des élans guerriers à faire froid dans le dos : Gonta, le costaud fort en gueule, cause la mort des trois ouvriers du chantier et ces dommages collatéraux qui servent la cause ne le gênent pas le moins du monde. Son projet est tout bonnement d'exterminer la race humaine. Ce à quoi répondent les autres tanukis : " mais comment pourrions-nous manger des hamburgers ? "

Ce que pointe Takahata avec précision est cette ambivalence de respecter la nature sans mettre un frein au progrès. Dans un même mouvement, il met dos à dos les extrémistes des deux camps : les écologistes et les bétonneurs. Pompoko est une réflexion précise et profonde sur la fin du vingtième siècle, ses transformations, ses échecs et ses espoirs.

Pour contrebalancer ce constat effarant, Isao Takahata a une arme redoutable : l'humour. Et certes, Pompoko n'en manque pas. L'humanisation progressive des tanukis par le biais de la télévision qu'ils regardent offre quelques scènes croustillantes où nos petites habitudes sont soulignées et mises à mal. Les transformations en tout et n'importe quoi, suivies de leurs conséquences sur les tanukis, sont l'occasion de gags hilarants. Takahata joue beaucoup sur le physique des bestioles, notamment sur leurs testicules et leur élasticité, qui leur servent autant de tapis que de parachute. Déjà dans Kié la petite peste, les testicules du chat Antonio étaient un sujet cher au cinéaste. Dans Pompoko, cela va encore plus loin dans une trivialité réjouissante.

Comme son confrère Hayao Miyazaki, Isao Takahata est un humaniste et Pompoko est une pierre importante dans l'édifice d'un cinéma social japonais. Cependant, le film est sans doute un peu trop long (119 minutes) et n'évite pas quelques répétitions et longueurs qui auraient mérité un montage plus resserré. Le scénario se cantonne parfois à une enfilade de saynètes. Mais une chose est maintenant certaine : Isao Takahata est un (grand) cinéaste politique. Quel meilleur moyen que le cinéma de divertissement, telle l'animation, pour faire passer un message généreux ?

Pompoko (平成狸合戦ぽんぽこ, Japon, 1994) Un film de Isao Takahata avec les voix de Kokondei Shinchou, Makoto Nonomura, Yuriko Ishida, Norihei Miki, Nijiko Kiyokawa, Shigeru Izumiya, Gannosuke Ashiya, Takehiro Murata, Beichou Katsura, Bunshi Katsura, Kosan Yanagiya, Akira Kamiya, Rei Sakuma.

1 commentaire:

Tampopo a dit…

http://www.encyclocine.com/index.shtml?menu=5213&film=18178

C'est sorti en 1975 Belladonna.
C'est chiant la modération des commentaires, pour un type sans aucune modération comme toi !
Bises,
T.