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AsieVision - parce que le cinéma de Hong Kong mérite de vraies critiques...
Shawn Yue est décidemment l’acteur de l’année, en tout cas depuis qu’Edison Chen n’est plus en odeur de sainteté. Les acteurs de ce gabarit – grand, élancé, belle gueule – ne sont plus légion aujourd’hui. Daniel Wu est en vacances. Il n’y a que Louis Koo pour concurrencer Shawn Yue. Il a tourné dans cinq films cette année. Pas mal pour un gars qu’on disait particulièrement mauvais comédien. Et justement, à propos de mauvais comédien, Ekin Cheng est là, prêtant son corps à cette fiction très inspiré des films des frères Pang. Il est donc en terrain connu.
Ekin Cheng, qui a pris quelques kilos pour le rôle, joue un flic alcoolique qui dirige une sorte de service policier qui évoque les affaires de X Files. Le bureau s’appelle Miscellaneous Affairs Department, soit en acronyme MAD. Shawn Yue va être affecté dans ce service après avoir passé quelques temps dans le coma. Il s’était fait agressé par un tueur lors d’un simple contrôle de routine. Or, le fantôme de la victime vient défendre le policier. Oui, Shawn Yue voit des gens morts. Très vite, les deux flics comprennent qu’un fantôme se décline en virus et qu’il infecte des innocents. Une enquête est lancée où les deux hommes tentent de discerner la réalité et le surnaturel.
Très vite, c’est l’ambiance du MAD qui séduit. Ekin Cheng et Shawn Yue travaillent dans une pièce qui ressemble à une cave. Un troisième larron est là, il fait constamment des pyramides avec des bouts de bois, il ne dit jamais rien jusqu’à ce que le téléphone sonne. Là il se déplace en fauteuil roulant. Ekin Cheng apprend la règle N°1 : « les fantômes n’existent pas ». Fausse règle bien entendu, les fantômes existent et le MAD est là pour s’en débarrasser, mais pour la population, il n’y a pas de fantômes. On navigue dans un flou assez plaisant pas très éloigné de Mad detective (justement). Après tout, qui nous que tout ce que voient les flics n’est pas une pure vue de leur esprit dérangé.
Quand Rule #1 veut faire peur, il réussit à faire peur. De manière classique certes avec des gros sons, des plans cut de fantômes qui viennent rompre le calme, mais ça marche. Je le redis encore et encore, Shawn Yue devient au fil du temps un acteur correct. Son air hébété apporte au suspense du film. Ekin Cheng est sobre en flic fini et dérangé. Le film s’écroule dans sa fin avec une résolution de l’énigme convenue.
Rule #1 (第一誡, Hong Kong, 2008) Un film de Kelvin Tong avec Ekin Cheng, Shawn Yue, Stephanie Che, Fiona Xie.
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Ce qu’il y a de formidable dans les parodies, c’est que l’on peut y mettre absolument n’importe quoi et son contraire. C’est ce qui rend le genre assez monstrueux. Surtout quand Wong Jing s’en mêle et qu’il utilise le fond de commerce des Infernal affairs pour faire le scénario de Love is a many stupid thing. Le titre chinois peut se traduire par « la chasse aux filles bien roulées », ce qui en dit déjà plus long que le titre anglais.
Donc, le scénario de la trilogie d’Andrew Lau et Alan Mak est recopié avec beaucoup d’application. Wong Jing va jusqu’à donner à Eric Tsang le même personnage. Du coup, on a l’étrange impression d’être dans une mise en abyme. Tsang se parodie et il se moque de son propre travail. Chapman To reprend le rôle de Shawn Yue (c’est-à-dire de Tony Leung Chiu-wai jeune recrue), or Shawn Yue joue dans le film le personnage qu’interprétait Chapman To. Mais Lam Tze-chung joue un personnage qui ressemble à celui de Chapman To. On redistribue les cartes. Et encrore quoi ? Nat Chan reprend le rôle d’Anthony Wong. Raymond Wong Ho-yin reprend le personnage d’Andy Lau. Quant à Tony Ho, comme dans Infernal affairs, il est un gangster. Mais un gangster gay qui cherche à choper Raymond Wong Ho-yin. Voilà, personne n’est obligé d’avoir vu la trilogie en entier ou en morceaux pour aimer ou pas Love is a many stupid thing, mais ça aide à voir où est censé être l’humour.
Une comédie de Wong Jing ne serait rien sans les filles. Là, elles sont cinq, évidemment toutes sublimes. Elles sont censées être attirées par le trio To, Lam et Yue, ce qui en dit long sur les intentions du cinéaste. Il s’agit bien d’affoler les spectateurs mâles de base. Pourquoi pas, certes mais l’humour d’en dessous de la ceinture demande une certaine subtilité. Alors quand les garçons se déguisent en filles et parodient Satreelex, on tombe dans le graveleux à la limite de l’homophobie. Bref, tout cela est très bas de plafond, mais qui suis-je pour juger ?
Love is a many stupid thing (精裝追女仔2004, Hong Kong, 2004) Un film de Wong Jing avec Shawn Yue, Chapman To, Lam Tze-chung, Eric Tsang, Raymond Wong Ho-yin, Nat Chan, Race Wong (2R), Rosanne Wong (2R), Belinda Hamnett, Teresa Mak, Iris Wang, Candice Yu, Miu Kiu-wai, Max Mok, Tong Chun-yip, Cheung Kwok-keung, Feng Tsui-fan, Jerry Lamb, Matt Chow, Tony Ho, Angie Cheong, Zuki Lee, Teresa Li, Shirley Hung, Gobby Wong, Eddie Pang (EO2), Carmen Yeung.
Entre Mad detective et Sparrow, Johnnie To a tourné Linger. Dans son intention annoncée il y a quelques mois de changer de style et d’abandonner le polar, on se demandait vers quoi il pourrait se tourner. Ce film pourrait donner une réponse et ça n’augure pas du meilleur.
Yan (Li Bing-bing) sort avec Dong (Vic Chou, un chanteur de cantopop qui tente de se reconvertir dans le cinéma). Dong est le chef de l’équipe de basket et sa liaison doit rester secrète auprès des autres étudiants. Ça ne plaît guère à Yan. Ils se disputent. Elle part en voiture et lui la suit en moto (on remarquera que le niveau social est élevé chez ces étudiants). Un accident de la route les surprend et Dong meurt.
Trois ans plus tard, Yan travaille dans un cabinet d’avocats tenu par Maggie Siu. Elle vit en colocation avec Lam Suet. Soudain, elle est prise d’hallucinations et se met à voir Dong. Et ce dernier va lui parler, va rentrer dans sa vie de plus en plus. Elle consulte un psy (Roy Cheung) qui ne sait pas quoi en penser. Entre alors en scène un autre personnage, Luk (Wong You-nam) que le cabinet défend. Une étrange relation se lie entre Yan et lui, d’autant qu’il connaît le père de Dong.
Entre flashes back de la vie entre Dong et Yan et action linéaire, le scénario de Ivy Ho se contente d’émettre les sentiments des personnages. Luk sait beaucoup de choses mais comment les sait-il ? Que vient-il faire dans la vie de Yan ? Il doit être là pour remplacer Dong, mais Yan n’en veut pas. Elle préfère garder ses vieux souvenirs remplis de douleur, quitte à ne jamais être heureuse.
Johnnie To avait déjà abordé le thème de l’amour au-delà de la mort. C’était dans My left eye sees ghosts, mais le ton était celui de la comédie burlesque. Linger se contente d’égrainer les clichés romantiques comme dans un film de Jingle Ma. Et si l’ambition prochaine du cinéaste était plutôt de conquérir le marché continental chinois ? C’est sans doute cela sa nouvelle direction, c’est pour cela que Linger est parlé en mandarin. On s’ennuie ferme et on attend la suite.
Linger (蝴蝶飛, Hong Kong, 2007) Un film de Johnnie To avec Li Bing-bing, Vic Chou, Lam Suet, Maggie Siu, Yong You, Roy Cheung, Wong You-nam, Fong Yi-kei.